‹ [ŒuvresChapitre 42 sur 64 · G. SA^D. — TOMB VI · texte numérisé non relu

G. SA^D. — TOMB VI

ri no. Nous passerons, je vous en réponds. Que ceux qui ont peur descendent.

— Je demande à descendre ! » s'écria le curé en s'élançant sur le marchepied. La négresse le suivit, et le jockey, partagé entre le point d'honneur et la crainte de se noyer, se plaça devant les chevaux en attendant qu'on eût pris un parti.

« Sabina, dit Léonce d'un ton d'autorité, descendez.

— Je ne descendrai pas, répondit-elle ; c'est la première fois que je sens le plaisir qu'on peut trouver dans le péril. Je veux me donner cette émotion.

— Je ne le souffrirai pas, reprit Léonce en lui saisissant le bras avec force. C'est un acte de démence.

— Vous n'avez point de droits sur ma vie, Léonce, et le marquis, d'ailleurs, en répond.

— Le marquis est un sot!» s'écria Léonce, exaspéré de voir la subite passion de lady G*** se trahir si follement.

Le marquis se retourna et regarda Léonce avec des yeux flamboyants.

«Vous voulez dire que vous êtes deux fous, dit Sabina, essayant de cacher l'effroi que lui causait cette querelle. Je cède k votre sollicitude , Léonce ; marquis, vous descendrez aussi. Le jockey, qui nage comme un poisson, peut se risquer seul à faire passer la voiture.

— Je nage mieux que tous les jockeys et que tous les poissons du monde , reprit Teverino, et je ne vois d'ailleurs pas pourquoi la vie de cet enfant serait exposée plutôt que la mienne. Dans mon opinion , madame, un homme en vaut un autre, et si j'ai voulu risquer le passage, c'est à moi d'en subir seul les conséquences... Combien valent vos chevaux ^ Léonce? ajouta-il d'un air d'opulence fanfaronne.

— Je l'en fais présent , dit Léonce, noie^es , si tu veux... Mais je te dirai deux mots sur l'autre rive^ ajouta-t-il à voix basse.

— Vous ne me direz rien du tout ; mais demain à deux heures de l'après-midi c'est moi qui vous parlerai , répondit Teverino. Vous êtes l'agresseur, j'ai le droit de choisir le moment, et, en échange, je vous laisse le choix des armes. En attendant , par respect pour vous-même qui m'avez présenté à cette dame, affectez pour moi une étroite amitié qui excuse vos paroles grossières.

— Un duel? un duel avec vous? Eh bien soit,» répondit Léonce, et il ajouta tout haut : « Si nous ne nous battons pas ensemble, marquis, après avoir échangé de telles douceurs, c'est qu'on ne peut nous accuser d'être deux poltrons, et, pour le prouver, nous allons passer l'eau ensemble... Eh bien, que fais-tu là? dit-il à Madeleine, qui avait grimpé lestement sur le siège auprès du marquis.

— Bah ! il n'y a pas de danger pour moi , diUelle,

TEVERINO

et je vous sais nécessaire pour voas diriger. A droite, monsieur le marquis, et puis à gauche, marchez I »

Ce ne fut pas sans une stupeur profonde que les autres voyageurs, arrivés en haut du pont, s'arrêtèrent pour voir s'effectuer ce passage périlleux. Au milieu de Teau, la violence du courant souleva la voiture, qui se mit à flotter comme une nacelle , entraînant les chevaux vers les arches aiguës du petit pont ogival.

« Cédez au courant et reprenez ! » dit Madeleine froidement attentive, comme s'il se fût agi d'une chose facile.

Les chevaux , énergiquement stimulés, et assez forts heureusement pour n'être pas emportés par cette voiture légère, firent quelques bonds, perdirent pied, se mirent à la nage, retrouvèrent pied sur un roc, trébuchèrent, et, se relevant sous la puissante main de l'aventurier, gagnèrent, sans aucun accident fâcheux, un endroit moins profond, d'où ils atteignirent facilement la rive , sans qu'un seul trait eût été rompu, et sans que leurs conducteurs fussent mouillés autrement que par quelques éclaboussures.

