‹ ŒuvresChapitre 123 sur 145 · ET DE PÉPIN, ROI D^AQUITAINE · texte numérisé non relu

ET DE PÉPIN, ROI D^AQUITAINE

(Extrait du tome XIII (nouvelle série] de la Revue numitmatiquey

1868, pp. 188-200.)

(PL. JCV.)

Vers la fin de 1866, il a été découvert dans un pré de la commune de Nourray, canton de Vendôme (Loir-et-Cher), vingt beaux deniers de Charles le Chauve qui la plupart furent acquis pour le médaillier de la société archéologique du Vendômois, et qui ont été le sujet d'une intéressante dissertaiioo due à M. Ch. Boucliet. Le savant bibliothécaire a su tirer un excellent parti de l'examen de ce petit trésor, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer le lecteur à la notice qui vient d'être indiquée. Outre une pièce portant la légende PALATINA MONETA, le dépôt de Nourray contenait des deniers frappés à Paris, Saint-IJenis, Orléans, Nevers, Tours, Bayeux, Reims, Auxerre, Chalon-sur-Saiftne, Amiens, Térouanne, Yendiëre et Aix-la-Chapelle. On connaissait déjà un denier de Çharlemagne frappé dans cette dernière ville, pièce qui porte la légende + AQVISGRAN en cercle autour de la petite croix pommetée des villes du Nord-Est (1). Le denier publié par M. Boucbet offre un renseignement plus explicite ; il a été fabriqué dans l'atelier du palais : -f AQVIS GRANI PAL', et selon toute vraisemblance après la mort de Lothaire U,

(1) Cappe, Die Mùnzen der deutschen Kaiser und Kœnigey t. I, Dresde, 1848. pi. 1, n** 1.'

, MOiNiNAJES DE CHARLES LE CHAUVE. 349

lorsque Charles le Chauve, s'élant fait couronner roi de Lorraine à Metz, le 9 septembre 869, se rendit à Aix. « Indeque, disent les annales de Metz, digrediens, Aquisgrani palatium ingressùs est, eo quod sedes regni esso videretur, ubi multo plures ad eum contluxerunt. » M. Bouchet a parfaitement appliqué ce passage à la monnaie qu'il avait sous les yeux ; et on pejit ajouter que le type de ce dernier appartient en effet à une époque avancée du règne de Charles le Chauve (voyez notre pi. XV, n» 1).

Le lo avril 1864, on découvrit dans la commune de Glisy (Somme) un autre dépôt beaucoup plus considérable de monnaies duix** siècle. D'après les renseignements que voulut bien me donner au mois de juin 1866, M. Charvet, qui venait d'acheter plus de la moitié du trésor, la trouvaille comprenait environ 600 pièces, tant deniers qu'oboles. M. Bazot nous avait d'ailleurs déjà fait connaître la découverte par une intéressante notice dans laquelle se trouve la description de 170 pièces avec fac-similé des légendes (1). Du catalogue très détaillé contenant l'indication des poids et le dessin des monnaies les plus précieuses que M. Charvet a eu l'obligeance de me remettre, j'ai extrait la description de sept deniers et de deux oboles qui font naître quelques observations.

N^ 1. Monogramme de Karolus. + GRATIA D-l RIX.

i^. + AIRASI CIVITAS. Croix; poids, 1 gr.70c. (pi. XV, n«2). Le Blanc avait vu une pièce semblable, et nous en a conservé la légende qu'il fait suivre de cette indication : « La ville d'Aire en Artois » (2). Cela est bientôt dit; mais c'est fort insuffisant. Paul Pétau dans le petit recueil de planches qu'il fit graver en 1610 a donné une table de légendes (pi. X) dans laquelle on trouve AINASI CIVITAS + (3). M. Alexandre Ilermand, tout en se trompant considérablement sur l'époque à laquelle vivait Pétau qu'il croit postérieur à Le Blanc, n'en a pas moins

(1) Bullet. de la soc, des antiquaires de Picardie^ 1863, p. 130.

(2) Traité des monn., édit d'Amsterdam, 1692, p. 125.

