Revue des Deux Mondes, t. LXXXII, p. 930, 15 août
DES AMÉLIORATIONS
l’admission dans la classe à laquelle le candidat se présente. Enfin l'examen final, débarrassé de toutes les. connaissances précédemment exigées et constatées pour les deux autres diplômes, aurait à peu près le même objet qu'aujourd’hui.
Peut-être ces mesures, que propose M. Robiou, ne semblent-elles pas immédiatement applicables; elles indiquent au moins qu’il y a quelque chose à faire, et elles montrent de quel côté il faut chercher un remède à cet état de langueur et de dépérissement, dont les études classiques sont atteintes.
Ce qui nous rassure d’ailleurs sur l’avenir de notre enseignement, c'est l’ardeur avec laquelle les questions pédagogiques ont été discutées dans ces derniers temps. La Circulaire du Ministre de l’Instruction publique, excessive en quelques parties, n'est pas restée sans réplique : elle a soulevé de nombreux débats, et ces débats eux-mêmes éclairent bien des points qui étaient restés dans l'ombre, précisent ce qui était vague, démêlent ce qui était confus. Les hommes les plus autorisés, qui, en général, n’avaient pas attendu les tristes leçons de l'expérience, et les rudes épreuves que nous avons traversées, pour nous avertir, nous donnent chaque jour les meilleurs conseils sur ces matières. Si les innovations tentées pour rajeunir notre système d'éducation, et pour lui donner un caractère plus pratique, sans qu'il soit moins élevé, ont rencontré des critiques passionnés, elles comptent aussi des défenseurs : MM. G. Boissier, Bersot, P . Janet, Théry, Deltour, ont publié soit dans des
articles de la Revue des Deux Mondes , soit dans diverses brochures, des études qui seront pour la France le fonds d’une bonne Pédagogie. L’Académie des Sciences morales et politiques a consacré une partie de ses séances à ces hautes questions : remise en de telles mains l’éducation française ne peut pas dépérir; qu’elle se garde seulement de renier en tout son passé pour faire la place plus large au présent; qu’elle s’applique, comme l’Angleterre, dont on peut en cela louer la sagesse, à faire disparaître ce qui est mal, sans détruire ce qui est bien; qu’elle n’oublie pas ces paroles du vénérable doyen de la Sorbonne :
« Les études classiques sont une merveilleuse préparation aux éducations spéciales qui nous attendent tous en entrant dans le monde. Ainsi l’entendaient nos pères, dont nous sommes trop portés aujourd’hui à suspecter le sens commun, lorsque, par un excès blâmable sans doute, ils faisaient de l’antiquité l’objet unique de l’enseignement; ne les imitons pas dans cette prédilection exclusive, mais aussi, par un autre excès, ne rejetons point légèrement ce qui, durant des siècles, a doté notre pays d’une si grande quantité d’hommes distingués en tout genre! Ce que nous pouvons espérer de mieux dans la perfection de nos systèmes et de nos méthodes d’éducation, c’est d’égaler un jour cette fécondité, cette richesse de résultats. »
Enfin, pour revenir une dernière fois au passé, qui fait l’objet de cette étude, souhaitons que l’Université de France prenne la même devise que Tan-
264 AMÉLIORATIONS A L^NSEIGNEMENT ACTUEL, cienne Université de Paris, en déclarant « qu'elle est aussi ennemie de cette obstination aveugle qui soutient sans raisonner tout ce qui est ancien, que de cet esprit de nouveauté qui ne cherche qu’à renverser l’édifice élevé par nos pères, mais qui est plus hardi à détruire qu’heureux à édifier1. »