« Vous voyez , signora , que vous eussiez pu passer I dit Teverino à lady G**% qui accourait pour le féliciter de sa victoire.

— Non pasi dit le curé, tout ému du danger qu'il aurait pu courir; vous eussiez été emportés , si la voiture eût été plus chargée. Moi, justement, qui ne suis pas mince, je vous aurais exposés en m'exp«»nt moi-même. Je sentais bien cela. »

On remonta en voiture; le jockey prit le siège de derrière et l'oiselière resta sur celui du cocher, à côté de Teverino, qui parut s'entretenir avec elle tout le reste du trajet, d'une manière fort animée. Mais ils parlaient bas , en se penchant l'un vers l'autre, et Sabina fit , d'un air léger, la remarque que le bon ami de Madeleine pourrait bien être supplanté ce soir-là, si elle n'y prenait garde.

« Il n'y a pas de danger que cela arrive , dit Madeleine, qui avait l'ouïe fine comme celle d'un oiseau, et qui, sans avoir l'air d'écouter, n'avait rien perdu des paroles de Sabina. Ce n'est pas moi qui changerai la première.

— Ce n'est pas lui, j'en jurerais sur mon salut éternel, s'écria gaiement le marquis; car tu es une si bonne et si aimable fille , que je ne comprendrai jamais qu*on puisse te trahir I

— Voilà, dit le curé, comment Cous ces beaux messieurs, avec leurs compliments, feront tourner la tête à cette petite fille. L'un lui donne le bras à la promenade, comme il ferait pour une belle dame; l'autre lui dit qu'elle est aimable, et elle estassez sotie pour ne pas s'apercevoir qu'on se moque d'elle.

— C'est donc vous qui lui donnez le bras , Léonce? dit Sabina d'un ton moqueur.

— Pourquoi non? N'avez-vous pas pris son bns pour l'emmener, vous aussi, madame? Du moment que nous l'enlevons pour en faire notre compagne et notre convive, ne devons-nous pas la traiter comme notre égale? Pourquoi monsieur le curé noas blâmerait- il de pratiquer la loi de la fraternité? C'est une des joies innocentes et romanesques de notre journée.

— Je n'aime pas les choses romanesques, dit le bourru. Cela dure trop peu , et ne git que dans la cervelle. Vous autres, jeunes gens de qualité, voas vous amusez un instant de la simplicité d'autrui ; et puis , quand vous avez payé , vous n'y songez plus. Que Madeleine vous écoute , messieurs , et nous verrons qui lui restera , ou du grand seigneur qui lui refusera un souvenir, ou du vieux prêtre qui, après l'avoir gourmandée comme elle le mérite, l'amènera au repentir et fera sa paix avec Dieu.

— Ce bon curé m'effraye, dit lady Sabina en s'adressant à Léonce. J'espère , ami , que cette pauvre Madeleine n'est pas ici sur le chemin de la perdition?

— Je puis répondre de moi-même, répliqua Léonce.

— Mais non pas du marquis?

— Je vous confesse que je ne réponds nullement du marquis. 11 est beau , éloquent , passionné, toutes les femmes lui plaisent et il plaît à' toutes les femmes. N'est-ce pas votre avis, Sabina?

— Qu'en sais-je? Nous ferions peut-être bien de faire rentrer la petite dans la voiture.

— D'autant plus, dit le curé, que le chemin redevient fort mauvais, que bientôt le jour va tomber, et que si monsieur le marquis a des distractions, nous ne sommes pas en sûreté. Donnons-lui pour compagne la négresse en échange de l'oiselière.

