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SUR LE FUSIL DE CHASSE

AAGUMZNT.

Fusils à silex. — Fusils à percussion. —Fusils se chargeant par la culasse. — Conditions auxquelles devrait satisfaire un fusil se chargeant par la culasse pour être propre à la guerre. — Caractère nouveau que le perfectionnement du feu de l'infanterie ferait prendre à la guerre.

L'invention de la platine à silex pour transmettre le feu à la charge date de 1 63o ; mais on commença seulement en 1670 à remplacer les mousquets par des fusils; en 1680, presque toute Tinfanterie était déjà armée de fusils.

En 1678 , les fusils des grenadiers furent armés d'une baïonnette à manche qui se fixait au bout du fusil en enfonçant ce manche dans le canon : ainsi, il fallait retirer la baïonnette pour faire feu.

En 1701, on commença à armer les fusils d'une baïonnette à douille qui permettait d'exé-;

cuter le feu sans la retirer; en 1708 , toute Tinfanterie française était armée de ce fusil , et en 1704, il avait été adopté par toutes les autres puissances de TEurope. Peu avant la guerre de Silésie , qui éclata en 1740 , les Prussiens substituèrent la baguette de fer à la baguette de bois, dont on s^était servi jusqu'alors.

Après que Vinfanterie eut été armée de fusils à baïonnette, le feu acquit une telle importance, quMl devint son principal moyen de combattre, et qu'elle ne se joignit plus que très-rarement à Parme blanche. Le fusil laissait pourtant encore beaucoup à désirer ; son emploi présentait de graves inconvéniens, et Pon continua de s'occuper à le perfectionner.

Examinons-en les inconvéniens , tant pour la guerre que pour la chasse : ce sera la meilleui-e manière de faire pressentir de quelle nature devraient être les perfectionnemens que cette arme réclame encore.

L'amorce s'envole s'il fait grand vent ; elle se perd si l'on remplit trop le bassinet; elle se mouille si le fusil a été exposé à la pluie, et alors elle ne s'enflamme plus , ou elle fuse , et le fusil fait long feu; le bassinet s'encrasse lorsque l'on a tiré quelques coups de fusil , il faut le nettoyer ; la lumière se bouche quelquefois aussi , il faut

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Tépingler ; les pierres s'*émousseiit ou se cassent, il faut les remplacer; la batterie ne découvre plus bien le bassinet , il faut nettoyer et huiler le ressort de batterie. On compte dans le fusil de (juerrc à silex français un râlé de platine ou de canon sur neuf coups , un long feu sur dix-huit coups , et il faut ordinairement changer la pierre au bout de trente coups.

La platine , cette partie de Varme destinée à transmettre le feu à la charge , est d^un travail compliqué , et Ton parvient difficilement à établir le rapport de force désirable entre le grand ressort , qui communique le mouvement au chien et le ressort de batterie. Ce n''est pas sans peine que Ton apprend aux soldats à bien démonter et à bien remonter la platine , ce qui est pourtant fort important, puisqu"'elle peut être impropre à remplir son but si elle est mal remontée. Elle est sujette à de nombreuses dégradations : ainsi , il arrive , au bout d^un certain tems de service, que la feuille d'acier qui recouvre la batterie s'use, et alors Tarmerate toujours, le bassinet se déforme, la batterie ne le recouvre plus exactement, et Tamorce se perd ; les crans du repos et de l'armé, ou le bec de gâchette, qui s'engage dans ces crans, se cassent ou s'usent, et le fusil part au moindre choej par

exemple, quand on exécute le mouvement de se reposer sur les armes.

La charge varie , parce qu'il se perd plus ou moins de poudre en amorçant , et que le soldat en jette souvent une partie pour éviter que son arme ne repousse. Il arrive quelquefois aussi , au milieu du tumulte du combat et du bruit des armes, surtout dans ces momens de trouble et de précipitation qui se rencontrent fréquemment à la guerre , que le soldat charge mal , soit parce qu'il ne laisse tomber qu'une partie de la poudre dans le canon , avant que d'enfoncer la cartouche, soit parce qu'il n'en laisse point tomber du tout , ou qu'il met la balle la première , et alors le coup ne part point. Ordinairement , il ne s'aperçoit qu'il a mal chargé que lorsqu'il a introduit plusieurs charges les unes sur les autres. J'ajouterai , en ce qui concerne le fusil, lemousqueton ou les pistolets que porteraient des cavaliers , que , ces armes ayant alors la bouche dirigée vers la terre , la charge descend par suite du mouvement du cheval.

