‹ [ŒuvresChapitre 5 sur 64 · LE MOULIN · texte numérisé non relu

LE MOULIN

Quand Marcelle pénétra dans les vastes bosquets où elle comptait trouver ses hôtes, elle crut entrer dans une forêt vierge. C'était une suite de terrains

minés et bouleversés par les eaux, couverts de la plus épaisse végétation. On voyait que la petite rivière faisait là de grands ravages à la saison des pluies. Des aunes, des hêtres et des trembles magnifiques à demi renversés , et laissant à découvert leurs énormes racines sur le sable humide, semblables à des serpents et à des hydres entrelacés, se penchaient les uns sur les autres dans un orgueilleux désordre. La rivière, divisée en nombreux filets, découpait, suivant son caprice , plusieurs enceintes de verdure , où , sur un gazon couvert de rosée, s'entrecroisaient des festons de ronces vigoureuses, et cent variétés d'herbes sauvages hautes comme des buissons et abandonnées à la grâce incomparable de leur libre croissance. Jamais jardin anglais ne pourrait imiter ce luxe de la nature, ces masses si heureusement groupées, ces bassins nombreux que la rivière s'est creusés elle-même dans le sable et dans les fleurs , ces berceaux qui se rejoignent sur les courants, ces accidents heureux du terrain , ces digues rompues, ces pieux épars que la mousse dévore et qui semblent avoir été jetés là pour compléter la beauté du décor. Marcelle resta plongée dans une sorte de ravissement, et, sans le petit Edouard qui courait comme un faon échappé, avide d'imprimer le premier la trace de ses pieds mignons sur les sables fraîchement déposés au rivage, elle se fût oubliée longtemps. Mais la crainte de le voir tomber dans l'eau réveilla sa sollicitude ; et, s'attachantà ses pas, courant après lui, et s'enfonçant de plus en plus dans ce désert enchanté, elle croyait faire un de ces rêves où la nature nous apparaît si complète dans sa beauté, qu'on peut dire avoir vu parfois, en songe, le paradis terrestre.

Çnfin le meunier et sa mère se montrèrent sur l'autre rive; l'un jetant l'épervier et péchant des truites, l'autre trayant sa vache.

« Ah I ah 1 ma petite dame, déjà levée ! dit le farinier. Vous voyez, nous nous occupons de vous. Voilà la vieille mère qui se tourmente de n'avoir rien de bon à vous servir; mais, moi, je dis que vous vous contenterez de notre bon cœur. Nous ne sommes ni cuisiniers, ni aubergistes, mais quand on a bon appétit d'un côlé et bonne volonté de l'autre...

— Vous me traitez cent fois trop bien, mes braves gens, répondit Marcelle en se hasardant sur la planche qui servait de pont, avec Edouard dans ses bras, pour aller les rejoindre; jamais je n'ai passé une si bonne nuit, jamais je n'ai vu une aussi belle matinée que chez vous. Les belles truites que vous prenez là, monsieur le me\inier ! Et vous, la mère, le beau lait blanc et <Ameux ! Vous me gâtez , et je ne sais comment vous remercier.

— Nous sommes assez remerciés si vous êtes contente, dit la vieille en souriant. Nous ne voyons jamais du si beau monde que vous, et nous ne connaissons pas beaucoup les compliments; mais nous

LE MEUNIER D'ÂNGIBAULT.

voyons bien que vous éles une personne honnête et sans exigence. Allons, venez à la maison, la galette sera bienlAt cuite , et le pelU doit aimer les fraises. Moos avons un bout de jardin où il s'amusera à les cueillir lui-même.

— Vous êtes si bons, et votre pays est si beau, que je voudrais passer ma vie ici , dit Marcelle avec abandon.

— VraiT dit le meunier en souriant avec bonho* mie; ebl si le cœur vous en dit... Vous voyez bien, mère» que notre pays n'est pas si laid que vous croyez! Quand je vous dis, moi, qu'une personne riche pourrait s'y trouver bien 1

— Oui ! dit la meunière, à condition d'y bâtir un chiteau, et encore ce serait un château bien mal placé.

— Est-il possible que vous vous déplaisiez ici? reprit Marcelle étonnée.

— Ohl moi, je ne m'y déplais pas, répondit la vieille. J'y ai passé ma vie et j*y mourrai , s'il plait à Dieo. J'ai eu le temps de m'y habituer, depuis soixante et quinze ans que j'y règne; et, d'ailleurs, on est bien forcé de se contenter du pays qu'on a. Mais vous, madame, s'il vous fallait passer l'hiver ici, vous ne diriez pas que le pays est beau. Quand les grandes eaux couvrent tous nos prés, et que nous ne pouvons plus même sortir dans notre cour, non , non, ça n'est pas joli!

