‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 1 sur 27 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Il y a trente-quatre ans, l'Église de France ne présentait plus aux anges et aux hommes qu'une vaste ruine. Les reliques de sa hiérarchie, moissonnée par une révolution qui n'avait fait grâce à aucune vertu, erraient pour la plupart dans l'exil; ses temples étaient abandonnés à des usages profanes, d'autres abattus, d'autres fermés et vides, d'autres consacrés à ce schisme qu'avaient commencé, sous Louis XIV, des hommes célèbres, et qui, grossi par la peur au pied des échafauds, convoitait l'héritage sanglant des saints. Les monastères dont elle avail peuplé les villes et les solitudes , subissant à peu près le même sort, étaient devenus des manufactures , des fermes , des prisons, ou des lieux inhabités. Rien ne lui restait du patrimoine

qu'elle avait acquis par des siècles de charité; et, stérile elle-même, on ne lui voyait pas produire, près de Fautel renversé, ceux qui pourraientunjouraider leurs raresprédécesseurs à en relever les débris. Cependant TEglise de France, ainsi pauvre et dévastée , ayant à peine un calice pour y boire le sang de son Maître, l'Église de France avait vaincu ses ennemis. De cette révolution si puissante, que l'esprit humain avait préparéo par trois siècles de travaux, qui avait enfanté tant d'hommes et d'événements extraordinaires, aucune doctrine n'avait pu sortir. Elle avait détruit une monarchie, gagné des batailles, épouvanté l'Europe, tout fait, excepté ce qui change le monde. Si elle était venue deux cents ans plus tôt, la France eût été calviniste et républicaine, mais on avait franchi le point où l'erreur a encore assez de consistance pour être la foi commune et le lien d'un peuple; on était arrivé à celui où l'erreur ne peut plus unir deux hommes entre eux, et où elle demeure comme ensevelie dans son triomphe. Quoique l'Église de France fût travaillée par un schisme sourd (1), qui déchirait ses entrailles depuis cent cinquante ans, il fut impossible à la révolution d'étabhr un culte national. La France ne croyait ni au

(1) Le jansénisme.

schisme, ni à la Baison, m à l'Etre suprême, tour à tour reconnus par la république. Le moment solennel était venu pour elle de croire à tout ou à rien. Je dis le moment solennel, parce qu'après celui où la vérité règne sans contestation , il n'en est pas de plus grand sur la terre. En effet, ce qui sauve et perpétue l'erreur, c'est la portion de vérité qui y est mêlée, et l'autorité qu'elle s'attire par là. Plus l'erreur augmente, plus elle perd de vérité, plus aussi son autorité diminue, parce qu'elle ébranle toujours davantage les fondements qui lui restaient dans l'intelligence. Les esprits s'étonnent de voir l'erreur s'enfuir devant eux; ils la poursuivent sur cette pente où elle est emportée : mais, à mesure qu'ils font un effort pour la saisir, elle se dissout, elle leur échappe plus vite, comme un fantôme dont la réalité s'évanouit devant ceux qui le touchent de trop près , jusqu'à ce que tout à coup l'erreur cesse de faire corps, et l'homme se trouve seul, nu, sans croyances, haletant en face de la vérité. C'est le moment que j'ai appelé solennel ; et quand Dieu veut ramener les nations à lui, c'est par cette route qu'il les fait passer. Il pousse l'erreur à son dernier terme, là où il est visible qu'elle ne peut rien et qu^elle n'est rien, ou plutôt il la laisse aller toute seule, car l'erreur

va de soi-même au néant. Alors se pèse le destin des peuples : contraints de choisir entre ce qui est et ce qui n'est pas , de croire à tout ou à rien, il faut qu'ils meurent, ou qu'ils retournent à la vérité. Car les peuples ne sauraient vivre sans lien et sans foi , par conséquent sans vérité, et s'ils ne vivent plus de la portion de vérité que renferme l'erreur, parce qu'elle a cessé d'être leur lien et leur foi , il faut donc qu'ils vivent de la vérité elle-même, seule capable désormais de soumettre, d'unir et de satisfaire leur intelligence.

La France en était là le lendemain de sa première révolution. La stérilité de l'erreur, incapable, au milieu du bouleversement universel, de fonder une croyance et une Église, annonçait que son heure suprême était arrivée. Napoléon le vit de ce même regard qui, quinze siècles auparavant, avait révélé à Constantin la chute de l'idolâtrie, et lorsqu'une secte de déistes vint le solliciter de reconnaître leur culte comme celui de l'État, il répondit ce qu'il avait déjà répondu dans sa pensée à tous ceux qui espéraient recueilUr l'héritage de l'Église romaine : Vous n'êtes que quatre cents. Le concordat de 1801 entre le saint-siége et la république française fut le résultat de cette puissance qu'avait acquise la vérité dans une lutte où elle semblait

avoir tout perdu. On vit un grand capitaine porté par des batailles gagnées à la tète de rÉtat, chercher quel pourrait être son appui dans l'esprit humain , et n'en pas trouver d'autre qu'une Eglise ruinée, qui était depuis un siècle la fable des gens d'esprit. On le vit plus tard, lorsque le temps eut accru sa puissance, recevoir l'onction impériale des mains du pontife dont le prédécesseur avait couronné Charlemagne , et donner cette étonnante leçon à ceux qui ne comprenaient pas qu'un prêtre étranger, selon leur langage , exerçât quelque influence sur la création des trônes et sur leur affermissement.

