DE MONSEIGNEUR DE FORBIN-JANSON
Monseigneur (2) ,
Messieurs j
Parmi les hommes que la Providence de Dieu a donnés à l'Église de France depuis quarante ans, il en est peu qui aient attiré l'attention de leurs contemporains au même degré que Mgr Charles-Auguste de Forbin-Janson, évêque de Nancy et de Toul, primat de Lorraine, maintenant retourné à Dieu. Il en est peu surtout qui, avec des qualités de cœur aussi remarquables , avec les dons d'une intelligence aussi vive, aient moins triomphé des obstacles de leur
(1) Cet éloge a été lu, dans la cathédrale de Nancy, le 28 août
(2) iNÏcr Menjaud, évèque de Nancy et de Toul.
vie, et moins placé leur personne et leur mémoire à l'abri des sentiments contraires. Sur les rivages de l'Asie , aux bords plus lointains des fleuves de l'Amérique, il a vu des populations s'attacher à ses pas, s'enivrer de sa parole, l'appeler tout haut des noms les plus chers à l'homme : il en a vu d'autres le repousser de leur sein , et il est mort loin de son siège épiscopal , après quatorze années d'exil, dans un âge prématuré. Moins heureux qu'un autre évêque de son temps dont le palais l'ut détruit deux fois par la tempête, il n'a pu mourir au milieu de son troupeau , et recevoir dans son cercueil cette dernière visite des peuples qui leur inspire, quand tout est fini, un sentiment plus modéré de leur puissance et une équité plus calme dans leurs jugements. Je viens, Messieurs, parler sur cette tombe que vous n'avez pas vue, et que vous ne verrez jamais; j'y viens parce que la vie de Mgr de Janson mérite d'être étudiée dans ses succès et dans ses revers, parce qu'elle peut profiter à plusieurs, parce que l'Église de France lui doit un souvenir : mais j'y viens aussi par un sentiment qui m'est personnel. Chose singulière ! les deux évêques de France que la foudre de ce siècle a le plus frappés sont les deux évêques qui m'ont aimé davantage. Je n'ai pu rendre à l'un les derniers devoirs de la piété filiale, je viens les rendre à celui-ci.
Ne croyez pas toutefois que j'abuserai des droits de la mort ; si la mort favorise la justice, elle ne doit point favoriser la flatterie; elle m'avertit, au contraire , en reportant ma pensée vers les sévères ju-
gements de Dieu, qu'en nulle occasion je ne dois me sentir plus fort de mon ministère pour remplir envers toute créature les obligations sacrées de la vérité et de la sincérité. Je serai vrai, Messieurs, je serai juste; je serai surtout chrétien, c'est-à-dire que j'honorerai la justice et la vérité par un accent qui ne blessera le cœur de personne.
Dois-je, Messieurs, vous entretenir des ancêtres de Mgr de Janson? C'est un penchant naturel à l'homme de rechercher son origine , de démêler dans la suite innombrable des générations les canaux par où lui est arrivée cette goutte de vie qu'il possède , goutte amère et précieuse , qui a traversé les siècles pour venir de Dieu à lui , et qui doit sans doute son originalité propre à toutes les vicissitudes d'un si extraordinaire chemin. Commeun navigateur échoué, dans des contrées inconnues , à l'embouchure d'un fleuve, en remonte le cours, et s'avance de campements en campements vers les montagnes mystérieuses qui en contiennent la source, ainsi l'homme voyageur, déposé par l'éternité dans un point du temps et de l'espace , se tourne vers sa source , et se cherche lui-même dans des âges où il n'était pas encore. Mais, hélas! les nations elles-mêmes ne connaissent pas leur origine; elles se rencontrent tout à coup dans l'histoire, le lendemain d'un combat, et c'est en vain qu'elles veulent passer plus haut, pour arracher à l'antiquité le secret de leur destin primitif. Comment un simple homme pourrait-il obtenir du temps ce que les grands peuples n'ont jamais obtenu de lui? Aussi les plus illustres
familles n'aspirent- elles qu'à des aïeux récents, et par delà ce terme où commence si près de nous leur hérédité constante, elles se perdent avec le reste de l'humanité dans une commune ignorance de ce qu'elles furent jadis. Mais si peu loin qu'un homme puisse atteindre ses pères, c'est toujours pour lui une consolation d'en regarder le visage , et nous , spectateurs des vies célèbres , nous sommes volontiers curieux de la question de leurs ancêtres.
