‹ ŒuvresChapitre 3 sur 15 · DE LA NÉCESSITÉ DU COMMERCE SURNATUREL DE L^HOMME AVEC DIEU · texte numérisé non relu

DE LA NÉCESSITÉ DU COMMERCE SURNATUREL DE L^HOMME AVEC DIEU

Monseigneur, Messieurs,

Nous avons fait un grand pas. La question était de savoir si , dans le commerce de Thomme avec Dieu, il existe un ordre de rapports superposé à Tordre de la nature et de la raison. Nous avons établi que cet ordre existe , puisque l'humanité se conduit partout et toujours comme s'il était réel. Répondant ensuite à une objection tirée du défaut d'unité que présente l'ordre surnaturel dans l'ensemble des religions positives qui se partagent le monde , nous avons montré qu'en effet il avait été altéré par l'ac-

tion libre de l'homme , qui cependant n'avait pu le détruire nulle part : en sorte que nous avons ici en faveur de la vérité le témoignage mêmç de Terreur. Car, non-seulement Terreur, malgré sa puissance corruptrice, n'a pas détruit la forme surnaturelle de l'établissement religieux, mais elle n'est point parvenue davantage à donner aux faux cultes un caractère spécieux de divinité. Le christianisme seul possède une physionomie surhumaine qui commande à l'esprit l'examen et le respect ; seul il apparaît entre l'homme et Dieu comme l'expression possible de leurs rapports.

Cela fait, Messieurs, la question de Tordre surnaturel n'est pas épuisée ; nous n'en avons considéré que le côté extérieur, et le rationalisme nous appelle au dedans. 11 nous demande ce que cela veut dire : un ordre supérieur à la nature et à la raison, un ordre qui suppose que l'intelligence manque du nécessaire pour connaître, et la volonté du nécessaire pour agir. Quand Omar fut consulté pour savoir ce qu'il fallait faire de la bibliothèque d'Alexandrie, il répondit : Ou bien les livres de la bibliothèque d'Alexandrie disent la même chose que le Coran, et en ce cas il faut les brûler comme inutiles; ou bien ils disent autre chose que le Coran, et en ce cas il faut les brûler comme dangereux. De même ici , ou bien Toçdre surnaturel rentre dans la lumière et l'activité de Tordre naturel, et alors à quoi sert-il? Ou bien il n'y rentre pas, et alors, inintelligible à la raison, inconciliable avec la nature, à quoi sert-il encore?

Quel motif, en outre, peut avoir eu Dieu de refuser à notre organisation intérieure l'unité qu'il a mise en tous ses ouvrages , et de nous former un esprit qui, pour suffire à ses fonctions, ait besoin de se compléter par un appareil venu du dehors?

Bref, on nous conteste la notion même de l'ordre surnaturel ; on l'accuse d'introduire dans le plan de la création un ressort à tout le moins arbitraire et superflu. Et moi, au nom de l'Église, j'afflrme que ce ressort est nécessaire , nécessaire d'une nécessité absolue, posé que Dieu ait voulu nous donner de lui une pleine connaissance et une pleine possession , comme, dès le principe des choses, il l'avait en effet voulu et préparé. Je le prouverai pour l'un et l'autre élément de l'ordre surnaturel, c'est-à-dire pour la prophétie, qui est le complément de notre lumière intérieure , et pour le sacrement, qui est le complément de notre activité libre.

Quand on vient à considérer. Messieurs, le travail intellectuel accompli par l'homme ici-bas, on ne peut retenir en soi un mouvement de stupeur et d'admiration. Placé sur cette terre comme dans une île dont le ciel est l'Océan, l'homme a voulu connaître le lieu de son passage ; mais d'innombrables barrières dressées autour de lui s'opposaient à son dessein, et lui interdisaient de prendre possession de son empire et de son exil. La mer lui opposait la jalousie de ses flots : il a regardé la mer, et il a passé. La proue de son génie a touché les plus inaccessibles rivages ; il en a fait le tour, il en a dessiné

les plis, et après quelques siècles d'une audace plus opiniâtre que les tempêtes , dominateur paisible des eaux y il se promène où il veut et quand il veut à la surface soumise de leur immensité. Il envoie ses ordres à tous les écueils, devenus des ports ; il leur emprunte y par des échanges qui ne s'arrêtent jamais , le luxe et l'orgueil de sa vie , mêlant ensemble tous les climats pour ne faire d'eux, si divisés qu'ils soient, qu'un serviteur unique obéissant sur tous les points du globe à ses désirs souverains.

