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DE LA MONNAIE FRANÇAISE

Notro ctillaboratour M. Arnold Morol-Fatio a déjà publié diverses contrefaçons do la monnaie française» émises par les Radîcati, comtes de Cocconato (1), et en cela il a rendu un très grand service à nos amateurs de monnaies que ces pièces ont bien souvent embarrassés. Ce n'est pas tout, en effet, que rlo connaître la monnaie naticmate, il faut savoir par qui elle a élé imitée, sous peine d'introduire dans les séries françaises» des pièces prétendues énigmatiques qui ont ailleurs une place très régulière.

M. Promis a encore pu retrouver de nouvelles variétés que nous reproduisons sous les n**' 12, 13 et 14, renvoyant pour ce qui concerne Thistoire de l'atelier à ce que M. Morel-Fatio nous en a dit.

La copie du double sol ou pinatelle de Henri III, décrite ici sous le n® 12, ne porte pas la couronne royale fiprmée, mais une couronne fleurdelisée a laquelle il est à peine nécessaire do faire remarquer que les Radicati n'avaient aucun droit.

13. E.IIII.D.CPRET.COCONAT. (Ercules IV de Comitibus Passerani et Coconati). Écu de France timbré d'une couronne royale fermée et accosté de deux C.

1^. + SIT.N DOMIMI.BENEDIT. Croix échancréo, cantonnée de quatre couronnes. — Billon. (PL XIV, n" 13.)

M. Morel-Fatio avait émis des doutes sur l'existence d'un personnage nommé Hercule parmi les Radicati; mais actuellement M. Promis nous fournit un docuinent qui tranche la difficulté. Un bail par lequel ces seigneurs concèdent pour quatre ans, à partir de 1591, la fabrication de leur monnaie au juif Ventura Lodi est passé au nom des « Domini comités loannes Matthaeus de Brossolo, capitaneus et rector hujus roûiitatus Coconati, Ercules et Alexander de Passerano, loan^ nos Franciscus de Robella et Antonius de Brossolo, omnes ex comitibus Coconati (2) ».

Cet acte nous donne le sens exact de la légende Moneta kx coM. Rad.c. (ex comitibus Radicati). Mais il n'y a encore qu'un

(1) Revue numism., 1863, p. 347, pi. XV et XVI.

(2) Moneie ined. del Piemonie, 1866, p. 62.

Horcule de retrouvé, et si le chiffre ordinal qui suit son nom se rapportait à ce nom même, les généalogistes nous devraient trois Alcides. Toutefois, avec les imitateurs de monnaies, on peut être défiant, et chercher pour le chiffre llll une autre valeur, en le reliant aux mots qui suivent (quattuor Domini comités). E.IIII.D.C, exprimerait Fassociation de cinq seigneurs.

Le double C qui accompagne l'écu aux armes de Franco, tout en signifiant Concomites Coconati, imite le type de Charles X. cardinal de Bourbon. Les douzains de ce prince n*ayant été frappés qu*aprës le 12 janvier 1590, la monnaie des Radicati qui les copie ne peut être antérieure à cette époque.

14. HER.CVL.IIII.DrG. FRAN ET COCONARQ. Buste barhn et lauré d'Hercule, tourné à droite.

1^. + SIT.NOMEN.DOMINl.BENEDICTV 1S9//. Trèfle. Au centre, H entouré de quatre fleurons formant croix. — Demi* franc d'argent bas. Poids, 6^,136. (PI. ^IV, n» 14.)

On remarquera qu'il existe un point entre la troisième et la quatrième lettre de la légende du droit. Le C de Comilibus a été changé en G, le P de Passerani prend la forme d'un F pour produire FRAN. Les lettres R.C. peuvent représenter rector capitaneus ou Radicati, Nous avons là en somme une copie assez déshonnête du demi-franc de Henri lY. Le dernier chiffre de la date est illisible, et il est probable que ce n'est pas seulement par suite d'un accident.

Parmi les conditions du bail de 1591, qui sont rédigées en italien et insérées dans l'acte latin, on trouvé sous le n<> 4 : « Che detto ceçhero (zecchiero) non debba imprimer arme, littere, caratteri, imprese o motti simili a quelli de' principi ^ ma tutte le arme, lettere, caratteri, imprese e moti che si voranno da imprimere sopra le monete suddette le siana designate e date in scritto dal sig. capitano e non altrimenti, sotte pena di falsità. »

Cette clause semblait faire droit aux plaintes des princes dont les Radicati avaient contrefait la monnaie. Il fallait tout au moins avoir Tair de la respecier. Donc on ne pouvait plus admettre sur une pièce imitée une date qui fût en contradic-

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lion avec la promesse du bail. Cependant Henri IV venait de faire émettre un beau demi-franc qui porte la date de 1591 après la légende sit nomen domini benedictum (1). L'occasion était tentante; on arrivait assez facilement à former une légende analogue dans sa masse à HENRICYS.IIII.D.G.FRAN. ^ ET.NAVAR.R. Un coup de burin sur le dernier chiffre de la date suffisait pour mettre en repos la conscience de Ventura Lodi et des co-^eigneurs de Passerano.

11 est avec un bail des aocornmodements.

Saint Honorât de Lérins.

Notre excellent collaborateur Ad. Carpentin a déjà parlé dans cette Revue de la monnaie des abbés de Lérins, et donné le dessin d'une belle pièce frappée par l'ordre de Tun d'eux au Sabourg (2). Nous ajouterons ici trois pièces portant des dates différentes et se rapportant exactement quant au module au douzième d'écu blanc de mademoiselle dé Montpensier. Deux de ces monnaies, à la date de 1669 et de 1671, ont été publiées par San Quintino dans les Mémoires de l* Académie royale de Turin (3). La pièce de 1668 nous est fournie par M. D. Promis (4).

