PÉPIN
DOM.PIPI en deux lignes. Revers, ELIMOSINA en trois lignes. Poids 1^%30. (PI. I, n° 1.)
Nous avons placé en tête de la planche I deux deniers uniques qui, dans l'ordre chronologique, ne doivent pas occuper ce rang, mais qui attirent vivement l'attention par la singularité de leur type, tout nouveau dans la numismatique earlovingienne.
On admettra sans doute que la légende du premier denier doit se lire Domni Ptpim eleimosyna (1). Ce mot eleimosyna avait alors deux sens; d'abord la valeur primitive de compassion, pitié, générosité. Ainsi, lorsque Pépin, dans un capitu»laire de 753 dit : « Et si aliqua monasteria sunt quœ earum ordinem propter paupertatem adimplere non possunt, hoc ille episcopus de veritate praBvideat, et hoc Domno Régi innotescat, ut in sua eleemosyna hoc emendare faciat, » ou bien encore : « Ut comités vel judices ad eorum placita primo viduarum, orphanorum, vel ecclesiarum causas audiant et deiinianl in eleemosyna Domini Régis ; » lorsque Charlemagne (en 798) dil, en parlant de ceux qui cherchent un refuge près
(i) La présenco doa deux I mnntro qu'au temps de pépin ou prononçait correctement le mot *EXer,|io<iuv"Yj : cette prononciation se retrouve encore dans le Ktjvip eïehon de notre liturgie.
de lui : « Ubi sponte mancre volucrint, sub defensione Domni Imperatoris ibî habcant sufTragia in sua eleemosj/na^n ou encore lorsqu'il écrit au roi de Mercie Offa : « Cognoscat quoque Dilectio vestra quod aliquam benignitatem de dalmaticis nostris vol palliis ad singulas scde^ episcopales regni vestri vel Ethelfredi direximus in eleemosynam Domni apostolici Hadriani, deprecantes ut pro eo intercedî jubeatis, nullam habentes dubitationem bcatam illius animam in requic esse, sed ut fidem et dilectionem ostendamus in amicum nostrum carissimum, » il est bien évident que dans ces divers passages eleemostjna n'exprime qu'un sentiment de bienveillance.
Mais lorsqu'en 764 Pépin prescrit à LuUus, évêque do Mayence, d'adresser à Dieu des actions de grâces à l'occasion d^une récolte abondante, et qu'il ajoute : c< Et faciat unusquisque homo sua eleemosyna et paupores pascat; » lorsque Charlemagne dit, en 793 : « Si cujuscumque ros in eleemosyna datœ sunt, » ou (en 810) : « Ut sacerdotes admoneant populum ut eleemosynam dent; » ou lorsque nous trouvons, dans le mémo capitulaire : <( De eleemostjna mittenda ad Hierusalcm proptor ecclesias Dei restaurandas, » il est bien clair qu il s'agit de dons manuels, de largesses, ou, suivant la définition fournie par Eginhard, <c gratuita liberalitas quam Gra^ci eleemosynam vocant (1). »
Le testament de Charlemagne nous offre encore cette acception : « Eleemosinarum largitio quae soUemniter apud christianos de possessionibus eorum agitur. » Dans tout ce testament le mot eleemosyna prend le sens de legs. Nous voyons aussi dans le continuateur de Frédégaire que, très peu de temps avant sa mort. Pépin « ad monasterium Beati Martini confessons accessit, ibique multam eleemosynam tam ecclesiis quam Monasteriis vel pauperibus largitus est. »
Dans les lois d'Edouard le Confesseur il est dit, à propos du denier de saint Pierre : Quoniam dcnarius hic Régis eleemosyna est. » Si bien que Eleemosyîia Sancti Pétri était devenu synonyme de denarius Sancti Pétri.
(1) î'ite Karoli imperatoris^ cap. XXVII.
Maintenant, admettrons-nous que lorsque Pépin écrivait, on 764, à Tévêque Lullus cette lettre si pleine de componction qui se termine ainsi : « Ut unuàquisque homo, aut vellet aut noUet, suam decimam donet, » il ait voulu prêcher d'exemple et payer sa part de la dime prescrite :
L* histoire nous apprend qu>n de tels accidents On fait de pareils dévouements.
Dans ce cas la légende du denier serait destinée à constater Facquittement de la dette royale. Ou bien préférera-t-on voir dans ce monument, si neuf et si intéressant, une parcelle de ce legs considérable que Pépin fit aux églises et aux monastères « pro animae suae remédie? « Ses exécuteurs testamentaires auraient voulu indiquer, d'une manière aussi simple que précise, que les dernières volontés du prince avaient été respectées. Le bon titre de la monnaie et son poids élevé, le nombre des pièces en circulation pouvaient attester la loyauté et la régularité de leurs actes.
Lieu incertain. Auxerre?
N"" i. RX. F. Revers, rosace à quatre pétales accompagnée de quatre groupes de trois points. — Poids, 1«»',29. (PLI, n° 3.)
Un autre exemplaire dont je ne connais pas le poids.
N*2. R. X. F posés en triangle. Revers, rosace à quatre pétales. — Poids, lff%24. (PI. I, n* 4.)
Il parait tout d'abord très difficile de déterminer le lieu d'émission de ces deniers. Ce qu'on en peut dire avec certitude, c'est que le type du revers se trouve identiquement gravé sur des deniers d'argent mérovingiens qui nous paraissent appartenir au commencement du vm* siècle. Un de ces deniers a été gravé, comme pièce étrangère à la France, dans YAtlas des monn. nationales de M. Conbrouse (pi. 213, n*» 21). Au droit, il porte une tète tournée à gauche accompagnée d'un A et d'une croix. Une pièce semblable faisait partie de la trouvaille do monnaies mérovingiennes d'argent recueillie il y a
* quelques années, près de Nice, par M. Aimé Guillotoau, trésor qui comprenait à peu près toutes les pièces trouvées à Saint- Romi par M. le marquis de Lagoy et publiées par lui en 4839.
Dans le petit recueil de Paul Petau on voit (pi. VIII, n« 12) un denier de la même espèce, sans A, présentant une tête accompagnée d'une croisette et de deux groupes de trois points.
Enfin, M. Gustave d'Amécourt possède un quatrième denier, plus récent que les trois autres, sur lequel le profil du buste et le nœud du diadème ont été remplacés par deux groupes composés de trois points, comme ceux qui accompagnent la rosace du revers. La croisette a disparu.
La rosace trilobée se remarque sur les deniers de Regnald et d'Anlaf, rois de Northumberland ; mais ces princes appartiennent au commencement du x® siècle, nous n'avons donc pas à en parler, non plus que d'un denier inédit d'Eustache, comte de Boulogne, qui paraît imité de ces pièces anglaises.
Un denier d'argent publié par M. Rethaan Macaré porte encore ce type, accompagné d'un groupe de trois points; c'est une pièce qui doit avoir été fabriquée pendant la première moitié du vni® siècle (1) : malheureusement les légendes sont assez difficiles à lire. Quoique l'ornement qui forme le type de ce denier n'ait que trois pétales, il a cependant la plus grande analogie de dessin et d'agencement avec celui qui se voit sur les deniers de Pépin et sur les quatre pièces mérovingiennes qui viennent d'être citées. On y observe le même groupe de trois points, M. Rethaan Macaré a lu du côté de la tête QUINT. P.P. qu'il traduit QUINTILIVS Pater Patrîae. En examinant bien le dessin, nous pensons y trouver QVINTI €P, et au revers, là où le savant zéelandais croit reconnaître des runes, nous proposerions de lire Ab.bA.TI. Si nous nous rappelons qu'au commencement du vin® siècle, Quintilien, abbé de Saint- Germain d'Auxerro, devint évêque de cette ville (2), si nous
(1) Tweede Verhandeling over de bij Domburg gevonden romeimtche^ fi^ankischt^ britannische en andere Munten, Middelburg, 1856, pi. 2, n" 7.