Quels étaient donc les ancêtres de Mgr de Janson? Jusqu'où son regard plongeait-il dans le passé, lorsque, jeune encore, il cherchait à se deviner luimême? Ne fût-ce que pour apprécier le cours de ses idées et la valeur de ses sacrifices , nous avons besoin de connaître le sang qu'il trouva dans ses veines. Or, Messieurs, il eut, dans un siècle plébéien, l'incomparable malheur de naître d'une race historique. A toutes les époques , une grande naissance est un fardeau; mais n'ai -je pas le droit de l'appeler un malheur lorsqu'elle ne rencontre plus rien autour d'elle qui lui réponde, et que l'élévation qui en résulte encore n'attire que la défiance, n'obtient que l'exclusion, ne crée que l'impossibilité? Ahl ceux-là sont heureux qui naissent à la mesure de leur temps, patriciens dans un siècle patricien, plébéiens dans un siècle plébéien! Ceux-là sont heureux, et la moindre justice qu'ils doivent à ceux qui n'ont pas la même fortune , c'est de comprendre combien est dure leur position. L'homme n'est fort que par sa correspondance au mouvement
réel de l'humanité , et toutes les fois qu'il reste en dehors de ce mouvement ou qu'il lutte contre lui , il est semblable au passager laissé dans un désert par le vaisseau qui le portait , et dont il suit de l'œil sur les flots l'irréparable fuite. En vous parlant des ancêtres de Mgr de Janson, Messieurs, je vous parle donc de son premier malheur, et plus je vous ferai voir qu'ils étaient grands, plus vous aurez à conclure que le mérite de leur héritier, s'il en a eu quelqu'un , a été un rare et difficile mérite.
Le xii^ siècle avait déjà ouï le nom des Forbin; l'Angleterre et l'Italie le lui avaient répété. Au XIII® siècle, Charles P"* d'Anjou, comte de Provence, les appela dans ses États et les combla d'honneurs et de bienfaits. Ils s'allièrent même par des mariages à celte famille souveraine. Plus tard , au XV® siècle, le comte Charles IV étant menacé de mourir sans héritiers, ce fut Palamède de Forbin , surnommé le Grand , qui le disposa à faire son testament en faveur de Louis XI, et qui ménagea ainsi la réunion du comté de Provence à la couronne. Louis XI le récompensa de cet éminent service, qui raUiait la France à l'Italie, en lui déléguant l'autorité souveraine sur la Provence , et en lui donnant cette devise, qui est encore cplle des Forbin : J'ai fait le rot comte, et le CDmte m'a fait roi. Ainsi devint purement française la maison de Forbin , en apportant à la France une de ses plus riches et de ses plus ingénieuses provinces, et depuis elle ne cgssa d'honorer ce prerïiier titre de sg
gloire en produisant dans les armes , dans le gouvernement, la magistrature et l'Église, des hommes d'un haut talent. Je remarque dans le nombre deux figures historiques : d'abord Toussaint de Forbin , cardinal de Janson, évêque de Digne, de Marseille et de Beauvais , grand aumônier de France, et ambassadeur de Louis XIV en Toscane, en Pologne et à Rome. Ce fut lui qui, à la diète de Pologne de 1674, fit élire pour roi le fameux Jean Sobieski , sauveur de la chrétienté sous les murs de Vienne, et qui conclut , sous Innocent XII , la réconciliation de la hrance et du saint-siége, dont la bonne harmonie avait été troublée depuis longtemps par la déclaration de l'assemblée du clergé en 1682. L'autre personnage que je tenais à vous nommer est le comte de Forbin, grand amiral du roi de Siam à la fin du xvii^ siècle, revenu depuis en France, et l'un des officiers qui honorèrent le plus notre marine sous la vieillesse de Louis XIV. Dans la seule année de 1707, il battit cinq fois les flottes anglaises , et rapporta une valeur de six à sept millions , fruit de ses expéditions navales.
Telle était, Messieurs, la maison de Forbin, divisée en plusieurs branches, qui avaient pour aînée celle de Forbin- Janson. La Providence ne laissa guère au jeune Charles- Auguste , dont nous vous exposons la vie, le temps de s'enorgueillir de sa naissance. Il n'avait pas encore atteint l'âge du discernement, que déjà grondait dans sa force l'orage qui devait abaisser la majesté des rois , ravir la puissance aux familles antiques , appeler tous les en-
fants de la France aux mêmes devoirs et aux mêmes droits, et créer dans le court espace de vingt-cinq ans, sur des ruines colossales, une histoire, une gloire et une nation toutes nouvelles. Je ne dirai rien davantage de ce moment, auquel nulle autre époque du monde ne saurait être comparée, sinon qu'il convient à nous, générations présentes, de considérer quelle blessure nous avons faite au passé , et d'admettre au moins qu'il a pu rester à d'autres des souvenirs, des regards, quelque chose qui n'est ni étranger ni ennemi, mais qui seulement n'est pas aussi jeune que nous. Si les soldats de Clovis ou les paladins de Charlemagne ressuscitaient de leur tombe, leur stupeur, en nous voyant, n'accuserait pas leur patriotisme; elle n'accuserait que le temps et cette difficulté de l'esprit à suivre assez vite l'effroyable précipitation des choses humaines. Et si nous-mêmes, nous avions reçu dans nos veines le lait du passé, si un quart d'heure seulement nous avions respiré un air plus vieux que le nôtre, nous connaîtrions combien les révolutions de l'esprit sont plus lentes que les révolutions des empires, et nous jugerions avec plus d'indulgence cette immutabilité des idées et des mœurs qui nous semble un obstacle dans les autres , et qui un jour nous paraîtra dans nous-mêmes fermeté et vertu.
