‹ ŒuvresChapitre 45 sur 145 · PL. VIL · texte numérisé non relu

PL. VIL

Une trouvaille assez considérable de monnaies, faite il y *

quelques années à Issoudun, a répandu dans les colleclio ^ '^s numismatiques des deniers portant les légendes ODO DVX DOLEO CIVES, qui ont été attribuées à Eudes, seigneur ^ "^ ^^ Déols, en Berry. C'est avec le nom de ce personnage q M. Poey d'Avant les a classés dans le premier volume de Monnaies féodides de France (pi. XL, n®M6 à 21).

Quelques-unes de ces pièces portent une étoile à cinq po tes, bien connue comme type des deniers sur lesquels on DE DOLIS. Telle est, à n'en pas douter, Torigine de Tattri tion nouvelle sur laquelle nous avons à présenter ici des servations.

^ Radidfns de Doits se traduit très exactement par Baotd "^

Déols. Doits est en elfet Tablatif du nom pluriel Doli, Mais ^^

trouve déjà Dolis à Tétat indéclinable dès le x* siècle, a in vJS- "^ Dolis, propre villam Dolis, in castro Dolis, de monaslc^ Dolis (1). »

La trace de ce pluriel subsiste dans la forme française D^^^ — '**'»

(1) Dom fiouquet, Uislor, de Fr., chartes d'Ebbes, de 917, et du roi R** *'"'• de 927, t. VU!, p. 713, 7U, 310,311.

DE LA MONNAIE DE DOL EN lUlETAGNE. lo9

e même que la forme féminine de Dole en Franche-Comlé, )olay se reconnaît encore à TE muet qui termine ce nom. Nous l'avons pas besoin de rappeler que Cabillohum et Catalaunis nt produit Chalou et Chaalons. Ce fait grammatical, qui pouve de si nombreuses applications, est devenu élémenaire .

Déols n'était qu'un viens; la qualification de civitas ne peut onc lui convenir : la légende DOLEO'CIVES s'applique, au onlraire, très complètement à Dol, ville archiépiscopale fort .ncicnne, à laquelle nous sommes étonné qu'on n*ait pas pensé. L«e nom latin de Dol, masculin ou neutre, est toujours au singulier.

La légende ODO DVX devait tout au moins faire hésiter à hercher sur la monnaie qui la porte le nom d'un des sires de >éols qui n'ont jamais été ducs.

Dol appartint pendant longtemps au comte Eudes, improprelent appelé Eudou (1), qui prit le titre de duc. La chronique

e Saint-Brieuc nous offre ce témoignage : Eudo regnavit

1 Britanniam tanquam dux et fecit monetam argenteam. On onnait déjà deux monnaies de ce seigneur, recueillies à Lome dans le trésor de Sainl-Paul-hors-les-Murs, publiées 'abord par M. de San-Quiutino (2), et reproduites depuis par ivcrs auteurs. Les deniers de Dol nouvellement découverts oivent être rendus à ce même personnage.

Geoffroy, duc; de toute la Bretagne, mourut en 1008. L'aine e ses fils, Alain, lui succéda; et Eudes, son frère, portant le trc de comte, figure avec lui dans les actes publics de queluc importance, entre 1010 et 1040, époque de la mort d'Alain.

■uiUauQfie de Jumièges dit : « Gaufridus duos filios ge-

luit, Alannum videlicctet Eudonem, qui posl ejus excessum tritannicani palriamrobustissimo vigore diutius rexerunt (3).» il Orderic Vital : « In Britannia Eudo fratri suo Alanno suc- Ci) A. de Barlhéleuiy, Revue num., 1856, p. 267. — Voy. uussi Gcslin de lourgogue et A. de Bartliéleoiy, Anciens évéchés de Bretagne y t. !«', 1835.

(2) Stonete del X e deU Xllseculo scoperie net dintorni di Rorna nel 1843, :'aria, 1846, pi. Ul, u»* 4 et 12.

f3) Lib. V, cap. v, apud Duchesues, UisL de Nonn,, p. 2ol.

