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Le Père Gossart était bibliothécaire

APPENDICE

Navarre, en Rhétorique en 1657; nos rhétoriciens seraient fort en peine d’en composer de pareils :

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Les Jésuites faisaient aussi composer des vers grecs à leurs élèves; M. Fierville, censeur des études au Lycée de Goutances, possède la mention d’un prix de vers grecs, ainsi libellée : « Ego infra scriptns, in regio Borbonio Societatis Jesu collegio celeberrimæ academiæ Cadomensis studiorum præfectus, testor ingenuum adolescentem, J. A. Joubert, secundum scriptæ orationis græcæ præmium consecutum fuisse, die 4° mensis Augusti, anno Domini, 1746 ».

« Ch. Poncet, Societat. Jesu. »

La bibliothèque du grand séminaire de Goutances possède également un Isocrate (Isocratis orationes et epistolæ) qui contient une étiquette signée de Cl. Noirel, préfet des études au collège des Jésuites de Caen, attestant que Rodolphe Le Pileur a obtenu le 1er prix, « scriptionis græcæ », le 5 août 1614.

Extrait de Y « Arrêt burlesque » de François Bernier.

Requête a nos Seigneurs du Mont-Parnasse.

« Supplient humblement les maîtres ès arts, Professeurs et Régents de l’Université de Stagyre; disant qu’il est de notoriété publique que c’est le sublime et incomparable Aristote qui est sans conteste le premier fondateur des quatre éléments, etc., etc.... Qu’il a établi une si belle subor-

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dination entre toutes les choses naturelles, qu’il a mérité tout seul d'être reconnu pour le Génie de la Nature, le Prince des Philosophes et l’Oracle de l’Université. Et quoique pendant plusieurs siècles il ait été maintenu d’un commun consentement dans une paisible possession de tous ces droits, et qu’il y ait lieu de prescription contre tous les prétendants au contraire; néanmoins, depuis quelques années en ça, deux particulières nommées la Raison et l’Expérience se sont liguées ensemble pour lui disputer le rang qui lui

appartient avec tant de justice ; et pour parvenir plus

adroitement à leurs fins, ont excité certains esprits factieux, qui, sous les noms de Cartésiens, Malbranchistes, Pourchotistes et Gassendistes ont commencé de secouer le joug du

seigneur Aristote Ce considéré, nos Seigneurs, il vous

plaise ordonner :

Qu’on délivrera au plus tôt Saturne du cerceau où M. Hugens le tient très injustement emprisonné depuis plusieurs années, son écrou rayé et biffé, et condamné ledit sieur à cinq cents livres de dommages et intérêts.

Que le Soleil se débarbouillera bien le visage et ne paraîtra plus en public avec ses vilaines taches, qui sont des signes de corruption, et qui vont à la destruction de la quintessence céleste d’Aristote....

Que les mathématiciens rompront toutes leurs lunettes comme fausses et trompeuses inventions

Que M. Denis sera tenu et obligé de faire réparer incessamment à ses frais et dépens, toutes les brèches et crevasses qu’il a faites à la voûte des Gieux, pour y donner passage aux dernières comètes, qui parurent en 1654 et en 1665, et que les sieurs Petit, Auzout et Cassini, qui les virent alors de leurs guérites se promener nuitamment au-dessus de la lune et du soleil, sans y former opposition quelconque, seront déclarés complices de l’attentat qui a été fait en ce cas à l’autorité du vénérable Aristote qui les avait placées au-dessous de la Lune, avec très-expresses défenses de passer outre.

Que lé feu élémentaire ne sera plus imaginaire, et qu'il

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sera honorablement rétabli en son lieu et place dans le concave de la Lune.

Que l'air sera reconnu de nouveau plus léger qu'une plume et qu'on rompra tous les tuyaux de verre de MM. Pascal, Roberval et autres qui le rendent pesant, et qui attentent aux intérêts du Plein, partie adverse du Vide.

Que la terre se reposera, et que le soleil tournera pour elle, sur peine d’excommunication.

Que les accidents seront de nouveau reconnus, non pas en qualité d'êtres absolus et impérieux, mais pour jolies petites entités.

Qu’on rappellera au plus tôt tous les êtres de raison qui s'étaient réfugiés en Hibernie, et qu’ils seront rétablis dans tous leurs biens en notre bonne Université.

Que Gassendi, Descartes, Rohault, Malbrancbe, Pourchot, Denis, Cordemoy, de Launay, et leurs adhérents seront conduits à Athènes, et condamnés à y faire amende honorable devant toute la Grèce, pour avoir composé des libelles diffamatoires et injurieux à la mémoire du défunt seigneur Aristote, jadis précepteur d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine, et en mille livres d’amende, applicable moitié au receveur, et l’autre moitié aux réparations des Collèges ruinés de notre Université.

Que Gassendi sera lui seul condamné en pareille somme de dix milles, pour avoir osé afficher ces placards séditieux :

[. merint .

Quod immerito Aristotelei libertatem philosophandi sibi ade-

[præferenda.

Quod raliones nullæ sint quibus secta Aristotelis videatur Quod maxima sit incertitudo librornm doctrinæque Aristotelis. Quod apud Aristotelem innumera deficiant.

Quod apud Aristotelem innumera superfluant.

Quod apud Aristotelem innumera J\ allant .

Quod apud Aristotelem innumera contradicant.

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Enfin pour ôter tout sujet de contestation entre les parties, qu’il soit ordonné qu’on continuera toujours de raisonner aveuglément en matière philosophique; que la seule autorité d'Aristote, fondée sur un titre de prescription qu’il s’est acquis depuis tant d'années, prévaudra à la Raison et à l’Expérience; et qu’à l’avenir, on ne prétendra plus sottement et impertinemment, comme l’on fait (sauf la révérence de la Cour), à de nouvelles découvertes qui ne soient pas dans Aristote.

