PL. VIII
Les amateurs de jetons connaissent ces pièces de cuivre dans le champ desquelles on remarque trois cercles contenant chacun une rose à quatre pétales, et qui portent des légendes
(1) Il est assez difficile de savoir la véritable orthographe de ce nom de làmille. On le trouve écrit Warbek dans les lettres originales de Henri VII et de ses correspondants ; Weràec dans les instructions données par le même prince à son envoyé Richmond (10 août 1494); Warbeck dans la chronique de Hall, dans celle de Graflon et dans lord Bacon; Werbeck en tète de la proclamation conservée dans 1q manuscrit 283 de la bibliothèque Harléienne; Werbeque dans le texte français de la confession de Perkin, et Werbecque dans la lettre écrite par lui à sa mère (Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre). D'autres encore ont écrit Waerbeck et Waarbeck, M. Chotin [Hisi. de Towrnai), adopte cette dernière forme. Au xv<> siècle la signature personnelle même ne prouve rien. Ne voit-on pas le célèbre lord Bothwell signer ses lettres John L. B<hihuaiUe? M. Kervyn de Lettenhove cite dans son Histoire de Flandre (t. V, p. 496), un registre de condamnations pour Tannée 1475 où, suivant M. Hennebert, il est fait mention d'une rixe de bateliers parmi lesquels figurent Jean Werbecque et Piérart Flan, le père et l'aïeul maternel de Perkin. Puisque ce personnage était français, « de Toumay en Picardie, » suivant Texpression de Henri VII, il fieiudrait peut-être préférer l'orthographe Werbecque. Dans le texte anglais de la confession de Perkin, rapporté par Hall et Graflon, le jeune prétendant nonmie son père John Osbeck et son grand-père Diryck Osbeck. Le registre de la chambre des communes dlrlande (28 mars 1497-8), contient la demande d'accusation do haute trahison contre lord William Barry et John Water de Cork, qui ont reçu des lettres et instructions de Parkm Wosebeck; mais les historiens anglais contemporains ou plus modernes n*ont pas tenu compte de ces dernières variantes.
PERKÎN WERRECQUE. il\
dans lesquelles la lettre M est représentée par trois jambages III. Ils savent sans doute que ces pièces ont été fabriquées à Tournai.
Cette origine, au reste, n'est pas équivoque, puisqu'un des jetons dont je veux parler, offrant une croix cantonnée de deux fleurs de lis et de deux tours, a pour légendes + iETOiS DE TOURNAI VIVE LE ROI, et + O IIIATER DEI IIIEIIIEilTO IIIEI (pl.VIII, n* 1) (1). Il est probable que cette pièce fut frappée lors de la fête célébrée en 1478 pour Tentrée de Louis XI. Ce prince parlait ainsi en s'adressant à sa garde royale tournaisienne :
« Loyaulx franchois de notre bonne ville et cité de Tournai, pour gage de votre fidélité, vous porterez désormais sur vos robes ma livrée, scavoir : 1** une couronne d'or qui est celle de ma grand garde, 2® deux branches de rosier qui est la parure de ma petite garde, et avec ces parures mises en une, je vous donne d'abondant porter une fleur de lys d'or au-dessus des * armes de la cité en argent, sachant que mieux le pourrie^ porter que aucuns de mon royaume (2). »
Ceci nous parait expliquer pourquoi, sur le jeton dont il vient d'être question, on trouve des roses, et pourquoi on a gravé deux branches de rosier au revers d'un autre dont les légendes sont MlhIEL POLET LA FET — A TOVRDAI EST FET(3). Je reviendrai plus loin sur les jetons appartenant & cette série.
Comme Tournai fut pris en 1513 par Henri VIII, et en 1521 par Charles-Quint, on pourrait demander si l'exclamation Vive le roi! ne s'applique pas à un de ces princes étrangers.
