‹ Œuvres françoises de J. CalvinChapitre 9 sur 24 · ET AUTRES CURIOSITÉS QUI RÉGNENT AUJOURD'HUI AU MONDE · texte numérisé non relu

ET AUTRES CURIOSITÉS QUI RÉGNENT AUJOURD'HUI AU MONDE

Saint Paul nous avertit d'une chose bien nécessaire, à laquelle toutefois peu de gens prennent garde ; c'est que ceux qui ne tiennent compte de cheminer en bonne conscience, se détournent et égarent de la foi. Car il signifie que ceux qui polluent leurs consciences en s'ahandonnant à mal, ne sont pas dignes d'être maintenus en la pure connoissance de Dieu, mais plutôt méritent d'être aveuglés pour être séduits par diverses erreurs et mensonges; et c'est merveille que nous y pensons si peu, vu que tous les jours nous en avons tant d'expériences devant nos yeux. 11 est certain que Dieu n'ôle jamais sa vérité à ceux auxquels il en a donné quelque goût, sinon d'autant qu'ils l'ont mal reçue, et même en ont abusé ou en une folle ambition, ou à autres aiïections charnelles. De fait, puisque ceux qui ont de l'argent sont tant soigneux à le bien garder, c'étoit bien raison que ce trésor inestimable de l'Évangile , quand Dieu nous en a enrichis, fût comme enfermé en bonne conscience , qui est, par manière de dire , le vrai coffre , pour le tenir en bonne garde et sûre , à ce qu'il ne nous soit ravi par Satan. Et qu'advient-il au lieu de cela? la plupart se sert de la parole de Dieu seulement pour avoir de quoi deviser en compagnie. Les uns sont menés d'ambition , les autres en pensent faire leur profit. Il y en a même qui en pensent faire un macquerellage pour avoir accès aux dames. Beaucoup ne savent à quel propos ils désirent d'y entendre, sinon d'autant qu'ils sont honteux d'y voir mordre les

autres, et qu'ils soient méprisés par leur ignorance. Tant y a que quasi tous , ou peu s'en faut, convertissent cette doctrine de salut en je ne sais quelle philosophie profane, qui est une pollution que Dieu ne peut porter, pourtant que c'est une chose trop sacrée que sa parole, pour en abuser ainsi. Elle doit être vive et d'une telle efficace qu'elle transperce les cœiu's pour examiner tout ce qui est dedans l'homme, oui, jusqu'aux moelles des os, comme dit l'Apùtre. Si on s'en ébat et qu'on la fasse servir de plaisanterie, pensons-nous que Dieu veuille soulTrir un tel anéantissement de la vertu d'ieelle? Elle doit rédarguer l'homme, ainsi que dit saint Paul, à ce qu'il apprenne à se condamner et donner gloire à Dieu en s'humiliant. Si on la tourne à vanterie et vaine gloire, n'est-ce pas un déguisement qui mérite grlève punition? Elle nous doit transfigurer en l'image de Dieu, réformant ce qui est du nôtre en nous. Si on prend occasion, sous ondirc d'ieelle, de s'entretenir en ses vices, ne faut-il pas que Dieu corrige non-seulement un tel abus d'avoir converti la viande en poison , mais aussi un tel sacrilège d'avoir fait servir la règle de bien vivre à une licence de tout mal? Il n'est jà métier de déchiffrer par le menu la vie de la plupart de ceux qui se disent avoir connu la vérité de l'Évangile. Tant y a qu'on voit bien en somme qu'aucuns, au lieu de s'être amendés, en sont plutôtdevenus pires. Le reste va toujours son train ; pour le moins on n'y aperçoit guère de changement. Saint Paul , parlant de la conversion qui doit être aux chrétiens, et des fruits qui doivent procéder de leur nouvelle vie quand ils sont réformés à l'image du Fils de Dieu, dit : « Que celui qui déroboit ne dérobe plus. j> En quoi il signilie que si nous avons suivi mauvais train , sitôt que Dieu nous a fait la grâce de nous déclarer sa volonté, il nous faut tourner bride. Au lieu de cela, ceux qui se disent aujourd'hui chrétiens, se dispensent sans scrupule d'être pour le moins semblables aux autres; tellement que celui qui avoit accoutumé de paillarder ne laisse point de continuer en sa vilenie; les jeux, les blasphèmes sont autant débordés entre eux qu'auparavant. Les superfluités et les pompes sont excusées comme choses indifférentes, jacoit qu'on voie qu'elles ne servent qu'à orgueil , ambition et à toute vanité. Davantage, chacun état

DE CALVIN. lOd

a son évangile à part, selon qu'ils s'en forgent à leur appétit, (le sorte qu'il y a aussi grande diversité entre l'évangile de cour, et celui des gens de justice et avocats , et celui des marchands , comme entre les monnoies forgées de coins bien différents; sinon que tous ont une marque semblable, à savoir qu'ils sont du monde, et en cela ils n'ont rien de convenance avec Jésus-Christ, lequel nous en veut séparer. Par quoi c'est bien raison que ceux qui déshonorent ainsi la doctrine de l'Évangile soient confus, et que Dieu les expose à la nio(pjerie de chacun, attendu qu'ils ont été occasion que son saint nom fût blasphémé. C'est bien raison aussi qu'il les élourdisse et prive de toute raison et sens humain, puisqu'ils n'ont pu faire leur profit de cette sagesse, laquelle est admirable aux anges de paradis. Voilà d'où procèdent aujourd'hui tant de folles opinions, ou plutôt rêveries auxquelles il n'y a nulle couleur ni apparence, et toutefois sont reçues comme si c'étoient révélations venues du ciel. Bref, puisque arrogance est la droite racine de toutes hérésies, fantaisies extravagantes, ûmsses et méchantes opinions, ce n'est pas merveilles si Dieu laisse tomber en tant de folies ceux qui n'ont point tenu le vrai régime pour persévérer en l'obéissance de sa vérité, qui est de s'humilier en sa crainte. Or, d'autant que ce vice est aussi commun aujourd'hui qu'il fut jamais , nous en voyons aussi les fruits, tellement que tous les erreurs qui volent par tout le monde sont autant de punitions de ce que l'on a abusé de la sainte parole de Dieu. Combien que mon intention n'est pas de faire un long récit de tous, pour ce que le nombre en seroit infini, je me contenterai donc d'un seul exemple.

Il y a eu de longtemps une folle curiosité de juger par les astres de tout ce qui doit advenir aux hommes, et d'enquérir de là el prendre conseil de ce qu'on avoit à faire. Nous montrerons tantôt, au plaisir de Dieu, que c'est une superstition diabolique. De fait, elle a été rejetée d'un commun accord comme pernicieuse au genre humain. Aujourd'hui elle se remet audessus , en sorte que beaucoup de gens qui s'estiment de bon esprit, et aussi en ont eu la réputation, y sont quasi ensorcelés. Quand Dieu ne nous auroit révélé de notre temps la pureté de son Évangile, toutefois, vu qu'il a ressuscité les sciences humai-

nés, qui sont propres et utiles à la conduite de notre vie, et, en servant à notre utilité, peuvent aussi servir à sa gloire, encore auroit-il juste raison de punir l'ingratitude de ceux qui , ne se contentant point des choses solides et bien fondées, appètent, par une ambition outrecuidée, de voltiger en l'air. Maintenant, puisqu'il nous a élargi tous les deux , c'est qu'il nous a remis les arts et sciences en leur entier , et surtout nous a restitué la pure connoissance de sa doctrine céleste, pour nous mener jusqu'à lui et nous introduire en ses hauts secrets et admirables , s'il advient qu'aucuns, au lieu d'en faire leur profil, aiment mieux de vaguer à travers champs que de se tenir entre les bornes , ne méritent-ils pas d'être châtiez au double? ce qui advient de fait, lorsqu'ils son; si hébétés ou plutôt abêtis d'appliquer tout leur étude à un abus frivole où ils ne font que se tourmenter sans nul profit. Je sais les beaux titres dont ils' fardent une si sotte superstition. Nul ne peut nier que la science d'astrologie ne soit honorable. Ils se couvrent donc de ce manteau, ils se nomment mathématiciens, lequel mot vaut autant à dire que professeurs des arts libéraux. Tout cela n'est point nouveau ; car leurs prédécesseurs ont bien prétendu le semblable pour abuser le monde. Mais quand nous aurons vu à l'œil qu'il n'y a nul fondement en toute leur sottise, ni d'astrologie, ni de science aucune, il n'y aura point occasion de nous ébahir de ces masques, sinon qu'ils en fissent peur aux petits enfants. Même toutes gens de moyen savoir n'auroient point fort affaire de mon avertissement pour être instruits de s'en garder. Ainsi , ce présent Traité sera plutôt pour les simples et non lettrés , qui pourroient aisément être séduits par faute de savoir distinguer entre la vraie astrologie et cette superstition de magiciens ou sorciers. Voyons donc, en premier lieu, jusqu'où s'étend la vraie astrologie, qui est la connoissance de l'ordre naturel et disposition que Dieu a mise aux étoiles et planètes, pour juger de leur office , propriété et vertu , et réduire le tout à sa fin et à son usage. Nous savons ce que dit Moïse, que Dieu a' ordonné le soleil et la lune pour gouverner les jours et les nuits, les mois, les ans et les saisons, en quoi il comprend tout ce qui atlouche à l'agriculture et à la police.