A peine de... tous dépens, dommages et intérêts.

Suit la teneur de l’Arrêt.

Menagiana , tome IY, p. 271-277.

Division des heures de Travail proposée par Arnauld dans son plan d’Études.

. (10 h. par j. : 5 h. de classe et 5 h. d’étude.)

En Sixième.

LE MATIN

ExplicationdeTurcellin. 1 h.

Gr. latine et française (lectureetexplication). 1/2 h.

Petites histoires : interrogations 1/4 h.

Lecture française de Josèphe 1/2 h.

LE SOIR

Explications de Phèdre. 1 h.

Énigmes de Lubérius . . 1/4 h*

Grammaire 1/2 h.

Interrogations et lecture en français 1/2 h.

On peut dans chaque classe obliger les écoliers à lire en particulier les figures de la Bible, pour en rendre compte les jours marqués par le Régent.

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En Cinquième.

LE MATIN

G. Nepos et Q. Curce alternat t h.

Endroits choisis de Cicéron 1/2 h.

Examen des traductions écrites 1/2 h.

Petites histoires et principes de géographie. . 1/4 h.

LE SOIR

Térence 1 h.

Épigrammes.. . 1/4 h.

Répétition de la grammaire 1/2 h.

Petites histoires 1/4 h.

Auteurs particuliers à cette classe: Florus, Eutrope, Justin, Hérodien traduit par A. Politien.

En Quatrième.

LE MATIN

T.-Live (2e décade) 1 h.

Cicéron : livres choisis . 1/4 h.

Examendestraductions. 1/2 h.

Petites histoires et géographie... 1/2 h.

Auteurs particuliers

LE SOIR

Salluste 1 h.

Énéide (Lib. 2, 4, 6)... 1/2 h.

Grammaire grecque. .. . 1/4 h.

Histoire et géographie qu’on doit faire marcher de compagnie dans la suite des classes 1/2 h.

: T.-Live, César.

En Troisième.

LE MATIN

Tacite 1 h.

Harangues choisies 1/2 h.

Examen des compositions 1/2 h.

Histoire 1/4 h.

LE SOIR

Horace (sat. et ép.) 1 h.

Virgile (morceaux choisis) 1/2 h.

Évang. s. St-Lucl Dialog.deLucien>altern. 1/2 h.

Ésope ^

Histoire et géographie. . 1/4 h.

Auteurs particuliers : Suétone, Ovide, de Ponto, Ju vénal : Sat. 7, 8j 10, 13, 15.

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En Seconde.

Cette classe doit être particulièrement appliquée à la langue grecque.

LE MATIN

Hérodien 1 h.

Panég. de Pline 1/4 h.

Examen des composit. 1/2 h.

Histoire 1/2 h.

LE SOIR

Plutarque (Vies) 1 h.

Lucien 1/2 h.

Homère 1/2 h.

Histoire 1/4 h.

Auteurs particuliers : Hérodote, Thucydide, Xénophon.

En Rhétorique.

LE MATIN

Suarès et alternativ.

Aristote et Quintilien, en passant des uns et des autres plusieurs choses 1 h.

Examen des compositions 3/4 h.

Histoire 1/2 h.

LE SOIR

Morale de Plutarque, Sénèquelephilosophe. 1 h.

Lectures choisies des

poètes nouveaux 1/4 h.

Sophocle et Euripide

altern 1/2 h.

Histoire 1/2 h.

Auteurs particuliers : Pline le naturaliste, Ælian, Les Oraisons de Cicéron, Démosthène, Isocrate, etc.

Il faut remarquer que dans les trois premières classes inférieures on s'arrête aux mots plus qu'aux pensées , et dans les autres tout le contraire.

(Arnauld, Œuvres complètes , T. XLI, p. 93.)

La journée d’un élève du Collège de Clermont en 1769.

Lever à 5 heures 1/2. — A 6 heures, étude employée à apprendre l'écriture sainte jusqu’à 7 heures 3/4. — Classe de 8 heures 1/4 à 10 heures 1/2. — Messe et étude jusqu'à midi. — Étude de 1 heure à 2 heures. — Classe de 2 heures 1 /4 à 4 heures. — Étude de 5 heures à 6 heures. ^ Conférence de 6 heures à 7 heures, pdur les Philosopher

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— Étude de 7 heures à 8 heures. — Souper et récréation jusqu'à 9 heures.

(Règlement pour les internes, concernant les études dans la Faculté des Arts, Paris, Simon, 1769.)

La journée d’un élève du Lycée Louis-le- Grand en 1874.

Lever à 5 heures 1/2. — Étude de 6 heures à 7 heures 1/2.

— Classe de 8 heures à 10 heures. — Étude de 10 heures à midi. — Conférence religieuse. — Différents exercices. — Récréation de midi à 1 heure 1/2. — Étude de 1 heure 1/2 à 2 heures 1/2. — Classe de 2 heures 1/2 à 4 heures 1/2. — Récréation de 4 heures 1/2 à 5 heures. — Étude de 5 heures à 8 heures. — Veillée de 8 heures 1 /2 à 9 heures 1/2.

Tableau par ordre de force des Collèges de Paris avant 1789.

Le Plessis. Harcourt, Grassins, Dormant-Beauvais. Louisle-Grand, Mazarin, Lizieux, Navarre, Montaigu, La Marche, Cardinal- Lemoine.

Une amplification d’un vétéran de Rhétorique en 1736.

De severitatis et clementiæ diversis laudibus judicium ad utriusque præcones.

