‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 19 sur 47 · M V. HUITIEME · texte numérisé non relu

M V. HUITIEME

L'établissement de nouvelles écoles, clans le cloître de Saint-Thomas, et la réforme de ses moines attirèrent aussi l'attention de ce pieux prélat. 11 les sécularisa1, et pour conserver une union plus stable entre ces nouveaux chanoines et ceux de la cathédrale, il leur lit embrasser la règle de Saint-Chrodegand , que les chanoines de Sainte- Marie avaient adoptée sous lepiscopat de Heddon *. Depuis ce temps, les chanoines de Saint-Thomas eurent à leur tête des prévôts qui prirent quelques fois le titre d'abbés, comme nous l'avons vu autre part 3. Ils conservèrent cependant le nom de frères, et ils sont inscrits sous ce titre dans le livre des confraternités de l'abbaye de Saint-Gai, écrit au neuvième siècle *. Leur église , sur la fin du douzième et au commencement du treizième siècle, portait encore le nom de monastère5. Les chanoines de Saint-

lieu de dîmes. M. Sii.bf.rma:\n , Local-Gesclticlit der Sladt Strasburg, pag. 130 et 131 , prouve que le village d'Adelshoflen était situé hors la pinte du*faubourg Blanc, non loin du palais royal de Kamigshofl'en et près du cimetière de Sainl-Gal. ' Wïjiphelingu s, ]>ag. 23.

' Et non la règle des chanoines réguliers de Saint-Augustin , comme l'écrit Pétris, Gennauia canonica augusliniaaa , loin. 3. i>aij. If.'j.

« Ni inonasticuni ordinem secnli sunt nunquam , sed sub régula eclesiastica , « quam Chrodegandus supplevit, l'ratrum cathetlralis ecclosiai instar, in communionc « vixerunt. »» ScilOKl'Kl.lN, in oratione inattguiali an. 1733, habita, tnler ej as opéra à Hingo édita, lom. 2, pag. 92.

1 Tom. /, liv. i , \tu<j. 380 et .>#/. On vit au neuvième siècle des collèges de chanoines, à la tète desquels on mit des abbés, et ce nom passa surtout aux supérieurs, dont les églises avaient été originairement abbatiales. Voyez Mabillon , Annal, benedict., tom. 1, pup. OOS, et le nouveau traité de diplomatique, lom. 3, pag. .',27 et î28.

* Pièces justificatives, mua. 177, pag. CCCXXVf.

6 Elle est nommé monasteritim S. Thomic apostoli , dans les diplômes des empereurs Frédéric et Henri de llâfi et 119G. — Clanstmm S. Tltoma , est rappel'dans le diplôme de Conrad III, pour l'hôpital de Strasbuurg de 1 1 i V. — Les chanoines de Saint-Thomas sont nommés caaonivi mouasterii S. Tfioma- , dans une charte de l'évèque BerlhoM de ii\Q.

HISTOIRE DE l/ÉGLISE

Thomas regardèrent toujours Adaloch comme leur second fondateur, et voulurent, après sa mort, posséder son corps qui fut enterré près du grand autel

Richewin, qui devint évoque de Strasbourg en 913, combla aussi de ses bienfaits les frères de Saint-Thomas, qui avaient alors à leur tète Hildibold pour prévôt. 11 augmenta considérablement les revenus de ce chapitre en l'année 920. L'ancienne notice de cette église , écrite sur la fin du dixième siècle8, détaille les donations de ce prélat. C'étaient les villages de Hugsweiler, Karspach et Sundhoffen avec leurs serfs et toutes leurs appartenances, qu'il avait achetés d'un Italien, nommé Humfrid. Le village de Luemschweiler, dans le Sundgau^dont Richewin avait fait pareillement acquisition à cause de ses bons vins; le village de Langonburst et des terres à Kippenheim, que Hugues , comte de Hohenbourg ou du Nordgau , lui avait vendus; des biens à Illkircb qu'il avait acquis du comte Eberhard ; des biens , des serfs et une foret à Korck , au-delà du Rhin, qu'il avait obtenus et achetés de Hugues de Detlweiler , oncle de Humfrid ; enfin des terres et des serfs à I tenheim , à Ober- et Meder- Hausbergen , à Molsheim , à Moutzig , à (iocksweiler, à Ergersheini et à Altbrunn. Rulhard, qui succéda en 993 à Richewin dans le siège de Strasbourg, donna, en 940, à la collégiale de Saint-Thomas, quelques biens situés dans les bans de Moutzig, de Ditigshcim et d'Kckbolsbeim , aux-

« Il y aurait, ilil M. l'ald..- Le Hi*:i f , Histoire de lu ville et du diocèse de « Paris, foin. /, pag. ô7. de quoi composer un lraît<* pour montrer que les termes « Monanlerium et Abbatia , nul . (<• miplovcs iimWfTcrcrnmeiit pour désigner des « ««lises séculières. . I.e mémo , pag. »■//, remarque qu'il y avait autrefois des églises séculières, dont le chef portait le titre d'aimé.

* Tome second, pag. 116 et 117.

' Pièces justificative»; cf. \\ «RI.tivein, uov . sub*. dtpl., to>„. o, pag. Ji7 .

DE STKASBOl 'KO. I.1VHE IIITIIEME.