Or, quant à ce régime et conduite dont il parle, vrai est que les ifjinorants en ont bien (juejque goût et appréhension : mais la science d'astrologie , outre les effets , montre aussi les causes. Exemple : les plus rudes et idiots voient liicn que les jours sont plus courts en hiver qu'en été, qu'il fait chaud en été et froid en hi\er ; mais ils ne parviennent pas si haut de juger comment ni [tourquoi cela se fait. Les éclipses du soleil et de la lune sont connues à tout le monde ; mais les causes en sont cachées, si ce n'est qu'on les apprenne par doctrine. Il ne faut point aller à l'école pour voir qu'il y a des étoiles au ciel. Mais ce n'est pas à tous de comprendre la nature de leur cours, leurs révolution^, leurs rencontres et autres choses semblables ; car cela requiert un savoir spécial. Par ainsi, l'astrologie sert à déterminer le cours des planètes tt étoiles, tant pour le temps que pour l'ordre et situation : le temps, dis-je , pour savoir quel terme il faut à chacune planète et au firmament pour accomplir leur circuit ; la situation, pour juger combien il a de distance de l'une à l'autre ; discerner les mouvements droits , obliques ou quasi contraires : de là savoir montrer pourquoi le soleil plutôt est plus loin de nous en hiver qu'en été ; pourquoi il fait plus longue demeure sur nous en été qu'en hiver ; de savoir compasser à l'endroit de quel signe du zodiaque il est chacun mois , quelle rencontre il a avec les autres planètes , pourquoi la lune est pleine ou vide selon qu'elle se recule du soleil ou en approche, comment se font les éclipses , voire jusqu'à compasser les degrés et minutes. Ce fondement mis, s'ensuivent les effets que nous voyons ici-bas ; lesquels par l'astrologie on connoît provenir d'en haut, et non-seulement quand ils sont passés , mais pour en être avertis devant le temps. Il n'y a celui qui ne voie les pluies , les grêles et neiges , et qui n'oie le bruit des vents ; mais nul ne sait les causes que par le moyen de l'astrologie, laquelle, conmie j'ai dit, en donne même quelques conjectures pour l'avenir ; combien qu'on n'en peut pas faire une règle perpétuelle. Je parle donc du coiu's ordinaire, qui n'est point empêché d'autres accidents survenant d'ailleurs. Or, voici le nœud de la matière (jue nous avons à déduire, car nos astrologues contrefaits prennent une maxime qui est a raie : que les corps terrestres et en

général toutes créatures inférieures sont sujettes à Tordre du ciel pour en tirer quelques qualités ; mais ils l'appliquent trèsmal. Qu'ainsi soit, l'aslrologie naturelle montrera bien que les corps d'ici-las prennent quelque influxion de la lune, parce que les huîtres se remplissent ou se vident avec icclle; pareillement, que les os sont pleins de moelle ou en ont moins selon r|u'elle croit ou diminue. C'est aussi de la vraie science d'astrologie que tirent les médecins ce qu'ils ont de jugement pour ordonner tant saignées que breuvages, pilules et autres choses en temps opportun. Ainsi il faut bien confesser qu'il y a quelque convenance entre les étoiles ou planètes et la disposition des corps humains. Tout ceci , comme j'ai dit , est compris sous l'astrologie naturelle. Mais les affronteurs qui ont voulu, sous ombre de l'art, passer plus cuire, en ont conlrouvé une autre espèce qu'ils ont nommée judiciaire , laquelle gît en deux articles principaux ; c'est de savoir non-seulement la nature et etcomplexion des hommes, mais aussi toutes leurs aventures, qu'on appelle , et tout ce qu'ils doivent ou faire ou souffrir en leur vie ; secondement, quelles issues doivent avoir les entreprises qu'ils font, trafiquant les uns avec les autres ; et en général de tout l'état du monde. Traitons premièrement de la complexion de chacun selon sa naissance. Or, comme il n'y a jamais mensonge si lourd ni si impudent qui n'emprunte quoique couleur de vérité, je confesse bien , quant à la complexion des hommes et surtout aux affections qui participent aux qualités de leurs corps, qu'elles dépendent en partie des astres , ou pour le moins y ont quelque correspondance , comme de dire qu'un homme soit plus enclin à colère qu'à flegme , ou au contraire. Toutefois, encore en ceci il y a plusieurs choses à noter. Nos mathématiciens, auxquels je parle, asseyent leur jugement sur l'heure de la naissance. Je dis, au contraire, que l'heure de la génération est plus à considérer, laquelle le plus souvent est inconnue. Car la mère n'a pas toujours terme préfix pour enfanter selon qu'elle a conçu. Quelques répliques qu'ils aient, si est-ce qu'ils seront convaincus par raison qu'en l'enfantement les astres n'ont pas si grande vertu pour inq)rimer quelques qualités à l'homme, qu'en sa conception. Je dis encore, le cas

|)osr que les astres nous qualifient par leur influence, que cela ne vient point de la naissance; et de fait, rexpérience commune le montre : ce n'est pas sans cause que Perse dit :

Geiiiiuos j horoscope, varo Prodacis geuio.

Cest-à-dire que sous un même horoscope, deux sortiront du ventre de diverses natures. Cela se voit tous les coups, même cq des frères jumeaux , les(|uels seront autant difTérents de l'un à r;)utre, comme si la position des astres avoit été toute contraire. Je laisse à dire que pour juger même par la nativité de la nature d'un honune , outre ce (ju'il faut avoir tous les degrés du climat bien marqués, il faudroitque le généthliaque eût son astrolabe au poing ; car de se fier en l'horloge, c'est une chose trop mal sûre. Or est-il ainsi qu'en faillant peu de minutes, on trouvera grand changement au regard des astres. Toutefois , soit par la conception ou naissance qu'il faille juger, je demande si le sexe ne surmonte point toutes autres qualités en la créature. Or est-il ainsi qu'en un même moment et en un même ventre seront con»}us fils et filles, et en un moment une femme accouchera d'un mâle, l'autre d'une femelle. Dont vient cette diversité en ce qui est le principal , sinon que les étoiles et planètes n'ont pas telle puissance comme ces gens veulent faire accroire? S'il falloit faire comparaison, il est plus que certain que la semence du père et de la mère ont une influence cent fois plus vertueuse que n'ont pas tous les astres, et ce nonobstant, on voit qu'elle défaut souvent, et aussi la disposition peut être diverse. Prenons deux hommes de natures fort diverses, ayantchacun sa femme, de nature pareillement répugnante, qui engen- (lient enfants en une même heure, que les femmes accouchent à une même heure ; il adviendra ordinairement que les enfants tiendront chacun de la complexion de leurs pères et mères plutôt que du regard des astres qu'ils ont eu pareil tous deux, et la raison y est si patente, que nul de sain jugement n'ira a rencontre. Qu'est-il donc de dire quant à l'influence que donnent les créatures célestes aux hommes? J-e confesse, suivant ce que j'ai touché , que les astres ont bien quelque concurrence pour

