LIVRE ONZIÈME
protecteur; mon maître veut vous prêter son appui : sur le bien que je lui ai dit de Votre Seigneurie, il m'a promis de parler pour vous au comte d'Olivarès son neveu; je ne doute pas qu'il ne le prévienne en votre faveur, et j'ose vous dire que vous pouvez compter sur cela. Mon ami Navarro, ne voulant pas me servir à demi, me présenta deux jours après à don Baltazar, qui me dit d'un air gracieux : Seigneur de Santillane, votre ami Joseph ma fait votre éloge dans des termes qui m'ont mis dans vos intérêts. Je fis une profonde révérence au seigneur de Zuniga, et lui répondis que je sentirais vivement toute ma vie l'obligation que j'avais à Navarro de m'avoir procuré la protection d'un ministre qu'on appelait à juste titre le Flambeau du Conseil. Don Baltazar, à cette réponse flatteuse, me frappa sur l'épaule en riant, et reprit de cette sorte : Vous pouvez dès demain retourner chez le comte d'Olivarès, vous serez plus content de lui.
Je reparus donc pour la troisième fois devant le premier ministre, qui, m'ayant démêlé dans la foule, jeta sur moi un regard accompagné d'un souris dont je tirai bon augure. Cela va bien, dis-je en moi-même, l'oncle a fait entendre raison au neveu. Je ne m'attendis plus qu'à un accueil favorable, et mon attente fut remplie. Le comte, après avoir donné audience atout le monde, me fit passer dans son cabinet, oii il me dit d'un air familier : Ami Santillane, pardonne-moi l'embarras oii je t'ai mis pour me divertir; je me suis fait un plaisir de t'inquiéter pour éprouver ta prudence, et voir ce que tu ferais dans ta mauvaise humeur. Je ne doute pas que tu ne te sois imaginé que tu me déplaisais; mais au contraire, mon enfant, je t'avouerai que ta personne me revient on ne peut pas davantage. Oui, Santillane, tu me plais; quand le roi mon maître ne m'aurait pas ordonné de prendre soin de ta fortune, je le ferais par ma propre inclination. D'ailleurs, don Baltazar de Zuniga, mon oncle, à qui je ne puis rien refuser, m'a prié de te regarder comme un homme pour lequel il s'intéresse; il n'en faut p^s davantage pour me déterminer à t'attacher à moi.
Ce début fit une si vive impression sur mes sens, qu'ils en furent troublés. Je me prosternai aux pieds du ministre, qui, m'ayant dit de me relever, poursuivit de cette manière : Reviens ici cette après-dînée, et demande mon intendant; il t'apprendra les ordres dont je l'aurai chargé. A ces mots Son Excellence sortit de son cabinet pour aller entendre la messe," ce qu'elle avait coutume de faire tous les jours après avoir donné audience; ensuite elle se rendait au lever du roi.