JUSTIFICATION DU TIRAGE
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l-'roils (le Iraduclion et de reprodiiclion icsèrvés pour tous pays y compris la Suède et la Norvège.
GIO SABADINO DEGLI ARIENTI
(i4 (?) — vers i5io)
Dans la foule des conteurs qui s'acheminent du xiv* à la fin du xvmc siècle, Sabadino degli Arienli occupe chronologiquement une place importante entre Masuccio de Salerne et Matteo Dandello, près de ce Cornazzano de souriante mémoire, dont il fut le contemporain et l'ami. Dans l'ordre littéraire, il ne saurait être apparenté à aucun a nouvellier ». Le genre qu'il exploite, pour prendre sa source à Boccace, n'en diffère pas moins de ton et d'esprit de la plupart des productions de ses confrères. Il y a chez lui unanecdotier toujours aux écoutes, un facétieux jamais las et qui délaisse parfois les longues histoires galantes ou mélancoliques, pour nous narrer des propos badins et des boutades dont il paraît s'être réjoui à l'avance. Voilà pour le conteur. Il est encore un autre homme chez Sabadino ; pour retracer sa physionomie, il faut remonter au delà de trois siècles, et suivre le fil des années qui se déroulent entre i45o et i5io. Son origine est à Bologne; sa gloire fut à Ferrare. Il justifia du goût de son époque pour les humanités, en composant des pièces latines, éloges, oraisons et autres, mais il ne s'exerça jamais aussi aisément et avec tant de naturel que dans ses ouvrages en langue vulgaire. C'est, d'ailleurs, ainsi qu'en témoigaent ses moindres phrases, un courtisan avisé, qui sait se garder les bonnes grâces des grands, flattant à l'occasion leur vanité et leur suffisance en matière d'art. La littérature n'est pas alors un passe-temps,
non plus une carrière où exercer ses talents ; c'est un motif d'exploilalion, une raison d'être au palais des princes. Sabadino demeure le favori qui connaît son propre mérite et sait entretenir son crédit. A l'heure du succès, il se souvient qu'il n'est pas seulement écrivain d'expression latine, mais qu'il a charge de secrétaire du comte Andréa Benlivoglio ou bien de camérier en second d'Ercolc de Ferrare. Relevons les témoignages du passé.
On l'a cru longtemps de basse extraction ; il n'en est rien si l'on considère que la domesticité des cours et les emplois publics obligent au respect. Dallari, dans une subslanliclie étude (i), à laquelle nous ferons de précieux emprunts, a recherché l'origine de son nom.
« Il semble, écrit-il, que diverses familles Arienti aient existé à Bologne, autiquenient. L'une d'elles, en i385, eut droit de cité bolonaise : il y eut un Ugolino, chevalier Gaudente (2), un Tommaso, lecteur aux études, et un Graziano, fils d'Ariento, iurisconsuUe qui vivait au xiiie siècle. On ignore quels rapports avaient tous ces gens-là avec la famille Sabadino et s'ils firent usage du blason : arma d'azzarro al volo d'oro, que les héraldistes bolonais nous donnent comme celui des Arienti, mais il n'est pas douteux que cette famille vint de Casio, qu'Arîento fut le bisaïeul, Giovanni l'aïeul et maître Sabadino, barbier, le père de notre nouvelliste. »
Le 16 février ili^i, ce maestro Sabadino obtint pour lui et ses descendants le li'rc de citoyen de Bologne. On sait qu'il avait pour femme Bartolomea Franceschini (3) et qu'il possédait des maisons dans la voie Pini et dans le « marché du milieu ». Nommé trésorier des arts pour la corporation des barbiers, dans les trimestres de liJôG à i^Sq, il devint gon-
(1) Cf. Délia vila e degli scrilîi ài dio Sabadino de(fli Arienti, AtU e Memorie délia Depiil.it.di storia patria|pcrlc prov. di Romagna. Série 111. Bologna, 1888, VI, pp. 118 cl ss.
(3) Cf. Ghirardacci, tome 11, p. 635.
(3) Cf. Archives des nof.iires de Bologne, vol. XI. p. i3o a. c. 43 V. Voir ausùi Uaidicini ; Cose notabili di Boloyna, 111, aïO.
GIO SABADINO DEGLI ARIENTl
falonnîer du peuple pour le quartier de la Porte Piera, au troisième « quadrimestre » de i/j6i (i). Toute sa vie, il ne cessa de marquer son dévouement à la famille Benlivoglio. On dit qu'il en donna une preuve convaincante en i443, quand Anaibale entra à Bologne après la captivité de Varano : il se rendit alors maître de la porte San Donato. En récompense d'une telle action, les Seize Picformateurslui concédèrent, en i46o, un subside pour marier sa fille, ainsi qu'une sorte de pension Iransmissiblc à ses héritiers. En i47', il n'était plus en vie.
Gio Sabadino,qui se nommait réellement Giovanni di Sabadino, naquit à Bolog'ne vers la moitiédu xv^ siècle. On ne sait rien de son adolescence, sinon qu'attaché par tradition aux seigneurs bolonais il fut dès sa jeunesse secrétaire du comte Aiidrca Bentivoglio. Il garda pendant vingt années ces fonctions honorifiques (2) et, le 20 mars i47i> fut matricule notaire. En 1473, il épousait Francesca (3), fille de Carlo Bruni, noble bolonais, laquelle lui apportait une forte dot et mourait après quinze ans de mariage, des suites d'une fausse couche (4). Il avait eu d'elle huit enfants (5); un de ses fils, Ercole, filleul d'Ercolc I d'Esté, perpétua son nom et fut notaire (6).
(1) Archivio di stalo di Bologna, archivio pontificio, assunteria di magislrati, iibro I dei çonfalonieri di Giustizia, etc...
(3) Cf. Famlzzi : Scritlovi bolognesi, I, p. 288.
(3) Archives des notaires de Bologne, vol. 44, P- 164.
(-'() Cf. Elogio di Francesca Bruni, etc., Bologna, Volpe, i834. Celle vie se trouve en outre dans Gynevera de Leclare donne.
(,")) On connaît les noms de quelques-uns d'entre eux : Angelica, l'aînée, qui, peul-iHre, se fit religieuse au couvent de San Lorenzo ; Carlo, mort en i483 ; Camilla et, Constanza, nées l'une le 20 septembre 1/(81 et l'autre le 26 octobre 1482. Il y eut encore Pantesilea puis Ercole, lequel trouva le moyen d'alléger ses graves préoccupations en composant des vers.
^6) Cf. Lettre du 11 mars i5oo, publiée par Giuseppe Campori, dans le mémoire sur Gio Sabcidino deqli Arienti e degli Estensi, et Lettres des 4 avril i5o?, 3o mars, i5 oclobre i5o5 et 3 août i5o6 (Archivio Gonzaga).
œUVAES GALANTES DES CONTEURS ITALIENS
Gio Sabadino étudia les lettres italiennes sous la direction de Manfredo Vallurio da Rimini (i) et s'exerça au début par des vers amoureux qui témoignent plus des inclinations de sa nature ardente que de ses dons d'éloquence. Sa première œuvre est Z)/ C/y/ca sa/«^e (le Salut de la Cité) (2), dans laquelle il narre la vie de Lodovico Bentivoglio. C'est, a-t-on écrit, une page qui ne manque point d'élégance de forme et de beauté spirituelle, et qui déjà fait présumer de la maturité de son talent. En 1^70^ il décrit, selon Fantuzzi, un tournoi donné à Bologne par Giovanni II Benlivoglio, le 4 octobre de cette même année (3) . C'est à cette époque qu'il faut placer diverses productions qui décidèrent de son avenir, tels des éloges à diverses personnalités et des Consolations, adressées à EganoLambertini,pour le consoler de son exil àFerrare(4).