Charles -Auguste fut emporté en Allemagne par ses parents qui fuyaient devant la tempête. Il n'y resta que peu ; sa famille le ramena en France dès que la société nouvelle commença de surgir à tra-
vers les débris de l'ancienne. Ce fut en France qu'il accomplit le premier acte solennel de la vie, je veux parler de la première communion. Celait plus que jamais alors pour les chrétiens un acte doux et mémorable. Ils avaient vu leurs autels profanés, leurs églises abattues ou fermées, leurs prêtres meurtris et dispersés; une puissance gigantesque s'était déclarée leur ennemie, et en même temps qu'elle portait aux frontières de la patrie une glorieuse terreur, elle rapportait au dedans ses triomphes , pour s'en faire contre Dieu un invincible trophée : mais voilà qu'encore une fois la parole divine s'était accomplie, et les chrétiens répétaient, dans la langue de David, ces chants prophétiques qui, depuis trois mille ans, acpusent d'impuissance leurs persécuteurs : Pour^ quoi les nations ont-elles frémi, et les peuples ontils médité des choses vaines? Les dominations de la terre se sont assemblées contre le Seigneur et contre son Christ; elles ont dit: Rompons leur joug, et je^ tons-le par-dessus nos têtes ! Mais Celui qui habite dans les deux se rira de leur dessein, et le Seigneur s'en moquera (1). La joie des chrétiens était d'autant plus pure, que le retour de leur liberté s'était fait par le dedans, et non par le dehors ; il n'y avait pas eu émigration de la foi ; la foi était demeurée dans la patrie aux jours des revers comme aux jours de la prospérité; elle avait embrassé en pleurant et en espérant la terre de Clovis et de saint Rémi, et cette terre, fidèle à elle-même aussi bien qu'à Dieu,
(1) Psaume ii, vers. 1, 2, 3, 4.
avait, par une germination insensible, relevé vers le ciel ses tiges un moment abaissées. Charles- Auguste s'assit donc pour la première fois à la table sainte en portant dans son cœur et sur son front plusieurs joies ensemble : la joie de sa jeunesse, la joie de sa patrie retrouvée, la joie du christianisme renaissant, la joie des anges qui étaient descendus pour le visiter. L'onction 4e ce jqur-fà demeura dans son âme comme une blessure qui ne se ferma plus; encore que sa physionomie ressortît entre des lignes fortement accentuées , comme celles de tontes les vieilles races, il revêtit, pardessus leur énergie native , une grâce pieuse qui lui obtint la première conquête qu'il ait faite pojir Dieu.
D'ordinaire, c'est l'âge wûr qui conduit l'enfance à Dieu. Jl a sur elle le triple enipire de l'expérience , de la raisoi^ et .de l'autorité, et cet empire ne lui fut donné sans doute que pour inspirer le bien et la vérité à l'intelligence ignorante et docile de l'enfant. C'est surtout la plus sacrée fonction du père. Mais pour donner Dieu,. qui renferme seul tout bien et toute vérité, il faut le posséder soi-même; il faut le connaître, l'aimer et le servir. Or le père du jeuue Forbin appartenait au siècle qui venait de s'achevç^; son oreille était pleine encore du rire ingénieux et illustre qui, depuis cinquante ans, poursuivait ^n Europe l'ouvrage du Fils de Dieu sur la terre. Jl^t vrai que , depuis , le sang et les larmes du monde avaient fait assez de bruit pour distraire de la moquerie les esprits les plus lé^efs ; .mais s'il y .«v^t
stupeur, il n'y avait pas conversion. On s'étonnait qu'une catastrophe aussi terrible fût sortie de doctrines aussi gracieuses; on regrettait le siècle passé comme un modèle d'esprit, d'élégance, de mœurs heureuses , d'une société accomplie, et l'on s'en prenait à tout de sa chute, excepté à Dieu et à soi. Tant il est difficile à l'aveuglement des hommes de discerner la révélation divine jusque dans les événements où elle éclate le plus ! Quand Balthasar, les vases du temple de Jérusalem à la main , regardait sur la muraille le doigt de Dieu qui écrivait son arrêt, l'infortuné tremblait bien de tous ses membres , mais il ne comprenait pas encore son crime.