Mais le style du jeton sur lequel elle est inscrite indique bien certainement le xv* siècle, la légende Mater Dei me-
(1) Mémoires de la Société éduenne, Autua, 1845, pi. IX, n? 3. Cette pièce est attribuée à la Toaraine, p. 155; mais l'auteur du texte, M. de Fontenay» a rectifié cette erreur dans sa Nouvelle étude de jetons^ 1850, p. 1, sur l'avis qui lut avait été donné par M. Rouycr.
(2) Manuscrit Givaire^ t. II, p. 135, cité par .M. A. C. Chotin, Hist. de Tournai, t. II, p. 72.
(3) Fontenay, Nouvelle étude de jetons^ 1850, p. 15, et Manuel de Vamateur de jetons y 1854, p. 46.
PKRKIN WERBECQUE.
mento met est la devise de Louis XI, et d'ailleurs une variété de ce jeton, au type des roses dans trois cercles, porte sur chacune de ses faces : VIVE LE ROI DE FRANCHE (1). Il me paraît donc constant qu'à partir de 1478, les branches de rosier et les roses devinrent les ornements habituels des jetons de Tournai. Nous les retrouvons sur une pièce de cuivre qui ressemble encore beaucoup à la première, et sur laquelle on lit : '+ VIVE PERKIN lETOIS DE TOVRNAI autour d'une croix fleurdelisée cantonnée de quatre branches de rosier, et + O IIIATER DEI IIIElilEIITO IIIEI. Une petite /ot<r termine la légende du revers (pi. VIII, n® 2). Les armes de Tournai sont de gueules à la tour d*argent, surmontée d'une fleur de lis d'or.
Perkin, ce nom acclamé comme l'avait été celui du roi de France, rappelle un des plus curieux épisodes de l'histoire du xv"" siècle, une aventure qui, pendant huit années, mit en émoi le gouvernement d'Angleterre.
Henri Tudor, après avoir défait Richard III Plantagenet à la^ bataille de Bosworth (1485), s'était emparé de lacoui*onne d'Angleterre, et régnait depuis huit ans environ, lorsque le brui se répandit que Richard duc dTork, un des fils d'Edouard lY échappé de la Tour de Londres, où l'on croyait qu'il avai péri, se présentait pour faire valoir ses droits au trône. E effet, un vaisseau marchand venant de Lisbonne, avait amen dans un port irlandais, à Cork, un jeune homme de dix-neu ans qui trouva rapidement des partisans (2), et se rendit bientô à Paris, où Charles VIII le traita comme un fils d'Edouard IV Il est vrai qu'alors Henri VII assiégeait la ville de Boulogne; l'accueil fait au prétendant par le roi de France détermin
(1) Cette pièce est tellcmcut rognée, qu'on n'y voit plu» que la moitié infé rieure des caractères, sur lesquels cependant on ne peut concevoir de doutes Je. ne Tai pas dessinée à cause de cet état de dégradation. Le type est tout fait semblable à celui des deux pièces gravées dans 1a pi. VHI, sous les n*" 3 et
(2) Le débarquement eut lieu le 5 mai 1492^ à ce qu'il parait par une Jettr que le roi Henri VII écrivait au comte d'Ormond : u Hâve tidings tbat oub^ Rebelles landed the Vth daye of tbis moneth in our land of Irland. » Voy. Or^ ginal lettet's illustrative of English history, publiées par Sir Henry Elli^ London. 1825, in-8", t. ï", p. 18.
PERKIN WERBECQUK. ra
Tudor à lâcher prise; la paix fut signée. Le faux duc d'York, obligé de quitter la cour française, alla trouver, en Flandre, la sœur d'Edouard IV, Marguerite, veuve de Charles le Téméraire, qui le reconnut pour son neveu (1). C'est ainsi qu'un siècle plus tard, la tzarine Marfa, veuve d'Ivan le Terrible, consacra, par son témoignage, l'imposture du premier faux Démétrius.
La duchesse douairière de Bourgogne déclara hautement qu'elle avait retrouvé un fils d'Edouard IV, lui donna le surnom de Rose blanche prince d'Angleterre (2), et lui fournit une garde de trente hallebardiers.