— Bah! bah! les femmes s'effrayent toujours, dit le grand Louis. Vous savez bien que les eaux n'emporteront pas la maison, et que le moulin est bien garanti. Et puis, quand le mauvais temps vient, il faut bien le prendre comme il est. Tout l'hiver, vous demandez l'été, mère, et tant que dure l'été, vous ne songez qu'à vous inquiéter de l'hiver qui viendra. Moi y je vous dis qu'on pourrait vivre ici heureux et sans souci.

— Et pourquoi doue ne fais- tu pas comme lu dis? reprit la mère. Ës-lu sans souci, toi? Te Irouves-tu heureux d'être meunier et d'avoir la maison dans fean si souvent? Ah ! si je répétais tout ce que tu dis quelquefois sur le malheur de ne pas être bien logé, et de ne pouvoir pas faire fortune ?

— C'est très-inutile de répéter toutes les bêtises que je dis quelquefois, mère , vous pouvez bien vous en épargner la peine. » En parlant ainsi d'un ton de reproche, le grand meunier regardait sa mère avec une douceur aflectueuse et presque suppliante. Leur entretien ne paraissait pas aussi banal à M">« de Blaacfaemont qu'il peut jusqu'ici le paraître au lecteur. Dans la situation de son esprit, elle désirait «avoir comment cette vie rustique, la moins dure encore pour les gens pauvres, était sentie et appréciée par ceux«Ui même qui étaient forcés de la mener. Elle ne venait pas l'examiner et l'essayer avec des idées trop romanesques. Henri , en doutant de son aptitude

k l'embrasser, lui en avait bien fait sentir les privalions et les souffrances réelles. Mais elle pensait que ces souffrances n'étaient pas au-dessus de son courage, et ce qui l'intéressait dans l'opinion de ses hôtes du moulin, c'était le degré de philosophie ou d'insensibilité dont les avait pourvus la nature, comparé avec celui que le sentiment poétique et l'amour, sentiment plus religieux et plus puissant encore, pouvaient lui donner à elle-même. Elle laissa donc paraître un peu de curiosité dès que le grand Louis se fui éloigné pour porter ses truites, comme il disait, dans la poêle à frire.

« Ainsi, dit-elle à la vieille meunière, vous ne vous trouvez pas heureuse, et votre fils lui-même, malgré son air de gaieté, se tourmente quelquefois?

— Eh I madame, quant à moi, répondit la bonne femme, je me trouverais assez riche et assez contente de mon sort si je voyais mon fils heureux. Défunt mon pauvre homme était à son aise ; son commerce allait bien ; mais il est mort avant d'avoir pu élever sa famille, et il m'a fallu mener k bien et établir de mon mieux tous mes enfants. A présent la part de chacun n'est pas grosse ; le moulin est resté à mon Louis, qu'on appelle le grand Louis, comme on appelait son père le grand Jean , et comme on m'appelle la grand'Marie. Car, Dieu aidant, on pousse assez bien dans notre famille, et tous mes enfants étaient de belle taille. Mais cVst là lo plus clair de notre bien; le reste est si peu de chose, qu'il n'y a pas de quoi se faire de fausses espérances.

— Mais enfin, pourquoi voudriez-vous être plus riches? Souffrez-vous de la pauvreté? Il me semble que vous êtes bien logés , que votre pain est beau , votre santé excellente.

— Oui, oui, grâce au bon Dieu, nous avons le nécessaire , et bien des gens qui valent peut-être mieux que nous, n'ont pas tout ce qu'il leur faudrait} mais voyez -vous, madame, on est heureux ou malheureux, suivant les idées qu'on se fait...

— Vous touchez la vraie question, dit Marcelle, qui remarquait dans la physionomie et dans le langage de la meunière de la finesse naïve et un sens juste. Puisque vous appréciez si bien les choses, d'où vient donc que vous vous plaignez ?

— Ce n'est pas moi qui me plains, c'est mon grand Louis ! ou, pour mieux parler, c'est moi qui me plains parce que je le vois mécontent , et c'est lui qui ne se plaint pas parce qu'il a du courage et craint de me faire de la peine. Mais quand il en a trop lui-même, ça lui échappe, le pauvre enfant | Il ne dit qu'un mot , mais ça me fend le cœur. Il dit comme ça ; « JamaUi jamais, ma nicro l » et ce mot veut dire qu'il n'espère plus rien. Mais ensuite, comme il est naturellement porte à la gaieté (comme défunt son pauvre cher père), il a l'air de se faire une raison, et il mo dit toutes sortes de conle.*^ soit qu'il veuille me

LE MEUNIER D'ÂNGIBAULT.

consoler, soit qu'il s'imagine que ce qu'il s'est mis dans la léte finira par arriver.

— Mais qu'a-t-ii dans la téteT C'est donc de l'ambition ?