Le marquis de Janson dut à son fils la lumière que ne lui avaient point donnée les ruines d'une société corrompue. Il ne pouvait le voir à l'église sans attendrissement; la paix de ses traits, l'élévation de son âme qui montait doucement jusqu'à son visage pour l'illuminer, la joie sereine qui enveloppait toute sa personne, ce spectacle du plus chaste bonheur, renouvelé sans cesse sous les yeux du père, le plongeait dans une sorte de contemplation en lui faisant de son fils même une apparition de la vérité. Enfin, un jour il vit Dieu clairement; l'âme du père et du fils se rencontrèrent dans les inébranlables certitudes de la foi; ils adorèrent, ils prièrent, ils aimèrent ensemble, et tel fut, Messieurs, le premier apostolat de M^ de Janson.
Il y avait alors sur le trône de France un homme supérieur à tous ses contemporains, non-seulement
par le génie de la guerre et de la législation, mais surtout par la profondeur de ses instincts religieux. Aussi grand par la conquête que Cyrus, Alexandre, César et Charlemagne , il avait eu le mérite de reporter sa nation vers Dieu, et, bravant jusque dans ses généraux les derniers sifflements de l'incroyance populaire, on l'avait vu saisir d'une main courageuse , et tenir ensemble dans un même faisceau l'épée, le sceptre et la croix de Jésus -Christ. Ce grand homme n'avait de haine contre rien : ni contre Dieu , parce que lui-même était puissant et le créateur d'un monde nouveau ; ni contre la noblesse , parce que lui-même descendait en droite ligne de tous les vieux héros; ni contre le peuple, parce que lui-même il en était l'enfant; ni contre le passé et l'avenir, parce qu'il se croyait aussi fort qu'eux. Homme social, il embrassait dans sa large poitrine toutes les pensées honnêtes de l'humanité, et n'y proscrivait rien que la bassesse et l'incapacité. Son armée, ses palais, ses conseils, sa main s'étaient ouverts à tous les débris épars de la société française , et l'on rencontrait chez lui le marquis de l'ancien régime à côté du baron de l'empire, l'homme de la Convention à la gauche de l'émigré, le soldat de la dernière victoire avec un abbé de Saint- Sulpice. Napoléon, Messieurs, discerna le jeune Forbin, et le nomma auditeur au conseil d'État (1).
(i) Napoléon, sans doute, commit de grandes fautes contre la religion et contre les libellés publiques; mais un calho-
C'était pour un jeune homme de vingt-deux ans, héritier d'un grand nom et d'une grande fortune, vif, aimable, prompt d'esprit, c'était, dis-je, une préparation naturelle aux emplois les plus élevés de l'ordre administratif. Charles de Forbin n'avait plus qu'à suivre la pente facile du temps et de sa situation. Mais d'autres pensées roulaient au fond de son âme. Napoléon avait fait beaucoup pour la religion en lui rendant de la liberté , une partie de ses monuments, et en lui assurant une dotation publique en échange de ses anciennes possessions ; mais alors même qu'il eût fait davantage , il n'eût apporté à la religion qu'un secours humain, utile sans être nécessaire , digne de reconnaissance , mais incapable de lui donner la vie. Dieu seul est la vie de la religion en la communiquant aux âmes, et il la communique aux âmes par d'autres âmes qui s'y dévouent, qui en deviennent l'expression par leur sainteté, l'organe par leur dévouement, la preuve vivante et populaire par leur autorité. Donner des âmes à la religion , voilà ce que les conquérants et les hommes d'État ne sauraient faire, et ce que fait tous les jours un pauvre prêtre en mettant les mains sur son cœur pour le sevrer des vaines joies du monde, et en les reportant purifiées sur le cœur des autres hommes, après les avoir levées en gémissant vers Dieu. De saints prêtres ! tel est dans
lique ne saurait oublier qu'il tira la France du chaos, signa le concordât , se fit sacrer par le Pape, et mourvit dans Jes ^ras do rÉgljée,
tous les temps le cri de la religion ; mais en quels temps devait-elle le pousser plus haut qu'au commencement de ce siècle? La mort et l'exil avaient tari la lignée de ce vieux clergé français qui, par une tradition ininterrompue de savoir et de vertus, remontait jusqu'au double et sacré berceau du cliristianisme et de la monarchie ; une foule d'églises abandonnées, beaucoup d'autres dirigées par de tout jeunes hommes attestaient la misère profonde de l'Eglise de France. Les temples étaient rouverts ; mais les pierres des temples, froides et muettes, ne répondaient point à la voix des peuples qui venaient y redemander Dieu.