Ces travaux lui valaient déjà une telle réputation qu'en 1472, se rendant aux noces d'Ercole d'Esté et d'Eléonorad'A ragon, il fut prié par les ambassadeurs de Bologne — Alberto Catani et Andréa Beotivoglio— de présenter,avec une Orazione, le cadeau du Régiment bolonais. Plusieurs années après, il rappelait ce fait avec complaisance (5).
Dès lors sa carrière se trouve hantée par les soucis de la vie publique. Pendant les années qui suivent, il produit peu ; l'écrivain s'efface devant le citoyen qu'on élève. Dans le
(i) Cf. Dédicace de CAvica Salute.
(a) Di Civica Sainte, manuscrit in-4« conservé à la Bibliothèque du comte Manzoai di Luço, lequel l'avait acquis de la famille Bentivoglio (Cf. Dallari). Il en existe une copie à la Bibliothèque de Bologne, exécutée par Angelo Gaetano Masetli Romani, en i83o.
(3) Torneamento fallo in Bologna ai IV di otlobre dell' anno jlfjo. Ms. (Cf. Fantuzzi : Scriitori Dolognesi, I, p. 288.) Publié récemment par Ant.Zambiaçi, Parma, 188S, ia-8*.
(4) De Consolalione. Ms. Ouvrage composé en 1471 et conservé à la Bibliothèque Estcnse (Modène) .
(5j Cf. Gynevera de le clare donne (Vita di Razzarda da Saluzzo).
GIO SàBADINO degli arienti
deuxième « quadrimesire » de ''^"jà, il est gonfalonnier du peuple pour le quartier de la porte Piera (i) ; le 17 décembre, on l'élit pour cinq ans trésorier de la commune, à la place de son frère décédé récemment (x). Enfin, le 19 août 1482, les Seize, reconnaissant le dévouement des siens et son mérite propre, lui accordent sur l'octroi des portes une somme mensuelle de six livres holonaises,pour une période de dix années, à compter du mois de janvier suivant.
Malgré tant d'égards, ses fonctions ne l'enrichissent point; ses ressources sont incertaines. Le 8 octobre, en raison delà dureté du temps et ses charges de famille, il écrit au duc Ercole, en le priant d'obtenir du cardinal de Manloue, légat de Bologne, un des offices de l'octroi de la ville (3).
Ercole et sa femme Eleonora d'Aragon s'employèrent pour lui — mais en vain — avec tant de bienveillance (4), qu'il dédia au duc, l'année suivante, en i483, son livre des Porrefane qu'il venait de composer, en accompagnant le comte Andréa Bentivoglio, son maître, aux bains de la Porretta (5) . C'est la période la plus active de sa vie. Cumulant ses fonctions publiques, ses charges tantôt à Bologne, tantôt à la cour de Ferrare, et ses préoccupations littéraires, il n'a point un instant de répit. Ses emplois multiples réclament ses soins d'écrivain et son habileté de diplomate, A l'heure même où il est chargé de missions dans les villes de la Péninsule, il prépare ses ouvrages les plus renommés et en adresse des copies
(i) Archivio di Stato di Bologna, archivio pontificio, assunleria di magisirati, libre I dei gonfalonieri di Giustizia, etc. (a) Cf. Document cité par Daliari,
(3) Cf. Lettres des i4 octobre et 3i décembre 1483, conservées dans les archives de l'Etat de Modcne.
(4) Cf. G. CAJiPoni : Gio Sabadino^ etc., e gli Estensi. Lettres du i3 oct. 1482 cl du 9 juillet i483.
(5 L'ouvrage parut d'abord ca latin iJoannis Sabadinide Arienils Dononiensis ad illustriss. et inclt/ium Hercalem estensem Ferrarie ducem, compatrcm ac dominam suum anicum et pium benefactoremfacecinram poreianarum opus, t\.c...MCCCCLXXXIlI Callimode aprile. La première édition italienne, selon l'abbé Morelli, de Venise, ne fui imprimée qu'en i484.
10 ŒUVRES GALANTES DES CONTliURS ITALIENS
à qui sait le mieux en récompenser le mérite. Ses manuscrits circulent. On les doit à l'exploitation des événements notoires autant qu'à son zèle éclairé et à son érudition. Voici VHijmeneo (i), composé en i487> pour l'union d'Annibale Bentivoglio etde Lucrezia d'Esté; voici la Vie d'Isqbelle d'A~ ragon {2), de Jeanne la Pacelle de France (3), les Eloges de Francesca Bruni son épouse, de Battista Sforza, et de Diana Saliceto Bentivor/lio, bien d'autres encore; voici le Traité de la Noblesse (4)) toutes pages conçues, semble t-il, pouracquérir quelque bien, en hàlant l'avènement de la gloire. La source de son inspiration est féconde. Il écrit la Vie Elogieiise d'Andréa Bentivjjlio (5), traduit du latin V Histoire du temps de Loreto de Mantovano{Q), puis adresse à Ginevra Sforza, sous ce titre : Opéra nominata Gynevera délie clare
(t) Delo Hymeneo, Ms.
(:■.) Vita de Isabella de Aragonn Reina de Napoli piena de reliffione. Ms. iQ-4°. Ce texte se retrouve dans Gynevera délie clare donne, etc.
(3) Vita de Joanna Polcella di Francia, tolta dallo odorifero Gynevro di Giovanni Sabadino deyli Arienti, in-8° (sans aucune acte, el sans date). C'est m.e publication rarissime fort ancienne, dont le texte fut ensuite inséré dans Gynevera dette clare donne, etc. La Bibliothèque Nationale de Paris, vient, dit-on, d'acquérir, au prix de 2.000 francs, deux feuillets de cette œuvre, ou bien un texte nouveau sur celle même matière. Nous n avons pu en avoir la communication ; elle sert de passe-temps, croyons-nous, à M. Lcopold Delisle.
(4) Traltato di Nobilta (attribué par Antonio Orlandi à Sabadino).
(5) Vita clarissimi Senatoris Com. Andréas Bentivogli Bononiensis ; édita per Johanncm Sabatinum de Arientis, ad doniinurn Oliverium Caraffani episropum Sabincnsem ac Neapolitanuni Cardinalem Revcrendissin.um. (î\!s. in-4", exécuté vers 1498.) Il existe une édition do cet opuscule : Vita del Conte e Senalore Andréa Bentivoglio, etc., publicata con note di Gaetano Giordani, Bolo^na, lipi délia Volpe, in-80 (Bibl. Nation, de Paris : S» K. 2126).
(f)) Ilisloria del sacrnto Tempo de Laarcto traducta de latifio in viilgare dnl facundo Zoanne Sabadino de li Arienti bolognese a la illustre Madonna Gynevera Sforza di Bentivogli : Composta da lo excelso Theologo maestro Baptisla Mantuano Carmelita : Al Reverendissimo Cardinale de Sanclo Grysogano misera Hycro'ii-nu Rovere, in-4° (Opuscule rarissime indiqué pnr Fa:itui:zi, OrlanJi et Ghiradacci).