Cependant Henri Vil, inquiet du crédit accordé en Irlande et en Angleterre même aux récits du prétendant, employa tous les moyens en son pouvoir pour découvrir l'origine de ce personnage, et finit par apprendre qu'il appartenait à une famille de Tournai, et se nommait Perkin Warbeck (3).
Le prince anglais envoya des ambassadeurs à l'archiduc Philippe, pour le prier d'expulser le jeune Warbeck de ses États (4). Mais l'archiduc répondit que la duchesse douairière
(1) Le poète Bernard Andréas, historiographe d'Henri VH, dit à ce propos : « Junone illum revocante, in Flandriam profectus est. » Manusc. de la bibliothèque Cottonienne, cité par S. Henry Ellis.
Marguerite avait d^jà suscité comme prétendant Lambert Simnel (1487).
(2) HalVs Chronicle, p. 463.
(3) Hall, dans sa Chronique ^ dit : «... Peter Warbecke; and for hia dastard cowardnes of the Englishmen, in dérision, called Perkyn Warbeck, according to the duché phrase, whiche chaunge the name Peter to Perkyn to yongelinges of no strength nor courage, for their timerous hartes and pusilllanimitie. » (P. 463.) Hall se trompe assurément, Perkin est un diminutif familier qui n'a rien d'injurieux, une appellation populaire très usitée chez les Flamands, et tout à fait analogue à ces autres diminutifs si célèbres, Cola Rienzi et Mas Aniello.
(4) Le D' Warham, un de ces ambassadeurs, s'exprimait ainsi en s'adressant au conseil de l'archiduc : « To counlerfeit the dead image of a king in his coin is an high offence by ail laws. But to counterfeit the living image of a King in his person exceedeth ail falsifications except itshould be that of a Mahomet or an Antichrist that counterfeit divine honour. » HisL d'Henri VU, par lord Bacon, Œuvres, édit. de Londres, 1858, t. VI, p. 143.
C'était alors la mode de comparer Perkin à Mahomet considéré comme type de rimposteur. C'est pourquoi Grafton, dans sa Chronique, dit en parlant de la duchesse Marguerite : « She sent Perkyn Warbeck, her now invented Mawmet first intq Portiugall, and so craflelie into the realmc of Ireland. » Vol. II, p. 192.
174 PERKIN WERBECQUE.
était libre et indépendante dans ses domakies particuliers, et refusa son inter\'ention.
C'est alors que fut frappé un gros d^argent dont voici la description :
Léopard. DOmNE : SALVVM : FAC : REGEM. Écu d'Angleterre, timbré d'une couronne fermée et accosté d'une fleur de lis et d'une rose couronnées ; dans un entourage composé de cinq arcs de cercle.
Bevers. Uopard. MANI : TECKELPHARES 1898 (1494); une fleur de lis, un léopard et une rose, surmontés d'une couronne fermée ; le tout dans un entourage composé de quatre cintres et de quatre angles. — Argent.
Cette pièce est rare ; elle a été souvent décrite ou gravée en Angleterre (1). La légende qu'elle porte au revers, empruntée à Daniel (Y, 25), menaçait le roi Henri du sort de Baltazzar, et le roi très inquiet se plaignait de la grande méchanceté de la duchesse Marguerite^ qui lui créait de continuels embarras : « And forseing nowe, écrivait-il à sir Gilbert Talbot, son conseiller, the persévérance of the same her malice, by th' untnie contriving eflsones of an othr fayned lad called Perkin Warbek, born at Tournay in Picardy, which at his furst into Irland called himself the bastard son of king Richard », etc. (2).
Perkin fit d'abord près de Deal, dans le comté de Kent, une tentative qui échoua (3), puis passa en Ecosse, où, fortement recommandé par Charles YIII, par le roi des Romains et par Marguerite d'York, il fut accueilli par le roi Jacques IV, qui lui donna en mariage une de ses parentes, lady Catherine Gordon, fille du comte de Huntley (4). Ensuite, à la tète d'un
(1) Folkes, Table of English silver coins, 1745, p. 19. — Leake, Historical accounl of English money, p, 186. — Wise, Num. ant. BodL Cat., 1750, p. 241, tab. XXI. — Num. ant. Thom. Corn. Pembr.j 1746, t. II, part. iV) lab. 9. — Ruding, Annals of the coinage of Gr. Bnt„ t. I*' p. 300; té % p. 372, pi. Suppl. III, îi9 33. — Hawklns, Descr. of the anglo-gall. coins in the Brii. Mus., p. 37. — Akerman, A numismatic manual, p. 391. — Ch. Cocheteux, Bullet. de la Soc. hist. de Tournai, 1854. t. IV, p. 37, 63 à 68.