ItiO

DE LA MO.NNAll:: J)E DOL ES [IWETXGSK.

cessit el XV annis ita libcrè, ut sine dominio essel alicujus, ,principatum cxercuîl (1). »

Alain avait fait frapper le denier dont nous reproduisons la. figure sous le n° l de la pi. VII. Il est facile de voir que l'uim. des deniers à la légende DOLEO CIVES (pi. VII, u" 2) est unc^ imitation de la monnaie d'Alain ; le monogramme est en parti renversé, de façon que TO occupe la place supérieure. Ce mo nogramme, assez bien conservé sur le denier d*Alain, contien le nom de Salomon ou Saiomo, suivant la fornic primitive.

Alain reproduisait peut-être un des types de Saiomo (837-874) contemporain de Charles le Chauve, ou bien peut être encore les ducs avaient-ils Tintention de rappeler aux roi de la troisième race qu'ils ne faisaient que continuer la fabri cation concédée par un prince carlovingien à Tun des pi puissants de leurs devanciers : « Rex Carolus Salomoni Br tonum régi habere permisit coronam auream gemmis pretio ornatam, seu circulum aiu^eum ad eju^ libitum, et purpura atque archiepiscopalem sedem et mimismata aurea et arge /i?a(2). » Le monogramme salomonîen pouvait constituer éloquent mémento.

Une autrç variété de deniers à la légende DOLEO CI V celle qui a dû conduire à Fattribulion que je combats (pi. VII, n° 4), est encore une imitation d'un denier d'Al (pi. VII, n^ 3). On a supposé que le duc de Bretagne a\^ imité le type de Déols, ce qui serait contraire aux habitue monétaires de tous les temps, fondées sur un intérêt qui peut varier dans ses causes. On conçoit qu'un petit seign comme le sire de Déols ait copié la monnaie du duc de tagne pour faire participer ses deniers au cours étendu qu' avait sur de vastes domaines et profiter du cours dont jouissait ; mais on ne comprendrait pas qu'un puissant du diminué le crédit de sa monnaie en adoptant un type créfe jp^v un hobereau d'une province voisine. On ne manquera pas de nous opposer les monnaies carlovingiennes au type de rélo/fc

sil

(1) Lib. V, cap. xlv, npiid Duch., ///*/. de Sorm., p. o67.

(2) Chronique de Saint- Drieuc, apuil D. Morlcc, t. I, 21).

(pi. VII, n»' 9 et 10), qui sont communément attribuées à Déols, et qui ont été publiées par Le Blanc et par M. C. Robert d'après un dessin de Mory d'Elvange. Mais l'attribution de ces monnaies à Déols ne repose sur aucune donnée sérieuse. On a rapproché le type qu'elles portent de celui qui figure sur les deniers de Raoul et de Guillaume de Châteauroux ; c'est là tout. Le Blanc classe la première au règne de Charles le Simple, ce qui signifie pour nous que cette pièce avait un aspect beaucoup plus moderne que celui des deniers de Charles le Chauve. « Les monnoyes que je donne à Charles le Simple, dit l'auteur du Traité historique^ n'ont point besoin d'explication, n'ayant rien qui puisse faire de la peine. »

Notre savant collaborateur pense que Mory d'Elvange interprétait sans doute avec trop de témérité par Mettis les lettres MIS qu'il voyait sur la seconde variété, et qui d'ailleurs,^ ajoute-t-il, avaient pu être mal lues (1).

L'étoile formée de deux triangles qui se coupent est le type du sceî^u de Salomon, fils de David, suivant la croyance universelle des Orientaux ; elle se voit souvent gravée sur les cachets de ceux qui portent le nom de Soléiman ; c'était un talisman d'une irrésistible puissance. Cette étoile, à laquelle les juifs attribuent aussi de grandes vertus et qui est devenue un symbole astrologique, a pu être placée sur la monnaie bretonne comme type salomonien; le nom de Charles qui y est joint rappellerait la concession faite par Charles le Chauve. Les caractères que Mory d'Elvange considérait comme une abréviation du nom de Metz sont peut-être un reste dégénéré, SLM, du monogramme de Salomon. Dans tous les cas, pour montrer que les deux petites croix alternait avec les besants conviennent bien positivement à la Bretagne, je place dans la pi. Vn le dessin d'un denier (n° 8) dont l'origine bretonne n'est pas douteuse, et qui présente ces mêmes détails. Il est difficile d'assigner une époque précise aux deniers à la légende CARLVS REX, qui ne se retrouvent plus dans les collections;

