‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 22 sur 47 · ERSTEIN · texte numérisé non relu

ERSTEIN

L'abbaye d'Erstein, ou d'Hcrinstein, doit sa fondation à Irmingardc, épouse de l'empereur Lothaire 1, et non à l'impératrice Hermcngarde, femme de Louis-Ie-Débonnaire, comme l'ont prétendu quelques auteurs modernes f. Erstein situé sur 1*1 11 , entre la ville de Strasbourg et l'abbaye d'Ebersmûnster , connu dans les chartes du moyen-âge sous le nom d'Erst/ieim, était autrefois une ville fortifiée. Ses murs furent rasés, en 1333 *, et depuis ce temps, elle n'est plus qu'un bourg considérable. Erstein, sous les rois de la première race, faisait partie du domaine royal. Louisle-Débonnaire ayant associé à l'empire Lothaire, son fils aîné3, lui accorda en propriété, vers l'an 818, une quantité considérable de biens dans cet endroit *. Lothaire

* K(Enh;shovf.n , in chronico, cap. 5, pag. 386. f.rn i.imax , de episc. Argent., pag. 116. IlircEMN, Germania sacra, part. 2, pag. 30. Kleixlavei. , Strasburgische chronita, pag. 17. Boi.i.andi s, in acti* sanchrum , tom. 2, junuarii , pag. 208, nota h. D'Iortkrsiieim , Elsatsi&che topograpbia , pag. 49. I.ewei. , in Chronico Goitwicensi, tom. 2, lih. 5 , pag. 48t. Mabileon , Acta SS , tom. 2 , $œculi 2, pag. 107, nota ; lùm in actis S. S., ord. S- Jienedicii , sœculi S, part. 1 , pag. 453 , lùm in annal, benedict., tom. 2 , lib. 20 et 28, pag. 75 et 4i6 , etc., sont tous tombés dans cette "erreur.

* Albertus argentinensis , in vitâ Bertholdi epiteopi, pag. 171. ■ Tome second , liv. 5, pag. 112 et 113.

* Pièces justificatives, tom. 2, num, 91, pag. CLXVll*

HISTOIRE DE l/ÉGLlSE

épousa, vers le milieu d'octobre 821 , Irmengarde, fille de Hugues III, comte en Alsace !. Il lui accorda en dot tout ce qu'il possédait à Lis te in. Cette pieuse impératrice le destina , du consentement de son mari , pour y bâtir un monastère et fournir à la subsistance d'une communauté de servantes de Dieu , qui y vivraient dans les exercices de la prière et dans la pratique des vertus chrétiennes *. L'empereur Lothaire , son époux , ne confirma pas seulement cette fondation 3; il voulut encore y ajouter d'autres grâces , en accordant à cette nouvelle abbaye le village de Grcswciler, en Alsace, qui lui appartenait en propriété, et d'autres terres situées sur le Rhin, aux environs d'Erstein. Les lettres de donation sont datées de Remiremont, du 6 septembre 849 4.

Irmengarde, après avoir comblé l'abbaye d'Erstein de ses bienfaits, enrichit l'église de plusieurs ornements précieux 5. Elle obtint, vers l'an 850, du pape Léon IV, des reliques considérables pour les y déposer. Il lui envoya ,

par Joseph , son apocrisiaire , le chef de Sainte-Cécile °,

' Thf.GANUS , de Qfstis Ludovici, apud Bouquetum, tom. G , pag. 80.

* Le père Lacuili.e , Histoire d'Alsace, première partie, lie. 10, pag. 117, èdit. in-fol. , et tom. 2 , pag. 100, èdil. in-8°, dit qu'il n'est pas aisé de marquer précisément la date de la fondation d'Erstein. Les auteurs de la (ïaule chrétienne, tom. S, pag. 846, la fixent ù l'année f 40 ; mais le dipldmc de l'empereur l.othairc fait voir qu'on doit la placer à l'année 84«J.

» Hehtjsog , in chroniœ Ahaliœ, tib. 3, pag. 17.

* Pièces justificatives , tom. 2. num. /i.T. pag. CC XXXIV.

* Hcrman Gjrgas, cité par W imhielincue , de epixe. Argent., pag. 24 et Jean Staikdel, in chronico apud œfelium, in scriptor. rer. boicarum , tom, 1, p. 446.