(3) Pa. P. in Francorum curia consiiiari vetei'um nummorum yvwpiffpia. Pariftius, 1610, ia-40.

rapproché les deux légendos, et conclu avec juste raison qu'elles se rapportent à la même localité. De plus il a fait une remarque excellente : à savoir que Aire (Ariacum, Aria) n'a jamais été une cité, et que par conséquent le titre civiias no peut lui convenir (1). La variante ATRASI CIVITAS lui était connue, il était même disposé à la croire seule bonne; muis il n'a pas voulu trancher cette Question, et il a bien fait puisque le trésor de Glisy vient de nous rendre des deniers portant +ATREB. ATIS CIVITA. S. +ATREB. ATS CVITAS. + ATRASI CIVIIAS et AIRASI CIVITAS.

M. Adolphe Dewisraes, en publiant le catalogue de sa riche collection de monnaies artésiennes, n'a pas hésité à ranger parmi les monnaies d'Arras le dernier sur lequel on lit ATRASI (2). £n cela il a eu, je crois, parfaitement raison. Quand on examine toute la série des monnaies frappées pendant la seconde moitié du ix* siècle, on reconnaît avec quelle négligence les graveurs poinçonnaient les coins. Les altérations de légendes se produisaient avec une rapidité véritablement surprenante, quoique le style des lettres se conservai aussi bien que le poids des espèces; et il faut bien se garder de confondre les altérations dans Taspect des noms et des mots résultant de Finhabileté des monétaires, avec les modîGcations .apportées par le temps ou la diversité des localités dans les contours de récriture, ou dans lés formes ouomastiques.

N** 2. Monogramme de Karolus. (jRATIA D-l REX.

% + ATISIODIRO IVITS. Croix; obole; poids, gr. 80 c. (pi. XV, n* 3).. Cette obole apporte une preuve à l'appui de ce que je viens de dire.

Elle se trouvait en compagnie de deniers sur lesquels on lit +AVTISIODIRA. + AVTISIODIRO. +AVTISIODER, et sa légende n'est pas du tout Un acheminement vers le nom moderne d'Auxerre; la réduction de CIVITAS en IVITS n'est pas un effet de la marche du langage; c'est tout simplement jiui

(1) llist. monéi. de ia province d'Arlois, i843, j». 69-73.

(2) Catal. raU. des rnonn. du comté d* Artois, 1866, p. 69.

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résultat de la négligence avec laquelle on procédait dans Texécution des coins, et il est à remarquer que les oboles sont fort souvent plus maltraitées que les deniers dont elles sont contemporaines. On pourrait peut-être lire OIVITS pourCIVITAS, l'analogie de forme des cavactères O et C expliquerait cette erreur.

N" 3. Monogramme de Karolus. + GRACIA D I REX.

I^. + GENCLIACO *P0R' Croix; denier; poids, 1 gr. 60 c. (pi. XV. no 4).

J'avoue que j'avais longtemps été tenté de croire que le dessin d'une pièce semblable, publié il y a plus de vingt-cinq ans, était inexact, et que l'original devait présenter la légende GEM€LIACO POR. hemoiportus m'autorisait à chercher une localité située dans la partie septentrionale du royaume de Lorraine,. et Gembloux, de la province de Namur, pouvait répondre à cette condition (1). En effet Adrien de Valois a pensé que Gembloux s'est appelé Geminiacum, puis Gemelacum avant de porter le nom de Gemblacum (2). D'Anville a adopté cette opinion (3). Mais l'assimilation de Geminiacum et de Gembloux est loin d'être généralement acceptée. Wesseling ne semble pas fort disposé à l'admettre (4), Walckenaer place le Geminiacum de l'IlinérairQ d'Antonin [Gemviicum vicum de la table Théodosienne) à Vieuville (5); le colonel Lapie près de Celles. MM. Pinder et Parthey, dans l'édition de V Itinéraire qu'ils ont faite avec tant de soin, reproduisent ces deux indications, et ne mentionnent même pas Gembloux à titre de renseignement (6). Un savant membre de l'Académie

(1) Voir la dissertation sur le mai portas par J. deBast, Hec, dant. bvuvées dans la Flandre f 1808, in^*». p. lxix et p. 6 et suiv., et Walckenaer, Geogr, anc. des Gaules, 1839, t. I, p. 469. Du témoignage des auteurs flamands il résulte qu'au xn<: siècle plusieurs villes de la Flandre étaient appelées port ou poort dans la langue nationale, mais que Gand, par exemple, était un portas où Charlemagne faisait construire des vaisseaux (Annal, franc., Dom Bouquet, Histor. de Fr., t, V, p. 60 et 61). Il est très essentiel de distinguer les époques.

(2) Notiiia Galliar., p. 224.