Une autre mer, plus vaste , plus profonde encore, recueil de mystères infinis, répandait sur sa tête ses ondes peuplées d'étoiles. Lui, simple pâtre alors, errant à la suite de ses troupeaux, dans les champs de la Chaldée , a regardé le ciel à travers les pures nuits de l'Orient. Aidé du silence, il a dit aux astres leur nom , connu leur marche , pénétré le secret de leurs obscurcissements, prédit leur disparition et leur retour ; et toute cette armée lumineuse, comme si elle eût pris ses ordres dans les yeux de l'homme, n'a cessé de se rendre, dans un cycle exact, au rendez-vous où l'attendait l'observateur. L'astre même qui n'apparaît qu'un jour en plusieurs siècles n'a pu nous dérober sa course ; appelé à heure fixe, il se détache des profondeurs inénarrables où nul regard ne le suit, il vient, il aborde à un point signalé d'avance notre étroit horizon , et, saluant de sa lumière l'intelligence qui l'a prophétisé , il retourne aux solitudes où l'infini seul ne le perd jamais de vue.

Mais entre la terre et le ciel, entre la demeure

de rhomme et celle des étoiles, s'étendait un espace différent de tous les deux, moins subtil que Tun, moins grossier que l'autre, habité par les vents et les orages, et pénétrant de ses actives influences tous les ressorts de notre vie. L'homme a reconnu ces compagnons invisibles de son être ; il a décomposé l'air qu'il respire , et saisi les nuances du fluide qui l'éclairé ; la vitesse de l'un ne lui a pas plus échappé que la pesanteur de l'autre. En vain la foudre, cette vive image de la toute -puissance divine , semblait défier la hardiesse de ses investigations : comme un géant qui a tout abattu autour de lui , et qui s'indigne de rencontrer un obstacle , il s'est pris corps à corps avec ce résumé terrible des forces de la nature, et, plus maître que jamais, il a traité la foudre comme un enfant qui se mène par un fil , tantôt l'arrêtant respectueuse au sommet des palais et des temples, tantôt la forçant de se précipiter par des routes inoffensives dans les muets abîmes de la terre. La terre, la mer, le ciel et tous ses flambeaux, l'air et tous ses phénomènes, rien du dedans et du dehors n'avait pu se soustraire à l'esprit de l'homme ; l'observation lui avait révélé les faits, les faits l'avaient conduit aux causes et aux lois. Et ces sciences particulières, rayons dispersés d'un foyer commun, venaient se réunir et s'illuminer dans une science plus générale, qui, en nous livrant les mystères abstraits du nombre , de l'étendue et du mouvement, mettait à nu devant nous les éléments éternels de toutes les choses créées.

Mais est-ce là tout? Le roi du monde s'est-il arrêté là? Gardez-vous de le croire. N'eût-il pas été plus loin , déjà c'eût été le poëte , le savant, l'artiste, déjà l'homme, mais non pas l'homme divin. Or il était divin, et tous les mondes visibles n'avaient pas en eux de quoi rassasier son intelligence et reposer son cœur. Il est monté plus haut ; il s'est demandé ce qu'il y avait au delà des étoiles , quel est l'orbe qui meut tous ces orbes mesurés par son compas, et il s'est répondu : L'infini. Car le fini , ne se contenant pas lui-même, ne peut être borné que par l'infini. Mais qu'est-ce que l'infini? Est-ce un espace vide se multipliant sans cesse devant lui-même, un abîme sans rivages appelant à lui, pour leur faire place, toute vie réelle et toute vie possible, sans être luimême vivant? L'homme, qui avait regardé la mer et le ciel , a regardé sans pâlir cet autre ciel et cette autre mer; quelle que fût la nature de l'espace intellectuel où se jouait sa pensée au delà de toutes les choses sensibles, il a compris que là n'était point le principe de l'être , de la vie et du mouvement. Il a passé plus loin ; il a débordé l'infini imaginaire pour contempler en face l'infini réel, et le voyant sans le voir, le définissant sans le définir, parvenu au terme de toute vérité, il a dit d'une voix qui a été la première , et qui sera la dernière :

Par delà tous les deux le Dieu des cieux réside !

Ne me troublez pas. Messieurs, laissez-moi trem-

blant devant la grandeur de l'homme ; tout à l'heure il ne remuait que la poussière, et le voilà qui touche Dieu.

Et cependant, Messieurs, n'ya-t-il dans votre âme aucune tristesse? N'y a-t-il dans votre intelligence rien d'obscur et d'inconnu ? Une fois , dans les beaux temps de la Grèce , un sage fut qui servait son pays de l'épée , tout en le servant par des leçons (fui ont mérité l'honneur de préparer la sagesse humaine à s'abaisser devant l'Évangile de la sagesse divine. Socrate, car c'était lui, sortit un matin de sa tente, s'assit au-devant, et, sa tête cachée dans ses deux mains, il demeura pensif. Le soleil se leva, l'armée s'émut , les coursiers passèrent , tout le bruit d'un camp enveloppa sa rêverie : mais lui, immobile et comme enlevé à lui-même, laissa venir le soir sans qu'il eût la force ou la pensée de rappeler sa tête appesantie sur ses genoux. A quoi songeait ce grand homme? Quel douloureux mystère avait été capable de lui cacher les heures , et de remplir le cadre d'une si persévérante méditation? Hélas 1 Messieurs , le même mystère qui vous tourmente et qui vous amène ici. Sans vouloir maintenant insulter votre raison après l'avoir tant exaltée tout à l'heure, ne puis-je vous demander avec Socrate : Que savezvous? Cette question, qu'il adressait aux sages de son temps, ne puis-je vous l'adresser, à vous les enfants des sages? Vingt siècles écoulés depuis Socrate ont- ils changé la condition de l'esprit humain , et fait descendre en vous la plénitude de lu-