* Sainte-Cécile obtint la palme du martyr, le 22 novembre. Les uns le placent sous Alcxandro-Sévorc, vers l'an 230. Les autres sous Marc-Aurèle, entre 176 et 180. Ce qui est certain, c'e^l que son nom a été toujours fort célèbre dans l'église, Il fut inséré dans le canon de In messe, dés les premiers temps du christianisme : il se lit dans les sacramcnlaires et les calendriers les plus anciens. Les actes de Sainte-Cécile , ont peu d'autorité. Dès l'an 500 , il y avait à Rome une église dédiée sous l'invocation de cette sainte. Le pape , Paschal I" , la fit rebâtir au

les corps des saints papes Urbain 1 et Sixte 8 et des saints martyrs Félix et Adaucte 3. Une abbesse d'Erstein, dont on ignore le nom, fit présent de Sainte-Cécile à un archevêque de Mayence, pour obtenir de lui la confirmation de

commencement du neuvième siècle. Il y transporta , ©n 841 , le corps de Sainte- Cécile , qu'il découvrit dans le cimetière de Calixtc , situé sur la voie Appicnne , et qui portail alors le nom de cette sainte il transféra en même temps dan» la nouvelle église le corps du pape Urbain , qui reposait dans le cimetière de Prétextât, aliénant a celui de la sainte. Voyci Akastase , in paschaii apud Murât. , tom. 5, pag. 215-246.

On conserve aussi le chef de Sainte- Cécile , dans l'église de Saint-Bénigne ,• de Dijon. Mancik, Histoire ecclésiastique du diocèse de hongres, tom. 4, pag. 68.

' Saint-Urbain succéda en 223 à Sainl-C.alixte , dans le siège de Rome, qu'il occupa pendant un peu plus de sept uns, étant mort le 25 mai 230, jour auquel sa féte est marquée. Il porte le titre de martyr dans le sacramentaire de Saint- Grégoire , dans le martyrologe de Saint-Jérôme et dans la liturgie des grecs. Yoje* Tillkmont , llist. de l église , tom. 3, pag. 258 et 260, et le P. Hkksche- HlUS, in actis S. S., tom. 5, maii , pag. 474 et seq. Le martyrologe de Prague, rapporte que l'empereur Charles IV, obtint de l'abbaye d'Erstein une grande partie du corps et la tète du pape Saint-Urbain , qu'il accorda & l'église de Prague. Pezzina écrit que cela arriva en 1353 et qu'on y conservait encore la tète , à laquelle était attachée la mâchoire supérieure avec trois dents. Sur quoi le P. Hensebenius remarque , pag. 476 , que ces reliques appartiennent plutôt à un autre saint martyr du nom d'Urbain, qu'au pape , qui porta ce nom, dont la tète avec le corps se trouvent encore à Rome.

« C'est Saint-Sixte II , successeur de Saint- Etienne, rappelé dans la plupart des anciens martyrologes. Ordonné , comme on croit , le 2* août 257 , il ne gouverna l'église qu'onze mois et quelques jours. Sixte fut une des premières victimes que le feu de la persécution de Yalérien consuma. Le père Jean IMkiits , in actis S. S., tom. 2, Augusti, pag. 424-142, qui discute les actes de ce saint pape, ainsi que l'époque de son martyre , place cette dernière au six du mois d'août , de l'an 258. C'est aussi le sentiment du P. Pagi. Biancliini et l'abbé Le Bo>uf la reculent d'une année.

Les reliques de Saint-Sixte sont honorées dans plusieurs églises d'Italie , de France, d'Allemagne et d'Espagne. Les Bollnndistcs, tom. 1 , januarii, pag. 4084, comptent une partie de la Iclc du pape Saint-Sixte, dans le nombre des reliques transportées a Prague, par l'empereur Charles IV.

* Saint-Félix , prêtre de l'église romaine , fut décapité au commencement de la persécution de Dioctétien , vers l'an 303 , avec un étranger , dont le nom n'était pas connu et que les chrétiens appelèrent Adauete, parce qu'il avait été martyrisé

HISTOIRE DE i/ ÉGLISE

son élection K L'empereur Charles IV, qui vint en Alsace, en Tannée 1353, fit ouvrir à Erstein la châsse qui renfermait le corps de Saint-Urbain , et obtint quelques parties de ses reliques qu'il transféra dans l'église métropolitaine de Prague *. L'ancienne église de l'abbaye, dite Munster- Kirch, est encore aujourd'hui sous l'invocation de Saint- Sixte. Le chœur, la tour, la sacristie de cette église et la chapelle qui se trouve derrière le chœur , annoncent , par leur construction , l'ancienneté de ces bâtiments. La nef est d'une architecture plus nouvelle. Ces différentes translations de reliques montrent quelle dévotion on avait alors pour elles. On n'épargnait ni soins, ni fatigues, ni dépenses. Mais quelques-uns poussaient ce zèle trop loin, et usaient même de divers artifices pour enlever des reliques et se les dérober les uns aux autres, « et peut-être, dit Fleuri3,

conjointement avec lui. Ces deux saint* sont nommes » dans le sacramcnlaire de. Saint-Grégoire, au 30 août. Le père Stiltinc a publié les actes de leur martyre, m actis S. S., tom. 6, augusti, pag. 548 55t.