L'Eglise de France traversa l'Empire avec dignité, restaurant ses cathédrales et ses séminaires, consacrant chaque année aux autels du Christ une nouvelle génération de serviteurs , sachant résister à l'homme qui ne trouvait de résistance nulle part, entourée de liens par sa prévoyance jalouse ; pauvre, modeste, charitable, et déjà célèbre par les grands écrivains que Dieu commençait à lui susciter pour défenseurs.

L'Empire tomba. Au premier bruit de sa chute , à l'apparition des vieux rois français , le dix-huitième siècle s'émut au fond de son cercueil. Il crut qu'il n'avait dans la poitrine qu'un coup d'épée de l'empereur vaincu : il vint

tenter le sort. Comme autrefois le paganisme enseveli fut évoqué par Julien , et joua sous le soleil cette curieuse scène antique dont le monde a gardé le souvenir; ainsi le dix-huitième siècle sortit du tombeau avec ses déités passées. Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Diderot, Condorcet, Cabanis, mille autres accoururent; et pendant que l'Eglise, toujours plus féconde, enfantait des hommes nouveaux qui remplissaient TEurope de leur éclat contemporain , on envoyait à leur rencontre cette procession de morts. Malheureusement pour la vérité, elle n'était pas seule en présence de l'erreur : des dissensions politiques très -graves compliquaient la lutte. On pouvait craindre que le flot qui emporte le monde vers Dieu ne fût arrêté longtemps, lorsqu'un coup de tonnerre renversa de nouveau l'antique maison de France, et donna une seconde fois au dix- huitième siècle tout pouvoir sur la société.

Jamais triomphe plus grand , plus fabuleux , ne fut suivi d'une catastrophe morale plus éclatante et plus subite. Comme le dix- huitième siècle n'avait combattu qu'avec la poussière des morts, il ne trouva rien de vivant en lui pour édifier quoi que ce fût.

Trois choses constituent un ordre social : la religion, le pouvoir et la liberté.

De religion, le dix-huitième siècle en chercha vainement quelqu'une qu'il pût donner au peuple : il ne trouva d'existant que la véritable, si ce n'est qu'un pauvre prêtre mit un autel dans une boutique et offrit avec la meilleure volonté du monde de créer un culte qui serait tout ensemble catholique et français : dérision qui servit à mesurer l'abîme où l'erreur était parvenue depuis trente ans. Car, enfin, la première révolution avait trouvé des évoques, des prêtres, un schisme, une hérésie ; c'était quelque chose, cela avait un nom. Quel nom l'histoire donnerat-elle au culte dont je parle? Il fallut donc choisir entre deux alternatives : laisser la France jouir tranquillement de la religion que le dixhuitième siècle s'était jadis promis d'anéantir, ou bouleverser de fond en comble ce grand pays, et demander encore une fois à la force le résultat que n'avaient obtenu ni la force ni la persuasion. Le premier parti prévalut. Seulement le dix- huitième siècle dévasta une antique église, abattit quelques croix de sa main glacée, murmura quelques prières sacrilèges sur des cercueils, ruina l'archevêché de Paris, et obtint pour ses grands hommes un sépulcre sonore et vide sous le nom de Panthéon.

Quant au pouvoir, seconde condition de toute société, le problème parut plus facile à résou-

dre. On choisit un prince du sang royal ; et le dix- huitième siècle, un peu honteux d'avoir recours à des princes, lui cria : C'est nous qui t'avons fait; c'est par nous que tu es grand, par nous que tu règnes, par nous que tu es populaire et sacré ! Mais à peine eut- on soupçonné que le nouveau monarque avait une pensée à lui, c'est-à-dire qu'il exerçait quelque pouvoir, Tidole de l'opinion croula devant l'opinion : il ne demeura debout qu'un homme gardé dans un palais par des soldats, qu'un chef d'esclaves soutenu par le bras des uns contre la haine des autres, que le premier ressort d'une mécanique appelée, par des philosophes contents de leur ouvrage, une société.

