Epilogue
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PREMIÈRE OBSERVATION (a).
Sur les litres de l'ouvrage, et des trois chapitres qui le composent.
L'ouvrage auquel le tableau de M. le général Jomini doit servir d'introduction a deux titres :
(a) Ces observations sur quelques parties de l'ouvrage du général Jomini , ne sont pas moins une critique des opinions qui m'ont paru erronées, qu'une occasion d'émettre les miennes sur les mêmes matières. Elles avaient été insérées en partie , pendant le cours de l'année 1832 , dans le Spectateur militaire ; depuis , en 1838 , le général Jomini a publié une nouvelle édition en deux volumes de son Tableau analytique ; celle nouvelle édition a pour titre : Précis de l'art de la guerre ou Nouveau tableau analytique des principales combinaisons de la Stratégie , de la Grande tactique et de la Politique militaire. Paris, 1838. Deux vol. in-8°.
Le changement dans le titre, la suppression du passage où l'on disait que ce tableau était destiné à servir d'introduction au Traité (ïeigfrandeso;jeraf('onsm(7iïaires, l'augmentation considérable que cet ouvrage a éprouvée, puisqu'il n'avait que 299 pages, et qu'il en a actuellement 757; toutes ces circonstances réunies , me faisaient craindre que mes observations ne fussent devenues surannées ; mais je me suis assuré que l'auteur n'avait apporté, pour ainsi dire, aucun changement aux opinions que j'avais combattues. Je me contenterai donc d'indiquer, dans des notes , les passages de l'édition de 1838 qui correspondent à ceux de l'édition de 1830, sur lesquels portent mes observations.
L'augmentation considérable que l'auteur a faite à son Tableau analytique , résulte de ce qu'il donne de nouveaux développemens , de ce qu'il y a intercalé des réfutations , de ce qu'il a fait des additions relatives à des opérations de guerre secondaires , et de ce qu'il donne de nouveaux exemples à l'appui de ses opinions.
44o MÉLANGES,
le premier, Traité des grandes opérations militaires, est inscrit sur le dos de chaque volume et au faux titre ; le second , inscrit au titre de Pouvrage , est : Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II , comparées au système moderne , (ik'CC un recueil des principes les plus importans de V art de la guerre. Le premier titre ne convient pas à cet ouvrage; le secondes! plus exact ; néanmoins Tauteur n'emploie dans les trois volumes que quatre ou cinq pages à comparer sommairement quelques-unes des opérations de Frédéric avec quelques-unes de celles de Napoléon, et il en conclut que le second est fort supérieur au premier («). Ces courtes réflexions ne me paraissent pas du tout justifier la partie du titre où il est dit que les guerres de Frédéric II seront comparées au système de guerre moderne; une telle comparaison aurait exigé bien d'autres développemens.
L'ouvrage du général Jomini est une histoire
(o) Le jugement que le général Jomini porte de ces deux grands capitaines, repose sur la comparaison qu'il fait de quelques-unes de leurs o|)éralions, envisagées dans leurs résultats. Cette comparaison manque de justesse, parce que l'auteur n'a pas eu égard à la diirérenrc de la situation respective dans laquelle ils se trouvaient, tant sous le rapport politique que sous celui des forces dont ils pouvaient disposer; ù la différence des ressources qu'ils pouvaient tirer des pays qui étaient soumis à leur domination; enfin, à la dilTérencc entre les systèmes de guerre suivis aux deux époques.
militaire et critique des guerres de Frédéric II, entremêlée de maximes déduites de celles des opérations qui lui ont semblé avoir été conduites d'après les vrais principes. L'introduction que cet auteur vient de publier me paraîtrait mériter beaucoup mieux le titre de Traité des grandes opérations militaires, que le corps même de Touvrage.
Quoi qu'il en soit, cette introduction forme un volume de 29g pages , et elle est divisée en deux chapitres et un supplément. Dans le premier chapitre. Fauteur traite de la politique de la guerre et de la politique militaire, ou de la philosophie de la guerre. Dans le second, de la stratégie et de la grande tactique, de la formation et de l'emploi des troupes pour le combat. Dans le supplément, il fait des observations sur les lignes d'opérations , et il donne un aperçu des principales expéditions d'outre-mer.
L'auteur appelle politique de la guerre les combinaisons par lesquelles un homme d'état doit juger si une guerre est convenable , opportune ou même indispensable. 11 appelle politique militaire les combinaisons morales qui se rattachent aux conûtinai sons des armées. Telles sont les définitions qu'il donne au commencement des chapitres dans lesquels il traite ces sujets ;
mais on trouve les définitions ou les développe-
mens suivans dans le courant de ces chapitres.
(Page 6.) (a) <• On donne le nom de politique militaire ou philosophie de la guerre aux combinaisons qui n'ont de rapport qu'aux opérations des armées lorsque la lutte est une fois engagée. »
(Page 39.) (ù) « La politique de la guerre s'entend de tous les rapports de la diplomatie avec la guerre, tandis que la politique militaire ne désigne que les combinaisons militaires d'un état ou d'un général.