— Oh ! oui , c'est une grande ambition, c'est une vraie folie ! ce n'est pourtant pas l'amour de l'argent, car il n'est pas avare, tant s'en faut! Dans son partage de famille, il a cédé à ses frères et sœurs loutce qu'ils ont voulu , et quand il a gagné quelque peu, il est prêt à le donner au premier qui a besoin de lui. Ce n'est pas la vanité non plus , car il porte toujours SCS habits de paysan, quoiqu'il ait reçu de l'éducation et qu'il ait le moyen d'aller aussi bien vêtu qu'un bourgeois. Enfinrça n'est ni la mauvaise conduite, ni le goût de la dépense, car il se contente de tout et ne va jamais courir où il n'a pas affaire.

— Eh bien, qu'est-ce donc? dit Marcelle, dont la douce figure et le ton cordial attiraient insensiblement la confiance de la vieille femme.

— Ehl qu'est-ce que vous voulez que ce soit, si ce n'est pas l'amour? dit la meunière avec un sourire mystérieux , et ce je ne sais quoi de fin et de délicat qui, sur le chapitre du sentiment, établit en un clin d*œil l'abandon et l'intérêt entre les femmes, malgré les différences d'dge et de rang.

— Vous avez raison, dit Marcelle en se rapprochant de la grand'Marie, c'est l'amour qui est le grand trouble-fête de la jeunesse! Et celle femme qu'il aime, elle est donc plus riche que lui?

— Oh ! ce n*est pas une femme ! mon pauvre Louis a trop d'honneur pour en conter à une femme mariée! C'est une fille, une jeune fille, une jolie fille, ma foi,. et une bonne fille, il faut en convenir. Mais elle est riche , riche , et nous avons beau y penser, jamais ses parents ne voudront la. donner à on meunier. »

Marcelle , frappée du rapport qui existait entre le roman du meunier et celui de sa propre vie, éprouva une curiosité mêlée d'émotion.

« Si elle aime votre fils, dit-elle, cette belle et bonne fille , elle finira par l'épouser.

— C'est ce que je me dis quelquefois; car elle l'aime, cela j'en suis sûre, madame, quoique mon grand Louis ne le soit pas. C'est une fille sage, et qui n'irait pas dire à un homme qu'elle veut l'épouser malgré la volonté de ses parenU. Et puis, elle est bien un peu rieuse, un peu coquette ; c'est de son âge, cela n'a que dix-huit ans ! Son petit air malin désespère mon pauvre garçon ; aussi, pour le consoler, quand je vois qu'il ne mange pas et qu'il fait sa grosse voix avec la Sophie (notre jument, en parlant par respect), je ne peux pas m'empêcher de lui dire ce que j'en pense. Et il me croit un peu, car il voit bien que j'en sais plus long que lui sur le cœur des femmes. Moi , je vois bien que la belle rougit quand elle le rencontre, et qu'elle le cherche des yeux quand elle vient se promener par ici ; mais j'ai tort de dire cela à ce garçon.

car je l'entretiens dans sa folie, et je ferais mieux de lui dire qu'il n'y faut pas songer.

— Pourquoi? dit Marcelle ; l'amour rend tout possible. Soyez sûre, ma bonne mère, qu'une femme qui aime est plus forte que tous les obstacles.

— Oui , je pensais cela étant jeune. Je me disais que l'amour d'une femme est comme la rivière, qui casse tout quand elle veut passer, et qui se moque des barrages et des empellements. J'étais plus riche que mon pauvre grand Jean , moi, et pourtant je l'ai épousé, liais il n'y avait pas la même différence qu'entre nous maintenant et mademoiselle... »

ici, le petit Edouard interrompit la meunière en disant à sa mère :

« Tiens! Henri est donc ici? *»

UN MOU SUn UN AIlBnE.

M"** de Ulanchemont tressaillit et faillit laisser échapper un cri du fond de son cœur, en cherchant des yeux ce qui avait pu motiver l'exclamation de l'enfant.

En suivant la direction des regards et des gestes d'Edouard, Marcelle remarqua un nom creusé au canif sur l'écorce d'un arbre. L'enfant commençait à savoir lire, surtout certains mots qui lui étaient familiers, certains noms qu'on lui avait peut-être fait épeler de préférence. H avait parfaitement reconnu celui de Henri inscrit sur le tronc lisse d'un peuplier blanc, et il s'imaginait que son ami venait de le tracer. Entraînée par l'imagination de son fils, Marcelle se persuada avec lui, pendant quelques instants, qu'elle allait voir Henri Lémor sortir des bosquets d'aunes et de trembles. Mais il ne lui fallut pas beaucoup réfléchir pour sourire tristement de sa facilité à se faire illusion. Cependant, comme on ne renonce pas volontiers à une espérance, si folle qu'elle soit, elle ne put se défendre de demander à la meunière quelle personne de sa famille ou de son entourage portait le nom de Henri.

« Aucune que je sache, répondit la mère Marie. Je ne connais point cela. Il y a bien au bourg de Nobant une famille Henri, mais ce sont des gens comme moi, qui ne savent écrire ni sur le papier m sur les arbres... A moins que le fils qui revient de l'armée... mais bon ! il y a plus de deux ans qu'il n'est venu par ici .