Le canon s'encrasse promptement, et l'on éprouve bientôt de la résistance en y enfonçant la cartouche ; cette résistance augmente progressivement, au point qu'après avoir tiré cinquante coups avec la poudre dont on s'est servi en

France pendant les gpuerres de la révolution et de Tempire , on était contraint , pour pouvoir tirer de nouveau, de laver le canon. Les An- {^lais , qui se servent de poudre fine , peuvent tirer plus de cent coups avant que de laver le canon , quoiqu'ils emploient des balles de 16 à la livre, tandis qu'yen France elles ne sont que de 20 à la livre. Le canon pourrait d'ailleurs faire un long service sans avoir besoin de réparations, si la lumière ne se détériorait assez promptemcnt. Lorsqu'elle s'est évasée, bientôt la poudre de la charge tombe dans le bassinet par cette lumière , le gaz qui s'échappe du canon diminue la portée, et le crachement devient gênant et même dangereux pour le soldat placé à la droite de celui qui tire ; on est obligé alors de mettre un grain à la lumière.

Le tir a peu de justesse, parce que la charge, ainsi qu'on l'a vu , n'est pas toujours la même ; parce que le coup n'est pas à balle forcée ; parce que le fusil, si l'on veut le charger de manière à obtenir une portée suffisante , repousse tellement que le soldat n'ose appuyer sa joue sur la crosse pour ajuster. Aussi Gassendi prétendaitil que chaque soldat ennemi tué pendant les guerres de la révolution française avait coûté à l'état son pesant de plomb.

Le feu de Tinfanterie formée sur deux ou sur trois rangs (et je parle du feu de deux rangs , qui est , pour ainsi dire , le seul en usage à la guerre) a dans le début beaucoup de vivacité ; mais son intensité va en diminuant avec une grande rapidité par suite de Fencrassement des armes, de Taugmentation progressive des ratés , de la nécessité de changer des pierres, de déboucher des lumières, de décharger des armes par la bouche du canon , et par suite d'accidens dont il sera parlé tout-à-riieure , qui mettent hors de combat quelques soldats.

Plusieurs accidens peuvent arriver pendant que Ton exécute le feu.

Le soldat , après avoir tiré, relève quelquefois le chien par inadvertance au cran de Tarmé, et le fusil peut partir pendant qu'il le charge; le moindre choc le fait partir , même au repos , si les crans ou le bec de gâchette sont usés ou cassés, ce qui peut occasioner des accidens et des alertes.

Quelquefois aussi, quoique le chien soit au repos , le soldat , croyant que son fusil est armé , veut le faire partir , et il peut casser le bec de gâchette ou le cran de la noix.

Des fusils dans lesquels ont été accumulées plusieurs charges peuvent enfin partir après

avoir été épin[;lés, et éclater; ils peuvent éclater

également si la balle, par suite de Tencrasse-

ment du canon, nu pas été enfoncée jusqu'à la

poudre.

Le soldat peut laisser la bag^uette dans le canon par inadvertance, après avoir charijé; le coup parti , il n'a plus de baguette, et se trouve désarmé.

La baïonnette peut blesser la main droite du soldat pendant qu'il bourre ; il peut quelquefois aussi se blesser à la même main avec la pierre , lorsqu'il n'a pas eu l'attention d'en abattre l'anîjle extérieur.

Enfin , en désarmant le fusil , le chien peut échapper , surtout quand il fait froid, et l'arme part.

Presque tous les chasseurs se servent de fusils à deux coups, emploient pour charger une poire à poudre, et ne chargent ordinairement qu'à plomb. On appréciera facilement ce qui, dans les observations qui viennent d'être faites , est applicable au fusil de chasse ; mais il faut y ajouter les observations suivantes.