IW

quels un clerc, nommé Lberhard, qui vivait en hermite dans ce dernier endroit, ajouta ceux qu'il avait à Illkirch1. Kuthard lui accorda aussi le patronage, les dîmes et les serfs de l'église paroissiale de Sainte-Aurélie qu'il avait fait bâtir près de Strasbourg*. Cette donation fut confirmée, en 1145, par l'évéque Kurcard 3, et en 1210 par l'évéque Henri et par le pape Honorius III K Kuthard disposa cependant, en faveur des vassaux de son évéché, d une partie des terres deKorck, dont Kichewin avait fait donation à l'église de Saint-Thomas. Il accorda même, en fief ou en bénéfice militaire, les villages de Hugsweilei* et de Karspach à un noble, nommé Guntram. Celui-ci, ou son fils, en jouissait encore sous l'épiscopat d'Lthon III et d'Krehambaud, successeur de Kuthard. Krehambaud suivit son exemple. Frédéric était alors abbé ou prévôt de Saint-Thomas. Celui-ci, ayant cédé sa dignité à Erchambaud, l'évéque donna en fief à Voccozon , son vasal , quelques biens que Saint-Thomas avait à Cocksweilcr, Burgbeim et Altbrunn, et à Hemmon , son serviteur, des terres dans le ban de Molsheim 3. Krehambaud mourut en 091. Le zèle qu'il témoigna, pendant son longépiscopat, pour le rétablissement des études et la perfection des écoles où on les enseignait, ne laisse aucun doute sur l'attention qu'il eut, à rendre florissantes celles de Saint- Thomas. I n chanoine, nommé Adolfe, était alors à leur tète : La notice de cette église, écrite en ce temps-là, n'a pu mieux faire son éloge qu'en

* Notitia S. Thonue.

* Voyez le tome second de cette histoire, lir. H , ptig. 322.

* Obrechtiî», inpodromo rerum alsaliairum . png. 251.

4 .Sf.Hit:i»n.iNrs , Mtat. illusl., huit. 2, />«</. 2M. l/églisc de Niinle-Aurclie , appartenant aux protestants, lut r< bâtie , suis chœur, en 1704.

* Pièce» justificatives ; cf. Wurdtweix , nor.subs. dipl., tom. 3, pag. 527.

150 HIST. DE L'EGLISE DE Sï HASBOl RG. LIV. III THEME.

lui donnant le litre de docteur de l'école !. La foudre tomba, le 24 juin 1007, sur l'église de Saint-Thomas et la réduisit en cendres, avec une partie des habitations voisines a. Les titres de donations du roi Dagobert et des évéques de Strasbourg périrent dans cet incendie 3. L'évéque Wcrinhairc commença à rétablir cet édifice ; mais la mort l'avant prévenu, (Guillaume, son successeur, y mit la dernière main *. Il consacra l'église en l'année U\Sl 5. (ainon, prévôt de Saint-Thomas, signa, en i00i, la charte deHildegarde, mère de Frédéric, duc de Souabe, en faveur de l'église de Sainte-Foi de Schlestadt 6. Il eut pour successeur Mannon, chanoine de la cathédrale de Strasbourg, qui parait témoin en ces deux qualités dans une charte d'Othon, éveque de Strasbourg, de Tannée 1000 7.

' Fràtrr Adolfus numine , nrc hou doctor srolœ.

* ScnAD.srs , Summum argrutaral. ttmplunt , cap. 2, pug. 10.

* Liber salions S. Thoina\ «aimo 1007, Mil» imperalore Henricoseeiindo.diclosaneto, « ignis npentinus nescio an casu, an fulmine exortus |icr vciitmn dilatalus, ter- « tiam fore parleni totius civitatis oonsiimpsit; el ecclesia cathedralis atque ccclosta « S. Thoniir uno et oodem die sunt fnndilus coucremale ; et cuni ipsa ecclesia « Sanrli Thutn.r I itéra* et privilégia di versa super donationibus por repetn Dago- « bertum et opisoopos fâche tulaliler «uni ooml>usta>, una « mu indumenlis saeerdo- « talibus. »

* IflluLM. — «An. dont. 1 0 :* 1 mipcranlc Courado salico , ecclesia S. Thonnc « sumptuose re<edificari incipit , et a Wîlhelimi opiseopo eonsecrala eodem anno,

• sicuti mullis pecuniis , lapidibus rl aliis relu» s ad strucluram necessariis fuit n inslructa. »

K Frajrmentum histoiicuiu «pud l'istîsium. pw). S5. « Anno dom. millesimo

• tripesimo primo mnnasterium S. Thoiua' npnsloli in argentina a Wilhclnio con- « secratur. »

* Pièces justificatives; cl. Wiuitn\u:iN, moi-. siiIk. <lipt., tom. 6", pag. 2S6. 7 Ibidem ,

l'ne ii 'I'' lixce à la On de «.• chapitre el écrite de la ni. un de Grandidier , porte ce qui suit : « l.e chapitre de Saint-Thomas est aujourd'hui de la confession « d'Augsbmirg. Il est composé de «ei/e prébendes canoniales , dont treize sont « conférées aux professeurs de l'université protestante, el les trois autres attachées '• aux trois cures de Saint-Thomas , de Sainte-Aurélie et de Saint-Nicolas. »

SA1NT-ETIËNNË UK STRASBOURG.

J/îibhîiyc de Saint-Etienne, fondée également à Strasbourg vers Tan 717, par Adcllïort, «lue d'Alsace1, enrichie par les libéralités et les privilèges de Chilperic II, roi d'Austrasie, confirmée par les lettres de Pépin, maire du palais, et de l'empereur Louis-le-Débonnairc, croissait de jour en jour en grandeur, en revenus et en puissance. Elle était alors composée de trente sieurs, nu clianoinesses, gouvernées par une abbesse et de quatre chanoines prêtres, parmi lesquels il y en avait un destiné à leur servir d'économe, et qui portait le nom de vicedomne. L'avoué, choisi par l'abbesse, agréé par le roi, ou par l'évcque de Strasbourg, exerçait seul une pleine autorité sur les terres et les biens de l'abbaye. Les clianoinesses de Saint-Ktienne entrèrent, au neuvième siècle, dans diverses confraternités. On trouve leurs noms dans celle de l'abbaye de Saint-Ud i. Hogintrude, Diet ildc, Allsinde et Delta sont inscrites dans le nombre des sieurs qui, vers étaient lices par une

sainte communion de prières avec l'abbaye de Kichenau Dasille, Mlle de Luilfrid II, comte d'Alsace, et tante de

' Voyez l<* loiue premier , Ur. i, /ji/;/. .ï:)ï cl unie.