C'est le propre des grands cœurs , Messieurs , de découvrir le principal besoin des temps où ils vivent, et de s'y consacrer. Or le premier besoin de l'empire dans les brillantes années qui l'avaient inauguré , c'était assurément de relever la religion en repeuplant le sanctuaire d'âmes choisies. Déjà, en dehors de l'enceinte sacrée, Dieu avait suscité d'illustres esprits qui étonnaient la France par la nouveauté de leur style et de leurs idées, et qui commençaient sur les hauteurs du monde, à travers l'encens de la poésie , la réédifîcation imprévue de la cité de Dieu. Ne fallait -il pas que le sanctuaire s'unît à ce mouvement , et qu'ainsi concourût à la régénération sociale le triple génie du gouvernement, de la pensée et de la sainteté? Charles de Forbin se consumait intérieurement dans cette inspiration de sa foi. Déjà il s'était uni à plusieurs jeunes gens de son âge pour s'exercer avec eux aux
œuvres de la charité et aux pratiques d'une piété plus ardente, et ce fut. dans Paris, les prémices de celte jeunesse chrétienne qui trente ans plus tard , au bruit de nouvelles révolutions , devait fonder la société de Saint-Vincent-de-Paul. Le troupeau de ces jeunes gens était petit alors; il avait pour directeur un prêtre dont le nom n'est pas venu jusqu'à vous, Messieurs, parce que la modestie quelquefois est plus puissante que le talent, mais qui a laissé dans le cœur de tous ceux qui l'ont entendu ce lien immortel que produit l'éloquence entre l'orateur et son auditoire. Il s'appelait Delpuits; j'ai plaisir à le nommer. D'autres ont acquis plus de gloire dans leurs rapports avec la jeunesse de France; aucun ne l'a méritée davantage.
Cependant , quel que fût le zèle de Charles de Forbin, il n'était pas sans trouver en lui-même des obstacles à son dessein. Il avait beaucoup à sacrifier; son nom, sa fortune, son âge, ses succès dans le monde, son goût pour tous les exercices du corps, lui suscitaient à l'envi des raisons de rester ce qu'il était. Sa mère, issue des princes de Galéan, conspirait aussi contre sa vocation , soit qu'elle considérât l'abaissement extérieur où était tombé le clergé de France , soit par cette tendresse inexplicable dans une femme chrétienne, qui se persuade qu'elle perdra quelque chose de son fils s'il devient un homme de Dieu. Elle employa toutes les ruses du génie maternel pour le détourner de sa résolution; elle essaya de l'arrêter en nouant son cœur par ces liens purs, mais forts, où la jeunesse s'éprend avec un
abandon si digne d'être récompensé : elle ne put y parvenir.
Le jeune homme de vingt- quatre ans triompha de son cœur comme déjà il avait triomphé des illusions du rang , de la richesse et de l'ambition. L'heure finale du sacrifice était venue; en 1809, Charles de Forbin entra au séminaire de Saint- Sulpice, sous la direction du célèbre et vertueux Emery. Ses contemporains se rappellent encore la ferveur qu'il y apporta , et qui s'y manifestait par une sévérité envers lui-même qu'on n'eût pas attendue d'un adolescent élevé dans les délicatesses du grand monde. Quelque soin qu'il prît à cacher ses pratiques, ses condisciples en découvrirent quelques-unes; on remarqua qu'en plein hiver il laissait ses fenêtres ouvertes pendant la nuit, afin que son sommeil, devenu aussi léger que possible, ne durât que le temps nécessaire à la réparation du corps. Il préludait de la sorte à l'infatigable ardeur de son apostolat, sachant que la soumission du corps à l'âme est la seule voie que Dieu ait ouverte aux grandes ambitions morales , et que sans l'austérité extérieure, c'est en vain qu'on aspire à la sainteté ou au génie.
L'année 1811 fut pour l'abbé de Janson l'année sacerdotale. Il eût dû en recevoir l'onction des mains du cardinal Maury; mais le cardinal avait accepté le siège archiépiscopal de Paris malgré la volonté du Souverain Pontife prisonnier, et bien qu'il eût reçu des vicaires généraux légitimes les pouvoirs nécessaires à l'ordination, l'abbé de Jan-
son ne voulut point lui devoir une grâce aussi précieuse que celle du sacerdoce. Il prit ses mesures pour être ordonné à Chambéry des mains de l'évêque de cette ville, qui le nomma son vicaire général.
Cette situation dura peu. Les fonctions administratives s'adaptaient péniblement au génie de l'abbé de Janson. Il revint à Paris et s'adonna à l'instruction des enfants dans la paroisse de Saint- Sulpice. Vous remarquerez , Messieurs, cette brusque transition: de la direction d'un diocèse, l'abbé de Janson passe subitement à Thumble ministère du catéchiste; l'apostolat, qui est sa vraie, son unique vocation, le tourmente et l'emporte dès les premiers jours de son sacerdoce. Déjà il ne se contenait plus dans Paris; il jetait des yeux avides sur des contrées lointaines où le christianisme opprimé réclame à toute heure la parole et le sang apostoliques; il errait en esprit de l'Amérique à la Chine, de la Chine aux bords du Gange et de l'Euphrate; la main de Dieu l'avait saisi , et le promenait d'aspiration en aspiration , à travers tous les lieux désolés de la terre , pour choisir un poste où son dévouement ne fût pas à l'étroit.
