LIÈVRE ET SAINT-H11T0LYTE
Le monastère de Lièvre, situé à une lieue de Sainte- Marie-aux-Mines et à trois de Selestadt , dans le diocèse de Strasbourg et en Lorraine, faisait autrefois partie du duché d'Alsace *. Appelé d'abord le monastère de Saint- Alexandre, des reliques qu'il possédait , ou Fulradevillers, du nom de son fondateur , il prit ensuite celui de Lièvre, ou Leberau, de la rivière qui l'arrose *.
Fondé vers l'an 770, par Saint-Fulrad 3, cédé et soumis, par le testament du même abbé, de 777, à l'abbaye royale de Saint-Dcnys , en France il continua d'en dépendre pendant plusieurs siècles 5.Charlesmagne, dans son diplôme,
' In pago Alsacense, disent les diplômes de Cliarlesmagnc «le 77 V et 781 , de Lnlhaire, de 854 et de Henri III, de 1051.
* La Lièvre ou Lcherau, qui donne aussi son nom à la vallée , nommée dans les anciens tilrc La i ma h a , a sa source eu Haute-Alsace , à une demie lieue du Bonhomme, village situé dans le val d'Orbey. Grossie par des eaux abondantes et limpides , qui descendent des montagnes voisines , elle sert à plusieurs moulins , traverse Saiiilc-Marie-anx-Mincs , qu'elle partage en deux parties , passe à Suinte- Croix et à Lièvre, cl se jette, en soi tant «le la vallée, dans la Schecr et avec la S lieer dans l'Ill.
5 Nous avons détaillé sa fondation dans le tome premier de et lie histoire, liv. i, pay. i27-i54.
* Pièces justificatives , tom. S, num. 77, pdg. CXXM et CXXVII.
* L'abbaye de Saint-Denis, où Pépin fut sacré roi, avait autrefois des biens cofi-.
Î1IST0IKE DE ^ÉGLISE
daté (le Deurcn, IG septembre 781 , confirma à l'abbaye de Saint-Denys la donation du prieuré de Saint-Alexandre auquel il accorda, la même année, les dîmes de toutes les terres voisines de Lièvre * , les reliques du pape Saint- Alexandre et celles du marlvrSMaieufax3, dontFulrad avait enrichi ce monastère*, furent transportées, en 8.'J5, dans l'abbaye de Saint-Denys par l'abbé Hilduin 5. Ce dernier eut, en 8i0, pour successeur Louis, né d'un commerce clandestin, qu'avait eu le comte Korieon avec Kotrude, lille aînée de Charlesmagne 6. 11 s'adressa à Gliarles-lc-Gliauve, roi de France, son cousin , pour obtenir de lui la confirmation des biens et des privilèges du monastère de Lièvre. Le roi renouvela la donation, qui en avait été faite à l'abbaye de Saint-Denys, et la maintint surtout dans la possession des terres d'Inpnarsbeim , Ensbeim, Uiiisheim et Leiniersheim, que l'église de Lièvre avait en Alsace. Le diplôme fut donné à Mersen sur la Meuse, au mois
sidér.tbles, non-seulement en France, en Lorraine et en Alsace, mais aussi au-delà «lu llhiii, dans la Stiabe, le Brisj,'au , les pays voisins du Necker et jusque dans le royaume de I.ombardie. M. le baron tic 7.t m.ai iien , qui reconnaît, pua. CLXY, Fl'lK.M), comme alsacien d'origine, prouve dans ses tableaux lopo^raphiqiics de la «Suisse, Unit, i, preuves, />«;/. CLtV et suit'., que son abbaye de Saint-I>enis possédait une grande partie du pays , qu'on nomme aujourd'hui la Valteliue et les comtes de Cdiiavenne et de Bormio.
1 Doi iu.KT, Antii/uHés de l'abbaye tle Saint -Denis, pa<j. 7/7.
* Pièces justificatives, tout. 2, uiiiit. 7tt, patj. CXXXIX.