Le fusil de chasse pourrait tirer un plus grand nombre de coups que le fusil de guerre sans qu'on fût obligé de laver le canon , parce que , (juelque sale (pi'ii soit , le plomb y entre toujours

facilement. Les chasseurs, dans les momens d'émotion et dans la précipitation qu''occasione la présence du gibier, mettent souvent une charge ou trop forte ou trop faible, et quelquefois aussi ils mettent le plomb avant la poudre. Dans les fusils à deux coups , ils peuvent mettre tout le plomb d^an côté et toute la poudre de Fautre ; ou, s'ils n'ont déchargé qu'un seul coup, mettre une seconde charge sur celui qui n'a pas été tiré , ce qui peut faire éclater le canon ; ils peuvent enfin recharger ce coup sans avoir pris la précaution de désarmer l'autre , d'où il peut résulter des accidens, ainsi que l'on en a tant d'exemples.

Les chasseurs tirent souvent plusieurs fois le même coup , particulièrement le coup droit , avant de tirer l'autre ; il arrive quelquefois alors que l'ébranlement successif causé par les explosions déplace les bourres du coup qui n'a pas été tiré , surtout celle qui est placée sur le plomb , et cette circonstance peut faire éclater le canon.

Les chasseurs laissent ordinairement la baguette dans l'un des canons pendant qu'ils chargent l'autre , et il y tombe quelquefois des grains de plomb ; ils ne peuvent pUis alors retirer cette baguetle qu'ils n'aient auparavant fait sortir ces

grains , d^où il résulte des retards plus ou moins

longs.

Lorsqu^on désarme le fusil à deux coups , indépendamment de ce que le chien peut échapper, on se trompe quelquefois de gâchette, et on fait partir Taulre coup.

Dans les fusils de guerre, la distance du chien à la batterie est toujours la même quand ils sont neufs ; dans les fusils de chasse, elle dilïere : aussi ne distingue-t-on pas toujours bien si le fusil est ou n^est pas armé , ce qui peut occasioner des accidens.

Enfin , les fusils des chasseurs étant très-souvent armés , le moindre choc contre la gâchette peut alors les faire partir. Cet accident arrive plus particulièrement en traversant les bois tailHs et les haies , parce qu'une branche peut tirer la gâchette. Il peut arriver aussi que le chien soit soulevé par une branche ou de tout autre manière , et , s'il est abandonné avant que d'avoir atteint le cran de l'armé , le coup part.

On commença, en 1810, à remplacer l'amorce de poudre ordinaire par une amorce de poudre fulminante ; et , après avoir employé différens moyens pour transmettre le feu à la charge avec de la poudre fulminante, on s'arrêta à celui que je vais décrire :

On fixe cette poudre au fond d^une petite capsule en cuivre, qui s^adapte exactement à une cheminée au sommet de laquelle vient aboutir la lumière ; la poudre fixée au fond de cette capsule s^enflamme par le choc d'un chienmarteau ^ et communique le feu à la charge. Par cette nouvelle manière d'amorcer les armes à feu portatives , non-seulement les inconvéniens qui existaient en les amorçant avec la poudre ordinaire disparurent presque tous , mais il en résulta de grands avantages.

Le feu fut transmis à la charge beaucoup plus rapidement.

Il n'y eut plus perte de gaz par la lumière ; au contraire , une partie du gaz produit par l'inflammation de la poudre fulminante pénétra dans le canon, et il fallut diminuer la charge.

Le vent et la pluie n'exercèrent, pour ainsi dire, plus d'influence nuisible sur ce nouveau genre d'amorce.

La lumière se boucha plus rarement et se dégrada beaucoup plus lentement.

Les ratés furent beaucoup plus rares.

La platine fut simplifiée.

Les fusils à percussion sont actuellement les seuls, en quelque sorte, dont se servent les chasseurs ; et si ces armes , qui présentent tant d'à-

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vanta{jes, n'ont point encore été adoptées pour la guerre , c'est qu'on ne peut se décider légèrement à opérer un tel changement; aucune puissance n'y a d'ailleurs un intérêt pressant , tant qu'il ne l'a pas encore été par les autres puissances. Mais elles s'observent réciproquement , et si l'une d'elles commençait à armer son infanterie avec des fusils à percussion , elle serait aussitôt imitée par toutes les autres : il en fut ainsi lorsque la platine à silex fut inventée.