GIO SABADINO DEfiU AIIIENTI
</o/2ne(i), (rente et une vies de dames célèbres parleur beauté et leurs vertus, œuvre considérable qui pourrait bien avoir inspiré les Dames Illuslres, de Branlôme.
Son labeur est incessant. En i5oo, il raconte la vie et la mort de Madonna Anna Sforza (2). L'année suivante( i5oi),iI
( O Lp manuscrit de cet ouvrage est conservé aux Archives de l'Etat de Bolosjne; un autre texte et une copie, appartiennent, en cuire, à la Bibliothèque de Parme et à la Bibhotlicque communale de Bolo.;nc. Il fut imprimé rcccmmrnt : Gijnevera de le cinre donne di Junnne Sabadino degli Aricnlin cura di Corrado Ricci e A. Bacchi delta leffG, Boloçna, Romaçnoli dall' Acqua, 1888, in-12 {Scella di curiosila letlerarie inédite o rare del src. XIII al. XVII f'ondato e dirella da Franc. Zambrini, n°CCXXIII) Bibl. Nation, de Faris : Réserve Z. SGaP./aaS. C'est une production de haut mérite. Parmi les femmes glorifiées par Sabadino, onpeutciter : « Theodolinda, fille de Garibaldo, roi de Bavière; Theodora di Rodaldi, épouse de Olivcro Garisendo, cavalier bolonais; Maria Puteolana; Francesca Venusta ; Catherina Vesconto, duches.se douairière de IMilan; Isabella, épouse du seiijneur Raincro ; Znnna de Bentivoi^ii. bolonaise; Ballista do Montef'ellro; Oonstaiitia Siro.-îa da Gonzarrha; j^fnria, tille du comte de Foix: Gencvcra, épouse du comte Brunoro de Gambara ; Cytherina Reata, de Bologne ; Isabella d'Aragon, reine de Naplcs; Viiancha-Maria Vcsconte, duchesse de ISIilan; Bapiista Sforza, duchesse d'Urbino; Diana Salicela di Bentivogli; Hj'ppdiita Sforza, duchesse de Calabre; Francesca Bruni, épouse de Sabadino degli Aricnti, bolonaise, etc.. » Quelques-uns de ces éloges parurent séparément au siècle dernier. Savoir :
— Elogio de Francesca Bruni, moqlie del célèbre Gio Sabadino dcgli Arienti bolognese, Bologna, ail' insegna dclia Volpe, i834, in-i6. (Le même texte fut inséré dans VAlninnacco slalistiro bolognese per l'anno i835, Bologna, pressn Natale Salvardi, in-i3.)
— Elogio a Diana Saliceio Benlivuglio scrillo dal célèbre Giovanni Sabadino degli Arienti bolognese, publicato la prima volta per No2ze Pava — Saraceni, Bologna, al segno délia Volpe, i835, in-B".
— Elogio délia principessa Batlista Sforza moglie del Famoso Frederico de Montefeltro duca di Urbino, scritto dal Bolognese, Gio Sabadino degli Arienti, pubblicato per le nozze Badia — Bellazi (notes de Gaelano Giordani), Pcsaro, Tipogr. Nobili, i858, in-80.
— Giovanna Bentivoglio Cenno biograjîco di Sabadino degli Arienti, edito per le nozze Cardacci — Gnaecnrini da Corrado Ricci, Bologna, tip. Farva e Garagnani, 1887, in 8".
(2) Vita e morte de Madonna Anna Sforza Estense moglie del Principe Alfonso, scritta da Giovan Sabadino deli Arienti, manuscrit in-4, exécuté en i5oo, et publié récemment : Ferrara, St;ib. Tip. Libr. de Domenico ïaddei et iils, 187/j, in-8.
12 ŒUVKKS GALANTES DES CONTBUnS ITALIENS
dédie à Isabelle d'Esté, marquise de Mantoue, la Descrizione del giardino délia Viola (i), puis compose, à l'occasion des noces d'AIfonse d'Esté et de Lucrezia Borgia, une sorte de discours au peuple deFerrare (2), qui n'est pas le moindre de ses ouvrages.
Est-ce tout? Non. On lui attribue encore des mémoires sur la patrie bolonaise (3), l'histoire de Pirame et Tisbe (/|), une épître consolatrice à Lardi sur la mort de Laura, sa (ille (5), des rimes diverses (6). Mais n'anticipons point.
Son nom retentit aux oreilles des grands. Pendant quelque temps la fortune lui sourit, débonnaire. Il a tant écrit de dédicaces. Hâtons ce répertoire monotone où s'inscrivent à la suite, les faveurs convoitées et reçues, Le 22 décembre 1490, les Réformateurs lui ont accordé 25 livres « à lui être payées le jour de Noël », en portant de six à dix, pour l'avenir, celles qu'ils lui avaient précédemment accordées en 1482 (7). » Le duc Ercole d'Esté le prend à son service; sans doute comme agent à Bologne. Il pérégrine. On le trouve tantôt à Ferrarc, tantôt à Mantoue, ou bien à Rome, à Florence, à Vérone. En 1495, le service des dix livres bolonaises qui lui a été consenti est suspendu (8). Il a recours au duc d'Esté (9), puis, inquiet.
(i)Cf. Dcscrisione del Giardino délia Viola in Bologna per M. Giovanni Sabndino degli Arienti pubblicata nell' occasione délie nozte Hercolani-Angelelli, célébrais nel 20 agosto i836. Boiojsfiia, pei tipi Nobili e C'», in-8. (Tiré à 25o exempt.). Cet ouvrage fut dédié par Sabadino à Annii)ale Bentivoglio « son compère ».
(2) Colloqaium ad Ferrariensein plebein pro Conjagio Lucreliae Borgiae Aleœandri VIfdiae, in Alphonsain primogeniluni dacalem Estensem, in-4. Composée en i5oo, selon Faatuzzi, cette œuvre se serait perdue.
|3) Historia e memorie antiche délie Patria, etc. (Cf. Fantuzzi.)
(('}) Historia di Piranio e Tisbe in Dabilonia, in-4. Ouvr. dédié à Ercole d'Esté. (Cf. Anton. Ohlanui.)
(5) Epislola Consolatiora, etc.. Ms. signalé par Fantuzzi et por« tant la date : Bologne, 17 juin i5oi.
(6) Ce sont de très rares pièces, fort médiocres.
(7) Cf. IJallaki. Document cité.
(8) Cf. Dalla RI. fdem.
(9) Archives de l'Jitat à Modène. Cf. Lettre dn 8 août 1/(96.
GIO SABADINO DltGLI AIXIENTl l3
désabusé, s'adresse à Giovanni Benlivoglio (i). Mais, soit qu'il eût perdu les bonnes |Cfràces de ses Seigneurs, soit que Giovanni IT, préoccupé par des soucis politiques, ait oublie les vieux serviteurs, la pension des Seize n'est pas rétablie. Il fc retourne alors vers Ercole, mais c'est en vain qu'il implore (a).
« Les charges de Gio Sabadino devaient être fort lourde.?, écrit Dallari, pour qu'il s'humiliât sans cesse à réclamer des secours. » En i5o4, se souvenant des promesses qu'isabella d'Esté, marquise de Manfoue, lui avait faites, il lui écrivit de Bologne, pour lui réclamer six sacs de froment, afin de nourrir sa famille.