1 Saint-Cuciifax est honoré sous différents noms. On l'appelle Sainl-Caïajat à Barcelonne , Saint-Quintiiienfat à Huclle , près de Paris et Saint-Quiuefurl , dans plusieurs paroisses de France.
4 Voyez le tome premier de celle histoire, patj. /•>/.
* Hrcviaiïtim parisiense au. 17:16, pars aeslira , patj. 'i'1'i. l u acte de l'an
cité par M. l'abbe l.K Roki K, Histoire du diurèse de Paris, tain. 3, pa:j. M" ?, lait voir mie dès lors le corps de Saiiit-<'ucufax et celui de Saint llippolv te se trouvèrent à l'abbave de S.iinl-l>eu ys.
" l>oniu:r, line I, pay. if 5. Fki.iuikn , lltstuire de Suiut-lh-tnjs, p»j. SI, et gallia christiaiiH, tom, 7, pua. .Vit!,
de février 847 L'abbé Louis avait profité de l'entrevue que les trois frères, Lothaire, Louis et Charles, eurent alors dans cet endroit pour y resserrer les mcuds de leur alliance *. L'empereur Lothaire et Louis, roi de Ccrmanie, souscrivirent le diplôme, dont nous venons de parler, conjointement avec le roi Charles. Ce dernier l'envoya au pape, qui était alors Léon IV, pour donner une plus grande sûreté à cet acte déjà si solennel par la présence des trois princes. Louis, abbé de Saint-Denys, ne se conforma pas exactement aux intentions du roi Charles, qui voulait que feinploi des biens du prieuré de Lièvre fut destiné à l'entretien des moines de Saint-Denys et du luminaire de celle abbaye. Il forma le projet d'en détacher ce prieuré, ainsi que celui de Saint-Hippolyte, qui n'en était éloigné (pie de deux lieues. Il les avait même accordés en lief, ou, comme on disait alors, en bénéfice précaire à un seigneur nommé Conrad, qui avait épousé Ciselle, fille de l'empereur Louis-le-Débonnaire, et que nous soupçonnons avoir été père de Codefroy, évèque de Strasbourg3. Les moines de Saint-Denys s'opposèrent à cet entreprise ; ils portèrent leurs plaintes aux évéques assemblés par ordre du roi à Verberie, près de Compiègne, en leur produisant le testament original de Fulrad et le privilège du pape Etienne III, qui soumettait au Saint-Siège tous les monastères que cet abbé pouvait fonder dans l'étendue du royaume de France. Le concile, composé de quatre archevêques et de dix-sept
' Voyez les pièces justificatives, tom. S, num. 419, pag. CCXXYlll.
* Les articles du traité île Merscn , se trouvent détaillés dans les discoure sur l'histoire de France, par M. MnREAi:, lom. 10, pag. GDI et suit'.
1 Voyez le tome second de celle histoire, livre 6, pag. 286. M. le baron de Ziirlai hen, Mémoires de l'Académie royale des belles-lettres de Paris , tom. 56, pag. 1US, confond ce Conrad, avec Conrad, comte de Paris et d'Àuxerre, frère de l'impératrice Judith.
190 HISTOIRE DE l'ÉCUSE
évèques !, décida en faveur des religieux, et prononça que le prieuré de Lièvre ne pourrait jamais être aliéné ni démembré, sous quelque prétexte que ce fût, de l'abbaye de Saint-Denvs. La lettre svnodale, datée du 27 août 853*, est adressée à Conrad môme pour l'avertir qu'il ne pouvait pas en conscience jouir d'un bien qui ne lui appartenait pas et dont l'abbé n'était pas le maître de lui transmettre la propriété 3. Les évéques , dans cette lettre , qualifient Fulard, abbé, de pieuse et sainte mémoire : ce qui marque combien le nom de cet illustre Alsacien , fondateur du monastère de Lièvre, était alors en bénédiction 4.
