LIVRE ONZIÈME
à faire à l'envi de mauvaises plaisanteries sur les vents. Mais le bachelier, les regardant tous d'un air flegmatique et orgueilleux, les traita d'ignorants et d'esprits vulgaires. Je m'attendais à tous moments à voir ces messieurs s'échauffer et se prendre aux crins, fin ordinaire de leurs dissertations; cependant, /"e fus trompé dans mon attente; ils se contentèrent de se dire des injures réciproquement, et se retirèrent quand ils eurent bu et mangé à discrétion.
Après leur retraite, je demandai à Fabrice pourquoi il ne demeurait plus chez son trésorier, et s'ils étaient brouillés tous deux. Brouillés! me répondit-il, le ciel m'en préserve! je suis mieux que jamais avec le seigneur don Bertrand, qui m'a permis de loger en mon particulier; ainsi j'ai loué ce corps de logis pour y recevoir mes amis et me réjouir avec eux en toute liberté; ce qui m'arrive fort souvent, car tu sais bien que je ne suis pas d'humeur à vouloir laisser de grandes richesses à mes héritiers; et, ce qu'il y a d'heureux pour moi, je suis présentement en état de faire tous les jours des parties de plaisir. J'en suis ravi, repris-je, mon cher Nunez, et je ne puis m'empêcher de te féliciter encore sur le succès de ta dernière tragédie ; les hui* cents pièces dramatiques du grand Lope ne lui ont point rapporté le quart de ce que t'a valu ton Comte de Saldagne.