LIVRE QUATRIÈME
d'archers de la sainte Hermaiidad. Ces messieurs demandèrent du vin, se mirent à boire, et j'entendis que, en buvant, ils faisaient le portrait d'un Jeune homme qu'ils avaient ordre d'arrêter. Le cavalier, disait Tun d'entre eux, n'a pas plus de vingt-trois ans; il a de longs cheveux noirs, une belle taille, le nez aquilin et il est monté sur un cheval bai-brun.
Je les écoutai sans paraître faire quelque attention à ce qu'ils disaient, et véritablement je ne m'en souciais guère. Je les laissai dans Thôtellerie, et continuai mon chemin, Je n'eus pas fait un demi-quart de lieue, que je rencontrai un jeune cavalier fort bien fait, et monté sur un cheval châtain. Par ma foi, dis-je en moimême, voici l'homme que les archers cherchent, ou je suis bien trompé. Il a une longue chevelure noire et le nez aquilin; c'est assurément lui qu'on veut pincer. 11 faut que je lui rende un bon office. Seigneur, lui dis-je, permettez-moi de vous demander si vous n'avez pas sur les bras quelque affaire d'honneur?yLe jeune homme, sans me répondre, jeta les yeux sur moi, et parut surpris de ma question.. Je l'assurai que ce n'était point par curiosité que je venais de lui adresser ces paroles., Il en fut bien persuadé quand je lui eus rapporté tout ce que j'avais entendu dans l'hôtelleric^Généreux inconnu, me dit-il, je ne vous dissimulerai point que j'ai sujet de vous croire, qu'effectivement c'est à moi que ces archers en veulent: ainsi je vais suivre une autre route pour les éviter., Je suis d'avis, lui répliquai-je, que nous cherchions un endroit où vous soyez sûrement, et où nous puissions nous mettre à couvert d'un orage que je vois dans l'air, et qui va tomber ./..En même temps nous découvrîmes et gagnâmes une allée d'arbres assez touffus, qui nous conduisit au pied d'une montagne, où nous trouvâmes un ermitage.
C'était une grande et profonde grotte que le temps avait percée dans la montagne; et la main des hommes y avait ajouté un avant-corps de logis bâti de rocailles et de coquillages, et tout couvert de gazon. Les environs étaient parsemés de mille sortes de fleurs qui parfumaient l'air; et JJon voyait auprès de la grotte une petite ouverture dans la montagne", par où sortait avec bruit une source d'eau qui courait se répandre dans une prairiej II y avait à l'entrée de cette maison solitaire un bon ermite qui paraissait accablé de vieillesse. 11 s'appuyait d'une main sur un bâton, et de l'autre il tenait un rosaire à gros grains, de vingt dizaines pour le moins. Il avait la tête enfoncée dans un bonnet de laine brune à longues oreilles, et sa barbe, plus blanche que la neige, lui descendait jusqu'à la ceintureTJ Nous nous approchâmes ^e lui.rMon père, lui dis-je, voulez-vous bien que nous vous demandions un asile contre l'orage qui nous
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menace ?^Venez, mes enfants, ré[)ondit l'anachorète après m'avoir r<'^ardé avec attention; cet ermitage vous est ouvert, et vous y pourrez demeurer tant qu'il vous plaira. Pour votre clu^v. I a|outa-t-il en nous montrant l'avant-corps de logis, il sera fort bien là. Le cavalier qui m'accompagnait y fit entrer son cheval, et nous suivîmes le vieillard dans la grotte.
Nous n'y fûmes pas plus tôt, qu'il tomba une grosse pluie entremêlée d'éclairs e de coups de tonnerre épouvantables. L'ermite se mit à genoux devant une image de saint Pacôme qui était collée contre un mur et nous en fîmes autant à son exemple. Cependant le tonnerre cessa. Nous nous levâmes; mais comme la pluie continuait, et que la nuit n'était pas fort éloignée, le vieillard nous dit :^Mes enfants, je ne vous conseille pas de vous remettre en chemin par ce temps-là, à moins que vous n'ayez des affaires bien pressantes. ♦Nous répondîmes, le jeune homme et moi, que nous n'en avions point qui nous défendissent de nous arrêter, et que, si nous n'appréhendions pas de l'incommoder, nous le prierions de nous laisser passer la nuit dans son ermitage. Vous ne m'incommoderez point, répliqua l'ermite. C'est vous seuls qu'il faut plaindre. Vous serez fort mal couchés, et je n'ai à vous offrir qu'un repas d'anachorète.
Après avoir ainsi parlé, le saint homme nous fit asseoir à une petite table, et nous présentant quelques ciboules, avec un morceau de pain et une cruche d'eau :, Mes enfants, reprit-il, vous voyez mes repas ordinaires : mais je veux aujourd'hui faire un excès pour l'amour de vous., A ces mots, il alla prendre un peu de fromage et deux poignées de noisettes qu'il étala sur la table. Le jeune homme, qui n'avait pas grand appétit ne fît guère d'honneur à ces mets.^Je m'aperçois, lui dit l'ermite, que vous êtes accoutumés à de meilleures tables que la mienne, ou plutôt que la sensualité a corrompu votre goût naturel. J'ai été comme vous dans le monde. Les viandes les plus délicates, les ragoûts les plus exquis n'étaient pas trop bons pour moi; mais depuis que je vis dans la solitude, j'ai rendu à mon goût toute sa pureté. Je n'aime présentement que les racines, les fruits, le lait, en un mot, que ce qui faisait la nourriture de nos premiers pères.
Tandis qu'il parlait de la sorte, le jeune homme tomba dans une profonde rêverie. L'ermite s'en aperçut. ,*^M on fils, lui dit-il, vous avez l'esprit embarrassé? Ne puis-je savoir ce qui vous occupe? Ouvrez-moi votre cœur. Ce n'est point par curiosité que je vous en presse, c'est la seule charité qui m'anime. Je suis dans un âge à donner des conseils, et vous êtes peut-être dans une situation à en avoir besoin.K)ui, mon pèi^e, répondit le cavalier en soupirant, j'en ai besoin sans doute, et je veux suivre les
Il y avait à l'ontréo de la grotte un bon ermito qui paraissait accablé do vieillesse...
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