Comme la réponse tardait, il s'enhardit à composer une nouvelle épître. Le subside arriva ; alors, ce fut avec une joie attendrie et respectueuse qu'il témoigna à sa bienfaitrice son immense gratitude (3). Vers la fin de i5o7, on le trouve gon ■ falonnier du peuple dans le quartier de Porta Piera (4). En i5o8, au retour de Rome, où il avait été chargé de porter les hommages au Pape, il tombe malade de fièvre-iierce et doit s'aliter pendant deux mois (5). Le 20 janvier 1609, ^' adresse de Bologne, au cardinal Hippolyte d'Esté, un de ses derniers écrits (6), C'est une lettre, dans laquelle il se déclare encore une fois serviteur très humble de la famille dont il a reçu des présents et des honneurs connus du monde entier. Le ton de cette lettre est douloureux et digne ; l'auteur y dissimule à peine un sentiment mélancolique en rappelant ses propres ouvrages.
Les temps sont-ils changés ou bien pressent-on que Sab;i= dino est aux termes de ses jours? On le délaisse. C'est la fin. L'année qui suit, le lerjuio i5io, par devant Giacomo Budrio-
(1) Cf. GiusEPPE Cahpori. (Lettre du duc d'Esté à Bentivoglio, i4 déc. 1497).
^2) Cf. Dallaiu. Doc. cité.
(3) Cf. G. Campori. Lettres publiées.
(4) Archives d'Etat de Bologne.
(li) Cf. Dallari. Document cité.
{6} Cf. Dallaiu. Idem,
l4 ŒUVRES GALANTES DES CONTKURS ITALIENS
li il fait son testament et déclare — sauf, en ce qui concerne certains lec^s, dontun de deux cents livres, à sa fille Pantasilca, — son fîIsErcole, héritier de tous ses biens (i). Il désire être enterré à San-Martino et réclame, pour sa sépulture, une inscription de son fils, laquelle doit être approuvée de Batlisla iVlnntovano, du prieur et des frères de San-Martîno et de ses exécuteurs testamentaires, les Comtes Ercole et Andalo Bcnlivoglio (2) .
Il mourut à quelques jours de là, dans la paroisse Sainte- Cécile, où il habitait.
Api'ès lui, la famille Arienti prit le nom de Sabadini, alias Arienli, puis finit par s'éteindre (3).
Sur les intimités de Sabadino, sur son caractère et ses mœurSj presque rien ne subsiste. C'est à peine si, au cours d'une telle destinée faite de gloire et de petites infortunes, on peut relever les étapes de la vie courtisane. Entre tant d'heures incertaines, on ne sait à quelle date fixer ses fonctions de camérier près d'Ercole. Pourtant son emploi à la cour d'Esté ne saurait être mis en doute (4). Outre que certains de ses ouvrages trahissent le faste insolent de Ferrare, on sait qu'il appartint à ce petit groupe de complaisants et d'artistes qui va du Comte de Corregio, dilettante, à Bojardo, poète (5). On n'ignore pas davantage les liaisons qu'il entretint avec DaKisia Guarino et Antonio Cornazzano. II ne manqua pas d'esprit rt ses reparties durent être goûtées à l'égal de ses discours. Ses moindres écrits, contrairement aux productions de Masuccio, — auquel on l'a comparé — sont remplis do cette érudiiinn
(0 Ce testament se trouve conservé dans les Archives publiques de Bolon^ne.
(■!) Cf. Dallari.
(;{) Cf. Dallari.
(/t) Cf. Fantuzzi.
(5) Cf. Philippe Monnier : Le Qaatlrocenlo (chap. VI. La Renaissance à FVrrare, H.)
GIO SADADINO DEGLI AIUENTI l5
classique qui est le propre de son temps. Il ne com[)ose pas une Ictlrc sans citer ses auteurs ; incessamment, il éprouve le besoin de faire des rapprochements avecllomulus, Milhridate, Jules César, ou bien de nous conduire à Rome, en Grèce et même en Asie. Sa langue est pleine d'expressions lombardes, d'épitbcles douteuses et parfois de jeux de mots.
Ses meilleurs ouvrag-cs, ceux qui ont quelque chance de forcer l'ii^^norance des hommes et de résister à l'oubli des siècles, sont les vies de quelques femmes illustres, et ses Porreiane conçues, semble-t-il, pour llaller les aspirations frivoles de son temps. Cette dernière œuvre acquit de son vivant une telle notoriété qu'on la réimprima plusieurs fois (i). On sait qu'il la composa pour complaire à Andréa Bentivoglio et charmer les loisirs d'une société choisie qui s'était réunie aux bains de la Porrcta, en il\']b.
C'est un recueil fort inégal et dont les moindres inventions durent se transmettre oralement, car elles servirent parfois de thèmes favoris à des écrivains qui, certes, ignorèrent notre auteur. Ouelques-unes se perdirent, ce qui explique leur nombre singulier. Tels, ces soixante et un récils offrent un répertoire varié, mais qui se recommaude assez peu de Boccace (2).
Fidèle à la tradition, Sabadino emprunte à la nature même
(i) Quand les Porretane furent publiées, Cesare Nappi adressa à Sabadino un sonnet où il est dit qu'il obscurcit la gloire de Boccace.
(2) « Dans les Porreiane — écril en substance Dallari, — certaiiios nouvelles sont faites à l'imitation de celles de Boccace, mais qucliines autres ont servi de modelé à divers nov. lliers du xv^ siècle. (Voir : Les amours de Carlonesi et de la CiuUuzzi, ainsi que celles de Bonifazio Gciemei et de luielde Laiiibeilazzi.) Il est d'autres cas amoureux semblables aux histoires de Disdemonaet de Giu-
lielta Le fait avancé dans rinlroiluclion, qu'une Société de f^en-
tilshuminess'e trouve, en i475, aux bains de Porreta, ]jarait véiiJique, car une des aveiiliires, raconli'e par Cesare Nai>pi, se retrouve eu partie dans une nouvelle écrite parlui et publiée récemment. (Cf.: / Negroinanti, novella di Cesare Noppi, puLl. par 0. Guerriui, Bologna, i885.)
l6 ŒUVRES GALANTES DES CONTKURS ITALIENS
un décor propice à son imagination : pré fleuri et odorant, feuillages discrets, couronne de monts qui se déroule au delà des rives du Reno, rien ne manque pour faire du site choisi, un lieu de délices qui convînt à son auditoire. Chevaliers servants, gentilshommes de nobles maisons, maîtres d'humanité, poètes et gracieuses dames, mollement étendus sur des tapis de Chypre, se content tour à tour des histoires galantes ou tragiques qui défrayent la chronique contemporaine. Les propos sont badins, les paroles libres. La fiction se confond avec la vérité, à tel point qu'à trois siècles de distance on a quelque peine à reconstituer la trame historique du drame et à retrouver les véritables noms des héros cités. « Il est de plaisants et âpres cas d'amour, et autres événements, aussi bien arrivés dans les temps modernes que dans les temps antiques. » Les facéties coulent de source, ne le cèdent en rien aux plus graves racontars ; chacun révèle ce qu'il sait, ce qu'il a entendu ou observé : l'aventure comique d'un moine faiseur d'oreilles, ou bien celle de l'avocat qui reçoit deux soufflets contre une somme d'argent, un conte de nourrice, tel celui du petit Bentivoglio, une aventure de brigands, une fine saillie, un bon mot, une histoire sentimentale et triste d'amants fidèles et malheureux. Toutes les époques apportent leur contribution ; toutes les formes idéales sont représentées.
