V. 28. G. P.—L. trespersant — v. 50. L. l'eslongne
VIII Et puis que départir me fault, Et du retour ne suis certain:
— Je ne suis homme sans desfault,
Ne qu'autre d'assier ne d'estain, 60
Vivre aux hu.nains est incertain,
Et après mort n'y a relaiz,
Je m'en vois en pays loingtain; —
Si establis ces presens lais.
IX Premièrement, ou nom du Père, 65
Du Filz et du Saint Esperit, Et de sa glorieuse Mère Par qui grâce riens ne périt, Je laisse, de par Dieu! mon bruit A maistre Guillaume Villon, 70
Qui en l'onneur de son nom bruit»
Mes tentes et mon pavillon.
X Item, à celle que j'ai dit, Qui si durement m'a chassé, Que je suis de joye interdit 75
Et de tout plaisir dechassé.
Je laisse mon cuer enchâssé Palle, piteux, mort et transy: Elle m'a ce mal pourchassé.
Mais Dieu luy en face mercyl 80
XI Item, à maistre Ythier Marchant, Au quel je me sens très tenu, Laisse mon branc d'assier tranchant,
— Ou à maistre Jehan le Cornu —
Qui est en gaige détenu 85
Pour ung escot huit solz montant; Si vueil, selon le contenu, Qu'on luy livre, en le rachetant.
V. 60 L. point après estain — v. 62. L deux points après loingtain V. 64. L. et mss. ce présent lais. G. P. corr.
26 Villon.
XII Item, je laisse à Saint Amant
Le Cheval Blanc avec la Mulle; 90
Et à Blarru, mon dyamant
Et /' Asne Royé qui reculle.
Et le décret qui articulle:
Omnis uîriusque sexus,
G)ntre la Carmeliste bulle, 95
Laisse aux curez, pour mettre sus.
XIII Et à maistre Robert Valée, Povre clergot au Parlement, Qui ne tient ne mont ne vallée, J'ordonne principalement 100 Qu'on luy baille legierement
Mes brayes, estans aux Trumellieres, Pour coeffer plus honnestement S'amye Jehanne de Millieres.
XIV Pour ce qu'il est de lieu honneste, 105 Fault qu'il soit mieulx recompensé,
Car Saint Esperit l'admoneste,
Obstant ce, qu'il est insensé;
Pour ce, je me suis pourpensé,
Qu'on lui baille l'Art de Mémoire, 110
A recouvrer sur Maupensé,
Puis qu'il n'a sens ne qu'une aulmoire.
XV Item, pour assigner la vie Du dessusdit maistre Robert, — Pour Dieu! n'y ayez point d'envie! — 115 Mes parens, vendez mon haubert.
Et que l'argent, ou la plus part.
Soit emploie, dedans ces Pasques, A acheter à ce poupart Une fenestre emprès Saint Jaques. 120
Les Lais. 27
XVI Item, laisse et donne en pur don Mes gans et ma hucque de soye A mon amy Jaquet Cardon; Le glan aussi d'une saulsoye, Et tous les jours une grasse oye 125
Et ung chappon de haulte grasse.
Dix muys de vin blanc comme croye.
Et deux procès, que trop n'engresse.
XVII Item, je laisse à ce noble homme,
Régnier de Montigny, troys chiens; 130
Aussi à Jehan Raguier la somme
De cent frans, prins sur tous mes biens.
Mais quoy! Je n'y comprens en riens
Ce que je pourray acquérir:
On ne doit trop prendre des siens, 135
Ne son amy trop surquerir.
XVI II Item, au seigneur de Grigny Laisse la garde de Nigon.
Et six chiens plus qu'à Montigny, Vicestre, chastel et dongon; 140
Et à ce malostru changon, Moutonnier, qu'il tient en procès, Laisse trois coups d'ung escourgon, Et coucher, paix et aise, es ceps.
XIX Et à maistre Jaques Raguier 145
Laisse l'Abruvouer Popin, Pesches, poires; au Gros Figuier Tousjours le chois d'ung bon loppin, Le trou de la Pomme d2 Pin, Clos et couvert, au feu la plante, 150
Emmailloté en Jacoppin; Et qui vouldra planter, si plante.