Rudnlphus, Archiduc Austria? et Landgravius Alsariie , in charta dalà ann. 1363, testatur quo nos eo tempore, quo Albertus quondatn dux Austria ' , dileetus noster iluminus et genitor prima vice ad terrai nostras superiores Sueviat , nos destino-

verit, in Brisacum venimus an. dont. 1558, etatis noxtrœ anno decimo nono

ubi quarto nonas maii corpora S. S. Felicis et Adoucit ob preces noslras votims et humiles, per venerabiles et religiosas in Christo abbatissam tt ronventum monasterii in Erstain, ordini S. Denedicti, Argent, diocessis, in Alsatia nobis oblala (itérant et donata , que reverenter et eu m magna devotione recipimus , prout ex merito debebamus. Quro corpora cum aliis reliquiis Rudolphus ann. 1361 , in civitatem suam Vicnnensem dcduxit et deposuit in ccclcsia S. Stephani. Edidit chartam Steycrcr, pag. 318.

' Wihpiielincius et Staixdkliis, locis citatis. Hertzog, lib. 4, pag, 72. tovez- Linus, Germaniœ sacrai, tom. 1, part. 2, pag. 51. Meriak, i ; lopographià Alsatiœ, pag. 18, etc.

* Ruyr, Antiquités de la Vosge , partia 3, liv. 1 , pag. 256. Voyez Thomas- Jean Pepina , in phosphoro seplicorni de majestale et gloria ecclesiœ Pragtnsix , pag. 433 et 519.

* Histoire ecclésiastique, tom. 10, liv. 47, pag. 289

c ce fut le même esprit qui fit alors composer tant d'his- « toires de martyrs et d'autres saints, soit pour orner et « amplifier les anciennes , soit pour en inventer de nou- € velles, quand on en manquait, afin d'avoir des légendes « pour les fêtes des saints nouvellement transférés. »

L'empereur Lothaire perdit bientôt après Irmengarde, son épouse. Elle mourut saintement le 20 mars 851 *. Son corps fut apporté et enterré dans l'église d'Erstein a. Raban Maur, archevêque de Mayence, fit, en son honneur, l'épitaphe suivante 3, qui fait l'éloge de ses vertus et retrace, en même temps, ses bienfaits en faveur de cette abbaye.

« Ingrediens quisquis banc aedem rile révisas ,

« Noscere te libeal quid tumulo lateat.

« Fœmina hic pausat augusta et nobilis ortu ,

« Irroingarda cui nomen erat deditum.

c Quœ hoc opus incipiens , htc aulam condere jussit

« Ad christi laudem atque sui requiem.

« Nam pia relliquias sanctorum ex urbe receplans

€ Romanâ , hue vexit , hicque locavit cas ;

c Ipso ru m caperel meritis et gaudia vitœ ,

c Delicli ac veniam perciperel precibus.

* Castè conversans mundana ha;c gaudia sprevit :

f Pauperibus larga, ac omnibus apta bonis.

« Nobililer vixit , aliis exempta reliquit

c Virtutum , sibimet praemia lœta parans.

« Haec quoque dùm explercl juvénile hîc tempus et annos

« Maturae œlatis inciperet , jam obiit.

« Linquens régna soli , penetravit régna polorum

' Reciho , inchronico, lib. 2, apud Pistoriom , pag. 44 , et Annales Fuldenset, apud Dcciiesne , tom. 2, pag. 546. L'annaliste de Saint-Rertin , ad an. 853, lui donne le nom de reine très-chr<Hîenne , Ertnengarda chrislianitsima regina.

1 Bruscbios , de epiteopat. Germaniœ, pag. 60 , et Mabillon , Annal, benedict., tom. 3, lib. Si, pag. 15.

* Apud Bouquëtum , lom. 7, pag. 319.