(3) Notice de ^ancienne Gaule, p. 344.

(4) Vêlera Rom, itin., 1735, p. 378.

(3) Géogr. anc. des Gaules, t. UI, p. 90 et 91. (6} Itin. Anton. Augusti, Berlin, 1848, p. 341.

3o2 MONNAIES DE CHARLES LE CHAUVE

dcs' sciences de Bruxelles^ M. Dewez, tout en rappelant Tassimilalion de Geminiacum et de Gembloux fournit tous les éléments nécessaires pour la combattre (4). Il paraît qu'au x* siècle encore Gemmelaiis (c'est Torthographe employée par le célèbre Sigcbert, chroniqueur du lieu) n'était qu'une villa (une terre), où saint Wibert fonda un monastère vers 933. C'est l'empereur Otton I qui, un peu plus tard, accorda à l'abbaye « facultatem... castellum construendi, mcrcatum,/>tfrce/5suram moiietag, maceriam faciendi » (2). J'avais donc fini par conclure qu'il était plus sage de différer une attribution, et qu'il était surtout essentiel de vérifier la légende GENCLIACO.

Maintenant, le dessin de M. Gharvet ne laisse aucun doulc; et pour admettre que GENCLIACO POR représente Gembloux, il faut non seulement reconnaître que Gengliacus est l'équivalent de Gemmelaits, mais il est encore nécessaire d'établir que Gembloux existait à l'état de ville sous Charles le Chauve. Il est donc* possible que Geiigliacum appartienne à une localité qui, comme Nobiliacum^ Gesonaciim ou Peniiciacum, par exemple, aurait un nom moderne complètement différent du nom antique.

Il est toutefois encore une hypothèse qu'il ne faut point passer sous silence. Gengliacum offre une articulation bien dure pour avoir survécu au temps des Mérovingiens. Si dans ce nom GENCLIACO, on suppose que le premier C est une de ces lettres substituées à une lettre de forme très voisine par un poinçonneur de coins inattentif, on pourrait lire GENC- LIACO, alors on se trouverait en présence d'qn nom de forme très connue à l'époque des Carlovingiens (3).

La recherche de ce nom dans les cartulaires du nord de la France et de la Belgique procurerait peut-être la solution de la question ainsi posée.

N*'4. -f GRACIA D-l REX. Monogramme de Karolus.

(1) Dict. géogr, des Pays-Basy 1819, p. 192 et suiv. (2). Slgeb. gcnibl., Vita Guib., cap. II, 12.

(3) Voir, par exemple, Genoliacum dans deux actes de Tau 825, Carlul, de Saint- Vinrent de Mdcon, publié par M. Ragut, 1864, p. 40 et 42.

Ik

ET DE PÉPIN, ROI D'AQfUITAIiNE. 353

I^. TRIIETTENSE MOI. Croix ; denier ; poids, 1 fi^r, SO (PI. XV, n« S.)

Conbrouse a enregistré dans son Catalogue des monnaies nationales la légende TRIGETINSE MON. Celle qui se lit sur le denier trouvé à Glisy nous offre une forme intéressante dans laquelle le double T remplace Tarticulation CT, comme en italien. Le genre neutre de Tethnique montre qu'il s'agit là très certainement du monasterium de Maëstricht, c'est-à-dire de Saint-Servais qui, dans Tacte de partage du Lotharii regnum (an 870), est attribué à Charles le Chauve sous la rubrique Sancti Servatii. Co^i, avec la monnaie de Chelles portapt KALA MONASTERI, un des raies exemples de l'emploi du mot monasterium, car lorsque nous rencontrons une légende telle que lOTRENSIS M, la transcription lotreiisis moneta parait plus naturelle que lotrefisis monasterii, mots après lesquels il faudrait encore sous-entendre moneta,

N° 5. + GRACIA Dl REX. Monogramme de Karolus.

H- +RAVDIO.PALAS. Croix : obole; poids, «r, 70 (PI. XV, n« 6.)

Si Ton n'avait sous les yeux que cette monnaie isolée on serait tenté d'y lire le nom de lloye. Mais nous connaissons depuis longtemps les légendes RAVCIO PALACIO. RAVCI MONETE, RVVCI MONITA, et dans le trésor de Glisy on a recueilli, avec l'obole, des deniers portant RAVCIO PALACCI et RAVCI PALATINA. Dès lors on ne peut pas douter de l'origine de Tobole émise dans le palais de Roucy [Rauciacum eiRauziactim dans les textes). La monnaie appartient au temps des légendes à lettres retournées; à Glisy encore on a recueilli un denier deBeauvais sur lequel on lit BELDEVACVS Cl.