Conrad céda à la justice et aux instances du concile de Verberie. L'empereur Lotbaire , dans le royaume duquel était situé le prieuré de Lièvre, confirma à Louis, abbé de Saint-Denys, la donation qui en avait été faite à son abbaye. Il lui renouvella aussi le privilège, par lequel Charlesmagne, son grand-père, avait accordé au monastère de Lièvre , sur le domaine royal , plusieurs biens et forêts situés en Alsace, aux environs de Kinsbeim, près de Selestadt, avec le droit de pôcbe et de pâturage 5. Le diplôme de Lotbaire fut expédié à Verdun , le 4 d'août 854 6. Erebangier , comte du Nordgau , ou de la Basse-Alsace,
* Les noms de ces évoques, sonl Wcnilon de Sens, Paul de Rouen , Amairir de Tours, Hincmar de Rlieims, Tcutbold de Langres, Anscgaud d'Avntnehes, Pardule de Laon , Hrothad de Soi*sons, Immon de Nuyon, lrminfrid de Beauvais, Erpoin de Sentis, Hiluierari d'Amiens, Agius d'Orléans, Erloin de Cuutances, Daltfrid de Rayeux, Gunlbcrt d'Evreux, Cirard de l.isieux, Hildebrand de Seez, Jean d'Antiin, Godelsad de Chàlons-sur-Snône et Braiding de Mâron.
* Pièces justillcatives, tom. 2, num. 124, pag. CCXXXVl.
* Voyez M. Moreu, Discours sur l'histoire de France, tom. 10, pag. 273-725.
* Mabii.lon, Annal, benedici., tom. 5, lib. 54, num, M, pag. 2ti, et Femmes, Histoire de lubbaye de Saint-Denys, pag. 71.
* Pièces justificatives, totn. 2, num. 67, pag. CXIII.
* Pièces justificatives, Ion,. 2, num. 125, pag. CCXXXVIII.
qui avait obtenu, en 843, la propriété du village de Kinsheini s'appropria une partie de la forêt qui dépendait du monastère de Liepvrc s. L'abbé Louis eut, quelque temps après, le malheur de tomber entre les mains des Normands. Il n'obtint la liberté qu'après leur avoir payé une forte rançon 3. 11 épuisa, pour y fournir, les trésors et les ornements de plusieurs églises de France 4. Les moines de Saini-Denys furent assez généreux pour lui accorder les revenus du prieuré de Lièvre , dont ils jouissaient euxmêmes , ainsi que d'autres prieurés situés en Lorraine et en Germanie, qui dépendaient également de l'abbaye. Mais, se contentant d'en avoir la jouissance pendant sa vie , cet abbé remit Lièvre et les autres prieurés à ses religieux, voulant que leurs revenus, après sa mort, fussent employés pour leur nourriture et leur entretien, pour le luminaire* de l'église et pour la réception des pauvres. Charles-le-Chauve, roi de France, dont Louis était parent et arebiebancelier , confirma cette disposition par son diplôme daté de Compiègne , de l'année 856 \ Lothaire, roi de Lorraine, vint, en 866, à Epfich, en Alsace. Il y renouvella, le 12 juin, le diplôme que l'empereur Lotbaire, son père, avait donné douze ans auparavant en faveur du monastère de Lièvre °.
Louis , abbé de Saint-Denys , survécut peu de temps à
' Pièces justificatives, num. 417, /wij/. CCXXIl et CGC XXX.
* C'est ce qu'on lit, écrit d'une très-ancienne main, au dos du diplOme de Lothaire, de 854. « Confirmatio Hlotharii imperatoris de sylva pertinente ad Fol- « radi villare, (pjain abstraxit Erkengarus cornes de audo Wilvillare. »
» Annales Behtiniani, apud liouquetum, loin, 7, pag,78.
* Mabillox, foui. 5, cit., iib. 33, pag. 65 et Felibieh, Uv. 2, pag. 8S et 86. ' Pièces justificatives, tom. 2, num. 126, pag. CCXL.
* Calmet , Sotice de la Lorraine , loin. 1 , pag. 64$ et Schœpflin , AUat. illust., tom. 1, pag, 699.
192 HISTOIllE DE L'ÉGLISE
cette époque. Il mourut le 9 janvier 807 *, sans avoir embrassé l'état monastique, quoique promu aux ordres sacrés.