1 Pièces jualifuiit jves , tom. t, nuni. /77, j « CÙ.XXYl.

1 Pièces justificatives, tom. 2, num. 176 , pag. CCCXXV.

HISTOIRE DE LÉGLÏSE

l'impératrice Ermengarde, gouvernait , en ce temps-là, l'abbaye de Saint-Etienne. Elle obtint de sa nièce le village de Munzingen situé dans le Brisgau, entre Brisach et Fribourg1, qui n'appartient plus a l'abbaye9. L'impératrice fit plus en faveur de Saint-Etienne : elle engagea Lothaire, son époux, à confirmer la primitive fondation de ce monastère, à renouveler le diplôme ou la constitution pragmatique du roi Chilperic et à lui faire de nouvelles donations. Nous avons détaillé, dans le livre quatrième de cette histoire 3, les biens qui provenaient du duc Adelbert. Ceux qui formaient la donation de l'empereur Lothaire furent l'église paroissiale de Sainte-Croix dans Strasbourg, les villages de Boteburg et deSchiltigheim, aux environs, celui de Wangen, des terres en Alsace, à Eschau, Wibelsheim, Illkirch, Bolsenheim, Leimersheim et Lipsheim, les villages d'Ottenheim, de Nonnenweiler et de Gundesweiler au-delà du Rhin, et celui de Munzingen, en Brisgau, avec toutes ses appartenances, tel qu'il avait été donné par l'impératrice elle-même *.

* Charte de l'évoque Werner, de 1004. Pièces justificatives: cf. Wurdtwein, nov. tubs. dipl., iom. 6, pag. 4S7.

' Sous ignorons comment Munzingen passa de l'abbaye de Saint-Etienne en d'autres mains. Nous savons seulement que l'abbesse Brigitte de Landsbcrg racheta cet endroit , on 1316, des sieurs de Stouffen , auxquels il avait été accordé en fief. Voyez Hcbeb , Von dem urallen adelichen Sliffl iu Sant Stephan , pag. 139.

* Tome premier, pag. 393.

1 Munzingen appartenait, sur la fin du xiv siècle, au noble Jean Schnewelin de Wiseneck , dont la fille Vcrene l'apporta en mariage de Conrad H de Waldner, mort en 1402. Ce village passa ensuite a Herman IV de Waldner, son fils, et à Jean V et Guillaume NI, ses petits— fils. Il resta ainsi dans une branche de cette maison, éteinte en 1521 , dans la personne de Jean-Guillaume II de Waldner. Ce dernier n'eut qu'une fille, Claire-Elisabeth, mariée à Jérôme de Bade, à laquelle parvint Munzingen à titre d'allodial. Archives des Wuldnert. — Le rôle de recette de l'abbaye de Saint-Etienne, de 1297, qui se trouve en original dans les archives de celle de Saint-Pierre, située dans la Forêt-Noire, près de Fribourg, fait souvent

Cette donation se fit à Strasbourg, dans le temps que l'empereur se préparait a passer en Provence, pour y soumettre des comtes rebelles ,. Le diplôme qui existe encore en original, est daté de cette ville, 45 mai 845*. Lotbaire l'accorde aux prières d'Ermengarde, son épouse, et de sa bien-aimée parente, la vénérable Basille, abbesse de Saint- Etienne. 11 y confirme les chartes de ses prédécesseurs, et y défend à tous ses successeurs de changer l'état de cette abbaye et d'en altérer les droits ou la discipline, si ce n'est par nécessité , ou utilité évidente , du consentement des principaux princes de l'Église et des seigneurs de l'empire. Louis-le-Germanique , frère de Lothaire, doit avoir également confirmé les droits et les biens de l'abbaye de Saint-Etienne. Mais le diplôme de ce prince, accordé à l'abbesse Basille et daté de Strasbourg du 12 septembre 856 3, n'a pas les marques de vérité et d'authenticité qu'on désire dans de pareilles pièces. Nous croyons même avoir assez bien prouvé sa fausseté dans notre dissertation cinquième *. Nous nous contenterons d'observer que Louisle-Germanique dans ce diplôme, vrai ou faux, réserve en tout les droits de l'évôque de Strasbourg. Il veut que l'abbesse ne fasse rien sans son autorité , lorsqu'elle sera dans le cas de choisir un économe ou de conclure quelmention de curia apud Munliingen et de Vo/ficium scuiieti de Muniingen conféré par l'abbesse mro ecclesie, qui dicitur ein Gotihus man. Nous avons vu, dans les archives de la même abbaye de Saint-Pierre, le rôle des rentes de Saint-Etienne, renouvelées en 1341 , qui commence ainsi :

• Dis sint die Zinse, pfennige und Korn , und Huncrn, die das Cioster von sanl «Stéphane zu Strasburg het in den dorfern, und bannen zu Muntzingcn , Mengcn, * tungen , unde rimsingen etc. »»

' Annales Fuldenses et Metenses, apud BotrQi'ETUM , tom. 7, pag. 461 et 188.