Quid tanquam diversas ac propemodum inimicas diversis prosequimini laudibus illas virtutes, quæ sorores sibi invicem amicissimæ mutua sese fovere concordia, mutuo se perficere auxilio debent? Crédité mihi, illud discrimen quod severitatem et clementiam certis in perpetuum dissociare legibus videtur, si naturam potius quam speciem intueri rerum velimus, nullum est. Illæ virtutes quas impla-

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cabili semper pugnare inter se dissidio crederemus, non solum non laudari, sed ne stare quidem sine sese invicem possunt; imo quæ firmo conjunctæ societatis vinculo, admiratione simul et amore sui percellunt omnium animos, si solæ et a se invicem separatæ appareant, hinc jam non virtutes sed vitia existent, non admirationem hominum, sed indignationem, non amorem sed odium excitabunt; quum clementia in contemptam animi dissolutionem et omnia tolerantem ignaviam, quum severitas in execrandam crudelitatem degeneratura sit. At vero justa et laudabilis misericordia a severitate vim quamdam et mares animos, severitas a clementia lenitatem et amabilem morum mansuetudinem mutuatur. Hanc ilia nimis pronam ad ignavam mollitiem vivido virtutis robore excitât, hæc illam surdis et inexorabilibus nimis innitentem legibus leni humanitatis sensu emollit et temperat. Quin etiam (dicendum enim quod res est) si harum utriusque causas, si naturam, si ad quem perducuntur fînem penitus introspexerimus, non duœ virtutes esse videbuntur, at potius una ex duabus conflata. Ut apertius loquamur, quid aliud sunt severitas et clementia nisi idem æquitatis et boni communis amor qui, prout opus, varius, modo pœnas modo veniam exercet, modo sontes metu supplicii deterret a scelere, modo spe incolumitatis et veniæ ad sanam vivendi normam reducit? Eadem hæc virtus, fausta societate, utramque illam virtutem complectitur quæ, omnibus remotis affectibus fallacibus semper judiciorum nostrorum auctoribus, seu ignoscere seu punire necesse .sit, solas veræ rationis voces audit, solo publicæ utilitatis amore ducitur, in perniciosos reipublicæ cives invita pro imperio sæviens, alias, dum spes aliqua subest, cum dignitate parcens, et, uno verbo dicam, in severitate justam indulgentiam , in clementia severitatis semper colorem retinens.

Cette pièce fait partie d’une collection de devoirs composés en 1736 par Nicolas Moreau, vétéran de Rhétorique au collège de Beauvais, élève de Crevier. Elle a été envoyée à la Revue de l’Instruction publique (7 novembre 1867), par M. Ferté, chef d’institution à Paris.

OUVRAGES CONSULTÉS

Histoire et Enseignement de Université.

Egasse du Boulay. — Historia Universitatis Parisiensis. — Parisiis, 1665-1670, 6 vol. in-f°.

Crevier. — Histoire de l’Université de Paris, depuis son origine jusqu'en l'année 1602. — Paris, 1761, 7 vol. in-12.

J. Launoy. — Regii Navarræ Gymnasii Parisiensis historia. — Allobrogum Goloniæ, 1721, 1 vol. in-4.

Rolland. — Recueil de plusieurs ouvrages du président Rolland. — Paris, 1783, 1 vol. in-4.

G. Jourdain. — Histoire de l’Université de Paris au xvne et au xvme siècle. — Paris, 1862, 1 vol. in-f°.

Vallet de Viriville. — Histoire de l’Instruction publique en Europe, et principalement en France, depuis le Christianisme jusqu’à nos jours. — Paris, 1849. 1 vol. in-4.

E. Dubarle. — Histoire de l’Université depuis son origine jusqu’à nos jours. — Paris, 1829, 2 vol. in-8.

C. Thurot. — De l’organisation de l’enseignement dans l’Université de Paris au moyen âge. — Paris, 1850, 1 vol. in-8.

A. -F. Théry. — Histoire de l’Éducation en France depuis le Christianisme jusqu'à nos jours. — Paris, 1858, 2 vol. in-8.

J. Quicherat. — Histoire du Collège de Ste-Barbe. — Paris* 1860-1864, 3 vül: in-8;

OUVRAGES CONSULTÉS

Traités particuliers.

Opuscules (TEd. Richer : — Apologia pro S. Consulte adversus scholæ Lexoveæ paranomum. — De optimo Academiæ statu. — Lutetiæ, 1603, 1 vol. in-12.

Vie d’Ed. Richer, par Baillet. — Amsterdam, 1715.

J. Gruterus. — Lampas. — Francofurti, 1602, 7 vol. in-8.

G. Hermant. — Opuscules. — Paris, 1643. 1 vol. in-12.

Vossii et aliorum. — De Studiorum ratione opuscula. — Ultrajecti, 1651, 1 vol. in-18.

N. Mercier. — De officiis Scholasticorum. — Parisiis, Thiboust, 1657, 1 vol. in-12.

Th. Crenius. — De Philologia tractatus Budæi, Campanellæ, etc. — Leyde, 1696, 1 vol. in-4.

Le « Novus Philosophiæ Candidatus », opéra L. D. — Lutetiæ, 1707, 1 vol. in-12.

Fleury. — Traité du choix et de la méthode des Études. — Paris, 1686.

T. Lefèvre. — Méthode pour commencer les humanités grecques et latines, publiée par Gaullyer. — Paris, 1731,

1 vol. in-18.

B. Lamy. — De l'art de parler. — Paris, 1670, 1 vol. in-12.

B. Lamy. — Entretiens sur les sciences. — Paris, 1683,

1 vol. in-12.

D. Gibert. — Jugements des savants sur les auteurs qui onttrawtéde la Rhétorique. — Paris, 1719, 3 vol. in-12.

Gaullyer. — Règles pour la langue latine et française. — Paris, 1718, 1 vol. in-12.

Gaullyer. — Orationes clarissimorum quorumdam in Universitate Parisiensi professorum. — Paris, 1728,

1 vol.