(1) Études numism, sur une parlie du sud-oucU de la France, 1852, p. 218. T. V. ïl

mais il faut remarquer que les idées orientales ont pénétré ■ "^^

vers le Nord dès les temps carlovingiens. Le roi de Mercie, ■ ?-

Offa, contemporain de Charlemagne, copiait servilement le m ^

dmar ou sou d'or du khalife Haroun-er-Raschid ; le voisinage des Arabes d'Espagne contribuait à introduire chez nous les | i

noms et en même temps les croyances des Sémites. Dans une charte donnée en 812 à Aix-la-Chapelle par Charlemagne, on remarque parmi les noms des quarante chrétiens espagnols réfugiés en Septimanie ceux de Zoleiman et du prêtre Solomo (1).

On est d'autant plus autorisé à croire que l'étoile salomonienne a été connue en France, que chez nous aussi bien qu'en Orient, on attribuait toute œuvre remarquable, toute machina ingénieuse au grand roi de Juda. Les deux traditions ont àm^ faire leur chemin ensemble.

Ainsi dans le Roman de Troies, de Benoît de Sainle-Morc^. on trouve mentionnés les éperons taillés à Cuevre Salemon On lit dans le roman de Gérard de Rous^illon (2) :

Teil aveir embla Karles qui molt fu bons.

Treiz cenz hennas que fist taire rei Salemons.

Le roman d'Auberi le Bourgoing nous fournit la dcscriptio d'une coupe de l'ouvrage le plus merveilleux que roiSalemoi ot fait menouvrer^ et qui est offerte à Aubri par Lambert d'O — ridon(3).

La vaisselle d'or et d'argent de l'œuvre Salomon iigur»' encore dans les statuts des Lorimers que renferment les régis très de Guild-hall, à Londres (4). La table d'or et d'émeraud qui appartenait aux rois wisigoths et que Tharik-ben-Zéia prit en 712 à Médina-Celi ou à Tolède, est célèbre dans Tbij

(1) fialuz., CapiL, t. l, p. 500.

(2) Publié par Francisque Michel dans la Bibliothèque de P. Jannet, p. 3C^^^^ ^^'

(3) HUU liUéf\ de la France, t. XXII, p. 328, 329.

(4) CoUect, génér, des documents franc, qui se trouvent en Angleterre, pul par Jules Delpit, t. 1°', p. lxxxii. <( Dedenz le terme do 111 tides, le Ticomte le chamberlayn le Roy, dey vent venir à la neif, et s'il y a vessele d'or d'argent de l'œuvre Salomon, ou picre preciouse, ou paille de ConstantinopU s'il prendront a l'oeps du Roy. »

D£ Là monnaie de DOL EN BRETAGNE. 163

loire d'Espagne sous le nom de table de Salomon, ce qui n*implique pas, comme on l'a cru, qu'elle avait été apportée de Jérusalem par Titus, mais nous montre qu'elle était d'un travail précieux. C'est ainsi que dans l'histoire de Sindebab-el- Bahri nous voyons figurer une table de Salomon parmi les présents que le khalife Haroun-cr-Raschid envoie au roi de Sérendyb. Enfin, sur un vase de bronze en forme de paon que je croîs avoir été fabriqué chez les Normands de Sicile au xu' siècle, on lit, avec la signature arabe de l'artiste Abd-el- Malek le Chrétien^ l'inscription : Opus Salomonis erat.

J'insiste, un peu longuement peut-être, sur ce point, pour Jbien établir la communauté d'opinion qui existait au sujet Salomon, entre les musulmans et les chrétiens (1). Si les deniers à la légende CARLVS REX reproduisent le type roi de Bretagne Salomon, on ne s'étonnera pas de retroul'étoile qu'ils portent sur les derniers d'Alain et de son re Eudes. Ensuite le seigneur de Déols copie la monnaie ducs de Bretagne ; DEDOLIS nous apparaît comme une droite imitation de REDONIS, et je crois que les faits sont ^plcMîés sur leur véritable terrain.