— Vous ne savez donc pas qui peut avoir écrit ce nom ?

— Je ne savais pas seulement qu'il y eût là quelque chose (l'écrit. Je n'y ai jamais fait attention. Et quand

LE MEUNIER D'ANGlft\ULT.

je Tauraîs vu» je ne sais pas lire. J'avais pourtant le moyen d'être bien éduquée, mais dans mon temps ce n'était guère la mode. On faisait une croix sur les actes en guise de signature, et c'était aussi k>on devant la loi. v

Le meunier était revenu avertir que le déjeuner était prêt. En voyant l'attention de Marcelle fixée sur ce nom, lui qui savait très-bien lire et écrire, mais qui n'avait rien remarqué jusqu'alors, il chercha à expliquer le fait.

« Je ne vois que l'homme de l'autre jour qui ait pu s'amuser à cela , dit-il, car il ne vient guère de gens de la ville par ici.

— Et qu'est-ce que c'est que l'homme de l'autre jour? demanda Marcelle en s'efforçant de prendre un air d'indifférence.

— C'était un monsieur qui ne nous a pas dit son' nom, répondit la vieille. Nous ne savons pas grand'chose, et pourtant nous savons que la curiosité est malhonnête. Louis est comme moi là-dessus, et, au contraire des gens de notre pays qui interrogent à tort et à travers tous les étrangers qu'ils rencontrent , nous ne désirons jamais savoir que cequ'on désire que nous sachions. O monsieur-là avait l'air de vouloir garder son nom et ses intentions pour lui seul.

— Et cependant il faisait beaucoup de questions, ce garçon-là, observa le grand Louis, et nous aurions été eu droit de lui en faire à notre tour. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas osé. 11 n'avait pourtant pas la mine bien méchante, et je ne suis pas très-honteux de mon naturel ; mais il avait un air tout drôle et qui me faisait de la peine.

— Quel air avait-il donc? demanda Marcelle, dont laHCuriosité et l'intérêt s'éveillaient à chaque mot du meunier.

— Je ne saurais vous dire, répondit celui-ci ; je n'y faisais pas grande attention pendant qu'il était là, et quand il a été parti, je me suis mis à y penser. Vous souvenex-vous, ma mère?

— Oui, tu me disais : « Tenez, mère, en voilà un qui est comme moi, il n'a pas tout ce qu'il désire, d

— Bah ! bah 1 je ne disais pas cela, reprit le grand Louis, qui craignait que sa mère ne laissât échapper son secret, et ne se doutait pas qu'il fût déjà révélé. Je disais simplement : Voilà un particulier qui n*a pas l'air bien content d'être au monde.

— Il était donc fort triste? dit Marcelle émue.

— il avait l'air de penser beaucoup. Il est resté au moins trois heures tout seul, assis par terre, là où vous êtes maintenant, et il regardait couler la rivière, comme s'il eût voulu compter toutes les gouttes d'eau. J'ai cm qu'il était malade, et j'ai été, par deux fois, lui offrir d'entrer à la maison pour se rafraîchir. Quand j'approchais de lui, il sautait comme un homme qu*on réveille, et il prenait un air fâché. Puis, tout de suite, il avait un visage très-doux et très-bon, et il

me remerciait. Il a fini par accepter un morceau de pain et un verre d'eau, pas davantage.

— C'est Henri I s'écria le petit Edouard qui, pendu à la robe de sa mère , écoulait avec attention. Tu sais bien, maman, que Henri ne boit jamais de vin? »

M">« de Blanchemont rougit, pâlit, rougit encore, et , d'une voix qu'elle s'efforçait en vain d'assurer, elle demanda ce que cet étranger était venu faire dans le pays.

« Je n'en sais rien, » répondit le farinier qui, fixant son regard pénétrant sur le beau visage ému de la jeune dame, se dit en lui-même : a En voilà encore une qui a, comme moi, son idée dans la tête. ! »

Et, voulant satisfaire autant que possible la curiosité de Marcelle sur l'étranger, et la sienne propre sur les sentiments de son hôtesse , il entra comptaisamment dans tous les détails qu'elle attendait avec anxiété.