Restait une chose qui avait été le principal point de ralliement du dix-huitième siècle, et qui est, en effet, une condition nécessaire de tout ordre social : je veux dire la liberté ; car la liberté est l'ensemble des droits qu'aucune société régulière ne peut ravir à ses membres sans violer la justice et la raison ; et, bien qu'on dispute sur l'étendue de ces droits, il est certain qu'ils existent ; il est certain que nul pouvoir, si prépondérant qu'il ait été, ne les a jamais complètement méconnus. Le christianisme en a introduit plusieurs, et d'une très haute importance, dans le monde : il a enlevé aux princes la

direction spirituelle de leurs sujets, et créé, sous le nom de liberté de l'Eglise, la liberté des nations. Le dix-huitième siècle, mécontent de cette grande' œuvre, qu'il ne comprenait pas, avait voulu, au contraire, fonder la liberté des peuples sur la ruine de FEglise; mais jusqu'alors il n'était parvenu qu'à mettre au monde la république et l'empire , ces deux deux géants du despotisme. On attendait donc ce qu'allait produire la révolution de 1830, sous le rapport de la liberté. Or il arriva que, sauf des bagatelles, cette révolution n'ajouta rien à la liberté civile et politique précédemment établie par les anciens rois. Elle y mit tout au plus le sceau de la victoire ; et si elle eût fait davantage, l'Eglise se trouvait affranchie, c'est-à-dire que le dixhuitième siècle se tuait de ses propres mains. Il s'arrêta donc épouvanté : il entrevit avec quelle profondeur Dieu se jouait de ses desseins.

Vainement les plus jeunes de cette génération épuisée lui crièrent d'aller en avant. Euxmêmes ne purent éviter l'abîme qui avait fait reculer leurs pères, qu'en se jetant dans un autre abîme. Réduits à l'impossibilité de découvrir une liberté nouvelle qui ne fût une liberté de l'Église, ils déclarèrent brusquement que la question n'était plus entre la servitude et la li-

berté, inais entre une forme et une forme, entre la monarchie et la république, et que la nation, fatiguée, du reste, de se battre pour des mots, réclamait un changement fondamental dans la distribution de la propriété. Alors fut révélée une loi du monde : c'est que la liberté n'est pas en elle-même la fm de l'homme; que, négative de sa nature, elle écarte seulement les obstacles qui empêcheraient l'homme et l'humanité d'arriver à leur fm : c'est qu'on peut être libre et misérable , et par conséquent qu'au delà de la liberté il y a toujours le bien ou le mal qu'on s'est proposé d'atteindre avec son secours. Or, la propriété étant le souverain bien de ceux qui n'ont pas entendu cette parole : Bienheureux les pauvres, il s'ensuit que les révolutions antichrétiennes doivent tôt ou tard se résoudre en un bouleversement de la propriété.

Une autre raison les y pousse encore : il est écrit que Jean, fils de Zacharie, ayant su dans sa prison les œuvres du Christ, envoya deux de ses disciples lui dire: Etes -vous Celui qui doit venir, ou faut-il que nous en attendions un autre? Et Jésus répondit : Allez, et annoncez à Jean ce que vous avez entendu et ce que vous avez vu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts res-

suscitent, les pauvres sont évangélisés (1). Ainsi, le Sauveur du monde rangeait parnai les preuves de sa mission, à l'égal des plus grands miracles, la prédication de l'Evangile aux pauvres, et, en effet, depuis ce jour -là, l'instruction et le soulagement des pauvres a été l'une des merveilles permanentes du christianisme, le signe le plus éclatant de sa divinité, celui que l'erreur, obligée de le contrefaire, n'a jamais imité qu'à sa confusion. Un jour peut-être l'Antéchrist ressuscitera des morts ; mais ce qu'à coup sûr il ne fera pas , c'est que les pauvres soient évangélisés, et à mesure que le monde, penchant vers sa ruine, fera de ^nouveaux essais pour échapper à la loi de son Rédempteur, le sort des pauvres, c'est-à-dire de l'humanité, devenu plus à plaindre, attestera aux générations dernières que le Dieu des chrétiens était le Dieu unique et bon. Ce caractère du christianisme a exercé une telle action sur l'esprit des peuples, qu'aucune révolution religieuse et politique ne saurait être durable, dans les temps modernes, si elle ne rend pas meilleure la condition de la multitude. Or, qu'est-ce que la liberté pour la multitude, depuis que l'esclavage, sous ses diverses formes, a été successivement aboli dans la chrétienté ,

(1) Saint Matthieu, chap. xi, vers. 2 et suivants.

par la force toujours agissante de ces grandes paroles apostoliques : U n'y a plus de Juif ni de Grec, plus d'esclave ni de libre, plus d'homme ni de femme ; car vous n'êles tous qu'un en Jésus- Christ (1)? Que fait au pauvre une loi électorale qui ne le rend point électeur, faute d'argent ; une loi du jury qui ne le rend point juré, faute d'argent ; une loi municipale qui ne l'appelle point aux conseils de sa commune, faute d'argent ; une loi sur la presse qui ne lui permet pas d'écrire ni de comprendre ce qu'on écrit, faute d'argent? Que fait au pauvre une liberté qui l'exclut de tout précisément parce qu'il est pauvre? Que lui fait l'admission égale aux emplois, la concurrence illimitée entre les citoyens, lui qui manque des premiers éléments nécessaires pour concourir en quoi que ce soit? Car l'argent est le moyen de tout, le prix de tout, la mesure de tout , et le pauvre n'en a pas , et j ustement parce qu'il n'en a pas il ne peut en acquérir, sauf le hasard, et il est une loi qui a condamné l'immense majorité des hommes à n'en point avoir.

