‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustr© d'un port. de LesageChapitre 205 sur 219 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

-limaces et dos démonstrations qui paraissaient supt'rioures >ux saillies mêmes qui nous échappaient.

Connais-tu, dis-je à Nunez, ces deux malpeignés qui, les coudes

ippuyés sur une table, s'entretiennent tout bas dans ce coin.

Il se soufflant au nez leurs haleines? Non, me répondit-il; ces

isages-là me sont inconnus. Mais, selon toutes les apparences,

e sont des politiques de cafés qui censurent le gouvernement.

Considère ce gentil cavalier qui siffle en se promenant dans

cette salle, et en se soutenant tantôt sur un pied et tantôt sur un

iutre. C'est don Augustin Moreto, un jeune poète qui n'est pas

lé sans talent, mais que les flatteurs et les ignorants ont rendu

lesque fou. L'homme que tu vois qu'il aborde est un de ses

tnfrères qui fait de la prose rimée, et que Diane a aussi frappé.

Encore des auteurs! s'écria-t-il en me montrant deux hommes

d'épée qui entraient. Il semble qu'ils se soient tous donné le mot

pour venir ici passer en revue devant toi. Tu vois don Bernard

Deslenguado et don Sébastien de Villa Viciosa. Le premier est

un esprit plein de flel, un auteur né sous l'étoile de Saturne,

un mortel malfaisant qui se plaît à haïr tout le monde, et qui

n'est aimé de personne. Pour don Sébastien, c'est un garçon de

bonne foi, un auteur qui ne veut rien avoir sur la conscience. Il

a depuis peu mis au théâtre une pièce qui a eu une réussite

extraordinaire, et il l'a fait imprimer pour n'abuser pas plus

longtemps de l'estime du public.

Le charitable élève de Gongora se préparait à continuer do m'expliquer les figures du tableau changeant que nous avions (levant les yeux, lorsqu'un gentilhomme du duc de Médina Sidonia vint l'interrompre en lui disant : Seigneur don Fabricio, je vous cherchais pour vous avertir que M. le duc voudrait bien vous ftarler. Il vous attend chez lui. Nunez, qui savait qu'on ne peut itisfaire assez tôt un grand seigneur qui souhaite quelque chose, me quitta dans le moment même pour aller trouver son Mecenas, me laissant fort étonné de l'avoir entendu traiter de don, et de le voir ainsi devenu noble, en dépit de iq^ître Chrysostôme le barbier son père.

Page 1