(2) Original letters, t. I«, p. 20.
(3) Loi-d Bacon, Hist. of Henry Vllf t. VI, p. 156.
(4) lùid., pé 162 et suiv.
PKKKliN WERBECQUE. <7o
parti composé d'Écossais, d'Irlandais et d^Anglais exilés, il fit une incursion sur les terres de Henri. Bientôt après, la paix fut signée entre les rois d'Angleterre et d'Ecosse, et Pcrkin s'embarqua pour l'Irlande; de là il se rendit dans le comté de Cornwall, qu'il souleva. Henri VU s'empressait d'annoncer ces nouvelles à sir Gilbert : « Perkin Warbek and his wif were lately sette fui porely to the see by the king of Scoltes andaftre that landcd within our land of Irland in
Ihc wylde Irissherie (1) »
Sous le nom de Richard IV, roi d'Angleterre, Perkin, à la tête de huit mille hommes, tenta de s'emparer d'Exeter, mais sans succès, et ne tarda pas à se trouver, près de Taunton, en face de l'armée de Henri, supérieure en nombre. Perkin rangea ses troupes, et parut disposé à soutenir le combat avec la plus grande résolution. Mais lorsque la nuit fut venue, il s'enfuit à cheval et alla chercher un asile dans le sanctuaire de Beaulieu (Bewley, Hampshire). Lady Catherine Gordon, tombée aux mains de Henri VU, fut placée près de la reine, et reçut une pension considérable.
Henri s'était empressé de faire écrire à ses amis pour leur
apprendre la fuite du prétendant. Il nous reste deux lettres
dans lesquelles on trouve la même phrase railleuse : « On
thursday about midnight, Perkin fled from his company at
Tanton and tooke noe leave nor lycence of them (2). »
On sait comment Perkin se rendit à Henri VU qui le fit
pi'omener sur un cheval dans toute la ville de Londres et lui
Assigna un logement dans le palais d'où il s'enfuit pour se
^<pfugier dans le prieuré de Shyne (3) ; comment il se remit
cnccDre aux mains du roi qui le fit exposer sur un échafaud de-
^-^"^ % Westminster Hall, et à la croix de Cheapside (juin 1498),
^'^^ligeant à débiter une confession écrite qui commençait par
mots : a Mon père demourait subz l'Escault, appelé Jean
^ * > Original letters, t. I«*, p. 32. — Cf. lord Bacon , Hhi. of Henry Vll^
*^ *""^«, i858. t, VI. p. lis.
^^"> Original, letters, p. 37 et 38. Ces lettres sont écrites les 23 et 2d sep-
- 1^. — Cf. lord Bacou. loc, Idud,^ p. 192.
^ ^ Lord Bacou, loc* laud., p. 201.
176 PERKIN WERBECQUE.
Werbeque, et cstoit conteroUeur de la ville de Toumay cl le ung de mes grands pères esioit appelé Piérart Flan et estoit rccepveur de la dite ville et doyen des navieurs, etc. (1). » Après cette humiliante formalité, Perkin fut enfermé dans la tour de Londres ; accusé un peu plus tard d'avoir tramé un projet d'évasion avec le comte de Warwick, son compagnon de captivité, il fut condamné à mort, et exécuté à Tybum (novembre 1499) (2). M. Kervyn de Lettenhove a publié dans son Histoire de Flandre et d'après un manuscrit de M. Goethals, une lettre de Perkin à sa mère, dpcument dont Tauthenticité n'est pas bien démontrée, et qu'au reste le savant académicien n'a insérée dans son grand travail qu'à titre de curiosité inédite (3). Il semble que cette pièce ait été fabriquée à l'aide de la confession de Westminster qui était cependant l'œuvre des plus cruels ennemis de Perkin (4).