Cependant le peuple, qui est l'instrument des révolutions, a besoin d'y gagner quelque chose, et les révolutions antichrétiennes ont besoin de

(1) Saint Paul aux Galates, chap. m, vers. 28.

faire gagner quelque chose au peuple, afin qu'il ne s'aperçoive pas que les pauvres ne profitent qu'avec Jésus-Christ. La loi agraire des anciens n'était qu'une convoitise; la loi agraire des modernes est une lutte contre le christianisme. Quand on a ôté aux hommes la croyance en cette parole : Bienheureux les pauvres, et qu'on a détruit les œuvres innombrables par où s'accomplissait cette autre parole : Les pauvres sont évang élises ; il faut bien combler cet abîme. La première révolution le combla comme elle put, avec les biens de la noblesse et du clergé, et avec la loi qui établissait dans les familles le partage égal des successions ; mais le gouffre a eu bientôt dévoré cette proie : de la pâture même qu'on lui a jetée, il est sorti une race de prolétaires plus nombreuse, plus affamée; elle crie à son tour, elle demande sa part, elle la demande à ceux-là qui en sont aujourd'hui les seuls détenteurs, ceux qu'elle nomme avec un si effrayant mépris des bourgeois.

Qu'est-ce en effet, pour les prolétaires, qu'un bourgeois? C'est l'héritier des évêques, des abbés, des seigneurs. C'est un seigneur avare, amassant pour les siens, n'ayant plus de peuple et plus d'amour. C'est un abbé qui ferme au pauvre la porte du monastère, en lui jetant tout au plus un vil morceau de pain, au lieu de lui

ouvrir, de le réchauffer, de le servir à table, puis de mener son noble hôte dans l'église parée et illuminée, au milieu des saints, de la musique et de l'encens, afm de l'enivrer d'un peu de joie, et qu'il continue son pèlerinage en louant Dieu. C'est un évêque prévaricateur qui a tué à plaisir, dans le cœur du pauvre, la foi, l'espérance et la charité, dont se nourrissait le pauvre, le seul bien qu'eût le pauvre, et qui l'empêchât de porter envie aux plus heureux que lui. Comment la propriété n'eût- elle pas été exposée, dans de telles mains, à de nouveaux bouleversements? Comment la question de la liberté, plus qu'insignifiante aujourd'hui pour le peuple, ne se serait-elle pas transformée en une guerre civile entre ceux qui possèdent et ceux qui ne possèdent pas, entre les prolétaires et les bourgeois? Ce péril était inévitable, et la révolution de 1830, en le dévoilant, a mis à nu toute l'impuissance sociale du dix- huitième siècle.

A ce vaste naufrage de choses il faut joindre une ruine non moins grande, non moins triste pour ceux qui avaient mis leurs espérances hors de l'Eglise catholique, dans les seules forces de l'humanité ; je veux parler du renversement subit de toutes les réputations populaires acquises pendant les seize années de la Restauration. Depuis le prince jusqu'à l'éditeur de jour-

nal , nul nom n'est resté comme il était ; la victoire, qui agrandit tout, a rabaissé cette fois les victorieux. On a vu l'erreur se trahir dans les actions des hommes aussi bien que dans la marche de la société. Où sont les orateurs qui remuaient la France? Où sont les politiques renommés? Ces philosophes qui rassemblaient la jeunesse autour de leurs chaires, que sont-ils devenus? Ceux qui nous disaient l'avenir avec orgueil, qui pleuraient avec tant d'éloquence le Vatican tombé (1), parce que c'avait été une grande chose dans le passé de l'homme, où sont-ils? Ils ont disparu comme Alexandre à Babylone, dans un festin ; ils tenaient la coupe où le genre humain devait boire après eux, tant elle était profonde, la coupe d'une alliance nouvelle, d'une vie inconnue auparavant; on leur a dit : Buvez. Où sont-ils? Les langues se sont confondues sur leur tombeau , comme autrefois à Babel, et ils ont fait comprendre aux interprètes de la parole divine le sens mystérieux de celte histoire placée par la Bible au berceau des sociétés. C'est l'histoire de l'éternelle misère des hommes qui aspirent par leurs propres forces à la perfection , qui mettent de la pierre sur de la boue , de la boue sur de la pierre, et qui appel-

(1] L'ancien Globe.

lent cela du nom fastueux de progrès. Dieu, du haut du ciel où ils espèrent atteindre, regarde leur ouvrage avec compassion, puis un jour il brise l'orgueil des descendants là où il a brisé l'orgueil des pères.