-^prës la mort d'Alain, son fils Conan, âgé de quelques mois, ** Succéda. Eudes s'empara de la tutelle du jeune prince; *^st. alors sans doute que furent frappés à Rennes ces deniers ^^ lesquels on lit CONANVS COMES, et qui portent au centre ^OnIS ou EDONIS CTS (comitis), pièces qui n'ont pas encore ^^ étudiées avec une attention suffisante (pi. VII, n®« 7 et 5). ^ t-ype se voit considérablement altéré sur certains deniers ^^t,érieurs à ceux que nous venons d'indiquer.

ï-*cî8 monétaires de Dol me paraissent en avoir recueilli les ■^l^iris pour en composer le type du denier que je place sous le

^^) L étoile composée de deux A qui se coupent se voit sur la monnaie de '^•^^î.iiitttt, schérif de Maroc, dont elle remplace le nom. Elle accompagne des

^^•*î.ptions chrétiennes aussi bien que des inscriptions arabes. Voyez dans

^^^«Iti {Inscr. anU xd. patern,, p. 738, n» 486), Tépittiphe datée du consuhit

''^ an et de Varanos; et Alberto de la Marmora, Memor, sopra aie. anlichilà

*^^~ , Turin, 1853, p. 80. — On remarque encore cette étoile sur un denier

vingieu frappé à Poitiers.

n° 6 dans notre pi. VIL Si ce rapprochement fort simple est accepté; on devra reconnaître que le denier np 6 ne peut avoir été fabriqué par Eudes de Déols (1012-1037), mort trois ans avant l'avènement de Conan; et Ton remarquera qu'à ces trois années il faut encore joindre toutes celles qui se sont écoulées entre l'émission des monnaies au monogramme bien accusé et l'époque où ce même monogramme a été assez déformé pour que les caractères IN aient pris une importance égale à celle de la ligature EDO (voy. Poey d'Avant, Monn. féodales^ t. P^ pi. IX, n°' 8 et 9). Je mo sers ici des belles empreintes que je dois à l'obligeance de M. Dréchesne, premier adjoint de la mairie d'Issoudun.

Eudes était comte à Rennes, mais il était duc à Dol. Je suis bien tenté de croire que le denier au type du temple qui porte EDO DVX BRITANIE et EDONIS CIVITAS n'a pas été frappé à Rennes comme on l'a pensé jusqu'à présent ; Dol ou Saint- Brieuc pouvaient s'intituler cité d'Eudes et donner naissance à ce jeu de caractères qui permettait d'imiter le nom de Rennes.

Nous n'entreprendrons point de raconter ici les guerres qui eurent lieu entre Eudes et son neveu Conan, la mort de celuici en 1066, le siège de Dol, que son successeur Hoël fut obligé de lever par suite de l'intervention de Philippe I®^ Eudes mourut en 1079, et Dol resta au pouvoir de son fils Geoffroy jusqu'en 1093. Toutes ces dates expliquent la fabrication de la monnaie doloise et justifient, je crois, la restitution que je viens de proposer.

J'ai dit que le seigneur de Déols n'était pas duc ; on peut rappeler à titre d'objection les deniers à la légende RADVLFVS DOL — DVX MILICE. Mais qui ne voit que cette légende vient très directement à l'appui de l'opinion que j'émets ? Le Raoul qui a fait frapper cette monnaie, postérieure à celles d'Ebbes, comme l'a très bien vu M. Poey d'Avant, lorsqu'il faisait graver sa planche XLI, et par conséquent contemporaine des deniers de Bretagne sur lesquels on lit DVX BRITANI ou DVX BRITANE, a cherché un moyen d'imiter cette légende. Précisément parce qu'il n'était pas rfwc, il a fait écrire DVX MILICE^

jouant sur le double sens du premier mot, car il pouvait s'intituler cAc/ de sa propre milice. C'est ainsi que de nos jours des chevaliers de Tordre de l'Éperon d'or profitaient du double sens que présente la qualité A'eques cornes (en Angleterre on dit chevalier-compagnon), mentionnée dans leur dipli6me, pour essayer de persuader au public qu'ils avaient droit au titre de comte. Chaque époque a ses ressources et ses industries. Pierre d'Ailly, évêque de Cambray (1349-1368), voulant imiter le franc à cheval du roi Jean, inscrivait sur sa monnaie le nom des quatre évangélistes lOhADDES'LVCAS'MARCVS' MAT£VS, reléguant son propre nom au revers (1). Louis de Provence, pour copier le franc à pied de Charles V, faisait disposer ainsi la légende d'une monnaie d'or : KALABRI. AnD. LVDOVICS. REX. Celait une habile ruse monétaire, et c'est à une ruse de la même nature qu'il faut altribuer la légende DVX MILICE.