« Un platonicien y définit la nature de l'âme si subtile que nos savants la dénommèrent esprit, c'est-à-dire vent, en grec aneinos. Après chaque récit dont on a tiré aimablement la moralité, on danse, on chante, on s'abandonne à de « doux parlements », tellement qu'autour les poissons sautent du Reno comme pour venir se repaître d'aussi gracieux discours (i). »
Que d'aveux brûlants, que de désirs et de passions trahis, étalés au jour cru. Toute la joie et la douleur d'une époque
(i) Cf. Philippe Monnier.
GIO SADADINO DEC.LI ARIENTI
sont6xéesIà,en traits saillanls,lumineux.SabadinodegIiArienti put souscrire aux idées les plus abstraites et concevoir des pages d'éloquente latinité, il put célébrer ea termes choisis les mérites de ses seigneurs et maîtres, jamais il ne réalisa de pages plus durables que ces feuilles négligées, hâtives des Porretane, où se perpétue le souvenir vivant des cités héroïques qu'il traversa : Bologne, Ferrare.... C'est un complément, une sorte d'appendice à l'histoire d'un siècle et que nous plaçons haut, à l'égal du commentaire des chroniqueurs...
BIBLIOGRAPHIE
Les sources. -Bibliothèque Universelle des Romans, Paris Lacombe et fils, avr.l 1778, pp, io3 et ss. Anton-Mar/a Bor: ROMEO ■ Catalogo de NovelUeri liahani, ediz sec, Bassano Tio Remondiniana, i8o5 in-8. - Gcjiseppe Campori : Giov. Sabadino degli Arientie gh Estensi (petite notice de 4 pp. suivie de 8 lettres de b. a Isabella fistensi et au duc de Ferrare, i5o/i-i5o5) Atti e mcmorie délia R. Deputazione di storia Patria per le prov.' Modenes> [Modena, G. T. Vmcenzi e Nipoti], ,879. p^. 209-U4, in-8 U. Dallar, : Délia vita edegli scritli di Gio Sabadino denli Arienh, Atti e memone délia R. Deputazione di Storia patria per le province diRomagna[Bolo-na],III« série, 1888, vol. VI nn ,8 et ss. 8» (étude très importante); voir du même auteur- LaGun^ vera de le clare donne diGio Sabadino degli Arienti, Il Bibliofifo" [BolognaJ, 1888, p. 9, jn-8. —John Du.nlop : Historu of prose fiction, a uew ed revis, with notes,appendices and index bv H Wil son, London G. Bell and sons, 1888, II, pp. 181-184. in-8 -Giov jAmuzzi: NoUziedegliscrittori Bolognesi, Bologna. nella Stamp di SaaTommaso dAquino, 1781-1794,1. I, pp? 288-289, t IX pp. 24-29., in-fol. - FERDmANDo Gadoto : Lettere inédite di Jiov lontanoin nome de fieah di Napoli, Bologna, Roma^noli dall' acqua 1893 pp. 20 et ss., in-8 (Scella dicariosita lett. etc
Z r' 1 ■ ~ a""- ^^^''^''^ '■ '^f.'"''" '^^'^^ letteralura ilalianà, trad. de 1 allemand par N. Zmgarelli et V. Rossi, Torino, Loeschcr ,887 V,- ' c • T ^^Y'"';*' GioRDANi : Préface et notes de la Vita deï Contée Senalore Andréa Bentivoglio scritta da G. Sabadino deali Arienti,^Kc., Bologna, Tip. délia Voipe, 1840, in-8. - D^ M jf» DAu : Beitrdgc zar Geschichte der Italienischen nouelle Wien l' Rosner, ,875. p. 57. m-S. -Philippe Monmer : Le Quattrocento
irtn'r ru'''"vi"'r'n ^"^^'^ «iècle italien. Paris, Perrininor; H, in-8. (Chap. yi. La Renaissance à Ferrare). — F p A mon Orlawdi : Notisie degli scrittori bolognesi e délie opère loro] etc ,
l8 ŒUVRES GALANTES DES CONTEURS TALIENS
Bologfna, 1714, in-4- — Giamb. Passako : I Novellieri italiana in prosa, etc., sec. ediz., Torino. Paravia e Comp., 1878, I, in-8. — RoD. Remek : Recenzione delV edizione délia « Gynevera, etc. », Giornale storico délia letteratura italiana (Torino, Loescher), 1888, XI, pp. 2o5 et ss. ; voir aussi du même : Nuove notizie di G. Sabadino derjli Arienti, etc., Giornale storico délia letterat. ital. (Torino, Loescher), 1888, XII, pp. 3oi et ss. — G. Ricci ei A. Bacchi DELLA Lega : Notice de l'édition de Gynevera de le clare donne di J. Sabadino deyli Arienti, etc., Boloçna, Romngnoli dall' acqua, 1888, in- 12. (Scella di ciiriosila lett.. n° 223). — Roedick» : Lcltere inédite di Sabadino deyli Arienti edi F rancesco Tranchedino, etc., Fireiize, Tip. Cooperativa, 1881), in-8. — Thomas Roscoe : The Italiana novellist, London, i836, II, in-8. — Vittorio Kossi : // Quattrocento, etc., Milano, D. Francesco Vallardi, s. d. [vers 1900], in-8. — GiROL. TiRASBOScHi : Storia délia letteratura italiana, Milano, Soc. Tip. de Classici italiani, 1822-1826, VI, p. 1298, in-8. — G. Zanetti : Notice du vol. II du Novelliero italiano, Venezia, Pasquali, 1754, in-8. — Apostolo Zeno : Lettere, Venezia, 1786, I, p. 234, in-8.
On consultera en outre, sur Sabadino : G. F. Brunet : Manuel du Libraire ;P. L. Gin^nenc. Histoire littéraire d'Italie, sec. éd., 1824, t. VIII, et les notices de la Biographie Universelle de Michaud, (tome XXXVIl) et de la Biographie Didot (tome XLIl), etc..
Manuscrit. — Le nianuscrit original des Porretanc est conservé à la Bibliothèque Nationale de Florence, sous la cote E. 5. 3. 19. Giuseppe Molini en a donne une scrupuleuse description (Cf. Mss italiens de la Bibliothèque Palatine de Florence, fasc. 1, p. 85).
II porte le frontispice suivant : Novelle | Porreïase | con mora-
LISSIMI DOCL'MEMI I COMPILATE E SCRITTE | DA ME SaEADINO DEGU
Arie>ti I BoLOGNESE | KELLi ANNI DEi. SiGNORE | MCCGGLXIII. Mais, sans aucun doute ce frontispice est apocryphe ; cela est démontre clairement par le caractère de l'écriture, postérieure à la date mentionnée, laquelle, croit-on est inexacte aussi. Le manuscrit est en parchemin de format in-folio (0,298 X 0,200), de 198 feuillets, numérotés par l'écrivain, plus V au commencement pour la table des matières. La première page du texte est ornée de riches miniatures, parmi lesquelles se voient le portrait d'Ercole I d'Estc et le blason de la famille d'Esté.
