‹ Œuvres françoises de J. CalvinChapitre 10 sur 24 · QUI SONT · texte numérisé non relu

QUI SONT

TAM EN ITALIE Qu'eN FRANCE , ALLEMAGNE , ESPAGNE ET AUTRES ROYAUMES ET PA\S.

Sainl Augustin , au livre qu'il a intitulé : Du Labeur des Moines, se complaignant d'aucuns porteurs de rogatons , qui déjà de son temps exerçoient foire vilaine et déshonnête, portant çà et là des reliques de martyrs, ajoute , « voire si ce sont reliques de martyrs. » Par lequel mot il signifie que dès lors il se comnietloit de l'abus et tromperie , en faisant accroire au simple peuple que des os recueillis cà et là étoient os des saints. Puisque l'origine de cet abus est si ancienne , il ne faut douter qu'il n'ait bien été multiplié cependant, par si longtemps : même, vu que le monde s'est merveilleusement corrompu depuis ce temps-là , et qu'il est décliné toujours en empirant , jusqu'à ce qu'il est venu en l'extrémité où nous le voyons. Or, le premier vice, et comme la racine du mal, a été , qu'au lieu de chercher Jésus-Christ en sa parole, en ses sacrements et en ses grâces spirituelles , le monde, selon sa coutume, s'est amusé à ses robes , chemises et drapeaux ; et en ce faisant a laissé le principal, pour suivre l'accessoire. Semblablement a-t-il fait des apôtres, martyrs et autres saints. Car au lieu de méditer leur vie , pour suivre leur exemple , il a mis toute son étude à contempler et tenir comme en trésor leurs os, chemises, ceintures, bonnets, et semblables fatras.

Je sais bien que cela a quelque espèce et couleur de bonne

dévotion et zèle, quand on allègue qu'on garde les reliques de Jésus-Christ pour l'honneur (ju'on lui porte , et pour en avoir meilleure mémoire , et pareillement des saints ; mais il failoit considérer ce que dit saint Paul, que tout service de Dieu inventé en la tête de l'homme , quelque apparence de sagesse qu'il ait, n'est que vanité et folie , s'il n'a meilleur fondement et plus certain, que notre semblant. Outre plus, il failoit contre-peser le profit qui en peut venir, avec le danger ; et en ce faisant, il se fût trouvé que c'étoit une chose bien peu utile , ou du tout superflue et frivole, que d'avoir ainsi des reliquaires : au contraire , qu'il est bien difïicile, ou du tout impossible, que de là on ne décline petit à petit à idolâtrie. Car on ne se peut tenir de les regarder et manier sans les honorer; et en les honorant, il n'y a nulle mesure qu'incontinent on ne leur attribue l'honneur qui étoit dû à Jésus- Christ. Ainsi, pour dire en bref ce qui en est , la convoitise d'avoir des reliques n'est quasi jamais sans superstition, et, qui pis est, elle est mère d'idolâtrie , laquelle est ordinairement conjointe avec.

Chacun confesse que ce qui a ému notre Seigneur à cacher le corps de Moïse, a été de peur que le peuple d'Israël n'en abusât en l'adorant. Or, il convient étendre ce qui a été fait en uq saint, à tous les autres, vu que c'est une même raison. Mais encore que nous laissions là les saints , avisons que dit saint Paul de Jésus-Christ même. Car il proteste de ne le connoilre plus selon la chair, après sa résurrection, admonestant par ces mots que tout ce qui est charnel en Jésus-Christ se doit oublier et mettre en arrière, afin d'employer et mettre toute notre affection à le chercher et posséder selon l'esprit. Maintenant donc, de prétendre que c'est une belle chose d'avoir quelque mémorial, tant de lui (pie des saints , pour nous inciter à dévotion, qu'est-ce sinon une fausse couverture pour farder notre folle cupidité , qui n'est fondée en nulle raison ? Et même quand il sembleroit avis que cette raison fût suffisante, puisqu'elle répugne apertement à ce que le Saint-Esprit a prononcé par la bouche de saint Paul , que voulons-nous plus ?

Combien qu'il n'est jà métier de faire longue dispute sur ce point , à savoir s'il est bon ou mauvais d'avoir des reliques, pour

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