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QUATRIEME OBSERVATION

Sur l'emploi de quelques mois el de quelques expressions nouvelles, cl sur une fausse acceplion donnée à des mots anciens.

Pour qu\in auteur se fasse bien comprendre , il faut qu'il définisse clairement les mots techniques qu'il emploie, et qu'il ne donne jamais aux mots et aux expressions une autre signifi-

(a) Mémoires de !fapoleoii , tome V, page 76.

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cation que celle que leur accorde la langue. Examinons donc et ces mots techniques , inconnus à nos pères , et ces expressions prises dans une nouvelle acception , qui ont été introduits dans la langue militaire , et que le général Jomini a adoptés ou créés. Auparavant, je ferai observer que cette néologie, qui est bien rarement justifiée par le besoin d^exprimer des idées nouvelles , ne sert quelquefois , par Fabus qu'on en fait , qu'à embrouiller les idées les plus simples, ou qu'à mettre des mots à la place des choses , si bien qu'on serait quelquefois tenté de s'écrier : sunt verha et voces , prœtereaque nihil! Les mots et les expressions nouvelles, lors même qu'elles seraient bien définies, n'enrichissent point une langue si elles n'ont point un but d'utilité incontestable ; elles l'appauvrissent. Mais , il arrive ordinairement que le public refuse alors de les adopter.

Voici la nomenclature de ces mots et de ces expressions : la politique de la guerre , la politique militaire, la stratégie , V échiquier, V échiquier stratégique , V échiquier général, la hase d! opérations , le but objectif, le point objectif, le front d'opérations ^ les lignes d'opérations ^ les lignes de communications , les lignes d'appromsionnemens , le point décisif, la clef topo-

5o4 M KL ANGES.

U^rapliiqac , la clef tactique , la logistique , &{c.

Je ne parlerai plus des expressions et des mots sur Teuiploi desquels j'ai précédemment émis mon opinion.

U Echiquier : rauteur ne délinit point ce mot, mais on voit à la manière dont il l'emploie qu'ail le considère comme synonyme de théâtre de la guerre, car il dit, page &'j (a) : « Chaque théàn Ire ou écliiquier, sur lequel on doit opérer n avec une ou plusieurs armées, se compose :

» i" D'une base d'opérations;

» 2" D'un but objectif, etc. , etc. »

Que Napoléon , dans le cours d'une cam|)agne, et se comparant à un joueur d'échecs, ait dit : Mon échiquier n'est pas clair; cela se conçoit ; mais je ne saurais approuver qu'on veuille, dans la lanjjue militaire, substituer le mot échiquier à rex[)ression théâtre de In guerre.

Ces deux mots, théâtre et échiquier, sont employés dans le sens figuré. Le premier, avec l'addition de ces mots , de la guerre , rend parlaitemont la pensée; il n'en est pas ainsi du second. En effet , un échiquier est une petite surface plane, divisée en petits carrés égaux et sur laquelle on fait mouvoir des pièces qui ont cha-

{a) Xçme I , page 171 de l'édiliOn de 1^39.

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cune une marche régulière et uniforme ; il n^offre pour ainsi dire aucune similitude avec les surfaces vastes , irrégulière.i , recouvertes d'une grande variété d'objets , sur lesquelles les armées se meuvent avec tant d'irrégularité. Je pense donc qu'il faut s'en tenir à l'ancienne expression. L'auteur n'emploie qu'une seule fois Ve\^Yess\on échiquier stratégique (page 85) (a). Il ne la définit pas; mais il ne semble pas qu'il veuille, par l'addition de l'épithète stratégique, changer la signification qu'il a précédenmient donnée au mot échiquier. Je ferai la même observation sur l'expression échiquier général.

La Base d'opérations : » Lc premier point d'un plan d'opérations est, dit l'auteur (page 69) (i), de s'assurer d'une bonne base : on nomme ainsi l'étendue des fronlièrcs d'un état d'où une armée tirera ses ressources, ses renforts; celle d'où elle devra partir pour une expcdiiion offensive, ou sur laquelle elle devra s'appuyer si elle couvre son pays défensivemeut.

» Quoique la base des opérations soit aussi ordinairement celle des ressources, cependant toute ligne par laquelle viendrait une partie de ces ressources, ne serait pas pour cela une ligne d'opérations , mais une ligne d'approvisionnemens.

» Chaque armée peut avoir plusieurs bases succes-

(a) Tome I , pages 179 el 254 de l'cdilion de 1838. (6) Tome i , page 176 de l'édition de 1838.

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sives ; une armée française opérant sur le Rhin a pour première base le Rhin ; mais si elle est ramenée derrière le fleuve, elle a une nouvelle base sur la Moselle ; elle peut en avoir une troisième sur la Seine , une quatrième sur la Loire. »

Je ne saurais adopter ni la définition de l'auteur, ni la distinction quMl semble établir entre la base des opérations et celle des ressources. Le mot base, employé dans le sens figuré, signifie appui , soutien : ainsi l'expression base d^ opérations ne peut indiquer que ce qui sert d'appui , de soutien aux opérations. En quoi une frontière ou un fleuve peuvent-ils servir d'appui ou de soutien aux opérations dont le théâtre est situé en avant de cette frontière ou de ce fleuve ? Je citerai à ce sujet deux auteurs de nos jours , dont les écrits didactiques sur les grandes opérations militaires ont acquis de la célébrité , Bulovv et le prince Charles.