L'étranger était arrivé à pied , il y avait environ quinze jours. Il avait erré deux jours dans la Vallée- Noire, et on ne l'avait plus revu. On ne savait pas où il avait passé la nuit,. le meunier présumait que c'était à la belle étoile. Il ne paraissait pas très-nanti d'argent. Il avait pourtant offert de payer son maigre repas au moulin ; mais , sur le refus du meunier, il avait remercié avec la simplicité d'un homme qui ne rougit pas d'accepter l'hospitalité d'un homme de même condition que lui. Il était vêtu comme un ouvrier propre ou comme un bourgeois de campagne, avec une blouse et un chapeau de paille. Il avait un bien petit havre-s3c sur le dos, et, de temps en temps, il le mettait sur ses genoux, en tirait du papier et avait l'air d'écrire comme s'il eût pris des notes. Il avait été à Blanchemont, à ce qu'il disait, mais personne ne l'y avait vu. Cependant, il parlait de la ferme et du vieux château comme un homme qui a tout examiné. En mangeant son pain et buvant son eau, il avait fait beaucoup de questions au meunier sur l'étendue des terres, sur leur rapport, sur les hypothèques dont elles étaient grevées, sur la réputation et le caractère du fermier, sur les dépenses de feu M. de Blanchemont, sur ses autres terres, etc.; enûn, on avait fini par le prendre, au moulin, pour un homme d'affaires envoyé par quelque acheteur, pour avoir des informations et reconnaître la qualité du terrain.

a Car il parait que la terre de Blanchemont va être mise en vente, si elle ne l'est pas déjà, » ajouta le meunier qui n'était pas tout à fait aussi dégagé de la fièvre de curiosité particulière aux paysans de l'endroit, que le prétendait sa mère.

Marcelle, qu'une bien autre sollicitude agitait, entendit à peine la réflexion qui terminait ce récit.

« Quel âge pouvait avoir cet étranger ? dcmandat-clle.

— Si sa figure ne ment pas, dit la meunière , il

ai

LE MëCNIER D'ÂNGIBAULT.

peut avoir l'âge de Louî», de vingt-quatre à vingtcinq ans environ.

— Et... comment est-il de figure? Est-il brun, de moyenne taille ?

•— Il n'est pas grand et il n'est pas blond, dit le meunier. Il n'a pas une vilaine figure, mais il est pâle comme un bomme qui ne jouit pas d'une grosse santé.

— Ce pourrait être Henri, pensa Marcelle, bien que ce portrait un peu rudement esquissé, ne répondit pas asseï à l'idéal qu'elle portait dans son cœur.

— C'est un homme qui ne sera peut-être pas trèseottlanl en affaires, reprit le grand Louis; car pour obliger M. Bricolin, le fermier de Blanchemont, qui veut se porter acquéreur, et pour dégoûter un peu celui-là, je m'amusais à déprécier la propriété; mais ce garçon ne se laissait pas endormir. La terre vaut ceci et cela, disait-4l, et il comptait le revenu, les charges, les frais sur le bout de ses doigts, comme un quelqu'un qui s'y connaît, et qui n'a pas besoin de longues paroles, le verre en main, k la mode du pays, pour voir le fort et le faible d'une affaire.

— Allons, je suis folle, pensa M">* de Blanchemont ; cet étranger est le premier venu, quelque régisseur chargé de placer des fonds dans le pays , et son air triste , sa rêverie au bord de l'eau , c'est tout simplement le résultat de la chaleur et de la fatigue. Quant à ce nom de Henri , c'est un hasard qu'il le porte, si tant est que ce soit lui qui l'ait écrit là. Jamais Henri ne s'est occupé d'affaires; jamais il n'a su la valeur d'aucune propriété, la source et le cours d'aucune richesse de ce monde. Non , non , te n'est pas lui. D'ailleurs, n'étaitr-il pas à Paris il y a quinze jours? Il y en a trois que je l'ai vu , et il ne m'a pas dit qu'il se fût absenté récemment. Que serait il venu faire dans la Vallée-Noire? Savait-il seulement que la terre de Blanchemont, dont je ne me souviens pas de lui avoir jamais parlé, fût située dans celte province? »

Ayant détaché, non sans quelque effort, ses regards de l'inscription mystérieuse qui avait tant fait travailler sa pensée, elle suivit ses hôtes à la maison, et trouva un excellent déjeuner servi sur une table massive recouverte d'une nappe bien blanche. La fromentée (le met favori du pays), pâte compacte de blé crevé dans l'eau et habillé dsim le lait, le gâteau de poires à la crème poivrée, les truites de la Vauvre, les poulets maigres et tendres, mis tout palpitants sur le gril , la salade à l'huile de noix bouillante , le fromage de chèvre et les fruits un peu verts; tout cela parut exquis au petit Edouard. On avait mis le couvert des deux domes^tiques et des deux hôtes à la même table que M"* de Blanchemont, et la meunière s'étonnait beaucoup du refus de Lapierre et de Suzctlc, de s'asseoir à côté de leur maîtresse. Mais Marcelle exigea qu'ils se conformassent à l'usage de la

campagne, et elle commença gaiement cette vie d'égalité dont l'idée lui souriait.