— Je ne réponds pas qu'il n'ait pas autant de distractions avec la noire qu'avec la blonde, reprit Léonce. Le plus sûr serait de la mettre en tête à télc avec vous, curé. »

Cet avis prévalut, et Madeleine rentra dans la voiture, sans marquer ni humeur, ni honte, ni regret. Sa mélancolie était complètement dissipée , le reflet du soleil couchant répandait sur ses joues animées une lueur étincelante de jeunesse et de vie. « Voyez donc comme cette petite laide est redevenue belle I dit Léonce en anglais à lady G***, le souffle embrasé de Teverino l'a transfigurée. »

Sabina essaya de plaisanter sur le même ton ; mais une tristesse mortelle pesait sur son regard; la jalousie s'allumait dans son cœur sous forme de dédain, et tout ce que Léonce insinuait sur les bonnes fortunes du marquis lui causait une honte douloureuse. Elle s'efforça donc de se persuader à elle-même qu'elle n'avait pas senti, comme Madeleine, le êougUmbrad de Teverino passer sur sa tête comme une nuée d'orage.

TEVERINO

11 lai fallat bien une demi-heure pour chasser ce remords et retrouver le calme de son orgueil. EnGn die commençait à se sentir victorieuse , et le charme lui semblait ne pouvoir plus agir sur elle. Teverino, pour distraire le curé, qui, se flattant toujours d'être en route pour son village, s'étonnait un peu de ne pas reconnaître le pays, avait entamé avec lui une grave discussion sur des matières Ihéologiques. Il s'étsi^it frotté à toutes gens et à toutes choses dans sa vie d'aventures. H avait vu de près quelques prélats , quelques moines instruits , et il était de ces esprits qui entendent, comprennent et se souviennent sans faire le moindre effort. Il avait dans la mémoire une certaine quantité de lambeaux de citations, de commentaires et d'objections qu'il avait entendu débattre, peut-être en passant des plats sur une table de gourmets apostoliques, ou en époussetant les stalles d'un chapitre de théologiens réguliers. Il était loin de l'instruction du bon curé, mais il pouvait paraître, à l'occasion , beaucoup plus fort en ergotage métaphysique. Le curé était à la fois émerveillé et scandalisé de ce mélange de subtilités et d'ignorance, et le tK>hémien, plus habile en ceci que le Médecin malgré lui de Molière, vu qu'il afvait affaire à plus forte partie^ réussissait à Féblouir en éludant les questions positives et en l'accablant de demandes pédantesquement oiseuses; si bien que le bourru se demandait de bonne foi si c'était un rude hérétique armé de toutes pièces, ou un ignorant facétieux qui riait de lui dans sa barbe.

De temps en temps quelques phrases de leur dispute arrivaient aux oreilles de leurs compagnons. « Ceci est une hérésie, une hérésie condamnée ! s'écriait le curé, qui ne faisait plus attention aux cahots et aux diflBcultés de la route. — Je le sais , monsieur l'abbé, reprenait Teverino, et il s'agit de la réfuter. Comment vous y prendrez-vous? Jegage que vous ne le savez pas? — J'invoquerais la grâce, monsieur, rien que la grâce I — Ce ne serait que tourner la difficullé. Un savant théologien dédaigne les moyens échappatoires I — Un échappatoire, monsieur I vous appelez cela un échappatoire I — En ce cas-là, oui, monsieur l'abbé; car vous avez pour vous le concile de Trente , et vous ne vous en doutez point I — Le concile de Trente n'a rien interprété là-dessus, monsieur! Vous allez m'interpréter quelque décret tiré par les cheveux; c'est votre habitude, je le vois bieni

— Notre bourru me parait hors de lui , dit Sabina à Léonce; votre ami est^'l réellement savant? Je regrette de ne pas les entendre d'un bout à l'autre.

— Le marquis sait un peu de tout, répondit Léonce.

— Seulement un peu? Je le croirais à son assurance. Beaucoup d'itab'ens sont ainsi , c'est le caractère méridional.

— Ce caractère a ses charmes et ses travers ; les

uns si puérik qu'on est forcé de s'en moquer, les autres si puissants qu'on est forcé de s'y soumettre.

— Mon cher Léonce, dit Sabina , qui comprit Tépîgramme effacée sous l'intonation mélancolique de son ami, apercevoir, c'est tout au plus remarquer; ce n'est, à coup sûr, pas se soumettre. Permettez-moi de vous parler de votre ami comme d'un étranger, et de vous dire que c'est la statue d'argile aux veines d'or.

— C'est possible, reprit-il; mais l'or est chose si précieuse et si tentante qu'on le cherche parfois même dans la fange.