(1) Revue mm., t. VHI, 1843, pi. XIX, n° 1.

LOUIS II ET ANGILBERGE

(Extrait du tome V (nouvelle série) de la Reviœ numismatique, 1860,

pp. 364-361.)

Il suffit d'avoir parcouru les textes relatifs à Thistoir^ "" ix® siècle pour se rappeler le rôle si considérable que jouè^'^^"^ les femmes dans la politique des descendants de Charleï^^^*' gne. Jusqu'à présent, toutefois, cette importance sembl^*^ n'avoir pas laissé de traces dans la numismatique, ce quipo*-^'"' rait étonner à bon droit, caria numismatique est toujours *® miroir fidèle de l'état des nations.

Mais voici un denier dont notre collaborateur M. Feuarci^^^'^ a bien voulu me donner une empreinte, et sur lequel je troi-^^^-^® le nom d'une princesse célèbre ; denier frappé de façon qix ^" ne saurait dire quel en est le droit et le revers, de sorte qu^^ '* plus complète égalité règne entre les deux personnages p^^'^'" lesquels il a été gravé.

Cependant cette égalité , vraisemblablement calculée ^ "^ nous conduira pas jusqu'à croire que Louis II, blâmé P*^ l'histoire d'avoir laissé sa femme prendre trop d'empire ^or son esprit, ait été assez faible pour lui donner la place j^ré-

LOUTS TT ET ANGILBERGR. 167

pondérante sur la monnaie, ou que rimpératriee ail osé 8*al- Iribuer cet honneur. Je décrirai donc ainsi ce denier :

+ DMLVDUWICVS; dans le champ, IMP, entre quatre points {Domnus Luduwicus imperator).

Revers. D'M'A:ANGiLBERCA; dans le champ, IMP, entre quatre points [Domna Angilberga imperatrix). — Argent.

Louis II, fils aîné de Tempereur Lothaire, né vers 822, associé & Tempire et au royaume d'Italie en 849, et sacré le 2 décembre 850 , à Rome , par le pape Léon IV, succéda on 8K5, à son përe; il établit sa cour à Pavie. Les Sarrazins ayant, en 866, fait invasion dans la Calabre et les terres voisines, Louis, à la prière de Landolf, évèque de Capoue, marcha contre eux. En 868, il les assiège dans Bari, qui résiste pendant quatre ans, et qui ne fut emporté qu'en 871 (1). Le 28 août de la même année, Louis fut fait prisonnier par Adalgise, duc de Bénevent, qui Tavait attiré chez lui avec des intentions perfides, et le dépouilla de tout le butin qu'il avait fait sur les musulmans vaincus. La captivité de Tempereur dura jusqu'au 17 septembre. Cependant, malgré le conseil d'Angilberge, l'empereur ne tarda pas à reprendre les armes pour protéger les Longbards, dont les Arabes étaient venus de nouveau dévaster le territoire ; après avoir défait ces envahisseurs en diverses rencontres, il abandonna l'Italie méridionale et vint mourir près de Brescia, le 12 août 87S.

Angilberge, fille de Louis le Germanique, qu'il avait épousée en 856, eut grande part aux affaires de son règne. Tantôt elle intervient dans les démêlés de Lothaire II, se rend avec lui au mont Cassin , et détermine le pape Adrien II à lui donner la communion (869) ; tantôt elle va trouver à Trente Louis le Germanique et parvient à lui faire céder sa portion du royaume de Lorraine (872), ou bien elle essaye d'obtenir de son oncle, Charles le Chauve, une concession analogue.