206 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

c Cum Christo et sanctis gaudia vera tenens. c Hanc rogo , tu lector, commenda ritè tonanti c Assiduis precibus, chrislus eam ut habeat; c Cum quo congaudens vivat féliciter ipsa « Angelicis semper mixta beata choris.

« Has ego Rhabamus confeci versibus odas , c Ex obitu mcestus. ex requie et gralulans. c Obiit autem Irm ingarda imperatrix c Anno dom. incarnat. DCCCLI indictione « XIV ; XIII kal. aprilis , in die Parasceve , « Hora quasi scxta , et requievil in pace. >

La première abbessc d'Erstein fut Rugrudes, fille de l'empereur Lothaire et de la fondatrice Ermengarde. Elle mourut en odeur de sainteté. On voit encore sa tombe dans l'église abbatiale, en entrant à droite dans la chapelle de Saint-Sixte, destinée autrefois à la sépulture des abbesses et des chanoinesses. On y lit cette inscription : Sepulchrum sanctœ Rugrudis prima abbatissœ fdiœ sanctœ Irmegardis imperatricis fundalricis httjus monasterii. 11 est assez probable que Timpératrice Ermengarde et Rugrudes, sa fille, introduisirent à Erstein la règle canonique, à l'exemple des abbayes de Hohenbourg, de Nicdermûnster et de Saint- Etienne, qui avaient embrassé la même règle. Du moins, rien ne prouve que celles qui s'y consacrèrent à Dieu, se soient soumises à la règle de Saint-Benoit Lothaire, dans son diplôme de 849 , les nomme simplement ancillœ Dei et les désigne sous le nom de Sanctimoniales , nom qu'on donnait aux chanoinesses dès le neuvième siècle 1 . Le pape Léon IV, dans sa bulle par laquelle il confirme, le 28 avril 853, la fondation et les privilèges de l'abbaye d'Erstein *, les appelle également une congrégation de servantes du

1 Tome premier, liv, 4, pag. 553.

* I.acville , Histoire d'Alsace , pag. 117 , cil. in-f»l., et puy. 09, eJit. in-S».

Seigneur1. L'auteur anonyme, qui écrivait, au dixième siècle, la vie de Sàint-Deïcolc, abbé de Lure, donne le nom de Nonne à une religieuse ou chanoinesse d'Erstein qu'Eberhard, comte de la Basse-Alsace , prit pour concubine, sur la fin du neuvième, après avoir répudié Adelinde, son épouse *. Le mot de Nonne, honorable dans son principe, mais qu'on n'emploie plus aujourd'hui dans le style sérieux, était rarement en usage pour les religieuses de Tordre de Saint-Benoît. 11 désignait alors une vierge ou une personne du sexe consacrée particulièrement à Dieu3. Rodolphe, roi des Romains , les appelle dames d'Erstein , dans son diplôme de 1281 4. Enfin Berthold de Buchek, évéque de Strasbourg , reconnut dans ses statuts synodaux , donnés en 1345 , que de temps immémorial elles avaient été, comme les dames d'Andlau , des chanoinesses séculières, portant des fourures d'hermine et de soie, quoique les unes et les autres observassent la règle de Saint-Benoît pour l'office divin 5. La fondatrice voulut aussi qu'aucune

* In quo ancillarum congregatio anidue divino nomint famulari deberet.

* Cap. 8 , apud Boli.andum , tom. S , Januarii , pag. 208 , et cap. 20 , apud Mabillonch , in actis SS. ord. S. Benedieti , tom. 2 , pag. 55. « Adallindem legiti- € mam uxorem suain dimisit (Eberhardus cornes) , repudil libellum dédit, semet « ipsum autem Lupanaribus immiscuit. Nàm quaindam Nonnam apud monasterium « Ercstcin sibi applicuit , et iniquilatem illam ad mortem usqué protraxit a

* Voyez Hospisiew , de origine monachalùs , lié. 4 , cap. î, pag. 3. Ducance , m glossario , tom. 4 , pag. 4H0 , et Wacbter , in glossario germanico , pag. 4453 et 4454. Saint-Jêrône, epitt. 22 ad Eustuch , donne même le nom de Nunwe aux veuves , qui gardaient la continence. Le capitulai™ de Charlemagne , de 789, cap. 8, dit : Monasteria , ubi nonnanes sine reguld sedent. Une ancienne pièce de episcoporum ordinutione , que Ballze a publiée dans son appendice aux capitulaires des rois de France , en donne cette définition : Ancilla Dei sacrala , quai a froncis Nunna dicitur. Bincbam , Origin. eccUs., tom. 3, lib. 7, cap. 4, g 8 , pense que les Anglais ont tire de là leur mot Sunnery , pour désigner un monastère de rumines.