Rollin. — Opuscules. — Paris, 1771, 2 vol. in-12.

Rollin. — Traité des Études. ( Éd . Letronne.) — Paris, 1821, 4 vol. in-8.

Franc. Bouillier. — Histoire de la philosophie cartésienne. 3e éd. — Paris, 1868, 2. vol. in-8.

Emile Egger. — L’Hellénisme en France. — Paris, 1869,

2 vol. in-8.

OUVRAGES CONSULTÉS

Enseignement des Jésuites, de Port-Royal, de l’Oratoire.

Ratio atque Institutio studiorum S. Jesu. — Romæ, 1599, 1 vol. in-8.

Le P. Jouvency. — Ratio discendi et docendi. — Lutetiæ, 1717, 1 vol. in-12.

G. Émond. — Histoire du Collège de Louis le Grand. — Paris, 1845, 1 vol. in-8.

Crétineau-Joly. — Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus. — (3e Édit.) Paris, 1859,

6 vol. in-8.

Ch. Daniel. — Des Études classiques dans la société chrér tienne. — Paris, 1853, 1 vol. in-8.

Le P. Prat. — Maldonat et FUniversité de Paris au xvie siècle. — Paris, 1856, 1 vol. in-8.

L’abbé Vissac. — De la poésie latine en France au siècle de Louis XIV. — Paris, 1862, 1 vol. in-8.

A. Pierron. — Voltaire et ses maîtres. — Paris, 1866, 1 vol. in-12.

De Ménorval. — Les Jésuites, l’Église Saint-Paul et le Lycée Charlemagne. — Paris, 1872, in-18.

Sainte-Beuve. — Histoire de Port-Royal. Paris, 1867,

7 vol. in-12.

Œuvres de Lancelot, d’ARNAULD, de Nicole.

J. Vérin. — Étude sur Lancelot. — Blois, 1870, 1 vol. in-8. Le P. Perraud. — L’Oratoire de France. — Paris, 1866,

1 vol. in-8.

Ch. Hamel. — Histoire de l’Abbaye et du Collège de Juilly. — Paris, 1868, 1 vol. in-8.

L'Enseignement au XIXe siècle.

C. Clavel. — Lettres sur l'Enseignement des Collèges en France. — Paris, 1859, 1 vol. in-8.

Mgr Dupanloup. — De la haute éducation intellectuelle. — Paris, 1864, 3 vol. in-8.

OUVRAGES CONSULTÉS. 283

M Rréal. — Quelques mots sur l’Instruction publique en France. — Paris, 1872, 1 vol. in-12.

E. Bersot. — Essais de philosophie et de morale. — Paris, 1863, 2 vol. in-12.

J. Milsand. — Les Études classiques et l’Enseignement public. — Paris, 1872, 1 vol. in-18.

Charles Lenormant. — Essais sur l’Instruction publique publiés par son fils. — Paris, 1873, 1 vol. in-12.

J. Simon. — La Réforme de l’Enseignement secondaire. — Paris, 1874, 1 vol. in-8.

Opuscules divers.

J. Simon. — Circulaire ministérielle du 27 septembre 1872.

Mgr Dupanloup. — Seconde lettre aux Supérieurs des petits Séminaires. — Paris, Douniol, 1873.

Hanriot. — Mgr. Dupanloup et l’Enseignement secondaire. — Troyes, 1873.

A. Théry. — Projet d’une réforme dans l’enseignement des langues anciennes. — Paris, Durand, 1872.

Deltour. — Lettre à M. Cuvillier-Fleury. — Paris, Dentu, 1872.

Baudry. — Questions. scolaires. — Paris, Hachette, 1873.

A. Weil. — Du Programme de l’enseignement secondaire. — Paris, Charpentier, 1872.

G. Boissier. — Revue des Deux Moiides. — 15 août 1869 et 1er août 1872.

P. Janet. — Revue des Deux Mondes. — Décembre 1872.

M. BrÉal. — Revue des Deux Mondes. — Décembre 1873.

Eug. Benoist. — Préface du 3e volume des Œuvres de Virgile.

Emile Egger. — Leçon d’ouverture à la Sorbonne. ( Revue Politique et littéraire.) — Décembre 1872.

LES IDÉES D’ÉRASME, DE RABELAIS ET DE MONTAIGNE EN MATIÈRE D’ÉDUCATION 1

Messieurs ,

Ma première pensée , comme mon premier devoir , en m' asseyant à cette place , c'est de remercier publiquement l'autorité supérieure qui ma nommé, la Faculté qui veut bien m'accuéillir, et le titulaire de celte chaire qui m'a fait l'honneur de m' accepter pour suppléant.

Je crains que vous ne regrettiez plus d'une fois celui que vous veniez entendre et applaudir dans cette enceinte. La sûreté d'un goût toujours délicat, l'agrément d'une érudition aussi solide qu'ingénieuse, et une connaissance exacte des monuments de notre histoire littéraire : voilà ce que vous saviez apprécier dans les leçons du professeur de littérature française.

Si je ne puis vous rendre toutes les qualités de M. Hanriot, j’ai voulu du moins ne pas interrompre

1. Discours d’ouverture prononcé le 5 juin 1875, à la Faculté des Lettres de Clermont.

les idées d’Érasme,

son enseignement , et j’ai résolu de reprendre son cours au point où il l’avait laissé , en choisissant dans le xvie siècle , où. tant de problèmes furent agités , l’étude d'une question qui nous intéresse encore aujourd’hui. J’ai entrepris de vous exposer les idées d’Érasme , de Rabelais et de Montaigne, en matière d’éducation; mais j’ai pensé que pour bien les comprendre , il n’était pas inutile de jeter un coup d’œil en arrière et d’examiner quel était le système d’ éducation adopté en France avant la Renaissance, et quel était l’esprit de l’ enseignement au moyen âge.