Le roi Charles-le-Chauvc se lit nommer à cette abbave
après sa mort2. Il en fut abbé laïque, ainsi que Robert, comte de Paris, père dé Hugues- le- (irand et aïeul de Hugues Capet. Hobert, quoique marié, possédait plusieurs abbayes, entr autres celle de Sainl-Dcnys dont il fut gratifié par le roi Eudes, son frère3. Sous Hobert, les religieux conservèrent la jouissance du prieuré de Lièvre. Il obtint même de Charles-le-Simplc , roi de France, des lettres datées du 5 juin ÎM)3, pour assurer les moines contre les entreprises des abbés de Sainl-Dcnys, ses successeurs, qui voudraient les inquiéter dans cette possesion *. Ce Hobert, que Charles-le-Simple qualifie, dans son diplôme, de son très-chéri et vénérable comte, se révolta contre lui et se lit couronner roi, en 922 \ Mais il fut tué dans une bataille, que Charles lui livra, le 24 de juin de l'année suivante. Le monastère de Lièvre avait été, en 903, sous la domination de Louis IV, roi de (iermanic : il passa ensuite, avec la Lorraine et l'Alsace, sous celle de Henril'Oiseleur et des empereurs Olhons. Olhon 11, auquel l'abbé de Saint-Denys, nommé aussi Hobert, sciait adressé pour être maintenu dans toutes les possessions que son
* Felibiem, liv. 2, pag. 92, et Gallia chrhtiana, tout. 7, pag. 558.
* Fei.ibik.n, pag. 95 et 97.
' Idem , pag. 101.
4 Pièce» justificatives , tom. 2, mm. 109, pag. CCCXV.
* AT?. Faire mention de la charte de Robert de 923.
Nule de l'éditeur. Nous n'avons trouvé dans le manuscrit de C.RAMUDIF.R aucune rédaction qui réponde à l'objet de cette note. Sous le N° 255 des pièces justificatives du tome 1" de Y Histoire d'Alsace, Grandidicr donne la notice de la charte; nous y renvoyons le lecteur.
abbaye avait en Alsace , lui ratifia en particulier la donation du monastère de Lièvre et ses appartenances, en renouvelant les différents privilèges de ses prédécesseurs. Le diplôme de l'empereur Othon II, daté de Bruxelles *, 15 octobre 980*, fut expédié, à la demande de l'abbé Robert et aux prières de l'impératrice Théophanie 3.
Le prieuré d'Andaldevillers , ou de Saint-Hippolyte, fondé également par Saint-Fulrad et soumis aussi à son abbaye de Saint-Denys4, eût toujours le môme sort et subit les mêmes changements que celui do Lièvre, dont il était voisin 5. Othon II, dans ses lettres de 980, laisse à l'abbé de Saint-Denys la liberté de nommer l'avoué du monastère de Lièvre, Henri III, dans celles qu'il lui accorda à Strasbourg, le 20 janvier 1056 6, aux prières d'Agnès, son épouse, et de Henri IV, son fils, renouvella ses biens et ses privilèges, sans parler des droits d'advocatie. Mais les
• Actum Broclttale. C'est Bruxelles , comme l'interprète dom Mabillon , Annal. Denedict., lom. 5, lib. 48, pag. XLVIll, et non Bnichsal, au diocèse de Spire, qui n'existait pas encore.
• Pièces justificatives ; cf. WURDTWEIH, nov. su'>s.dipl., tom. S, pag. 426.
1 Ce diplôme forme une preuve évidente contre les prétentions des moines de Saint-Emmeran de Uatisbonne, qui assurent que le corps de Saint-Denys Tut transféré dans leur abbaye , sous le roi Arnoul, à la fin du neuvième siècle. Ces prétentions ont clé réfutées, solidement et fort au long , par dom Doublet, Antiquités et recherches de l'abbaye de Saint-Denys , liv. 1, chap. 48, pag. 142-155, et chap. 50, pag 219-224, cl par dom Fklibien , liv. 3, pag. 120-125.