(2) Quintilianas episcopus fuit Dobilis génère, cujus pater Quintilianas mo-
^0 CKNT DENIERS
tenons compte du caractère A {Atitisioderum) inscrit sur les deniers décrits plus haut, nous arriverons peut-être à attribuer la monnaie publiée par M. Macaré à la célèbre abbaye de Saint- Germain, et avec d'autant plus d'apparence de raison, que cette monnaie, trouvée à Domburg avec un tiers de sou d'Aval- Ion (ABALLONE— RIVLFO MONETARIO), offre du côté du buste une frappante analogie de style avoc le précieux denier à la légende AVTIZIODERO Cl que Ton conserve dans le médaîUicr de la Bibliothèque impériale. Si donc de nouvelles preuves plus explicites venaient à confirmer rh3^othèse que nous présentons ici à titre d'indication, on devrait classer les deux deniors de Pépin àTabbaye de Saint-Germain d'Auxerre, dont on s'étonne de n'avoir pas encore retrouvé la monnaie.
DuoDiwiGiis [monetaritis],
PRXF en monogramme. Revers QUOQIUUIGI en deux lignes. Deux exemplaires. — Poids, 18^,28— 1 «',21. (PI. I, n° 5.)
Un troisième exemplaire dont je ne connais pas le poids.
Cette pièce a été publiée pour la première fois par M. Cartier {Rev. num., 1837, p. 260), qui y lisait QUANtia^., WICus pour Quentovic, en ajoutant que les initiales pourraient être prises pour celles de Pépin. M. Conbrouse {Atlas nation., p. 56, n® 3) classe la monnaie à Pépin et conserve l'attribution à Quentovic.
Les deux exemplaires appartenant à M. d'Amécourt, que j'ai sous les yeux, ne me permettent pas de lire Quentovic. Si le premier caractère est un Q, le quatrième doit avoir la même valeur puisqu'il a la même forme ; on aurait donc tout au plus QUCQIVVIGI. Si, au contraire, nous donnons la valeur duT
nasterium Meleretense (Moutiers en Puisaye) coDstraxit, ac rebus propriis ditavit, xenodochiumque Brittonum Roinam pergentium ibidem esse constltait. Hic beatus episcopus ante episcopatum abbas fuit monasterii Sancti G^rmani : sed, ob vite meritum ac generis nobilitatem, a monasterio populi electione Yocatas, pastor est ecclesiœ subrogatus. Sepultus estitaque juxtapredecessores suoB, in basilica Sancti Germani. Gesta Pontif, Aulissiodor.^ dans la Biblioth» hûtor. de rVonney 1. 1, p. 349.
DE PÉPIN, DE CARLOMA.N ET DE Cil A ftLEM ACNE. 11
OU D au caractère Q, cl si nous observons que la troisième lettre n'est pas un C mais un O lié à la lettre qui suit, nous pourrons lire TUOTIWIGI ou DUODIWIGI, ce qui revient absolument au même. C'est là, suivant nous, une variante du nom que nous trouvons écrit : Theotwicus, Thiotwicus, Theotuwigus, Deotwichus, Deotwihcus, Dietuvichus, Deitwichus. C'est ainsi que nous voyons Hludowicus, Hludiwicus, Luodevicus, Teudegisilus et Thiodigisilus, Liudewitus, Tuoto, Duodo, Tuota, Duoda, Tuotilo, Duodelinas.
Quant à la terminaison WIG, elle n'est populaire que dans les noms HLVDOWICVS. LVDWIG : mais les textes et les monnaies nous en ont conservé une foule d'exemples parmi lesquels il me suffira de citer Aegelwig, Aethèlwig, Alawâgus, Altwicus, Bernwîcus, Cliadevicus, Eadwîg, Erowicus, Hardviens, Hatwic, Leofwic, Medovicus, Oswig, Wulwig. Le nom de Duodiwigiis est écrit en deux lignes comme les noms déjà connus Gaddo, Adradis, Walacarius; on trouvera plus loin, au chapitre de Charlcmagne, quatre autres noms de monétaires disposés de la même façon.
Had \mo7ietarrus\,
PIP. — hAd. Revers, RXF. — Poids, 1^',09 (PI. I, n° 2.) Le type do co denier, unique dans la trouvaille dlmphy, est nouveau dans la série de Pépin. Les lettres minuscules placées au bas de la pièce, nous donnent le nom d'un monétaire, non celui d'un comte. La signature d'un employé préposé à la fabrication des monnaies ne pouvait éveiller la susceptibilité du souverain; le nom d'un comte eût paru une usurpation. HAD est un nom germanique que nous voyons se reproduire sept fois parmi les témoins des Traditiones corbeienseSy dont nous devons la publication au docteur Paul Wigand (1). Nous
(i) Die Corveijsrhen Geschischisqiiellen. Ein NacfUrag zur kntiêchen Priifung déi Chronicon corbeiense^ Leipsig, 1844, in-8". — Trad, corb,^ p. 46, n» 231 ; p. 59, no 284; p. "3, ii" 335: p. 90, no 405; p. 92, no413: p. 102. n'M62: p. 106, no 841.
trouvons encore dans les textes carlovingiens HadoetHaddo. Il nous paraît très probable que Bad est le nom complet du monétaire, et que cette syllabe n'est pas une abréviation d'un de ces noms de forme plus développée qu'on rencontre fréquemment aux vni* et ix* siècles, tels que Hadabrannus, HadalharduSy Hadawart, Haddefonsus, Hadebertus, Hadegaudus, Hadegerus, Hadericus, Hadewiga, Hadoaldus, Hadoardus, Hadoinus, Hadrattus, Haduidis, Haduinus, Hadulfiis, Hadumarus.
Quant au nom Hadrianus, il s'écrivait sans h pendant ces mêmes siècles.
NuESSiuM. — Netiss.
PRXF. Revers^ NVESSIO autour d'une petite croix dont les bras sont terminés par quatre points. — Poids, l<f'',33. (PI. I, n« 6.)
Quelque restreint que soit encore le nombre des deniers de Pépin et de Charlemagne, il suffit cependant déjà pour nous faire découvrir des liens communs qui rattachent plusieurs pièces les unes aux autres. Ainsi pour le nord-est de la Gaule, nous observons la croix pommetée sur les deniers de Strasbourg, de Verdun, d'Aix-la-Chapelle, de Mayence ; pour le Centre, nous trouvons la croix pattée à Tours, à Chartres, au Mans ; pour TOuest, la rosace dentelée de Melle et d'Angoulëme (1 ) ; pour le Midi, la croix cantonnée des caractères de la légende, à Narbonne, à Redœ, à Marseille, à Avignon; pour l'Italie, enfin, nous pouvons citer le point entouré d'un cercle perlé que nous montrent les deniers de Lucques, de Parme et de Trévise.
Cette liste n'est pas fort riche ; mais elle s'accroîtra. Dès à
(1) Cette rosace se trouve sur un denier d'argent de Poitiers fabriqué à la fin du Tii« siècle ou au commencement du vni<>, par le monétaire ÂVDOLENVS (Bouteroue, p. 354, n» 17. — Lelewel, Num. du M, A,, pi. 3, n» 40. — Lecointre Dupont, Monn. du Poitou, p. 44. — Conbrouse, Monétairei mérov,, pi. 36, no 4). Ainsi Melle et Angoulême, sous Charlemagne, continuaient le type poitevin on usage au temps des mérovingiens.
DE PÉPIN, DE CAKLOMAN ET DE CHAULEM.Vt;NE. IJ
présent, nous pouvons l'augmenter d'un nom. La pièce décrite en tête de cette notice porte le type d'Aix-la-Chapelle, et c'est près de cette ville qu'elle a été frappée (1).
Neuss est cité neuf fois par Tacite dans son récit de la campagne contre Civilis. Les Romains nommaient cette ville Novesium ; dans l'Itinéraire d'Antonin on trouve Novesium et Novesia. Ammien Marcellin mentionne Novesium pcu*mi les sept villes voisines du Rhin que l'empereur Julien fit occuper en 359. L'anonyme de Ravenne, qui confond fréquemment les ablatifs des Itinéraires avec le cas direct, a écrit Novesio.
Les copies de l'Itinéraire d'Antonin ne respectent pas toujours la forme latine. Ainsi $ suivant l'âge des manuscrits on trouve Novemioy Neuesio, Neuemio, Novessie. L'NS et le double SS étaient amenés par la prononciation ferme de TS entre deux voyelles ; l'S n'usurpant pas alors la valeur du Z. D'autre part, NU est l'équivalent de NOU. On aperçoit l'identité de NUESSIUM et de NOUESIUM.