• Pièces justificatives, tom. 2, mm. 118, pag. CCXXIII. » Pièces justificatives, tom. S, num. 127, pag. CCXLIIf. ' Tome second , pag. 48-22 et 168-470.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

qu'affaire importante pour le temporel. Il y défend aussi, à qui que ce soit, de s'arroger aucun pouvoir ou jurisdiction sur les sujets de cette abbaye sous prétexte d'advocatie, à moins que , pour quelque nécessité pressante , l'abbesse et son chapitre ne le jugeassent à propos, après avoir consulté l'évoque. L'état florissant de l'abbaye de Saint-Etienne dura jusque sur la fin du dixième siècle, où elle éprouva un changement dans ses droits et dans ses revenus. Widerold, qui devint évéque de Strasbourg en 991 , et que l'empereur Othon III mit, en 990, à la tête des abbayes royales d'Alsace1, chassa, dit-on, les ebanoinesses de celle de Saint-Etienne, ferma l'église et s'en appropria les biens2. Mais ce fait est très-incertain et n'a d'autre fondement qu'une légende fabuleuse3. Cette abbaye, qui jusqu'alors avait été immédiate i , perdit son indépendance par la cession qui en fut faite, au commencement de l'onzième siècle, à l'église de Strasbourg. Henri II, roi de Germanie, l'accorda, avec tous ses biens, à l'évoque >Yerinhaire et à ses successeurs pour le rétablissement de son église cathédrale 5. Le diplôme de ce prince est daté de Thionville, 15 janvier 1003 °. Cette donation fut faite du consentement de Herman , duc de Souabe et d'Alsace , en présence de

* Chronicon Novicntense, g /.*>.

1 Livre septième , jiag. 77 et 7 fi.

s Pièces justificatives , Inni. I", «mm». 50, puy. Ml.

* Weiwnfuire , dans sa charte de 1001, le dite» ternies exprès. Que antea niillam de te.mporalibus prtubuïl , ret dchuit sithjectwnem. Adelboi.d, auteur contemporain , in cita Henrici impemtorit <ipud Lkiumtzujji in scriplor. rer. Hrunstvic. , tom. I, pny. î.îî, parait cependant insinuer le contraire , puisqu'il dit que la cession de l'abbaye de Saiiit-Kticim»- fut faite par Herman , duc de Souabe et d'Alsace; ce qui ferait croire qu'elle était dépendante du duché d'Alsace.

* On trouvera ci-aprè?, à l'article de lévéque AVerinhaire, le détail et les motilV de celte réunion.

0 Pièces justificatives; cf. WùHbiwuN, iwv. sttbs. dipl.> loin. 6, puy. 150.

Willegise, archevêque de Mayencc. L'évèquc Wcrinhaire lit faire un nouveau renouvellement des hiens et possessions de l'abbaye de Saint-Etienne. Mais loin d'v toucher, il confirma ses titres de donation et ses anciens privilèges par une charte datée de Tannée lOOi1, qu'il remit entre les mains de l'ahbesse Linsinde * et du chanoine Erbon , son vicedomne. 11 diminua seulement, pendant quelque temps, les prébendes des chanoinesses pour être employées à la réparation de la cathédrale. Il établit une confraternité entre les chanoinesses de Saint-Etienne et les chanoines de Sainte-Marie : les uns et les autres devaient assister aux obsèques des défunts. Et comme cette abbaye était, après la cathédrale , le premier et le plus ancien chapitre de la ville, l'ahbesse tenait le rang le plus honorable dans les synodes , entre toutes celles du diocèse : les chanoinesses, invitées à la table épiscopale, avaient les places les plus distinguées, vis-à-vis celle de l'évêque. M.Obrecht3 combat la vérité de la charte de Wcrinhaire dont nous venons de faire mention. Mais nous avons fait voir, dans notre dissertation septième4, l'authenticité de cette pièce, que le savant préteur de Strasbourg n'attaque que par des arguments très-faibles. Depuis ce temps, l'abbaye de Saint-Etienne fut soumise aux évèques de Strasbourg, qui en devinrent les. seigneurs et les protecteurs. Ils confirmèrent, de tout temps, les élections des abbesses, en les mettant en possession du temporel ; droit qu'ils conservèrent même dans le temps qu'elles embrassèrent le Luthéranisme. De tous

' Pièces justificatives ; cf. WtinDTWEls, tior. suis, dipl., loin. 6, pmj. 137.

* Weiumuirk dans sa charte la nomme Linsinda secitmlti , ce qui fait voir qu'il y avait eu, avant elle, une autre abbesso «lu même nom.

1 In prodomo rcrum alsalic. , pag. 184-188.

* Pag. 000. — Note de l'éditeur. Cette dissertation est inédite; nous ne l'avons pas trouvée jusqu'ici dans les manuscrits de Grandïdier.

les villages , biens et revenus dont cette abbaye jouissait encore après son union à 1 église de Strasbourg, il ne lui restait plus, sur la fin du dernier siècle , que son église, ses maisons claustrales, quelques dîmes, des rentes particulières et la seigneurie du village de Wangen. Les évêques de Strasbourg réunirent une partie de ses biens à leur manse épiscopale. Le magistrat de la ville s*empara de l'autre partie au temps de la Héformation. Les guerres, qui désolèrent l'Alsace , et la mauvaise administration de plusieurs abbesses, qui aliénèrent, engagèrent ou donnèrent en fief des terres de leur abbave, contribuèrent aussi à appauvrir Saint-Etienne. Ses revenus sont aujourd'hui utilement employés pour l'entretien de pieuses solitaires, dignes filles de Saint-François de Sales, et pour l'éducation gratuite de dix demoiselles de qualité de cette province.

L'église de Saint -Etienne, telle que nous la voyons aujourd'hui , date du dixième siècle , comme le prouvent l'architecture de cet édifice, les figures en pierre représentant le martyre de Saint-Etienne , sculptées au-dessus du portail d'entrée, et les caractères de l'inscription, qui s'y trouve écrite1.