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former Icscomplexions, et surtout celles qui concernent le corps, mais je nie que le princi|)nl vienne de là. Je dis même, touchant des causes naturelles qu'on appelle inférieures , que la semence dont les enfants sont procréés précède et est de plus grande importance. Je dis secondement que les astrologues se fondent mal en jugeant par la nativité plutôt que par la génération. Or csl-il ainsi que la génération leur est inconnue. Ainsi, ils n'ont nulle certitude de jugement. Tiercement, je dis que Dieu besogne en plusieurs d'une grâce spéciale, même en formant leur nature, en manière que la constellation n'y aura point de lieu, ou pour le moins y sera éteinte, pour n'èlre point aperçue des hommes. Voilà quant à l'inclination naturelle. Mais si nous venons à la grâce (pie Dieu fail à ses enfants lorsqu'il les réforme par son esprit et les change tellement qu'ils sont nommés à bon droit nouvelles créatures ; que deviendront tous les regards des planètes? Est-ce là que Dieu a fondé son élection éternelle? Si les généthliaques allèguent qu'on en peut bien user comme de moyens inférieurs, c'est une cavillation trop solle. Nous voyons comment Dieu a voulu, de propos délibéré, nous retin'r de telles considérations, quand il a fait nailre en second lieu ceux (pi'il voulait préférer, comme nous en avons l'exemple en Jacob. Car pourquoi est-ce qu'Ésaii, qui devoitètre rejeté, est venu devant, si ce n'est que Dieu, en rompant l'ordre commun de nature, nous a voulu élever plus haut, nous admonestant par cela que nous devons avoir les yeux flchés en sa seule volonlé, sans les divertir à chercher aulres causes? Arrêtons-nous seulement à ce mot, que Dieu réforme tellement les hommes, les appelant à soi, qu'ils deviennent du tout nouveaux. 11 est dit de Saiil, quand Dieu le veut disposer pour èlrc roi, (pi'il le fera tout aulre qu'il n'a été. Cela n'advient pour quelque constellation , ains Dieu besogne en lui outre et par-dessus le cours de nature. S'il le fait en un homme qu'il a élu pour le régime temporel, que sera-ce de ceux qu'il a adoptés pour ses enfants et héritiers du royaume céleste? Certes, il faut bien que cela surmonte tout le firmamoni; et de fait, quiconque nie que la régénération ne soit une œuvre de Dieu supernaîurelle , non-seulement se montre jjrofime, mais renonce ouvertement la foi chrélicnnc. A celte cause, il

nous faut limiter la vertu des astres à ce qui attouche le monde et appartient au corps, et est de l'inclination première dénature ; exceptant ce que Dieu donne de spécial aux uns et aux autres, sans s'aider des moyens ordinaires , et surtout la réformation qu'il fait en ses élus, les renouvelant par son esprit.

Mais cette astrologie bâtarde ne se contentant pomt d'avoir disposé de la complexidn des mœurs et des hommes, étend sa judicature plus avant, qui est en devinant ce qui leur doit advenir toute leur vie, et quand et comment ils doivent mourir. En quoi il n'y a que pure témérité, et pas un seul grain de raison. Car tout au plus les astres pourront imprimer quelques qualilités aux personnes, et non pas faire que ceci ou cela leur advienne puis après d'ailleurs. Et par ainsi, encore qu'un génétliliaque puisse juger un homme être industrieux et vigilant pour acipiérir des biens, si ne peut-il deviner qu'il lui écherra quelque succession , pource que cela gît en la volonté ou condition d'autres (jue de lui. Voilà pourquoi il a été dit de longtemps que ces mathématiciens masqués étoient bons pour vider les bourses et remplir les oreilles, d'autant qu'en disant la bonne fortune, ils l)aissent de vent les curieux et tirent d'eux tout ce qu'ils veulent après qu'une fois ils les ont ensorcelés. Ils diront donc à un homme combien il aura de femmes. Oui ; mais trouvent-ils en son astre la nativité de sa première femme, pour savoir combien elle vivra? Par ce moyen les femmes n'auroient plus de nativité propre, pource qu'elles seroient sujettes au regard de la nativité des hommes. En .somme , par cela l'horoscope de chacun homme particidier comprendroit le jugement de toute la disposition d'un pays, vu (ju'ils se vantent de pouvoir juger si un h<Himie sera heureux en mariage, s'il aura bonne ou mauvaise rencontre par les champs, en quels dangers il pourra tomber, s'il sera occis ou s'il mourra de maladie. Regardons maintenant avec combien de gens nous trafiquons en vivant. Si les mathématiciens n'ont leurs volontés et leurs fortunes en la manche , qu'est-ce qu'ils nous en peuvent promettre? Par quoi ce que j'ai dit est vrai , qu'ils ne saïu'oient juger d'un homme comme ils en font profession, que sa nativité ne leur fût un miroir pour contempler tous ceux avec lesquels il conversera. Qu'on juge

par raison si cela se peut faire , et s'il y a quelcjue vérisimilitude. Je conclus donc que tous ceux qui entreprennent deconnoitre les événements d'un homme par sa nativité sont trompeurs, d'autant que les causes viennent d'aulre part. Je serois trop long à déduire tous les exemples qui b'en peuvent amener, mais un seul nous suffira. 11 est souventes fois demeuré en une bataille jusqu'à un soixante mille hommes. Je ne parle point des |)lus grandes déconfitures , ains de ce qui a été assez fréquent. Je demande s'il faudra assigner à tous ceux que la mort accouple ainsi un même horoscope. Quand ils diroient qu'une chose bien rare ne doit déroger à la doctrine conumuie d'un art, ce seroit déjà un subterfuge à rejeter. Je leur parle d'une chose commune. Les histoires récitent qu'en une vingtaine de b.itailles est mort en Espagne jusqu'à trois cent mille hommes. Sans enquérir plus avant, qui esl-ce qui ne jugera aisément que ceux qui sont morts par compagnie éloient bien sép.irés en nativité quant au regard des astres? Ainsi en telle multitude, Capricorne et le Mouton et le Taureau s'enlreheurtent tellement des cornes, que tout y est confus ; Aqnarius jette son eau en telle abondance que c'est un déluge , la Vierge est dépucelée, l'Écrevisse va au reboui'S , le Lion donne de la queue par derrière sans qu'on s'en soit aperçu, les Gémeaux se mêlent en sorte que c'est tout un , l'Archer tire en trahison , la Balance est f;uisse , les Poissons se cachent sous l'eau , si qu'on n'y voit plus goutte.

Qui plus est, ils ne se contentent point d'avoir tant élargi leurs ailes en la nativité d'un homme, mais ils usurpent aussi le jugement ou plutôt la divination de toutes entreprises par le regard présent des astres. Comme quoi si quebpi'un a aflaire cent lieues loin d'où il est, monsieur Tasirologue épiera le ciel pour savoir quand il sera bon ; que ce pauvre fou parte pour trouver au bout de quinze jours ses gens bien disposés, quand les. astres qui lui promettent bonne adresse seront hors de leur règne. Je vous prie, si les astres avoient quelque vertu pour conduire les entreprises des hommes, ne sefaudroit-d point arrêter à ceux qui sont en règne à l'heure que la chose se fait? Quelle folie estce de dire, si je dois acheter de la marchandise d'un homme qui est outre-mer, que l'astre ({ui règne à mon partement m'y donne

bonne adresse, et que ceux qui dominent quand ce vient à joindre, n'y puissent rien ! Il me souvient du conte que Ton fait du cardinal Farnîse, lequel fut contraint de laisser son diner pour monter bientôt à cheval , afin d'avoir bonheur en son ambassade: et s'il fût parti deux heures plus tard, ayant dîné à son aise, et qu'il fût arrivé au soir au même logis , en quoi cela l'eùt-il avancé ou reculé? Qui est-ce qui ne voit que le principal est de connoilre la siUiation des astres quand ce vient à faire la dépèche? Je dis quand il seroit question d'y ajouter foi. Mais il est facile de voir que le tout n'est qu'abus. J'ai ouï parler de quelques fantastiques qui sont en état, lesquels n'osent monter sur leurs mules devant qu'avoir pris congé aux astres. Je prends le cas que ce fût un conseiller d'une cour souveraine. Il y a une heure établie pour s'assembler. En voilà une vingtaine qui sont tous sujets à une même règle. Leurs astres cependant seront difîérents. La loi les appelle tous ensemble; que sera-t-il de faire? Si on se gouverne par astrologie , tant s'en faut que jamais procès fût vidé, que trois juges ne se pourroient trouver ensemble pour ouïr un plaidoyer. 11 faudra donc ou qu'on remue les astres pour les faire autrement accorder, ou que toute police soit abattue. Or, nous savons que Dieu approuve cet ordre, (ju'il y ait heures certaines pour tenir la justice, pour ouïr sa parole, recevoir ses sacreuienls, sans regarder la position du ciel. Si en s'amusant aux étoiles on délaisse l'ordre de Dieu et que chacun se retire à part sans s'accommoder à la communauté du genre humain , Dieu ne sera-t-il point contraire à soi-même? Où sera cette sagesse infinie par laquelle il a ordonné si bien toutes choses comme par compas, si on ne lui peut obéir en un endroit qu'on ne contrevienne à l'ordre qu'il a mis en nature? Ce seroit à telles manières de gens qu'on pourroit appliquer la risée qu'ouït un ancien philosophe de sa chambrière, lequel étant trop enlenlif aux étoiles, et n'ayant point loisir de regarder à ses pieds, fit un faux pas et tomba dedans une fosse. Alors elle lui dit : « qu'il n'est rien si . bon que de penser à ce qui nous est le plus prochain. Je ne voudrois point tourner celte moquerie contre les vrais astrologues, desquels on ne peut trop louer le labeur qu'ils ont pris à nous faire connoitre les secrets du ciel , en tant qu'il étoil bon pour