mière qui manquait au maître de Platon? Une lumière , il est vrai , une grande lumière a jailli sur le monde depuis que la bouche de Socrate s'est fermée en buvant la ciguë ; mais elle descendait du Calvaire, et non de la raison. Ceux qui ne Font pas reçue dans l'obéissance de la foi, loin d'être éclairés par elle , ont vu s'accroître l'ombre et l'incertitude de leurs pensées ; car une question redoutable s'est ajoutée pour eux à toutes les questions dont l'énigme poursuit notre entendement. Je vous le dis donc , sans craindre de me contredire et de vous offenser : il y a une chose que vous ne savez pas, quand vous n'interrogez pour la savoir que votre propre intelligence. Philosophe ou pâtre, écrivant avec une plume d'or des pages qui rempliront la postérité d'un immortel encens, ou bien obscur ouvrier d'une vie sans lendemain, qui que vous soyez, il y a une chose que vous ne savez pas. Ce que vous savez, je l'ai dit; ce que vous ne savez pas, c'est vous, c'est votre âme, c'est la raison de votre âme, c'est votre destinée. Vous savez tout, excepté le secret de votre vie. Je n'en cherche pas encore la raison, j'expose le fait. Votre âme est-elle impérissable de sa nature? Pourquoi est-elle unie à un corps ? Pourquoi s'en sépare-t-elle à un certain moment? Où va-t-elle au sortir de sa prison d'un jour? Qu'est-ce que la mort? Qu'est-ce que ce lieu où vos pères sont descendus , où ils vous attendent, ce lieu qui vous appelle , qui vous dit, par la voix de Bossuet , que les rcmgs y sont pressés? Le savez-vous

avec certitude? Le savez -vous mieux que Socrate placé par l'injustice en face de l'avenir, et puisant dans sa condamnation une nouvelle assurance de notre immortalité?

Si je consulte l'histoire de la sagesse humaine, je la vois aboutir à ce mystèrç par tous ses chemins, mais pardes chemins bien différents. Platon affirme, Cicéron doute, Épicurenie, et constamment l'esprit humain se distribue dans ces trois zones de la pensée. Veut-il, après des âges de foi, restaurer dans les temps modernes la philosophie indépendante. Descartes commence par l'affirmation , Bayle continue par le doute. Voltaire achève par la négation. Il ne faut pas deux siècles à l'activité philosophique pour accomplir ce cycle fatal , dont le résultat est ce que vous voyez, c'est-à-dire une société sans croyances assurées , rompue en mille opinions dont chacune se dit la vraie , dont chacune a ses hérauts , ses espérances , ses revers , et qui , se disputant pour édifier, ne se rencontrent qu'en un point : détruire ! Les Grecs avaient donné au monde ce spectacle, les Romains le renouvelèrent ; et nous , deux mille ans après la leçon de ces ruines , nous avons voulu en recevoir de nous-mêmes le redoutable enseignement. 11 est là , Messieurs , regardez-le ; apprenez-y du moins la limite de votre intelligence, et le besoin que vous avez d'une autre lumière que Isi vôtre pour vous connaître vous-mêmes.

Mais d'où nous vient cette" ignorance de nos propres destinées? D'où vient qu'ayant pénétfé si loin

et si haut dans les mystères de la nature , notre vue se trouble lorsque nous la reportons sur ce qui nous est intime et personnel? Messieurs, il n'est pas difficile d'en entendre la raison. Tous les phénomènes de la nature sont des faits présents sous nos yeux, et les lois mathématiques qui les régissent, outre qu'elles se manifestent dans les corps sensibles et limités, appartiennent à l'essence invariable des choses, laquelle est présente à notre esprit et constitue la lumière intelligible dont il est éclairé. L'être divin lui-même se révèle à nous par l'univers, qui, tout grand qu'il est, nous contraint de lui chercher une cause, cause qui ne peut être que l'infini à l'état personnel, c'est-à-dire Dieu. Nous tenons ainsi les deux extrémités de la chaîne , le fini et l'infini , le monde et Dieu. Mais quand il s'agit de pénétrer le secret de notre destinée , là nous/ont défaut tous nos moyens naturels de connaître. Notre destinée n'est pas un phénomène présent à nos regards ; elle embrasse un passé qui nous est invisible , un avenir qui l'est également. Ce n'est pas non plus une loi appartenant à l'essence des choses , puisque nous pouvions être ou ne pas être , vivre un jour ou mille ans. Notre destinée est un rapport entre deux êtres libres, dont l'un est fini et l'autre infini. Elle dépend du concours de deux volontés différemment souveraines , dont l'une a donné ce qu'elle ne devait pas, dont l'autre peut refuser ce qu'elle n'attendait pas.