* Conventus dominarum in Ersthrim.

* « lu inonasteriu vero Erslcin , vcl Andelaha , quaï in horis canonicis servant

208 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

demoiselle ne put être reçue si elle n'était noble et de condition libre

Erstein échut en partage à Louis , roi de Germanie, en vertu du traité, passé le 8 d'auguste 870, entre lui et Charles-le-Chauve, son frère a. Rotrudes en était abbcsse, en 895 3. Elle assista , avec les autres princes de la Germanie, au concile que le roi Arnoul fit assembler à Tribur, au mois de mai de cette année4. Pendant que Rotrudes était à Tribur , elle apprit l'arrivée de Hersendc , abbesse de Blangy , en Artois , qui s'était arrêtée à Mayence. Le monastère de Blangy, fondé vers l'an 682, par Sainte- Berthe 5, avait été totalement détruit et réduit en cendres

« ordinem benedicti , quœ se asserunl ab eo tcmpore , cujus contrarii mcmoria homi- . num non existit , substantialia ordinis non observasse elc. . . . |iersonœ priedic- « torum monasteriorum foraluris zeudaliorum et sericorum usus sunt ab antique »

4 Staindelws , foc. cit. , * Hcrmengardis fundavit cœnobium Erstcincnse , ubi « statuit nullnm recipi debere nisi ingenuam ex omnibus progenitoribus liberae conr ditionis existentem. •

* Pièce» justificatives ; num. 137, pag. CCLV. Mibœus , in codice piarum donationum, operum cjus , tom. 2 , pag. 19. Baluzius, in capit. rtg. Francorum, tom. 2, pag. 223. Scmlter , in instit. jurispublici , lib. 2 , lit. 8, pag. 66, etc.

* Cette Rotrude est peut-être la même qu'Arnould , roi de Germanie , dans son diplôme de 889 , pour l'abbaye de Laurisheim , nomme Roddrudis dillecta contanguinea noslra, comme possédant la terre de Brumat.

* Voyez le tome second , liv. 5, pag. 252 et 253.

* Sainte-Berthe était fille de Rigobert, comte du palais sous le roi Clovis, et d'L'rwne , nièce de la reine Bathilde. Elle épousa , à l'âge de 90 ans , Sigefroi , parent de Clovis , avec lequel elle vécut pendant vingt ans et dont elle eut cinq enfants. Après la mort de son mari , elle bâtit , en 689 , le monastère de Blangy , près de Uesdin , sur les confins de l'Artois , où elle prit elle-même le voile avec Gertrude et Deolile, ses deux filles. Mabillon , Annal, benedict. , tom. 2 , lib. 20, pag. 75, place la mort de Bcrlhe vers l'an 725 , et on célèbre sa fête le 4 de juillet. Voyez Bucelin , Ger manioc, aacrœ , tom. 3 , pag. 50 ; Uulteau , Histoire de rordre de Saint-benoît , tom. 2 , liv. 4 , chap. 31 , et le |>ère Solliër , in actis sanclorum , tom. 2 , julii , pag. 47 et *eq.

Le Cointe , Annal, ecclesiast., tom. 4, pag. 767, place la mort de Berlhc à l'an

par les Normands. Hersende et ses religieuses furent obligées de se retirer en Germanie , et elles portèrent avec elles les reliques de Sainte-Berthe et de ses deux filles, Certrude et Deotile. Rotrude envoya aussitôt à Mayenee pour inviter l'abbesse de Blangy et ses compagnes de passer à Erstein avec leurs reliques. Elles se rendirent aux désirs de Rotrude , et on ajoute que cette translation fut signalée par plusieurs miracles, dans tous les endroits où elles passèrent, et surtout à Strasbourg1. Rotrude fit bâtir, à quelques lieues de sou abbaye, dans un lieu nommé Apsiac, qui paraît être Epficb, un nouveau monastère où se retirèrent les religieuses de Blangy *, et où les reliques de Sainte-Bertbe restèrent déposées jusqu'au onzième siècle et jusque vers l'an 1030, qu'elles furent reportées dans l'ancien lieu de leur fondation 3. Depuis ce temps,