• Voyez le tome premier de celte histoire , pag. 429 et suiv.
• Les diplômes , par lesquels Henri II , roi de Germanie, confirme les privilèges du monastère d'Epinal , le 22 juillet 1003, apud Gai.het, Histoire de Lorraine, tom. 1 , preuves 564, et ceux de l'abbaye de Paycrnc , le 21 octobre suivant, apud IlERf.oTT, Orig. Ilabsburg., tom. 2, pag. 96. sont tous deux datés Actum in Sancto Hippolito. Mais nous ne voulons pas assurer que ce Saint-Hyppolyte soit le même que l'endroit dont nous parlons, comme le croit Sr.uccm.iN , Alsat. illust., lom. 2 pag. 275, parce qu'il y a en Franche-Comlc , sur le Doubs , une ville du même nom , qui appartient aujourd'hui a M. le comte de Mont-Joye.
• Pièces justificatives ; cf. Wurdtwsik , nov. subs. dipl., tom. 6, pag. 224.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
ducs de Haute-Lorraine se Tétaient dès-lors arrogé par la concession des empereurs. Le pape Saint-Léon IX, par sa bulle de 1052, confirma l'advocatic des monastères de Lièvre et de Saint-Hippolytc à Gérard d'Alsace, duc de Lorraine1. Celui-ci s'empara, en cette qualité, des dîmes de Saintc-Marie-aux-mines et de Saint-Biaise, village éloigné d'une demi-lieue , qui appartenait au prieuré de Lièvre, ainsi que de tous les droits de jurisdiction , impositions et marché dont ce monastère jouissait dans le val de ce nom. Le duc Théodoric, ou Thierri, iils et successeur de Gérard, que l'empereur maintint aussi dans l'avouerie du prieuré de Lièvre a, rendit les biens usurpés par ce dernier à Yves, abbé de Saint-Denys, et à Manassés, prévôt de Lièvre 3. Pibon, évèque de Toul, Thierry, évôque de Verdun, Rcmbald, prévôt de Saint-Dié trois comtes et plusieurs autres seigneurs sont nommés, comme témoins, dans la charte qui en fut expédiée à Saint-Dié, en 1078, sous le règne du
* Le père Benoit Picart , gardien des capucins de Toul , auteur d'un traité sur l'origine de la maison de Lorraine, imprimée en 1704 , et d'une histoire ecclésiastique et politique de la ville et du diocèse de Toul, qu'il publia en 1707, ouvrages qui ont du mérite par leur travail cl leurs recherches ; le père Benoit, dis-je , rappelle celle bulle du pape Léon IX , dans sa réplique aux deux lettres, qui servent d'apologie au traité historique de Baleicourt, imprimé en 1713, tom. 2, pag. 62.
* Mémoires du président Alix, cités par Benoît Picart , Oiigine de la très illustre maison de Lorraine, chap. 20, pag. 195.
* L'original de celle charte se trouve dans les archives de l'église cathédrale et primaliulc de Nanci. l)om Cai.het, Histoire de Lorraine, tom. 1, liv. 20, pag. 4121, en suspecte mal-à-propos l'authenticité. Il en a donné lui-même le sceau gravé, tom. 1 , planche 2, num. IV, qui représente un homme armé de toutes pièces, avec celte inscription : Theodorieus Dei gratta Lotharingorum dux.
1 La charte porte Eglulftts S. deodali prœposilus. Mais le copiste a ici doublé le nom û'Eglalfus . qui est celui d'un simple témoin. Le prévôt d'alors se nommait Rembald , comme le prouvent les lettres de Pibon , évèque de Toul , imprimées dans l'histoire de l'église de Saint-Dié , pag. 55 i cl 555.