Faites silence : laissez venir à votre cœur le bruit du monde tel qu'il est aujourd'hui. Qu'entendez-vous? Des voix confuses qui s'appellent sans jamais se répondre ; des monologues innombrables dans une foule pressée et béante ; le cri de l'homme perdu, le soir, au milieu du désert ; des voyageurs sans but qui se disent : Allons ; des cœurs las avant d'avoir vécu ; des bouches tacilurnes qui n'ont que deux mots : Peut-être ! hélas ! Nulle harmonie, nulle unité que celle de la plainte. Si encore il y avait des champs de bataille où l'on pût se tuer avec quelque gloire ; s'il y avait des révolutions qui, en donnant des craintes à la vie, lui donnassent quelque intérêt; s'il y avait du sang, de la débauche, des amphithéâtres, des gladiateurs, quelque chose qui nous empêchât de sentir, dans le vide de notre cœur, la grâce du ciel qui y tombe malgré nous! Mais non, la société nous emporte d'un mouvement froid et comme régulier, malgré ses catastrophes, et la littérature seule, expression de notre démence, évoque autour de nous un monde à notre gré.

Tel est le résultat du dernier triomphe remporté par le dix -huitième siècle. L'Église de France, toujours gouvernée par les mêmes lois dans Tordre civil, n'a rien gagné ni rien perdu sous ce rapport; mais elle a gagné tout ce que Terreur a perdu de forces morales. Le plan divin à son égard, ou plutôt à l'égard de la religion, s'est dévoilé de plus en plus. C'est, en grande partie, le même plan qu'avant la venue de son Fils unique sur la terre, Dieu avait employé pour préparer le salut du genre humain. Dans les siècles passés, dit saint Paul , Dieu laissa toutes les nations suivre leurs voies (1) ; il leur donna quatre mille ans pour disposer du monde selon leur orgueil ; il permit aux conquérants, aux législateurs, aux sages, d'exercer sur les hommes le pouvoir de la force et de la persuasion ; il eut soin qu'aucune circonstance heureuse ne leur manquât, et personne n'ignore à quel degré de culture les esprits parvinrent dans l'antiquité. Cependant plus les nations s'enfonçaient dans leurs voies, plus elles s'y perdaient. Ni la force, ni les lois, ni la raison n'avaient pu réunir et consoler l'humanité : la force avait produit Tempire romain comme son plus grand ouvrage, et rassemblé presque tous les

(IJ Actes des Apôtres, chap. xiv, vers. IS.

peuples connus en un vil troupeau, sous des maîtres insolents, qui devaient un jour devenir des monstres par l'impuissance de soutenir sans aveuglement le poids de leur fortune; les lois, protectrices partout de la servitude, n'avaient établi aucun ordre durable et universel ; la raison, élevée aussi haut qu'elle avait pu l'être par de grands hommes, n'avait formé que des écoles passagères et contradictoires, rien fait pour les mœurs, et, bientôt poussée à bout, elle était allée se perdre dans un doute irrémédiable. Tant de misères avaient averti le monde qu'il n'était pas dans son état naturel ; Dieu s'était révélé à lui par son absence même ; il était devenu, selon la prophétie de Jacob mourant, l'attente des nations. Quand donc arriva le moment manjuépar la Providence pour l'accomplissement du sacrifice, dont le sang, destiné au salut de tous, devait inonder le passé et l'avenir, les hommes, levant déjà vers Dieu leur tête humiliée, étaient disposés à recevoir la grâce et la vérité. Cela ne veut pas dire que tous fussent dans un état convenable pour croire à l'Evangile , mais seulement que la pente générale était vers la foi. Beaucoup de philosophes embrassèrent le christianisme, et saint Justin, l'un d'eux, nous a expUqué, dans l'histoire de sa conversion, les causes qui entraînaient alors la philosophie vers Dieu.

Il y a des hommes divins, disait-on à ces hommes lassés de leurs recherches infructueuses; il y a des hommes divins qui, dès l'origine du monde, ont conversé avec Dieu, et prédit de siècle en siècle des choses qui s'accomplissent aujourd'hui : on les appelle prophètes. Prenez , et lisez. La seule comparaison de cette parole divine avec la parole humaine faisait tomber à genoux le philosophe de bonne foi. Les deux œuvres ayant été presque totalement séparées, l'on voyait bien Dieu , et l'on voyait bien l'homme.

