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Dialogus qui « Sapieni » iris'cribitdn

diminutif Romulus. Lorsqu’il allait à la guerre, il n’avait pas de barbe, mais il en portait une longue en temps de paix. C’est ainsi qu’il est représenté en couleur sur les T.-Live imprimés à Venise.

Ce tableau des exercices scolaires, en 1500, est sans nul doute un peu chargé, néanmoins il nous laisse entrevoir de quel esprit on abordait les anciens, même^ après la Renaissance; il nous montre une fois de plus quelle pernicieuse influence la tradition scolastique exerçait sur les arts libéraux.

Ce n’était pas assez que Virgile, Horace et Cicéron fussent exposés à servir d’aliment aux interrogations du genre de celles que nous venons de citer; ils se voyaient encore préférés de misérables poètes modernes, tels qu’Alain de l’Isle, tels que Gautier de Châtillon, qui mit Q.-Curce en vers dans son Alexandréide, tels enfin que le célèbre Théodolus ou Théodoletus, qui jouit d’une fortune singulière pendant tout le moyen âge, et ne devait succomber que sons les traits de satire de Rabelais.

L 'Églogue de Théodolet (car c'est une églogue), dans sa naïveté pédantesque, nous montre à merveille en quelle étrange confusion l’antiquité mal comprise ou plutôt défigurée et travestie, avait jeté les esprits. Au bord d’une claire fontaine, au milieu d’une campagne riante (c’est le décor obligé de toute idylle), Pseustis et Alithie, c’est-à-dire Erreur et Vérité, se rencontrent; l’une se met à énumérer les principales légendes de la mythologie païenne* l'autre les récits de la Rible; et toutes deux, prenant Phro-3

les idées d'Érasme

nisis ou la Sagesse pour arbitre, lui demandent de décerner le prix. Nous assistons ainsi à un dialogue pastoral d'un nouveau genre, où les Bergers sont remplacés par des personnages allégoriques, qui chantent, en les opposant l'un à l'autre, l'Age d'or et le Paradis terrestre, Saturne détrôné par Jupiter, et Adam chassé des jardins de l’Éden, le déluge de Deucalion et l’arche de Noé, la révolte des Géants qui entassent Pélion sur Ossa pour renverser l’Olympe, et la construction de la tour de Babel, les malheurs de Dédale et de son fils Icare et le sacrifice d’Abraham.

J appelle, Messieurs, votre attention sur ce bizarre assemblage, sur cet amalgame singulier de la mythologie et de l’Écriture sainte; ne croyez pas que ce pêle-mêle des éléments les plus divers, et des croyances les plus opposées, soit le fait d’un auteur; nullement : c’est le signe caractéristique d’une époque. L'interprétation allégorique et mystique, appliquée aux poètes anciens, est acceptée de tous, et la fiction de Théodolet que j’analysais tout à l'heure, trouve son pendant et sa confirmation jusque dans les documents officiels.

La censure promulguée en 1398, par la Faculté de Paris contre les sortilèges représente en même temps Salomon entraîné vers l'idolâtrie, et Didon vers la magie, par l’aveuglement des passions. Le chantre de Didon, Virgile, à la fois enchanteur et prêtre, revêt un caractère sacré ; il traverse le moyen âge, couronné de l'auréole du prophète; il entre dans le

paradis, sa quatrième églogue à la main. Il n’est pas jusqu’à Ovide, l’ingénieux auteur des Fastes , le poète sceptique et bel esprit, qui ne soit près d’être canonisé pour avoir célébré dans ses vers la religion romaine; V. Leclerc, dans sa remarquable histoire de la littérature française au xive siècle, raconte que deux étudiants vont faire un pèlerinage à son tombeau, et consulter sa cendre, « parce qu'il avait été un sage : eo quod sapiens faerat » ; en effet, une voix mystérieuse sortie du sanctuaire leur donne en un latin excellent de très sages conseils, et nos deux pèlerins se mettent à dire des « pater et des ave » pour le repos de l’âme d'Ovide.

Vous comprenez, Messieurs, quelles étranges méprises devait produire ce mélange de christianisme et de paganisme, et le travers de ces hommes qui s'imaginaient que la société grecque ou romaine était faite sur le modèle de la leur. Une pareille illusion offrait, au point des études, un invincible obstacle à l'intelligence un peu exacte des auteurs anciens; elle élevait une barrière infranchissable entre l'époque présente et les belles œuvres du génie antique. Comment faire pénétrer les écoliers dans la connaissance de T.-Live ou de Q.-Curce, quand ils pouvaient lire dans les romans de chevalerie les hauts faits de l’empereur César ou du roi Pompée ; quand ils pouvaient suivre Alexandre le Grand, marchant comme Charlemagne, entouré de ses douze pairs, à la conquête de Jérusalem, et s’escrimant en vrai paladin contre les Infidèles? Aristote ne devait plus apparaître

les idées d’Érasme,

à leurs yeux que sous les traits d’un grand docteur de la plus célèbre université de la Grèce; Rome n’était plus dans Rome, et Athènes, transportée dans Paris, ne se reconnaissait plus elle-même; elle eût en effet cherché vainement dans les salles bruyantes de la Sorbonne ou sous les voûtes du Palais de justice, quelque écho lointain de ces conversations éloquentes qu’avaient jadis entendues les heureuxjardins d’Académus ou les platanes de l’Agora.

