‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustré d'un port. de LesageChapitre 113 sur 146 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

je ne puis m'empêcher de vous dire que la chose esL incertaine, et je vous déclare que je ne contraindrai pas ma fille. Si, bien loin de se croire honorée de la tendresse passagère du roi, elle envisage cet honneur comme une infamie, que ce grand prince ne lui sache pas mauvais gré de s'y dérober. Revenez demain, ajouta-t-elle, je vous dirai s'il faut lui rendre une réponse favorable ou ses pierreries.

Je ne doutais point du tout que Laure n'exhortât plutôt Lucrèce à s'écarter de son devoir qu'à s'y maintenir, et je comptais fort sur cette exhortation. Néanmoins, j'appris avec surprise, le jour suivant, que Laure avait eu autant de peine à porter^a fille au mal que les autres mères en ont à porter les leurs au bien, et ce qu'il y a de plus étonnçint encore, c'est que Lucrèce, après avoir eu quelques entretiens secrets avec le monarque, eut tant de regrets de s'être livrée à ses désirs, qu'elle quitta tout à coup le monde et s'enferma dans le monastère de l'Incarnation, où bientôt elle tomba malade et mourut de chagrin. Laure, de de son côté, ne pouvant se consoler de la perte de sa fille, et d'avoir sa mort à se reprocher, se retira dans le couvent des Filles pénitentes, pour y pleurer les plaisirs de ses beaux jours. Le roi fut touché de la retraite inopinée de Lucrèce; mais ce jeune prince, n'étant pas d'humeur à s'affliger longtemps, s'en consola peu à peu. Pour le comte-duc, quoiqu'il ne parût guère sensible à cet incident, il ne laissa pas d'en être très mortifié, ce que le lecteur n'aura pas de peine à croire.

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