* Voyez l'auteur anonyme îles miracles et de la translation de Saintc-Berthc , public par dom Mabillox , in actis SS. on/. Heneditti , tom. 5 , parle I , soeculi 3, pag. 451 et 452 , et par le P. Soi.mer , in actis sanetoritm , tom. 2 julii , pag. 55, où on lit entr'autres : « Vencranda deoque devotissima Abbatissa notrudis , jussit « transportai sanctarum supradktarum corpora cum clericis et sanrliimmialibus in • suum monaslerium , quod nuncupalur Herarlen ... et dutn ad Straleburpensem « venirent civilatein , multi iiifnmi , claudi et cœci meritis S. Berliu in ipso ilincre « a suis ru rat i sunt iiilirmilatibus. «

* On lit dans le même auteur : * Tune ad suprasrriptuin monaslcrium Herarlen « pervenientes , ad devotissima deoque dicata Rotrude Abbatissa cum magna venc- « ratione maximaque lœlitia suscepti sunt ; ac stalim in honore S. Berta; monastc- « rium coustruens , et ibidem Dci famulalum componens , sanctimoniales benc « colloravil. » Peu après , il nomme ce nouveau monastère locus qui alsiaeus dicitur, ubi per plurimos jucuit annus cm pu* sunctissimum Dei famulœ Hertœ. Nous croyons qu'il faut upsiucus , qui est le nom que porte Epficb dans un diplôme de Lolhairc, roi de Lorraine, de 866 , cité par Schoei'FMX , Ah. illuat., tom. 1, pag. 699. Le même Eplîch est nommé /t/wdaus la bulle de Luce III , pour l'abbaye de Baumgarlen , de 1182, apkua , dans une charte de 121.1, et opinons, par l'annaliste de Colmar, sous l'an 127 S.

* Voyez Mabillon , pag. 45 i , cl in annal, benedictinh , tom. 4 , lib. 57 , pag 580 , et Soi.i.ikr , pan. 57. r

niSTOIRE DE L'ÉGLISE

elles sont honorées dans l'église des bénédictins de Bîangy, qui ont succédé aux religieuses du même endroit.

Les chanoinesscs de l'abbaye d'Erstein entrèrent, sur la fin du neuvième siècle, dans la confraternité de celle de Saint-Gai *. Hildegardc fut abbesse vers le même temps*. Au dixième, elles virent souvent les rois et les empereurs demeurer dans le palais d'Erstein. Les trois Othons, ainsi que Saint-Henri, y firent surtout de fréquents séjours3. Othon 1er y tint, au mois de février 953, une assemblée générale de la nation 4. Il fut accompagné d'Adélaïde, son épouse et de Berthe, reine de Bourgogne, sa belle-mère. Celle-ci obtint la même année, de la libéralité de son gendre, l'abbaye d'Erstein, qui venait de vaquer 5. Le cardinal Baronius6, désaprouve fort cette donation et lui attribue même les troubles qu'excita dans l'empire la révolte du duc Ludolphe contre Othon, son père. Mais cette donation n'a rien de commun avec cette révolte, et la reine Berthe, qui fonda en 800 l'abbaye de Paycrne 7,

• Pièces justificatives , Iom. 2, num 177, pag. cccxxvi.

1 XVII kal. februarii liiltigarl abbalissa Herrenxlein, est rappelée dans un ancien nécrologo public par clom Gerbf.iit, monumtnla veteris lilurgiœ alemanninn , pari. 1 , pag. 495.

* On en trouve plusieurs traits épars dans les second et troisième volumes. 1 Voyez le tome second , pag. 529 et 550.

* Chronographus saxo , apud Leibnitzh'* , in accession, hisloricit , pag. 103. « An. dom. 953. rcx Otto in alsatiam progrediens socrui sua; bertha? imliï sdiio-l « Adelhcidis régime abbaliam in Erestein dédit. •

Christophe Justel , qui Tait mention de ce fait dans son histoire de la maison d'Auvergne, lit. 1, chap. 6 , dit que Berthe était abbesse de Mcrcslcin , par un changement d'i'/i en M.