On lit dans Grégoire de Tours, à l'année 388 : « iNanueuo Mogoutiacum reverso, Quintinus cum exercitu circa Nivimmi castellum Rlienum transgressus. »
Dans les annales d*Ëginhard : « Imperator.... velle se apud Novesium medio circiter Julio Hrenum transire. »
Dans Hincmar, à l'année 863 : « Dani per Rhenum versus Coloniam navigio ascendunt. . . . usque quamdam insulam sccus castellum Novesium perveniunt. »
Dans la vie de Louis le Débonnaire, par Thegan (année 804) : « Imperator gloriosissimus Kai'olus Saxoniam petiit, mandans filio, ut ipse tamquam in eadem terra hiematurus se subsequeretur. Quod ipse agere festinans, ad Neusciam venit, Hrenum ibidem transiit, et patri concurrere accelcrabat. »
Dans les écrivains du xi* siècle, nous trouvons Nuosen^ Niissen; au xii° siècle, Nussa; au xiu*', Nuxia^ Ntiysia; auxiv®,
(t) Nenss, située un peu au oiidi de DusselJorf, forme, a la gauche du Hbin, avec Aiz-Ia-Chapelle et Colugae, uu triauglc isocèle, dont la base s'appaie au fleuve et dont le sommet est à Âix.
Ntissia. Enfin, un gros d'argent dii xv® siècle, conservé dans ïa collection de M. Reichel, porte : MONE'. NOVA. CIVIT. NVSSIENSIS. Lorsque Philippe de Gomynes dit que les Lorrains envoyèrent devant Nuz défier Charles le Téméraire, c'est encore de Neuss qu*îl s'agit. Le duc de Bourgogne fit en vain le siège de cette ville en 1474.
Un autre denier de Pépin, frappé à Nuessium (la variété avec le monogramme PPNR), a été publié dans la Revue numismatique (1854, pi. X, n" 1) et attribué à Sens. Ce denier est cassé, et la fracture qui a emporté le V en épargnant TE et VH. permettait de lire SE.NOIS pour Senonis.
Pépin a tenu, en 761, une assemblée générale à Duren, tout près de Neuss, qu'il a sans doute traversé lors de ses expéditions contre les Saxons, en 744, 748, 733, 758.
Il serait possible qu'un très curieux denier du xf siècle, portant les légendes + HIADMERVS et NVOTEAIOS eût été fabriqué à Neuss (1). Deux cent vingt-cinq exemplaires de ce denier faisaient partie de la trouvaille de Farve, et sur quelques-uns M. J. Friedla^nder nous apprend qu'on lisait
NEV NVOTEANI et NATEIOVOS. Peut-être, en examinant
de nouveau toutes ces pièces, y découvrirait-on une légende plus rapprochée de Nuessium. Nous devons dire que dans un manuscrit de Thegan, le savant M. Pertz a trouvé le nom de Neuss écrit Nuthia,
Sanctj;: Crucis [monasterium], Sainte-Croix.
N*» 1. — PRXF. Revers, SCI CRV, croix potencée a pied fiché. — Poids inconnu. (PI. I, n» 7.)
N«2. — PI RXF. Revers, ....CRVCI, croix potencée à pied fiché. — Poids inconnu. (PI. I, n» 8.)
La faute d'ortographe Sancti-Crucis pour Sancte-Crucis se retrouvera sur les deniers de Carloman et de Charlemagne décrits plus loin (pi. m, n" 32 et 33).
^1) Dr Julius Friedlaîiitlcr, th*r Silôer/unil vvfi l'\int:,Kïv\. I80O, pi. I, ii« 10, p. V3.
DE PÉPIN, DE CARLOMAiN ET DE CHAKLEMAGiNE. 15
Les quatre pièces ont été évidemment frappées dans le même lieu ; leur type commun en est la preuve irréfragable. On peut hésiter entre diverses abbayes placées sous Tinvocatien de la Sainte-Croix; mais il faut remarquer que parmi celles dont l'importance justifierait Tattribution des droits monétaires, il en est plusieurs que la comparaison des dates exclut.
Le monastère de Sainte-Croix, de Bordeaux, avait été détruit par les Sarrazins, en 732. Il reste encore le monastère de Sainte-Croix de Paris, beaucoup plus connu sous le nom d'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, le monastère de Sainte- Croix de Meaux, qui devint plus tard Saint-Faron, et enfin le monastère de Sainte-Croix de Poiliei*s.
Sainte-Croix de Paris était aussi sous le vocable de saint Vincent (charte de Thierry II, an 730). Dans une autre charte de 729, et plus tard dans deux actes de 772 et de 778, le titre Sainte-Croix disparait et Ton voit associés les noms de Saint Vincent et de Saint Germain. Enfin, dans une charte de 786 et dans le polyptyque dlrminon, écrit vers Tan 806, le nom de Saint Germain a remplacé complètement celui de Sainte-Croix et de Saint-Vincent. C'était Pépin qui, en 754, avait fait la translation du corps de Saint Germain, cérémonie constatée par une belle inscription gravée au temps même du chef de la seconde race. Il paraîtrait donc extraordinaire que la monnaie frappée au nom de Pépin et de ses fils ne portât pas le nom de Saint Germain.
Sainte-Croix, de Meaux, quoique tjès considérable, me paraît cependant devoir céder le pas à Sainte-Croix de Poitiers, monastère de fondation royale dont les actes carlovingiens font souvent mention et dont il nous reste une monnaie frappée par Tabbesse, Madelaine de Bourbon (1534-1571), en vertu, sans doute, de quelque ancienne tradition (1).
En 742, Carloman et Pépin avaient partagé au vieux Poitiers, in loco qui Vêtus Pictavium dicitur, l'administration du
(1) Diiby, Monnaies des Ouvonm, l. l, p. 73, j)!. XVJ, n" 1.
iO CliM DEMKUS
royaume des Fraucs que venait de leur léguer Charles Martel .
Nous ne savons pas si Tabbaye de Sainte-Croix de Poitiers prit parti pour Waïfre contre Pépin ; d'ailleurs ce dernier, pendant la guerre de neuf années qu'il fit au duc, fut assez souvent vainqueur pour que Tabbé ait eu l'occasion de placer sur ses deniers un monogramme qui, dans le principe, n'était pas assez clair pour qu'on n'en put borner le sens aux mots rex Franconim. Plus tard, il est vrai, l'admission d'un I après la boucle du P (voir pi. 1, n° 8) ne laissait plus subsister d'ambiguïté. On sait que Pépin passa à Poitiers en 768, peu de temps avant sa mort.
Le type des deniers de Pépin, de Carloman et de Chai'lemagno, celte croix potencée à pied fiché, nous était connu sur les deniers d'argent mérovingiens qui offrent, avec la légende PECTAVI CIVI et PECTAVIS CIVETA, le nom du monétaire GODILAICO. GODELAICO. GODOLAICO MN. C'était là sans doute l'image d'une croix d'orfèvrerie exécutée en l'honneur du morceau delà vraie croix, que sainte Radegonde, quatrième femme de Clotaire P', avait fait venir d'Orient pour le donner au monastère dont sa sœur Agnès fut la première abbesse. On conserve au musée de l'hôtel de Cluny, sous le n® 1341, une croix de bronze doré de onze centimètres de hauteur et de largeur, au centre de laquelle est un cristal de roche, qui a dii recouvrir une relique. Cette croix, trouvée, dit une note de M. du Sommerard père, dans les fondations de Téglise Sainte- Radegondeà Poitiers, est couverte d'entrelacs gravés du style le plus ancien, et se termine, à sa partie inférieure, par une fiche. Je ferai remarquer qu'un graveur de monnaies du viu« siècle, chargé de copier ce monument, n'aurait pas produit une image différente de celle que nous voyons sur les deniers de Pépin, de Carloman et de Charlemague, accompagnée de la légende Sanctœ-Crucis (1).
(1) L'auteur d'uu Essai sur les anjentiers et les émaiUeurs de Limoges u*a pus attaché à ce très curieux uiouuuieut l'iutérêt qu'il mérite, à coup sûr. La raison en est que M. l'abbé Tcxier croit avoir reli^ouvé le dessiu d'un /irfe
Sancti MAR[celli monaslerium]. Saint-Marcel de Châlon?
RX. F. Revers^ SCI MAR ea deux lignes séparées par une barre ; l'A est lié à l'R. — Poids, i^\il. (PI. I, n» 9.)
On trouvera plus loin, au chapitre de Charlemagne, la description d'un denier qui porte la même légende, disposée de la même façon, et qui a été certainement frappé dans le lieu où celui-ci a été fabriqué.