Tout à coup, au sein même de Ip patrie, un cri prodigieux s'élève : le descendant de Cyrus et de César, le maître du monde avait fui devant ses ennemis; les aigles de l'empire, ramenées à plein vol des bords sanglants du Dnieper et de la Vistule , se repliaient sur leur terre natale, pour la défendra, et s'étonnaient de ne plus ramasser dans
leurs serres puissantes que des victoires blessées à mort. Dieu , mais Dieu seul , avait vaincu la France commandée jusqu'à la fin par le génie, et triomphante encore au quart d'heure même qui signalait sa chute. Je ne dirai point les causes de cette catastrophe ; outre qu'elles ne sont pas de mon sujet, il répugne au fils de la patrie de creuser trop avant dans les douleurs nationales, et il laisse volontiers au temps tout le soin d'éclaircir les leçons renfermées par Dieu même au fond des revers.
Une position nouvelle était sortie pour tout le monde de la révolution qui venait de s'accomplir; les desseins de l'abbé de Janson en reçurent nécessairement le contre-coup. La France lui apparut sous un aspect qu'elle n'avait pas eu d'abord à ses yeux. Il crut que le mouvement d'ascension religieuse commencé sous l'empire allait continuer son développement avec une force plus décisive, et il chercha dans son zèle les moyens d'y concourir et de le hâter. Il comprit très-bien que l'empire n'avait constitué que la partie administrative et pastorale de l'Église de France, et qu'il manquait à ce corps tout jeune l'arme de l'apostolat, c'est-à-dire le service actif et dévoué de la parole. La religion est une pensée, et la parole est le soleil qui rend la pensée visible, vivante et communicable : comme le soleil fait chaque jour le tour du monde pour éclairer les corps, ainsi la parole, fille aînée de Dieu, doit chaque jour faire le tour du monde pour éclairer les esprits. Son premier mot, à l'origine des
choses, avait été celui-ci : Fiat lux : — Que la lumière soit faite (1), C'est encore sa devise et sa fonction; ce sera l'une et l'autre jusqu'au siècle futur où le Verbe de Dieu lui-même illuminera directement l'assemblée des esprits dans la Jérusalem éternelle. Et jusque-là le ministère de la parole restera le premier ministère du monde , le ministère de la vérité, de la sainteté, de la justice, de l'ordre, de la création , de la résurrection , de la vie et de la mort. Parlez, ne vous taisez pas; ne vous taisez ni devant le glaive qui vous menace, ni devant la majesté qui vous regarde, ni devant votre sœur qui vous conjure, ni devant votre mère qui se met à genoux pour vous supplier, ni devant les peuples qui vous crient : Silence ! ni devant les flots de la mer qui s'émeuvent pour étouffer votre voix. Parlez ! Tel avait été l'ordre de Jésus -Christ à ses apôtres , et l'un d'eux, saint Paul, écrivait joyeusement : Je travaille pour l'Evangile jusqu'à porter des chaînes comme un malfaiteur ; m,ais la parole de Dieu n'est point enchaînée : — Lahoro usque ad vincula, quasi maie oioerans; sed verbum Dei non est alligatum (2). Tout, en effet, importe peu à l'Église, pourvu qu'elle parle; mais alors même qu'elle est libre, elle n'exerce pas toujours et partout cette puissance de la parole en la même manière ni au même degré. Il est des temps et des lieux où , tranquille maîtresse des esprits , n'ayant à combattre que des désordres ,
(1) Genèse, chap. i, vers. 3.
(2) II" Épître à Timothée , chap. ii , vers. 9.
suite naturelle de l'infirmilé de notre cœur, elle se borne à une parole d'édification qu'on pourrait appeler la prédication intérieure et pastorale. Il en est d'autres où elle trouve des intelligences rebelles , soit parmi les peuples qui n'ont pas encore reçu le mystère de la vérilé, soit parmi ceux-là mêmes qui en furent éclairés, mais qui, dégoûtés de la lumière patrimoniale , en détournent les yeux pour se faire des astres de leur choix. Alors l'Église appelle à son secours une parole qu'il serait difficile de définir par des caractères constants , à cause de la variété des erreurs qu'elle doit combattre et des âmes qu'elle veut vaincre , mais qu'on peut appeler la prédication extérieure ou apostolique.