glorifier Dieu et nous en servir à notre usage. Mais quant à ces fous spéculatifs qui se promènent par-dessus les nues , et cependant ne considèrent point à quoi Dieu les appelle , n'ont nul égard à leur office, se détournent du chemin que Dieu leur montre , publient le devoir qu'ils ont à leur prochain ; n'est-ce pas raison qu'on se moque de leur vanité, et que Dieu aussi les mette en opprobre, les faisant non-seulement chopper, mais en la fin se rompre le cou du tout?

Après que messieurs les généthliaques ont assujetti un chacun de nous à leur juridiction astronomique, ils usurpent une même puissance sur l'état universel du monde. Or, je confesse bien, suivant ce que j'ai ci-dessus traité, qu'en tant que les corps terrestres ont convenance avec le ciel , on peut bien noter quelque chose aux astres des choses qui adviennent ici-bas. Car tout ainsi que l'influence du ciel cause souvent les tem|iètes, tourbillons et temps divers , item les pluies continuelles ; ainsi par conséquent elle amène bien la stérilité et les pestilences. En tant donc qu'on verra un ordre et comme une liaison du haut avec le bas, je ne contredis pas qu'on ne cherche aux créatures célestes l'origine des accidents qu'on voit au monde. J'entends l'origine, non pas première et principale, ains comme moyen inférieur à la volonté de Dieu, et même dont il se sert comme de préparation pour accomplir son œuvre ainsi qu'il l'a délibéré en son conseil éternel. Tant y a qu'il ne nous faut pas du tout nier qu'il n'y ait quelque correspondance aucunes fois ciUre une peste (jue nous verrons ici et la constellation qui se connoit au ciel par l'astrologie. Néanmoins, il s'en faut beaucoup que cela soit général; car quand l'élection fut laissée à David laquelle il voudroit choisir des trois verges de Dieu, et qu'il eut choisi la peste, nous ne dirons point que cela procédât des astres. Pareillement, quand la famine fut si grande en Syrie et en Israël du temps d'Élic, et que la sécheresse y fut si longue, ce seroit grande folie de chercher si les astres y étoient disposés, vu que c'étoit un miracle extraordinaire. Et ne faut prendre cet exemple comme bien rare entre les autres , attendu que Dieu parle généralement en Moïse, en disant que toutes les adversités qu'ont les hommes sont cachées en ses trésors ; en quoi il signilie qu'il les met en avant

par son juste jugoment pour punir les péchés des hommes , cf. (|ue si les liommes, par leur malice, ne provoquoient son ire, qu'il les tiendroit encloses comme en un coflre. Et de fait, il n'y a guère de plus commune doctrine par tous les prophètes (]ue cette-ci, c'est qu'il nous rendra le ciel et la terre comme d'airain. Puisqu'il en assigne la cause à nos péchés, toute constellation est exclue. Quant aux guerres, il y a encore moins de propos de chercher la raison aux étoiles pourquoi elles adviennent , vu que ce sont aussi fléaux de Dieu pour châtier les iniquités , qui n'ont nulle dépendance de là. NoLre-Seigneur faisant la' promesse à Abraham de donner la terre de Chanaan à sa lignée , dit : « Que le terme n'est pas encore venu. » Il n'allègue point que le regard des astres ne le porte pas. Quoi donc? que l'iniquité des Amorrhéens n'est pas encore venue au comble. Par quoi, tout ainsi qu'on cueille le fruit d'un arl)re quand il est mûr, ainsi nos péchés mûrissent les punitions de Dieu. Regardons maintenant si l'impiété des hommes et leurs transgressions proviennent des astres. Il y a bien eu jadis quelques fantastiques qui l'ont imaginé, mais cette rêverie a aussi été à bon droit rejetée de tout le monde, et même tenue pour une invention diabolique , laquelle tous chrétiens doivent détester; comme de fait elle ne peut être reçue que toute l'Écriture sainte ne soit renversée , que Dieu ne soit blasphémé, et qu'on ne lâche aux hommes la bride de malfaire. Ainsi je prends cet article pour tout conclu , que le mépris de Dieu et les dissolutions qui se font en quelque pays que ce soit , n'ont nul regard aux étoiles. Puisqu'ainsi est, il ne faut point aussi attribuer aux étoiles les vengeances de Dieu qui surviennent pour telles causes. Si on réplique que Dieu se pourra bien servir des moyens naturels pour châtier les hommes , je ne le nie pas. Mais est-ce à dire que cela se fasse par un ordre continuel, selon que les astres y seront préparés? Tout au contraire, quand Dieu veut sécher la mer Rouge et le Jourdain , combien qu'il se veuille servir du vent qui étoit propre à cela, néanmoins il n'est pas dit ((ue ce vent-là soit ému par quelques constellations, ains que Dieu l'a élevé sur-le-champ. Combien que j'accorde volontiers que , lorsque bon lui semble , il applique bien la nature et propriété des étoiles à son service. Seideraent je

veux dire que ni les famines, ni les pestes, ni les guerres n'adviennent jamais pource que les astres y sont disposés , si ce n'est selon que Dieu veut déclarer son ire sur la malice des hommes ; au contraire, que l'abondance des biens, la santé et la paix ne procèdent non plus de l'influence des astres , mais de la bénédiction de Dieu , soit qu'il nous veuille convier et exhorter à la repentance par une telle douceur, soit qu'il nous veuille , faire sentir son amour on l'obéissance de sa justice. Conclusion, jusqu'à ce que nos astrologues fardés aient montré que ce sont les étoiles qui nous font servir à Dieu ou nous incitent à lui être rebelles, je conclus qu'elles ne sont point cause ni du bien ni du mal que nous avons , car chacun voit que l'un s'ensuit de l'autre. Si je voulois amasser tous les exemples qui conviennent à cet argument, ce seroil chose intinie. Toutefois, il n'y a celui qui ne les puisse noter de soi-même. Par quoi, apprenons de nous arrêter aux promesses et menaces de Dieu , lesquelles ne tenant rien de la situation des étoiles , nous enseignent qu'il ne nous y faut point amuser.

Voilà pourquoi Dieu, par son prophète Isaïe, se moque des Égyptiens et des Chaldéens, qui ont élé deux peuples les plus experts en cet art qui furent jamais au monde , leur reprochant que par toute leur science ils n'ont pu prévoir la désolation qui leur éloit prochaine , pource qu'elle ne provenoit point du cours naturel des étoiles , ains de son jugement occulte. On ne peut pas répliquer qu'il taxe les personnes qui se vantoient à fausses enseignes de savoir l'astrologie, il s'adresse notamment à l'art, déclarant que ce n'est que vanité. Parlant au royaume d'Egypte, il dit: «Où sont maintenant tes sages? qu'ils t'annoncent et qu'ils sachent ce que Dieu a décrété sur toi. > S'il y avoit nulle part science d'astrologie , elle éloit là. Le prophète dépile tous ceux qui s'en mêlent, disant que ce n'est point à eux de savoir les événements, comme ils en font profession. Il y a encore des mots plus exprès quand il parle àBabylone : ï Tu t'es, dit-il, tourmentée en la multitude de tes conseils. Maintenant, que tes astrologues viennent en avant, qu'ils contemplent les cicux et épluchent les étoiles, pour voir s'ils jugeront de ce qui le doit advenir. Voici, ils seront comme paille, et le feu les consumera. Les Chaldéens