Ce sera là le sujet de cette première leçon.

Messieurs,

Dès la seconde moitié du xve siècle, le moyen âge tendait à disparaître; tout, dans le monde de la politique et de la morale, semblait se transformer. Les grandes institutions qui avaient été la gloire du passé, n’avaient plus que l’apparence de la vie : la chevalerie était tombée sous les flèches des archers anglais à Azincourt, pour ne plus se relever : la vie monastique, qui avait été pendant tant d’années le refuge des âmes nobles et fîères, périssait dans la mollesse et dans l'ignorance; la Scolastique, qu’avaient illustrée, au xme et au xive siècle, de si grands docteurs, n’avait conservé de ses anciennes méthodes qu’une terminologie singulière, l'abus des formes abstraites et la vaine subtilité de ses divisions infinies; livrée à des curiosités raffinées, elle « languissait, suivant la

parole de l’apôtre (S. Paul, Ep. à Timothée, 1, c. 6, v. 4), autour des questions et des combats de mots »

Ielle se renfermait obstinément dans des spéculations stériles, tissant toujours et sans relâche ces toiles d’araignée, qui, pareilles à celles de la légende, se reforment sans cesse à mesure qu’elles sont rompues. Ce fut précisément à cette époque d’universelle décadence, que reparut le génie de l’antiquité, exilé de Constantinople et recueilli par l’Italie, qui le transmit à la France. En face des grandeurs déchues d’une société qui croulait de toutes parts, la Renaissance et la Réforme apportaient une sorte de rajeunissement que le poète Cl. Marot a célébré dans ces vers :

Voyez, voyez tout à la ronde,

Comme le monde rit au monde;

Aussi est-il en sa jeunesse.

La Renaissance allait éclairer les intelligences en * leur révélant les belles œuvres de la Grèce et de Rome; la Réforme, en substituant le libre joug de la ^ raison à l’autorité d’Aristote, venait émanciper les , esprits. Le contraste entre les idées nouvelles et les préjugés du passé était trop frappant pour ne pas jt amener une brusque réaction. La lutte, en effet, né tarde pas à éclater : bientôt le système d’enseignement du moyen âge fut battu en brèche de tout côté, et la Scolastique, mise en demeure de justifier ses procédés et ses méthodes, qu’on déclarait être d’un autre âge.

les idées d’Érasme,

Quel était donc l’esprit de ces méthodes et la base de cet enseignement que rejetait la Renaissance?

La Logique avait été considérée pendant tout le moyen âge comme l'art par excellence : elle tenait dans l’enseignement la même place que la Rhétorique dans l’éducation des anciens. Quoiqu’elle eût à ses côtés la Grammaire et la Rhétorique, elle seule régnait presque sans partage dans ce qu’on appelait le Trivium , réduisant ses deux sœurs au rôle de sujettes et les asservissant à ses lois. Les deux opprimées avaient tenté à plusieurs reprises de secouer le joug d’une maîtresse qui n’était elle-même que « l'humble servante » de la Théologie. Si nous en croyons un poème du xme siècle, intitulé : la Bataille des sept arts , la Grammaire, cherchant des alliées parmi les autres branches des connaissances humaines, l’Arithmétique, la Géométrie, la Musique, qui formaient le Quadrivium , avait livré bataille à leur commune ennemie : dans cette mêlée où les auteurs de l’antiquité sont mis aux prises, Platon se trouve opposé à Priscien; Cicéron, Virgile, Horace en viennent aux mains avec Aristote. Après bien des péripéties, que le poète nous décrit peut-être avec trop de complaisance, Aristote, c’est-à-dire la Logique, entraîne dans sa cause l’Astronomie, qui lance la foudre contre les adversaires du Stagyrite, et réduit en poudre la Grammaire et ses partisans. La Logique reste ainsi maîtresse du terrain; or, la suprématie qu’elle obtient dans le poème allégorique de la Bataille des sept arts , elle la conserve en réalité

dans les programmes d'enseignement. Les écoliers’ ne lui consacrent pas moins de trois années d’étude; elle figure au premier rang dans tous les exercices de la faculté des arts; c’est elle qui a la plus large part dans les examens. A la Déterminance ou Baccalauréat, comme à la Licence, les questions proposées au candidat ne portent que sur des ouvrages de logique : ÏOrganon d’Aristote, les Topiques de Boèce, les Summulæ de Petrus Hispanus, etc.

Mais, si la Logique formait à elle seule l’enseignement tout entier, la pratique du raisonnement en forme, c’est-à-dire du syllogisme appliqué à toutes les connaissances, grEfmmaire, rhétorique, poésie, était l'unique occupation des élèves et des maîtres. Le syllogisme était le fondement et comme l’incarnation de la méthode scolastique; en cette qualité, il semblait désigné d'avance aux premiers coups de ses ennemis. En effet, c'est par une sorte d’anathème jeté contre lui que débute la campagne; Luther prononce son fameux : « Recedat syllogismus : Arrière le syllogisme! » C’est le cri de guerre des novateurs, c’est la devise de tous les partisans de la Renaissance. Aussi, Érasme, Rabelais, Ramus, Montaigne, le criblent de leurs satires.

C’est le syllogisme qui est bafoué dans la personne de « l’illustrissime, clarissime, facondissime » Janotus de Bragmardo, cette gloire de l’école de Paris. On sait comment le scolastique orateur, envoyé par la Sorbonne « pour recouvrer de Gargantua les grosses cloches de Notre-Dame, qu’il a suspendues

ŒUVRES DE LANTOINE II

290 les idées d’Érasme,

en guise de sonnettes au cou de sa jument », fait tinter aux oreilles du géant le grelot de sa burlesque éloquence dans l’argument qui suit : « Ornnis clocha clochabilis in clocherio clochando , clochans clochativo , clochare facit clochabiliter clochantes , Parisius habel clochas. Ergo, etc. »

4 C’est le syllogisme que Montaigne poursuit de son dédain dans cette classe de gens qu’il appelle « les suppôts crottés et enfumés de Baroco et de Baralipton ».