Longtemps le souvenir de cette comparaison était resté présent à tous les esprits; longtemps le christianisme garda sans contestation sa souveraineté. Mais à la fm les peuples, qui voyaient tous les jours de plus loin leur rédemption , se persuadèrent qu'il était possible de conserver les bienfaits du christianisme en cessant d'être chrétiens. Ils nièrent môme ces bienfaits, et accusèrent le Sauveur des hommes de tous les maux de l'humanité. Ils se promirent que l'ère de la raison était venue, que le Christ en avait durant des siècles retardé l'aurore, mais qu'enfin l'avenir et la vérité l'emportaient sur luL A ce moment, s'il est permis de le dire sans blasphème, Dieu se trouva comme embarrassé. Il fallait qu'il se retirât de ces générations super-

bes, et qu'il les laissât s'agiter dans leur néant; car Dieu, qui donne tout à Thomme et qui ne reçoit rien de lui, ne peut souffrir l'orgueil. Mais comment se retirer une seconde fois du monde? N'avait-il pas mis son Eglise dans le monde avec des promesses d'immortalité? N'avait-il pas dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ?

Avant ces paroles de la nouvelle et éternelle alliance, il lui avait été facile de laisser les nations suivre leurs voies; car, bien qu'elles eussent emporté les traditions primitives et patriarcales, aucune autorité vivante, infaillible, n'en conservait la pureté originelle dans leur sein. Elles pouvaient les perdre en grande partie, soit par le seul effet du temps sur leur mémoire, soit par une volonté corrompue, soit par les interprétations successives et infinies des esprits. C'était un vaste protestantisme qui n'avait pas même de Bible. Mais la constitution divine de l'Eglise catholique ne permettait plus aux peuples de s'enfoncer si avant dans la dégradation. Contraint de respecter sa parole. Dieu prit un autre moyen de s'absenter, autant qu'il était possible, d'une société qui le méconnaissait : il accorda à ses ennemis de prévaloir, eux et leurs principes, dans le gouvernement des affaires

humaines. L'Eglise, dépouillée presque par toute l'Europe, chassée des conseils publics, chargée de liens, espèce d'étrangère importune, fut réduite à ce qu'il lui fallait de vie pour ne pas faire mentir les oracles divins, et pour assister au grand spectacle qui devait une seconde fois révéler aux hommes Timmensité de leur impuissance. Déjà cette manifestation a commencé, ainsi que nous l'avons vu. Combien de temps, combien d'épreuves seront nécessaires pour l'achever? Quand viendra le jour où les peuples et les rois, reconnaissant leurs erreurs, rebâtiront ensemble Jérusalem démolie? Nul ne le sait. Notre devoir est d'agir comme si ce devait être le jour de demain.

L'Eglise de France, qui a eu une part illustre dans les malheurs de la vérité, semble destinée à avoir une part illustre aussi dans le rétablissement de la foi. Les révolutions qu'elle a subies n'ont servi qu'à étouffer dans son sein les erreurs des siècles précédents. Purifiée par la persécution, elle a mis ses adversaires, impuissants à la corrompre, dans la nécessité de la laisser vivre, ou d'anéantir avec elle tout ordre et toute société. Elle n'a point eu, comme l'Église d'Angleterre, à traverser des siècles d'oppression avant d'entrevoir la lumière lointaine de sa délivrance; et, quoiqu'elle ne jouisse pas de toute

sa liberté, il s'en faut bien, elle a du moins celle qu'on n'ôte jamais à la vérité, lorsqu'elle n'est pas trahie par ses défenseurs naturels.

Les grands écrivains que Dieu lui a suscités, et qui ont élevé jusqu'à présent les seuls monuments durables de la littérature française au dix- neuvième siècle, sont encore une marque des desseins de Dieu à son égard. Dieu n'envoie des hommescapables d'entraîner les intelligences vers le bien qu'aux nations qu'il veut sauver; et, sous un autre rapport, là où l'on voit paraître des esprits supérieurs, c'est un signe que la pensée humaine penche de ce côté. Le génie n'est qu'une avant- garde : il se montre le premier, voilà tout; semblable à l'oiseau voyageur qui précède la colonie de ses frères, mais emporté lui-même par le mouvement général de l'émigration. Il eût été impossible au dix- huitième siècle de produire M. de Chateaubriand, M. de Bonald, M. de Maistre, M. delaMennais, M. de Lamartine, comme il était impossible au nôtre de produire Voltaire et Rousseau. Le vent qui apporte au monde les bons ou les mauvais génies a donc changé. C'est une remarque facile à vérifier pour les autres pays de l'Europe, mais qui est plus sensible en France, parce que la France, ayant été plus vite et plus loin dans l'erreur, a touché la première à la borne extrême