» La politique militaire peut embrasser toutes les combinaisons d'un projet de guerre autre que celle de la politique diplomatique et de la stratégie. »
Je ferai d^ibord observer que le mot militaire étant , sous plusieurs rapports , synonyme de l'expression de la guerre, Fauteur ne devait pas donner aux deux expressions politique de la guerre G\. politique militaire une signification entièrement différente. Ses définitions ne me paraissent , d'ailleurs , ni claires , ni entièrement d'accord entre elles ; néanmoins , on voit qu'il nomme politique de la guerre les diverses circonstances qui peuvent donner naissance aux guerres; cette matière avait été classée jusqu'alors dans la politique proprement dite. Il ne me paraissait pas qu'il fût nécessaire d'en parler dans
(a) Tome i , page 41 de l'édition de 1838. (6) Tome u , page 92 de l'édition de 1838,
Tintroduction d^un traité des grandes opérations militaires,
Ce que M. le général Jomini dit de ce qu^il appelle la politique militaire ou la philosophie de la guerre, m^ semble au contraire convenablement placé ; mais le titre ne me parait pas convenir au sujet.
Vauteur ne me parait pas avoir défini d'une manière satisfaisante ce qu'ail entend par la stratégie y science dont il traite dans son second chapitre; il dit au commencement de ce chapitre :
(Page 58.) {a) « La stratégie comprend toutes les opérations qui embrassent le théâtre de la guerre en général. » Mais précédemment (page 3) (p) , il avait défini la stratégie : « l'art de mouvoir les masses sur ie théâtre de la guerre. » Plus loin (page 60) (c) , « on lit que la stratégie est l'art de faire la guerre sur la earte , l'art d'embrasser tout le théâtre de la guerre , tandis que la tactique est l'art de commander sur le terrain , d'y placer ses forces selon les localités , et de les mettre en action sur divers points des champs de bataille , c'est-à-dire dans un espace de trois ou quatre lieues, de manière que tous les corps agissans puissent recevoir des ordres et les exécuter dans le courant même de l'action. » Plus loin encore (page 181) (d), on
(a) Tome i , page 153 de l'édition de 1838. (6) Tome I , page 36 de l'édition de 1838.
(c) Tome i , page 155 de l'édition de 1838.
(d) tome I , page 1^ de l'édition de 1838.
trouve les dévcloppcmcns suivans : <- La stratégie se compose de lignes géographiques invariables, dont riniportance relative se calcule d'après la situation des forces ennemies , situation qui ne peut jamais amener qu'un peiil nombre de variations, puisque les forces ennemies se trouveront divisées ou rassemblées , soit sur le centre, soit sur une des deux extrémités. Rien n'est si facile que de soumettre des élémens si simples à des règles dérivant du principe fondamental de la guerre; aussi, jamais science militaire ne fut mieux fixée que la stratégie ne l'a été de nos jours. »
Enfin , M. Je général Jomini , dans le Traité des grandes opérations militaires , au commencement du chapitre xxvi, intitulé Observations sur la campagne de 1760 , définit aussi la stratégie.
« La guerre se composant , dit-il , de trois combinaisons, la théorie peut être divisée en trois branches qui ont chacune leurs principes, d'où il suit que l'heureuse application des maximes de ces trois combinaisons réunies constitue une bonne opération. La première de ces combinaisons est Xart d'embrasser les lignes d'opérations de la manière laplus avantageuse qu'on nomme improprement plan de campagne. Je ne vois pas, en effet, ce ([uc l'un entend j)ar celte dernière dénuilion : car Il est impossible, dans un plan général d'opération, de pn'voir au delà du second mouvenu'iit.
» La deuxième est Varl de porter ses masses le plus rapidement possible au point décisif de la ligne d'opération primitii'c on accidentelle. C'est ce (ju'ou entend ordinaire-
ment sous la dénomination de stratégie , qui n'est que le moyen d'exécution.
» La troisième est Y art de combiner l'emploi simultané de SCS masses sur le point important d'un champ de bataille. C'est celui du combat, que plusieurs auteurs ont appelé ordre de bataille, et que d'autres ont présenté sous le nom de tactique. »
Bulow, Jomini et plusieurs autres auteurs ont employé le mot statégie , mais ils ne sont pas encore tombés d^accord sur ce qu^ils appellent la stratégie. On voit par ce qui précède que le généralJomini n'est pas entièrement d'accord avec lui-même à cet égard. Je ne blâme d'ailleurs point ces auteurs d'avoir désigné par un mot technique la science du général, ou une partie de cette science. La première des notes de ma Philosophie de la Guerre étant consacrée à Fexamen du moi s tratégie^^eiàel^ signification qu'on devrait lui donner selon moi , je me contenterai d'y renvoyer mes lecteurs.
L'aperçu des principales expéditions d'outre-mer qui termine le volume, est une compilation intéressante, mais incomplète, qui n'a aucun rapport avec le sujet indiqué par le titre de l'ouvrage.
44lB MELANGES.