Duby a donné une analyse de Tacle notarié de 1666 par lequel Tabbé de Saint Honorât concède à Bernardin Bareste le droit de fabriquer au Sabourg (Sepulchrum), diocèse de Vintimille, des monnaies d'or et d'argent, à la condition que ces monnaies seraient frappées aux coin et armes du monastère, Mofiasterium Lerinense pnnceps SeptdchrL

Voici d'abord le dessin de la pièce de cinq sols conservée dans le Cabinet royal de Turin.

IS. MONAST.LERINENSE.P.SEP. Buste d'abbé avec la cagoulle et une croix pendue au cou, tourné à droite.

(1) Uclombardy, Catal. de la coUect. RignaïUt, p. 48, n» 352.

(2) Bévue numism., 1860, p. o4.

(3) Ile série, t. X, 1849, p. 189.

(4) Monete iried, del Pitnnonte, 1866.

1%. MONAST.LERIN.PRIN.SEPVL. Écu chargé d'une milre, d'une crosse et de deux palmes, timbré d'une couronne de prince à feuilles d'ache, et accompagné de deux rameaux d'olivier. Au-dessus, la date 1668. — Argent. (PL XIV, n* 15.)

On ne voit plus, comme sur la pièce de 1667, la légende siib timbra sedi. Le graveur a répété au revers le nom du monastère. C'était sur le titre àejjrifweps^ c'est-à-dire de seigneur souverain, que les abbés- se fondaient pour s'anoger les droits régaliens. Dans leur monastère de Saint Honorât, ils n'auraifînt pas osé prendre cette licence ; mais au Saboorg, en s'appuyant sur une prétendue donation d'un comte de Vinlimille , Ciuistatée par un acte faux (1), ils purent se livrer pendak^V (juelque temps à une spéculation qui leur rapportait par ax v née 700 livres, somme qui, ù cette époque, n'était pas à (^dédaigner.

, La tête de 1668 otl're des traits fort ditl'érents de ceuxc^^ue nous montre le sixième d'écu blanc de 1667. La pièce suiva^^ilc porte encore une autre effigie.

16. DECYS.ET.ORNAM.ECCL>E. (ornamentum Ecclesi — a?). Tète de saint Benoît avec nimbe.

^. MONAST. LERIN.PRIN.SEPVL.C.CASS. (Congregali(=Diiis cassinensis). Même écu. Dans le champ, la date 1669. — (Pl.XIV;nM6.)

17. Même légende. Buste d'abbé, tourné à droite (s — ans nimbe). ^

1^. Semblable à la monnaie précédente. 1671. — Arg^^nL '(Pl.XIV,nM70

La pièce de cinq sous^ ou comme on disait en Italie--^ It' luiyino de 1671, présente une tète sans nimbe. Il parait v r^raisemblable que Ton a ici divers portraits des abbés de S -^iflt Honorât. Ce fait pourrait être vérifié au moyen d'une recheKT^^^Ae iconographique qui serait peut-être plus facile en Prov^iîce qu'à Paris* Les anciennes familles du pays doiven,t avoir conserve quelques portraits des dignitaires de la célèbre abba;^e.

(l) Voir lu noie de M. Promis sur les actes apocryphes tleslinés à prourt-r les droits des ducs de Savoie sur Monaco, ilfune/e incd. del PtVi72on/<*, 1866|p. H.

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ËQ 1860, j'avançais que le sixième d'écu publié par M. Carpeiitin est très certainement une imitation, et j'en donnais la raison que voici :

« Alberico II Cybo-Malaspina', duc de Massa, conlrefaisail le luiylno de Guillaume-Henri prince d*Orange, qui était une imitation de celui de mademoiselle de Montpensier,

« JeaU'André III Doria Landi, contrefit, en 1665, le biitjino

di» Massa L'abbé de Lérins, à son tour, a contrefait, en

1667, le luùjmo de Jean-André, son voisin Par arrêt du

Conseil d'État en date du i" juillet 1686, il fut enjoint à l'abbé

d'avoir k cesser la fabrication de ses monnaies Peul-élre

les abbés continuaient-ils à faire usage de coins à la date de 1667, afin de fournir aux marcbés du Levant ces luiyhii qui, vingt ans auparavant, avaient joui d'une si grande faveur et donné naissance à tant de contrefaçons (I). »

Je me trompais sur la date des coins; mais Texamen de la série des monnaies m'avait suggéré, quant aux causes di» la fabrication, une opinion qui se trouve complètement jusliliée par un document authentique. M. l'abbé Tisserand a recher- 4*lié et copié aux archives de la préfecture du Var l'acte de 1666 dont Papon, dans son Histoire de Provence, et Duby, onl publié une simple analyse faite en 1760 par les religieux pour l'empereur d'Allemagne. Or, dans cette copie de M. Tabbé Tisserand, on lit le passage suivant :

« Art. 1". Que moyennant ladite rente ledit Bareste pourra fabriquer des espèces d'or et d'argent , soit grandes, soit petites, pour les débiter au pays du Levant aux coin et armes dudit monastère, du prix et bonté de celles qui ont cours, étant toutes lesdites pièces d'argent qui se fabriqueront à ladite monnaie sous le titre de sept deniers de fin pour le moins, et lesdites espèces d'or au degré de 18 karats de fin; à quoi ledit Bareste s'oblige. Lesdits Pères lui donnent aussi la permission de fabriquer dans ladite monnaie des pièces de cinq sois et autres espèces d'argent propres pour ledit pays du

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