On connaît un denier de Pépin, émis à Saint-Martin de Tours, avec la légende SCI MARTN [Rev. mim., 1842, pi. XXIV, n*» 2; cf. t. IX, 1844, p. 273) et un denier de Charlemagne portant SCI MARTINI {Bev. 7mm., 1838, pi. XV, n** 1 ; et Conbrouse, Atlas des monn. fiat,, pi. 63, n"8), pièce dont un exemplaire existe dans la trouvaille dTmpby. On n'admettra sans doute pas que la légende SCI MAR s'applique au célèbre monastère, si l'on remarque avec quel soin le nom de Saint-Martin est écrit sur les monnaies mérovingiennes de Tours, de Bannassac. M. Duchalais a montré que le triens attribué à Saint-Martin d'Amiens devait se lire GEMELLOS MARcasios (1), et il est évident que le triens publié par Mader {Kritische Beitrœge, t. III, pi. I, n** 4. — Conbrouse, Monét. mérov., pi. XXXVII, n*^ 7) et qui porte RACIO SCI MAR, avec ECLE dans le champ du revers, n'appartient pas plus au monastère de Saint-Martin de Tours que la monnaie de Blon,
BLATOMO SCI MAR.
Le monastère de Saint-Martial de Limoges n'était connu
d'Qry dont les pages auraient abrité une parcelle de la vraie croix, et qui aurait été envoyé à sainte Radegonde par Justin W en 602 (p. 53 et 194). Eu 602, Justin U était mort depuis vingt -quatre ans, et sainte Radegonde avait depuis quinze ans cessé de vivre; le triptyque (ce n'était pas un livre et rien ne prouve qu'il fût d'or) que M. l'abbé Texicr a fait lithograpbier d'après un dessin de dom Fonteneau, exécuté en 1730, ne ressemble point à une œuvre d'art du vi© siècle. On y voit une grande croix à double traverse, qui ne parait sur la monnaie byzantine qu'au viii« siècle, et, avec la forme particulière qui lui est donnée sur le reliquaire, ne se voit dans les monuments byzantins qu'au xii« siècle.
(1) Remie numismatique, 1843, p. 426. C'est une monnaie frappée à Rébais (Seine-et-Marne).
que SOUS le nom du Saint-Sauveur jusqu'au moment où Louis le Débonnaire y transporta le corps du bienheureux évêque.
Nous avions pensé à Saint-Marien d'Auxerre (sancli Mariant monasterium), abbaye fondée par saint Germain et restituée en Fan 800, par Chai'lemagne, à Tévéque Aaron. Mais il paraîtrait que cette abbaye est une de celles que Charles Martel avait livrées aux mains des laïques, et que c'est là ce qui avait rendu nécessaire la restitution dont il vient d'être parlé.
Il nous semble que SCI MAR désigne Saint-Marcel de Chalon-sur-Saône, monastère fondé vers S84 pai' le roi Contran, dont les moines sont cités dans un diplôme de Dagobert de Tan 636, que Charles le Chauve en 870 indique, dans son partage avec son frère Louis, par ces mots sancti Marcelli, et dont Charlemagne parle ainsi dans une charte de 779: c magnificus Huchertus episcopus, rectorque basilicsB Sancti Marceïli, qua^. ponitur sub oppidum Cabilonica^ urbis, ubi ipse pretiosus dominus in corpore requiescit, nostrae celsitudini intulit suggestionem, eo quod antecessores nostri anteriores Reges, vel bonai memoriœ domnus et genitor noster Pipinus ({nonàaim^e^ per eorum praîceptiones, intégras immunitates ipsi monastcrio çoncesserint (1). »
Sanctus Stefanus. Saint-Étienne de Dijon?
P RX F. Revers^ SCO STEF en deux lignes séparées par une barre. — Poids inconnu. (PL I, n» 10.)
On verra plus loin (pi. II, n** 27) un denier sur lequel le T de Sancti PeTri n'est figuré que par un petit crochet qui s'attache à la haste de l'R. Ici, le T est en grande partie confondu avec l'E qui le suit dans le nom STEF. Je n'ai pas vu ce denier, et je le publie d'après un dessin qui m'a été envoyé; cependant je ne pense pas qu'il y ait eu illusion dans la lecture, quoique le nom du saint à l'ablatif soit encore plus extraordinaire que
(1) Gallia Christiana^ t. IV, col. 22o des iustrum.
la légende Sancti Crucis dans laquelle on remarque une bien grave erreur de genre.
L'abbaye de Saint-Etienne de Strasbourg était connue tout au commencement du y\\\^ siècle. Saint-Etienne d'Angers, prope muros Andegavenses, est cité dans un prœceplum de 770.
Nous ne parlons pas du Saint-É tienne dont le nom est inscrit sur un tiers de sou mérovingien de Bordeaux: BVRQI- TALÀ— SCI STEEAN {sic), parce qu'au temps de Pépin les monastères de Bordeaux étaient ruinés, et que, d'ailleurs, le pays était aux mains du duc de Gascogne.
Le monastère de Saint-Etienne de Dijon est bien antérieur au règne de Pépin, ^t c'est fort probablement son nom que nous voyons sur le denier décrit plus haut. On pourrait nous opposer les termes d'une charte de Charles le Chauve par laquelle, on 863, il accorde la monnaie à Saint-Étienne; voici en effet comment parle le roi :
carissimus nobis Isaac, Lingonensis ccclesia'. reve-
rendus autistes, adnostram se coUigensMajestatem, humiiiter postulavit, quatinus pro nostra pietate Ëcclesia^ Sancti Mammétis Lingonensis atque Ecclesiai Sancti Stephani Divionensis, quibus Deo ordinante ipse prseerat, monetam quam aiUea haberenon consiieverant , concederemus .... et ne nostra conccssio ex jam dictis monetis a falsis monetariis comitumqiie mim.$/m, aliquo violari potuisset ingenio; idcirco non ad jus comitum, sed ad utilitatem jam prasdiclarum Ecclesiariem, carumque reclorîs provisionem volumus pertinere (1). »
Mais il est clair que le roi entend concéder, à la requête de l'évêque, le pro/U de la fabrication que les agents du comte pouvaient réclamer au nom du roi; il est certain que monetam habere n'a pas du tout le même sens que inonetam cudere, et que nous ne pouvons, du texte de la charte, tirer qu'une conclusion, c'est que les évêques et les abbayes avaient besoin d'une autorisation royale pour frapper une monnaie qui ne fût pas ad jus comitum, c'est-k-dire au compte de l'Etat. C'est à
(l Pérard, Pièces pour llii^iluirc de tiouvfjognc, \k V8.
partir du règne du faible Louis le Débonnaire que nous voyons apparaître quelques-unes de ces concessions; les deniers de Pépin et de Charlemagne portant des noms d'abbayes sont des monnaies royales, et Texistence de la pièce de Saint- Etienne de Dijon, un siècle avant Thumble demande faite par Tévêque Isaac, n'est pas en contradiction avec le texte de la charte.
[L'o]vANiUM. Lotivain?
RXF. Revers; VANiO ; au centre, un O en losange
ou un A? Pièce brisée. — Poids inconnu. (PI. I, n* H.)
Ce fragment ne se rapporte à aucun des types publiés jusqu'ici ; je n'ai pas vu la pièce originale ; mais le calque qui m'a été communiqué mérite beaucoup de conGanco. C'est toutefois avec la plus grande réserve que je propose, jusqu'à nouvel ordre, d'attribuer ce denier à Louvain, lieu ancien dont l'histoire primitive est fort mal connue. En 884, les Normands vinrent établir leur camp à Louvain près de la Dyle : Nordmanni prope fluvium Clila, loco qui dicitur Lovonnium securi considerunt. Les annales de Saint-Waast nomment ce lieu Lttva-niwn; celles de Fulde Lovonnium et Lovon/ et cette dernière forme se retrouve dans Réginon.
Lovonnium provient-il d'une erreur de copiste, Ltivanium ou Lovanitim doivent-ils être préférés, et la monnaie nous donne-l-elle le droit de rectifier les textes ainsi que la forme moderne du nom pourrait nous conduire àradmettre?Cesont des questions qu'il serait imprudent, sans doute, de trancher en présence d'un monument mutilé que la découverte d'une monnaie bien entière viendra peut-être expliquer définitivement.