M. de Janson crut que l'état des esprits en France appelait un grand déploiement de la prédication apostolique. Il le crut avec d'autant plus de raison qu'il ne s'agissait pas seulement de lutter contre l'affaiblissement de la foi produit par les controverses philosophiques du dernier siècle, mais encore de se tenir au niveau d'un temps où la liberté de la parole humaine, étant consacrée par les institutions publiques , exigeait pour contrepoids toute l'activité de la parole divine. C'était là, Messieurs, une pensée juste, élevée, libérale. La parole humaine avait- elle droit de se plaindre si la parole divine cherchait un Ut plus large et plus profond pour y couler? N'était-ce pas la parole divine qui, en conquérant sa liberté propre, avait fini par affranchir la parole humaine? Ne pou-
valent - elles vivre ensemble sur le terrain commun du droit nouveau , soit qu'elles dussent s'y combattre, soit qu'elles eussent le désir de s'y réconcilier ?
Il est vrai que, pour juger une pensée, il ne suffît pas de la considérer dans sa conception intime, mais qu'il faut encore en voir la réalisation. Eh bien ! dira-t-on , qu'était-il résulté de la pensée de M. de Janson? Tout à coup une nuée de missionnaires s'était précipitée du nord au midi dans les grandes villes du royaume , appelant le peuple à des cérémonies étranges , inconnues de la tradition catholique , à des chants qui n'exprimaient pas seulement les espérances de l'éternité , mais encore celles de la politique profane, à des prédications où l'excès du sentiment suppléait à la faiblesse de la doctrine, où l'on s'attaquait moins au cœur qu'à l'imagination , au risque de ne produire qu'un ébranlement passager à la place d'une solide conversion. Était-ce là une œuvre sainte, une œuvre digne? Suffisait -il pour la justifier de l'entraînement des populations , et , sans parler des désordres qui protestèrent contre elle dans plusieurs nobles cités, ne faut-il pas tenir compte de la répulsion profonde qu'inspirait à une partie de la nation le peu de gravité de ce prosélytisme religieux? Ah! ce n'était pas ainsi que les apôtres avaient conquis le monde ; ce n'était pas ainsi que saint Paul s'était présenté dans Athènes et dans Corinthe; ce n'était pas même ainsi que les missionnaires modernes avaient charmé les peu-
plades sauvages des deux Amériques. Fallait-il, après que le monde, élevé et fortifié par le christianisme , avait acquis plus de délicatesse et de profondeur, le traiter avec si peu de respect dans les efforts d'une conquête plus difficile que la première?
Ces reproches , Messieurs, ont été dans la bouche d'un grand nombre de nos contemporains. Etait-ce justice ? Je dirai ce que répondaient les partisans du nouvel apostolat.
C'était une erreur d'attribuer à M. de Janson la création des missions de France. Elles existaient depuis deux siècles , et avaient eu pour premier auteur l'un des hommes de France dont le nom est demeuré le plus populaire ; je veux dire saint Vincent de Paul. C'est lui qui , en 1626 , avait posé à Paris les fondements d'une société religieuse destinée à donner des missions dans l'intérieur même du pays, société qui fut approuvée, en 1632, par une bulle du pape Urbain VIII , sous le nom de Congrégation des Prêtres de la Mission. Depuis, soit en France, soit en d'autres contrées catholiques , des instituts semblables s'étaient formés ; les missionnaires , conduits par leur zèle et leur expérience , avaient imaginé de joindre à la prédication des chants et des cérémonies qu'ils jugeaient propres à exciter dans les fidèles la foi , le repentir et tous les sentiments chrétiens. Une tradition s'en était formée peu à peu, et, à la fin du dernier siècle, la voix puissante et célèbre du Père Brvdaine donnait encore à ces règles une
glorieuse confirmation. M. de Janson n'avait fait que ressusciter une pensée qui commençait à saint Vincent de Paul , et qui finissait à Brydaine. Il est vrai que la prédication des missionnaires anciens et nouveaux était souvent moins savante que populaire; mais était-ce donc un sujet de plainte dans un temps de démocratie? Ne pouvait -on, au xix^ siècle, travailler pour le peuple? Si le langage des missionnaires déplaisait aux hommes de savoir et de goût, qui les contraignait de venir l'écouter? Ou plutôt, sous ces plaintes du goût blessé, ne se cachait -il pas la peur que le christianisme ne reprît de l'ascendant sur une grande partie de la société? Ceux qui poursuivaient les missionnaires n'étaient-ils pas les mêmes qui poursuivaient les Frères des Écoles chrétiennes, et la révolution de 1830 n'a-t-elle pas réhabilité et couronné les Frères des Écoles chrétiennes par la voix de ses ministres , de ses philosophes , de ses orateurs , et par la voix plus significative encore du peuple lui-même?
Je n'irai pas plus loin, Messieurs; il me suffit de vous avoir montré que la question avait deux faces sérieuses, et quand une question a deux faces sérieuses, un homme de bien peut, le devoir et l'honneur étant saufs, choisir l'une ou l'autre. C'est votre droit. Messieurs, c'est le mien; c'est aussi le droit de M. de Janson.