roi Henri, et sous le pontificat du pape Hildebrand C'est le nom que le duc Thierri donne à Grégoire VH. Simon, son fils, qui lui succéda, en 1115, dans le duché de Lorraine, fut confirmé dans les advocaties de Lièvre et de Saint-Hippolyte par l'empereur Lothaire II , son beaufrère9. Le monastère de Lièvre est rappelé, dans une charte de Gebhard, évôque de Strasbourg, par laquelle il donne, vers Tan 1138, l'absolution à un prêlre, nommé Asson, qui avait possédé injustement quelques dîmes appartenantes au prieuré 3. Il est aussi nommé, avec ses dépendances *, au nombre des possessions de l'abbaye de Saint-Denys, dans la bulle du pape Adrien IV, datée du 18 décembre 1156 *. Les prieurs de Lièvre et de Saint- Hippolyte étaient appelés tous les ans au chapitre général de cette abbaye, avec les autres prieurs qui en dépendaient0. On compte parmi les prieurs de Lièvre, Jordan, qui vivait en 11767, Eudes de Franconville, qui mourut en 1338 8, et Jean, qui obtint, en 1378, le droit de bourgeoisie dans . la ville de Strasbourg °.
L'abbaye de Saint-Denys jouissait dans le village ou bourg de Lièvre, où était situé le prieuré , ainsi que dans
1 Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , nov. subs. dipl., tom. 6, pag. 249.
* Benoit Picart, Origine de la maison de Lorraine , chap. 2, pag. 216.
* Gallia christiana , tom. S, pag. 798.
* Prioratus Levraa in Alatnania eu m omnibus appenditiis suis. 1 Doublet, Antiquités de Sainl-Denys , liv. 2, pag. 504.
■ Idem , livre 4, pag. 309 et 430. Un ancien cartulairc de l'abbaye de Saint- Denys, écrit en 1*11 , apud Felibien ; pièces justificatives , pag. CCXXI1I , fait mention des prieurés S. Ilippolyd in valle leporis et S. Alexandri de Lebraha.
1 Qui passa, en cette année, un contrat d'échange avec Burchard Schulthciss, Gallia christ., tom. 5, pa$. 799.
' Selon Felibien , liv. 5, pag. 273, et la Gallia christiana, tom. 7, pag. 399.
' Les lettres de reconnaissance Johannis prœposili in Lebrake , par lesquelles il reconnaît avoir été reçu ci vem civitatis Argenlinensis , datées de l'an 1378 , se trouvent dans Wencker , de Pfalburgeris , pag. 23.
HISTOIRE DE LÉGLISE
le val de ce nom, de toute la justice et jurisdiction temporelle, comme le prouve la bulle d'Alexandre IV, du H octobre 1259 K Mais les ducs de Lorraine, en leur qualité d'avoués, s'emparèrent insensiblement de plusieurs de ses droits. Le pape Clément VI, qui monta, en 1342, sur la chaire pontificale , confirma les privilèges du prieuré de Lièvre a. L'empereur Charles IV, qui vivait dans le même temps, donna, le 27 avril 1348, des lettres pour mettre l'abbaye de Saint-Denys à couvert des usurpations , que plusieurs seigneurs , tant ecclésiastiques que laïques, faisaient sur les biens du même prieuré *. Le même prince, étant à Selestadt, renouvella, le 12 mai 1354, au prieur de Lièvre * les privilèges des rois, ses prédécesseurs, et surtout ceux qu'avaient accordés les empereurs Charlesmagne, Charles-le-Chauve et Henri III *. Toutes ces précautions furent inutiles. Charles, duc de Lorraine, s'empara entièrement, vers l'an 1400, des biens, droits et domaines qui appartenaient au prieuré de Lièvre. Les religieux de Saint- Denys et Philippe de Villette, leur abbé, réclamèrent . l'autorité de Charles VI, roi de France, pour se les faire restituer. Le roi en écrivit plusieurs fois au duc pendant deux ans; mais ces plaintes demeurèrent toujours sans effet , parce que celui-ci tardait toujours de répondre0.
' Publiée sur l'original par Doublet, liv. 2 , pag. 394 , dans laquelle ce pane rappelle cnlre les possessions de l'abbaye de Saint-Denys in diœcesi Argentinensi villam in prioralum de Lebraha cum temporali jurisdielione et omnibus pertinente suis.