Vesontium. Besancon.
PRX. F. Revers, + VESON en deux lignes. — Poids, 1,29. (PI. I, n» 12.)
L'attribution de ce denier à Besançon ne soulève aucune difficulté; le nom de cette ville est écrit Vesoncio et Vesuncio sur les tiers de sou mérovingiens.
ViRDUNUM. Verdun.
N© 1. — P.RX F. Bevers, VIR DVN en deux lignes courbes autour d'une petite croix. — Poids, 1,32. (PL I, n* 13.) Un second exemplaire, qui présente deux points dans le champ du côté des lettres PRXF, pèse 1,07.
Un autre exemplaire dont je ne connais pas le poids.
N°2. — P. RX. F. Revers, VIRDVN en deux lignes séparées par une barre; dans le champ, une petite croix. — Poids, l«^ (PL I, n«14.)
Ces pièces sont différentes du denier connu (Conbrousc, Atlas desmonn. 7iat., pi. LVI, n® 4), que M. Ch. Robert a judicieusement restitué à Pépin [Etud. numtsm.^ Metz, 1852, p. 186). Le denier publié pesait 1»',08.
La forme de TN, qui termine la légende du n" 13, se remarque dans le nom FIRMINVS, découvert en 1697 dans la crypte de Sainl-Acheul, et qui a donné lieu k une si vive polémique (1). On voit encore cette forme six fois répétée dans l'épitaphe du martyr Gordien, Galliœnuncius, que dom Mabillon et dom Michel Germain considèrent comme un spécimen
de la vieille écriture gauloise (2). Enfin ce caractère appartient à l'onciale Caroline de nos manuscrits.
Le n* 14 offre ceci de particulier que le premier V est composé de deux traits reliés à la partie inférieure par un trait à peine visible. L'N est formé pai* deux jambages verticaux sans ligne oblique.
(1) On trouve l'analyse de cette discussion, et des copies de Fioscription dans Tcavrage de M. Edmond Le filant, intitulé : Inscriptions chrétiennes de la Gaule, Paris, 1856, in.40; t. I, p. 434/ pi. 39, n° 232.
(2) Iter italicum, 1687, p. 141.
22 CKNT DENIERS
AuTTR AMNus [monetaniis] .
N° 1. — R. P. Revers, AVT— TRA— NO en trois lignes, neuf exemplaires. — Poids, 1^^, 33; 1«%M ; 1^%30: 1?%29; l'^%29 Igr 24 ; 1x^,23 ; lg%15 ; ls%12. (PL II, n" IS.)
N° 2. — R P. Revers, AT— TR— NO en trois lignes. — Poids, ^ï?^24. (PI. U,uM6.)
N** 3. — R . P. Revers, AUT— TR— NO. on trois lignes. — Poids, 1«?',42. (PI. II, nM7.)
N* 4. — R. P. Revers, NT— TR— NO en trois lignes. — Poids, ^^. (PL II, n° 18.)
N^ 8. , — R P. Revers, M— TRA— NO en trois lignes. — Poids, li?',29. (iPL II, nM9.)
Sept autres exemplaires dont je no connais ni le poids ni la légende ; en tout vingt.
La pièce gravée sous le n° 15 de notre pL II, a été publiée par Le Blanc qui lui a donné le quatrième rang dans sa planche des monnaies de Pépin, en quoi il a été suivi par l'éditeur de l'histoire de France du Père Daniel (édit. de 1785, t. H, p. 223). A cette époque on tournait de côté le dessin de la monnaie, en sorte que les deux barres qui séparent les lignes de la légende paraissaient être les traits verticaux des deuxPP de Pipinus.Eckhart et Lelewel ont replacé ce denier dans son véritable sens; mais ils y ont vu le nom de Melle ; la mémo monnaie a ensuite été attribuée à Autun, à Paris, au Palais, à Trêves, à Auxerre. N'ayant jamais vu de ce denier que deux exemplaires analogues à celui que nous avons décrit ici au dernier rang et figuré pi. II, n"* 19, avec cette différence que la légende n'était pas renversée, j'ai moi-même lu MON TRAIectî, monnaie d'Utrecht (1). Mais les treize deniers du trésor dlmphy que j'ai sous les yeux me donnent un moyen sûr de revenir sur mon erreur et même d'en indiquer la cause.
(1) Voyez la figure de ces deux deniers, Revue numismatique ^ t. H, 1837, pi. Vm, n« 4, et t IX, 18H, p. 93. (P. 135 du tome IV des Œuvres de A. de Longpérier.) Celte variété ne s'est pas retrouvée parmi les treize deniers que je viens d'examiner; mais elle se rencontre peut-être entre les sept exempt n ires que je n'ai pas vus.
Le n*» 13 de la pi. II porte AVTTRÂNO, ce qui se lit Aiittramno en rétablissant l'M représenté par un petit trait placé au-dessus de l'A. On aurait pu contester la première syllabe et lire ANT au lieu d'AVT ; le denier n° 17 nous montre que la seconde lettre est bien un U.
Le n* 18 présente la syllabe AV retournée; enfin, après une première altération de la légende dont le n^ 16 est un exemple, nous arrivons au n^ 19 où nous trouvons la diphthongue AV soudée au T pour former un M, puis la syllabe TRÂ renversée. C'est à cette dernière pièce que se rattachent de très près les deux deniers publiés dans la Revue numismatique (1837, pi. Vm, no 4 et 1844, p. 93).
Maintenant il nous reste à dire qu'Auttramno n'est autre chose que le nom d'homme Auiiram?ius à l'ablatif. Ce nom nous le trouvons dans divers textes carlovingiens sous les formes Altramnus, Altrannus, Aletramnus, Aledramnus, Aledrannus, Autrannus, Auterannus, Auderamnus, Audramnus, Ottrannus, Odramnus. Nous pouvons citer aussi un nom très voisin, Aittramnus ; voisin seulement pour la formation, parce que les noms qui commencent par AIT font une classe à part ; mais Auttendus, Auttinus, Auttrudis, Ottulfus, Ottradus, nous fournissent d'autres exemples de l'altération du radical ALD- Quant à la terminaison RAMNVS première altération de CHRAMNVS (Bertchramnus, Gairechramnus, Waltechramnus) qui vient du radical germanique hraban, elle est une des plus communes parmi les noms des Francs; il nous serait facile d'en citer encore plus d'une centaine après ceux que nous avons déjà indiqués. Mais sans aller si loin, nous croyons pouvoir mentionner quelques noms de cette classe afin de bien prouver q^* Aujttramnus appartient à une famille de noms d'homme, qu'il est impossible de confondre avec des noms géographiques. On trouvera donc en lisant les textes carlovingiens : Amaltrannus, Ansedramnus, Baltrannus, Bertramnus, Blittrannus, Constrannus, Dcodramnus, Domtrannus, Droctramna, Dulcedramnus, Electrannus, Ercadramna, Ermedrannus, Evertramna. Fulcadramnus, Gairtramnus, Guntramnus, Hiltran-
nus, Ingadràmnus, Lantramnus, Lctiiramnus, Mahidrannus^ Maintrannus, Mondramnus, Natrannus, Raintramnus, Rotrannus, Sigedrannus, Sintrarnnus, Teulrannus, Wallramnus, Warracdramnus, Willrannus, Witramnus, etc.
Ainsi dans le radical HRABAN, on voit le B se changer on M ; puis Tarticulation MN devenir fréquemment NN; enfin plus tard le second N se change en D, Ingalramnus devient Enguorand ; Bertramnus, Bertrand.
Sur les deniers de Pépin, Auttramnus est à Tablatif comme le nom de tant de monétaires inscrits sur les tiers de sou mérovingiens. J'avais déjà signalé un fait analogue pour Fépoque carlovingienne. WALACARIO qui se voit au revers d'un denier de Charlemagnc m'avait paru n'avoir aucun rapport avec un nom de lieu. J'ai depuis retrouvé le nom de Walacharius dans le testament d'Erminthrude écrit en l'an 700 (1), — Walecarius dans le Polyptyque d'Irminon et dans le nécrologe carlovingien de Saint-Germain-des-Prés. J'ajoute le nom de l'évêque Walocharius et ceux de Walager, Waltcarius, Walcarius, Walitcarius, et on conviendra qu'avec les deux noms Walchorius et Wilecarius tirés de la charte de Pépin datée de 747 et déjà cités à l'appui de mon explication (2), il en résulte im groupe suffisant pour établir une conviction inébranlable.