Editions. — On compte à ce jour, VIII éditions complètes des l'orretane. Quoique les frontispices de ces différentes éditions annoncent LXX et même LXXI nouvelles, il est bon d'observer que celles-ci ne contiennent que LXI récits. Elles parurent |)our la première fois en latin; les VII autres éditions sont en lauiçuc vulgaire. Savoir :
I. Joannis Sabadini de Arientis Bononiensis ad illnslrissinmm et incl'jlum Herculem estensem Ferrarie duccm.compatrern ne dominum suuin unicum et piiiin benefactorem faceciarum poretanarum opus- Impressa nella illustre cita de Bologna, per Ilenrico de Colonia régnante lo inclito Cavalière Zoane Bentivoglio II, negli anni de la eterna salute MCCCGLXXXIII l'ultiino deaprile, in-fol,
GIO SABAUl.NÛ Ulî'.Ll AHIENTI IQ
{Edition très rare, citée par tous les commeulaleurs.) — II. Seltanla novelie dette le Porretlane con inoralUsxinii documenti, Vcnezia, per Batlista de Torlis, i484t in-fol. (Edit. très rare citée par Paiizer, selon Brunel et Passano, sur le témoignage de l'abbé AIorc!li de Venise. « 11 est à remarquer, écrit Brunct, que celle date : l!^S.'^ est aussi celle d'une édit.des Novelie di M as iiccio, donnée par le même B. de Torlis. » — III. Le setlanta novelie. — Oaijiniscono le dolce e aiiiorose setlanta novelie... nouamente historiade et correcte pel.... lu Vcuctia, stamjiate per Eartliolomeo de Zanni da Portese nel MGCCCClIil a di XX de Marzo. In-fol. (Fi-ures). Edition faite par Its soins de Scbasliano Manillo, lequel ajouta une brève morale à chaque nouvelle. — IV. Scttanla r.uvelle, In Veuctia (sans nom d'éditeur), Stampate nel MCCCCCX a di xyi di marzo. In-fol. à 3 colonnes. (Figures sur bois). — V. La même, Venelia (sans nom d'imi)rimeur), i5i5, in-fol. (Figure.) Cf. BnursEr, Pas- SAiNO. —VI. Setlanta novelie del famoso misser Zoanni Sabadino dejU Arienti bolognese intitolale Porretane, etc., Venetia, per Grcgorio de Gregorii, i525, lo aprile, in-8. (Edition en caractères ronds. Cf. Fantuzzi.) — VII. Purrciane di M. Sabadino bolognese dovc si narra novelie setlanta una cun moralissimi docainenti e dichiarationc de l'anima, con una disputa e scntenlia di chidebuc tencre il primo loco, o il Dottore, o il Cavaliero, overo il Conte di lortre, cosa bellissima Allô Illastrisimo, Signor Hercolc Duca di Ferrara Eccellentissimo con ojni diligentia uisto corrello e novamsnte stnmpato (à la fin) : Impresse in Venetia per Marchio Siîssa nel anuo MDXXXI, XX Oltobrio, in-i8 (Cf. Passano). — VIÏI. Porretane di M. Sabadino Bolojnese dove si narra Novelie Setlanta una, con moralissimi documenti e di chinratione de l'anima, eic... la Verona, per Antonio Pultelelo portese, MDXL, in-8.
A cette bibliographie, il convient d'ajouter cinq éditions partielles offrant chacune un extrait des Purrciane.
I. Novelie piacevole di un Dollar Bolognese il quale odiava li ragionamenti aniorosi, e con asluliafa nelli medesimi laci avulto, In Venetia, per Girolanio Calejiino, s. d., in-8. (C'est la nouvelle XXXV des Porretane. Un ex. à la Bibl. l'alatine de Florence). — II. La même, senz' alcuna nota (xvi« siècle) in-8. Un ex. à la Bibl. Melziana (cette éd. a été signalée par A. ïosi : Bibl. liai., décembre i835, face. 3:^4)- — III- I Lambertazzi e i Geremei, nouclla di Sabadino degli Arienti di nuovo stanip., Livorno, Tipi di Gius. Mtucci, 1872, in-8. (Publication de Pietro Volpini pour les noces Papanli-Giraudini ; dédicace à Giov. Papanli). — IV. Gemignano da Mûdena, novella di G. Sabadino degli Arienti traita dalle sue Porretane, Modena, Tip. Cappelli, 1882 (Publiée pour les noces Pistelli-Papanti; dédicace à Giov. Papanti). — V. Novella, etc. Bologna, Tip. Nie. Zanichelli di Cesare et Giac. Zaniciielli, 1893, ■ in-4"'. (Publié par O. Guerriui pour lés noces Guerrini-Orsiui.)
Recueils collectifs. — Dix nouvelles des Porretane se trouvent dans le Novelliero italiano, de Zanctti, Venetia, Paequali, 1754, in-8. (Ce .sont les nouvelles IV, VI, VII, IX, XI, XIV, XX, XXVU, XLII et LIX). La Nouvelle XXVI fut réimprimée dans
Novelle di varj aulori con note, Milano, dalla Societa Tipoçraf, de' Classici Italiani, i8o4, in-8; dans le I" volume de Novelle di varj autori, Milano, Bettoni e Comp., i83i, in-i6; et dans Scelle Novelle anliche e moderne, Milano, per Nicolo-Bettoni e Comp. iSSa, in-8. — La Nouvelle XLII fut réimprimée dans Novelle perfar ridere le Lrigate di varii aulori, Venezia, Alvisopoli, 1824, in-16; Bologna, Masi, i83o, in-16; Milano, Silvestre, 1840, in-i6; Bologna, Romagnoli, 1870, in-16, cl dans le 4* volume de Novelle scelle dai piii cclebri aulori italiani, etc., Torino, Gius. Pomba, i83o, in-16. Enfin Irois autres nouvelles furent insérées dans le Tesoro dei Novellieri italiani, elc, Parigi, Baudry, 1847, iû-8.
LA SUBSTITUTION (i)
Le comte Francesco.fils de Sforza de Codig-nola, fut un prince que la nature et la fortune voulurent ég-alemcnt favoriser en toute chose. Nous ne dirons pas combien il fut magnifique, splendide, libéral et clément, car en CCS qualités non seulement il dépassa tous les hommes du temps présent, mais aussi tous les anciens Grecs et Romains. Nous dirons toutefois que, dans le métier des armes, il ne fut pas moins valeureux, prudent et mag-nanime que ne le furent Sertorius, Marcellus, LucuUus. César et Pompée, ainsi que tous ceux qui sont encore plus célèbres dans les écrits. Les résultats qu'il obtint montrent combien tout cela est vrai, puisque non seulement il combattit et vainquit tantd'aulres ducs des plus valeureux^ dont l'Italie de ce temps était, comme on le sait, si féconde, mais il se fit par son mérite seigneur de Lombardie. Encore que toutes ces qualités fussent chez lui en rivalité et qu'il domptât de valeureuses armées, ainsi que vous l'avez, de vos jours, entendu dire mille fois, il ne put faire moins que d'être vaincu lui-même par le pouvoir de l'enfant archer (2), et devant le char de sa divinité, il fit triompher les charmes merveilleux d'une
(i) Les Porretane. Nouvelle XXVI.
(a) D'Eros.
22 ŒUVHES GALANTES DF.5 CONTfAHS MALIENS
très noble demoiselle de noire ville, dont je passerai sous silence le nom et le prénom, afin de ne pas donner lieu de ternir son honnête réputation. 11 s'cnilamma si vivement pour celle demoiselle que, jour et nuit, il ne cessait de penser à elle et ne voyait au monde rien qui lui semblât plus beau. Je crois bien qu'il serait mort de douleur s'il n'avait pu jouir de sa beauté. Il fallut que les parents d'accord avec la jeune lillc, pour ne pas le voir se désespérer, accédassent à son désir.