ont été les plus renommés en astrologie qui lurent jamais, lelleuicnt que tous ceux qui se sont fourrés en cette curiosité ont emprunté leur nom d'iceux. Or, nous voyons comment Dieu les eouilamne et réjjrouve , et notaniment prononce qu'on ne peut pas lire aux étoiles les mutations et ruines des principautés, et qu'il punira l'outrecuidanoe de ceux qui se sont ingérés de ce faire. Voilà aussi pourquoi il dit par le même prophète qu'd dissipe les signes des devins et tourne les magicieii^ en fureur, cpi'il déloui'ue les sages au rebours et assotit leur science. 11 ne reprend pas la témérité de ceux qui sont mal fondés en l'art, mais il renverse leurs principes et maximes , à savoir, cette considération des étoiles , dont il parle en d'autres lieux. Par quoi Daniel, voulant exposer au roi Nabucadnezer le songe auquel tous les astrologues et devins de Chaldée n'avoient su mordre, il ne se fait point plus savant qu'eux en l'art, ni plus subtil, mais il met comme deux choses opposites leur science et la révélation de Dieu. Les astrologues, dit-il, et devins ne t'ont pu déclarer le secret, car c'est Dieu qui est au ciel, auquel il appartient de révéler les choses secrètes. Bref, nous voyons que toute cette partie d'astrologie qui sert à divination, qu'on appelle judiciaire, non-seulement est tenue de Dieu pour vaine et inutile, mais est condamnée comme dérogeant à son honneur et enlreprenant sur sa majesté.

Pourtant, si nous vouions être de son peuple, écoutons ce qu'il nous dit en sou prophète Jérémie, que nous ne soyons pas semblables aux païens , craignant les signes du ciel. Je sais bien le subterfuge qu'amènent aucuns , qu'il ne faut pas craindre les astres comme s'ils avoient domination sur nous , et toutefois qu'ils ne laissent point d'y avoir quelque supériorité subalterne, sous la main et conduite de Dieu. Mais il n'y a nul doute que le prophète ne nous veuille ramener à la providence de Dieu , et, pour ce faire, nous détourner de la vaine sollicitude en laquelle se tourmentent les païens, attendu qu'il parloil au peuple d'Israël , lequel éloit tenté de s'adonner à telles folies, à l'exemple des Chaldéens et Égyptiens. Qu'on demande à nosgénélhliaques d'aujourd'hui , de quelle source est venu leur art, ils ne peuvent nier que Babylone n'en ait été la

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fontaine, et que ce qu'ils en tiennent sont comme petits ruisseaux découlés (le là. Puis donc que Dieu a une fois défendu à son peuple d'être semblable aux prédécesseurs et maîtres de ceux-ci , ferons-nous bien de leur ajouter foi , quand il n'y auroit autre mal que celui-là , qu'en attribuant aux étoiles et à leur influence la cause de nos afflictions et prospérités , nous mettons comme des nuées devant nos yeux pour nous éloigner de la providence de Dieu? Déjà nous voyons que c'est une chose trop pernicieuse. Il y a puis après que les hommes vagant entre les étoiles, n'entrent plus en leur conscience pour examiner leur vie, connoissant qu'ils portent en eux la matière de tous maux, et que leurs péchés sont le bois pour allumer l'ire de Dieu dont proviennent les guerres , les famines, les mortalités, les grêles, les gelées et toutes choses semblables. Pareillement, ceux qui attendent bonheur par la prédiction des astres, se reposant làdessus, retirent leur confiance de Dieu , et deviennent nonchalants à la requérir, comme s'ils avoient déjà gagné ce qu'ils prétendent. Je n'ignore pas la réplique qu'ils ont pour caviller cela. Ils allèguent un dicton de Ptolomée, que les significations des astres ne sont point comme arrêts d'un parlement qui aient leur exécution prête, pource que Dieu est par-dessus. Mais quand tout est dit, ce n'est qu'une échappatoire ; car puisque tous les maux dont les étoiles nous menacent procèdent du cours de nature, il ne peut se faire que nous ne concevions une fantaisie que nos péchés donc n'en sont point cause. Je laisse à part l'absurdité et contradiction qui est en leur dire , à savoir que l'ordre que Dieu aura mis pour être perpétuel sera changé par causes survenantes, comme si Dieu se contredisoit à soi-même. Il me suffit que nous ayons l'intention du prophète, qui est d'opposer, ainsi que choses contraires, le regard qu'ont les païens aux astres, pour imaginer que leur condition et tout l'état de leur vie dépend de là, et la connoissance en laquelle se doivent reposer les fidèles, qu'ils sont en la main de Dieu, et qu'ils seront bénis de lui , le servant en bonne conscience, et que tous les maux qu'ils endurent sont autant de châtiments pour leurs péchés.

11 semble bien à nos généthliaques qu'ils ont une solution ap-

parente, en disant que le prophète nomme les étoiles signes ; car de là ils concluent que leur office est de signifier. Et pour confirmation ils allèguent ce qui est dit au premier de Genèse^ que Dieu les a créées à celle fin. Puisqu'ils font si grand sivé de ce mot de signes, que répondront-ils à ce qui est dit en Isaïe, que Dieu renverse les signes des devins? Il est bien certain qu'il parle là des astrologues. Ainsi, quand je leur confesserai qu'ils peuvent bien avoir des signes, mais que Dieu les renverse, qu'auronl-ils gagné ? Au reste , c'est une cavillation trop impudente de dire que Jérémie confesse oblicpiement qu'il y ait signification aux astres quand il les nomme signes. C'est une façon de parler assez commune, en reprenant les abus, d'user des mots accoutumés entre ceux qu'on veut rédarguer. L'Écriture appelle souvent les idoles dieux des païens. Si quelqu'im, sous ombre de ce nom, vouloit prouver que les idoles sont dieux, qui est-ce qui ne se moqueroit de sa sottise ? Le prophète, en somme, admoneste le peuple de ne se point troubler ni fâcher de cette opinion des païens , que les étoiles signifient ceci ou cela ; comme aujourd'hui nous ne jiouvons reprendre cette erreur , sinon en disant qu'il ne se faut point amuser à telles significations. Quant au texte de Moïse, ils le déchirent en le voulant étendre jusqu'à leur folle fantaisie. Dieu a ordonné les étoiles pour être en signes. Mais il faut noter de quoi. Or tout homme de sain jugement entend bien que Moïse a voulu toucher ce que j'ai déclairé ci-dessus de l'usage de la vraie astrologie. Si les étoiles nous sont en signes pour nous montrer la saison de semer ou planter, de saigner ou donner médecine , couper le bois , ce n'est pas à dire pourtant qu'elles nous soient signes pour savoir si nous devons vêtir une robe neuve, trafiquer en marchandise le lundi plutôt que le mardi, et choses semblables, qui n'ont nulle correspondance avec les astres. Tout ainsi donc que nous confessons les signes naturels, aussi nous délestons la sorcellerie, que le diable a inventée parles devins.

Par quoi c'est une calomnie troj) impudente qu'ils nous imposent, voulant faire accroire que nous détruisons l'ordre que Dieu a établi, en étant aux astres la propriété de signifier, et même que nous condamnons une science tant belle et tant utile.

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Toute ccUe couverture leur est ôtée eu uu mot, quand on distingue entre l'astrologie naturelle et celte bâtarde qu'ont forgée les magiciens. Je sais que de savoir le cours des astres, leur vertu et ce qui est de semblable, non-seulement apporte grande utilité aux hommes, mais incite à magnifier Dieu en cette sagesse admirable qui se montre là. Car combien que les plus ignorants et idiots ne puissent lever les yeux au cfel sans avoir ample matière de glorifier Dieu , toutefois ceux qui ont étudié pour comj)rendre les secrets de nature, qui ne sont point connus de tous, doivent être beaucoup plus incités à en faire leur devoir. Mais c'est autre chose du droit usage et modéré, que de l'abus et excès. Si quelqu'un, en louant le vin, vouloit approuver l'ivrognerie, tout le monde ne s'élèveroit-il pas contre lui , pource qu'il seroil un méchant corrupteur des œuvres de Dieu? Autant en font ceux qui empruntent ou plutôt dérobent le titre d'une bonne science et approuvée, pour colorer des rêveries toutes contraires à la vérité de la science qu'ils prétendent. Et de fait, j'ai du commencement prévenu leur cautelle en protestant que non-seulement je ne veux rejeter l'art qui est tiré de l'ordre de nature, mais que je le prise et loue comme un don singulier de Dieu. Suivant cela , quand les généthliaques voudront faire valoir leurs coquilles sous couleur que c'est une chose sainte et bonne'que la considération des œuvres de Dieu, que chacun soit averti de les amener au point, et ne se point laisser mener à travers champs par leurs ambages. Ils en font tout ainsi que les alcumistes qui s'insinuent par longues préfaces de la tempérance des éléments et de la convenance qu'ils ont entre eux, et choses semblables, qui sont vraies et fondées en raison. Mais après avoir bien tourné à l'entour du pot, ils font en la fin leur pipée, et puis c'est tout. Bref, puisque les cieux nous doivent raconter la louange de Dieu, et le firmament nous doit être un miroir de sa vertu et sagesse infinie, apprenons, pour en bien faire notre profit, de ne point extravaguer en des imaginations qui nous éloignent de lui.