• Annal. Ecclesiast. , Iom. 10, ad annum 9S5 , num. 1, pag. 759. « Otto rex in ■ graliam Adclatdis conjugis ejus matri berlhu? contra jus Casque abbaliam dédit « Erestein appcllalam , sed suo gravi damno. Tune cniin in eum conspirationes rjus • fllii Lindulphi et Conradi ducis sunt cœplo; omniaque turbala. •

T GuicBENOU, biblioiheca sebusiana centuria 1 , num. 1. Uergott , Geneolog.

n'abusa jamais des biens ecclésiastiques qu'on lui avait confies. L'impératrice Adélaïde , sa fille augmenta , en 974, la fondation de l'abbaye d'Erstein , en lui accordant la propriété de l'endroit, dans lequel elle était située. L'impératrice Sainte-Cunégonde, lui fit don, en 1023, du village de Kunheim Nous aurons occasion de nous étendre dans la suite sur les révolutions, que l'abbaye d'Erstein subit dans les différents siècles. La régularité et la piétié y régnèrent assez longtemps ; mais elle dégénéra insensiblement de son antique ferveur. Les sages statuts que Bertbold de Bucheck, évêque de Strasbourg, lui donna, dans son synode de 1345, ne purent jamais l'y rétablir entièrement. La vie des ebanoinesses de Hohenbourg, de Niedermîinster, d'Andlau et d'Erstein n'était pas,

habsburg., tom. 2, num. 453, pag. 79. Sentions, Orig. guelfic, tom. S, pag. 42i, et SCHOEm.iNiis , Alsat. diplom., tom. 4, pag. 419.

• Laci ili.k , Histoire d'Alsace , pug. 118 , êdit. iii-fol., et pag. 101, édit.in-8*. Le village d'Erstein redevint ensuite domaine impérial, L'empereur Henri VI accorda, en 1191, à lévéché de Strasbourg l'abbaye d'Erstein. Cluustrum de Eristheim cum minislerialibus et universis pertinentiis ejus , sicut ad imperium spectare dinoscitur. Mais il révoqua cette donation l'aii|iée suivante, 1192, quia non est ticitum , dit-il , tes ad imperium xpectantes alienare absque imperii proventu et utilitale. Le village d'Erstein fut ensuite accordé eu fief aux comtes de Wcrd , Landgraves de la Basse-Alsace. Le comte Sigebert , dans ses lettres de 1262, le nomme nostrum oppidum Krxtlieim. Les Landgraves l'avaient engagé à Jean, comte de Habsbourg , et à Agnès , sa femme , pour onze cents marcs d'argent : Le Landgrave Ulrich de Werd le racheta de leurs mains, en 1321. Mais celui-ci l'engagea de nouveau , huit ans après , pour treize cents marcs d'argent , à Burcard de Horbourg et a Waltcr et Henri de Geroldseck. Les comtes d'Oetingen ayant vendu, en 1359; le Landgraviat de la Basse-Alsace à Jean, évéque de Strasbourg, celui-ci racheta Erslein, en 1363, de Jean de Horbourg, du consentement de Geroldseck. L'cvèque Guillaume, par sa capitulation, faite en 1506 , en accorda en propriété à son grand chapitre. L'évèquc Lép<Md-Guillaume d'Autriche, par celle de 1626, renonça à tous ses droits et prétentions sur la seigneurie du bourg d'Erstein en faveur du même grand chapitre , qui le possède encore aujourd'hui .... Kunheim n'appartient plus , depuis plusieurs siècles, à l'abbaye d'Erstein. MM. de Rathsamhauscn le tiennent en lief du duc de Wurtemberg.

niSTOlKE DE L'ÉGLISE

au quatorzième siècle, des plus régulières. Répandues dans les cours des princes, des comtes et des seigneurs, elles y vivaient d'une manière scandaleuse et peu convenable à leur état. L'empereur Charles IV en lit, en des repro-

ches très-amers à l'évcquc Jean de Lichtcmberg, qui paraissait dissimuler leur conduite , en le chargeant d'y mettre ordre 1. Ce prélat tâcha de faire revivre l'ancienne discipline dans l'abbaye d'Erstein : mais ses efforts furent inutiles. Les plus grands désordres s'y glissaient. Herman Gygas, qui vivait alors2, en fait une peinture affreuse. Cette sainte retraite , qui avait été si longtemps l'asile de la piétié et de la pudeur , fut changée , selon lui , en un temple de prostitution 3. Wimphelingue, qui écrivait centcinquante ans après , n'en fait pas un portrait plus favorable. Il rapporte que les crimes, les plus infâmes s'y commettaient impunément. Les abbesses et les chanoinesses en sacrifiaient les revenus et les fiefs à des nobles et des ecclésiastiques sans mœurs, dont elles voulaient ainsi recompenser l'amour *. Et tandis que les chanoinesses

' Sane muKorum fxde d'ujnorum relalione twtanila dulenter atidicimus , dit ce prince dans sa leUre qui se trouve en original dans les archives de l'évêché à Sairerne , quod non nulle moniales monasteriorum in llohenhurg , in inferiori Hohenbourg, in Andla et in Erstein , tue diocesis, p'erumque huju» modi monas- Uria exeuntes , ad principum , Comilum , liaronum , aliorum nobilium curia* monasteriorum oblite, se eonferunt.... et nonnunquam in eis plurtma nurratione indigna , contra regularis discipline ritam , temere perpetrare et in grâce, tnultorum scandalum committere non pavescant.