Or, je ne sais comment cela se fit, mais l'aventure arriva aux oreilles de la très illustre duchesse, qui, dans le sexe féminin, nele cédait, par ses qualités, en rien à son mari. Elle commença dès lors à se tenir en garde pour mettre obstacle à cet amoureux exploit qui ne pouvait lui valoir de la part de son époux qu'elle adorait que déplaisir et fraude.
Il advint qu'un soir la jeune fille ayant été dirig-ée vers le château de la ville, la duchesse aux aguets en fut avisée par ses espions. Gomme la jeune fille était conduite par un passage secret, elle fut arrêtée avec ceux qui l'accompag-naient et amenée dans la chambre de la dame. Celle-ci alors leur fit de telles remontrances pour leur conduite que la frayeur autant que la honte s empara de chacun d'eux. Les entremetteurs s'excusèrent de leur mieux, allég-uant qu'ils n'avaient point fait cela pour déplaire à Son Excellence, ni par cupidité darg-ent ou d'Iionneurs, mais seulement pour obtempérer aux ordres formels du Seigneur Duc qui se consumait d'amour pour la jeune fille.
L'excellente duchesse les envoya hors de la chamlirc et leur ordonna, sous la menace de son indignation, de ne point s'éloigner sans avoir reçu des ordres, puis, se
GIO SABADINO DEOLI AlUENTI
tournant vers la jeune fille, clic lui enjoii;;;'nit de se dépouiller incontinent de ses vêtements. Tremblante comme ime feuille au vent, et le visag-e ruisselant de larmes, toute honteuse et craintive de quelque supplice, celle-ci se dévêtit.
La duchesse ayant cllo-même retiré ses riches vêtements et revêtu ceux de la malheureuse jeune Klic mit sur sa tête un voile qui lui retombait sur les yeux. Appelant ensuite une de ses fidèles soubrettes, elle dit :
— « Fais en sorte, sans me nommer aucunement, et sans aucun flambeau, de me conduire hors de celte chambre sans que je sois escortée et va dire à ceux qui attendent : « Madame m'a dit que vous conduisiez cette jeune fille à votre Seig-neur, ainsi qu'il vous l'avait ordonné et sans aucim retard. »
La fidèle souljrette, remplie d'étonnement et ne sachant ce que cela voulait dire, sortit en conduisant par la main sa madonna, et la confia dans les termes convenus à ceux qui attendaient.
Ceux-ci, revenant de la stupeur où les avaient plongés les paroles menaçantes de la prévoyante duchesse, la conduisirent dans la chambre du duc. Ayant frappé à la porte, ils la firent entrer et se retirèrent.
La rusée duchesse, comme une étrang-ère, toute honteuse, et sans mot dire, fit trois pas en avant et resta debout à la g-auche du Seig^neur. Celui-ci, renvoyant aussitôt SCS deux valets intimes qui étaient là, s'avança au-devant de celle qu'il croyait sa bien-aimée et lui dit :
— « Belle jeune fille, qui m'es mille et mille fois plus chère que ma vie, sois la bienvenue. »
Il commença alors à appi^ocher sa main droite de la jeune fille, caressant de la main gauche sa gorge
24 ŒUVRES GALANTES DUS CuNTEUMS ITALIENS
menue ; et en remerciant Amoiir^ il ne se lassait pas de baiser ses lèvres de pourpre. Puis il avança ses doig-s de l'ouverture des vêtements et toujours avec des mots faits pour incendier un glacier, il caressa son sein candide. Comme il s'apprêtait ensuite à toucher d'autres parties, il parut bon à la sag-e duchesse de ne le point laisser aller plus avant, et soulevant le voile blanc qui recouvrait ses beaux yeux elle lui dit :
— « Ah ! mon Seigneur, où est votre valeur, où est votre sagesse ? Est-ce là la fidélité conjugale que vous me devez à moi qui vous aime sans fin ? Est-ce ainsi que vous respectez les liens matrimoniaux, après avoir eu de moi assez de dignes enfants pour illustrer non seulement l'italie^mais le monde entier ? Est-ce là le bon exemple et le renom que vous devez laisser? Me voilà certes par vous grandement trompée! Qui aurait jamais pu penser qu'une grande âme comme la vôtre, laquelle ne connut ni la fatigue ni la peur, pouvait se laisser prendre par une vile jeune fille? Malheureuse de moi qui ai vu des choses que je n'aurais jamais pu croire ! Est-ce là le prix de la fidélité que je vous ai gardée et que je vous garderai jusqu'à la fin de mes jours ? Un pareil malheur me désespère encore plus qu'il ne m'afflige ! Malheureuse de moi ! »
Elle voulait encore parler, mais le duc, comprenant le piège dont il était victime et voyant découvert ce qu'il croyait secret, demeura interdit et son visage se couvrit de rougeur. Il était tout confondu de voir son épouse, qu'il aimait plus que sa propre vie, revêtue des vêtements de la jeune fille qu'il adorait. Poussant un profond soupir, il interrompit la duchesse :
— « Madonna, je vous prie f^'^ ''^c pardonner, je vous
GIO SABADINO DEGLI ARIENTI 25
jure sur mon âme que ce que j'ai fait n'était point pour vous outrag'er, — car je vous aime plus que tout ce qui est au monde, — mais parce que je n'ai pu résister au dieu Amour, lequel fait de nous ce qu'il lui plaît pour si org-ueilleux et si forts que nous soyons. J'en fais maintenant, à mes dépens, et pour mon grand malheur, la dure expérience. Ne pouvant malgré tout mon effort réprimer ma flamme amoureuse, je me trouve conduit là où vous me voyez. J'en suis à ce point affligé que si par vous m'est à ce point refusé le plaisir de la jeune fille que j'aime, vous me verrez bientôt mourir d'une cruelle mort. »
La duchesse, à ces mots, devenant compatissante à l'amoureuse passion de son Seigneur, répondit:
— « Encore que vous complaire en cela me soit plus pénible que tout au monde, mon cœur est assez rempli de votre amour pour que je fasse tout ce que vous désirez, ô mon unique Seig-neur, et votre vie m'est à ce point plus précieuse que la mienne que je suis heureuse de satisfaire à votre désir. »
Et sur ces mots, elle se rendit auprès de la jeune fille qui n'était pas encore revenue de sa frayeur et qui était revêtue de ses vêtements. Elle la prit par la main en lui disant :
— « Viens avec moi, mafille^et n'aie point de crainte. » Et elle la conduisit auprès de son Seigneur et la lui
présentant :
— ft Voilà, mon cher Seigneur, lajeune fille que vous désirez tant, et je serai très contente que vous preniez tout le plaisir amoureux qu'il vous plaira, car ce n'est ni mort ni affligé que je vous veux, mais vivant et joyeux jusqu'à la fin de vos jours, s
2(3 ŒUVRES GALANTES DES CONTEUnS ITALIENS
Et cela dit, elle sortit de la chambre en refermant la porte.
