MONNAIE HÉLIENNE DU PÉRIGORD
M. Tabbé Audierne donne un dessin du denier d'Hélie, d'après lequel il est difficile de reconnaître Tâge de cette pièce ; mais, avec la pins parfaite obligeance, il nous a envoyé une empreinte de son précieux denier, que Ton trouvera reproduit en tête de cet article.
D'un côté on lit : ELIAS COMES, et au revers PETRAGORIS. Cette empreinte suffit pour nous faire comprendre que la monnaie ne peut avoir été frappée avant le règne d'Henri I". (Hélie II mourut vers 1031.) Elle appartient à un des Héiie du xne siècle et probablement à Hélie VI (1166?-120S?), car elle offre de grands rapports de style avec les deniers frappés en Guienne pour Richard Cœur-de-Lion (1168-1196).
Les auteurs de VArt de vérifier les dates ^ disent que la guerre qui s'était élevée au sujet de la monnaie entre le comte Aldebert et Tévêque de Pérîgueux se continua jusqu'à la mort de ce dernier, arrivée en 1059, et ajoutent qu'Aldebert survécut au prélat. Il n'y aurait donc, pour croire à l'abolition de la monnaie hélienne, d'autres motifs que son extrême rareté.
Cette rareté peut expliquer aussi l'absence de deniers portant avec le nom de Périgueux le type de cinq yeux ou annelets indiqués dans les actes du xiu» siècle (1).
On a proposé d'attribuer à Périgueux les monnaies qui présentent ce type, ainsi que la légende EGOLISSIME, et c'est à celte circonstance que M. l'abbé Audierne fait allusion. Mais on n'avait pas supposé que le comte de Périgueux fît frapper sa monnaie à Angoulème. Il s'agissait seulement de l'emprunt d'un type tout entier, y compris les légendes. C'est ainsi qu'à Bourbon le type de Nevers, avec le nom du roi Louis, a été transporté dans le xu^ siècle. C'est ainsi qu'à Maguelonne le type et le nom de Narbonne ont été copiés par les évoques.
M. l'abbé Audierne pense que les lettres V S, placées entre les bras de la croix des deniers aux cinq annelets, désignent Vésonc. On a l'exemple des deniers de Souvigny, frappés après l'accord de 1263, sur lesquels l'intervention de Jean de
(1) Revue num,, 1841, p. 191.
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Bourgogne, Domimis Borbonii^ est représentée par un D et un B gravés entre leà bras de la croix.
Cependant il ne faut pas perdre de vue l'origine des divers caractères qui cantonnent les croix, et qui ne sont le plus souvent que la copie altérée de Valpha et de Yoméga ; ce dernier donnant naissance à des C ou à des S, suivant qu'il avait été figuré sous la forme Ci ou CO. DVdleurs, a l'époque où les deniers portant le nom d'Angoulème ont été émis, le nom de Yésone n'était plus en usage.
George de Soultrait. Essai sur la nuniisniattque bourbonnaise. 1858, iu-8o, 7 planches gravées.
COMPTE RENDU
(Extrait du tome IV (nouvelle série) de la Revue numismatique^
1859, pp. 265-270.)
L'auteur de la Numismatique nivemaise nous donne u nouvelle monographie traitée, comme la première, avec so et critique. Ce qui assure à ces petits volumes un rang disti gué dans nos bibliothèques, c'est que M. de Soultrait étuci consciencieusement les séries de monnaies qu'il veut publie c'est qu'il lit les textes, les comprend, les cite sans les tro quer, et ne substitue pas aux documents historiques les fan taisies du commerce, ou l'amour exagéré de la localité. Âuss la critique ne trouvera- t-elle, en fait de monnaies, rien à re— trancher de ces monographies. Nous regrettons au contrair de ne pas rencontrer dans les planches du dernier ouvrag quelques variétés de deniers déjà publiés, dont la présence y serait utile.
La Numismatique bourbonnaise comprend treize chapitres : Période mérovingienne, monnayage de Souvigny, de Bourbon, de Montluçon, d'Huriel, deCharenton, monnayage royal, jetons des ducs, jetons municipaux de Moulins, jetons parli-
ESSAI SUR LA iNUMlSMATlQUK BOURBONNAISE. 99
culiers, méreaux, jetons et médailles modernes, billets de confiance. '
On sait quelle est l'extrême rareté des monnaies mérovingiennes du Nivernais ; pour le Bourbonnais, on ne possède qu'un tiers de sou d'or attribué ii Gannat ; et encore cette attribution est-elle bien incertaine. Le Nivernais et le Bourbonnais, compris entre le Berri, la Bourgogne et l'Auvergne, durent, au temps de la première race, faire usage des abondantes monnaies de Ghalon, d'Âutun, de Bourges et de Clermont.
Le monnayage de Souvigny a été déjà examiné par divers
savants parmi lesquels il faut citer en première ligne M. de
Barthélémy. Il nous semble que le denier offrant d'un côté une
tète de saint surmontée d'une fasce et de deux coquilles, avec
la légende BORBONENSIS, et au revers LVDOVICVS REX, doit
^tre attribué aux sires de Bourbon. Ce n'est pas le résultat
d'une association comme les pièces qui portent le nom de
S. Mayeul ; c'est une copie de la monnaie de Souvigny que les
sires de Bourbon ont imitée, comme ils ont imité les deniers
de Nevers, de Besançon, de Vienne, de Bourgogne. M. de
Soultrait a hésité à ce sujet (p. 23) ; mais cependant il a fort
lien établi (p. 33) que le monnayage particulier des sires de
Sourbon avait été en quelque sorte clsuadestin. Cette condition
^uxplique parfaitement toutes les contrefaçons que nous venons
ri'énumércr. C'est la contrefaçon des deniers de Nevers qui a
fait importer à Bourbon le nom du roi Louis devenu type dans
I a première de ces villes depuis le temps des Carlovingiens.