BuloAv est le premier qui ait employé l'expression base (V opérations , dans son ouvrage intitulé : Esprit du système de guerre moderne. Il ne définit pas cette expression d'une manière précise , mais ce qu'il en dit fait bien comprendre dans quelle acception il Femploie. Il s'exprime ainsi qu'il suit à ce sujet {a) :

(a) Je dois d'ailleurs déclarer que , n'ayant pu lire l'ouvrage de

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« On a donc formé des plans de campagne ; on a désigné des places fortes comme points fondamentaux ; en un mot, on a fixé une hase où les magasins ont été établis , de laquelle on a fait partir les lignes d'opérations , et dont la destination a été de servir à protéger les retraites aussi bien qu'elle favorisait les attaques.... Comme on n'établit une base que pour avoir des magasins fixes, et que ce sont les places où les magasins sont renfermés qui constituent la base militaire de la-^ quelle doit partir nécessairement toute opération pour produire de l'effet, etc. , etc. »

Le prince Charles , dans Touvrage intitulé : Principes de la Stratégie ^ ne définit pas non plus cette expression , mais on voit qu^il remploie dans le même sens que Bulow (a).

Bulow dans l'original, mes citations seront puisées dans la traduction de Tranchant- Laverne; j'exprime aussi mes regrets de n'avoir pu lire d'autres ouvrages allemands , sur les mêmes matières, parce qu'ils n'ont pas été traduits.

(o) J'avais d'abord pris les passages de l'ouvrage du prince Charles que je citerai , dans la traduction que le général Jomini a donnée de cet ouvrage ; mais, soupçonnant que le mot objectif, que ce traducteur employait dans deux de ces passages, ne rendait pas la pensée de l'auteur, je consultai une personne qui avait l'ouvrage allemand et qui possède bien la langue allemande. Elle me fit voir que M. le général Jomini avait traduit l'expression opérations object, dérivée de deux mots français , par le mot objectif, tandis qu'elle doit être traduite par l'expression objet d'opération. J'ai donc adopté, pour la traduction des passages que je cite, celle qui m'a été donnée par la personne que j'ai consultée. N'ayant pu me procurer l'ouvrage de Bulow en allemand, j'ignore quelle est l'expression que son traducteur a rendue par le mot o6/«ef , mais je • présume que c'est aussi opérations object.

5o8 MELANGES.

• La base d'opérations, dil-il, consiste en plusieurs points situés près les uns des autres et liés entre eux , dans lesquels sont réunis Ions les approvisionnemens et d'où ces approvisionnemens sont dirigés sur l'armée agissante Les points qui constituent une base doivent être liés entre eux par des communications praticables. Il est bon qu'ils se trouvent derrière ou sur une ligne de défense avantageuse dont une armée puisse se couvrir au besoin ; dans ce dernier cas , la ligne de défense elle-même deviendra base. Il serait à désirer que ces points fussent fortifiés, et pussent ainsi, dans certains cas, être momentanément abandonnés à eux-mêmes , sans que l'on fût exposé au danger de perdre les magasins qui y sont placés. »

Je partage ropinion de ces auteurs ; je pense qu^on peut donner le nom de base coopérations à l'ensemble des places où Ton a réuni les approvisionnemens de vivres et de matériel de guerre nécessaires à rarmée. Ces places sont ordinairement situées dans le voisinage de la frontière où doivent se porter les premiers coups, et Ton a alors sa base sur cette frontière ; si elles sont situées sur un fleuve, on peut dire aussi que \oxi a sa base sur ce fleuve ; mais ni la frontière ni le fleuve ne me paraissent pouvoir recevoir le nom de hase d'opérations.

Lorsque toutes les ressources sont réunies dans un setd dépôt, la base se réduit à un point. Si Tarmée a pénétré assez, avant sur le territoire

ennemi, pour que ses communications soient exj)osées, ou pour quV^lIe ne puisse que difficilement tirer de sa base ce qui lui est nécessaire, on en établit une nouvelle plus à proximité ; si au contraire Tennemi , ayant pris TofFensive, occupe ou cerne les dépôts qui constituaient la première base, on crée en arrière de l'armée de nouveaux dépôts qui forment une nouvelle base. Le But objectif, le Point objectif: L'auteur qui a employé ces deux expressions paraît s'être fixé à la seconde ; il dit combien il y a d'espèces de points objectifs, et ce qu'il entend par l'expression point objectif âans des circonstances déterminées; citons pour lâcher de saisir sa pensée;

« En slialégie, dil-ii (page 72) (a), le but d'une campagne détermine le point objectif. Si ce but est offensif, le point sera l'occupation de la capitale de la puissance ennemie , ou celle d'une province militaire, dont la perte pourrait délermiiier l'ennemi à la paix.... A défaut de celte capitale, le point objectif sera un front quelconque d'opérations, qui servirait de première base à l'ennemi, et où se trouveraient quelques places importantes dont la possession assurerait à l'armée celle du territoire occupé. Par exemple , dans une guerre contre l'Autriche, si la France envahissait l'Italie, son premier objectif serait d'atleindie la ligne du Tessin et du Pô , le second point objectif serait Man-

(a) TpHie I, p8g«i\)84e ré4ilion de 1831. . i^^lj l,hi i,.^éi„^u

5io MÉLANGES.

touc et la ligne de l'Adige , le troisième serait déjà sur les Alpes noriqucs.