où l'esprit humain égaré commence à découvrir, comme une terre nouvelle et comme des cieux nouveaux, l'antique vérité. La France ne peut que se répéter en fait d'erreurs : or il n'y a qu'une chose qui se répète éternellement, sans cesser d'être neuve et féconde, la vérité. Par conséquent, l'Eglise de France a encore, sous ce point de vue, un avantage sur les autres Eglises du continent. Celles-ci luttent contre le protestantisme ou contre une incrédulité qui n'a pas été victorieuse et maîtresse jusqu'aujourd'hui; l'Eglise de France, qui a échappé au protestantisme, et précisément parce qu'elle y a échappé, s'est trouvée de bonne heure aux prises avec les incrédules, a perdu dans le combat son sang et son patrimoine; et maintenant, sortie de ses cendres, toute jeune et toute vierge, elle n'a plus à vaincre qu'une erreur usée par la victoire, sibylle à demi morte, qui a oublié la lansrue de l'avenir. Enfin la France, étant, par sa position, par sa littérature, par son caractère, par sa puissance et ses révolutions, le foyer le plus actif de l'esprit humain, son Eglise emprunte nécessairement de là une importance qui a sans doute contribué aux grâces infinies qu'elle a reçues de Dieu depuis quarante ans.

Cette situation impose au clergé français de

grands devoirs. Il n'a pas seulement à répondre du troupeau qui lui est confié, mais de l'influence qu'il peut exercer par la France sur le sort du catholicisme et du monde. Selon que la France, la fille aînée de l'incrédulité, se rapprochera de Dieu avec plus ou moins de lenteur, les destinées générales de la foi mettront plus ou moins de temps à s'accomplir. Or, bien que ce rapprochement dépende, en grande partie, de causes tout à fait étrangères à la volonté des hommes, bien que l'Eglise joue un rôle plus passif encore qu'actif dans la ruine de l'erreur, et que son immobilité seule, qui use et outrage les vains complots des plus puissants génies , soit un éternel moyen de progrès, cependant on ne peut nier non plus que les vertus et les talents du clergé ne concourent au développement de la vérité. Les hommes ont leur part dans tout ce que Dieu fait pour eux, quoiqu'ils n'aient pas la première part. C'est pourquoi le clergé français doit avoir toujours sous les yeux la grandeur de sa mission ; il le doit plus que jamais aujourd'hui , qu'il est parvenu à un point de sa nouvelle existence décisif et très-délicat.

Jusqu'à présent l'Eglise de 'France, ruinée par la révolution de 1789, a fait comme une mère de race royale qui a perdu ses enfants au service de la patrie, et qui se hâte de mettre au

jours des rejetons de son sang. L'Église de France, à force de soins et de charité, avec un discernement bien plus admirable généralement qu'on ne le croit, est parvenue, en trente années, à repeupler le sanctuaire. C'est un chefd'œuvre d'habileté et de la grâce de Dieu. Mais, en donnant au peuple des pasteurs à la place de ceux qui avaient péri, elle ne pouvait encore, malgré ses désirs, leur donner des docteurs, si ce n'est en bien petit nombre, et réveiller la flamme des sciences divines, éteinte avec les martyrs qui en avaient été les derniers et illustres dépositaires. La prédication de l'Évangile, la distribution des sacrements, c'était là l'œuvre la plus pressée ; il fallait y pourvoir. Aujourd'hui, quoique tous les vides ne soient pas encore comblés, cependant l'Église de France n'est plus sous l'empire d'une nécessité aussi absolue; la surabondance du clergé se laisse entrevoir çà et là ; le flot des générations saintes monte autour de l'autel ; une chose qui manquait à tous est née pour plusieurs, le temps. Dès qu'une Église a du temps, elle est forcée par là même de songer à la restauration des sciences religieuses, sous peine de manquera son devoir, et, si elle ne le fait pas, elle s'expose aux plus grands dangers qu'une Église puisse courir. Il s'introduit dans son sein une multitude flottante

d'esprits qui ne savent comment diriger leurs loisirs et leur activité : inhabiles au saint ministère, parce que Dieu leur a inspiré une autre vocation, ils cherchent vainement le foyer où leur ardeur serait entretenue, purifiée, mise en usage par des travaux communs dans la voie catholique. Ils languissent ou s'exaltent isolément, ils se sentent périr sans profit pour Dieu : et c'est déjà un profond malheur que la perte de tant d'intelligences capables d'exercer une action pour le bien. Mais on n'arrête jamais impunément es êtres dans le mouvement qui les emporte vers leur fin : le fleuve dont le cours a été suspendu , grossissant par l'obstacle même qu'on lui a opposé, brisera les digues impuissantes qui le retiennent captif; les esprits auxquels on n'a pas donné une issue régulière, se rencontreront tôt ou tard dans leurs recherches douloureuses, s'uniront avec une joie maladive, s'irriteront par le sentiment de leurs forces présentes, et par le souvenir de leur inaction , et cette société sans règle tombera un jour, comme la foudre longtemps amassée dans les nuages, sur une Eglise sans docteurs, qui n'aura pour se défendre que sa part dans les promesses générales de l'immortalité.

