Le P. Labbe s’écrie avec indignation
« On peut dire avec vérité que ce sont de très mauvais ménagers, qui font de grands frais pour faire venir de loin ce qu’ils ont en abondance dans leurs propres maisons, et aiment mieux puiser dans des marais éloignés une eau puante et bourbeuse que d’étancher leur soif dans les claires fontaines de leur voisinage. »
commerce quelconque avec le français, sur qui le latin a tous les droits.
L’Université ne l’entendait guère autrement et s’en tenait toujours à ses vieilles méthodes; aussi dans toute la deuxième moitié du xvne siècle, des plaintes s’élèvent de toute part sur la faiblesse des études grecques dans ses collèges. C’est T. Lefèvre qui compose une méthode pour son fils; ce sont les Pères Lamy et Thomassin de l’Oratoire, qui développent les idées de Port-Royal1; c’est Fleury, qui fait le procès aux études de son temps; enfin c’est Rollin lui-même, qui, tout en paraissant donner des conseils, fait à chaque instant des critiques et propose des réformes bien modestes, qui pourtant ne devront pas être suivies.
En vain indique-t-il la véritable voie à suivre, reléguant le thème au second rang, pour placer au premier la lecture des auteurs; en vain donne-t-il, pour faciliter cette lecture, les moyens les plus pratiques : traductions françaises mises entre les mains des écoliers, explications faites de vive voix par le professeur, préparations indiquées aux meilleurs élèves; il avait « souhaité que les yeux, les oreilles, la langue, la main, la mémoire, l’esprit, que tout enfin conduisît les jeunes gens à l’intelligence du grec ». Ce vœu ne
1. Le P. Lamy, dans ses Entretiens sur les sciences, écrit : « J’admire la conduite d’une grande partie des professeurs, qui ne font expliquer à leurs écoliers qu’une ligne ou deux de Grec, et leur font composer des pages entières, quoiqu’ils sachent qu’il est absolument nécessaire de comprendre le Grec, et qu'il est inutile de l'écrire. »
110 LE GREC DANS l’üNIVERSITÉ ET CHEZ LES JÉSUITES.
fut pas exaucé; le xvme siècle eut des humanistes, mais non des hellénistes, et le président Rolland, dans ce fameux rapport qui peut être considéré comme le testament de l’ancienne Université, déclare qu’après Ro»llin l’étude du grec ne s’est plus relevée dans les collèges.