Le gros de 1494 est conçu suivant le mode flamand; sur des monnaies de Charles le Téméraire et de sa fille Marie, on lit salvum facpopulum tuum Domine j avec les dates 1474, 1476, cl 1478 (5). La pièce frappée en France avant le départ de
(1) Nous citons diaprés la traducUon française conservée dans le manuscrit de M. GueUials et publiée par M. Kervyn de Lettenhove {HUt, de Flandrt, t. V, p. 500). La confession fut, bien entendu, prononcée en anglais, langue que Perkin parlait fort bien; le texte anglais diffère du français en quelques points : on le trouve rapporté tout au long dans la Chronique de Hall (Londres, éd. de 1809, p. 488], et dans la Chronique de Grafton (Londres, édiU de 1809, vol. II, p. 218). Lord Bacon n*en donne que la substance. •
(2) Lord Bacon, loc, laud., p. 203.
(3) liist. de Flandre^ Bruxelles, 1850, t. V, p. 501. — La lettre est datée d'Exetcr le \^^ jour d'octobre, et Perkin demande à sa mère « un peu d^ai^gent pour l'iiidcr, afin que ses gardes lui soient plus aimables en leur donnant quelque chose. » Ottu lettre aurait donc été écrite au moment où le jeune prétendant venait de quitter son asile de Bewley pour se rendre près d'Henri, cl il aurait, gardé à vue comme il Tétait, préparé un document qui pouvait être facilement saisi et démontrait son impostnre. Si cette lettre inexplicablement imprudente, est aiithculiquo, elle trancherait toutes les difficultés que ridentité de Perkin a soulevées, et que tous les documents étudiés en Angleterre n'ont pas permis de résoudre.
(4) Au sujet des divers systèmes historiques qu'a fait naître la longue aventure de Perkin, consultez l'intéressant mémoire de Sir Frédéric Madden, I^cuments relating io Perkin Warbeçk mth retnarks on his history, imprimé d.in« le t. XXVII, p. 153, de V Atxheologia. Londou, 1838.
(o) Duby, Traité, pi. UX,uo» 1 et 2; pl. LXXXU, u« 1.
PERKIN WERBECQUE. 177
Perkin pour l'Ecosse ne porte pas de nom royal, et cela a singulièrement étonné les antiquaires anglais. Mais cette absence tient peut-être à ce que Perkin, était trop bien connu dans sa province pour oser y usurper le nom de Richard. Il n y rencontrait sans doute pas moins de faveur, car une expédition contre Tennemi des Plantagenets et de la duchesse Marguerite devait être populaire. Ne soyons donc pas surpris de trouver la légende VIVE PERKIN sur un jeton de Tournai, puisque les compatriotes du jeune prétendant pouvaient se réjouir de ses entreprises sans pour cela prendre le change au sujet de son identité (1). Ainsi envisagé, notre jeton présente un très haut degré d'intérêt historique puisqu'il fournit une preuve de Foriginc tournaisienne d*un personnage au sujet duquel le savant sir Henry Ellis dit : « Who was Perkin Warbeck is a question which thc English annals cannot résolve. »
Les jetons dont j'ai placé la figure dans la pi. VIII ne présentent pas de difficultés sérieuses. Sur le n"* 3 on voit la légende SIT.IIOIIIEII divisée en trois parties par une guirlande de feuilles de rosier, laquelle règne sans interruption sur le jeton n° 4.
Les n" 5 et 6 offrent tous deux, et sur chacune de leurs faces, rinscription AVE MARISTELLA DE! MATER. Le caractère S sert pour les mots mari$ et Stella dans cette phrase empruntée à l'hymne de saint Bernard qui se chante à Toffice de la conception de la Vierge, le 8 décembre :
Xxe maris Stella Dei mater aima Atque semper virgo Félix cœli porta.