N’est-ce pas enfin au syllogisme que Cl. Marot s’attaquait, quand, après avoir traité fort irrévérencieusement les maîtres de sa jeunesse,

« Ah ! c’étaient de grands bêtes Que les régents du temps jadis! »

il prétend que

Ils nourrissaient leurs grands troupeaux de songes,

D'ergo, d'utrum, de quare , de mensonges?

Les contemporains du poète, étourdis, comme lui, du fracas des ergo , des utrum , des quare, des Baroco et des Baralipton, se déchaînent sans pitié contre les termes barbares dont retentissaient les écoles. Les hommes les plus divisés d’opinion, comme Bamus et P. Galland, sont d’accord sur ce point; ils rappellent avec dégoût le temps « où on ne les entretenait que de modalités, de termes, de réduplications; où l'on n’entendait parler que de suppositions, d’ampliations, de restrictions, d'exponibles, d'insolubles, et autres chimères pareilles ». Que dire encore, quand cette

terminologie, si chère à la dialectique, envahissait la grammaire, et que « de cette boutique, suivant le mot d’un contemporain, sortaient des hiccéités, des quiddités et des suppositalités : Hicceitates , quidditates , suppositalitates et infinis autres monstrueux vocables, ne servant que de terreur ». (Lacroix du Maine et Duverdier, Bibl. fr ., préf. p. 10.)

L’esprit humain, fatigué de tourner et de retourner sans relâche des mots vides de sens, cherchait une autre matière à son activité; il voulait briser ses entraves; aussi, le voyons-nous, pour s’affranchir, rejeter ces formules qui l’avaient accablé pendant des siècles, et proscrire à jamais un langage tout quintessencié d’abstractions. Ce n’était là pourtant qu’un commencement de revanche; il devait aller plus loin dans sa juste révolte contre le moyen âge. Aussi bien la Scolastique dégénérée avait-elle d’autres défauts que la barbarie de ses termes ; et si la forme de son enseignement prêtait à la satire, le fond même de ses méthodes laissait plus encore à désirer; les raffinements puérils de ses argumentations, la frivolité pédantesque des questions qu’elle agitait, le vide bruyant de ses disputes, appelaient de toutes parts le ridicule, qui d’aillèurs ne lui fut pas épargné. G. Naudé nous donne pour échantillon des sujets qu’on discutait ce plaisant problème, qui rappelle l’âne du Buridan et la fameuse Chimæra bobinans in vacuo de Rabelais : « Quand on conduit un porc au marché, est-ce la corde qui retient le porc, ou la main qui tient la corde qui conduit la bête? » Sans

les idées d’Érasme,

doute, ce n’est là qu’un trait de satire. Mais voici qui paraît plus sérieux : un ami d’Érasme, venu à Paris pour apprendre le grec et pour se mettre en relations avec les savants de l’époque, Budée, G. Gop, Lefèvre d’Élaples, décrit ainsi une visite qu’il a faite à la Sorbonne, en 1517 :

« Je suis entré, dit-il, dans une salle, attiré par le bruit d’applaudissements si sonores, que je me serais cru à Rome dans le grand Théâtre de Pompée. Là, j’ai eu grand’peine à m’empêcher de rire; cependant je suis resté maître de moi, car personne ne riait dans l’assemblée. Il y avait une grande bataille engagée : nos docteurs montraient une violente colère contre Adam, notre premier père, en lui reprochant, presque avec des injures, d’avoir mangé une pomme et non une poire. Pourquoi? Je l’ignore. Néanmoins, ils s’échauffèrent longtemps sur ce sujet; enfin, après bien des débats, l’on se mit d’accord, et Adam sortit de la lutte sans blessures, et moi je m’en allai écœuré de ces fadaises. »

La puérilité et le néant de pareilles discussions n'avaient d’égale que la chaleur avec laquelle on les soutenait : c’était une mêlée confuse et ridicule, où les arguments se succédaient sans relâche; on en était venu à les compter de part et d’autre avec des pois ou des fèves, comme on marque les points dans une partie de cartes. Dans ces passes d’armes peu courtoises, la victoire demeurait au champion le plus robuste, à celui qui avait la poitrine la plus forte, qui criait le plus haut. Muret, qui avait figuré avec

honneur dans ces joutes scolaires, nous assure que c’est par la vigueur des poumons, par l’impudence du visage et par la brutalité des interruptions qu’on s’assurait le triomphe1. En voici un exemple :

« Il me serait aisé, dit Érasme au carme d’Egmond, son contradicteur, de rendre injures pour injures; mais ce procédé ne convient pas à d'honnêtes gens; raisonnons et feignons. — Je ne feins point, s’écrie d’Egmond, c’est à vous autres à le faire; car vous autres poètes, vous n'usez que de fictions et vous mentez toujours. — Si vous ne voulez pas feindre, accordez-moi... — Je ne veux vous rien accorder. — Supposez donc.... — Je ne suppose rien. — Alors, mettez.... — Je ne mets rien. — Que cela soit.... — Cela n’est pas. — Il faut pourtant convenir de quelque chose.... — Eh bien! convenez que vous avez tort. »

On voit par cet extrait que les adversaires, une fois aux prises, ne ménageaient plus rien, et l’on n’est pas tenté d’accuser d’exagération un témoin de ccs tournois scolastiques qui affirme que les combattants se livraient peu à peu à tous les excès d’une indécente colère, disputant jusqu’à la rage, jusqu’à l’insulte, et parfois même jusqu’aux coups de poing : « Usque ad pallorem , usque ad convicia, nonnunquam et usque ad pugnos ». Tel était le dernier argument employé par les discuteurs dans l’embarras; tels étaient les fruits d’un système qui se pratiquait non

i. Oratio habita Romæ, anno 1567.