Le Seig-neur, voyant par ce trait l'excellence du cœur de son épouse ainsi que sa pitié envers lui, et reconnaissant l'étendue de sa propre faute, ne put s'empêcher d'en être touché. Prenant modèle sur tant de vertu, en prince sag-c et prudent qu'il était, il mit un frein à l'ardeur de ses pensées et, rappelant aussitôt la duchesse, il lui parla en ces termes :
— « Madonna, vos paroles si remplies d'indulgence et de pitié pour mon injuste désir, en mêm/î temps que votre incomparable vertu ont si bien subjugué mon esprit, et si fort avivé en moi mon amour pour vous que jamais plus cet amour ne pourra, par une autre femme, avoir sa chaîne brisée. Qu'il plaise à Dieu que plus jamais, à notre foi conjugale, dont vous êtes la fidèle reine, je sois traître. Je vous demande humblement pardon de toutes les fautes que j'ai commises. »
Sur ces mots, il se tut^ et après l'échange de quelques phrases affectueuses, lajeune fille fut rendue à ses parents, richement vêtue et récompensée.
Le Seigneur et la madonna restèrent ainsi, et continuèrent à s'aimer plus qu'auparavant. Quant à lajeune fille, cette aventure fut cause qu'elle put richement se marier.
LA BONNE NOUVELLE (i)
Il n'y a pas encore beaucoup d'années de cela, très illustre Comte, mag-nlfiques g-entilshommes etvousg-éncreuse dame, un de mes parents, nommé Fabio, Hls de messer Henrico de Mezzinillain, qui était chevalier valeureux et grandement estimé, s'énamoura d'une jolie femme qui avait nom Lucrctia, et qui était femme d'un marchand milanais. Ce marchand, qui était plutôt vieux et qui se nommait Ambrosino de Bertano, était venu habiter Bolog-ne.
Fabio avait su, par son assiduité et par sa bonne g-râce, capter l'affection de Lucrelia et il lui arrivait fréquemment de se donner avec elle du plaisir, surtout quand le mari s'absentait ou sortait pour divers besoins, ce qui arrivait assez souvent, ou même lorsqu'il était occupé, pendant l'hiver, à faire l'inventaire de ses marchandises qui n'étaient pas peu nombreuses.
Il advint qu'un matin messer Ambrosino se leva plus tôt que d'ordinaire et sortit de chez lui pour aller entent'iie la messe àl'ég'lise de Saata-Lucia, d'oùil devait aller mettre en ordre des écritures et envoyer des marchandises à Venise par notre port de Macagnane. Mon parent, qui était toujours aux aguets, mis au courant delà chose^
(i) Les Porrelane. Nouvelle XLIX.
se hâta de se diriger vers la maison du marchand dontil possédait la clef, et ayant gravi l'escalier, il entra dans la chambre où se trouvait la femme d'Ambrosino, Il ferma soigneusement la porte ainsi que la serrure et, s étant déshabillé, il se coucha au côté de la femme aimée, avec laquelle il se donna, suivant la coutume, le plaisir d'amour.
Il y avait à peu près une heure qu'Ambrosino était parti, quand il s'avisa de rentrer chez lui, pour compléter certaines écritures relatives à la marchandise qu'il avait envoyée à Venise. Ayant ouvert la porte de sa maison, il arriva devant celle de la chambre qu'il trouva fermée. Là, il introduisit comme d'habitude sa clef dans la serrure.Au bruitqu'il fit, Fabio, craignant quelque surprise fâcheuse et peu rassuré sur la sécurité de son existence, se leva aussitôt du lit. Armé d'un couteau, il se précipita vers la porte qu'Ambrosino venait d'ouvrir et il se trouva devant lui. Ambrosino, épouvanté de voir Fabio venir vers lui, tout nu, avec le couteau à la main, fut sur le point de tomber à la renverse. Mais tout aussitôt Fabio, considérant en cela plutôt le salut de la femme que le courroux du mari pour son propre compte, dit à Ambrosino :
— a N'ayez nulle crainte, car je veux aujourd'hui vous donner la meilleure nouvelle que vous ayez jamais eue de votre vie. Il y a fort longtemps que j'aime votre femme, mais je n'ai jamais pu obtenir sa grâce, et, avant ce moment, me trouver en sa présence. Je viens de livrer une grande bataille en lui demandant, si ma grande et longue flamme méritait récompense et si ma vie lui était chère, de vouloir bien m'accorder sa faveur ; mais j'ai parlé en vain. Ni prières, ni promesses, ni menaces ne
GIO SABADINO DEOLI ARIENTI 20
m'ont servi de rien. II n'est certes point de puissant châtelain, pour si haut perché qu'il pût être sur une roche inexpug-nablCjquine sefûtrendu à si vive bataille. Aussi il me semble que plus que quiconque, vous deviez vous montrer content et vous g-lorifîcx' de posséder la plus sag-eet la plus continente des femmes. Mais pour la g^rave faute que j'ai commise vis-à-vis de vous, de par mon immense amour, je vous prie de me pardonner, sans jamais avoir désormais aucune crainte à mon égard. Si vous me refusez votre pardon, prenez ce couteau et donnezmoi le châtiment que ma téméraire et inconsidérée jeunesse a mérité. »
Ambrosino en entendant ces mots rentra en lui-même et, sa colère se trouvant atténuée, sans mot dire, il s'avança vers le lit de sa femme. Remplie de crainte et de honte, celle-ci feignait la plus vive colère à l'endroit de la visite de l'amant. Entourant de ses bras le cou de son mari, les larmes aux yeux, elle se mit à lui dire:
— « 0 mon cher mari, de quelle frayeur tu me délivres et comme tu arrives à propos ! Que maudits soient l'heure et le lieu où je suis venue au monde ! Car il est certain que si j'avais eu un couteau je me serais certainement tuée pour me délivrer d'un tel malheur et pour sauver ton honneur et le mien. C'est là ce qu'il convient de faire quand on voit ces ribauds et ces jeunes présomptueux violenter le.s pauvres et honnêtes femmes, et ravir leur honneur. »
A cette fausse et perfide déclaration de sa femme, Ambrosino poussa un soupir ; et il paraissait ne pouvoir retenir ses larmes :
— « 0 ma Lucretia, dit-il, remets-toi. Je vois bien à présent combien tu m'aimes. Aussi pour te récompenser
de ta vertueuse constance et de ton cher amour, je te donnerai une belle robe verte ornée de fleurs et frang-ée de soie. »
Puis, se tournant vers Fabio, qui pendant ce temps était en train de se rhabiller.
— « Et vous, jeune homme, lui dit-il, ne recommencez pas, car vous ne trouverez pas toujours des hommes de ma sorte et de mon humeur.*»
Fabio partit, laissant seuls le mari et la femme qui continuèrent à s'émerveiller de la présomption du jeune homme (par eux qualifiée de témérité). Enfin, la dame voyant que son mari ne cherchait pas plus loin et se g-lol'ifiait encore de sa fidélité, lui rappela la promesse qu'il lui avait faite. Peu de jours après, elle eut une robe plus belle qu'il ne l'avait promise. Il avait, en effet, pour la mieux orner, fait broder une manche avec un parag-on rehaussé de petits rayons de perles qui partaient d'un soleil et orné de lettres grecques lesquelles sig'nifiaient : Par le soleil on voit davantage.
Fabio, ayant trouvé des moyens plus sûrs, se retrouva plusieurs fois avec Lucretia. Il la complimenta de sa belle robe, et tous deux chantèrent ensemble avec grande douceur : Par le soleil on voit davantage...