Les manières du meunier étaient brusques, ouvertes, et jamais grossières. Celles de sa mère étaient un peu plus obséquieuses, et, malgré les remontrances du grand Louis, à qui le bon sens tenait lieu de savoir-vivre, elle persécutait bien un peu ses convives pour les forcer à manger plus que leur appétit ne le comportait; mais il y avait tant de sincérité dans son empressement, que Marcelle ne songea point à la trouver importune. Cette vieille avait du cœur et de l'intelligence , et son fils tenait d'elle à tous égards. Il avait, de plus qu'elle, un bon fonds d'éducation élémentaire. Il avait suivi l'école primaire; il savait lire et comprendre beaucoup plus de choses qu'il n'était pressé de le faire voir. En causant avec lui, Marcelle trouva plus d'idées justes, de notions saines et de goût naturel, qu'elle n'en eût attendu, la veille, de la part du grand farinier à sa rencontre dans l'auberge. Tout cela avait d'autant plus de prix que , loin d'en faire montre et d'en tirer vanité , il affectait des manières de paysan plus rudes que celles dont il n'ignorait pas l'usage. On eût dit qu'il craignait pardessus tout de passer pour un bel esprit de village , et qu'il avait un profond mépris pour ceux qui renient leur bonne race et leur honnête condition , en prenant des airs ridicules. Il parlait avec assez de pureté, à l'ordinaire, sans toutefois dédaigner les locutions naïves et pittoresques du terroir. Quand il s'oubliait , c'est alors qu'il parlait tout à fait bien et qu'on ne sentait plus du tout le meunier. Mais bientôt, comme s'il eût été honteux de s'écarter de sa sphère, il revenait à ses plaisanteries sans fiel et à sa familiarité sans insolence.

Cependant, Marcelle fut un peu embarrassée lorsque le patachon étant revenu se mettre à sa disposition, vers sept heures du matin, elle voulut, tout en prenant congé de ses hôtes , payer la dépense qu'elle avait faite chez eux. Ils se refusèrent à rien recevoir.

a Non, ma chère dame , non , lui dit le meunier sans emphase, mais d*un ton ferme ; nous ne sommes pas aubergistes. Nous pourrions l'être , ce ne serait pas au-dessous de nous. Mais enfin, nous ne le sommes pas, et nous ne prendrons rien.

— Commenti dit Marcelle , je vous aurai causé tout ce dérangement et toute cette dépense sans que vous me permettiez de vous indemniser? car je sais que votre mère m'a donné sa chambre, qu'elle a pris votre lit et que vous avez couché dans le foin de votre grenier. Vous vous êtes dérangé de vos occupations ce malin pour pêcher. Votre mère a chauffé le four, elle a pris de la peine , et nous avons fait une certaine consommation chez vous.

— Oh ! ma mère a très-bien dormi et moi encore mieux, répondit le grand Louis. Les truites de la Vauvre ne mecoûtenlricu,c'estaujourd'huidimanchc.

LE MEUNIER D'ANGIBAULT

ci ces joDTS'Ui je pèche toute la matinée. Pour un peu de lait, de pain et de farine qui ont servi à votre déjeuner, avec quelque mauvaise volaille, nous ne serons pas ruinés. Ainsi, le service n'est pas grand, et vous pouvez l'accepter de nous sans regret. Nous ne vous le reprocherons pas, d'autant plus que nous oe vous reverrons peut-être jamais.

— J*espère que si, répondit Marcelle, car je compte rester quelques jours au moins à Blanchemont; je veux revenir remercier votre mère et vous d'une hospitalité si cordiale et que je suis pourtant un peu honteuse d'accepter ainsi.

— Et pourquoi avoir honte de recevoir un petit service des honnêtes gens? Quand on est content de leur bon cœur, on est quitte envers eux. Je sais bien que dans les grandes villes , tout se paye, jusqu'à un verre d'eau. C'est une vilaine coutume, et dans nos campagnes, on serait bien malheureux si on ne s'obligeait pas les uns les autres. Allons, allons, n'en parlons plus.

— Mais vous ne voulez donc pas que je revienne vous demander k déjeuner? Vous me forcez à m'abstenir de ce plaisir , ou à devenir indiscrète.

— Gela , c'est autre chose. Nous n'avons fait que notre devoir en vous donnant comme vous dites l'hospitalité; car enfin nous sommes élevés k regarder cela oonune un devoir ; et, bien que la bonne coutume s'en aille un peu, bien qu'aujourd'hui les pauvres gens, sans demander qu'on leur paye ces petits services, acceptent presque tous ce qu'on leur donne en partant, nous ne sommes pas d'avis, ma mère et moi, de changer les vieux usages quand ils sont bons. S'il y avait eu aux environs une aut>erge passable, je vous y aurais conduite hier soir, pensant que vous y seriez mieux que chez nous, et voyant bien que vous aviez le moyen de payer votre gîte. Mais il n'y en a point, ni bonne, ni mauvaise, et k moins d'être un homme sans oœur, je ne pouvais pas vous laisser passer la nuit dehors. Croyez-vous que je vous aurais invitée à venir chez nous, si j'avais eu l'intention de vous faire payer? Non, puisque , comme je vous le dis, je ne suis pas aubergiste. Voyez, nous n'avons ni houx, ni genêt k notre porte.