Or, cqmment connaître rationnellement la volonté

d'autrui? Comment la raison verrait-elle intérieurement et nécessairement un acte qui peut être ou ne pas être? Sans doute Dieu a dans sa nature des rè- ' gles immuables de justice et de bonté, dont le reflet illumine notre conscience et nous met sur la voie de ses opérations ; mais ni la justice ni la bonté ne lui imposent dans ses dons une mesure absolument déterminée. Il était libre de créer ou de ne pas créer, libre de nous appeler à la vie plus tôt ou plus tard , libre de s'unir à nous plus ou moins durablement et intimement. Qui dira, par exemple, que l'alliance de la nature divine avec la nature humaine par l'incarnation était métaphysiquement nécessaire? Or, si elle n'était pas nécessaire , elle était libre , et si elle était libre, comment l'intelligence l'aurait-elle aperçue autrement que sous la forme d'une simple possibilité? Et c'est la possibilité même qui fait le mystère. Me voici, être vivant, me voici en face de l'éternité que mon esprit découvre tout autour de moi comme l'horizon naturel de mon être : y suis-je pour une heure, pour un siècle, pour jamais? L'éternité, qui est mon principe, est-elle mon droit et mon but? Si je voyais clairement que non, il n'y aurait pas de mystère; si je voyais clairement que oui, il n'y en aurait pas davantage : mais j'hésite devant le oui et devant le non, parce que tous les deux ont leur possibilité. Le nécessaire se voit, le possible s'entrevoit; le nécessaire est le jour, le possible est la nuit. Qui lèvera le doute? Qui nous dira : De deux choses contradictoires également réalisables, c'est celle-ci

qui s'est réalisée", c'est celle-ci qui est le réel? La raison ne le peut; car elle ne le pourrait qu'en chan- . géant le possible en nécessaire, ce qui est absurde. J'avoue qu'entre le nécessaire et le possible se rencontre le probable ; mais le probable ne donne pas la certitude, il incline l'esprit sans le subjuguer, Socrate est mort en se vengeant de ses juges par l'espérance de l'immortalité, et le Phédon est l'impérissable monument de cette héroïque vengeance ; mais ce qui suffisait au remords de ses juges et à la grandeur de son âme ne suffisait pas à la consolation de ses amis. Une autre mort que celle d'un sage, une autre parole que celle d'un homme devait donner au genre humain la certitude de son immortalité.

Puis l'immortalité n'est pas tout ; bien des choses y demeurent obscures, et, fût-elle assurée , l'esprit se demanderait encore : Qu'est-ce que l'immortalité? Y verrons-nous Dieu? L'y verrons-nous face à face? Sera-t-il pour notre œil transfiguré ce qu'est aujourd'hui la nature pour notre œil mortel? L'abîme de l'infini n'a pas de fond , et c'est ici la seconde cause de l'impuissance où est la raison- de se rendre un compte exact des fins dernières de l'homme , ainsi que le christianisme appelle éloquemment le dogme des destinées.

En toute autre science , la question va du fini au fini. Les mathématiques elles-mêmes ne sont que la loi générale des corps, et si on les considère d'une manière abstraite , en tant qu'elles assujettissent à leur calcul des quantités indéterminées, elles n'attei-

gnent point au delà de l'indéfini, c'est-à-dire au delà d'une progression supposée constamment croissante ou décroissante , à laquelle l'unité sert de point de départ. Mais, dans la science des fins dernières, la question va du néant à l'infini. Il s'agit de savoir si la mort nous ramène à l'existence ou nous conduit à l'éternité, si nous sommes un simple phénomène mesuré par le temps ou un astre sorti de Dieu pour retourner à lui, et quelle est la loi de cette courbe que nous décrivons autour du centre qui est notre principe et notre fin. Même en laissant de côté l'intention de Dieu à notre égard , intention évidemment insondable par la raison, comme je viens de le démontrer, il reste encore la difficulté propre à l'infini considéré en soi. Saint Thomas d'Aquin a dit : « La vérité est l'équation de l'intelligence avec son objet. » Or comment une intelligence finie serait-elle en équation avec un objet qui ne l'est pas? Et si cette équation est impossible, comment aurions-nous par nous-mêmes la vérité sur Dieu et sur nos rapports avec lui? Nous pouvons bien affirmer que Dieu est, parce que notre esprit, supérieur à l'univers, y découvre le besoin d'une cause plus haute que lui. Nous pouvons encore affirmer que cette cause est infinie, parce que, si elle ne l'était pas, elle ne serait qu'un autre univers, aussi incapable que le premier de subsister par soi. Mais notre esprit, quoique supérieur à l'univers , n'est pas égal à Dieu ; il flotte entre ces deux extrêmes , surpassant l'un , surpassé par l'autre, et ne connaissant pas même tout entier

