‹ Œuvres: Gil Blas de Santillane; illustré d'un port. de LesageChapitre 4 sur 146 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

sion. Si le duc ne satisfaisait pas leurs désirs, il recevait du moins Ifurs placets d'un air affable; et je m'aperçus qu'il réponlait fort poliment aux personnes qui lui parlaient.

Nous eûmes la patience d'attendre qu'il eût expédié tous ces -uppliants. Alors don Diègue lui dit : Monseigneur, voici Gil Blas d(-. Santillane, ce jeune homme dont Votre Excellence a fait choix pour remplir la place de don Valerio. A ces mots, le duc jeta les yeux sur moi, en disant obligeamment que je l'avais déjà méritée par les services que je lui avais rendus. Il me fit ensuite entrer dans son cabinet pour m'entretenir en particulier, ou plutôt pour juger de mon espritpar ma conversation. D'abord il voulut savoir qui j'étais et la vie que j'avais menée jusque-là. Il exi- -;ea même de moi là-dessus une narration sincère. Quel détail I "était me demander 1 De mentir devant un premier ministre d'Espagne, il n'y avait pas d'apparence. D'une autre part, j'avais tant de choses à dire aux dépens de ma vanité, que je ne pouvais me résoudre à une confession générale. Gomment sortirdecel embarras? Je pris le parti de farder la vérité dans les endroits où elle aurait fait peur toute nue. Mais il ne laissa pas de la démêler malgré tout mon art. Monsieur de Santillane, me dit-il en souriant I la fin de mon récit, à ce que je vois, vous avez été tant soit peu picaroK Monseigneur, lui répondis-je en rougissant. Votre Excellence m'a ordonné d'avoir de la sincérité, je lui ai obéi. Je t'en sais bon gré, répliqua-t-il. Va, mon enfant, tu en es quitte à bon marché; je m'étonne que le mauvais exemple ne t'ait pas ntièrement perdu. Combien y a-t-il d'honnêtes gens qui deviendraient de grands fripons si la fortune les mettait aux mêmes épreuves !

Ami Santillane, continua le ministre, ne te souviens plus du passé; songe que tu es présentement au roi, et que tu seras désormais occupé pour lui. Tu n'as qu'à me suivre; je vais Rapprendre en quoi consisteront tes occupations. A ces mots, le duc me mena dans un petit cabinet qui joignait le sien, et où il y avait -ur des tablettes une vingtaine de registres in-folio fort épais, (j'est ici, me dit-il, que tu travailleras. Tous ces registres que tu vois composent un dictionnaire de toutes les familles nobles qui sontdans les royaumes et principautés de la Aonarchie d'Espagne. Chaque livre contient par ordre alphabétique l'histoire abrégée de tous les gentilshommes d'un royaume, dans laquelle sont détaillés les services qu'eux et leurs ancêtres ont rendus à l'État, aussi bien que les affaires d'honneur qui peuvent leur être arrivées. On y fait encore mention de leurs biens, de leurs mœurs,

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