SEIGNEURS DE RHODES AU XIII« SIÈCLE
Gabalas n'était pas un prétendant, mais un commandant, un gouverneur, aOOivTTiç, pour Jean III Yatatzës. En 1280, il se trouvait à Nicomédie près de cet empereur, lorsqu'on apprit qu'une flotte génoise ayant abordé à Rhodes pendant la nuit, avait surpris la capitale et s'était emparée bientôt de l'Ile entière. Ce fait est rapporté par le chroniqueur Georges Acropolite (i) qui ajoute que Jean Cantacuzène fut immédiatement envoyé pour combattre les Génois; mais les forces dont il disposait étaient d'autant plus insuffisantes que Guillaume de Villehardoin, prince d'Achaïe, à la suite d'un arrangement conclu avec les Génois , leur avait fourni plus de cent chevaliers. Yatatzës s'étant rendu à Nymphée, fit partir de Smyrno une flotte chargée de trois cents chevaux, sous le commandement de Théodore Contostéphanos, auquel il conféra la dignité de protosébaste. Celui-ci exécuta ponctuellement les ordres écrits que l'habile empereur lui avait donnés ; les chevaliers francs furent défaits et taillés en pièces; les Génois qui défendaient Rhodes se rendirent et eurent la vie sauve. L'Ile rentra au pouvoir des Grecs, mais Georges Acropolite ne nous apprend pas si Jean Gabalas en reprit le gouvernement. Jusqu'à ce qu'on découvre d'autres renseignements, il sera donc plus prudent de considérer la monnaie portant la légende 'Icoxr^; 6 FafiaXaç ouOévTiQç ^q Poîcu comme ayant été émise avant l'invasion génoise de 1250. Lorsque le chroniqueur Georges rap- * porte ^événemen^ dont il vient d'être question, il a soin de nous dire que Jean Gabalas commandait à Rhodes depuis la mort de son frère, le césar Léon, 6 yip xpzTwv aiToO (PsSsu) 'Iwawr^ç^ ô FaôaXaç, ô TdO Kaf^apoç AécvTôç toD TxSxkot âSeXçdç, b y.a\ jjLexi dovarcv tsD àîeXçoO aixou Tijç rfyso^j SstksÇwv. Mais c'est là une date relative qu'il n'est pas facile de déterminer, car on sait bien peu de chose sur le compte de Léon. C'est encore Georges Acropolite qui nous apprend, en un autre endroit de son livre (2), que ce personnage s'était révolté dans l'île de Rhodes,
(1) Gcorgii Acropolits magoi logothet® AnneUes, éd. de Bonn, 1837, p. 92, cap. 48.
(2) Mfd., p. 49, cap. 27.
et que Jean Yaiatzès chargea le Grand-Domeslique Ândronic Paléologue de réduire le rebelle. Cette expédition, qui eut lieu en 1233 , fut couronnée de succès. Le chroniqueur n'en dit pas davantage ; en sorte que nous ignorons si le césar Léon Gabalas périt en cette guerre ou s'il fut jilus ou moins longtemps privé de ses dignités. D'après le passage que j'ai cité en premier lieu , il semblerait qu'il mourut en possession de son commandement, et que son frère lui succéda immédiatement.
Quoi qu'il en soit, la monnaie du César Léon Gabalas existe. On en trouve un exemplaire assez faiblement dessiné dans la Aevue archéologique (1849, t. V, p. 748).
Il est vrai qu'elle a été attribuée ù Bêla, fils de Geysa, roi de Hongrie (1163-1171). C'est là une opinion qui ne peut survivre à la comparaison que le lecteur ne manquera pas d'établir entre les deux pièces que je mets sous ses yeux.