» Dans la défensive, le point objectif, au lieu d'être celui que l'on veut conquérir, sera celui que l'on cherche à couvrir. La capitale, étant censée au centre delà puissance , devient le point objectif principal de la défensive ; mais il peut y avoir des points plus rapprochés , comme , par exemple , la défense du premier front et de la première base d'opérations ; ainsi , une armée française , réduite à la défensive derrière le Rhin , aura pour premier point objectif d'empêcher le passage du fleuve ; elle cherchera à secourir les places d'Alsace , si l'ennemi parvenait à effectuer son passage et à les assiéger : le second point objectif sera de couvrir la première base d'opérations qui se trouvera sur la Meuse ou sur la Moselle.

» Il y a deux espèces de points objectifs; les premiers sont des points géographiques , c'est-à-dire, un fleuve , une forteresse , un front d'opérations avantageux à occuper, ou bien , comme nous l'avons dit, une capitale.

» Les seconds sont des points objectifs de manœuvres qui dépendent de la position de l'ennemi : car on doit avoir pour but de lui porter les coups les plus sûrs et les plus sensibles , ce qui dépend de l'emplacement de ses forces. Dans la campagne de 1800 , le premier point objectif de Bonaparte était de fondi'e sur la droite de Mêlas, par le Saint-Bernard , pour s'emparer de ses communications. On juge que le Saint-Bernard et Aoste n'étaient pas des points objectifs géographiques , mais

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bien de manœuvres, attendu que leurs avantages résultaient de la marche de Mêlas sur Nice.

» Ces derniers points sont incontestablement les plus iniporlans , puisqu'ils auraient pour but l'anéantissement total de l'armée ennemie , en tombant avec la rapidité de l'aigle sur ses communications, afin de la couper de sa base , et de la refouler sur un obstacle insurmontable. Ce genre de guerre , auquel il faut avouer que Napoléon excellait plus particulièrement , semble la perfection de l'art , car on avouera que nonseulement les points objectifs géographiques, mais les états tombent dès que l'armée qui devait les couvrir a cessé d'exister.

« Nous renvoyons , d'ailleurs , à ce que nous dirons plus bas des points décisifs, attendu que chacun d'eux sera un point objectif convenable. »

Bulow s'exprime ainsi qu'il suit , dans Touvrage précédemment cité. « Toute opération » guerrière se divise donc aujourd'hui en trois » parties principales : le sujet ou la base de l'o- » pération ; la ligne d'opérations et l'objet. » Cet auteur définit Vobj'el le but vers lequel se dirigent les lignes d'opérations, et c'est une acception dans laquelle on peut prendre ce mot.

« On compte dans l'offensive, dit le prince » Charles , trois sortes de points stratégiques. )) Les premiers forment la base d'opérations, » comme une ligne d'où l'opération doit partir. » Les seconds sont déterminés par le but de l'o-

5ia MI^-LANGES.

w péralion , et pnr celle nuson s^ippellent objet » d'opémlious. Les Iroisièines sont inlermè- » diaires entre les drux premiers. » Ce que cet auteur appelle point stratégique ayant été bien (léBni, lasi[>,nification du mol objet cV opérations se trouve Têtre également.

Le mot objectif uiiVMi connu dans la lanjjne française que comme terme lechnique d^opliqne : c'est le nom de celui des verres d'une lunette qui est tourné du côté de Tobjet. Le {général Jomini, réunissant le mot objectif ï\u moi point, donne à Texpression point objectif des significations dont plusieurs n'ont aucun rapport avec les mots qui composent celte expression. Cest tantôt un point géograpbique comme un'î forteresse, ou une capil;.le, tantôt un fleuve ou une province; quelquefois c'est un but que Ton se propose d'atleindre , et quelquefois entln celte expression s'aj)plique à des manœuvres; c r fondre sur la droite de Mêlas par le Saint-Bernard pour sVnq)arer de ses communications , c'est bien exécuter une manœuvre, et même une manœuvre très-remarquable.

Je n'approuve ni l'emploi de cette expression, ni les déHnitions qu'en donne le général Joinini ; je ne pense pas qu'il soit besoin de dire pourcjuoi; celîi s^mlç «u^ veux, Je pense \mm^

qu^il n'est point nécessaire de créer un mot technique pour exprimer le but qu'un général se propose d'atteindre ; ce but est , avant tout , de battre l'armée de son adversaire, pour tâcher de la détruire; car, ainsi que l'auteur le dit luimême, non-seulement les points objectifs géographiques y mais les états tombent dès que l'armée qui devait les couvrir a cessé d'exister.

Les mouvemens et les manœuvres des armées exercent tant d'influence sur les succès et sur les revers ; il y a tant de nuances entre anéantir l'armée de son adversaire ou perdre la sienne ; les climats et les saisons présentent des circonstances si difFérentes , que le but d'un général, autre que de battre l'armée de son adversaire pour la détruire, peut varier plusieurs fois dans le cours d'une campagne : pourquoi donc désigner, par un mot technique, un but indirect et incertain , soumis ordinairement à de telles variations ?

