Discours de l’avocat général Servin
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hiérarchie des études : « Par ce concours de volontés et d’efforts dont les Théologiens donneront les premiers exemples, les arts seront en honneur; et par une encyclopédie de toutes sciences, on remontera des facultés les plus basses aux plus éminentes. Ainsi sous un grand Roi, restaurateur de l’État et du repos public, cette Université de Paris, étant grande et florissante, sans avoir besoin de nouveaux hommes (les Jésuites), reprendra l’ancien lustre et la première forme de la vraie simplicité, sera estimée le domicile des Vertus et l’École de piété et des sciences : ce qui la rendra honorable et respectable par tout le monde. » Telles étaient ces prédictions de gloire qu’inspirait à Servin la haute sagesse des statuts, et que bien des gens sans doule désiraient voir au plus tôt réalisées, même ceux qui n’avaient pas une confiance aussi ferme dans l’avenir.
Estienne Pasquier, lui aussi, admirait cette reconstitution des anciennes disciplines, « et toutefois, ditil, soit qu’en l’ancienneté de mon âge, par un jugement chagrin du vieillard, toutes choses du temps présent me déplaisent pour extoller celles du passé, ou que sous cette grande voûte du Ciel, il n’y ait rien lequel venu à sa perfection ne décline puis après naturellement jusques à son dernier période, je trouve bien quelques flammèches, mais non cette grande splendeur d’Études qui reluisoit pendant ma jeunesse1 ».
1. Estienne Pasquier (liv. IX, chap. xxv), cité par Ch. Jourdain, dans son Histoire de V Université de Paris, p. 26.
Le sens judicieux de Pasquier ne l’a pas trompé; l’Université, qui était sortie triomphante de toutes les épreuves, se relève bien encore cette fois et pour vivre deux siècles ; elle sort de cette réforme ce qu’elle devait être jusqu’à la Révolution : une oligarchie de professeurs n’ayant plus à subir ni l’impulsion ni la contradiction de leurs élèves, une association libre pourvu qu’elle reste dans sa sphère; enfin l’ordre matériel, premier gage de son existence, lui est garanti; mais c’était là le seul bienfait qu’elle pût tenir de l’autorité : des Règlements, où Ton sent à chaque instant la main du pouvoir qui ne lui a même pas permis de se réformer elle-même. Un programme, si sagement rédigé qu'il soit, ne pouvait pas faire renaître la vie dans ce grand corps qui se mourait de langueur; mieux eût valu pour elle qu’elle eût encore cette turbulente jeunesse avec ses mutineries et ses révoltes, mais aussi avec cet enthousiasme, cette \ avidité de savoir et cette fièvre de science, qui avaient été jadis sa force et sa gloire, que le délaissement et la solitude, et que cette paix qui lui était imposée. L’opinion publique commence à changer à son égard : une génération qui voulait tout savoir sans efforts, avait remplacé celle où tant d’hommes avaient gémi de ne pouvoir consacrer leur vie à apprendre.
Le xvie siècle avait été l’âge d’or de l’érudition, le règne des Écoles et des Universités; mais quand l’esprit de société, quand le goût des plaisirs délicats se répandit en France, les Salons, les Ruelles, les Académies naquirent; on vit bientôt les lettres pénétrer
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dans ce nouveau domaine : les auteurs grecs etlatins sortirent de l’enceinte des collèges; et les « honnêtes gens » se substituèrent aux savants dans la direction des esprits. Cette évolution soudaine, ce passage de l'érudition au bon goût avait frappé un des contemporains de Rollin, le savant Gilbert, qui disait très justement à propos de Vossius : « Les excès que j’ai remarqués dans Vossius sont moins un effet de son goût particulier, que celui du siècle où il a commencé à vivre.... Ce siècle était le règne de la philologie et de la critique. Un autre goût s’est introduit qui ne va plus à cette vaste et profonde littérature, mais à un esprit plus fin et à un discernement plus exquis, qui rend les gens moins savants, mais plus habiles aux bonnes choses. » Ce goût nouveau, l’Université ne sut pas dès l’abord, ou ne voulut pas le suivre; toujours lente à se mouvoir, elle demeura bientôt en désaccord avec les mœurs et les penchants de ses contemporains; elle se laissa devancer par d’autres sur la route de la mode et du progrès. C’est alors en effet qu’une concurrence nouvelle, bien autrement dangereuse que celle des Dominicains ou des Franciscains, la menace; les Jésuites, qu’elle s’obstine à rejeter de son sein, malgré leurs prières, leurs plaintes ou leurs menaces, se sont établis au cœur même de son enseignement; placé sur cette montagne Sainte- Geneviève, si longtemps son domaine, un seul de leurs collèges 1 tient tête à tous les siens ; en vain