Oeuvres
« L’Université, corps autrefois si formidable parle nombre de ses écoliers et par leur audace, est aujourd’hui un corps sans âme; ce n’est plus qu’un nom et l’ombre de ce qu’elle a été. » Tel était, suivant l’abbé Legendre, l’état de l’Université à la fin du xvne siècle. A la fin du xvie, Estienne Pasquier
ŒUVRES DE LANTOINE. II
PRÉAMBULE
s’exprimait plus vivement encore, en disant : « Je cherche l’Université dans l’Université sans la retrouver, pour le moins, celle qui était sous les règnes de François Ier et de Henri II. »
L’Université de Paris, en effet, après les guerres de Religion et les troubles de la Ligue, n’était plus cette corporation puissante qui avait siégé aux Etats généraux, et adressé des remontrances même aux Rois; lorsque Henri IV rentra dans Paris, il trouva tout enseignement supérieur ou secondaire disparu; les Facultés désertes, les Collèges vides d’élèves et livrés à des gens sans aveu, la Sorbonne en proie à des doctrines séditieuses, et retentissant encore des plus étranges prédications. L’Instruction publique à tous les degrés avait reculé de cent cinquante ans, et il fallait remonter jusqu’au cardinal d’Estouteville et à la réforme de 1450, pour trouver l’image d’une pareille désorganisation. Du reste, les plaintes des contemporains sont plus éloquentes que tous les commentaires :
« Oh! que** nous eussions été heureux, s’écrie le lieutenant d’Aubray dans sa patriotique harangue1, si nous eussions été pris dès le lendemain que nous fûmes assiégés. Nous verrions notre Université florissante et fréquentée au lieu qu’elle est en tout solitaire, ne servant plus qu’aux paysans et aux vaches des villages voisins. » — C’est encore dans la Ménippée, mais, il est vrai, en un tout autre langage,
1. Harangue de D’Aubray ( Satire Ménippée. — Éditiou de 1703).
que le recteur Rose nous donne les preuves de cette dévastation :
« La guerre vint, dit-il, on logea les campagnards dans les collèges, pour leur apprendre à mourir de faim, per régulas »..., et le plaisant orateur continue ainsi... « vous n’oyez plus aux classes ce clabaudement latin des Régents qui obtondaient les oreilles de tout le monde; au lieu de ce jargon, vous y oyez à toute heure du jour l’harmonie argentine et la vraie idiome des vaches et veaux de lait et le doux rossignolement des asnes et des truyes qui nous servent de cloches h » — Tels étaient aussi ceux qu’on appelait d’une façon dérisoire les écoliers de l’Université.
Avec un accent tout différent, Ed. Richer rappelle que lors de l’entrée du roi à Paris on ne pouvait éprouver assez de surprise et de douleur à l’aspect misérable de son ancienne splendeur. « Des soldats espagnols, belges et napolitains, mêlés aux paysans des campagnes voisines, avaient rempli les asiles des Muses d’un attirail de guerre au milieu duquel erraient les troupeaux; où retentissait autrefois la parole élégante des maîtres de la jeunesse, on n’entendait plus que les voix discordantes des soldats étrangers, les bêlements des brebis, les mugissements des bœufs; en un mot, les collèges étaient devenus plus infects que les étables d’Augias, et l’Université plus silencieuse qu’Amycla1 2. » Le nouveau roi de