• On y lit ces quatre vers :

« Judaici Stephanum vulgi lapidante corona , « Stat deus in cœlis , illum vocal ad sua dona. « Persequitur Stephanum lapidandi lempore Saulus : « Nunc Sequitur Christum , mu Lato noininc Paulus. ■ Scmckpfu», Alsat. illttst., tom. 1, Ub. S, cap. i , g M7, pag. $10 , dit que le duc Adelbert fonda l'abbaye de Saint-Etienne vers l'an 744 , — tandis qu'il place, dans le même volume, pag. 768, avec plus de fondement, sa mort entre l'an 720 et 723.

Noie de l'éditeur. Le dernier paragraphe et la note qui s'y rupporte , sont écrits sur une feuille volante qu'aucun signe ne rattache particulièrement au texte à la suite duquel nous leur assignons une place.

HONAU ET LUTENBACH

L'acte de partage du royaume deLothaire, fait le 8 d'août 870, nomme le monastère de Saint-Etienne de Strasbourg et celui de Honau dans le nombre des abbayes royales, qui échurent à Louis-le-Germanique i. Nous avons décrit autre part* la fondation et les progrès de l'abbaye de Honau, qui prit origine en 721. Ses biens, sur la fin du neuvième siècle, étaient très-considérables, tant en Alsace qu'au delà du Rhin s. Ils avaient excité l'ambition des seigneurs laïcs. Le comte Albert ou Adelbert , neveu de Luitward, évoque de Verceil * , profita du crédit dont le

' Pièces justificatives , loin, i, num. 157, pag. CCLV. ' Tom« premier, pag. 598-ilO.

3 Ces biens étaient situés à Bellenhoffen, Kilslœlt, Gambahcim, Offendorf, Odrazheim, Runtzenheim , Kanchenheim, Beinheim, Ensheim, Eckbolsheim, Italien, Hûltenheim , Xiffèm , Kirchheim, Ostlioven, Barr, HUrtigheim (lllenheim) , Firden- Aeim, Bruscliwickcrshcim, Wangen, Ileschwog, Hœnheim, Wellenheim, Schwindratzheim, Weyersheim, Achenheim, Schiltigheim , Dalheim , Nider-Moderen , RingendorfT, Mulhausen, Ceispolzheim , Dieffenbach , Bodersweyer, Wiltstung, Sintzheim, Berstelt , Àppenweyer, Burcheim , etc. Ces endroits sont nommés dans le diplôme de Charlcs-le-Gros , de 884. La collégiale de Saint-Pierrc-le-Yieux de Strasbourg possède encore des dîmes, des biens et autres droits dans les lieux imprimés en lettres italiques.

4 II est nommé Nepos Luitwardi vtntrabilis episcopi dans un diplôme de Ctiarles-le-Cros , de 887. Schokpflini s , AUat. diplom., lom. 1 , pag. 94.

HISTOIRE DE l/ÉGLISE

prélat jouissait auprès île l'empereur Charles-le-Gros, pour se faire adjuger les revenus de Honau, ou sous le titre de commende, ou sous celui d'advocalie. Mais ce comte n'abusa pas du pouvoir qui lui fut confié. 11 remploya au contraire pour le bien des moines de Honau. Albert s'adressa à Charles-le-Gros pour les maintenir dans la libre possession de leurs biens et pour leur obtenir la permission d'élire eux-mêmes leur prieur. L'empereur leur accorda ces deux objets par son diplôme daté de VVorms , 23 mai 884 *. L'original de ce diplôme est conservé dans les archives de la collégiale de Saint-Pierre-le-vieux de Strasbourg. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons remarqué autre part*, touchant une rature singulière qu'on a fait à cette pièce authentique par elle-même. A la mort d'Albert, l'abbaye de Honau fut gouvernée par ses propres abbés réguliers, dont le premier volume de cet ouvrage rappelle les noms3. Léon, qui en était religieux en 1079, rassembla tous les titres primitifs dans un cartulaire dont on doit regretter la perte l. Bientôt après, cette abbaye fut sécularisée, vers la iin de l'onzième siècle. Le premier qu'on trouve, dans les titres, nommé prévôt de Honau, estBrunon, qui permit, en 1104, aux habitants de l'isle de Honau de vendre du vin, depuis Pâques jusqu'à la Nativité de la Sainte-Vierge , en payant un certain droit au cellerier de son chapitre 5. Hugues, comte de Metz et de Dabo, avait

' Pièces justificatives , tom. 2, num. 150, pag. CCLXXIV.

* Tome premier, pag. 409, et second, pag. 51.

* Livre quatrième, tom. l«r, pag. 409.

4 Voyez à son sujet Coccms, in Dagoberto rege, pag. 155; l'Histoire littéraire .le la France, tom. 40, pag. LXVll , et ce que nous en avons déjà «lit plus amplement dans le premier volume, pag. 406 et 407.

* Pièces justificatives; cf. Wurdtwein, nov. subs. dipl. , tom. V , pag. **J. ; H ScillLTËH ] ad chronkun K'Xiiiysl'owii , pag. ffiS.

