MONNAIES INÉDITES DES GRANDS MAITRES
Ce ducat est emprunté par M. Lampros à un intéressant article de M. Pfisler déjà citée par la Revue numismatique. Ici le grand maître parait la tète nue et n'usurpe pas le como des doges. La lettre B placée au pied de la hampe est, suivant Topinion du numismatiste grec, la marque du monétaire et non l'abréviation du mot Baptista, ainsi que l'avait pensé M. Pfister.
Il nous reste à donner la description des petits deniers sans noms de grands maîtres, pièces que M. Lampros n'attribue à aucune époque déterminée ; ils ont peut-être été frappés sede vacante,
+ MAGISTRIhOSPITALS. Édifice.
1^. + lEROSOLIMITANI ' ROD. Croix cantonnée de deux annelels. (Page 89, nMO.)
+ OSPITALSS- 10. Édifice.
% + OSPITALS ' S ' 10. Croix cantonnée de deux annelets. (Page 89, nMl.)
Nous ajouterons la mention d'une petite monnaie décrite par M. Carlo Kuntz, et qui a été publiée, à ce qu'il parait, dans ce supplément de M. Julius Friedlaender^ que nous n'avons pu encore nous procurer.
+ MAGR:HOSPITAL Croix.
% + CIVIS • RODI. Édifice (i).
Cet édifice, dont nous n'avons pas précisé lanature, M. Lampros le nomme château, çpcuptov; M. Kuntz dit : « Porta con Ire pinacoli ; tipo genovese. »
Sans doute ce type rappelle notre castrum ou porte de cité, et n'est pas sans analogie avec celui de Gènes que les seigneurs d'Athènes ont imité. Toutefois il nous semble que l'édifice a une forme toute particulière qui nous autorise à reconnaître, comme sur les deniers de Chypre, une représentation du saint sépulcre. Le lecteur n'a pas oublié l'intéressant travail publié^ sur ce sujet, par notre savant collaborateur M. Mclchior de Vogué (2).
(1) Seconda catalogo di oggetii di numismatica. Venise, 1855, p. 59.
(2) Rev, num., 1856, p. 125.
La numismatique des grands maîtres de Rhodes, depuis Foulque de Villaret jusqu'à Philippe Villîers de Ilsle-Adam, présente quelques lacunes. Il nous manque encore des monnaies de Robert de Juilly (1374-1376), de Philibert de Naillac (1396-1421), de Pierre Raimond Zacosla (1461-1467), et de Guy de Blanchefort (1512-1513) (1).
Nous disons Robert de Juilly^ quoique tous les écrivains qui se sont occupés de l'ordre de Saint-Jean aient employé là forme Robert rfe JiiUiac. Cette erreur, si généralement répandue, tient à ce qu'on ne s'est pas donné la peine de rechercher à quelle province de France appartenait le grand maître Robert. Mais il existe à la Bibliothèque impériale une pièce datée du mois de septembre 1370, écrite en français et commençant ainsi : « Sachent tous que nous, frère Robert de Juilly, chevalier prieur de l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem en la prieuré de France et général conseiller sur le fait des aides ordonnés pour la guerre, » pièce dans laquelle Robert, seigneur de Juilly et de Claye, déclare avoir reçu de François d'Aunoy, receveur clesdits aides, la somme de 710 francs d'or pour ses gages de conseiller. A cette charte est fixé un sceau de cire rouge, portant un écu penché chargé d'une croix fleuronnée et d'un lam- ])cl de cinq pendants, timbré d'un heaume surmonté d'un croissant, avec la légende S. ROBERTI DE IVLIACO. Les ixnèmes armes se voyaient à Rhodes, sculptées sur le tombeau cle Robert, dont les Turcs ont fait un bassin de fontaine (2). ^Ainsi donc le grand maître portait le nom de ce Jultacum, qui ^st devenu célèbre depuis que les pères de l'Oratoire y ont établi le magnifique collège où tant de générations déjà ont j)uisé une solide instruction.
Bien que dans cette analyse du mémoire do M. Lampros nous ayons dû supprimer la partie historique, celle qui a trait À la biographie des chefs de Tordre de Saint-Jean, nous avons néanmoins donné à nos emprunts une assez grande proportion.
(1) Ou connaît aujourd'hui des monnaies de tous ceâ grands maîtres. (G. S.)
(2) Ce beau tombeau a été, par mou entremise, acquis par l'État en 1877. tl est aujourd'hui au musée de Cluny. (G. S.)