Ces réflexions ont été faites par tous les hommes qui s'occupent sérieusement de l'avenir du

catholicisme en France. Plusieurs tentatives on^ eu lieu pour la renaissance des études ecclésiastiques. M. Frayssinous, évêque d'Hermopolis, avait essayé pendant son ministère de créer un vaste établissement destiné à la culture des sciences sacrées. M. de Quélen, archevêque de Paris, a préparé, tant que sa fortune le lui a permis, les bases d'un établissement analogue. Feu M. le cardinal de Rohan , archevêque de Besançon, a laissé par son testament des fonds destinés à ce noble but. Mais il est une cause qui empêchait qu'aucune œuvre semblable obtînt dans l'Église de France un véritable succès. Les esprits y étaient profondément divisés sur des questions de la plus haute importance, et en particulier sur l'enseignement de la philosophie.

Un homme célèbre , avec lequel nous avons eu des rapports, troublés depuis par les vicissitudes des temps, avait voulu élever sur les ruines de tous les anciens systèmes philosophiques une philosophie nouvelle, destinée, selon son opmion , à sceller, dans leurs fondements mêmes, l'alliance de la foi et de la raison. Cette philosophie, repoussée par le corps épiscopal, avait fait néanmoins de nombreuses conquêtes parmi les ecclésiastiques du second ordre. D'autres discussions s'étaient jointes à celles-là , et

il en était résulté une situation d'une douleur inexprimable. Les évêques rencontrant partout une puissance doctrinale étrangère à la leur, sur laquelle ils n'avaient aucune prise, et qui causait des dissensions violentes dans le clergé, avaient conçu une défiance naturelle contre le mouvement des esprits; ils craignaient justement, s'ils fondaient quelque chose dans l'ordre scientifique , que la direction ne passât en d'autres mains que les leurs, ou que le défaut de coopération d'hommes de mérite ne ruinât leurs efforts. Ces considérations les avaient portés, soit directement, soit par instinct, à se borner au rôle de pasteurs et de gardiens de la foi, qui est, en effet, leur premier devoir. D'un autre côté, l'école qui aspirait par ses seules forces au gouvernement des intelligences luttait en vain contre une invincible difficulté, celle de fonder quelque chose dans une Église indépendamment de l'autorité épiscopale. Elle ne pouvait parvenir qu'à engendrer des opinions. Il y avait donc de part et d'autre, dans l'ordre scientifique , un défaut nécessaire de fécondité. Et dans quel moment ! Lorsque l'Église de France passait de la jeunesse à la virilité, au moment le plus critique de ses nouvelles destinées, à l'âge où la force a besoin de se répandre, et n'est pas encore réglée par une rai-

son d'une scve égale. Qui dira ce que nous avons tous souffert? Notre volonté flottante entre nos évoques immobiles sur leurs sièges, et les hommes qui nous entraînaient par la magie de leur puissance privée ; notre besoin de fortes études, et le désespoir de le satisfaire; notre désir sans bornes d'une union troublée dans ses fondements; le sentiment du bien à faire, et l'impossibilité de l'accomplir; le défiance, les soupçons, les abattements, puis le siècle grandissant à côté de nous, tantôt plein de menaces, tantôt poussé vers Dieu par des expériences formidables; et nous, au lieu de l'instruire, m.alheureux proscrits de la veille, enfants des saints, morts pour la vérité, nous usant à des discussions dont nous ne savions qu'admirer le plus de leur charme ou de leur malheur I

Cette situation a duré quatorze ans.

Hier encore (1) l'école dont nous parlons subsistait. Affaiblie et divisée par une parole sortie du Siège Apostolique, elle avait néanmoins conservé un chef et des disciples. L'affection , les souvenirs, la douleur, le respect, mille nobles sentiments la tenaient encore rassemblée et comme vivante , quoiqu'elle fût loin de ce qu'elle avait été.

(1) 1'='' mai 183/1.

Aujourd'hui nous pouvons annoncer que celle école, que nous avions quittée dès longtemps, n'existe plus, que toute communauté de travaux est rompue entre ses anciens membres, et que chacun d'eux, fidèle à ce que son cœur lui demandera d'égards envers le passé, ne connaît d'autre guide que l'Église, d'autre besoin que l'union, d'autre ambition que de se presser autour du saint-siége et des évêques que sa grâce et la miséricorde divine ont donnés aux chrétiens de France. Nous n'apprécierons pas l'événement (1) qui donne lieu à cette déclaration : l'Église et la postérité le jugeront. Pour nous, qui avons contribué autrefois à l'exaltation des esprits, nous avons cru devoir à nos frères, dans ces douloureuses circonstances, d'élever la voix, non pour les affermir, non pour leur dire de ne rien craindre, non pour nous montrer plus forts et plus grands qu'eux, mais pour leur dire le fond de notre cœur. Acteur dans tout ce qui s'est passé, initié à tous les secrets de cette affaire , nous rendrons témoignage à Dieu , à son Église, à l'Église romaine en particulier, jusqu'à notre dernier soupir.

(1) Les Paroles d'un croyœiit.

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