celui qui est au-dessous de sa sphère, parce que la science totale du phénomène exigerait la science totale de la cause, qui est Dieu. Dieu, dit l'Écriture, habite une lumière inaccessible; il est à la fois ce qu'il y a de plus clair et de plus impénétrable. Otez ridée que nous en avons, toute clarté disparaît de notre entendement ; la vérité y devient un songe, et la justice un nom. Mais aussi voulons-nous pénétrer jusqu'au fond de l'essence divine , notre œil s'émousse , et nous n'apercevons plus dans un immesurable lointain qu'une scintillation qui nous éblouit et nous dérobe la lumière par la lumière même. S'agit- il de la nature métaphysique de Dieu, par exemple, je me demande : Dieu est-il un être solitaire, ou a-t-il des relations en lui? Quoi que je me réponde , je me réponds un mystère. S'agit -il de sa nature morale , je me demande : Quelle est en Dieu la proportion de la justice et de la bonté? Quoi que je me réponde encore , je me réponds un autre mystère. Et cependant, si j'ignore ces choses, puis -je savoir la loi de mes rapports avec Dieu? puis-je savoir ce que je dois en craindre ou en espérer?

Vous me direz peut-être : Mais pourquoi Dieu ne nous a-t-il pas donné un esprit plus pénétrant? Eh ! Messieurs , quelque pénétration qu'il nous eût donnée, eût-elle égalé jamais la ppofondeur de son essence, qui est infinie? Eût-elle satisfaite la défibition de saint Thomas d'Aquin : « La vérité est une équation de l'intelligence avec son objet? » Vous n'avez que deux partis à prendre : ou nier cette définition,

ou soutenir que Dieu avait la puissance de créer des esprits qui fussent ses égaux, c'est-à-dire Dieu. Dans le premier cas , c'est affirmer que l'effet peut être plus grand que sa cause; dans le second, c'est affirmer que ce qui existe par un autre existe cependant par soi. Cédez à l'évidence, Messieurs, et ne contestez plus au christianisme cette grande et forte vérité, qu'aucune intelligence créée n'est capable par elle-même de s'élever à une connaissance parfaite de Dieu, et, par conséquent, à une connaissance certaine de sa destinée. L'histoire vous le prouve, et le raisonnement vient de confirmer l'histoire en vous l'expliquant.

Que faut- il donc pour que l'homme se connaisse lui-même en Dieu? Il faut qu'une lumière médiatrice s'interpose entre Dieu et lui, lumière qui aide sa nature sans la détruire, qui l'approche de l'infini sans être elle-même l'infini. Et si cette médiation vous paraît impossible, écoutez- moi encore un seul moment.

Vous à qui je parle, vous êtes une âme , et moi qui vous parle, je suis une âme aussi. Eh bien! connaissez-vous mon âme , et moi la vôtre? L'infini n'est pas entre nous, et cependant, quoique nous nous touchions par nos corps, un abîme nous sépare. Qui êtes- vous, et qui suis-je? Quel est le mobile secret de nos actions? Où tendons- nous par nos faiblesses et nos vertus? Quel est le degré de notre puissance dans le bien ou dans le mal? Je le répète : Qui êtesvous, et qui suis-je? Vous verrez bien dans mes

actes, et moi dans les vôtres, un certain reflet de ce que nous sommes intérieurement ; la physionomie ajoutera sa révélation à celle de nos œuvres ; mais pourrez-vous dire que vous me connaissez tel que je méconnais, et moi, pourrais-je me persuader que je vous vois tel que vous vous voyez? L'âme ignore Tâme , et tant que leur essence ne se pénétrera pas par une vision directe, il n'y aura qu'un remède à ce malheur : la confidence ou la confession, c'est-àdire l'ouverture de Tàme à l'âme au moyen d'une parole sincère. La parole est la lumière médiatrice entre les choses égales qui ne se voient pas , à plus forte raison entre les choses deux fois séparées par leur invisibilité et leur inégalité. Pourquoi Dieu ne parlerait- il pas à l'homme? Pourquoi, nous voyant incapables d'atteindre jusqu'à lui par la faiblesse de notre nature, ne condescendrait- il pas à s'ouvrir à nous dans une confidence qui nous révélerait, avec les mystères de son être , l'ordre de ses pensées et de ses desseins? Je vous ai prouvé que cette révélation surnaturelle ou prophétique était nécessaire au commerce de l'homme avec Dieu , et je viens de vous en montrer l'instrument dans la parole. Achevons cette Conférence en vous prouvant aussi la nécessité du sacrement, non plus pour éclairer l'esprit, mais pour fortifier la volonté; non plus pour nous apprendre notre destinée , mais pour nous aider à la remplir.

