‹ ŒuvresChapitre 1 sur 145 · N DE LONGPÉRIER · texte numérisé non relu

N DE LONGPÉRIER

MEMDKK DE L I.NSTITLT

DÉœUVERTS PRÈS D^IMPHY EN NIVERNAIS.

(Extrait du tome lil (uoavelle série) de la Hccue numimialûfue,

1858, pp, 202-262.)

(PL. l, II, III.)

A la droite de la Loire et sur la route de Nevers à Decize ou (en langage d'antiquaire) sur la voie romaine de Lutèce à Autun, existe le petit bourg dlmphy que son industrie métallurgique a rendu célèbre. C'est tout près de là que des ouvriers, fouillant un champ pour y placer des tubes de drainage, viennent de trouver, à un mètre de profondeur, un vase de terre contenant les précieux deniers que nous allons décrire. Averti de cette découverte par M. Grasset, qui voulut bien nous écrire de la Charité-sur-Loire en nous envoyant quelques empreintes, nous avons pu bientôt, grâce à la parfaite obligeance de M. Camille RoUin et de M. Ferdinand Bompois, étudier à loisir les soixante-quatre monnaies qu'ils s'étaient procurées. Toutes ces monnaies, au moment où nous terminons notre travail, ont été acquises par M. Gustave d'Amécouit.

2 CKNT DEiNIERS

La trouvaille peut être considérée comme une des plus importantes qui aient été faites depuis qu'on s^occupe de la numismatique du moyen âge. Elle se recommande à notre attention, non pas tant sans doute par le nombre des monnaies qu'elle nous apporte (nombre bien insuffisant pour satisfaire tous ceux qui désirent placer dans leur médaillier des deniers frappés sous les trois premiers carlovingiens), que par la nature même de ces pièces si rares, si parfaitement conservées , et, pour la plupart, si nouvelles et si instructives.

Le trésor comprenait soixante-trois deniers de Pépin, quatre de Carloman, trente-deux de Charlemagne, et une pièce qu'on nous a dite indéchiffrable.

Sur ces cent pièces, on remarque quarante-quatre types principaux dont trente ne sont représentés que par un seul exemplaire.

Tous les deniers que nous avons étudiés, soit sur les originaux, soit sur les calques, sont frappés avec des coins différents, sauf une exception incomplète qui sera indiquée plus loin.

Outre un assez bon nombre de noms de lieux inconnus jusqu'à présent dans la numismatique de Pépin et de ses fils, nous avons pu relever encore dix noms de monétaires : Auttramnus, Audomundus, Ardis, Duodiwig, Had, Gervasius, Leutbrannus, Metthadolus, Rodlannus et Sperandeus qui viennent s'ajouter à ceux de Gaddo, d'Adradis, d'Odalricus et de Walacarius que nous avons fait connaître autrefois. Cette liste de quatorze noms pour trois règnes est encore bien courte si on la compare à celle que nous fournissent les monnaies anglaises; car sur les deniers du seul roi Offa, le contemporain et Tami de Charlemagne, on lit plus de trente noms de monétaires. Quoi qu'il en soit, le nombre des noms d'hommes que nous signalons prouve que ces noms ne peuvent s'appliquer à des comtes amovibles. La signature d'un officier préposé à la fabrication des monnaies n'avait rien que de très naturel chez les Francs et les Saxons ; c'est une marque de responsabilité, une garantie dont Tusage s'est établi de nou*

veau chez les peuples modernes lors de la création des billets de banques. Mais nous avons de la peine à croire que soits des princes^ administrateurs et jaloux de leur pouvoir, comme Tétaient Pépin et Charlemagne, des gouverneurs de provinces aient osé mettre leur nom sur la monnaie royale. L'exemple de Milon de Narbonne, dont nous avons publié le denier, n'affaiblit pas ce raisonnement, car il est connu que Milon usurpait des terres et qu'on dut lui faire un. procès. Au reste, les monnaies carlovingiennes gagneraient en intérêt si l'on acquérait la preuve, qu'elles portent des noms de personnages qui furent revêtus de hautes fonctions; nous poumons voir dans Odalricus un beau-frère de Charlemagne, et dans Rodlannus le héros de nos grandes épopées. Seulement nous pensons, jusqu^à démonstration du contraire, que ce serait là des faits extraordinaires au temps de Pépin et de Chai'lemagne.

A partir de la seconde moitié du vu® siècle, et surtout pendant les premières années du vui", la monnaie d'argent fut fabriquée par des seigneurs, principalement par un grand nombre d'évêques et d'abbés ; la monarchie mérovingienne se désagrégeait, et cbaque petit chef s'efforçait d'en saisir une parcelle. Mais la maison de Herstal savait trop bien comment on fait tomber une dynastie pour laisser entamer ses prérogatives. On nlgnore pas avec quelle activité, avec quelle infatigable persévérance, les deux grands princes du vni* siècle ont maintenu leur autorité et poursuivi leurs antagonistes.

Donc, que Ton trouve des deniers de Milon, comte de Narbonne, de Ilunald et de Waifre, ducs d'Aquitaine, cela se comprend; mais c'est, en quelque sorte, une raison pour considérer les noms d'hommes que nous publions aujourd'hui comme ceux d'officiers subalternes.