(1) Dès l'origine de l'avenlureuse carrière de Perkia, ses compatriotes disaient son vrai nom. Henry Vil ayant, au commencement de Tannée 1493, envoyé prendre des renseignements sur le continent, voici ce qui se passa : « lUJ (exploratores) in Galliam profecti dum alii alla loca peragrant, quidam Tornacum perveniunt, ibique intelligunt Ricard um humili loco natum nomenque a primo habere Petrum cognomento Varbechum idque multorum testimonio constare. » (Polydore Verg., Hist. Ueiir. Vil, p. 591.)
178 PËRKIN WËRBËGQUE.
Les roses se voient sur ces deux pièces. Le n*" o présente en outre le monogramme de Jésus-Christ IhS avec une barre d'abréviation qui forme en même temps croLsc. Un littérateur, la plupart du temps malheureux dans ses conjectures, a prétendu que ce monogramme devait se lire ITIS et qu'il représente le mot grec l/OJ;. Cette opinion ne mériterait pas sans doute d'être rs^ppelée si elle n'avait été accueillie dans un travail que les amateurs de jetons.consultent (1). Les antiquaires^ que les diverses questions relatives au monogramme de Jésus intéressent les pourront trouver traitées avec toute rérudition désirable dans deul opuscules de notre savant confrère H. C. Cavedoni (2). On sait que saint Bernardin de Sienne, au XV* siècle, était un fervent propagateur de la dévotion au nom de Jésus. Il avait donné en 1423 à Téglise sainte Marie délie asse à Modène, un tableau représentant en or sur fond d'azur le monogramme sacré entouré de rayons et de fleurons. C'était comme un résumé de la doctrine exposée dans un sermon prononcé par le saint, qui énumëre les douze rayons mystiques ou attributs du nom de Jésus. Ce même sermon explique la présence des fleurs autour du monogramme symbolique : « Hinc et ipsa Maria tempore passionis Christi per multipliées salsugines amaritudinum progredit ad Domini sepulchnim quaerens, ut ait Angélus (Marc, XVI), Jesum Nazarenunl cnicifixum. IhS autem salus, Nazarenus iloridus interpretatur, crucifixum additur ut sic habeas salutem, florem et crucem, et in omnibus consolationem (3). » On voit donc que le type de notre jeton qui présente à la fois le monogramme IhS, une croix, et des fleurs, est conçu suivant le système de saint Bernardin^
Les pièces gravées sous les n«* 7, 8, 9, 10 de la pi. VIII
(1) Fragments cThistoire métalliquey par J. de Fontenay, dans les Mém. de la Soc, éduenne, 1844, p. 265, n» 4.
(2) DeW origine e valore délia scrittura compendiosa lUS del sacrosanio nome di Gesit, Modena, 1846, et DeW ong. e vaL délia sa'ilt. comp. IHS del eacr. nome del Salvatore e del suo culto, Modena, 1855.
(3) Sertnones sancti Bemardini de Senis ordinis fratrum minorum de Evan» gelio jeiernot âermo XLIX. — De Glorioso nominc Domini Nostri Jesu ChrisU^ art. socauil., çap. IV.
I>Kmil,\ WEllBEGUUE, 179
nous monlreol diverses combinaisons de Ueurs de lis, de tours, de roses qui relient entre eux tous ces jetons, de telle sorte que leur attribution à Tournai no laisse pas de doutes dans l'esprit. Cette attribution s'étend à d'autres pièces du même genre dont je ne donne pas le dessin, mais que les antiquaires reconnailront aisément.
On devra, en i-ludiant celte série, ne pas oublier ia pièce publiée par Miéris, KIotz, et Duby(l), pièce que je n'ai pas encore vue en nature et qui me parait présenter des roses entre les mots de la légende DIV.NOVS DOIN PAIS ET EN LA FIN SA GRASE.
(1) Uitf. (ter Keilert.. t. IJ, \i. 13ti. — HUI. Hivnmur. obiiU., p. 1î. — Utr. >jin. det mm», uhiitl.. pi. SX. ii- j.