* Calmet, Notice de la Lorraine , tom. 4, pag. H45.
* Archives de la chambre des comptes de Nanci. Dans ce diplôme , Lièvre est qualifli-e Abbatiola, in pngo Alsatiœ , quœ dicitur lebraha.
* Supplicalionibus religiosorum et conventus monasterii Lebracentis ordinis S. Benedicti Argentinensis diœcesi* , nubis et imperio immédiate subjecti.
* Ses lettres de 1354 se trouvent dans DOCBLET, liv. S, pag. 986.
* Pelibien , liv. 6 , pag. 521%
Enfin ayant promis de le faire, le 6 janvier 1405, le roi ordonna à son bailli de Vitry, d'envoyer un ou deux de ses officiers avec les députés de l'abbaye, pour recevoir la réponse du duc. La lettre est datée de Paris , 24 octobre 1404 Les uns et les autres se rendirent à Nancy, au jour fixé ; mais n'y ayant pas trouvé le duc, ils y retournèrent le 13 mars suivant. Les députes produisirent devant le conseil ducal les titres qui justifiaient leurs droits. On leur donna pour toute réponse que le duc était en possession de tout ce qu'ils répétaient depuis la mort de Jean d'Eschery, son vassal, mort, en 1381 , sans postérité*. Les députés, entre lesquels était le prieur de Lièvre , répliquèrent que si ce noble ou ses ancêtres avaient possédé quelque chose de ce prieuré, cela n'avait été que par la grâce et le consentement des prieurs. Le conseil n'eût aucun égard à leurs raisons. L'abbaye envoya, au mois de décembre 1405, faire une nouvelle sommation au duc pour la restitution , avec offre de s'en rapporter à l'arbitrage de quels juges il voudrait choisir, à l'exception de ses sujets et de ses vassaux. Mais le duc Charles demeura ferme à ne vouloir se soumettre qu'à la justice de son pays. Ainsi il demeura possesseur du prieuré de Lièvre et de celui de Saint-llippolyte 3. Le premier fut accordé, au commencement du seizième siècle, à Warin de Dommartin, évéque de Verdun,
• Et se trouve dans Doublet, liv. S, jhjq. 105 i. I| y est dit que la justice. , la jurisdiction et seigneurie au val de Lièvre, arec plusieurs autres droitures et appartenances , jadis furent données et octroyées par les rois de France , de leur propre domaine, au prieuré de Lièvre, et appui tiennent à l'église de Saint-Dengs à cause dudit priorè , qui est membre d'icelle.
« On trouve , en 1306 , scion dom Calmet, Notice de la Lorraine, lom. 1, pag. 646 , Henri Waflelcr d'Eschery investi en fief par Ferry IV, duc de Lorraine , de tout ce qu'il possédait dans le val de Lièvre.
* Calmet, Notice de la Lorraine , tom. i, pag. S69 et S70.
qui le possédait en commende. Ce prélat l'ayant remis entre les mains du pape, Alexandre VI le réunit, à la sollicitation de René H, duc de Lorraine, à la collégiale de Saint-Georges de Nancy f. La bulle est datée du 16 avril 1502*. L église primatiale de cette ville, fondée en 1002, entra en possession des revenus du prieuré de Lièvre et de celui de Saint-Hippolyte , devenu une dépendance du dernier, en vertu de la réunion que le roi Stanislas fit à cette église, en 1742, de celle de Saint-Georges, pour ne former ensemble qu'un seul et m£me corps 3. On sait que le pape Pie VI, par sa bulle datée du 19 novembre 1777, confirmée par lettres patentes de Louis XVI , du mois de janvier suivant, érigea la primatiale de Notre-Dame de Nancy en un évêché suffragant de Trêves et en un chapitre cathédral. C'est au titre de ces deux prieurés que ce dernier jouit d'une partie des dîmes de Lièvre, de Saint-Hippolyte, de Sainte-Marie-aux-mines-Lorraine et de Sainte-Croix, ainsi que du droit de patronage des cures de ces quatre endroits.