alors l'advocatie de cette église, dont Berthold était doyen !. Brunon que nous voyons être le même que Brunon de Hohenberg, qui fut élevé, en H 23, sur le siège épiscopal de Strasbourg, eut Adalbert pour successeur dans la prévôté de Ilonau. Celui-ci paraît, en cette qualité*, entre les chanoines de la cathédrale de Strasbourg, dans une charte de l'évéqucBurchard pour l'abbaye de Saint-Etienne, de 11 57 3. Une autre, de l'abbaye deNeubourg, de l'année 1 162, fait voir qu'il était de la famille de Sneckenberg 4. Henri, prévôt de Honau , et Sigefroi , doyen , sont rappelés dans un acte d'échange de H805. Dix ans après, le chapitre de Honau passa un accommodement avec le noble Carsile de Berstett, qui prétendait avoir ret;u en fief, lui et son père, quelques parties des dîmes situées dans les bans de Berstett, Nifleren , Vendenheim et Lampertheim des prévôts de cette église. Ce noble se désista de ses prétentions en faveur de ce chapitre, qui réclamait ces dîmes comme appartenantes aux prébendes des chanoines, moyennant une somme de sept talens qu'il recul. Cette transaction fut confirmée, en llî)D, par Conrad, évéque élu de Strasboug, en présence des chanoines de son église el de ceux de Saint-Thomas et de Saint-Pierre °. Ce (iarsile de Berstétt est le premier de la famille noble de ce nom , que nous

1 Liber juriuin colle;;iatji' S. lVlri senioris, fol. il, et liber slatulorum , fol. i9.

* Adalbert u$ prepositus llonaugiensis , canonicus Argenlinensis ecclesia;.

s Pièces justificatives ; cl'. WiiRbTWElN, «or. xuh$. dipl. , tum. 7, pay. I9S.

* C'est un acte de donation, lait en 1162, en présence de Rurchard , évoque de Strasbourg, assistent sibi Alberto semore de Sne-ckenberch preposito Honaugie.

'- Cet acte, qui se tryuvc en original dans les archives de Saint-Picrre-le-Vieux , ft transcrit dans le livre Albus , fol. 59, commence ainsi : //. dei gratiu llonaugiensis ccelesie prepositus, Sigefridus deennus, G. Cantor mm omnibus ejusdem etclesie Canonicis.

* Liber Albus, fol. 7i, liber Statuloruni, fol. I i7 , et liber Rubcr novus, fol. HO.

niSTOIRE DE L'ÉGLISE

avons découvert dans les chartes. "Wernher de Hunebourg, maréchal de l'evéché de Strasbourg, fonda dans l'église de Honau, en 1199, un bénéfice sacerdotal à la collation du chapitre, dont le titulaire serait tenu de célébrer tous les jours la messe pour le repos de l'âme du fondateur et de ses ancêtres *. Bertholdd'Ochsenstein, chanoine, puis doyen de la cathédrale de Strasbourg, était, au commencement du treizième siècle, prévôt de la collégiale de Honau a. Les chanoines ayant alors cessé de mener la vie commune, chacun d'eux commença à posséder en particulier une portion prébendale, prise sur les biens de l'abbaye sécularisée. Les prévôts, leurs chefs, qui succédèrent aux abbés, furent presque tous, dans le cours du douzième et du treizième siècles, tirés de la haute-noblesse de la province. Mais comme la plupart étaient en même temps chanoines ou dignitaires de la cathédrale de Strasbourg, ils se dispensèrent de la résidence. Ces prévôts avaient l'administration du temporel et ils jouissaient de presque tous les revenus de la collégiale comme biens propres et attachés à la prévôté. Ils donnaient tous les jours , pour l'entretien des chanoines résidents, une certaine portion de pain et de vin, avec quelques denrées ou quelqu'argent , qui leur tenaient lieu de prébende. Les chanoines retiraient encore entr'eux les revenus de quelques fondations particulières. Le testament d'ALberon, chanoine et écolàtre de Honau, de 121 1 , fait voir qu'ils jouissaient encore d'un droit nommé réfectoire 3. La charte de Wernher de Hunneburg, de \ 199,

• Liber Albus , fol. 102, et liber Ruber novus, fol. 229.

1 Bertkoldus de Osentlein , preposilus Honattgiensis , signa, en 1209, les lettres de Henri, évèque de Strasbourg, en faveur de l'abbaye de Neubourg. Les lettres du même évéque pour l'abbaye de Schwartzach furent données en 1218, leste Bertholdo preposito Honaugienti.

■ Liber Albus, fol. 67.

prouve qu'ils partageaient aussi entr'eux les legs faits à 1 église de Honau. Ce ne lut qu'en 1258 que les biens et revenus de la prévolé furent réunis à la inanse capitulaire'. Le chapitre de Honau était, en 1204, composé de vingt chanoines, parmi lesquels étaient sept dignitaires, le prévôt, le doyen, le chantre, l'écolàtre, le custos, le cellerier et le portier a. Os deux derniers offices ne subsistent plus. Celui de cellerier a été réuni au chapitre, en 1401, par le pape Boniface IX 3. Outre les chanoines, il y avait encore, en 12(14, quatre bénéliciers, le chapelain de l'évéque, le chapelain du maréchal et les deux bénéliciers éleemosynaires 4. Ces bénéfices ont depuis changé de destination. Le chapelain de l'évéque , qui existait à Honau dès la fin du douzième siècle, nommé depuis soumissaire épiscopal, jouissait des mêmes fruits et revenus que les chanoines, à l'exception des droits de présences capitula ires. Son bénéfice a été érigé en canonicat, le 7 octobre 1700. Les trois autres ont été compris dans le nombre des treize vicariats , réunis par décret du 27 février 1 70 1 . Le chapelain du maréchal, nommé dans la suiteanimissaire, était, par son institution primitive, faite, comme nous l'avons vu, en 1 199, à la collation du chapitre. Cette collation fut changée, en 1308, par Jean, évéque de Strasbourg, qui l'attribua au doyen 5. Les deux bénéliciers eleemosynaires , majeurs, étaient les aumôniers du prévôt, qu'ils assistaient aux grandes messes sous les fonctions de diacre et de sous-

* Liber Àlbus, fol. 69. Liber Jurium, fol. 26 , cl libiT Rubcr nnvus, fol. 183.

* Comme le prouvent les Statuts de l'église de Honau, de Tan 1*64, insérés dans le liber Albu$ , fol. 71, et dans le liber Stntutomm, fol. 57.