LES IDÉES DÉÎtASME.

seulement dans les cours de la faculté dès arts, c’està-dire dans l’enseignement supérieur, mais aussi dans les collèges, où l'argumentation était devenue l'unique exercice des élèves et des maîtres, et où elle avait fini par tout envahir.

« On dispute avant le dîner, écrit Vivès dans son Traité De causis corruptarum ariium (1531); on dispute pendant le dîner, on dispute après dîner; on dispute en public, en particulier, en tout temps. »

Ce que dit Yivès, un document officiel le confirme : c’est le règlement donné par J. Standoc au collège de Montaigu, en 1503.

Voici le tableau d'une journée :

De 4 h. du matin à 6 h., leçon; à 6 h., messe; de 8 à 10 h., leçon ; de 10 à 11 h., discussion et argumentation ; à 11 h., dîner; après dîner, examen sur les questions discutées, ou le samedi, dispute; de 3 à

5 h., leçon; à 5 h., vêpres; de 5 à 6 h., dispute; à

6 h., souper; après le souper, examen sur les questions discutées; à 7 h., complies; à 8 h., coucher1.

L’influence de ce système éristique poussé à outrance était déplorable, surtout au point de vue de l’éducation. Comment pouvait-on prétendre adoucir les caractères et bannir la rudesse des mœurs avec des exercices qui étaient plus propres à surexciter les passions qu’à les calmer? Aussi, les écoliers venaient-ils à la leçon l’épée au côté; et l’Université

1. Tous ces détails sont empruntés à la Thèse de M. Ch. Thurot : De l’organisation de l’Enseignement dans l’Université de Paris au moyen-âge. Paris, 1850; 1 vol. in-8.

dut à plusieurs reprises édicter les peines les plus sévères pour les contraindre à discuter les mains nues ; au moins étaient-ils réduits à n’user que des armes naturelles et à combattre seulement « unguibus et rostro ». Ils ne s’en faisaient pas faute, si l’on en croit les témoignages du temps. Dans son Histoire, Du Boulay nous retrace à chaque page les scènes de violence et les rixes journalières qui se livraient dans la « bruyante rue du Fouarre »; il rapporte notamment qu'en 1477, à la sortie du cours de morale (le fait est assez piquant), les étudiants se livrèrent un combat si acharné, que plusieurs furent blessés, et que l’un d’eux eut même le bras coupé. Sans doute nous ne rendrons pas la Morale, ni même la Logique du moyen âge, responsables de ces désordres, et nous reconnaissons que si l’argumentation pouvait parfois dégénérer en rixe, elle n’en offrait pas moins de précieux avantages : elle aiguisait la pensée, elle affinait la parole, elle donnait aux écoliers de l’assurance et de l’à-propos. Néanmoins, ce n’était point là une bonne discipline; et si la pratique constante et exclusive de la Logique était insuffisante à former le cœur, elle présentait, même au point de vue du développement de l’intelligence, de sérieux dangers : à force d’être aiguisé, l’esprit devient subtil; séduit par cet ingénieux mécanisme du syllogisme, dont il manie chaque jour tous les ressorts, il devient indifférent à la valeur réelle des choses; les idées ne sont plus que des termes, sur lesquels il opère; les formules et les cadres lui suffisent; la

les idées d’érasme

conséquence devient l’unique critérium de la vérité, le raisonnement a pris la place de la raison et du bon sens. C’est ainsi que les docteurs du moyen âge, en raisonnant par Ergo et par Atqui sur les règles de la grammaire, en vinrent à mettre en doute l'accord du substantif et de l'adjectif, l’accord du sujet et du verbe, et que, en latin notamment, « Ego amat » finit par trouver des défenseurs et des partisans.

Telle est l'histoire de la méthode scolastique; oublions, si l’on veut, les erreurs et les extravagances, qui la déshonorent à son déclin; pardonnonslui sa langue barbare, ses problèmes futiles, ses argumentations sans fin; accordons que tous ces défauts ne se révélèrent qu’à sa décadence : son plus grand tort, à nos yeux, c’est de n'avoir pas entrevu le vrai but de l’éducation, qui est, non de former des discuteurs ou des logiciens, non des théologiens ou des légistes, non des médecins ou des avocats, mais avant tout des hommes. Au lieu de développer toutes les facultés, la Scolastique avait tourné toute l'intelligence vers l’étude et la pratique du raisonnement. De ce côté sans doute, elle montra un art infini, et V. Cousin a rendu justice aux disciples qu'elle formait en disant qu'il est impossible d’avoir plus d’esprit qu'eux, « de déployer plus de finesse, plus d'harmonie, plus de ressourcesjdans l'argumentation, plus de cette analyse ingénieuse qui divise et subdivise, plus de cette synthèse puissante qui classe et ordonne ». — Oui, sans doute, ce sont là de précieuses qualités; mais l'homme n’est pas seulement

un être qui raisonne, c’est aussi un être sensible et passionné. Cette partie vivante et dramatique de l’homme, la Renaissance allait la ressaisir dans l’antiquité : de là son irrésistible séduction sur des esprits fatigués d’un enseignement abstrait et sans âme; de là les colères de tous ces grands esprits du xvie siècle; de là les reproches pleins d’amertume qu’ils adressent à leurs maîtres, pour les avoir laissé languir dans l’ignorance la plus absolue des auteurs anciens, ces vrais maîtres d’humanité.

