HISTOIRE DV JETON AU MOYEN AGE
moins difficile de concilier les deux prescriptions que porte la seconde pièce. Chevauchier a, ici le sens de poursuivre à cheval comme dans les vers du Roman de la rose :
Mais les vaillans homes rassaillent, ' Et la chevauchent et poursaillent.
La malle beste est bien exactement représentée sous la forme d'un ours, et on se demande comment on pouvait en même temps la fuir et la poursuivre.
L*étude des jetons, reliée par MM. Rouyer et Hucher à l'histoire de nos institutions, devient extrêmement attravante et détermine la place légitime que ces pièces doivent occuper dans les collections de monnaies du moyen âge.
Tout en parlant de Touvrage que nous devons à ces deux savants antiquaires, nous nous sommes laissé entraîner à citer quelques pièces dont ils n'ont point encore donné la gravure. Une bonne partie des dessins que nous publions sur la page 79 est extrait d'un petit recueil que nous avons formé il y a près de trente ans, et que la lecture de Y Histoire du jeton nous a remis en mémoire.
Paul LaMPROS. 'AvixSota vc|x((r[ji.aTa Twv \tëyi'kiù^ May^cxTpwv loU sv
'PcSù) Toyi^aToç twv 'Iwovvitwv [Monnaies médites des grands maîtres de tordre de Saint- Jean, à Rhodes), dans la Néa riovSùipa. Athènes, t. IX, numéro de février 1859, p. 497, et numéro de mars, p. 513.
COMPTE RENDU
(Extrait du tome IV (nouvelle s6rie) de la Revue numismatique^
1859, pp. 210-218.)
M. PaulLampros s'est déjà fait apprécier des antiquaires par quelques notices intéressantes insérées dans la Nouvelle Pandore d'Athènes, revue beaucoup trop peu connue en France, et qui pourtant contient des travaux fort remarquables et d'excellents renseignements sur la littérature et l'histoire de l'Europe orientale.
Déjà, en 1855, nous avons imprimé dans le Bulletin archéologique français la traduction d'une notice de M. Lampros sur une découverte de monnaies d'or de la ville de Philippi. Dans la Nouvelle Pandore de 1857 (février, p. 481), on trouve du même antiquaire une dissertation sur une monnaie de cuivre d'Irène l'Athénienne, princesse qui régna seule à Constantinople pendant cinq années et que Charlemagne fit demander en mariage par un ambassadeur. Banduri, Tanini, Eckhel, Mionnet, Saulcy n'ont connu que le sou d'or d'Irène. Welzl de Wellenheim a décrit un moyen bronze de sa collection qui porte le nom de cette impératrice, pièce sur laquelle il avait cru distinguer un M au-dessous du grand chiffre indiquant la valeur monétaire, tandis que M. Lampros reconnaît un A sur son exemplaire. Dans le champ du revers on remarque trois X ot trois N disposés en deux lignes verticales ; cet arrangement se retrouve sur des monnaies de Nicéphore I, de Michel I, de
86 MOiNNAIES INÉDITES DES GRANDS MAITRES
Léon V, de Michel U, de Théophile. M. Lampros y voit l'expression abrégée de la formule XptTro; Ntxa trois fois répétée en rhonncur de la sainte Trinité. Jusqu'ici ce revers était resté sans explication.
Le nouveau mémoire de M. Paul Lampros est consacré à une série de monnaies des grands maîtres de Rhodes, série très importante à double titre, pour nous, puisque les pièces qui la composent, presque toutes inédites, portent les noms de six grands maîtres français. Aussi devons-nous des remerciements tout particuliers à Tauteur, qui nous a autorisé à reproduire ces dessins dans la Revue.
Pendant bien longtemps on ne connut que quatre ou cinq monnaies de Rhodes antérieures au xvi*" siècle. Un beau gigliato d'argent du grand maître Antonio Fluviano, publié par le père Ireneo AfTo dans la Nuova Raccolta de Zanetti, et un autre gigliato d'Élion de Villeneuve placé par Rottiers dans ses Monuments de Rhodes (1828) et par Théophile Friedlaender dans ses Numismata medii xvi (1835), étaient, avec les sequins de Dieudonné de Gozon et d'Émery d'Amboise, les monuments principaux de cette collection naissante.
Lorsqu'en 1843 M. Julius FriedlsBuder voulut réunir tous les types de la monnaie des grands maîtres dans une savante notice intitulée Die Mûnzen des Johanniter Ordens auf Rhodtis, il éleva la collection à vingt-sept numéros, sans toutefois avoir découvert un nouveau gigliato. Le même auteur a donné, plus tard, un supplément à sa notice; mais dans ce second travail, que nous connaissons seulement par une citation de M. Carlo Kuntz, nous ne pouvons signaler qu'un gigliato de Roger de Pins.
En 1849, M. John Lindsay publia un gros tournois de Foulque de Villaret trouvé peu de temps auparavant à Dublin ; M. Pfister donna dans le Numistnatic Chronicle de 18*52 la description et le dessin d'un sequin de Jacques de Milly . M. Lampros apporte à son tour un contingent d'une dizaine de pièces nouvelles tirées de sa collection dont nous reparlerons plus tard.
Le père Ireneo Affo a cité divers passages de Francesco Bal-
ducci relatifs aux noms que portaient les monnaies de Rhodes et à leur valeur. Il en résulte que la plus grande pièce d'argent, celle qui a le module des carlins de Robert de Provence, se nomme gigliato et vaut 32 deniers; que la moitié du gigliato valant 16 deniers, se nommait aspre (1). Le témoignage de Balducci, auteur du xiv* siècle, est fort important; mais malheureusement M. Julius Friedlœnder ne Ta connu que par une citation tronquée de Paciaudi et s'est trouvé conduit à donner le nom à'aspre aux monnaies de 32 deniers aussi bien qu'à celles qui n'en valent que 16. M. Lampros revient sur ce point, cite le texte même de Balducci, rétablit les faits, et montre dans la discussion qu'il connaît bien nos monnaies du moyen âge. Nous donnerons ici la description du gros découvert par M. Lindsay et des monnaies diverses que M. Lampros a réunies dans son nouveau travail.
Foulque de Villaret (1307-1319).
+ FR • FVLCHO • D ' VILLRTO* Dl GRA. Foulque agenouillé devant un calvaire. La croix double est accompagnée des lettres A et CO ; dans le champ IRLM {lerusalem).
Revers. Lég. ext. -f MRO ' HOPITALI 9VET ' SCI • lOHI :• [masiro hospitalis conventus sancti lohannis).
Leg. int. IHERIL' RODI (HierosolymitaniRhodi). Croix au centre (2).
Cette pièce, imitation du gros tournois, a été frappée après 1310, époque à laquelle Villaret transféra le siège de son ordre dans l'Ile de Rhodes. Les carlins, ou lis (Targent, frappés à Naples par Charles II, n'avaient pas encore attiré l'attention des commerçants de la Méditerranée. Plus tard les abondantes émissions de lis d'argent faites par Robert amenèrent des imitations tant en France qu'en Orient. Élion de Villeneuve, contemporain de ce comte de Provence, fit frapper des gigliati
(1) ZaneUi, Nuov, raccolL délie mon, (Vllalia^ t. V, p. 61.
(2) Notices of remark, med, coins. Cork., 1849, pi. III, n» 48,