On conçoit combien il est difficile de donner une leçon correcte et surtout définitive de la légende qui nous a été transmise. On y voit: E ....OC TOY BACIA€-KAICAP O ...BAAA..,
ce qu'il faut peut-être lire (ceci n'est qu'une hypothèse très modestement proposée) : 'ASeXçoç tou gaaiX^wç xabap 6 ra6aXa;, « le frère de l'empereur, le césar Gabalas. » Quand on trouvera un exemplaire mieux conservé de la même monnaie, on pourra sans doute reconnaître s'il faut laisser subsister la lecture i8eX(piç (1). Ce titre de frère de l'empereur est fort considérable; mais Constantin Porphyrogénète , qui devait s'y connaître, ne dit-il pas lorsqu'il énumère les grandes dignités de la cour byzantine : 'GxtwxatBey-ûrnj i% tou xafeapoç âÇia, ^xpsixcb Tîjç gactXixijç 86Çr,ç, la dix-huitième (la plus élevée) est celle de césar, presque ég^e à celle de l'empereur (2)? Dans tous les cas, àSeX(p6? est préférable au barbarisme MANOYHAOC qui a été proposé, car MavouifjX est indéclinable. Le littérateur auquel nous devons la pnfblication de la monnaie qui vient d'être restituée au césar Gabalas examine la question de savoir s'il ne
(1) La véritable leçon est O AOYAOC TOY BACIA€CaX:. (G. S.)
(2) Constaatioi Porphyrogeneti de cerimoniis aulx byzantine, éd. de Booo, 1829, 1. 1, p. 711-712.
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serait pas « tout naturel de faire venir le mot BA AA, de V arabe CjJW » (c'est-à-dire Bajazet). Il trouve à cela diverses objections; mais il ne s'aperçoit pas de Teffet véritablement comique produit par la transcription en caractères arabes du français Bajazet, altération tout à fait occidentale de la forme turque ajt^b, Bayezid, C'est à peu près l'équivalent de cette proposition : « La capitale de la Bavière porte le nom anglais Monaco. » Ne nous arrêtons pas plus longtemps à cela.
Lorsque Georges Âcropolite parle de la rébellion du césar
Gabalas, il ne mentionne pas le nom Léon, tôO 3>7'.Xé(i);
'I(orr/ou £x T?j^ ToO Kaicraps^ TafiaXâ [xa/r;; Orsîtpi^avTs;... Ce nom ne figure pas non plus sur la monnaie; mais le titre de césaV' suffit, et l'analogie des deux pièces indique bien clairement que celle qui porte le nom de Jean a été fabriquée par le frère et le successeur de Léon.
II ne faut pas confondre ce Jean Gabalas avec un autre personnage qui, un siècle plus tard, sous le règne de Jean Paléologue, occupa les postes les plus considérables à la cour byzantine (1341-1345) (1). On sait que de 1310 à 1522, l'Ile de Rhodes appartint aux hospitaliers de Saint-Jean ; le gouverneur byzantin n'avait plusr le droit d'y frapper monnaie.
Cantacuzène.cite aussi un Gabalas, citoyen de Thcssalonique, qui fut, en 1343, massacré par les Turcs (2). Mais celui-ci encore ne saurait être assimilé aux gouverneurs de Rhodes.
Avant »de donner cette notice à l'impression, je l'ai lue à mon savant et excellent confrère Emmanuel Miller, et je place ici la note qu'il a bien vouluTme remettre.
« Le titre iSsXço; toD gacjtAiwç paraît certain. Je ne me le rappelle pas comme l'ayant rencontré dans les écrivains byzantins, mais je crois qu'il faut le rattacher à des usages occidentaux. On sait que les empereurs francs appelaient fratres les
(1) Nicephori Gregorœ, Hist, byzatil.y éd. de Bonn, l. II, p. 701, 702, 710, 726. — Conf. Jobanuis Cantaouzeni, Ilislor., éd. de Bonn, t. II, p. 138, 139, 218, 223, 437, 441, 493, 497, 498.
(2) Jbid., t. II, p. 393.
gouverneurs de provinces et les comtes. On lit dans la formula Rec torts provinciœ : « Additur quod a principe f rater vo- « caris, ut nobilitate prctiosi nominis a vilitate criminum tol- « lereris. » Voir aussi leâ notes de Ducange sur Anne Comnène, p. 274. Certains barons furent décorés du même titre par Louis VU, dans la convention qu'il passa avec Henri, roi d'Angleterre : « Et très barones, comitem Theobaldum, et « comitem Robert um et Petrum de Curtenei fratres meos (1). » " Je ne puis mieux terminer que par la citation d'une opinion émise avec toute l'autorité que donne une profonde connaissance de la matière.
(1) Ducauge, Ghês. laL Terbo frater,-^ 3ris8on, lib. lll, formul,, p. 353. — DuchesDe, lUslor.^ t. IV, p. 434.