— J'aurais dû remarquer cela en entrant, dit Marcelle, et mettre plus de discrétion dans ma conduite ici. Mais que répondez-vous k ma question? Vous ne voulez donc pas que je revienne ?

— Cela, c'est autre chose. Je vous invite à revenir tant que vous voudrez. Vous trouvez l'endroit joli , votre petit aime nos galettes. Ça m'encourage à vous dire que toutes les fois que vous reviendrez , vous nous leres plaisir.

— Et vous me forcerez comme aujourd'hui k accepter tout graiiê?

— Puisque je vous y invite! Je me suis donc mal fipliqué?

^- Et vous ne voyez pas que , selon moi , ce serait abuser de votre bon cœur ?

^ Non, je ne vois pas cela. Quand on est invité, on use de son droit en acceptant.

— Allons, dit M"** de Blanchemont, vous avez la vraie politesse, je le comprends, et dans notre monde on ne l'a pas. Vous m'enseignez que la discrétion , cette qualité si vantée et malheureusement si nécessaire parmi nous, est devenue telle depuis que la bienveillance s'est changée en compliments, et depuis que le savoir-vivre n'est plus l'expression de la sincère obligeance.

— Vous parlez bien , dit le meunier dont la figure s'éclaira d'un rayon de vive intelligence, et je suis bien aise d'avoir eu l'occasion de vous obliger, foi d'homme!

— En ce cas, vous me permettrez de vous recevoir à mon tour quand vous viendrez âi Blanchemont?

— Ah ! cela, pardon I mais je n'irai pas chez vous. J'irai chez vos fermiers, comme j'y vas souvent, porter du blé; et je vous saluerai avec plaisir, voilà tout.

— Ah ! ah! M. Louis, vous ne voulez pas déjeuner chez moi ?

— Oui et non. Je mange souvent chez vos fermiers; mais si vous êtes là, ça sera changé. Vous êtes une dame noble, suffit.

— Expliquez-vous, je ne comprends pas.

— Voyons, est-ce que vous n'avez pas conservé les usages des anciens seigneurs? N'enverriez-vous pas votre meunier manger à la cuisine, avec vos valets, et sans vous, bien sdr? Moi, ça ne me fâcherait pas de manger avec eux, puisque je l'ai bien fait aujourd'hui chez moi ; mais ça me paraîtrait drêle de vous avoir fait asseoir chez moi , et de ne pouvoir pas m'asseoir chez vous, au coin du feu, et votre chaise à côté de la mienne. Voilà, je suis un peu fier. Je ne vous blâmerais pas , chacun suit ses idées et ses usages ; c'est pourquoi je n'ai pas besoin d'aller me soumettre à ceux des autres quand je n'y suis pas forcé. »

Marcelle fut très-frappée du bon sens et de la sincère hardiesse du meunier. Elle sentit qu'il lui donnait une excellente leçon , et elle se réjouit d'avoir adopté des projets qui lui permettaient de la recevoir sans rougir.

« M. Louis, lui dit-elle, vous vous trompez sur mon compte. Ce n'est pas ma faute si j'appartiens à la noblesse; mais il se trouve que par bonheur ou par hasard, je ne veux plus me conformer à ses usages. Si vous venez chez moi, je n'oublierai pas que vous m'avez reçue comme votre égale , que vous m'avez servie comme votre prochain, et, pour vous prouver que je ne suis pas ingrate , je mettrai , s'il le faut , votre couvert et celui de votre mère moi-même à ma table, comme vous avez mis le mien à la vôtre.

— Vrai! vous feriez cela? dit le meunier en regar-

LE MEUNIER D'ÂNGIBÂULT.

dant Marcelle avec un mélange de surprise, de doute respectueux et de sympathie familière. En ce cas, j'irai... ou plutôt, non , je n'irai pas; car je vois bien que vous êtes une honnête personne.

— Je ne comprends pas non plus à quel propos cette réflexion.

— Âh! damel si vous ne comprenez pas... je suis un peu en peine de m'expliquer mieux.

— Allons, Louis, je crois que tu es fou, dit la vieille Marie qui tricotait d'un air grave en écoulant toute cette conversation. Je ne sais pas çh tu prends tout ce que tu dis à notre dame. Excusez, madame, ce garçon est un sans-souci qui a toujours dit âi tout le monde, petits et grands, tout ce qui lui passait par la tète. Il ne faut pas que cela vous fâche. Au fond , il a bon cœur, croyez-moi, et je vois bien à sa mine qu'il se jetterait dans le feu pour vous, à cette heure.

— Dans le feu , pas sûr, dit le meunier en riant; mais dans l'eau , c'est mon élément. Vous voyez bien , mère, que madame est une femme d'esprit, et qu'on peut lui dire tout ce qu'on pense. Je le dis bien à M. Bricolin , son fermier, qui est certainement plus à craindre qu'elle, ici I

— Dites donc , maître Louis, parlez I je suis très* disposée à m'instruire. Pourquoi, parce que je suis une honnête personne , ne viendriez-vous pas chez moi?