Je n'entrerai pas dans le détail de ses travaux apostohques. Au milieu même de leur cours, il était naturellement ramené à la pensée de missions plus
lointaines , et il voulut du moins visiter la terre qui avait été le point de départ de tous les apôtres. En 1817, il partit pour l'Orient, évangélisadansSmyrne plusieurs nations ensemble, et s'étant ainsi préparé à voir Jérusalem , il y chercha pieusement les traces du Maître qu'il devait servir avec plus d'ardeur que jamais.
Tout autre que M. de Janson, Messieurs, n'eût recueilli de ce voyage que de doux souvenirs personnels. Pour lui, le cœur tout plein des émotions qu'il en avait reçues, il conçut le dessein d'en faire jouir ses frères, non par un récit plus ou moins imparfait, mais par une image vivante de la réalité. A l'occident de Paris, sur une hauteur embrassée de trois côtés par les replis de la Seine, et d'où l'œil regardait tranquillement un immense horizon , M. de Janson possédait, avec un simple manoir, une chapelle ornée de quelques tombeaux de famille. Il était venu là souvent comme en un lieu domestique et solitaire; il y avait réfléchi sur luimême et sur toutes les grandeurs dont le théâtre se développait à ses pieds. Quelque route qu'il prît, il arrivait à des lieux célèbres. Un sentier le conduisait à Nanterre, berceau de sainte Geneviève; un autre à la Malmaison , séjour illustré par la fortune de Napoléon et la disgrâce de Joséphine; plus loin, mais tout proche encore, c'était Marly, où Louis XIV venait se reposer de Versailles; sur le revers opposé, on touchait à la foret de Saint- Cloud et aux îles ombragées de Neuilly; aux extrémités de la plaine, apparaissent Saint-Germain, Saint-Denis, et Paris.
Il était impossible de s'asseoir là sans que l'àme y fut visitée par de bonnes visions , tant la nature y était «belle, l'espace sublime, les souvenirs ra* dieux. M. de Janson résolut de donner ce lieu désert à un million d'hommes en y plantant une croix. Il se rappelait que le Sauveur du monde avait dit : Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi (1). Sa parole était-elle si fort glacée par l'âge, qu'elle ne pût s'accomplir à la face de Paris? La croix fut plantée; les fondements d'un hospice et d'une église se montrèrent de loin au-dessus du sol : la solitude cessa. On vit chaque année des pèlerins sans nombre, étrangers et citoyens, se presser aux portes de Paris , passer le fleuve sur des ponts et des barques , et gravir joyeux les pentes escarpées ou sinueuses de la montagne, attirés par cette croix qui, depuis dix- huit siècles, tient le monde suspendu à ses bras. Sainte montagne, comment vous aurais-je oubliée dans mon récit? Ne vous ai-je pas visitée quand ma jeunesse était florissante, et que la vérité commençait de se révéler à moi? N'ai-je pas connu tous vos détours? Ne me suis-je pas assis sur vos pierres pour y parler de Dieu à l'ombre brillante du soleil couchant? Et plus tard^ après vous avoir vue dans vos jours de fête, Je vous ai revue dans vos jours de désolation; comme un ami fidèle , qui survit à la fortune , j'ai suivi vos sentiers abandonnés, j'ai mangé à la table du vieux manoir demeurée hospitalière dans le
(i) Évangile de saint Jean, chap. xii, vers. 32.
molheiir, j'ai reç-ardé de pieuses mains enlever de votre cimetière des os précieux qu'elles n'osaient plus vous laisser. Tout était changé pour vous, hormis le cœur de ceux à qui vous avez fait du bien, et en qui vous revivez par l'immortalité de leur souvenir.
Nous voici, Messieurs, en l'année 1824. M. de Janson était dans la force de sa gloire et de sa maturité. Il avait fondé une société religieuse qui remplissait la France de l'éclat de ses œuvres , et élevé, à la vue de Paris , un monument qui attestait l'énergie toujours subsistante du christianisme. Sa voix, d'une éloquence vive et naturelle, s'était fait entendre aux principales villes du royaume; Bordeaux, Tours, Poitiers, Fontainebleau, Avignon, Marseille, Toulon, Nantes honoraient ses prédications d'un souvenir reconnaissant. Il y avait laissé non- seulement la mémoire de son esprit, mais la mémoire plus précieuse du zèle et de la charité. On l'avait vu passer ses journées et une partie de ses nuits à entendre des communications de conscience; on l'avait trouvé plus d'une fois dans sa chambre, étendu par terre, vaincu par le sommeil auquel il n'avait pas voulu se livrer. On savait que son cœur et sa bourse étaient ouverts aux pauvres , et qu'il leur donnait jusqu'à ses vêtements les plus nécessaires. Il existe un billet de sa mère qui est ainsi conçu : « Je vous envoie, Monsieur, deux dou- « zaines de chemises pour mon fils ; mais je vous (( prie de ne pas les lui remettre toutes à la fois , « car il n'en garderait que deux, e| (donnerait tout