. 146. corr. Laisse à l'Abr. Popin ? — v. 147 mss. Perches G. P. corr .
XX Item, à maistre Jehan Mautaint Et maistre Pierre Basanier, Le gré du seigneur qui attaint 155
Troubles, forfaiz, sans espargnier; Et à mon procureur Fournier, Bonnez cours, chausses semellées, Taillées chez mon cordouannier, Pour porter durant ces gellées. 160
XXI Item, à Jehan Trouvé, bouchier, Laisse le Mouton franc et tendre, Et ung tacon pour esmouchier Le Beuf Couronné qu'on veult vendre, Et la Vache: qui pourra prendre 165
Le villain qui la trousse au col.
S'il ne la rent, qu'on le puist pendre Ou estrangler d'ung bon licol!
XXII Item, au Chevalier du Guet,
Le Hëaulme luy establis; 170
Et aux piétons qui vont d'aguet
Tastonnant par ces establis.
Je leur laisse deux beaux riblis,
La lanterne à la Pierre au Let.
Voire, mais j'auray les Troys Lis, 175
S'ilz me mainent en Chastellet.
XXIII Item, à Perrenet Marchant,
Qu'on dit le bastart de la Barre,
Pour ce qu'il est très bon marchant,
Luy laisse trois gluyons de fuerre 180
Pour estendre dessus la terre
A faire l'amoureux mestier.
Ou il luy fauldra sa vie querre,
Car il ne scet autre mestier.
V. 165. L. Et la V. que p. pr. et point après col. G. P. corr. - V. 175. L virgule après mais — v. 183. L. où. G. P. ou.
Les Laîs. 29
XXIV Item, au Loup et à Cholet, 185
Je laisse à la fois ung canart, Prins sur les murs, comme on souloit, Envers les fossés, sur le tart:
Et à chascun ung grant tabart De Cordelier jusques aux piez, 190
Busche, charbon et poix au lart, Et mes houseaulx sans avantpiez.
XXV De rechief, je laisse, en pitié, A trois petis enfants tous nuz, Nommés en ce présent traictié, 195
Povres orphelins impourveuz, Tous deschaussez, tous despourveuz, Et desnuez comme le ver; J'ordonne qu'ilz soient pourveuz, Au moins pour passer cest yver. 200
XXVI Premièrement, Colin Laurens,
Girart Gossouyn et Jehan Marceau, Despourveuz de biens, de parens.
Qui n'ont vaillant l'ance d'ung seau, Chascun de mes biens ung fesseau, 205
Ou quatre bîans, s'ilz l'ayment mieulx.
Ilz mengeront maint bon morceau, Les enfans, quant je seray vieulzl
XXVII Item, ma nominacion.
Que j'ay de l'Université, 210
Laisse par resignacion.
Pour esclore d'aversité
Povres clers de ceste cité,
Soubz cest intendit contenuz:
Charité m'y a incité, 215
Et Nature, les voiant nuz.
. L. ilz seront viei
G. P. rétablit la leçon des mss.
30 Villon.
XXVIII C'est maistre Guillaume Cotin Et maistre Thibault de Victry, Deux povres clers, parlans latin, Paisibles enfans, sans estry, 220
Humbles, bien chantans au lectry.
Je leur laisse cens recevoir Sur la maison Guillot Gueuldry, En attendant de mieulx avoir.
XXIX Item, (et j'y adjoings la Crosse 225
— Celle de la rue Saint Anthoine — Ou ung billart de quoy on crosse, Et tous les jours plain pot de Saine,) Aux pigons qui sont par essoine Enserrez soubz trappe voUiere, 230
Mon mirouer bel et ydoyne, Et la grâce de la geolliere.
XXX Item, je laisse aux hospitaux Mes chassiz tissuz d'arigniée
Et aux gisans soubz les estaux, 235
Chascun sur l'euil une grongniée.
Trembler à chiere renfrongniée
Mesgres, veluz et morfonduz;
Chausses courtes, robe rongniée.
