LES MONNAIES ÉTRANGÈRES EN FRANCE
dans le litre des monnaies, fait remarquer qu'aux yeux mèm ^h^^ des populations les mutations d'espèces rentraient dans Texe^^x» cice légitime d'un privilège de la souveraineté. Ces popuUi^^. tions souffraient, se plaignaient, se révoltaient ; mais elles ^^ contestaient pas le droit du prince. Des villes, des provins ^^^ se soustrayaient au dommage pour un temps donné moy^^^j^, nant des redevances fixes.
Les barons rencontraient dans les espèces de coin roj^ra/ plus abondantes, mieux famées que les leurs, une concurrft. ~zuce redoutable pour leur fabrication locale, et afin de lutter.^ //^ recouraient à la ruse et copiaient les types de la monnaio (|^ roi. Le monnayage seigneurial fut interdit, et le mal ni3 fm pas pour cela conjuré. Un cordon de souverainetés indépei?dantes détachées au xi» et au xu* siècles de l'empire d'Allemagne enlaçait la France, et chacune de ces souveraiuefés était un foyer de contrefaçon monétaire. Sur la ligne qui s'étend de la Méditerranée à la mer du Nord, par les vallées da Rhône, de la Saône, du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, tout seigneur laïque ou ecclésiastique était devenu prince monnayeur. Possesseurs pour la plupart d'États dont Tcxiguïté territoriale et la faible population ne comportaient pas une mounaie spéciale ou ne demandaient qu'une émission restreinte, ces petits souverains ne monnayaient guère que pour exposer au. dehors. Il y avait à combattre encore l'invasion patente mais non moins redoutable des monnaies émises par les grands États de l'Europe.
L'admission des nionnaies étrangères, commandée en certaines occasions par les exigences du commerce, devient, dès qu'elle dépasse les besoins qui l'ont motivée, une mesure féconde en perturbations financières. L'État qui les accepte n'a plus de police monétaire. Son contrôle, sa direction n'auront porté ni sur le titre, ni sur le poids des monnaies introduites dans la circulation.
Au XHi® siècle déjà ce danger était senti, et l'exposition des espèces étrangères qui couraient en France était tenue pour désastreuse. Afin de résister à l'envahissement des besants et
PAR P, MANTELLIER. 3il
des marabolins, saint Louis fit fabriquer des monnaies d'or, et donna à la monnaie d'argent un titre et une dimension qui devaient la mettre hors de pairs. Mais plus tard les affaiblissements de la monnaie nationale, l'influence des étrangers ramenèrent dans notre commerce les espèces espagnoles, anglaises et flamandes.
Lorsque Louis XI eut aboli l'affaiblissement des monnaies, il semble que l'abandon de cet expédient malheureux qui avait tant contribué' à donner faveur aux espèces étrangères devait permettre de les exclure et de revenir' à l'ancien principe de la prohibition. En 1465, Louis XI l'essaya; mais la masse du numéraire introduit était si grande, qu'on n'aurait pu le décrier brusquement sans porter le trouble dans les transactions et la ruine dans les fortunes. On se contenta donc de fixer un délai, passé lequel leur exposition devait être interdite, et de, déterminer en attendant le taux auquel leurs cours serait toléré. Par l'édit, daté de Jargeau, qui règle ce taux, on voit que toutes les monnaies de l'Europe, à peu d'exceptions, circulaient en France. Mais le délai expiré. Je décri ne fut point proclamé. D'autres ordonnances promulguées en 1475 et en 1479 ne furent pas plus efficaces.
M, Mantellier, en quelques pages remarquables, fait le tableau de l'état de l'Europe à la fin du xv* siècle et au commencement du xvi% et montre que la situation centrale de la France, à l'époque où la guerre aussi bien que le commerce activait les relations internationales, contribuait à en faire le rendez-vous de monnaies qui en dehors même de ses frontières avaient acquis un cours général.
Mais la découverte de l'Amérique, en attirant des masses d'or et d'argent en Espagne, «devait avoir une action plus puissante encore sur notre numéraire. Charles V fit fabriquer en abondance les petits ducats à une croix potencée, à 22 karats de loi, et à la taille de 72 au marc. Ces pièces étaient reçues en France pour 43 et 48 sous, valeur surhaussée comparativement à celle des écus royaux (au soleil ou à la croisette) qui forgés à 23 karats de loi, et au poids de 71 1/16 au marc, cou-