N* 6. -t- CN(/>AIRIE + ER (Gracia dei rex). Monogramme de Karolus.

1^. +HRI SEIIVRO. Croix; denier; poids, 1 *?% 30 (PI. XV, n°7.)

Lelewel a, dans sa Numismatique du moyen âge (t. I, p. 103), cité un denier de Charles le Chauve portant la légende Sinemuro Castro (Collection de M. Boucher, d'Abbe ville), pièce qu'il

3o4 xMOiN>AIï:S DE CHABLES LE CHAUVE

attribue ti'ès correclernent à Seinur en Bourgogne, et qui iloil bien probablement se rapporter à Semur en Auxois (Cole- (l'Or). Adrien de Valois a fait remarquer qu'il y avait deux Semur (il aurait pu dire trois, s'il avait compté le Semur du Maine, Sarthe), et que ces deux localités ont été appelées Sine- ' miiruni castrum. La seconde, Semur en Brionnais (Saônc-el- Loire), est mentionnée, au xt*" siècle et au xu", sous les formes Samiirense castnim et 5cmmwrwm. C'est peut-être à Semur en Brionnais qu'il faut attribuer le denier recueilli à Glisy, Mais on voudrait trouver pour Tun et Tautre Semur des autorités plus anciennes. Le groupe de caractères HRI.représculc sans doute le mot castrum, de même que dans la légende VALEN- CIANIS RT, les deux dernières lettres représentent portai, i\° 7. +CRATA D-l REX. Monogramme de Karolus. I^. + SC-I PETRI NONETA. Croix ; denier. (PL XV, n"8;i En 1838, j'ai proposé d'attribuer au monastère de Saint- Pierre le Vif, à Sei^s, les deniers de Pépin portant la légende SCI PETRI. Cette opinion repose sur l'analogie de style qui rattache ces pièces aux deniers du même roi fabriqués à Troyes. C'est là un élément essentiel. J'ai d'ailleurs indiqué les monastères de Saint-Pierra qui en assez grand nombre ont été fondés dans notre pays pendant les vi% vn% vm* siècles (1). Quant au denier-de Charles, je dois dire que d'après Fenipreinte que m'a remise M. Cliarvet les caractères de la légende offrent une certaine analojgie de dimension et de style avec ceux qui se voient sur un denier frappé à Sens au nom d'Eudes, lequel nous montre aussi CRATA pour GRATIA (2), Mais cette monnaie présente le mot roi orthographié REIX. Un denier sénonais au monogramme de Charles, appartenant ausst à la Bibliothèque impériale, fournit encore la légende CRATA DI-REIX comme le denier d'Eudes. Ce sont là des indices dont, sans doute, il faut tenir compte. Cependant au ix' siècle les chances en faveur de monastères dédiés à saint Pierre, autres que celui de Sens, se sont encore accrues.

(1) Rev, ntim.f 1858, p. 240. — P. 34 du pr»'^sent volume.

(2) Notice des monn, frant;. de Af. liousseau, 1847, p. 20i, n** iiOO.

ET DE PËPLN, HOl D'AQLITALNE. IJoo

Kn 1839, M. G. Conbrouse, dans son Catalogue rai^ionné des monnaies nationales de France, a (^onné la description du denier conservé au cabinet des médailles sur lequel il lit : S-CI. AIID-TM-NT. Il lattribue à Saint-André de Cordeaux. La forme de son travail ne comportant pas de commentaires, nous ignorons les motifs ciui avaient détermine Tauteur à fournir l'interprétation à laquelle il s'est arrêté. Remarquons seulement qu'il ne 1 accompagne pas du point de doute qu'il a si souvent et avec beaucoup de sagesse placé à la suite des noms de lieux. Il est vraisemblable que ne considérant que la première partie de la légende S-CI-AIID, et tenant compte de la barbarie de certaines pièces de cette époque, M. Conbrouse aura pensé qu'elle ne pouvait représenter que le nom de Saint- André, le saint le plus connu parmi ceux que le groupe de caractères And. indique sans effort à la mémoii'e. Or l'églis*^ métropolitaine de Bordeaux étant sous le vocable de Saint- André, la classification géographique pouvait paraître autorisée. Mais comment s'y prendre pour trouver dans AND-TM- NT le génitif d'Andréas? Quatre ans plus tard, M. Alexandre Uermand publiait un dessin inexact du même denier, et supposait qu'il avait été frappé à Saint-Omer (1).