L'esprit est le principe éloigné de nos actes, la volonté en est le principe immédiat; l'esprit voit, la

volonté commande, l'homme fait. Qu'est-ce donc que faire? Faire, c'est produire quelque chose. Si vous n'avez rien produit, si aucun résultat n'a été le fruit de votre vouloir, vous n'avez rien fait ; c'est l'expression consacrée par la langue elle-même. Aussi l'homme ne se meut-il que. pour produire, et chacun de ses mouvements, même lorsqu'il avorte, produit encore quelque chose, ne fût-ce que du bruit. Mais pourquoi produire? Pourquoi l'homme n'est- il pas au repos? Que cherche- 1- il dans cette incessante production, qui est l'effet de son activité? Ce qu'il cherche, Messieurs, c'est la vie. S'il respire, c'est pour vivre ; s'il creuse la terre , c'est pour vivre ; s'il marche, c'est pour vivre; s'il dort, c'est pour vivre; s'il meurt, c'est encore pour vivre. Et il ne se repose jamais, parce que la vie lui échappe à mesure qu'il la produit. Il la boit dans une coupe avare, qui n'en contient et qui n'en verse qu'une goutte à la fois. S'arrêter, c'est mourir... Mais mourir, ne disais-je pas tout à l'heure que c'était vivre encore? Oui, dans le vrai de nos destinées, la mort est le grand passage de la vie , pourvu que nous ayons connu le secret de la trame où nous agissons, qui est de produire en nous la vie même de Dieu , vie pleine , vie stable , vie dont chaque instant renferme l'éternité, et qui n'a plus besoin de se faire, parce qu'elle est. Voilà, Messieurs, le but véritable et dernier de toutes nos actions. Je vous l'ai démontré, en vous démontrant que Dieu est notre principe et notre fin. Quoi que vous fassiez, si vous ne faites

pas cela, vous ne faites rien. Si vous ne faites pas cela , vous êtes semblable au pâtre qui s'assied au bord d'une eau courante, et qui bat le flot qui passe en s'amusant du bruit qu'il cause. La vie présente, quand elle n'est pas l'instrument de la vie éternelle, n'a pas d'autre image ni d'autre prix. En vain lui mettrez-vous au dos la pourpre des consuls; en vain l'appellerez- vous gloire, puissance, immortalité, noms illustres , qui n'élèvent le néant que pour le montrer de plus haut et de plus loin. L'histoire est pleine de ces phares éteints , mortels fameux qui , pour avoir conquis durant un jour les admirations de ce monde, s'estimaient grands dans la vie, et attendaient de leur tombe un règne persévérant. Faites cela si vous le voulez; bâtissez- vous des pyramides dans les solitudes dévastées de la mémoire ; creusez autour de votre mort des digues contre les siècles; l'éternité vous le permet, comme elle permet à l'enfant qui trébuche dans ses premiers pas de monter aux bras de sa nourrice pour s'enorgueillir d'y être plus grand qu'à terre.

Mais si ces puérilités vous vont mal, si vous avez honte d'ajouter le ridicule au néant, considérez qu'il s'agit de produire en vous la vie de Dieu, et cherchez dans votre nature si vous y trouverez l'instrument d'une si haute ambition.

La vie de Dieu est infinie ; elle consiste dans la perpétuité d'un moment indivisible où Dieu , un et plusieurs , se voit pleinement dans son essence et ç'aime pleinement dans ses personnes. Or nous

avons d'une telle vie une totale incapacité. Soumis par notre nature à la succession et au changement, nous ne pouvons aspirer à l'état indéfectible d'une immuable durée; nous ne pouvons pas davantage voir face à face l'Être divin, ni l'aimer de cet amour parfait qui résulte en lui de la vue directe de son ineffable beauté. Si nous le voyons , c'est à travers l'ombre des idées; si nous l'aimons, c'est comme le principe invisible des biens incomplets dont nous sommes entourés. Mais le voir dans sa substance, mais l'aimer dé ce regard qui possède l'objet aimé , mais nous fondre en lui jusqu'à ne plus sentir que le mouvement immobile de son éternelle vie , c'est là un prodige dont le pouvoir est si loin de nous que la foi seule nous donne la certitude de son accomplissement futur. La raison se rit de cette espérance, tant elle se croit incapable de la réaliser. Pour elle, le plus grand avenir de l'homme est l'immortalité, c'est-à-dire l'avènement de l'âme à une durée que les sens ne mesureront plus, à une vie dont les idées seules rempliront l'espace indéfini. Ou bien, si la raison passe au delà, elle nous jette les rêves du panthéisme , s'enorgueitlissant de nous faire Dieu à la condition de nous perdre nous-mêmes dans l'abstraite immensité de l'être. Le christianisme a marqué notre place entre ces deux excès : sachant que Dieu est notre fin, il nous ordonne de commencer à vivre imparfaitement en lui , pour y vivre un jour dans la plénitude d'une vision qui, sans nous confondre avec l'essence divine, nous la donnera

pour objet présent d'une connaissance directe et d'un amour de possession.