AiTDOMUNDis [moneianus],
RX PPIN, en monogramme. Revers, AVDOMN, en monogramme. — Poids, 18^',29. (PI. II, n" 20.)
Le monogramme tracé au revers de ce denier rappelle immédiatement celui qui se voit sur une monnaie de Carloman, fils de Pépin, publiée par M. Cartier en 1839 [Rev. num,, p. 105, pi. IV, n? 22), et reproduite par M. Conbrouse dans son Atlas des monnaies nationales (pi. 56, n® 9). Cependant ces deux monogrammes, dont la disposition offre tant de rap-
(1) Pardessus, Diplomata^ t. H, p. 237, n** 452, anno 700.
(2) Notice des monnaies franc, de M. Rousseau ^ p. 104.
til
porls, présentent, quand on les examine, des différences assez marquées. Sur le denier de Carloman, l'M croisé avec TA, est en même temps lié à un E placé dans le D. Ici, au contraire, cet M est bien détaché et laisse distinguer après TA un V suivi d'un Di qui contient un O. L'A est penché de façon à former avec le V un N très régulier. Le monogramme du denier de Carloman donne, à ce que je puis croire, AMEDEI ; celui du denier de Pépin, AVDOMVNDO. Audomundus est un nom de monétaire mérovingien qui se retrouve souvent dans les textes.
Comme point de comparaison, nous ferons remarquer qu'on lit ANSOALDO dans le monogramme représenté sur un denier publié par M. le marquis de Lagoy (1).
Sous les Carlovingiens, d'ailleurs, de même que sous les Mérovingiens, les noms d'hommes tracés en monogrammes ne sont pas rares. Nous citerons, comme un exemple qui pourra servir à déchiffrer certaines monnaies d'argent, les quatre monogrammes de Guido, Uto, Andres et Alvic, écrits au bas d'une charte donnée à Mayence en 913 (2).
On voit bien sur des deniers carlovingiens du Mans, de Saint-Géry, de Chalon-sur-Saône, des noms de lieux écrits en caractères plus ou moins liés les uns aux autres sur la même ligne ; mais cette disposition est fort différente de celle qui a été adoptée pour les noms d'hommes.
Dans le médaillier de la Bibliothèque impériale, il existe un denier inédit de Pépin, portant d'un côté le monogramme royal, composé d'un R, d'un N et d'un P, sans I et sans X, et, au revers, un monogramme semblable à celui du denier de Carloman, avec cette exception que l'M n'est point Hé à l'E. Ce denier est attribué à Angers.
On pourrait, dans les trois monogrammes que nous décrivons, chercher un même nom de lieu avec la double forme
(1) DescripL de quelques monn., mêrov. découvertes en Provence f Aix, 1839, no 3G. — Revue numismatique ^ 1839, pi. XVH, n° 26.
(2) Mémoires de T Académie des inscript. , t. XXXVI, p. 167. Ces signatures montrent bien qu'il faut lire le nom de Févèque Adeodatus sur le denier méroYlDgien de Chartres.
ANDEMatunum, ANDOMatunum, et attribuer les trois deniers à Langres, ou bien encore AVNED et AVNDO pour Aunedonacum ; mais ces noms gaulois n'étaient plus en usage au vni° siècle.
Argentoratum. Stf'fïsbourr/,
R PPN en monogramme. Revers, CIV . ARGRAT, autour d'une croix.— Poids, ^K^32. [Rev.mim., 1856, pi. V, n"» 1 (1).]
J'ai décrit cette pièce, il y a deux ans, dans la Revue. En la trouvant dans la collection de M. Gouaux, j'avais été frappé de la correction qu'elle apportait à k lecture CIVARORAT. proposée par Mader, reproduite tant de fois, et qui a donné lieu à une attribution si mal fondée. J'ignorais que la restitution de cette pièce à Strasbourg avait été réalisée [déjà par M. Louis Levrault (2). M. Hermand, qui n'acceptait qu'avec beaucoup de difficulté, pour Arras, le denier sur lequel on avait lu civ. arorat, n'avait pas plus que moi connu Texistence du beau denier appartenant au médaillier de la ville de Strasbourg, pièce dont M. Levrault a publié la gravure, et qui avait suffi pour trancher la question.
Je me suis tout récemment aperçu de mon tort bien involontaire, et je me félicite de ce que la découverte d'Imphy mo procure une occasion de le réparer.
Au reste, quatre* ans avant la publication de l'ouvrage de M. Levrault, M. de Saulcy, sans avoir connu le denier du médaillier de Strasbourg, uniquement guidé par son heureuse sagacité, avait écrit dans la Revue numismatique : « J'aimerais mieux admettre dans le mot Arorat quelque contraction qui permit d y voir, par exemple, Argentoratum, Strasbourg. » Mon vieil ami, qui a tant écrit depuis 1838, a probablement oublié ce passage comme je l'avais fait moi-même, et comme Ta oublié M. Levrault.
(1) p. 338 du tome IV des Œuvres de A.lde Longpérier.
(2) Essai sur la monnaie de Stras ffourg^ 1842, p. 97.
DE PÉPIN, DK CARLOMAN KT DK CHARLEMÀGNE. 27
Camaracum. Cambray,
RP et une sigle qui parait former PI ; dans le champ une petite croix. Revers. CAMARACO en deux lignes, séparées par une barre. — Poids, l»r,20. (PI. II, n*»21.)
Les tiers de sou mérovingiens frappés à Cambrai, portent CAMARACO. CAMARACO CIVI. CAMERAC. On trouve CAMA- RACVS ou CAMARACVS CIVIS sur des deniers de Louis lo Débonnaire, de Charles le Chauve, de Lothaire 1*' et de Zwentebald. Le caractère qui est lié à FM du denier de Pépin, parait être un A renversé.
Il existe dans la collection de M. Dassy, un denier de Pépin portant le nom de Saint-Géry, SCI OAUgerici, frappé par conséquent pour une abbaye qui a fait fabriquer aussi, sous Charles le Chauve, des deniers à la légende SCI GAUGERICl Monasteriîim.
^ On voit donc que la ville et l'abbaye ont continué parallèlement leur fabrication monétaire. C'est qu'en effet Tabbayo constituait une localité distincte avec son territoire et sa population de colons et de serfs.
CARNOTiE. Chartres.
R P P N en monogramme. Revers, saint Chéron debout et de face, tenant de chaque main une croix. — Poids, i^,31, (PI. II, no 22.)
Le trésor dlmphy contient quatre pièces au même type. Tune de Pépin, les trois autres de Charlemagne; elles ont été frappées dans le même lieu et probablement à (^faîu-tres. On pourrait classer ces monnaies dans leur ordre chronologique, sans même regarder le côté qui porte les noms royaux. Il suffirait pour cela de donner quelque attention à la dégénérescence du tjrpe.
En 1840, j'ai publié un denior de Pépin, appartenant à M. Dassy, sur lequel on voit d'un côté le monogramme P RX F
et de l'autre un personnage nimbé tenant deux longues croix, et accompagné de la légende CARN, dont les lettres sont séparées par la figure et les deux croix (i). La description et le dessin de cette monnaie ont été, depuis plusieurs fois reproduits. (Voyez Conbrouse, Atlas des monn. hat.y pi. CCX, n*4. — Cartier, Type chartavij 1846, pi. XV. — Cartier filsi, Bech. sur Torig. des monn. chartraines, pl.IB — E.DeLépinois, Hist. de Chartres^ t. I, pi. à la p. 403, n® 4.) Il me paraît très probable que ce personnage nimbé est saint Chéron, sanctus Caraunus, l'apôtre du pays Chartrain. J'ajoute que la légende C-A-R-N pourrait représenter à la fois le nom de la ville. Carnotœ^ et le nom du saint, CARauNus.
Si l'on compare le denier de Pépin à l'ancien type (P RX F) du cabinet de M. Dassy, avec celui au type PPN R (pi. II, n* 22) et celui de Charlemagne (pi. III, n® 41), on pourra constater l'altération progressive de la figure du saint.
Pépin tenait encore à la première race. Il appartenait à cette classe de seigneurs qui, depuis le milieu du vn"" siècle, frappait de la monnaie d'argent. Il n'est pas étonnant que sa monnaie rappelle encore celle des Mérovingiens.