Ces reproches sont-ils fondés? ou bien est-ce à tort que les érudits de la Renaissance, aveuglés par leur culte pour l’antiquité, ont accusé le moyen âge de l’avoir absolument méconnue? C’est ce qu’il me reste à examiner dans la seconde partie de cette leçon.

Le moyen âge, Messieurs, n’a jamais ignoré complètement l’antiquité ; les noms d’Homère, de Virgile, d’Horace ont conservé toujours, même au milieu des ténèbres les plus épaisses, le privilège qu’ils s’étaient promis à eux-mêmes de « voler à travers les âges sur les lèvres des hommes ». Ils vivent encore, ces noms immortels, ou plutôt ils renaissent avec Alcuin, Eginhard et Théodulfe à la cour de Charlemagne; ils franchissent, portés sur les ailes de leur renommée, les espaces désolés des xie et xne siècles; ils figurent avec Perse. Stace et Claudien, dans les poèmes didactiques du xme siècle, dans les vers qu'Evrard de Béthune a consacrés aux « misères des professeurs, Miseriis rectorum scholarum », ou dans l’ouvrage qu'un inconnu a composé sur la « Discipline des

les idées d’érasme,

études » ; là, ils sont en compagnie de Sénèque, de Lucain, de Martianus Capella et d’Ovide; nous les retrouvons enfin au xive siècle, à l’aurore de la Renaissance, sous la plume de Pierre d’Ailly et de Jean Gerson, nous les retrouvons entourés d’une suite nombreuse : Térence, Salluste, T.-Live, Sénèque, Quintilien et Juvénal leur font cortège.

Certes, une liste d’auteurs aussi complète ferait grand honneur aux programmes scolaires d'une époque; et s’il n'en fallait rien rabattre, les maîtres et les élèves du xive siècle seraient de grands savants, en comparaison des nôtres. Mais ne nous laissons point abuser par cette énumération ambitieuse, dans laquelle P. d’Ailly fait défiler sous nos yeux, comme des auteurs classiques, « tous ceux qui manient la lyre suave de la rhétorique ou la muse de la sévère poésie ». Cette revue de tous les genres se réduit à peu de chose, si l’on veut examiner de près l’enseignement des cours publics ou des collèges. C'est un élève de P. d'Ailly lui-même qui nous aidera à réfuter son maître : Nicolas de Clémengis, rhéteur et bel esprit, ne doit pas nous être suspect, puisqu'il se vante d'avoir remis en honneur la culture des lettres et de l’éloquence; or, il nous dit simplement que « professant à Paris, il avait lu souvent, soit en public, soit en particulier, la rhétorique de Cicéron, quelquefois même celle d'Aristote : Eqmdem in studio Parisiaco sæpe Tullianam publiée legi rhetoricam sœpe item privatim , nonnunquam eliam Aristotelicam ; et il ajoute : Poetæ vero summi <et oplimi Virgilius

atque Terentius illic eliam sæpe leguntur ». (Ep. 4. Nicolas de Clémengis opéra. Lug. Bat. 1613.)

Voilà un témoignage précis : la rhétorique de Cicéron, quelquefois celle d’Aristote, parmi les poètes, Virgile et Térence sont les seuls qui soient lus dans les classes. Ils sont lus sans doute; mais n’oublions pas qu’ils étaient relégués dans ce qu’on appelait « la région fangeuse des études inférieures »; n’oublions pas surtout que les jeunes grammairiens les effleurent à peine et les traversent en courant, entraînés par l’ardeur de la dispute et séduits par le renom toujours croissant d’Aristote. Outre le voisinage dangereux du prince des philosophes, Virgile et Térence avaient encore une concurrence à redouter : c’était celle des ouvrages techniques, qui formaient la base de l’enseignement élémentaire et le fond même des études du 1er degré : le grand et le petit Doctrinal d’Alexandre de Villedieu, le Grécisme d’Évrard de Béthume, leur faisaient une rude guerre; les- écoliers pâlissaient sur ces deux grammaires, tout hérissées de préceptes rédigés en un latin barbare; l’étude des règles était alors l’unique souci des maîtres, le seul travail des élèves; et si YEnéide ou Y Andrienne figurait dans les classes, c’était moins pour être lues elles-mêmes et pour instruire en charmant, que pour fournir des exemples de prosodie, de métrique, ou quelquefois de bonne latinité. L’explication, telle que nous la pratiquons aujourd’hui, n'existait pas; la méthode scolastique appliquée aux anciens auteurs, avait substitué à

les idées d’Érasme,

l’interprétation du texte ou à la simple lecture, tout un système de questions et de réponses, que Vivès nous découvre dans un de ses plus piquants dialogues1. Il nous introduit dans une classe, un jour d’examen :

Le professeur : Enfant, dis-moi en quel mois mourut Virgile?

R. — Au mois de septembre, mon maître.

D. — En quel endroit?

R. — A Blindes.

D. — Quel jour de septembre?

R. — Le 9 des calendes.

Le professeur : Drôle, veux-tu me déshonorer devant ces messieurs? Avance-moi ma férule, retrousse la manche et tends la main, pour avoir dit le 9 au lieu du 10. Vous allez voir, messieurs, que c’est un enfant qui en sait long :

D. — Salluste au commencement de son Catilina a-t-il écrit omneis homines ou omnis homines?

R. — L'opinion générale est qu’il a mis omnis , mais moi je suis d’avis qu’il a pu écrire omneis , et qu’il faut orthographier, contre l’habitude des imprimeurs, omneis par ei, et non par i simple.

D. — Comment s’appelait le frère de Rémus, et comment avait-il la barbe?

R. — Les uns, mon maître, disent qu'il s’appelait Romulus, d’autres Romus, d’où le nom de Roma; mais que, par terme d’affection, on le nomma du

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