Une partie des inconvéniens du fusil à silex disparaîtraient évidemment si l'on pouvait charger les armes à feu par la culasse : aussi , un grand nombre d'essais ont-ils été tentés pour atteindre ce but. Les premiers sont antérieurs à l'emploi des platines à silex; mais, jusqu'à ces derniers tems , aucune des inventions de ce genre n'avait été adoptée pour les armes de guerre ni même pour celles de chasse ; les plus ingénieuses de ces inventions n'avaient eu définitivement d'autre résultat que de satisfaire le luxe ou la curiosité. Ainsi , par exemple, l'autorité du maréchal de Saxe avait déterminé le gouvernement à établir en France une fabrication d'armes se chargeant par la culasse, d'après un modèle qu'il avait donné ; son régiment de dragons en fut armé ; la marine en reçut une

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grande quantité dans ses arsenaux. L'épreuve ne fut point favorable à ces armes ; elles furent bientôt abandonnées.

On parut dès lors convaincu qu'ion ne pourrait parvenir à substituer , avec avantage , aux armes à feu se chargeant par la bouche du canon, les armes à feu se chargeant par la culasse, jusqu'en 1810, époque où Ton commença, ainsi que je viens de le dire, à remplacer Famorce de poudre ordinaire par une amorce de poudre fulminante qui s'enflammait par la percussion. L'emploi de cette poudre ayant conduit à un procédé plus simple , plus prompt et plus sûr , pour communiquer le feu à la charge , permit d'employer de nouvelles combinaisons pour charger les armes par la culasse , et ranima le zèle des inventeurs.

Le fusil à la Pauli est le premier fusil se chargeant par la culasse qui ait été adopté par un assez grand nombre de chasseurs ; mais ils l'abandonnèrent bientôt, et jusqu'à ce jour, quoique plusieurs fusils de ce genre aient été mis dans le commerce , les chasseurs n'ont point encore fait un choix.

Si les fusils qui se chargent par la culasse présentent de grands avantages , ils sont aussi sujets à de graves inconvéniens qu'il ne semble

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pas possible de faire disparaître entièrement.

Les cwajitages sont :

Un tir plus juste , surtout si le canon est carabiné, parce que les balles sortent forcées et animées d'un mouvement de rotation;

Remploi d'une moindre quantité de poudre , pour une même portée , et par conséquent un recul moins fort qu avec les fusils qui se chargent par la bouche du canon ;

Un encrassement plus lent du canon , ce qui permet de tirer un plus grand nombre de coups sans le nettoyer ;

Plus de promptitude dans le chargement de Tarme, promptitude qui varie d'ailleurs selon que les combinaisons du mécanisme sont plus ou moins heureuses ;

L'emploi de la cartouche sans la déchirer, d'où il résulte que l'arme reçoit toujours la même charge, qu'elle est toujours bien chargée, et que l'on pourrait prendre pour fantassins des hommes qui manquent de dents ;

La suppression de la baguette et la disparition des inconvéniens et des dangers qui résultent de l'exécution de la charge par la bouche du canon ;

L'avantage pour la cavalerie d'avoir des armes qui ne se déchai'geraient jamais, quelque secousse que leur fit éprouver le mouvement du cheval j

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Enfin, on peut ajouter, pour la plupart de ces armes, la possibilité de les charger étant assis ou couché, aussi bien que debout, et surtout de les charger à cheval plus facilement que celles qui se chargent par la bouche du canon.

Les inconvéniens sont :

Un mécanisme plus compliqué, du moins à en juger par les essais qui ont été tentés jusqu^à ce jour , et par conséquent une fabrication plus longue et plus difficile ;

Un canon moins solide et moins durable, surtout comme arme de guerre , parce qu^il faut pouvoir l'ouvrir au tonnerre , c'est-à-dire dans Tendroit où il serait à désirer qu'il fiit le plus solide ;

Un encrassement des pièces mobiles plus ou moins prompt , qui en gêne d'abord le jeu , et qui peut finir par l'interrompre ;

Un crachement par les joints qui se trouvent nécessairement au tonnerre , lequel crachement augmente à mesure que le feu se prolonge , et peut , dans certaines armes , devenir gênant et même dangereux pour les voisins du tireur.