1 Cet écrivain de l'ordre Suint-François vivait sous l'empire du même Charles IV. Ses Flores temporum furent publiées à Leide, en 1750, par les soins de Jean Gerhard Meuschen.

5 In chronico, diolo Flores temporum : «Scd, proh dolor! tanta moderno lem-

• pore in codera caraobio farta est mutatio non dcxlcra> excelsi , scd potius sinistre diaboli maledicti, in tantum, quod potius possit dici prostibulura Iascivaî

• carnalis , quara raonaslcrium conlinentiie regularis. »

4 De episc. Argentin, pag. 24. • Ibi choreas, slupra, adultcria (sacris etiam ,

d'Andlau éditaient au commencement du seizième siècle la province par la régularité de leur conduite â, celles d'Krstcin en devenaient le -scandale. Elles se livrèrent peu après à l'hérésie , qui parut couvrir la licence de leurs mœurs. L'abbaye fut alors supprimée et ses biens réunis à l'église de Strasbourg.

Le grand chapitre, qui en était déjà en possession avant l'an i551 4, jouit aujourd'hui de tous ses droits et revenus.

i noclibus\ in multoruin soaudaluui alquc ruinam exerecri adullcros , sibique

• jniii tos fendis ecclesiasticis et savularibus pro venere praeiniari publica vox cl <• fama e.*l. » Ces desordres étaient alors communs en Alsace dans la plupart des monastères de femmes. Du moins Wimpfemxgue s'en explique ainsi autre paît , pag. //J : « Taceo de cullegiis pro firinineo sexu inslilutis. l'tinam soxus illc Dco « dicatus, qui f.tiristi patrimonio délicate pascilitr se ipsum non aliquando de stupro et - adulteiïo, prolisqiic parlu suspeclum reddei et alquc infamcm ! IHinam non herbis, . non quanimdaiii iucisionc venarum, non lundis poliouibus, non lotionibus pedum

• exquisitis, vol aborlum procurant, vel fœtum prsrfocarct. • Les religieuses bénédictines de Bingen, qui vivaient eu li9V, ne sont pas mieux traitées par Triihéme, qui dit d'elles in chronivo Spnnhtimenxi , pag. 40S : « Prostibulumcr.it diaboli , in « quo moniales illius temporis , quibus per n>tatem licebat , veucri studiose famu- « lantes , maires se esse , non virgines gaudebant et sacerdolum concubiuas. •

' C'est l'éloge qu'en Tait le même Wimpfclinguc , pag. 26, en opposant la vie éditiante des chanoinesscs d'Andlau , sous l'abbesse Cuncgonde de Reinacb , à la vie licencieuse de celles d'Erstein. « In monasterio Andela hodie (1508) militum

• et proceruai lili.T Cbrislo serviuut cum bono vil e testimonio , lioncsto habilu « indiit;o , nec de lascivîa suspectai vol infâmes ; nec solum cmiimuni mensa fru-

• untur, sed eliam un» eodemque dormitorio cum reverenda abbatissa (cui inter « se unanimes dcfcrnnt) somnum et quielem capiunt nocturnam. •

* Erasme , évéque de Strasbourg, en parle ainsi dans une charte de 1551 :

• 111 i tn in pago Erstliciiti , ubi Ellus fl'ivius prelcrfluil , fuit mouasterium saeralis- •> sat um virgitium, quod solum ex < miitibus aut llarouibus ac nobilibus progenilis, « nec inférions fauiilic virgiuibus ingre<li licebat. IMud propter ncgligentiam ,

• malamquc administralioncm , aliaque di!T»rmia et incommoda virgiuuin buic « monaslerio addictarifm ita temporis progressu decrevit , inrcque alieno obrulum

• Tuit, ut proventus el ivdditus aunui tandem cxptMisis minores fuerint ; umlc est . f ictum , ut moiiastciiiini ab omnibus , qiw se su.iquc eidem anlea dedicaverunt, « désert um , tandem cum cmolumciitis , juribus et oneribus insigni ecclesie Argcn-

• linensi , ejnsquc curie fratrum , seu mense capilulari , fuit auucxum et incorpo- « ratum, »

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