— Voilà un mot qui fait frémir.

— Prenez que j'ai dit argile, emblème de fragilité; seulement n'en faites aucune application au caractère du marquis. Étudiez-le vous-même, Sabina ; c'est le plus remarquable sujet d'observations que je puisse vous offrir, et je ne l'ai pas fait sans dessein. Seulement, ne vous laissez pas éblouir, si tous voulez voir clair. Je vous avoue que moi-même, ayant perdu de vue cet ami depuis longtemps , et sachant combien sont mobiles ces puissantes organisations, je ne le connais pour ainsi dire plus. J'ai besoin de l'examiner de nouveau, et je ne puis vous répondre de lui que jusqu'à un certain point. Soyez avertie, et tenezvous sur vos gardes.

— Que signifie cette dernière parole ? Me croyezvous en danger d'enthousiasme?

— Vous savez bien vous-même que vous venez de courir ce danger-là , jusqu'à vouloir traverser le torrent au péril de vos jours, pour lui prouver votre confiance et votre soumission.

— Ne vous servez pas de mots impropres et offensants. On dirait que vous en avez eu du dépit?

— N'avez-vous point tu que c'était de la colère?

— Vous parlez comme un jaloux, en vérité.

— L'amitié a ses jalousies comme l'amour. C'est vous qui l'avez dit ce matin. *

— Eh bien , soit ; cela orne et anime l'amitié, » dit Sabina avec un irrésistible mouvement de coquetterie. Elle était effrayée d'avoir failli aimer Teverino, et elle s'efforçait de se créer un préservatif en stimulant l'affection problématique de Léonce. Elle n'y réussit que trop. Il prit sa main et réchauffa dans les siennes, jusqu'à ce qu'elle la retirât brûlante. Madeleine paraissait assoupie , pourtant elle s'éveilla à ce mouvement, et lady G*** se sentit confuse du regard étonné de l'oiselière. Elle lui fit une caresse pour écarter toute hostilité de la pensée de celte enfant; mais ce ne fut pas de bien bon cœur, et il lui sembla que Madeleine souriait avec plus de malice qu'on ne l'en eût crue capable.

« Têtebleul où sommes-nous? s'écria tout d'un coup le curé en regardant autour de lui.

— Nous en sommes à Saint- Jérême, répliqua Teverino.

TEVBRLNO.

-* Il ne s'agit pins de Saintnlérôme» monsienr, mais dn chemin que vous nous faites prendre; quelle est celte vallée? où va cette route? où diable nous avezvous conduits, enfin ? »

On était parvenu au sommet d'une montée longue et pénible, et, en tournant le rocher où depuis une heure on marchait encaissé, on voyait une vallée immense se déployer sous les pieds à une profondeur étourdissante. Du plateau où se trouvaient nos voyageurs, de gigantesques rochers couronnés de neige se dressaient encore vers le ciel , la nature était aride, bizarre, effiroyablement romantique ; mais devant eux, la route, redevenue une rampe rapide, s'enfonçait en mille détours pittoresques vers les plans abaissés d'une contrée fertile, riante et richement colorée. Quoi de plus beau qu'un pareil spectacle au coucher du soleil, lorsqu'à travers le cadre anguleux de la nature alpestre , on découvre la splendeur des terres fécondes, les flancs verdoyants des collines intermédiaires que les feux de Toccident font resplendir, ces abîmes de verdure déroulés dans l'espace, les fleuves et les lacs embrasés semés dans ce vaste tableau comme des miroirs ardents, et, au delà encore, les zones bleuâtres qui se mêlent sans se confondre , les horizons violets et le ciel sublime de lumière et de transparence? Sabina fit un cri d'admiration : « Ahl Léonce , dit-elle en lui reprenan| la main avec ferveur, que je vous remercie de m'avoir conduite ici l que Dieu soit loué de cette journée t

—Et moi aussi, je vous remercie bien , dit le curé avec désespoir; nous ne risquons rien de nous recommander à Dieu , car de souper et de gite, il n'en faut plus parler» Nous voici à plus de dix lieues de chez nous , et nous marchons vers Venise ou vers Milan en droite ligne, au lieu de chercher notre étoile polaire et le coq de notre clocher!