Le Front d'opérations : « Un front d'opérations, dit l'auteur (page 76), est l'étendue d'une ligne qu'occupe l'armée en avant de sa base , soit en pays ennemi, soit dans son propre pays. En 1813 , le front d'opéralions de l'armée de Napoléon était la ligne de l'Elbe, sa base d'opérations était le Rhui , sa ligne d'opérations était l'espace compris entre le Rhin et l'Elbe. »

L'expression front d'opérations me paraît

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inadmissible, parce que la langue ne permet pas de réunir les deux mots qui la composent. En effet , le mot front exprime , dans le sens propre , une partie du visage de Fhomme et de la tête de quelques animaux; dans le sens figuré, on ne Tapplique qu'à Tétendue de certains objets immobiles ou qui sont dans une position déterminée et vus de face. Ainsi Ton dit front de fortification , front d'un bâtiment, front de handiere , front d'une armée, d'un bataillon f mais le mot opérations , appliqué à une armée , exprimant mouvement , on ne peut dire front d'opérations. La définition de l'auteUr me semble d'ailleurs inintelligible, car on ne sait ce que c'est que cette ligne qu'occupe l'armée en avant de sa base; s'il veut désigner la ligne des avantpostes , elle varie à chaque instant pendant le cours des opérations , excepté quand il y a suspension d'armes par suite de conventions écrites , verbales ou tacites , ou parce qu'un obstacle , tel qu'un fleuve , par exemple , contraint momentanément à suspendre les opérations; mais alors on ne peut donner le nom de front d'opérations à la ligne des avant-postes , puisque les opérations sont suspendues.

Je ne comprends pas ce que dit le général Jomini, qu'en i8i3 le front d'opérations de l'ar-

mée de Napoléon était la li^iie de TEIbe , puisque , pendant cette campagne , Napoléon passa l'Elbe aussitôt après la bataille de Lutzen , et que depuis il n'eut jamais la ligne de ses avantpostes sur ce fleuve ; ils furent toujours au delà ou en deçà. Si l'on pouvait grammaticalement réunir les deux mois front et opérations , il me semble que je désignerais par l'expression front d^ opérations f l'espace embrassé par les têtes de colonnes d'une armée qui a l'offensive, g.,: Dans un supplément destiné par le général Jomini à réfuter les diverses critiques qui ont été faites du chapitre xiv de son Traité des grandes opérations militaires et de la définition qu'il avait donnée des lignes d'opérations , on trouve (page 24B) la définition suivante : « Je w crois devoir nommer/rà/z^ d'opérations, l'esj> pace qu'une armée couvre défensivement ou )) celui qu'elle occupe à la suite d'une opération w offensive. » Cette définition n'est nullement d'accord avec la précédente, et ne me semble pas meilleure, par les mêmes raisons.

Je n'hésite pas à affirmer que si je ne comprenais pas la définition que l'auteur donnait de l'expression front d'opérations, dans l'édition de i83o, je ne comprends pas davantage la définition qu'il en donne dans celle de i838 j je me

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décide donc à rapporter textuellement le passage de cette édition qui est relatif à cette expression , pour que mes lecteurs puissent en juger par eux-mêmes.

Tome I , page 206 de l'édition de 1838 , article xx, inlitulc : « Des fronts d'opérations , des fronts stratégiques , (les lignes de défrnses et des positions stratégiques.

» Il est certains points de la science militaire qui ont tant d'affinité entre eux , que l'on est souvent tenté de les prendre pour une seule et même chose , bien qu'ils diiïèrent au fond.

» De ce nombre sont les fronts d'opérations, les fronts stratégiques , les lignes de défense et les positions stratégiques. On pourra s'assurer, par les observations suivantes, des rapports intimes et des différences qui existent entre eux, et apprécier les motifs qui nous ont décidés à les réunir dans un même article.

» Des fronts d'opérations et fronts stratégiques.

» Dès qu'une armée est disposée sur la zone de l'échiquier qu'elle veut embrasser, soit pour attaquer, soit pour se défendre, elle y occupe ordinairement des positions stratégiques ; nous dirons un peu plus loin ce qu'il faut entendre sous cette dénomination.

" L'étendue du front qu'elles embrassent et qui fait face du côté de l'ennemi se nommera la front stratégique. La portion de l'échiquier d'où l'ennemi pourra présumablement arriver sur ce front en une ou deux marches sera le front d'opérations.

» Il existe entre ces deux sortes de fronts une si

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grande analogie, que bien des militviires les ont confondus tantôt sous l'une de ces dénominations, tantôt sous l'autre. En prenant néanmoins les choses à la rigueur, il est incontestable que le nom de front stratégique convient mieux pour désigner celui des positions réelles occupées par l'armée ; tandis que le nom de front d'opérations désignerait mieux cet espace géographique qui sépare les deux armées , s'étend à une ou plusieurs marches au delà de chaque extrémité de leur front stratégique, et où il est probable, enfin, qu'elles viendront s'entrechoquer.

» Ceci paraît si rationnel, que je n'hésiterais nullement à consacrer désormais celte double définition si je ne craignais d'être encore accusé de m'attachcr à des subtilités de terminologie par trop minutieuses, car, dans l'application pratique que d'autres écrivains voudront faire de ces mots , il est probable que plusieurs d'entre eux continueront à ne pas les distinguer et les emploieront indistinctement pour formuler une même idée. Je me contente donc de signaler la diflérence que l'on pourrait assigner à ces deux expressions , et de m'y conformer, pour ma part , autant que cela peut se faire. »

On remarquera que Ton trouve dans ce passage les expressions //'O/z/6" stratégiques et zones de Véchiquier qui ne se trouvaient point dans Tédition de i83o, qui me paraissent nouvelles, et dont je ne suis pas plus partisan que de Texpression /ro^z^ d'opérations.

La Ligne d'opérations : Le général Jomini

5i8 MÉLANGES.

ne définit pas cette expression, mais il fait con- DJiitre , par des développemens et par des exemples, quelle sijynification il lui donne.