Cependant, il y a quelques années, M. Feuardent voulut bien me faire voir un denier de Charles le Chauve sur lequel on lit une légende plus complète et par conséquent plus instructive : + S-CI AND-TII M-NT. (PI. XV, n'^ 9.) Rien qu'à la façon dont je la transcris ici, le lecteur a déjà compris qu'il ne saurait plus êti'e question de Saint-André. Il y a plus, la légende fournit le moyen d'interpréter les abréviations qu'elle contient. En effet nous connaissons assez bien les formules

SC-iqVINTINI MONET; SCI STEPHANI MONE; SCI PHILI- BERTI MONETA; SCI M ARTiNi MONETA; S-CI PETRI MONETA pour comprendre que M-NT doit être lu Moneta. Donc labari'e d'abréviation tient dans ce mot la place d'un O, comme elle lient ailleurs la place d'autres voyelles. Substituons un O en^ core à la barre d'abréviation placée au centre du groupe AND-

(Ij Hist. maiiét. de la jnw. d'AHois, 1843, p. 68.

Til, et toute la légende nous offrira ces mots : SanCtl ANDOTII MoNeTa. Assurément une pareille lecture n^excëde pas la mesure que nous fournit la connaissance des monuments carlovingiens. Rappelons-nous maintenant que dans le marlyrologe dit de saint Jérôme on trouve ce passage : « VIII kal. Octobris, in Augustidunensium vico Sediloco natalis SS. Andocii, Thyrsi. » saint Andochc souffrit le martyre avec sainl Thyrse et saint Félix à Saulieu, et sa fête est inscrite au 24 septembre. Suivant une tradition locale, TËglise Sainl- Andoche de Saulieu aurait été construite du temps de Charlemagne. Au ix" siècle, sous le règne même de Charles le Chauve (858), Tévèque Jouas transporta une partie des reliques de saint Andoche à Autun où existait un monastère de femmes sous l'invocation de ce martyr. C'est probablement dans celte abbaye qu'à été frappé le denier. Jouarre et Chelles étaient aussi des monastères de femmes, et nous ont laissé des monnaies.

L'orthographe Andotim ne saurait nous arrêter longtemps. La légende GRACIA D-l REX qui se lit sur des monnaies contemporaines aurait suffi pour nous habituer à l'échange du G et du T, si tant de monuments épigraphiques, même parmi ceux de Rome et d'autres villes de l'Italie, si tant de manuscrits ne nous offraient pas la preuver de l'emploi alternatif de ces deux lettres.

N^ 8. + ODATA-OIIIEX (gratia dei rex). Monogramme de Karolus.

1^. + BRVDONS ONT. Croix : dénier; poids, Hf%75. (PI. XV, n^ 10.) Dans la formule gratia dei rex des O tiennent la place du G et du D ; échange à noter.

II y a longtemps que l'on connaît ce denier dont la légende se trouve déjà comprise dans la liste gravée en 1610 sur la PI. X de Paul Pétau. Cet antiquaire dans sa planche Y a placé la variante + RRVDVNS VT. Le Blanc ajoute + BRVDONS OYT BRVCVNSVT. On connaît encore +RRVDVNSVT. « M. Lelewel [Num, du moyen àge^ 1. 1, p. 1 07), après avoir rapporté les légendes de quatre variétés de monnaies analogues à celle

ET DE PÉPliN, ROI D'AQUITAIiNE. 357

qui vient d'être décrite, ajoute : évidemment Bnindisia civit€ts^ vulgairement Brundrut ou Porentruî. M. Conbrouse [CataL des monn, nat.^ p. 47, n® 160) accepte cette attribution sans exprimer de doute par un ? Voici tout ce que je puis dire à cet égard : i® Porentruî n'a jamais été civitas; 2* ce lieu se nomme en latin Pons Reintrudis, Bruntrutnm et même Brundiîsia et Brundut, mais il faudrait avoir la chronologie de ces diverses formes, car la dernière qui se rapproche le plus de la légende du denier parait très modcrno. 3* Porentrui faisait partie de Tévêché de Bâle, et cette cité appartenait à Lothaire avant d'échoir à Louis le Germanique. 4* Enfin la légende qui entoure le monogramme étant complètement barbare, il est assez probable que celle qni entoure la croix l'est aussi. Il faut pour se décider attendre des monuments plus corrects » (1). '

Lorsqu'on remarque sur des deniers carlovingiens. NAN- DONS pour Nandonis, AVALONS pour Avalonis, on peut bien se croire autorisé h penser que BRVbONS représente Brudonis. Aussitôt on est amené à se rappeler ces noms formés comme Bettonis curtis (Bettancourt), Dodonis cnrtis (Doncourt), Brunonis mons (Bourmont), Bodonis villa (Bouzonville), etc., etc.