— Au lieu de blasphémer ainsi, dit Teverino, vous devriez être à genoux, curé, et bénir l'Étemel, créateur et conservateur de si grandes choses I Me voilà tout à fait mécontent de votre foi, et si je ne vous aimais, je vous dénoncerais de suite à mon oncle le saint-père. Estrce ainsi, abbé sans cervelle et sans principes, que vous devriez saluer la terre d'Italie et le chemin qui conduit à la ville éternelle?

— > C'est donc l'Italie! s'écria Sabina en s'élançant sur le chemin; ma chère Italie, que je rêve depuis mon enfance , et que mon traître de mari me permettait à peine de voir en peinture! £h quoi! marquis, vous nous avez fait entrer en Italie?

— 0 carapalria! chanta Teverino, en entonnant de sa belle voix le noble récitatif de Tancredi : Terra degli avi tniH, U bacio!

— Fermez vos oreilles, dit Léonce; voici une nouvelle séduction , contre laquelle je ne vous avais pas prévenue. Le marquis chante comme Orphée.

—Ahl c'est la voix de l'ilalic! Peu importe de

quelle bouche elle s'exhale! Il me semble que c'est la terre et le ciel qui chantent ce cantique d'amour et le font pénétrer dans mon cœur. L'Italie! ô mon Dieul je pourrai donc dire que j'ai au moins salué les horizons de l'Italie! C'est à votre ingénieux vouloir, c'est à l'audace de notre guide que je dois cette jouissance suprême. Laissez-moi vous bénir tous les deux ! B

En parlant ainsi, Sabina leur tendit la main à l'un et à l'autre, et se mit à courir, entraînée par eux vers une cabane de planches grossières, au seuil de laquelle se dessinait un douanier, vieux soldat farouche, en habits d'un vert sombre comme le feuillage des sapins et en moustaches blanches comme la neige des cimes.

« Gardien de l'Italie , lui dit le marquis en riant , Cerbère attaché au seuil du Tartare, ouvre-nous la porte de TÉden, et laisse-nous passer delà terreau ciel I Saint Pierre en personne a signé nos passeports. »

Le douanier regarda d'un air de surprise et de doute la figure du vagabond que, huit jours auparavant , il avait laissé passer après mille formalités , quoique sa feuille de route fût en règle. Mais Teverino vit bien en cette rencontre qu'une bonne mine et de beaux habits sont les meilleures lettres de créance; car, à peine Léonce eut-il exhibé ses papiers el répondu de toutes les personnes qui se trouvaient avec lui , que le vagabond put passer son chemin la tête haute.

La voiture fut arrêtée un instant et visitée pour la forme. Une pièce d'or, négligemment jetée dans la poussière par Léonce aux pieds du douanier, aplanit toutes les difficultés.

« Et maintenant, dit Sabina en courant toujours en avant avec Léonce et le marquis, c'est bien vraiment, et sans métaphore, la terre d'Italie que je foule; ce sont bien ses parfums que je respire et son ciel qui m'éclaire!

— Arrêtez-vous ici , signera , dit Madeleine en la saisissant par sa robe ; j'ai promis de vous faire voir au coucher du soleil quelque chose de merveilleux, et monsieur le curé ne se coucherait pas content ce soir, si je ne lui tenais parole.

— Pourvu que je couche quelque part, je me tiendrai pour trop heureux I » répondit le curé, essoufflé de la course qu'il venait de faire pour suivre Sabina. Et, la voyant s'asseoir sur les bords du chemin, résolue à admirer les talents de l'oiselière , il se laissa tomber sur le gazon , en se faisant un éventail de son large chapeau. Il n'y avait plus de forces en lui pour la résistance ou la plainte.

« Voici l'heure! » dît l'oiselière en s'élançant sur les rochers qui marquaient le point culminant de celle crèle alpestre, et, avec l'agilité d'un chai, elle grimpa de plateau en plateau . jusqu'au dernier, où,

TEVERINO

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