" Los lignes d'opérations , dil-il (page 77) , doivent être considérées sons denx points de vue : 1° cehd des lignes territoriales; 2" celui des lignes manœuvres. Celte dis-

tin(*tion a trouvé des contradicteurs ; je m'efforcerai de la justifier. J'entends par lignes d'opérations lerriloriales celles que la nature ou l'art ont tracées pour jlî| défense ou l'invasion des états. Lps frontières coii-; vertes de forteresses ; celles qui sont défendues par la nature; des chaînes de montagnes ; de grands fleuves; la mer ou d'autres obstacles insurmontables ; en un mot tout ce gui constitue le théâtre des opérations, se l'attache aussi à la première combinaison des lignes d'opi'iations. Les dispositions du général pour les embrasser dans leur développement exigent une seconde combinaison plus inipoitante encore et presque toujours décisive ; elle est sans contredit liée avec la pré- ('(''<lenl(; ; mais , comme elle présente un point de vue loiit différent, j'ai cru pouvoir la désigner exactement par le titre de ligne manœuvre , parce qu'elle est réellenu'ut la base de la stralc'gie. Quelques exemples ne seront pas inutiles pour rendre mon idée pluà intelligible.

» Les trois grandes lignes d'opérations de la France contre l'Autriche sont : l'Italie à droite, le Tyrol au centre , l'Allemagne ù gauche , etc., etc. »

L^iuteur subdivise ensuite les lignes inanœu' vres en lignes cT opérations simples , lignes dou-

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hles et multipliées y lignes intérieures , lignes extérieures, lignes profondes , lignes concentr\x ques , lignes secondaires et lignes accidentelles. En supposant même que toutes ces expressions fussent bien définies , il serait nuisible d^en faire usage dans Fhistoire militaire , parce qu^on n'en a pas besoin et qu'elles ne pourraient que jeter de l'obscurité dans des récits qui peuvent être rendus avec clarté au moyen du langage ordinaire. Mais peut-être y en auraitil quelques-unes qu'il serait utile d'employer dans les ouvi-ages didactiques o\i l'on traite des grandes opérations militaires.

Je ne me permettrai qu'une seule observation sur ce que l'auteur appelle lignes d'opérations , c'est qu'il donne ce nom à des surfaces d'une grande étendue, ce qui est intolérable, puisque ce serait changer complètement la signification bien déterminée du mot ligne. On peut donner le nom de ligne à une route , à un fleuve , parce que leur largeur est très-petite comparativement à leur longueur; mais on ne peut donner ce nom à un royaume ou à une province. L'auteur dit ; <( que les trois grandes )) lignes d'opérations de la France contre l'Au- » triche sont : l'Itahe à droite, le Tyrol au )> centre, l'Allemagne à gauche. » Moi je dirai

que le ihéàtre de la {jaerre de la France serait , dans une {juerre contre TAutriche , Tltalie à droite, TAllemagne à gauche , et que même le Tyrol pourrait le devenir aussi , si la France poussait jusque-là ses armes victorieuses. Donnons encore un exemple. Le général Jomini , dans un passage précédemment cité, dit « qu^en » i8i3, le front d'opérations de Tarmée de Na- )) poléon était la ligne de TElbe , que sa base » d'opérations était le Rhin , et que sa ligne )» d'opérations était l'espace compris entre le » Rhin et l'Elbe. » Moi je prétends qu'en i8i3, Napoléon eut d'abord sa base d'opérations sur le Rhin ; que, lorsqu'il eut passé l'Elbe, il la transporta sur ce dernier fleuve , puisqu'il y eut les dépôts et les magasins de son armée, et que sa principale ligne d'opérations fut la route de Mayence à Dresde par Erfurth.

L'expression ligne cVopêrations me paraît utile à adopter ; sa signification dérive tout naturellement de celle des mots qui la composent. Les lignes d'opérations sont donc les principales routes que suit le gros d'une armée qui a l'offensive ; ces lignes servent presque toujours aussi de lignes de communications pour le trans- ])ort ou le passage de tout ce qui est nécessaire à l'armée, en matériel, en personnel de guerre

et en vivres ; par analogie , on peut appeler lignes de retraite les principales routes que suit le gros d'une armée qui bat en retraite.

Les petites armées n'ont presque jamais qu'une seule ligne d'opérations et qu'une seule ligne de retraite; mais on a l'exemple de très-grandes armées qui n'ont eu aussi qu'une seule ligne d'opérationL et qu'une seule ligne de retraite. Lorsque Napoléon marcha de Smolensk sur Moskou avec une armée de i5o,ooo hommes présens sous les armes, il n'eut qu'une seule ligne d'opérations , la grande route de Smolensk à Moskou. A la vérité, des corps d'armée suivaient des chemins de traverse à une faible distance de chaque côté de la grande route; mais ils restaient sous les ordres immédiats de Napoléon; ils étaient en mesure d'assister à la bataille si l'on en venait aux mains, et ils y assistèrent, en effet , dans les champs de Borodino. Cette même armée n'eut qu'une seule ligne de retraite depuis Mojaïsk jusqu'à Kowno.