(1) Ann. met., anno 866. Hist, de Fr., t. VII, p. 404. Reliqui (Saracenorum), in Castro quod dicitur fiari se fortiter munierunt ubi Dominus Imperator per quinque annos terras cum Francis et LoDgobardis et cœteris nationibus suis fidelibus possedit, simul etiam cum sua conjuge Augelbcrga nomioe et multis similter.

LOUIS II ET ANGILBERGE

Il paraît certain qu'Angilberge était d'humeur altière. « En grant haîne, dit la Chronique de Saint-Denis^ avoient Tempererîz Engeberge li plus haut home dllhalie pour son orguel. » Ils voulurent, suivant la Chronique de Saint-Bertin, la renverser et mettre à sa place la fille de Winigise. « Et quia primores Italiae Ingelbergam propter suam insolentiam habentes exosam, in loco illius filiam Winigisi substituentes , obtinuerunt apud eumdemlmperatorem ut missum suum ad Ingelbergam mitteret, quatenus in Italia degeret, et post illum non pergeret, sed eum in Italia reversurum expectaret (anno 862 (1). » « Mais ele ne tint gaires ce commandement ; ainz s'en ala après lui assez tost après (2). »

Angilberge n'avait qu'un enfant, Ermengarde, qui épousa Boson; et ce fut, dit-on, par l'influence delà veuve de Louis IL que ce seigneur réussit à s'emparer du royaume de Provence^ en 879. Au reste Ermengarde, petite-fille de Charlemagnepar son père et par sa mère, se montra digne d'une pareilles origine. Enfermée dans Vienne, sa capitale, elle défendi pendant deux années cette place assiégée par les rois Louis e Carloman (880-882) .

Quant à Angilberge, retirée dans le monastère de Sainte Julie à Brcscia, puis dans celui de Saint-Sixte qu elle avai fondé à Plaisance, elle paraissait encore redoutable aux ennemis de sa fille. Charles le Gros l'arracha à son cloître, c l'envoya prisonnière en Allemagne. On sait qu'elle vivait en core en 881, époque à laquelle le pape Jean VIII demandai qu'on la tirât de captivité et qu'on l'envoyât à Rome, où i promettait de si bien veiller sur elle qu'elle ne donnerait aucu secours à Boson.

Le denier que j'ai décrit plus haut me paraît avoir et frappé dans l'Italie méridionale, entre les années 866 et 872 Par son style de fabrique, il se rattache étroitement à diverse monnaies de cette contrée. Je citerai comme points de comp raison :

(1) Annal. Berlin,, ann. 869 ot 872; ///<?/. de Fr,, t. V», p. 403 et 115.

(2) Chron. de Saint- Detiis ; Uist. de Fr., t. Vil, p. 137.

LOUIS II ET ANGILBERGE. 160

Les deniers de Waïfre, prince de Salerne, 861-880 (1) ;

Celui de l'empereur Basile le Macédonien, frappé à Naples, 867-886(2);

Enfin le précieux denier frappé à Gapoue par Tévëque Landenolfe, avec le nom du pape Jean VIII, 879 (3).

Après un examen attentif de ces divers monuments, on arrivera, je pense, à partager ma conviction relativement à cette précieuse monnaie, dont le type exprime si bien le haut degré de puissance auquel était parvenue la fille de Louis lo Germanique. On pourrait croire aussi que ce partage do la prérogative impériale, si ouvertement déclaré, par le type de la monnaie publique, fut compté parmi les actes d'imolence qui blessèrent les grands de Tltalie méridionale, au point de les porter à supplanter Angilberge et à lui susciter une rivale plus humble, et sans doute plus docile à leurs conseils.

(1) Bévue nwn., 184i, pi. H, n»" 5, G, 7. — San Giorgio Spinelli, Mon. battute daprinc. Longobardij Normanni e Suevi nel regno délie due Sic, p. 1, n»* 4 et 5; p. 175, a» 140, décriU p. 138 et 205.

(2) Publié par M. Ptister, Revue num., 1849, p. 245.

(3) Publié par M. Dom. Promis, Monete dei rom. Ponte fici avanti il mille. Turin, 1858, tav. IV, n° 12.

PERKIN WERBECÛUE

(Extrait du tome V (nouvelle série) de la Bevtte numistnatique, 1860,

pp. 384-395.)

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