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ESSAI SUR LA NUMISMATIQUE BOURBONNAISE

de Louis de Flandre (1296-1321), et qu'il parait contemporain des deniei's de Geoffroy de Vîerzon (1280-1302) et do Marie de Yierzon (1303-1330), imités aussi de ceux dn comte de Nevers, nous ne pouvons accepter la classification adoptée. II faut rendre le denier en question à Louis II (1326-1346): autrement on devrait admettre que les comtes de Nevers ont copié la monnaie de Charenton, et cela irait directement contre tout ce que nous savons de la numismatique de ces seig-neurs. Pour bien comprendre les raisons qui nous déterminent à proposer ces diverses modifications aux classements de Tauteur, il faut avoir sous les yeux les figures des monnaies. Nous no pouvons leà donner ici, mais le lecteur voudra bien y recourir avant d'arrêter son jugement.

Le monnayage royal du Bourbonnais date du règne de Philippe de Valois; l'atelier fut établi à Saint-Pourçain. En 1532 il fut transporté à Montferrand, puis à Moulins en 1537 (1), et bientôt rendu à l'Auvergne. Au temps de Charles VI, le point secret de Saint-Pourçain était placé sous la onzième lettre de la légende, tant devers croix que devers pile. Sous François I" la lettre monétaire de cet atelier était un O (2). Nous eussions voulu trouver dans ce chapitre l'indication de toutes les monnaies royales portant les marques de S{iint-Pourçain. Depuis qu'en 1838 M. Cartier, dans ses Lettres sur l'histoire monétaire^ a ramené l'attention sur les listes de points secrets et des lettres d'ateliers, les amateurs ont noté, en général avec beaucoup de soin, l'origine des monnaies royales qu'ils possèdent. Quelques numismatistes, d'ailleurs, ont, comme M. Delombardy dans son excellent Catalogue de la collection Rignauli, préparé de bons documents pour les monographistes.

M. de Soultrait passe ensuite à la description des méreaux et jetons. Parmi ces deniers se trouve une pièce portant la légende Amours à vous jou sui, et il eût été- sans doute facile pour Fauteur de nous dire si cette forme du pronom de lapre-

(1) M. Cartier, Ret\ num. JS38, p. 378, donne la date de 1349 à cette traiislaUon .

(2) Le Blanc, Traité des monn.y éd. d'Ainst.. 1692, p. 265. — Revue itia»., 38. p. 3SI.

PAR M. GEORGE DK SOULTRAIT. iù3

mièro personne, d'ailleurs connue, élait en usage dans le Bourbonnais.

Nous trouvons encore la description des monnaies et méreaux de Louis de Bourbon, évèque de Liège, dont les récits de Walter Scott ont popularisé la fin tragique ; puis Texplication d'un jeton de Charles de Bourbon, cardinal et archevêque de Lyon, mort en 1488. Ces pièces n'appartiennent pas à la province du Bourbonnais. On en doit dire autant du jeton de Jeanne de Bourbon, qui n'a été frappé qu'après son mariage avec le comte d'Auvergne (149S); maïs ce sont des monuments historiques concernant la famille régnante.

Trente-quatre autres jetons ou méreaux ont été émis dans la province ou portent le nom de personnages originaires du pays.

M. de Soûl trait a eu soin de reproduire la gravure du curieux chapiteau sculpté au commencement du xn'^ siècle dans l'église priorale de Souvigny.* Ce monument représente des monnayeurs fabriquant et pesant les deniers de Saint-Mayeul.

TALAl-MONETA

(Exlrail du tomo IV (nouvelle série) de la Bpvtie mimismalique,

1859, pp. :JH-3I2.)

Dans le dernîer volume de Touvrage intitulé Monnaies féo- (laies de France^ M. Pocy d'Avant attribue au Talou, pagiis de l'ancienne Normandie, un denier de Charles le Chauve que j'ai décrit il y a une dizaine d'années, et qui porte la légende TALAV MONETA. L'auteur ajoute (p. 33) :

« M. de Longpérier a proposé d'attribuer cette monnaie à Talau du Confient, très petite localité du Roussillon. Il se fonde uniquement sur la similitude du nom et sur la difficulté de prouver qiCau /X' siècle le Talou s'appelait Tellau,... L objection de M. de Longpérier sur l'ancien 710m latin du Talon osl facile à détruire^ puisqu'il est certain qu'il a porté celui de 7V//âfw justement à l'époque présumée de l'émission de celle monnaie, etc. »

Il ressort de cette assertion que j'ignorais l'existence du nom Tellau au ix* siècle. On verra ce qu'il en est, par la transcription textuelle du passage suivant de ma Notice des monnaies françaises de la collection de M. /. Rousseau (1848, p. 162) :

« J'avais d'abord pensé, en lisant cette légende, au pagus Tellau^ qui figure da7is les capitulaires de Charles le Chauve (Bahiz., t. II, col. 69 et 711) ; Oderic Vital écrit tantôt TalloginSy tantôt pagus Talogiensis, et tantôt Talou. C'est ce der-

TALAU-MONKTA, lO.'i

nier nom qaî a prévalu dans les temps modernes. Le pays de Talon, situé en Normandie, compte panni ses villes Dieppe, Arques et Tilly, Tellia (1). Il eût fallu prouver que ce demie?* lieti s'était appelé Talau au ix" siècle, pour que le denier put lui être attribué. D'un autre côté, il existe près de Prades, dans le Roussillon, un lieu nommé Talaii qui semble réclamer le denier de Charles le Chauve. Cette terminaison en «w, qui pourra paraître moderne, est pourtant fort ancienne. Ainsi que je viens de le dire^ lé pagiis Tellau figure dans les diplômes carlovingiens. On trouve aussi le pagus Vimnau, cité dans les mêmes textes. La forêt de Blavou est mentionnée sous la forme Silva Blavau, dans la vie de saint Audry, écrite au IX* siècle. »

Voilà tout; rien, en effet, n'est plus facile à détruire qu'une objection qui n'existe pas.

Quant à celle que nous avions faite, elle subsiste encore. Le Talou est un pagus, ce n'est ni une ville, ni un bourg, ni un village. Or, on ne bat pas monnaie en rase campagne. S'il y avait eu dans le pagus un lieu habité portant le nom de Tellau, quoique ce ne soit pas Talau comme sur la monnaie, on aurait pu croire que ce denier y a été fabriqué ; c'est ce lieu que j'ai cherché et qui est encore à trouver, puisque M. Poey d'Avant ne l'indique pas. Dans tous les cas, nous croyons qu'une discussion ne peut pas s'appuyer sur une citation inexacte, et nous sommes persuadé que c'est aussi l'avis de M. Poey d'Avant qui, probablement, s'en est rapporté îi dos souvenirs confus.

(«) Hûdriani Valesii yotitia GaUiarum, pp. 547 ot 548.

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