Mais nos mathématiciens répliquent que Joseph, Moïse et Daniel ont été enseignés en l'école des Égyptiens etChaldéens, et que cela est récité d'eux en leurlouange, et non pas comme vicieux

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OU mauvais. Je réponds, quant à Joseph, qu'il fait bien le semblant d'être devin, mais que ce n'est que feintise, comme chacun voit, pour le temps qu'il se veut déguiser à ses frères. Au reste, quand il prédit la famine d'Egypte , en trouve-t-il la conjecture aux astres? Tout au contraire, il le tient de révélation miraculeuse. Voilà les Egyptiens qui ont sondé jusqu'au plus profond du ciel pour savoir deviner tout ce qui est signifié par les astres. Néanmoins, ils ne connoissent rien de cette famine, et en eussent été surpris devant que d'y avoir pensé. Dieu en avertit Pharaon par songe, Joseph lui en déclare ce qui lui est révélé de Dieu. En tout cela, y a-t-il rien qui favorise à ceux qui en font un bouclier? Quant est de Moïse, il est bien dit qu'il étoit insiruit en toute la sagesse des Égyptiens ; mais cela s'entend-il des superstitions? Or, entre les pires superstitions qu'ils eussent, je mets celte curiosité de vouloir deviner par les astres. Pour ôler tout doute , qu'on regarde si Moïse s'est jamais aidé de cette science en toutes ses entreprises. Quand il dut retirer le peuple de captivité, à savoir s'il prit les asires pour sa conduite? Pareillement, quand il passa la mer Rouge? Finalement, en tout ce que Dieu a fait par sa main, s'est-il jamais guidé par cette science? 11 s'est toujours réglé selon la bouche de Dieu, regardant la promesse pour le temps de la rédemption, et n'attentant rien, sinon suivant ce qui lui étoit révélé. Daniel a bien été instruit en l'art des Chaldéens. Mais nous ne voyons point qu'il ait appété de savoir plus que l'astroîogic naturelle; et, sans en tenir plus long propos, il n'y a nul doute que Dieu, en parlant tant de fois des devins, n'ait voulu expressément condamner la superstition tant d'Egypte que de Chaldée, dont le peuple d'Israël pouvoit être corrompu. Ainsi, quand les généthliaques, pour honorer leur science, mettent en avant cette ancienneté, voici tout ce qu'ils gagnent, qu'on sait que c'est une curiosité que Dieu réprouve , et laquelle il a étroitement défendue à son Église. Tant y a qu'ils font grande injure aux saints patriarches, lesquels ils veulent, à fausses enseignes, tirer en leur bande.

Ils s'aident aussi de la sentence de notre Seigneur Jésus, disant qu'il y aura des signes au ciel pour annoncer le jour de sa venue dernière ; mais ils en parlent comme clercs d'armes.

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Vrai est qu'il leur est à pardonner , vu que ce n'est pas leur gibier que de la sainte Écriture. Oui bien, s'ils s'abstenoienl de la polluer, en la dépravant ainsi qu'ils font. Or, tant s'en faut (jue ce passage leur favorise, que nous le pouvons retourner contre eux. Car notre Seigneur Jésus ne parle point là de quelque constellation procédant du cours de la nalure, mais plutôt d'une chose extraordinaire qui n'a rien de semblable ni de commun avec. Et même les prophètes, voulant exprimer combien l'ire de Dieu sera épouvantable, usent de telles façons de parler, que le soleil sera obscurci , et la lune ne rendra plus sa clarté. Il est certain que cela n'est pas advenu à l'œil toutes fois et quantes (jue Dieu a puni son Église. Si est-ce qu'en ce dernier jour, lequel nous doit amener la perfection de toutes choses, il y aura signes visibles, tant pour avertir les fidèles, que pour rendre les incrédules plus inexcusables. Quoi qu'il en soit, ce |)oinl nous doit èlre comme vidé, que k's signes dont il est là fait mention ne se peuvent comprendre par le cours ni regard des étoiles, vu que Dieu les doit envoyer propres et particuliers pour cela ; et outre plus qu'ils empoi temnt changement de cet ordre connuun sur lequel les généthliaquos font semblant d'être fondés, Aulant en f:uit-il dire de Tétoile qui apparut aux philosophes qui vinrent des quartiers d'Orient, et c'est une grande moquerie d'attribuer à l'ordre de nature ce que l'Écriture récite pour miraculeux. Diront-ils que, selon leur science, une étoile se lève tirant sou chemin vers Judée, puis droit en Jérusalem; (pie là elle s'évanouisse , (jue tnnt(jL ai)rès elle se montre derechef, ((u'elle tende en Bethléem et qu'elle s'arrête sur une maison pour la marquer? qui plus est, qu'elle chemine par compas, selon (pie les hommes qu'elle guide peuvent marcher? Quand ils auront bi(-'n épluché les cieux, ils n'y trouveront que les étoiles firhées au firmament ou les planètes. 11 faut bien donc que ceri soit par-dessus nature , et par conséquent par-dèssus l'art d'astrologie. îlainlenant, quel propos y a-t-il de tirer un privilège singulier à une loi générale? Qui est-ce qui ne veira leur impudence pour s'en moquer, quand ils arguent en cette façon? Dieu a dressé une étoile par miracle pour conduire les philosophes qui dévoient adorer son Fils, et lui a donné un cours propre

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|)oiir leur voyaije, qui n'étoit conforme ni au niouvenion! universel du oiel ni à celui des planètes. Il sVnsuil donc que les astres déclarent quelle sera la condition et fortune de chacun de nous, el (juc par leur influence toute noire vie est gouvernée. 11 ne faut point grande subtilité pour rédarguer une telle bèlise; et (|uand il n'y auroit que cela, on voit combien les fondements sur lesquels ils s'appuient sont fermes. Mais encore a(in que chacun entende mieux l'impiélé qui est ici cachée comme le venin en la queue d'un serpent , il est bon qu'on soit averti qu'ils ne font nul scrupule d'assujettir toute la chrétienté aux étoiles , autant que les corps humains. Car ils entreprennent de rendre raison j)ourquoi Mahomet avec son Alcoran a plus grande vogue que Jésus-Christ avec son Évangile, d'autant qu'il y a regard des astres plus bénin poiu' l'un que pour l'autre. Quelle abomination est cela ! L'Évangile est le sceptre de Dieu par lequel il règne sur nous, c'est la vertu de son bras, qu'il déploie , connue dit saint Paul, en salut à tous croyants ; c'est sa vérité immuable, sous laquelle tous les anges de paradis se doivent humilier. Le Saint-Esprit est celui qui la fait protiler en lui donnant vigueur, et lui donne v ictoire par-dessus toute contradiction et des diables et du monde. Ces fantastiques disent que (juelque bout d'un signe du zodiaque le met en crédit. Au contraire , la secte de Mahomet, connue l'Écriture nous enseigne, est une juste vengeance de Dieu pour punir l'ingratitude du monde ; et ils veulent faire accroire qu'elle est avancée par la disposition des étoiles. Bref, on peut voir que tous ceux qui maintiennent telles rêveries ne savent que c'est de Dieu, ni de religion, non plus que bêtes.