Je me trouve encore d'accord, sur ce point, avec le prince Charles, car il dit :

« Qu'on appelle ligne d'opérations celle que suit l'armée pour atteindre Vobjel d'opération déterminé , pour la distinguer des communications secondaires , qui conduisent, à la vérité, au même point stratégique.

mais qui sont moins importâmes, et qui sont seulement utilisées comme moyens de coopération. »

Selon Bulow, « les lignes d'opérations commencem du moment qu'une armée s'éloigne de ses magasins, car ce sont, dit-il, les convois qui, à proprement parler, forment ces lignes. »

Je ne partage point , ainsi qu''on Va. vu, Topinion de Balow : il confond les li{Tnes d'opérations avec les lignes de communications. Assurément, les convois arrivent presque toujours à Farmée par les mêmes routes qui ont servi de lignes d'opérations, mais pas toujours. Ainsi, par exemple , un fleuve pourrait servir de ligne de communications , et non pas de ligne d'opérations.

Dans un supplément intitulé : Ohsen>atioîis sur les lignes cV opérations et sur les ouvrages gui ont combattu le chapitre xiv du Traité des grandes opérations militaires, l'auteur réfute les critiques que l'on a faites de quelques parties de ce chapitre xiv, et de la définition qu'il a donnée de l'expression lignes cV opérations ; la lecture de ce supplément m'a appris que je partageais , en grande partie , l'opinion des auteurs qui y sont réftités , en ce qui concerne les lignes d'opérations.

Je ne parlerai des lignes de communications

et des lignes d! approvisionnemens que pour dire que l'auteur appelle lignes de communications toutes les routes que suivent les différentes parties d'une armée, et lignes d'approvisionnemens les routes par lesquelles arrivent les approvisionnemens.

L'auteur a modifié, dans l'édition de i838, ce qu'il disait des lignes d'opérations ; cependant mes observations me paraissent n'avoir rien perdu de leur force. Pour que l'on puisse en juger , je citerai textuellement le passage de l'édition de i838 , qui y est relatif.

ïome I, page 225, article xxi. i)es zones et des lignes d' opérations.

« On doit entendre par zone d'opérations une certaine fraction du théâtre de la guerre qui serait parcourue par une armée dans un but déterminé, soit qu'elle agisse isolément , soit que ses mouvemens fussent combinés avec celui d'une armée secondaire. Par exemple , dans l'ensemble du plan de campagne de 1796 , l'Italie était la zone d'opérations de la droite ; la Bavière était celle de l'armée du centre (Rhin-et-Moselle) ; enfin , la Franconie était la zone de l'armée de gauche (Sambre-et-Meuse).

« Une zone d'opérations peut quelquefois ne présenter qu'une seule ligne d'opérations, tant par la configuration même de la contrée , que par le petit nombre de routes praticables pour une armée qui s'y trouveraient. Mais ce cas est rare, et la zone présentera ordi-

nairement plusieurs lignes d'opérations , dont le nombre dépendra en partie des projets du général, en partie du nombre des grandes communications qu'offrira le théâtre de ses entreprises.

» On ne doit pas en conclure néanmoins que chaque chemin soit en lui-môme une ligne d'opérations : sans doute, d'après la tournure que prendraient les événemens de la guerre , chaque bonne roule d'abord inoccupée pourrait devenir momentanément une ligne d'opérations; mais, tant qu'elle ne serait suivie que par des détachcmens de coureurs, ou qu'elle se trouverait dans une direction hors de la sphère des principales entreprises, il serait absurde de la confondre avec la ligne réelle d'opérations ; outre cela , trois ou quatre routes praticables , qui se trouveraient à une ou deux marches seulement l'une de l'autre et conduiraient à un même front d'opérations , ne formeraient pas trois lignes d'opérations ; car ce nom n'appartient qu'à un espace suffisant pour que le centre et les deux ailes d'une armée puissent s'y mouvoir dans la sphère d'une ou deux marches de chacune de ces ailes, ce qui suppose au moins l'existence de trois ou quatre chemins menant au front d'opérations.

» On peut inférer de là que, si les mots de zones et de lignes d'opérations ont été jusqu'à présent confondus et employés souvent l'un pour l'autre, il en a été de même pour les lignes d'op(''r;itions, les lignes stratégiques et les chemins de communications éventuels.

- Je crois donc que le mot de zones d'opérations doit être employé pour désigner une grande fraction du théâtre général de la guerre ; celui de lignes d'opéra-

lions désignera la partie de celte grande fraction que l'armée embrassera dans ses entreprises, soit qu'elle suive plusieurs routes, soit qu'elle n'en suive qu'une ; le mot de lignes stratégiques désignerait alors les lignes importantes qui lient les divers points décisifs du théâtre de la guerre , soit entre eux , soit avec le front d'opérations de l'armée ; enfin , par la même raison , on donnerait aussi ce nom aux lignes que suivrait l'armée pour atteindre un de ces points , ou marcher à une manœuvre décisive , en déviant pour un moment de la ligne principale d'opérations. Enfin , le nom de lignes de communications conviendra pour désigner les routes praticables qui lieraient les différentes fractions de l'armée réparties dans l'étendue de la zone

d'opérations (1)

» Cherchant à distinguer par un seul mot les lignes matérielles de toutes les combinaisons de l'art qui s'y rattachent , j'avais jadis donné à celles-ci le nom de lignes-manœuvres, et aux premières celui de lignes territoriales. C'était , à mon avis , le vrai moyen de résumer, par une seule expression technique , les diverses conceptions stratégiques qu'un général peut imaginer pour choisir ses lignes de la manière la plus habile , la plus conforme aux principes , et la plus propre à donner de grands résultats. En effet, ces conceptions pouvant être considérées comme autant de manœuvres différentes les unes des autres , le mot Ugnes-manœuores