Brudonis curtis produirait naturellement Broncburt ouBrocourt, et on connaît diverses localités portant ces noms. Mais je ne veux pas en dire plus; il me suffît pour le présent d'avoir indiqué une voie dans laquelle on pourra faire quelque découverte.

N*» 9. + CAROLVS INRAT (imperat). Monogramme de Karolus. ,

]^. + CASTRALOCI MO. Croix; denier, poids,lP',60. (PI. XV, n* 11.) Dans le trésor fie Glisy il s'est trouvé une autre variété de cette monnaie sur laquelle on lit NIRAT pour imperator. Ces deniers portent une légende meilleure que celle du denier de la Bibliothèque impériale : CASTRA LOC MO. Adrien de

(1) Notice des monn franc, de la coll. Rousseau ^ 1847, p. 180.

Valois qui assure que la forme Castrilucium est autérieuro à Castrilocum n^ pas connu Torthographc fournie par les monnaies.

Je dois encore à Tobligeance de M. Feuardent la connaissance d'une très curieuse obole de Pépin II, roi d'Aquitaine (839-863)", Cette pièce, malheureusement brisée, est de bonne fabrication, et n'a rien de commim avec ces mailles sans relief à la légende AQVITANIA en deux lignes et qui ont étr» émises longtemps après la mort des deux Pépin. D'un côti*, elle porte + PIPP(INV)S REX; de l'autre un monogramme imitant celui de Carolus, autour duquel on lit -f Ct/>AOTV

(gratia dei rex) (PI. XV, n" 12). Quoique Pépin II ait été continuellement en guerre avec son oncle Charles le Chauve, il est évident qu'il cherchait à copier ses monnaies, mais cependant en, conservant son propre monogramme; tandis que l'obole qui vient d'être décrite porte une véritable contrefaçon de la marque de Charles. La pièce pourrait avoir été frappée en 858, lorsque la paix intervînt pour un instant enlre les deux princes. Mais }a contrefaçon peut aussi être considéré!» comme un acte d'hostilité, et pendant vingt-cinq ans lès raisons de cette nature ne manquèrent pas au roi d'Aquitaine.

MONNAIE DE L'ABBAYE DE PRiJM

(Extrait iln toine XIII (noiivolle série) de la Revii^ numinmafiqitfy

1868, pp. 230-231.)

L'année dernière, la Remie a donné la figure (1867, pi. V, n« 7) d'une monnaie énîgmalîque offrant au droit une tète accompagnée de la Jégendn LOTIJARIV RIX, et au revers, + HEREVIRTVS CO autour d'une croix. M. Chauffier, qui a publié celle curieuse pièce , a cherché à rendre compte de la présence simultanée des noms du roi Lothaire el d'un comte Héribert. Il n'est peut-être pas nécessaire d'admettre que les deux personnages ont été contemporains. Cela lèverait une grande difficulté résultant du style de la pièce, trop moderne pour convenir au règne de Tun des Lothaire. Rapprochons ces légendes monétaires de ce que nous savons de l'histoire de Prûm, abbaye de Bénédictins, située dans la forêt des Ardennes, au centre d'un polygone dont les angles seraient déterminés par les villes de Mézières, Namur, Liège, Aixla-Chapelle, Bonn, Coblentz, Trêves et Luxembourg. Cette abbaye fut fondée en 720 par Bertrade el son fils Chariberl ou Héribert, comte de Laon, beau-père du roi Pépin, c'est-à-dire père de cette célèbre Berthe-au-long-pied qui donna le jour à Charlemagne (1).

fi) Diplôme de Pépin pour la construction et la dotation de Tabbaye de Prûm. Mabillon, Annalex ordin, S. Benedictij t. II, p. 705. — Annales S, Ber^ Uni, anno 749.

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