Gelez, murdriz et enfonduz. 240
XXXI Item, je laisse à mon barbier Les rongneures de mes cheueulx, Plainement et sans destourbier; Au savetier mes souliers vieulx,
Et au freppier mes habitz tieulx 245
Que, quant du tout je les délaisse, Pour moins qu'ilz ne cousterent neufz Charitablement je leur laisse.
V. 227. L ; après crosse, point après Saine - v. 229. L Pigons. G. P. pigons ou pijons - v. 233 — 240. L rime en -gnée. G. P. corr.
Les Laîs. 3]
XXXII Item, je laisse aux Mendians,
Aux Filles Dieu et aux Béguines, 250
Savoureux morceaulx et frians,
Flaons, chappons et grasses gelines,
Et puis prescher les Quinze Signes,
Et abatre pain à deux mains.
Carmes chevauchent noz voisines, 255
Mais cela ne m'est que du mains.
XXXIII Item, laisse le Mortier d'Or
A Jehan — l'espicier — de la Garde,
Et une potence Saint Mor,
Pour faire ung broyer à moustarde. 260
A celluy qui fist l'avant-garde
Pour faire sur moy griefz exploiz.
De par moy saint Anthoine l'ardel
Je ne luy feray autre laiz.
XXXIV Item, je laisse à Merebeuf 265 Et à Nicolas de Louvieux
A chascun l'escaille d'un œuf,
Plaine de frans et d'escus vieulz.
Quant au concierge de Gouvieulx,
Pierre de Rousseville, ordonne 270
— Pour le donner entendre mieulx —
Escus tieulx que le Prince donne.
XXXV Finablement, en escripvant.
Ce soir, seulet, estant en bonne.
Dictant ces laiz et descripvant, 275
J'ois la cloche de Serbonne,
Qui tousjours à neuf heures sonne
Le Salut que l'Ange prédit;
Si suspendis et mis cy bonne,
Pour prier comme le cuer dit. 280
V. 266. L. Louviers. - cf. A. Rey, Pierre de Rousseville et la Conciergerie de Gouvieux (Moyen-Age XIX. 121—33) (ib.: v. 269— 72 „Ouant au c. de G. — P. de Rousseville ordonne — Pour donner, en attendant mieulx, — Escus tieulx que le prince ordonne")
32 Villon.
XXXVI Ce faisant, je m'entroublié, Non pas par force de vin boire, Mon esperit comme lié;
Lors je sentis Dame Mémoire
Reprendre et mettre en son aumoire 285
Ses espèces collateralles,
Oppinative faulce et voire,
Et autres intellectualles,
XXXVII Et mesmement l'extimative.
Par quoy prospective nous vient; 290
Similative, formative,
Desquelz bien souvent il advient
Que, par leur trouble, homme devient
Fol et lunatique par moys:
Je l'ay leu, se bien m'en souvient, 295
En Aristote aucunes foiz.
XXXVIII Dont le sensitif s'esveilla Et esvertua Fantasie.
Qui tous organes resveilla.
Et tint la souvraine partie 300
En suspens et comme amortie Par oppression d'oubliance.
Qui, en moy, s'estoit espartie Pour monstrer des sens l'aliance.
XXXIX Puis que mon sens fut à repos 305
Et l'entendement demeslé,
Je cuidé fîner mon propos;
Mais mon ancre trouvé gelé,
Et mon cierge trouvé soufflé.
De feu je n'eusse peu fîner. 310
Si m'endormis, tout enmouflé.
Et ne peuz autrement fîner.
V. 282. L ; après boire — v. 283. L , après lié. — v. 288. L pnint après intellectualles. — v. 308. L s'estoit g. -G. P. rétablit la leçon du Ms
de Stockholm trouvay.
Le Testament. 33
XL Fait au temps de ladite date, Par le bien renommé Villon, Qui ne mengue figue ne date. 315
Sec et noir comme escouvillon, Il n'a tente ne pavillon Qu'il n'ait laissé à ses amis, Et n'a mais qu'ung peu de billon, Qui sera tantost à fin mis. 320