(1) « Celle déflnilion , qui diffère un peu de celle que j'avais d'abord donnée, me semble satisfaire à toutes les exigences; j'aurai occasion de la développer successiveraenl dans le présent article et dans celui qui suit. »

n'avait rien que de très-rationnel. Toutefois, cbmthfe plusieurs militaires, au lieu de s'attacher à saisir le sens figuié qu'il renferme , ont trouvé plus simple de m'opposer cette vérité triviale, qu'une ligne ne salirait être une manœuvre , j'abandonne volontiers celte dénomination conventionnelle, pour ne la donner désormais qu'aux lignes stratégiques instantanées qu'on adopte souvent pour une manœuvre passagèi^e , lignes qu'il faut se garder de confondre avec la véritable ligne d'opérations, et qui feront le sujet de l'article 22. »

L'auteur subdivi.se ensuite les lignes (T opérations en lignes simples, doubles, intérieures, extérieures, concentriques, divergentes, profondes, secondaires, accidentelles, provisoires et définitives.

La Logistique : Ce mot me paraît être toutà-félit nouveau, car je ne Favais encore vu employer nulle part dans la littérature militaire.

« La Logistique est, dit l'auteur (page 93), l'art de bien ordonner les marches d'une armée , de bien combiner l'ordre des troupes dans les colonnes , le tems de leur départ, leur itinéraire, les moyens de communication nécessaires pour assurer leur arrivée à point nommé : c'est le fond des devoirs d'un officier d'élatmajor. Mais , outre ces détails tout matériels , il existe une espèce de marche qui appaitient aux grandes opérations de stratégie. Par exemple, la marche de Napoléon par le Saint-Beniard , pour tomber sur les communications Mêlas; celles qu'il fit en 1805 par Ponuwerl pour couper Mack, et en 1806 par Géra

pour tourner les Prussiens ; la marche de Suwarof pour voler de Turin sur la Trebbia , au devant de Macdonald ; celle de l'armée russe sur Taroutin , puis sur Krasnoï, furent des opérations décisives, non par leur rapport avec la logistique , mais par leur rapport avec la stratégie. " L'auteur ajoute, dans une note, « qu'autrefois les officiers de l'état-major se nommaient maréchal-des-logis, major-général-des-logis ; et que de là est venu le terme de logistique qu'on emploie pour désigner ce qui se rapporte aux marches d'une armée. »

Le général Jomini parle du mot logistique comme s'il ne Tintroduisait pas pour la première fois dans la langue militaire (a) ; néanmoins, je le répète, je ne Vy ai point encore vu employer : il parait le faire dériver du mot logis, étymologie singulière ; puisqu'il emploie le mot logistique à désigner ce qui se rapporte aux marches d'une armée dans les détails tout matériels, et il prétend que c'est là le fond des devoirs d'un officier d'état-major. Je ne crains pas d'affirmer que l'auteur s'est trompé , et que ce n'est là qu'une faible partie des devoirs que

(a) Le mot Logistique ne se trouve point dans la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie ; mais , dans les éditions précédentes, on trouvait : « Logistique, s. fém. Il n'est d'usage que » dans cette phrase : la logistique spécieuse. C'est le nom qu'on «donnait autrefois à l'algèbre, et qui signifie : l'art de faire un » calcul avec des lettres. »

Sa8 MÉLANGES,

ces officiers ont à remplir : il existe assez de bons ouvrages sur le service des officiers d'étatmajor, pour que cette assertion puisse se vérifier en quelque sorte matériellement ; il serait donc superflu de rien ajouter à ce sujet. En définitive, le mot logistique me semble inutile, mal choisi , et je pense que Ton continuera à s'en passer comme précédemment.

L'auteur, dans l'édition de i838, paraît vouloir donner plus d'extension à la signification de l'expression la logistique ; il s'exprime ainsi qu'il suit (tome ii , page i46 de l'édition de i838) au commencement du chapitre vi, intitulé : Sur la logistique ou art pratique de mouvoir les années.

« La logistique est-elle uniquement une science de détail? Est-ce, au contraire, une science générale formant une des parlics les plus essentielles de l'art de la guerre , ou bien , enfin , ne serait-ce qu'une expression consacrée par l'usage pour désigner vaguement les diverses branches du service de l'état -major, c'est-à-dire les divers moyens d'appliquer les combinaisons spéculatives de l'art aux opérations effectives?

» Ces questions paraîtront singulières à ceux qui sont dans la feimc persuasion qu'il n'y a plus rien à dire sur la guerre, et qu'on a lorl de cheiclier de nouvelles définitions lorsque tout leur semble si bien défini. Pour moi , qui suis persuadé que de bonnes définitions amènent la clarté des conceptions, j'avoue

MÉLAÎSGES. 529

qwe je suis presque embarrassé de résoudre ces questions en apparence si simples.

» Dans les premières éditions de cet ouvrage, j'ai , à l'cxomplc de; bien des militaires , rangé la logistique dans la classo des détails d'exécution du senice de l'étal-major, qui font l'objet du règlement sur le service de campagne et de quelques inslructions spéciales sur le corps des quartiers-maîtres.