Or, soit dans sa forme initiale , soit dans sa forme dernière, cette vie divine, je viens de le démontrer, surpasse les forces de toute nature mortelle. De même qu'il n'y a pas d'équation naturelle possible entre une intelligence limitée et une vérité qui ne l'est pas, il ne saurait exister non plus d'équation naturelle possible entre la vie d'un être fini et la vie d'un être infini. Si donc Dieu nous appelle à son éternité, si notre destinée est de vivre de lui, en lui et avec lui, il faut de toute nécessité qu'il communique à notre âme un élément médiateur, par où elle soit soulevée hors de ses limites et portée vers lui par un mouvement d'un ordre surnaturel ou divin. Notre vie présente est le creuset laborieux d'où doit sortir notre vie future ; s'il ne s'y trouve que de la matière, fût-ce la plus précieuse , il n'en sortira que de la fange ; s'il ne s'y trouve que de l'esprit, fût-ce le plus pénétrant, il n'en sortira que des idées et des sentiments humains. Que Dieu donc intervienne , et qu'il y verse l'or de son éternité, ou, pour parler sans figure , qu'il nous attire à lui par une action directe sur notre âme ; qu'il nous arrache sans violence aux affections de la nature, et nous inspire un amour tel, que la vie présente ne nous semble plus qu'un fardeau', et la terre un exil.

Cet amour existe. Messieurs, vous ne pouvez le nier. David l'exhalait dans ses psaumes, les martyrs en embaumaient leur supplice, les saints l'ont chanté

et glorifié de génération en génération ; tous , sur des modes divers, ont répandu devant Dieu la mélancolie d'une âme oppressée par le ferment d'un amour surhumain. Convmeleserf, disaient-ils, brame après l'eau des fontaines , ainsi mon âme aspire après vous y ô mon Dieu! Mon âmie a soif du Dieu fort et vivant ; elle a soif de venir et de pa/raître devant la face de Dieu, Mes larmes ont été mon pain de V aurore et de la nuit, lorsqu'ils me disaient : Où est ton Dieu? Je m,' en suis souvenu, et j'ai versé m^n âme en moimême, parce que j'irai jusqu'au lieu du tabernacle aximirable, parce que j'irai dans la joie, dans la louange et le rassasiement, jusqu'à la maison de Dieu. mon âme, pourquoi es-tu triste, et pourquoi me troubles-tu ? Espère en Dieu, parce que je le louerai encore, pa/rce qu'il est le salut que je verrai, parce qu'il est mon Dieu (1). Ces accents-là, Messieurs, ne sont pas de la terre ; ils jaillissent de cœurs délivrés du temps, et qui habitent déjà, en une réalité commencée, la région qui dégoûte de tout le reste. Mais par où s'y sont-ils introduits? Est-ce par l'effet naturel d'une contemplation de l'intelligence ou d'un mouvement de l'enthousiasme? Non, assurément, et jamais , ni en Orphée , ni en Platon , ni en aucun esprit qui n'avait que l'esprit de l'homme , de telles vibrations n'ont ému le sanctuaire de notre sensibilité. Elles procèdentd'un art qui se cache au génie, d'une tradition qui ne dit son secret qu'aux saints.

(1) Psaume xli.

Interrogez les saints; ils n'ont pas la jalousie de leurs dons, ils les ont reçus pour rien, ils vous les livreront pour rien. Us vous diront où ils puisent la vie douloureuse et consolée qui les ravit au monde. Regardez là-bas : sous la garde d'une pierre taillée, sous le symbole plus vil encore d'un pain pétri par rhomme , repose l'invisible vertu qui donne la sainteté , et qui avec la sainteté produit et féconde dans l'âme le germe de la vie divine. Ce que la parole prophétique est pour l'intelligence, le sacrement l'est pour la volonté, La prophétie nous révèle les mystères impénétrables de l'essence et de la pensée de Dieu ; le sacrement nous communique l'esprit, le désir, la faim de Dieu , le droit de le posséder par grâce, puisque nous ne le pouvons par nature, et même un goût réel avant- coureur de cette possession.

L'expérience des saints ne vous suffit- elle pas, consultez l'expérience opposée. Vous qui n'avez que le cœur pour aimer Dieu , comme vous n'avez que la raison pour le connaître, aimez-vous Dieu? Je ne vous demande pas si vous l'aimez d'un amour tendre et profond, mieux que vos amis les plus chers, mieux qu'une mère n'aime son fils, mieux que toutes choses et vous -mêmes, non par une vue des biens visibles dont il est l'auteur, mais par une contemplation anticipée de la beauté personnelle qui est en lui. Je ne vous demande pas si vous l'aimez jusqu'à trouver pour le dire quelqu'un des accents que David nous prêtait tout à l'heure. Mais l'aimez-vous du

dernier et du plus faible des amours? Votre pensée le cherche-t-elle jamais? Avez-vous en lui quelque plaisir caché? Est-il une part, si légère que ce soit, du trésor de votre cœur? J'ose vous dire que non , et que la feuille emportée par le vent dans un soir d'automne vous touche plus que l'immensité des divines perfections.