1 Liber Rubcr novus, fol. SOI.

4 Nommés dans les mêmes Statuts Clcricus rpiscopi, Clerirus Mareschalci et duo Clerici eleemosinarii.

* Liber Albus, fol, il , et liber Ruber, fol. 147.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

diacre, ce qui fît nommer leurs bénéfices les deux levitaires majeures, diaconale et sous-diaconale. Nous détaillerons dans la suite les révolutions du chapitre de Honau, sa translation à Rhinau et à Strasbourg, l'état de ses bénéfices et les changements qui y arrivèrent successivement.

Les monastères de Lutenbach, en Haute- Alsace , de Munster, en Suisse, d'Aschaffenbourg , dans Télectorat de Mayence 1 , et de Saint-Siméon de Trêves , passent pour autant de colonies de l'ancienne abbaye de Honau *. Lutenbach fondé, en 810 3, par l'abbé Beatus 4, resta jusqu'à sa sécularisation soumis à son église-mère de Honau5. Il éprouva les mêmes changements qu'elle, et il fut changé en une collégiale quelque temps après l'an 1079. Nous trouvons, dès Fan 1094, Manegold, chanoine de Lutenbach,

* L'abbé Beatus accorda, en 810, à son abbaye de Honau ecclesiam quatn ego canstruxi in Maguntina rivitale. L'empereur Charles-le-Gros compte basilicat duas in Maguniia, entre les possessions de la même abbaye.

* Voyez le tome premier, pag. 404-40S. Gabriel Hang, doyen de Saint-Pierrele-Vicux, mort en 1691, éveque de Tripoli, en parle ainsi dans ses Chronicalibus manuscriplis : • Sub Carolo magno imperatore floruit in cœnobio Honau Beatus « Abbas , qui Lulembacensis Monasterii haud procul à Murbacho extructor, mona- « chos sua? profession is ibidem misisse dicitur. Idem quoque ad beronense cœnobium • à Comité Boronc Balhaconis S. Odiliie fratris filio constructum fratres ex suis < destinavit : quo etiam auctore tam cœnobium S. Simeonis Trevirensis , quam « cœnobium Aschaflenburg benedictini institut! monachos conquisiere. Quocirca « usque in hodiernum diem inter dictorium monasteriorum, nunc in sœcularin col- « legia transmulatorum , canonicos confraternilas quœdam observatiir. »

* Et non au commencement de l'oniiéme siècle, comme le prétend Schoepflin, Ahal. illust., ton». 2, pag. 448, ou sur la fin du môme siècle, comme le suppose le P. Laci'ILLE, Hist. d' Alsace, liv. 46, pag. 482, édit. in fol. Petrus, Germania canonica Auguttiniana apud Kuen, lom. S , part. 4, pag. 23, dit que Lutenbach fut institué, vers l'an 500, par Clovis, roi de France. Il ajoute qu'il Ait réformé par Manegold.

* Voycï le tome premier, pag. 414 et suiv.

* Dom Buixart, iler Ullerar. in Ahatiam , pag. 467, se trompe quand il dit que la Collégiale de Lutenbach était autrefois un prieuré dépendant de l'abbaye de Mourbacb.

se rendre célèbre en Alsace par ses vertus, ses écrits et son zèle pour le Saint-Siège ,. Los archives et les reliques de Lutenbaeh ayant été réfugiées, en 1032, pendant la guerre des Suédois, tant à Basle qu'à Hildesheim, on perdit dans ce transport un grand nombre de chartes de cette collégiale et surtout un ancien cartulaîre , nommé le livre d'or, dans lequel étaient transcrits les principaux titres de sa fondation *. Ce qui fait qu'on n'a presqu'aucune connaissance des prévôts qui étaient à la tête de ce chapitre dans le cours de l'onzième et du douzième siècles. Son église nous paraît être du même temps, comme on peut en juger par l'architecture de son grand portail, au-dessus duquel est une très-ancienne figure du Sauveur, sculptée en pierre, avec deux autres qui représentent l'archange Saint- Michel et le martyr de Saint-Gengoul 3, qui sont les patrons de cette collégiale. Ses chanoines étaient, dès le commencement du douzième siècle, associés par une communion de prières avec les religieux de l'abbaye de Saint-Biaise, dans

1 Voyex ci-après, fin du livre neuvième. — Etat des sciences et des lettres en Alsace au 11* siècle.

7 Les archives île Lutenbach , réfugiées en Bourgogne , puis à Basle , furent retirées en 1652. Mais le chapitre n'a encore fait aucunes démarches pour récupérer les chartes et titres, qui auraient été transités aux archives de la cathédrale de Hildesheim.

* Saint-Gengoul, en latin Gangulfus ou Gengulfus, issu d'une noble famille du duché de Bourgogne , fut poignardé le onze mai vers l'an 760 , par l'amant de sa femme, et fut regardé comme le martyr de la justice et de la chasteté conjugale. Son culte est fort célèbre en France , en Allemagne et dans les Pays-Bas. — Voyez sa vie dans l'histoire ecclésiastique du diocèse de Langres, par M. l'abbé de Maisgin, tom. /, pag. S47-360. On trouve PolHce de Saint-Gengoul dans le bréviaire de Langrcs, pars verna , pag. SCS, et dans celui de Toul , pag. SiS. — Voyez le P. UenscuenU'S, qui a publié les actes de sa vie, in Aclis Santurum , tom. 2, Maii, pag. 6i2-6iS. M. le marquis de Pailmï. dans ses mélanges tirés d'une grande bibliothèque, lettre SS., pag. 56 , remarque que Saint-Gengoul passe dans le Beaux oisis pour le patron des bons maris.