Sous Charlemagne, on a pu continuer des types de cette nature ; mais on n'a pas du en créer de nouveaux. L'église de Chartres est une des sept auxquelles Pépin mourant fit une donation proanimae suae remedio (2).
Cavilonnum. Châlon-sitr-Saône.
RX PPN en monogramme. Bevers, C A V I L rétrograde. — Poids, 1K%22. (PI. II,n«23.)
Le monogramme de Pépin tend à se compléter. Ce ne sont plus seulement deux P, un R et des I que l'on y trouve, mais bien encore un N et un X.
(1) Monnaies fmnç, inéd, du cabinet de M. Dassy, in-S", 1840, p. 7, n» i. J'avais découvert ce denier de Pépia au milieu d'un paquet de monnaies trouvées & Chartres et appartenant à M. de Viliiers.
(2) Dom Bouquet, Eistor. de France, t. V, p. 593.
Un denier de Charlemag^ne avec la légende CAVIL, a été gravé dans le Traité de Le Blanc (1" planche de Charlemagne, n^ 2). Eckhart y avaît fort judicieusement reconnu le nom de Chalon-sur-Saône (1) ; mais après lui plusieurs numismatisles, ont voulu voir dans ce monogramme le nom de Cavaillon.
Il nous semble que Chalon-sur-Saône, nommé Cavillonum dans Grégoire de Tours et dans Nilhard, ville qui possédait un atelier monétaire si actif sous la première race, et qui a frappé alors plusieurs variétés de tiers de sou avec la légende CAVI- LONNO, a plus de droits à l'attribution des deniers de Pépin et de Charlemagne que Tantique Cabellio, dont Tatelier monétaire paraît n'avoir rien produit pendant toute la période mérovingienne. La légende CAViLONIS Cl VIS se lit sur un denier d'Eudes. Les monnaies de Lolhaire, de Robert et de Henri I" portent CAVILON CIVITAS. Suivant le savant B. Guérard, deux passages du Polyptyque de saint Rémi de Reims : « Pro ccuropera Cavalonense denarios //, et in Cavilonia dinarios //, indiqueraient des charrois faits à Chalons-sur-Marne. L'éminent érudit n'a fait, au sujet de cette forme du nom de Chalons, aucune observation ; mais nous devons rappeler que le manuscrit original du Polyptyque est perdu depuis longtemps, et qu'on en possède seulement une copie du xvni® siècle. D'un autre côté, on trouve dans Nithard Chalons-sur-Marne nommé Cadelonensis urbs et Cadellonica urbs. Raoul Glaber transforme aussi les Catalaimi en Cataloni, Il est donc fort probable qu'au temps d'Hincmar, lors de la rédaction du Polyptyque, la diphthongue AU tendait déjà à se changer en O, et que le texte primitif portait Cadalonense et Cadilofiia, si toutefois ce dernier mot se rapporte bien positivement aux charrois de Chalons, ce qui demeure obscur.
Le continuateur de la chronique de Frédégaîre nous apprend qu'en 755 Pépin était venu avec toute son armée à Châlon-sur-
(1) Comm. de reh. Franc, orient., t. H, p. 93 : monogramma nobis CAVA- LON'I reddit, eoqne Cabilonum ialclligitur urbs GalliiB episcopalis ad Arariin Uuvium sub archiepiscopo Lugduuensi. — Ce passage si cluir a donné lieu au plus étrange contre-sens.
Saônc^ et nous savons par le même auteur qu'en 761 Tennemi de Pépin, Waïfre, s'était approché de cette ville et avait dévasté ses environs et ses faubourgs : Waifarius. • . usque Cavilloniun, omnem exercitum suum tratismisit et totam regionem illam, id est Augustodunensium usque ad Gavillonum igné cremavit, et suburbana Cavilloni urbis, quidquid ibidem reperierunt, omnia vaslaverunt (1).
Gêna VA. Genève,
+ RX.P PN en monogramme. Mevers, G E NU. — Poids, 1^',29. (PI. II, n« 24.)
Ëginhard dit qu'en 773 Charlemagne vint à Genève, cité de Bourgogne : cum toto exercitu Genuam^ Burgundise civitatem, juxta Rhodanum sitam, venit. Dans plusieurs de ses lettres, le même écrivain emploie cette expression : in Burgundia, in pago Genawense ; et dans son récit de la translation des martyrs saint Marcellin et saint Pierre, nous trouvons ce passage : Homo quidam de provincia Burgundia, ex territorio Gennavensi.
Suivant le continuateur de Frédégaire, Pépin marchant contre Astolfe, en 7SS, s'était porté, avec toute son armée, dans la Maurienne, en passant par Chalon-sur-Saône et Genève.
Certainement la forme Genua explique la légende du denier d'une manière fort acceptable. Cependant on pourrait se demander comment, ayant à sa disposition la place suffisante, le graveur des coins n'a pas ajouté l'A complémentaire. La réponse à cette question se trouverait dans la forme germanique du nom de Genève, Gen/, que représente très clairement Genv. L'F n'a remplacé le V que parce que la prononciation a décidé de l'orthographe. A cet égard, il peut être curieux de constater l'antiquité de l'échange du V et de l'F, du B etdu P qui est un
(1) Doui Bouquet, Hcc. des hid. de France, t. V, p. 3, f4ip. cxxi cl p. o, cap. cxxv.
des traits caractéristique de la prononciation germanique et helvétique.
Ainsi, tandis que dans des inscriptions tracées à Rome on trouve la dédicace SVLEVIS, une inscription découverte à Maley, près Lausanne, porte SVLFIS. Le nom de ces sylphes ou Elfen se voit encore écrit SVLEVIABVS, en tête d'une inscription découverte à Schweppenburg, près d'Andernach. Sur un vase de terre recueilli à Ilanau on lit le nom du potier Viclorînus FICTORINVS F[ccitJ ; le nom FOLKMARVS se remarque dans une inscription antique de Mayence; enfin une stèle trouvée à Cologne porte la dédicace HONORI ET VAVORI pour Favori (1).
Une pierre trouvée à Iloheburg, près Orlen, offre le nom du centurion Crescentinus Respectus écrit CRESCENTINO RES- BECTO. A Yverdun, en Suisse, au milieu des débris de Tantique Eburodunum, on a découvert Tépitaphe que voici :
+ IN Dl NOMENE RAMBERTVS (2) PONERE CVRA VIT hUNC LABIDEM SUB qVO REQVIESCIT FAMO LA Dî EVFRAXIA MONAChO.
Ce texte, qui paraît être de la lin du y\\^ siècle, contient, comme on le voit, labis pour lapis.
Une preuve un peu plus ancienne nous est fournie par des tiers de sou d'or mérovingiens, du monétaire Magnulfus, sur lesquels on lit PREVENDA SILVA et PREVVNDA SILVA pour Profunda silva (3), traductioiji du celtique Ar Doiin (la profonde), Arduenna Silva.
(1) Sleiner, dans son Codex inscnpiionum Rheiii (ï, p. 307, n» o39}, a enregistré le nom d'un potier QESAL. VI imprimé sm* un vase trouvé à Augst (Âugusta Rauracorum), et il explique VI par fictor. Mais nous pensons que rinscription a été mal lue et qu'il faut y reconnaître, non pas QESAL VI, mais OF SALVI (officina de Salvius), comme sur des vases de terre de Windisch.
(2) Nous n'avons pas vu l'original, et il parait qu'on pourrait y lire : In dei nomen Frambertus.
(3) Conbrouse, Recueil de monétaires des rois mérovingiens, pi. 29, n" 4, et pi. 33, n" 8. — Cf. Lelowel, Allai du M. A., pi. IV, W 15.
R . [RoTOMAGusj ? Rouen ?
RR PPIN en monogramme. Revers, R entre deux petites croix. Neuf exemplaires. — Poids, 1»',47; U^%39; 1«%U\ ls',M; ls%24; 1»^,18; ^s^lJ); 1?',12; ^8^ (PI. II, no 23.)
Deux autres exemplaires dont je ne connais pas le poids.
Sur les neuf deniers que j'ai examinés, deux présentaient cette particularité unique dans tout le trésor ; c'est que le côté du monogramme royal avait été, pour ces deux pièces, frappé avec le même coin ; les revers étaient différents. La forme de la lettre R varie beaucoup, tantôt très étroite, tantôt fort lï^rge, ou démesurément allongée.
