LA REQUESTE DE VILLON
Présentée à la Cour de Parlement, en forme de ballade. (La louenge que feist Villon à la Court quand fut dit que il ne mourroit point, et puis requist trois jours de relâche.)^ Tous mes cinq sens: yeulx. oreilles et bouche, Le nez, et vous, le sensitif, aussi; Tous mes membres où il y a reprouche, En son endroit ung chascun die ainsi:
,,Souvraine Court, par qui sommes icy, 550
Vous nous avez gardé de desconfire; Or, la langue ne peut assez souffire A vous rendre souffisantes louanges:
Si prions tous, fille du souvrain Sire, Mère des bons et seur des benois anges!" 555
Cuer, fendez vous, ou percez d'une broche,
Et ne soyez, au moins, plus endurcy
Qu'en ung désert fut la fort bise roche
Dont le peuple des Juifz fut adoulcy;
Fondez lermes, et venez à mercy, 560
Comme humble cuer qui tendrement souspire
Louez la Court, conjointe ou Saint Empire,
L'eur des Françoys, le confort des estranges.
Procréée lassus ou ciel empire,
Mère des bons et seur des benois anges! 565
Et vous, mes dens, chascune si s'esloche;
Saillez avant, rendez à tous mercy,
Plus hautement qu'orgue, trompe, ne cloche.
Et de mascher n'ayez ores soussy;
Considérez que je feusse transsy, 570
Foye, pommon, et rate qui respire.
Et vous, mon corps, qui vil estes et pire
Qu'ours ne pourceau qui fait son nyt es fanges,
Louez la Court, avant qu'il vous empire.
Mère des bons et seur des benois anges! 575
* Sous-titre d'après le Ms. de Stockholm (cfr. Fac-similé du Ms. publié par Marcel Schwob et Champion 1905 Préface).
ENVOI
Prince, trois jours ne vueillez m'escondire. Pour moypourveoir, et aux miens,, à Dieu" dire; Sans aulx, argent je n'ay, icy n'aux changes. Court triumphant, fiât, sans me desdire. Mère des bons et seur des benois anges 1 580
BALLADE