On remarque, dans le trésor d'Imphy, dos deniers émis dans huit abbayes : Saint- Aignan , Saint- Cirgues, Sainte-Croix, Saint-Étienne, Saint- Maixent, Saint- Marcel, Saint-Martin, Saint-Pierre; ces monnaies, suivant nous, étaient frappées par l'autorité royale. Lorsque nous trouvons dans un texte carlovingien le nom d'un saint au génitif, [lour désigner une

localité, le mot monasterium est toujours sous-entendu. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, dans le partage du LothaH regnuniy entre Charles le Chauve et son frère Louis, quinze abbayes sont indiquées de cette manière : Sancti Maximini, Sancti Gangulfi, Sancti Gregorii, Sancti Gaugerici, etc. ; les abbayes formaient alors des espèces de villes, comprenant un très grand nombre d'habitations et possédant des terres considérables. Les rois avaient soin de constater qu'ils en étaient les maîtres. Si les abbayes avaient battu monnaie pour leur compte, nous en trouverions la trace dans ces polyptyques qui nous font si bien connaître l'état de leur fortune et les sources de leurs revenus.

Nous avons classé les deniers de Pépin en deux catégories : seize d'entre eux portent les caractères RXF et sur quarantecinq autres on voit RP avec ou sans N. Il est à remarquer que le P est contenu dans l'R, et que, par conséquent, il faut lire sur la*première espèce de deniers P. RX. F (Pipinus RexFrancorum) ; ceci est manifestement prouvé par le denier de Sainte-Croix (pi. I, n" 8) sur lequel on voit un I placé après la boucle du P contenu dans l'R; et par un autre denier attribué à Nantes par M. Bigot, sur lequel est gravé un monogramme composé des lettres PPRXF, avec des I dans la boucle des deux P, dont l'un se confond avec l'R (1). Pépin semble avoir commencé par inscrire timidement son nom sur la monnaie, de façon à ce qu'on put y lire seulement Rex Francorum^ mais il ne tarda pas à prendre un monogramme plus clair, et Charlemagne n'eût jamais voulu revenir à un type où l'initiale de son nom ne pouvait même pas être cherchée.

On trouvera, après la description de chaque type, le détail des poids de toutes les pièces qui portent ce type ; on aura donc là tous les éléments que nous avons pu réunir touchant la valeur des soixante -quatre deniers que nous avons examinés. Ici toutefois, pour la commodité du lecteur, nous résumerons nos pesées en tableaux, afin d'en faire immé-

(!) Hevuc nwtiUmuli'jue, I800, pi. I, ir* 1.

DE PÉPIN, DE CARLOMAN ET DE CHARLEMAGNE. o

diatement apprécier le résultat. Ainsi nous connaissons :

10 deniers de Pépin, R F 12,20, moyenne 1,22

35 — RP >i4,04 — 1,258

4 deniers de Carloman 5,33 — 1,33

15 deniers de Charlema^e 18,85 — 1,257

Pour obtenir le poids du sol et de la livre nous multiplierons chacune de ces moyennes par 12 d'abord; puis, le j)remier sol de Pépin par 25, et les trois autres par 22. Voici ce que nous obtiendrions :

Pépin, l"type. . . denier 1,22, sol 14,64, livre 366 \i)

— 2« type. . . denier 1,258, sol 15,096, litre 332

Carloman denier 1,33, sol 15,96, Hvre 351,12

Charlemagne. . . . denier 1,257, sol 15,084, livre 331,848

Il est vrai que nous avons mêlé les types de toutes les provinces, n pourra devenir intéressant de connaître la moyenne fournie par la pesée d'un certain nombre de deniers fabriqués dans le même lieu. La trouvaille d'Imphy nous donne, à cet égard, une facilité dont nos devanciers ont été privés. Avec tout le zèle possible, comment serait-on parvenu à se procurer dix deniers de Pépin aux mêmes types? Examinons donc les espèces qui portent le nom du monétaire Auttramnus (pi. II, n®* 15 à 19). Sur vingt deniers qui existaient dans le trésor d'Imphy, nous avons pu en peser treize, dont le poids total est de 16^^,21, ce qui donne l'*',247 pour le denier moyen.

Les deniers portant dans le champ la grande lettre R (pi. II, n"" 25) étaient au nombre de onze; neuf d'entre eux, pesés par nous, ont produit H»',20. Ce qui fait pour le denier moyen 1?%245.

Nous sommes bien loin, comme on voit, du temps où le savant Guérard en était réduit à étudier le poids de « l'unique denier de Pépin conservé & la Bibliothèque du roi (2). »

Les deniers de la trouvaille dlmphy portent dans le champ

(1) La livre de Charlem&gne, suivant Paneton et M. Saigey, était de 3679r,t28 (ou 5,760 graina).

(2) Revue numismatique^ 1837, p. 413.

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un certain nombro de points; il eût été sans doute utile d'en observer Tordre et de chercher s'ils n'ont pas quelque rapport avec les poids résultant de diverses émissions. Malheureusemont nous y avons pensé trop tard, lorsque déjà le trésor n'était plus entre nos mains.

Los notices qui vont suivre, rédigées dans un temps relativement fort court, laissent encore beaucoup de détails ii traiter. Nous eussions voulu les donner moins incomplètes; mais il nous a semblé que nous devions répondre le plus tAt possible à la lég^itime curiosité manifestée par d'én(jinents numismatistes.

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