De même que les auteurs, les genres littéraires avaient subi une métamorphose, et s’étaient accommodés au goût du temps. La Rhétorique, par exemple, était devenue l’Alchimie des paroles, Alchimia verborum : c’est Raymond Lulle qui la définit ainsi. Ses préceptes avaient revêtu les personnifications les plus étranges. G. Molinier, dans la quatrième partie des Leys d'Amors, ouvrage approuvé par le « gai savoir de Toulouse », nous représente trois rois : Barbarisme, Solécisme et Allébole, qui font la guerre à trois reines : Diction, Oraison et Sentence. Ils ont en commun, pour livrer bataille, dix flèches : acyrologie, cacephaton, pléonasme, périssologie, macrologie, tautologie, ellipse, tapeinosis, cacosyntheton et amphibolie. Que serait-ce, si nous passions en revue les 13 filles d’Allébole, les 14 fils de Barbarisme et les 22 enfants de Solécisme? Je vous en fais grâce, en faveur des 12 compagnes qui forment la cour de dame Rhétorique, et que P. Chastelain nous présente, à savoir : « science, éloquence, profondité, gravité de sens, multiforme richesse, fleurie mémoire, noble

nature, clère invention, précieuse possession, déduction loable, glorieuse achevissance, vieille acquisition1 ».

Voilà comment dans la seconde moitié du xve siècle (en 1456), on déguisait les préceptes des anciens : Aristote et Cièéron portaient la livrée du moyen âge.

Malgré ces puérilités, on voit poindre les premiers rayons de la Renaissance, et tandis que P. Chastelain nous montre dame Rhétorique distribuant ses plus belles fleurs à son entourage, Guillaume Fichet enseigne dans le collège de Sorbonne les règles d’une saine éloquence, et sait inspirer aux jeunes étudiants le goût des belles-lettres dont il est animé. Robert Gaguin, son disciple, ne laisse pas dépérir l’héritage de • son glorieux enseignement; plusieurs collèges s’ouvrent aux poètes et aux orateurs; les maîtres commencent à faire des leçons sur la rhétorique; l’étude de la versification avait été prescrite par les statuts de l’Édit qui reforma l’Université en 1452 : elle est enseignée à Paris par les Italiens J. Balbus, Faustus Andrelinus, C. Vitellius; de toutes parts on appelait des professeurs de belles-lettres. Érasme reproche même à l’Université d’admettre trop facilement les aventuriers qui se présentaient, sans offrir des garanties de savoir suffisantes.

En dépit de ces efforts louables et du zèle que l’Université déployait pour se rajeunir et pour humaniser son enseignement, la rouille pédantesque de la

1. J.-V. Leclerc, Histoire de la littérature française au XIVe siècle.

les idées d’érasme,

méthode scolastique ne cédait pas, et la Renaissance restait à la porte des Collèges et des Universités.

Un des principaux érudits du temps, Léger Duchesne, raconte que, lorsqu’il vint à Paris pour étudier, au commencement du xvie siècle, « son premier maître était si ignorant, qu'il le jugea plus propre à instruire des pies et des geais enfermés dans des cages d’osier qu'à donner des leçons à la jeunesse »; il ajoute qu’il ne fut pas plus heureux en s'adressant à un second et à un troisième : « Au lieu, dit-il, de mettre entre les mains des jeunes gens les ouvrages admirables de Démosthène et de Cicéron, nous étions condamnés à lire et à expliquer le misérable traité de Philelphe, touchant l’éducation des enfants. A la place d’Euclide, de Ptolémée, d’Archimède, de Platon, d’Aristote, de Xénophon, on ne nous entretenait que de sophistique. Enfin, au lieu des vers si bien travaillés d'Homère et de Virgile, on ne nous couvrait que des ordures des Bavius, des Mevius et des Cherilus. » — Tous les hommes éclairés du temps tiennent le même langage; ils déplorent l'ignorance de leur siècle, ce siècle « plongé dans les ténèbres, inculte, affreux, tout hérissé de ronces et de broussailles : Sæculum illud barbariæ et inscitiæ tenebris sentum , obsitum , squalidum, illuuiosum , horridum, incultum et illotum ».

Pour combattre cette barbarie persistante, François Ier créa le Collège Royal. Grâce à sa munificence éclairée, en face de la Sorbonne, inaccessible aux changements, immobile dans ses préjugés et dans les

souvenirs de son ancienne splendeur, un asile était ouvert aux méthodes nouvelles, un boulevard s’élevait à la libre pensée. Autour de l’institution naissante, vraie citadelle du progrès, viennent se grouper tous ceux qui veulent faire triompher la cause des lettres anciennes, et qui ont le souci d’une éducation libérale. A leur tête est Érasme, l’infatigable ennemi de la routine, le constant adversaire de la scolastique, qu’il bat en brèche dans ses lettres, dans ses adages, dans ses colloques, dans ses satires et dans ses pamphlets assaisonnés d’un impitoyable bon sens. Audessous de lui est Vivès, qui analyse, dans un traité rempli de saillies piquantes, les « causes de la corruption des arts libéraux » ; puis le savant Budé, l’apôtre de l’Hellénisme, le restaurateur des études grecques en France, qui dédie à François Ier une brillante esquisse « sur la manière de se diriger dans la connaissance des belles-lettres1 »; c’est enfin Ramus, cet esprit, qui voulut réformer même la Réforme, Ramus, qui ne cesse de réclamer énergiquement l’alliance de la philosophie et de l’éloquence2, et qui adresse au cardinal de Lorraine son fameux projet de réforme de l’Université de Paris, qui peut être considéré comme le manifeste pédagogique de la Renaissance.

Au-dessus de ces esprits ingénieux ou puissants, deux hommes se rencontrent qui les surpassent tous, et qui dominent un siècle si fécond pourtant en grands hommes. Par la simplicité, comme par la

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