Sénèque a dit : Amicitia pa/res invertit vel facit. — L'amitié trouve ou fait des égaux. Telle est la raison de votre froideur pour Dieu ; vous le savez infini , et vous ne concevez pas ce qu'il pourrait y avoir entre lui et vous. 11 est dans son lieu , vous dans le vôtre ; vous ne lui demandez que l'oubli , et ne lui donnez que la même chose que vous lui demandez. Et jamais, par le seul effort de la nature, vous ne sortirez de cet état d'insensibilité. La nature vous inspirera • des passions ardentes, ou même, si vous le voulez, des affections héroïques , mais pour les choses qui se touchent et les beautés qui se voient ; elle vous prosternera devant un peu de poussière ; elle fera de cette poussière l'âme de votre vie , votre vie ellemême , et vous croirez mourir en perdant dans une dernière étreinte ce bien précieux d'un amour à qui mille fois vous aviez juré l'immortalité. Vous ferez mieux encore , -vous mourrez pour un objet aimé; vous mourrez avec joie, lui faisant de votre dernier soupir l'holocauste d'une éternelle adoration. Tout cela, vous le pouvez, quand il ne s'agit point de Dieu : mais s'agit -il de Dieu, cette grande faculté de l'amour s'évanouit en vous, et vQtre cœur,

si prompt à tout le reste , se refuse à TinfiDi. Si vous n'aimiez rien, il ne faudrait que vous plaindre; aimant par nature et y mettant la félicité de votre courte vie, il faut s'élonner de vous voir insensibles à Dieu, et en conclure que quelque chose vous manque pour atteindre à cette suprême affection. Ce qui vous manque , un sage vient de vous le dire. De même que saint Thomas d'Aquin a défini la vérité, une équation entre l'intelligence et son objet, Sénèque, avec une précision non moins éloquente, a défini Tamour une fusion qui trouve ou qui fait des. êtres égaux. Or l'égalité n'existant point entre Dieu et nous , c'est à lui de se pencher vers sa créature par un mouvement de grâce , et de l'attirer divinement à une vie commune avec lui. Si nous y consentons , c'est notre mérite et notre salut ; si nous n'y consentons pas, c'est notre faute aussi bien que notre perte.

Ces vérités dont j'essaie de vous donner la démonstration, Messieurs, saint Paul les annonçait un jour devant un proconsul romain et un roi de l'Orient assemblés bien plus par la curiosité de l'entendre que par le désir de connaître les voies de Dieu. Après qu'il leur eut raconté les fureurs de sa jeunesse contre Jésus- Christ, et comment celui qu'il persécutait lui était apparu aux portes de Damas pour lui confier l'Évangile des nations, il continuait ainsi son discours : Appuyé donc du secours de Dieu, je suis debmU jusqu'aujourd'hui rendant témoignage aux petits et auœ gramls, ne disait rien que ce que

les prophètes et Moïse ont annoncé de l'avenir, savoir, que le Christ souffrirait, qu'il serait le premier d'entre la résurrection des morts, qu'il donnerait la Iv/mière à son peuple et à tous les peuples. Ici le proconsul, l'arrêtant par un éclat de voix, lui cria : Vous êtes fou, Paul! Et Paul, sans s'émouvoir : Je ne suis pas fou, excellent Festv^, mes paroles sont aussi pleines de sobriété que de vérité, et le roi devant lequel je pa/rle sait bien ces choses, qui ne se sont point passées dans l'obscurité d'un coin de terre. Puis , se tournant vers le roi : Roi Agrippa, croyez-vous aux prophètes? Je sads que vous y croyez. Et le roi : Il s'en faut peu que vous ne me persuadiez d'être chré-tien (1). Messieurs, c'est le même dialogue qui se passe en ce moment entre votre âme et la mienne ; ni les vérités, ni les auditeurs n'ont changé. Il y. a ici des Festus nourris dans l'orgueil de la raison , à qui l'histoire de leur propre faiblesse est inconnue , et qui , n'ayant jamais senti le besoin du secours de Dieu, s'étonnent qu'il faille traiter avec lui autrement qued'égalàégal. Ceux-là me répondent : Vousêtesfou, Paul! Mais il y a aussi des Agrippa qui , plus enivrés de leurs passions que de leur science, avertis en secret de la misère de l'homme , lèvent quelquefois les yeux vers la toute-puissante bonté qui les a faits. Ceux-là me répondent : Il s'en faut peu que vous ne me persuadiez d'être chrétien! Et moi, sans faire de distinction entre les uns et les autres, entre ceux

(i) Actes des Apôtres, chap. xxvi, vers. 22 et suiv.

qui sont plus proches et ceux qui sont plus loin , me confiant en Celui qui est mort pour tous, je dis à tous , en imitant le langage de saint Paul : Plaise à Dieu que vous soyez comme mx)i (1) 1 Plaise à Dieu que, reconnaissant l'impuissance de votre nature abandonnée à elle-même, vous chantiez dans la paix, dans la joie, dans la certitude des enfants de Dieu, ce cantique si court et si doux : Credo. — Je crois/

(i) Actes des Apôtres , chap. xxvi , vers. 29.

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