Art
PRÉAMBULE
La lecture des bons auteurs ne suffît pas; et l’on ne doit pas se contenter d’entendre les grands écrivains de Rome; il faut encore les imiter; n'est-ce pas d’ailleurs le seul moyen de les bien connaître? Aussi des six heures de travail journalier et public qui constituent les classes, une sera consacrée à apprendre les préceptes et les règles, deux à composer des vers et des morceaux de prose, et les trois autres à la méditation des poètes, des historiens, des orateurs, enfin à l’exercice de parler et d’écrire.
Le Samedi, chaque écolier devra présenter au Principal trois thèses ou morceaux de français traduits en latin ou en grec et signés de son professeur.
Ce n’est pas tout : comme la mémoire est le trésor de la science, des morceaux appris par cœur et des récapitulations des leçons de la semaine seront le meilleur contrôle des connaissances des écoliers.
C’était bien là l'enseignement de la Renaissance ; ici, en effet, l’édit de Henri IV ne faisait que constater, en l’organisant, la révolution heureuse qui s’était opérée depuis cinquante ans; de son temps déjà, Ramus, excellent juge en ces matières *, s’applaudis-
1. « Avant que votre aïeul François Ier, dit-il au roi, eût ranimé l’étude des humanités, une barbarie profonde régnait dans l’Université : on ne s’inquiétait nullement de la lecture des auteurs, et l’on croyait pouvoir, au moyen de l’argumentation, acquérir toute espèce de connaissances.... Ceux qui s’adonnaient à la Grammaire et à la Rhétorique vinrent les premiers à résipiscence; ils chassèrent des écoles l’inepte barbarie qui y régnait; ils en revinrent aux poètes, aux historiens, aux orateurs; ils reconnurent les avantages d’un bon style; ils en cherchèrent le principe dans la lecture et dans l’imitation des écrivains clas-
sait du progrès accompli dans ce qu'on nomme aujourd’hui l’enseignement secondaire; et, dans un passage curieux de son « Projet de réforme de l’Université de Paris », il proclamait hautement la supériorité des études de son temps sur celles du moyen âge. Avec quel enthousiasme n’eût-il pas accueilli le nouveau programme, où il se retrouvait lui-même! ce programme où toutes les facultés de l’esprit étaient mises en éveil, où le latin n’était plus enseigné seulement par les préceptes mais par l’usage, et où le grec devait aussi et pour la première fois trouver officiellement sa place.
Le Grec. — Une fois instruits des préceptes de la grammaire , les écoliers devaient étudier quelque chose de V Iliade ou de Y Odyssée d’Homère1, du Poème d’Hésiode sur les travaux et les jours, des Idylles de Théocrite, en outre, quelques dialogues de Platon, un certain nombre de harangues de Démosthène et d’Isocrate, des hymnes de Pindare et d’autres morceaux de ce genre, selon le choix des maîtres et la portée des disciples. Quant à ces misérables livres modernes qui se sont glissés dans les collèges, on les rejetait sans pitié pour revenir à des sources plus pures. C’était la condamnation en forme de ces manuels baroques qu avaient survécu au moyen âge pour reparaître à la faveur des troubles
siques, et substituèrent à l’argumentation entre élèves l’interrogation bien autrement fructueuse que le professeur fait à l’élève au milieu de la leçon. (Ramus — cité par Ch. Lenormant : Essais sur Vlnstr. publique, p. 73.)