La dernière pièce des sires de Bourbon que M. de Soultrait «mentionne a fait partie de la collection de M. Ducas, vendue ^n 1844. Une note marginale inscrite sur le catalogue de vente wxïe fait supposer que ce denier a été acheté pour M. Cartier ; ot je viens d'en retrouver parmi mes dessins un calque entièrcx~iicut oublié que je fais reproduire en tête de cet àHicle. Il (sorte le nom de Jean de Bourgogne (1262).
M. de Soultrait n'a pas découvert la nouvelle monnaie de ontluçon; mais il reconnaît avec raison que le type des mon-
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naics de Gui est, comme celui de Gicn, une imitation du monogramme de Foulque d*Ânjou. Quant aux deniers d'Eudes, le savant antiquaire ne montre pas suffisamment qu'ils sont des imitations de la monnaie de Mahaut de Ne vers. -Nous avions déjà fait remarquer, il y a bien des années {Art en provifice, t. in, 1838) (1), que l'orthographe HODO et Tintcrversion des premiers caractères dans la légende NVMTELVCIO avaient pour cause unique le désir d'arriver à produire uue illusion plus complète. De même pour le denier d'Eudes qui présente une fasce accompagnée de deux alpha et d'un oméffa; le redoublement du premier caractère grec et la grosseur démesurée du second rapprochent le type du denier de celui de Mahaut de Ne vers.
Après un mûr examen, c'est à Mahaut P° de Courtenay que ce denier de Nevers avec la légende M.COMITiSSA nous paraît devoir être restitué. Cette princesse se trouvant seule souveraine de la comté de Nevers, soit de 1223 à 1226 pendant son premier veuvage, soit de 1241 à 1257 après la mort de son second mari, Guigue de Forez, pouvait faire battre monnaie en son nom. Quant à Mahaut II, mariée avant d'avoir hérité de sa bis£ueule, elle mourut environ six ans avant Eudes, son mari, dont on connaît les monnaies nivernaises. II n'y a donc pas de raison pour qu'elle ait fait fabriquer des deniers. La monnaie de Mahaut P"" a été aussi imitée à Meun par Henri de Sully, tuteur d'Amicie de Courtenay, cousine de la comtesse de Nevers. Toutes deux ont adopté la fleur de lis en leur qualité de petites-filles de Louis le Gros et de parentes du roi régnant. Dans les légendes françaises HENRIS DE SOLI- SIRES DE MAVN (2), Henri prend un S parce que c'est un nominatif singulier de la seconde déclinaison, HENRlct/S. Ainsi Ton écrivait sur une tombe Ci gist maistres Aubris chanones; tandis qu'on gravait sur un sceau : scelmaistre Piere, parce que le nom est au génitif. L'habitude de donner un S au nominatif singulier des mots si nombreux dont le type latin se
(1) 1*. IG (lu louic IV des Œuvres de A, de Longpcrier,
(1») Voy. Deso'ipl, îles monn. seùjn, de la tvUecl, Pocy d'Avant . pi. XXV, u*» iO.
PAR M. GEORf.E DE SOULTRAIT. m
termine en tis^ a entraîné les graveurs à écrire sires et maistres, par une fausse application de la règle, et malgré les prescriptions de la grammaire nationale qu'ils lisaient sans doute fort peu. Henri de Sully a frappé sa monnaie entre 1252 et 1262, date du mariage d'Amicie. Nouvelle raison pour attribuer à Mahaut I^ le denier nivernais.
Les deniers d'Humbaud et de Pierre d'Huriel sont connus ; encore des imitations du type de monnaies bien accréditées. A coup sur le type chartrain en Bourbonnais s'expliquerait difficilement si rhistoire ne nous avait conservé la mention des alliances de quelques vicomtes de Brosse avec dos femmes des maisons de Vendôme et de Blois.
La monnaie de Charenlon imite très exactement celle de Nevers et de quelques autres seigneuries. Un denier de Renaud de Montfaucon porte le type formé du mot REX défiguré. Un autre denier du même personnage dont nous donnons
ci-joint le dessin, est 'une copie du denier viennois, comme le denier bourbonnais qu'il peut servir à classer. Le denier de Jean de Sancerre, frappé à Charenton (1268-1280) est une imitation parfaite de celui d'Eudes de Nevers (1249-1269). Enfin le denier d'Etienne II de Sancerre (1) frappé à Charenton (1280-1306) reproduit exactement le type du denier de Robert d'Artois (1298-1315) fabriqué àMeun ; et pour imiter le nom de cette ville placé dans le champ de la pièce, on a gravé la syllabe MON^ abréviation de Moneta, qui n'a aucune utilité. La monnaie de Charenton, portant autour d'un écu la légende LVDOVICVS COMES, est attribuée à Louis I" de Sancerre (1218-1268). Mais comme ce denier est une reproduction fidèle des deniers nivernais de Robert de Dampierre (1271-1296), et
(i) Publié par M. de Barthélémy, Bévue nvtn .,1843, pi. XV, n** 1.