» Celte opinion était le résultat de préjugés consacrés par le tems : le mot de logistique, dérivé, comme on sait, de celui de major-général des logis (traduit ^n allemand par celui de quarlier-meister) , espèce d'officiers qui avaient jadis la fonction de loger ou camper les troupes, de diriger les colonnes, de les placer sur le terrain. Là se bornait toute la logistique, qui, comme on le voit , embrassait néanmoins la castramélalion ordinaire. Mais, d'après la nouvelle manière de faire la guerre sans camps , les mouvemens furent plus compliqués, et l'état-major eut aussi des attributions plus étendues. Le chef de l'état-major fut chargé de transmettre la pensée du généralissime sur les points les plus éloignés du théâtre de la guerre , de lui procurer les documens pour asseoir ses opérations. Associé à toutes ces combinaisons , appelé à les transmettre , à les expliquer, et même à en surveiller l'exécution dans leur ensemble, ainsi que dans les moindres détails, ses fonctions s'étendirent nécessairement à toutes les opérations d'une campagne. Dès lors, la science d'un chef d'état-major dut embrasser aussi les différentes parties de l'art de la guerre , et si c'est elle que l'on désigne sous le nom de logistique, il suffirait à peine des deux

53o JMlîl.ANGKS.

ouvrages de l'archiduc Charles, dos volumiueux irai-

lés de Guibcrt , de Laroche-Aymon , de Bousniard el

du marquis do Teruay, pour escjuissci' le cours incom-

pk'l d'uuc logistique pareille , car elle ne serait rien

moins que la science d'ap})licalion de toutes les sciences

militaires.

» De ce qui précède , il me semble résulter naturellement que l'ancienne logistique ne saurait plus suffire pour désigner la science des étuts-majors , et que les tondions actuelles de ce corps, si l'on tenait à lui donner une instruction qui répondît pleinement à sou but, demanderaient encore à être formulées, partie en corps de doctrine , partie en dispositions réglementaires. Ce serait aux gouvernemens à prendre l'initiative en publiant des règlemens bien mûris, qui, après avoir tracé tous les devoirs et les attributions des chef^ et ofiiciers de l'étal-major, seraient suivis d'une instruction claire et précise pour leur tracer aussi les méthodes les plus propres à bien remplir ces devoirs

S'il est reconnu que l'ancienne logistique

n'était qu'une science de détails pour régler le matériel des marches ; s'il est avéré que les fonctions de l'élat-major embrassent aujourd'hui les combinaisons les plus élevées de la stratégie, il faudra admettre aussi que la logistique n'est plus qu'une parcelle de la science des états-majors, ou bien qu'il faut lui donner nn autre développement et en faire une science nouvelle, qui ne sera pas seulement celle des états-majors, mais encore celle des généraux en chef. »

Qii()i(jiul paraisse, ;<insi que je Tai dit , que le çéni^ralJomiiii voudrait donner plus d'exleu-

MI'ÎLANGES. 53 r

sioii à la sigiiitication de Texpresiiion la logistique ^ on voit pouiUuit qu'il iiVst pas encore entièrement iixé «t cet é^artl.

Je sais qu'on peut citer des auteurs qui ne pensent pas comme moi sur Tcibus du néologisme que je reproche au général Jomini ; ainsi^ par exemple, M. le colonel Okounef, dans ses Mémoires sur les principes de la stratégie et sur ses rapports intimes avec le terrain, dit (p. i54) en parlant du général Jomini :

• Il serait dilïlcilc , ou pour mieux dire impossIMo ^ de donuer une nomeuclature plus complète et des expfications plus satisfaisantes des ditïéreus geures de ligues d'opérations dont la slintégie est susceptible, que celles que le général Jomini nous a communiquées dans son Traité des grandes opérations. Aussi, ne me dissimulant pas l'impossibilité de donner quelque chose de meilleur à la place , je resterai fidèle au système du savant qui nous a si bien éclairés sur cette matière. Qoe le lecteur nfie nomme un ouvrage où l'explication des lignes d'opérations soit plus satisfaisante que celle que nous trouvons dans le Traité des grandes opérations , et il nte verra revenir franchement de ma conviction actuelle. Maintenant, je soutiens encoïc que le général Jomini est le seul qui nous ait donné quelque chose de complet sur celte matière intéressante de la stratégie. Le général Jomini accepte dix ligues d'opérations différentes, etc. »

Mais, selon moi, M. le colonel Okounete^l un

tlisci|)le qui est tombé dans les mêmes fautes que son maitre; je me contenterai de faire une courte citation pour justifier cette opinion.

• Le système opcralif de la si raté g! e , dit Cel auteur (page 179), cnnbrassanl de grandes sphères et non des scclions tionquécs , ne pouvant prévoir ou régler que les modulations des grandes opérations et non des parties de détail , nous met dans l'obligation , pour ne pas dépasser les limites de son étal naturel , de ne nous occuper des échiquiers que dans leur état d'ensemble ; d'autant plus que nous avons déjà eu l'occasion de discuter les ressources des dilTérens objets topographiques qui se présentent à nos yeux sur la surface du globe, en les considérant dans leurs détails. Le théâtre de la guerre, dans son ensemble, peut se présenter à nos opérations : 1" en échiquier ouvert et sans aucune valeur intrinsèque ; 2" en échiquier fortifié par l'art ; S" en échiquier fortifié par la nature-, k" en échiquier fortifié par l'art et la nature. Le secours des armées est indispensable pour tous les quatre , mais jamais ce secours ne devient plus nécessaire et plus efTicace que lorsqu'on veut défendre un échiquier de la première catégorie ou attaquer ceux des trois dernières. La facilité d'aborder le premier et de défendre les trois derniers , ainsi que la difliculté de défendre l'un et d'attaquer les autres , rendent la présence de l'agent mobile indispensable. »

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