Pour faire leur profit de tout, comme font gens affamés , ils nous objectent les éclipses el comètes, et disent que s'ils emportent quelque signification, on en peut bien autant juger de tous les astres. Je réponds, quant aux éclipses, que si elles sont naturelles , elles n'emportent nulle signification , si ce n'est de ce qu'elles peuvent engendrer comme pluie, ou vent, ou tourbillon, ou telles choses , suivant ce que nous en avons devisé ci-dessus. Mais qu'on paisse par icelles deviner de ce qui doit advenir aux royaumes et principautés, ou aux hommes particuliers, c'est à

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faire aux idiots de le penser. Même nous lisons qu'il a fallu quelquefois qu'un homme savant en astrologie annonçât à l'ai mée romaine l'éclipsé de lune qui se devoit fiiire, à ce que les soldats, qui étoientgens ignorants quant à cela, n'en fussent point troublés comme de quelque mauvais présage. Nous voyons donc que la vraie astrologie ôte la superstition que ces rêveurs veulent remettre dessus. Quant aux éclipses miraculeuses, comme celle qui advint à la mort de notre Seigneur Jésus , je ne nie point qu'il n'y ait signification; mais tant s'en faut que cela serve à nos devins, que plutôt c'est pour leur rabaisser le ca(juet. Que s'il faut qu'il y ait miracle extraordinaire pour signifier, comment trouveront-ils telle propriété et vertu en l'ordre commun ? il en est quasi autant des comètes , combien que non pas du tout. Tant y a que ce sont inflammations qui se procréent, non point à terme préfix, ains selon qu'il plaît à Dieu. En cela déjà on voit combien les comètes diffèrent des étoiles, vu qu'elles se procréent de causes survenantes. Et néanmoins je n'accorde pas que leurs prédictions soient certaines, comme aussi l'expérience le montre. Car si une comète est apparue, et que tantôt après un prince meure , on dira (ju'elle l'est venue ajourner. S'il ne s'ensuit nulle mort notable , on la laisse passer sans mot dire. Cependant je ne nie pas , lorsque Dieu veut étendre sa main pour faire quelque jugement digne de mémoire au monde, qu'il ne nous avertisse quelquefois par les comètes; mais cela ne sert de rien pour attacher les hommes et leur condition à une influence perpétuelle du ciel.

11 reste maintenant de répondre aux exemples qu'ils nous allèguent ; car il semble bien qu'il y ait une pleine approbation de leur art. Entre les autres, il y en a un qui étonne tous ceux qui le lisent : c'est du mathématicien nommé Asclétarion, qui prédit que Domitien l'empereur devoit être tué. Or, Domitien étant fâché contre lui, l'appela et lui dit, puisqu'il se mèloit de deviner ainsi des autres, qu'il devinât aussi de soi-même. 11 répondit que j'heure de sa mort étoit prochaine, et que son corps seroit déchiré des chiens. Domitien le fait tuer, commande qu'on le brûle pour ensevelir ses cendres, selon la coutiune. Mais voici un orage soudain qui éteint le feu, et des chiens se ruent sur le corps

pour le manger. (^)uelqiie temps après, Domitien fut tué. Ce qu'où récite de Jules-César et de son malhématicieu Spuruia n'esl pas du tout si merveilleux; toutefois il en approche. Car ledit matliématicicii avertit César qu'il se gardât du premier jour du mois de mars. Le jour étant venu, César lui dit : Voiei le premier jour de mars. L'aulre répondit : 11 n'est pas encore passé ; et de f;ut, étant venu au sénat, fut là tué. Ainsi, nos généthliaques pensent bien, sans contredit, avoir gagné leur cause pour montrer qu'il y a une vraie certitude en leur art. Or, je leur demande si, le jour même (pie Jules-César naquit, et à l'heure, ils [)ensent qu'il n'y en eut point d'autre à Rome et en toute l'Italie. 11 est bien vraisemblable qu'il y en avoit grande quantité (jui étoient nés sous un même horoscope. Autant en est-il de Domitien. Sont-ils tous morts pourtant au même jour, et leur mort a-t-elle été violente? Mais, au contraire, tout ainsi que l'horoscope ne les a pas faits tous empereiu's, aussi il ne leur a point été cause d'une mort semblable. On voit donc qu'il n'y a nulle raison ni vérité. S'il y en avoit, elle auroit lieu partout. En voilà trente qui ont une même nativité : l'un meurt à vingt ans, l'autre à cinquante; l'un, de fièvre ; l'autre, en guerre. Ainsi tous diversement. Devant que mourir, chacun a sa façon de vivre et son état différent des autres; à savoir si chacun a son étoile au ciel où on lise ce qui lui doit advenir. Car si la constellation pouvoit quelque chose, cela seroit égal en tous. Par une même raison, il est aisé de réfuter ce qu'ils allèguent d'Auguste; lequel ayant ouï de ïhéogènes que sa nativité lui promettoit l'empire romain, en mémoire de cela forgea sa mounoie du signe de Capricorne, sous lequel il étoit né. Qui est-ce qui doutera que sous le même signe ne fussent nés beaucoup de pauvres malotrus, dont l'un étoit demeuré porcher, l'autre vacher, et chacun en tel empire? Si l'horoscope ou le regard des astres eût donné l'empire romain à tous ceux qui étoient nés du môme temps qu'Auguste, il lui en fût resté bien petite portion. Dont je conclus que toutes les divinations qui ont été fiiites n'ont pas été fondées en raison ni science. Ils répliqueront que néanmoins on en voit la vérité par l'issue. Je réponds que cela ne sert de rien pour approuver que ce soit un art licite. Or, nous sommes sur ce point-là seulement, que c'est une curiosité

mauvaise et réprouvée de Dieu, et non pas si les devins adressent quelquefois à dire vérité ou non. Vrai est que tout ce qui vient du diable n'est que mensonge. Mais Dieu permet bien que les trompeurs adressent quelquefois à dire vérité, quand il veut punir par ce moyen l'incrédulité des méchants. Prenons exemple de tous les deux en la sorcière de laquelle parle Samuel. Ce qu'elle dit au roi Said est bien advenu. Dirons-nous pourtant qu'elle eût une science fondée en raison pour prédire les choses cachées? Nenni. Dieu, par sa juste vengeance, a lâché pour ce coup la bride à Satan, afin que ce malheureux roi-là fût trompé comme il en étoit digne. Pareillement, il ne faut point juger de ce qu'elle dit vérité, qu'il soit licite aux enfants de Dieu d'user de tels moyens ; car ce n'est pas ainsi que Dieu veut que nous sachions ce qu'il nous est expédient de savoir, et de ceci nous en avons une règle générale au treizième chapitre du Deiitéronome, où il est dit que si quelque prophète prédit ceci ou cela, et qu'il advienne, et sous couleur qu'il aura bien deviné , s'il nous veut mener à servir des dieux étrangers, nous n'y devons point adhérer, pource que Dieu veut éprouver s'il est aimé de nous ou non. Pesons bien ce mot; c'est que quelque couleur ou apparence de vérité qu'il y ait es choses qui sont contraires à Dieu, et qu'il réprouve par sa parole, que celui qui chemine en bonne conscience s'en pourra bien garder, et qu'il n'y a que les infidèles ou hypocrites qui soient trompés; d'autant, comme dit saint Paul, que c'est bien raison que ceux qui n'ont point voulu suivre la clarté cheminent en ténèbres. Bref, je tiens autant de compte de toutes les vérités qu'ont jamais dites ces mathématiciens , que des faux miracles dont les magiciens de Pharaon ont combattu Moïse , et par lesquels Jésus-Christ a prédit que le monde sera déçu.