— Parce que nous aurions tort de nous familiariser avec vous, et que vous auriez tort de nous traiter en égaux. Ça vous attirerait des désagréments. Vos pareils vous blâmeraient; ils diraient que vous oubliez votre rang, et je sais que cela passe pour très-mal k leurs yeux. Et puis, la bonté que vous auriez avec nous, il faudrait donc l'avoir avec tous les autres, ou cela ferait des jaloux et nous attirerait des ennemis. 11 faut que chacun suive sa route. On dit que le monde est grandement changé depuis cinquante ans ; moi je dis qu'il n'y a rien de changé que nos idées à nous autres. Nous ne voulons plus nous soumettre , et ma mère que voilà, et que j'aime pourtant bien, la brave femme , voit autrement que moi sur bien des choses. Mais les idées des riches et des nobles sont ce qu'elles ont toujours été. Si vous ne les avez pas , ces idées-là , si vous ne méprisez pas un peu les pauvres gens , si vous leur faites autant d'honneur qu'à vos pareils, ce sera peut-être tant pis pour vous. J'ai vu souvent votre mari, défunt M. de Blanchemont , que quelques-uns appelaient encore le seigneur de Blanchemont. Il venait tous les ans au pays et restait deux ou trois jours. Il nous tutoyait. Si c'avait été par amitié, passe; mais c'était par mépris, il fallait lui parler debout et toujours chapeau bas. Moi, cela ne m'allait guère. Un jour, il me rencontra dans le chemin et me commanda de tenir son cheval. Je fis la sourde oreille , il m'appela butor, je le regardai de travers; s'il n'avait pas été si faible, si mince, je lui

aurais dit deux mots. Mais c'aurait été lâche de ma part, et je passai mon chemin en chantant. Si cet homme-là était vivant et qu'il vous entendit me parler comme vous faites , il ne pourrait pas être content. Tenez I rien qu'à la figure de vos domestiques, j'ai bien vu aujourd'hui qu'ils vous trouvaient trop sans façon avec nous autres et même avec eux. Allons, madame, c'est à vous de revenir vous promener au moulin, et à nous, qui vous aimons, de ne pas aller nous attabler au château.

— Pour le mot que vous venez de dire, je vous pardonne tout le reste, et je me promets de vous convaincre , » dit Marcelle en lui tendant la main avec une expression de visage dont la noble chasteté commandait le respect, en même temps que ses manières entraînaient l'affection. Le meunier rougit en recevant cette main délicate dans sa main énorme, et, pour la première fois, il devint timide devant MaccQlie,conmie un enfant audacieux et bon dont l'orgueil est tout à coup vaincu par l'émotion.

« Je vas monter sur Sophie, et vous servir de guide jusqu'à Blanchemont, dit-il après un instant de silence embarrassé ; ce patachon de malheur vous égarerait encore , quoiqu'il n'y ait pas loin.

— Eh bien, j'accepte, dit Marcelle; direz- vous encore que je suis fière?

— Je dirai, je dirai , s'écria le grand Louis en sortant avec précipitation , que si toutes les femmes riches étaient comme vous... »

On n'entendit pas la fin de sa phrase, et sa mère se chargea de la terminer.

a II pense, dit-elle, que si la fille qu'il aime était aussi peu fière que vous , il n'aurait pas tant de tourment.

— Et ne pourrais-je pas lui être utile? dit Marcelle en songeant avec plaisir qu'elle était riche et saintement prodigue.

— Peut-être qu'en disant du bien de lui devant la demoiselle, car vous la connaîtrez bien vite... Mais bah I elle est trop riche I

— Nous reparlerons de cela, dit Marcelle en voyant rentrer ses domestiques qui venaient chercher ses paquets. Je reviendrai tout exprès, bientôt, demain , peut-être. »

Le patachon roux et rageur avait passé la nuit sous un arbre, n'ayant pu découvrir, à travers l'obscurité, une maison dans la Vallée-Noire. A la pointe du jour, il avait aperçu le moulin, et il y avait été hébergé et restauré, lui et son cheval. Dans sa mauvaise humeur, il était fort disposé à répondre avec insolence aux reproches qu'il s'attendait à recevoir. Mais, d'une part, Marcelle ne lui en fit aucun, et de l'autre , le farinier l'accabla de tant de moqueries , qu'il ne put avoir le dernier avec lui , et remonta tout penaud sur son brancard. Le petit Edouard supplia sa mère de le laisser aller à cheval devant le

LE MEUNIER D'ANGIBAULT

meunier qui le prit dans ses bras avec amour, en disanl tout bas ^ la yieille Marie :

« Si nous en avions un .comme ça pour nous réjouir h la maison? hein, mère? Mais ça ne sera jamais I »

Et la mère comprit qu'il ne voulait se marier qu'avec celle à laquelle il ne pouvait raisonnablement prétendre.

VU

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