L'invention d'un fiisil propre à la guerre et se chargeant par la culasse présente beaucoup plus de difficultés que l'invention d'un fusil pour la chasse, parce qu'il faut obtenir tout à la fois plus

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de solidité , plus de durée et plus d^économie dans la fabrication ; que Tarme doit pouvoir résister mieux aux intempéries des saisons; qu^on doit pouvoir en exécuter la manœuvre , nonseulement de nuit , mais même sans inconvéniens (^raves pendant le trouble et la précipitalion où tant de circonstances de la guerre jettent les soldats, et parce quVn (in on doit pouvoir sVn servir dans le rang aussi bien qu'isolément.

Il résulte , en effet , de ce que le fusil est en même tems arme de jet et arme de main , que le fantassin doit pouvoir combattre avec cette arme en ligne aussi bien qu'en tirailleur; et que, si l'on organise quelques bataillons destinés uniquement à ne faire d'autre service que celui de tirailleurs , le nombre doit en être très-petit.

« Les puissances lèvent souvent , en tems de » guerre, dit Napoléon (<2) , des corps irrégu- » liers sous le titre de bataillons francs ou de » légion , recrutés de déserteurs étrangers , ou )) formés d'individus d'un esprit ou d'une opi- » nion particulière ; mais cela ne constitue pas » deux espèces d'infanterie. Il n'y en a et ne » peut y en avoir qu'une. Si les singes de l'anti- » quité veulent imiter les Romains, ce n'est pas

(a) Mémoires de Napoléon, tome I , p. 241.

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» des armés à la légère qu'ils doivent créer, » mais des pesamment armés ou des bataillons » armés d'épées ; car toute Tinfanterie de TEu- » rope fait le service de troupes légères.

» S'il était possible que Finfanterie n'envoyât )) en tirailleurs que ses voltigeurs , elle perdrait » l'usage du feu ; il se passerait des campagnes )> entières sans qu'elle tirât un coup de fusil; » mais cela n'est pas possible...

» Une ligne , dans une journée importante , » passe tout entière aux tirailleurs , quelquefois » même deux fois. Il faut relever les tirailleurs » toutes les deux heures , parce qu'ils sont fati- » gués, parce que leurs fusils se dérangent et » s'encrassent. »

' Il faut remarquer aussi que, si la promptitude avec laquelle un fusil pourrait se charger , et par conséquent avec laquelle il permettrait d'exécuter le feu , ne peut être trop grande dans une arme de chasse , il n'en est pas ainsi , dans tous les cas , pour le fusil de guerre.

Cette promptitude , quelque grande qu'elle fût, serait utile pour les armes à feu dont se servent les cavaliers , parce qu'ils éprouvent nécessairement du retard s'ils chargent l'arme étant à cheval, qu'ils combattent habituellement avec l'arme blanche, et qu'ils n'emploient le feu

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que comme avertissement ou que par exception («). Elle pourrait être utile aussi pour la défense des retranchemens, parce que les soldats, étant séparés de leurs adversaires par un obstacle très-dilHcile à surmonter, conservent la présence d^esprit nécessaire pour n^employer leur feu qu^avec discernement ; elle pourrait Têtre surtout pour la défense des brèches , car quelquefois il est possible d'abriter quelques tireurs ajant vue sur la brèche, et toujours impossible d^en abriter un grand nombre; enfin, cette promptitude dans le tir serait évidemment utile sur mer, dans le cas d'un abordag^e.

Mais si Finfanterie , qui combat en rase campa{jne , était armée de fusils avec lesquels la promptitude du tir pût dépasser une certaine limite, la consommation des munitions deviendrait trop forte pour qu'il fût possible d'en approvisionner l'armée ; car le soldat tire souvent, quoi que l'on puisse faire pour l'en empêcher,

(a) Peut-êlre serait- il avantageux de fixer le long de la lame des sabres de grosse cavalerie, destinés uniquement à pointer, cl près de la poignée, un petit pistolet se chargeant par la culasse; la détente de ce pistolet devrait être très-dure. Le premier rang seulement serait armé de sabrcs-pistolcts; on conçoit quel effet terrible produirait le feu de ce premier rang, qui ne s'exécuterait qu'au moment où l'on joindrait l'ennemi : une telle arme, qui offrirait sans doute de grands avantages , serait pourtant sujette aussi à des inconvéniens.

beaucoup trop tôt et beaucoup plus qu'il ne faudrait. Aussi, Tapprovisionnement enmunitions, dans les armées de nos jours, présente-t-il souvent de grandes difficultés , et le manque de munitions peut faire échouer les entreprises les mieux concertées. Cependant, en ce qui concerne l'infanterie , on n'a pas d'exemple que chaque fantassin ait tiré , l'un portant l'autre , soixante coups dans une grande bataille.