Or, comme c'est un horrible labyrinthe et sans issue que des folies et superstitions desquelles les hommes s'enveloppent depuis qu'ils ont une fois lâché la bride à leur curiosité, beaucoup d'esprits volages, après s'être amusés à la divination des astres, se fourrent encore plus avant, à savoir en toutes espèces de divinations ; car il n'y a nulle tromperie du diable où ils ne prennent goût depuis qu'ils ont été affriandés à une ; et pour faire trouver bonne leur diablerie, ils la couvrent du nom de Salonion, comme

s'il eût été un sorcier, L'Ecriture parle bien de rintelligence qu'il a eue des profonds secrets de nature; mais elle ne dit pas qu'il ait été devin; et, de fait, nous voyons la condamnation universelle que prononce si souvent Moïse sur tous ceux qui s'en mêlent, principalement au dix-huitième chapitre du Dcutéronome, où il dit : a Qu'il ne se trouve point en loi devin qui devine, ni observateur des jours, ni ayant égard aux oiseaux, ni magicien, ni enchanteur (jui enchante, ni homme consultant avec les esprits familiers, ni sorcier, ni conjurant les morts; car tous ceux qui font ainsi sont en abomination à Dieu, et pour telles iniquités il a détruit les peuples qui ont habité en ce pays. » Qu'il nous souvienne toujours de ce que j'ai touché ci-dessus, que Dieu, regardant aux Egyptiens, veut détourner son peuple de toutes leurs façons de faire. Par quoi il condamne toute l'astrologie judiciaire qui passe les limites de vraie science en devinant ; et pareillement toute magie, en tant que ce mot emporte révélation des choses cachées, qui se fait par enchantement, ou en conjurant les esprits, ou par telle vanité. Et notons que Dieu ne s'est point contenté d'un seul mot; mais voyant que les esprits des hommes sont si chatouilleux à extravaguer en vanités, pour mieux ôter tous subterfuges, raconte toutes les espèces qui étoient connues pour ce temps-là, et même use d'aucuns noms qui étoient honorables, comme Chossem, qui se prend pour celui qui révèle, et quelquefois s'applique aux prophètes qui prédisent ce qui est encore caché. Après, Hober, qui vient de conjoindre, et dit celui qui assemble ou conjoint les conjonctions, signifiant sans doute les astrologues qui conjoignent les astres ensemble, de travers ou de biais , pour leur faire donner les œillades l'un à l'autre. Item , Jidoni, qui signifie sachant ou connoissant, comme nous voyons qu'ils prêchent leurs badinages, comme s'il n'y avoit nulle autre science au monde. Cependant nous voyons ce que Dieu en prononce, et l'horrible menace qu'il en fait, laquelle doit bien faire dresser les cheveux en la tête à tous ceux qui le craignent. Or, si tout genre de divination est ainsi réprouvé, que sera-ce de ceux qui se mêlent de conjurer les esprits pour en quérir des choses secrètes? Car on voit que c'est une sorcellerie tout évidente. Toutefois , il y en a de si effrontés, comme j'ai dit, qu'ils attribuent

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leurs rercles et autres enehantements à Salomon, et même ils allèguent : puisque les esprits sont ordonnés pour être ministres aux fidèles, qu'il n'y a point de ma! de les conjurer pour nous en servir. Mais en quelle foi est-ce qu'ils attendent de s'en servir ainsi, vu que c'eslconlrela défense expresse de Dieu? Car tant s'en faut qu'il nous soit licite d'user de conjurations secrètes pour faire parler les anges ù nous , que c'est une superstition malheureuse de les invoquer en quelque manière que ce soit. D'autre part, qui est-ce qui leur a vendu ou loué les diables pour être leurs valets? Car les enfants de Dieu les ont pour ennemis mortels, et les doivent l'uir et repousser, au lieu de chercher nulle communication avec eux. Ceux donc (pii s'en veulent servir connoîtront en la fin qu'ils se sont joués ù leurs maîtres. Par quoi concluons, suivant ce qui est prononcé de Dieu, que c'est un sacrilège énorme et détestahle que toute divination ; car pour condamner autant qu'il est possible la rébellion contre sa parole, il l'accompare à la divination et idolâtrie.

Pourtant, ce n'est point sans juste raison que les lois civiles condamnent si fort les mathématiciens. Et ne faut point dire que c'est pour l'abus des afFronteurs , ou bien que le nom en a été odieux aux ignorants, sans savoir pourquoi ; car Dieu, comme juge de la police d'israël, a fait une ordonnance encore plus sévère contre eux, c'est que tous fussent misa mort avec leurs complices. Mais prenons le cas que ce fût chose permise des hommes : puisque nous voyons que Dieu la déteste tant, quelle folie est-ce de la vouloir conjoindre avec la chrétienté , comme si on vouloit accorder le feu avec l'eau ! Et c'est merveille que ceux d'Ëphèse, qui avoient été adonnés à folles curiosités, après avoir cru en Jésus-Christ ont brûlé leurs livres, comme saint Luc le récite aux /Jetés ; et maintenant qu'il y en a de si pervers, qu'il semble que la connoissance de Jésus-Christ ne leur serve sinon pour aiguiser leur appétit t'i chercher toutes vanités frivoles. Cette diversité est par trop grande, que les uns, sitôt qu'ils ont goûté que c'est de l'Évangile, renoncent aux divinations auxquelles ils s'étoient amusés toute leur vie ; et les autres , sous ombre d'avoir connu la vérité de Dieu , soient incités de s'y adonner, n'ayant jamais su

()iu' c'(Hoit; (lue ceux dont parle saint Luc aient brûlé des livres jusqu'à la valeur de cin(( mille francs, et que ceux ici soient lelleuient enchantés d'une vaine imagination qu'ils ont conçue , qu'ils y consument toute leur substance. Même il faut noter (jue saint Luc ne dit point que ce fussent arts méchants ou diaboliques; mais il les nomme perierga, qui signifie curiosités frivoles ou inutiles. Non pas qu'à la vérité ce ne fussent choses méchantes ; mais afin de fermer la bouche à ceux qui ne demandent qu'à trouver des échappatoires, comme nous voyons que font nos mathématiciens; lesquels sortt d'autant pires que leur père Simon magicien, que lui, voyant la vertu de .lésus-Christ , en est si étonné, que son art ne lui est rien au prix. Et combien qu'il soit si malheureux de vouloir acheter par argent la grâce du Saint-Esprit, si est-ce néanmoins qu'il reconnoît que la vertu du Fils de Dieu obscurcit toute la science qu'il avoit pensé avoir. Ceux-ci, ayant été illuminés de Dieu pour connoître sa vérité , en détournent leurs yeux, et les jettent en ténèbres mortelles, et aiment mieux être éblouis en leurs mensonges que de jouir de la clarté céleste , en laquelle nous avons vie et salut.

Quel remède donc pour obvier à tels inconvénients? C'est que la sobriété que saint Paul nous recommande , nous soit comme une bride pour nous tenir en la pure obéissance de Dieu : et, pour ce faire , que chacun advise bien de garder ce trésor inestimable de l'Évangile en bonne conscience ; car il est certain que la crainte de Dieu sera un bon rempart pour nous munir contre tous erreurs. Ainsi , que nous ayons tous cette règle générale , de sanctifier nos corps et nos âmes à Dieu , et le servir sans feinlise. Après , que chacun regarde à quoi il est appelé, pour s'appliquera ce qui sera de son office. Que gens de lettres s'adonnent a études bonnes et utiles, et non point à curiosités frivoles, qui ne servent que d'amuse-fous. Que grands et petits, savants et idiots, pensent que nous ne sommes point nés i)our nous occuper à choses inutiles, mais que la fin de nos exercices doit èlre d'édifier et nous et les autres en la crainte de Dieu. De fait, quand on aura bien regardé de près, (|ui sont ceux qui nous amènent cette astrologie erratique,

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sinon ou gens oulrecuidés, ou des esprits extravagants , ou gens oisifs , qui ne savent à quoi prendre leur ébat, ou de quoi deviser? comme sont proLonotaires damereaux, ou autres muguets et mignons de cour. Non pas qu'ils y soient savants (si toutefois il y pouvoit avoir science en folie et mensonge ) , mais ce leur est assez de voltiger ou fleureter par-dessus; et cependant ils enveloppent beaucoup de pauvres gens en leurs tromperies. Voilà pourquoi j'ai dit qu'il nous faut arrêter aux choses solides. Car quiconque, en premier lieu, s'adonnera à craindre Dieu, et étudiera à savoir quelle est sa volonté , s'exerçant surtout à la pratique de ce que l'Écriture nous enseigne, puis secondement appliquera son esprit à ce qui est de sa vocation , ou pour le moins à choses bonnes et utiles , n'aura point le loisir de se transporter en l'air, pour voltiger entre les nues , sans toucher ni ciel ni terre. Je sais bien qu'ils ne faudront pointa jouer du rebec et dire que l'un n'empêche point l'autre. Sur quoi je dis brièvement, que nulle bonne science n'est répugnante à la crainte de Dieu ni à la doctrine qu'il nous donne pour nous mener en la vie éternelle , moyennant que nous ne mettions point la charrue devant les bœufs, c'est-à-dire que nous ayons cette prudence de nous servir des arts tant libéraux que mécaniques en passant par ce monde pour tendre toujours au royaume céleste. Mais il est question ici d'une curiosité non-seulement superflue et inutile , mais aussi mauvaise , et qui nous détourne tant de la fiance que nous devons avoir en Dieu, et de la considération qu'il veut que nous ayons de sa justice , miséricorde et jugement , que du devoir que nous avons envers nos prochains.

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