Il est extrêmement difficile de déterminer en quel lieu ces deniers ont pu être frappés ; il nous semble que Rouen et Reims conviennent k titre égal. C'est assez dire que l'étude de ces pièces ne nous a pas encore donné beaucoup de prise. Lorsqu'on connaîtra mieux les deniers d'argent appartenant à la fin de la première race, on trouvera sans doute quelque indice propre à nous éclairer.
Sancti CiRTCi [monasterium]. Saint-Cirgues.
R PPN en monogramme. Revers^ SCI CiRiCI en deux lignes. — Poids, i&%32. (PI. U, nV26.) , Deux autres exemplaires dont je ne connais pas le poids.
Le premier nom géographique auquel fasse penser Saint- Cyr (Sanctus Ciricus ou Quiricus), c'est assurément Nevers, dont la cathédrale a pour patron le martyr de Tarse. Pépin vint à Nevers en 763, ainsi que l'attestent Éginhard et le continuateur de Frédégaire (1). Aussi connaissons-nous un denier de celte ville frappé au nom du fondateur de la seconde race (2). Mais la cathédrale était alors sous l'invocation de la
(1) Einardi AnnaU franc, t anuo 763. — Fredeg, chron, cont.y pare IV, cap. cxxx, doin Bouquet, t. V, p. 6. .
(2) G. de Soultrait, Essai sur la numhmatlfjitc nivernaUe, in-S®, 1834, p. 12.
DE PÉPIN, DE CARLOMAN ET DE CHARLEMAGiNE. 33
Vierge et des saints Gervais et Protais. C'est on 817 qu'elle fut mise sous la protection de Saint-Cyr ; par conséquent, ce saint, à l'époque où les deniers d'Imphy ont été frappés, ne pouvait pas désigner la ville. D'ailleurs le nom au génitif indique une abbaye.
Nous ne saurions songer à celle de Sainl-Cyr, près Choisy, au diocèse de Chartres, puisqu'elle fut fondée par l'iévêque Robert qui mourut en 1164.
Mais nous n'hésitons pas à attribuer les deniers de Pépin au monastère de Saint- Cirgues (apud Arvernos monasterium Sancti Cirîci), fondé au temps de Sidoine Apollinaire, pai* l'abbé Abraham, dont Grégoire de Tours a écrit la vie (1).
Le nom de Sanctus Ciricus est devenu Saint-Cirgues, de même que Pagus Rutenicus a produit Rouergue ; Dominicus, Doumergue; Canonica, Canourguc. C'est bien à tort qu'on a dernièrement cherché dans le nom d'une localité arverne, CantoergOj les mots cantits, orgia et le souvenir des mystères de Bacchus (2).
Pépin a frappé monnaie à Clermont. Paul Pétau nous a conservé le dessin d'un de ses deniers (reproduit parLelewel, Atlas du moyen Ag,, pi. VI, n° 1), sur lequel on voit d'un côté RXF accompagnés d'un astre, et, au revers, A R avec la même étoile. Le double astre se retrouve accostant les deux capitales A R qui forment, sans légende, le type du revers d'un tiers de sou mérovingien frappé à Trizac (TRVSCIACO FIT) près de Mauriac, en Auvergne (3). On peut voir dans Bouteroue (p. 227, n® 87) trois autres tiers de sou avec les lettres A R et l'étoile.
Carloman, frère de Charlemagne, a frappé aussi, à Clermont, un denier publié depuis longtemps par Le Blanc.
(1) Greg. Turon., Dtf tjlor, conf.f cap. lïl. — BoUaod., Vita sanct., 13 juin, p. 1058. ^
(2) MathieU) Colonies et voies romaines en Auvergne^ 1857. (3J Mader, Kritische Heitrxge zur Mûnzk.y t. I, tab. i, n» 5.
3i CExNT UKNIEHS
Sa.nçti Pétri [moiiasterium]. Saint-Pierre-le-Vif à Sens,
R PP N en monogramme. Revers, SCI PETRI en deux lignes. Le T lié à TR, deux exemplaires. — Poids, 1»%38 ; Ip',32. (PI. n, n»27.)
Un troisième exemplaire dont je ne connais pas le poids.
Cette pièce a été attribuée à Maestrichl, àTongres, à Trêves. Nous ignorons pour quelle raison, car Texislence d'une église dédiée à saint Pierre serait un motif bien insuffisant puisque le nom de ce saint se retrouve dans toute la Gaule. Mais, sans parler des églises, de nombreux monastères en France ont été placés sous le vocable du grand apôtre. Au Mans, à Châlonsur-Saùne, à Reims, à Mâcon, à Auxerre, à Lyon, à Vienne, à Metz, des monastères de saint Pierre avaient été fondés pendant les vi% vu* et vui* siècles, et Pépin peut y avoir fait frapper monnaie. Qui nous guidera dans ce dédale et nous aidera à résoudre une question qui, en Tabsence des textes, parait si ardue ?
L'étude du type et du stylo peut seule venir a notre secours.
Je compare donc le denier au nom de saint Pierre avec tous les deniers de Pépin, faisant partie de la trouvaille dlmphy ou connus antérieurement, et je constate que celui avec lequel il a le plus d'analogie est le denier de Troyes. Or, prenons une cai*te et cherchons un peu quelle est la ville la plus ancienne et un peu considérable qui soit la plus rapprochée de Troyes. Nous trouvons Sens, sa métropole; en sorte que si Ton admet notre observation, on devra dire que c'est la monnaie de Troyes qui à le style de celle de Sens. Dans cette ville existait un monastère célèbre, fondé au commencement du vi' siècle, Saînt- Pierre-le-Vif, illustré par la chronique du moine Clarius. C'est là, nous le croyons, qu'ont été fabriqués les deniers découverts à Imphy ; et, du moins, nous avons fait connaître les considérations sur lesquelles repose cette opinion.
DE PÉPiN, DE CAHLOMA.N ET DE CHAHLEMAGiNË. 35
TftECJjf. Troyes,
R PPN en monogramme. Revers, TRI CAS en deux lignes, et une croîsette. — Poids, 1^,23. (PL II, n» 28.)
Cette monnaie est une variété du denier que j'ai publié [Notice des mon, franc, de M. Rousseau, p. 100, pi. III, n® 224) et qui est beaucoup plus petit, quoique son poids soit de 1k'',22. Au reste, ces pièces sont du même style, ce qui rend encore plus curieux la différence de module. L'A, gravé sur le denier d'Imphy, est ouvert par le haut. Les deniers de Trpyes peuvent compter parmi les plus rares.
Pépin vint à Troyes en 761 avec son armée ; il y passa do nouveau en 763 et en 767, suivant toujours le même itinéraire, car de là il se rendait à Auxerre (1).
Venasca ? Venasque.
R PPN en monogramme. Revers, VIIVSCO CI? autour d'une croix. Poids, 1«?',30. (PI. II, n^ 29.)
Dans une notice sur quelques monnaies carlovingiennes [Revue numismatique de 1886 (2)], j'ai proposé d'attribuer à Vénasque un denier de Charlemagne, qui porte une légende semblable à celle de ce denier de Pépin, et qui se trouve dans un des ouvrages d'Eckhart (3). D'après la gravure de cet auteur, la légende qui entoure la croix est assez nette. Ici le C est lié à l'I, et oe groupe pourrait être pris pour un P, si, en l'examinant de près, on ne distinguait un certain renflement qui accuse la naissance de l'I. L'N et la croix sont mal venus au frappage ; plusieurs lettres sont empâtées. En somme, cette pièce, au lieu de nous aider à contrôler la lecture du denier publié par Eckliart, ne fait qu'accroître notre incertitude.
Peut-on voir dans ces légendes un des degrés d'altération
(1) Fredeg., Chronic. contin., pars IV, cap. cxxv, cxxx et cxxxii. — Doiu Bouquet, Hist,, t. V, p. 5, 6, 7.
(2) V. p. 337 du t. IV des OEuvirs de A. de Lofuj^jèsicr,
(3) Comment, de iX'O. Frane. orient., t. II, p. 92, u" 31.
par lesquels Vindausca civilas a dû passer pour devenir Venasque ; c'est ce que je n'ose pas affirmer, quoique je ne voie à cela rien d'impossible.
Quoi qu'il en soit, constatons un exemple de plus des- types communs à Pépin et à Charlemagno.