Qu'arriverait-il donc s'il pouvait , par exemple , tirer douze coups par minute ? qu'il consommerait ses munitions en quelques instans; car on ne peut changer le cœur humain comme les machines de guerre. L'on manquerait donc souvent de cartouches d'infanterie , quelquefois même dans les débuts d'une bataille , et l'armée se trouverait alors exposée à éprouver les plus grands désastres.

Ainsi , cette possibilité de tirer avec une grande promptitude, qui offrirait d'immenses avantages si l'on pouvait régler le feu selon la nécessité et les circonstances , pourrait au contraire avoir les conséquences les plus funestes , parce que cela est impossible.

On ne devrait donc point donner de telles armes à toute l'infanterie ; mais peut-être seraitil avantageux d'en donner à quelques bataillons

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de tirailleurs cVélite , aux caporaux , et à quelques soldats d^élite que Ton répartirait dans le deuxième ranjj , Tinfantcrie n^étant formée que sur deux rangs, ainsi que, selon moi, on devrait la former habituellement. L^expérience seule pourrait servir de guide pour déterminer le degré de promptitude dans le tir que le fantassin destiné à combattre en rase campagne ne doit pas pouvoir dépasser.

Il me semblerait que le fusil de guerre français actuel , si Ton y adaptait une platine à percussion , et que Ton parvînt à le tirer à balle forcée, donnerait un feu suffisamment vif. Par suite de ces améliorations, son feu serait plus nourri , parce qu^l raterait plus rarement; et il deviendrait beaucoup plus meurtrier, parce que le tir en serait plus juste , et que , Tarme ne repoussant plus , le soldat pourrait ajuster.

Les grandes puissances européennes ont les yeux ouverts sur les inventions ou les perfectionnemens relatifs aux armes à feu. Elles s'observent réciproquement , prêtes à adopter les armes nouvelles qui offriraient des avantages incontestables pour la guerre, et qui auraient été adoptées par Tune d'elles.

La question sur laquelle je viens de me hasarder à émettre mon opinion est d'une haute ira-

portance ; car , si la guerre éclatait entre les grandes puissances de FEurope , celle qui serait parvenue à se procurer un feu de mousqueterie décidément supérieur à celui de ses adversaires^ et à en régler Temploi , se serait donné de grandes chances de succès.

La supériorité incontestable quVvait le feu de mousqueterie des Anglais est la principale cause de leurs succès dans les batailles quMls ont livrées pendant la guerre de la Péninsule.

Si Ton parvient à perfectionner d'une manière notable le feu de Tinfanterie, ce qui arrivera enfin , et que ce perfectionnement porte principalement sur la justesse du tir , il en résultera des changemens qui feront prendre à la guerre un caractère nouveau. LMnfanterie se joindra encore plus rarement à Farme blanche ; elle aura encore plus de chances qu'elle n'en avait pour repousser les charges de cavalerie ; le feu des tirailleurs prendra une nouvelle importance; Fattaque des positions , des retranchemens , des villages, des bois, etc., deviendra plus difficile ; on trouvera des avantages nouveaux à se tenir sur la défensive quand on en viendra aux mains.

Mais, si ce perfectionnement porte principalement sur une plus grande promptitude dans Fexécution du tir , Finfanterie se trouvera sou-

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vent sans munitions ; les combats à Farme blanche deviendront plus fréquens ; la cavalerie acquerra une nouvelle importance , parce que Tinfanterie n^osera lui résister quand elle n'aura pas de munitions; il faudra quitter la formation sur deux rangs pour reprendre la formation sur trois rangs et donner des piques au troisième rang.

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