HISTOIRE DE LÉGLiSE

la Forêt-Noire *. Le pape Luce III , par sa bulle datée du 27 septembre 1183*, adressée aux doyen et chanoines de Lutenbach , assura à ce chapitre la possession du lieu où il avait été fondé, ainsi que les biens et dîmes dont il jouissait dans différents endroits de la Haute-Alsace 3 le confirma aussi dans le droit d'élection qu'il avait du prévôt, du doyen et des chanoines. La bulle ne fixe pas le nombre de ces derniers. Les seize canonicats, dont il était composés en 1402, furent réduits, en 1465, à huit, comme ils le sont encore aujourd'hui. Dans ce nombre était un canonicat , dont la collation se trouvait attachée , depuis longtemps, à la dignité pontificale de l'évêque de Strasbourg4. Les revenus de cette prébende canoniale étant moindres que ceux des autres chanoines, Henri, prévôt de Lutenbach, les augmenta à la prière de Conrad, évêque de Strasbourg, qui la conféra à un ecclésiastique nommé Heimon et qui promit, pour lui et ses successeurs, de ne la donner jamais qu'à des prêtres. La charte de l'évêque Conrad fut

* Canonici de Lutinbach , dit la charte de confédération publiée par dora Gebbert, Monumenta veieris lilurgiœ alemannicœ, parte S, pag. 141.

* Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein, nov. subi, dipl., tom. 10, pag. 128.

C'est une erreur typographique au tome premier de celte histoire, pag. 41%, qui place cette bulle à l'an 1123 au lieu de 1183.

' Entr'autres les églises de Sullzmatt, de Gundelsheim , d'Ungersheim , leurs revenus et leurs dîmes; le droit de patronage à Witolsheim et à Helfrantzkirch; le quart des dîmes de Witolsheim ; la moitié du droit de patronage a Rulesheim ; des biens et cours à Sultzmatt, Gundelsheim, Ungersheim, Rurelsheim, Helfrantzkirch, Pfaflcnheim, Hcringhetm et Egisheim. Le chapitre de Lutenbach est encore aujourd'hui collaleur des cures de Gundelsheim, Rulesheim, Sultzmatt, Ungersheim et Witolsheim. Il a perdu le droit de patronage de Helfrantzkirch, qui appartient aujourd'hui à MM. de Reinach.

* Curn predecessores nos tri usque ad tempora noslra ex longissimo pontipcalis jure dignitatis Argent inensis ecclesiœ in ccclesia Lutenbacensi in episeopali prebenda dignas constituissent , dit l'évêque Conrad dan* sci letlrei de 1190.

donnée en M 90 *, en présence des chanoines de sa cathédrale et de ceux de Lutenbach 2. Henri, prévôt, et Gerold, doyen de cette collégiale, nommés dans cet acte, sont encore rappelés dans la charte de transaction passée, en H 94, entre Lutold, évêque de Basle, et Arnold, abbé de Mou rbach 3, et dans d'autres titres de 1202 et 1212 *. L église collégiale de Lutenbach, ainsi que son territoire et la vallée attenante, est située dans le diocèse de Basle. Mais en vertu d'une prérogative particulière, et qui date d'un temps immémorial, elle est immédiatement soumise, avec les habitants de la seigneurie, à la juridiction spirituelle de l'évêque de Strasbourg, qui confirme l'élection du prévôt.

* Pièces justificatives , num. 10.

* Presentibus Heinrico preposilo Lutenbacensi ftuodolfo concanunico suo et Abbate Spaphenhensi , Geroldo decano , etc.

* Alsat. diplomat., tom. 1, pag. SOI , où on lit entre les témoins Heinricus preposilus, Geroldus decanus Lu[enbueensis.

* Prepositus Lutenbacensis Uenricus est nommé témoin d'une charte d'Arnold, abbé de Mourbach, de 1214, apud Senkejsdf.bg, in meditationibu* de jure et Historitt , fuscir. S, pay. H28.

NKUVILLKItS.

La translation des reliques de Saint-Adelphe , dixième évèque de Metz1, faite en 826, et les écrits de l'abbé Ru tram rendirent fameuse, au neuvième siècle, l'abbaye de Neuvillers, fondée au commencement du huitième par Saint-Sigcbaud, trente-sixième évèque de la môme ville â. Sigebaud donna , vers Tan 723 , la 'direction de ce nouvel établissement à Saint-Pirmin 3, qui passe môme pour en avoir été le premier abbé. Ratram, abbé de Neuvillers, est nommé avec Maginhaire, Erloer et Clément, ses religieux, dans le nombre de ceux qui étaient unis, en 830, avec l'abbaye de Richenau 4. Nous avons rendu compte autre part de Ratram et des ouvrages qui ont fait passer son

* Gallia chrittium , tomus XIII, Parisiis, ami. 178$, pria. 684. «Adclphus f 4 cal. scplembris. — lil iinum ad veri simililudinem de Adelpho videtur propius accedere vixissc mim sub finem quarli soeculi (emporibus S. Pelri ohrysologi ravennatis Arohiepiseopi enjus est sermo 136 ipsi inscriptus. — Ncganl Uni eu Boilnndiani œquales fuisse ambos illos pricsulcs, aut sermouem Pelri ad Adelphum inetcnsem spectarc, quanquam non maie colucrent cum i I la opinione annus 457 ad qu«m obitum S. Pelri referl Haii.LET, Vie îles Suints, tnm. 1. p<:q. .Ti.

* Voyez le lome premier île cel ouvrage, ptig. il i et suit:

* Voyez ce que nous avons dil de Saint-Pirmin dans le m.'-mc tome, pay. 208 et suiv. 11 mourut le 3 novembre 754.

* Pièces justificatives, tom. S, num. 170, pag CCCXXV.

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