4 L'église collégiale de Saint-Georges, fondée au quatorzième siècle , par Raoul, duc de Lorraine, dans l'endroit où est aujourd'hui l'hôtel du gouvernement , Tut démolie en 1742.
1 Archives de la cathédrale primatiale de Nancy.
1 Recueil des ordonnances et règlements de Lorraine , tom. 6, pag. 541.
ESGIIAU.
Nous nous sommes étendus sur ces deux prieurés, parce que, peut-être, nous ne trouverons plus Toccassion d'en faire une mention particulière. Nous serons plus court en parlant de l'abbaye d'Eschau, fondée en 777, par Remi, évéque de Strasbourg !. Elle fut entièrement détruite par les Hongrois qui ravagèrent l'Alsace en 926 a. Les ehanoinesscs furent obligées de se disperser et l'abbaye ne répara ses ruines que sur la fin du siècle dixième. Elle fut rétablie par Widcrold, qui devint évéque de Strasbourg, en 991, auquel l'empereur Otbon III avait confié le soin des monastères d'Alsace3. Ce prélat dota l'Abbaye d'Eschau du village de Bettendorff près d'Altkirch, et de plusieurs biens situés à Gundolsheim , Meyenheim, Fessenbeim, Eguisheim, Wittenheim, Thann, Uffholtz, Nambsbeim, Aspacb et Saint-Germain. Tous ces endroits font partie de la Haute- Alsace. Widerold lui accorda aussi l'église et les dîmes de . Kertzfeldcn , endroit situé dans l'évêcbé et le diocèse de Strasbourg. Le* grand chapitre, qui est aujourd'hui en possession des revenus de l'ancienne abbaye d'Eschau , jouit dans Kertzfelden du droit de patronage et de la moitié des .
* Tome premier, payes 313-509 et 435 et 436.
* Tome second , Uv. 6, pag. 303 et 304.
* Voyez ci-dessus , pag. 63.
200 H1ST. DE L'ÉGLISE DE STUASBOI'IIG. LIV. Il II TI LUE.
dîmes. Elle compte aussi entre ses bienfaitrices Sainte- Richarde et Sainte-Adélaïde. La première lui accorda des biens à Kiensheim et la seconde à Eguisheim. Guillaume, qui devint évêque de Strasbourg, en 1209, donna à l'abbaye d'Eschau l'église de Sainte-Hélène, dite Rotlikirch, près de Strasbourg, avec la paroisse de Schiltigheim et plusieurs biens situés à Achenlieim , Wendenheim , Altbrunn et Dicffenthal. Hetzelon, qui succéda, en 1047, à 1 'évêque Guillaume, augmenta cette donation par celle de la cour seigneuriale de Fcgershcim, du droit de patronage et les deux tiers de la dîme dans le meme endroit; le grand chapitre de Strasbourg les a conservés. Hetzelon eut, en 1065, pour successeur dans l'évéché de Strasbourg Werinhaire, comte d'Achalm, dont la sœur, nomme Béatrice , devint abbesse d'Eschau *. Le nécrologe de l'abbaye de Zwifalten, fondée, en 1089, par Gunon et Lintold , ses deux frères , place sa mort au 2 de mai *. Ce monastère obtint aussi, vers le milieu du douzième siècle, d'Egenon, comte d'Urach, et d'Annon de Kippenheim des terres de l'autre côté du Rhin, à Oberschopffcn et à Ichenheim. La libéralité des fidèles la gratifia, dans lemême temps, d'autres biens situés en Alsace à Mittelw eyler, Stotzenheim et Molsheim. L'ancienne notice de l'abbaye d'Eschau , écrite vers l'an 1066 3, et la bulle que le pape Alexandre 111 accorda, le 13 juin 1180, à l'abbesse Wurtrudes, détaillent ces différentes donations.
1 Voyez la chronique d'Ortlicb , apud Hess , m scriptoribus rerum guelficarum. pag. 169; Sttf.Ki», Annales monasterii Zwifallensis, part. 1, pag. 11, et le livre neuvième de tel ouvrage , Episcopul de Werinkaire II.
1 Apud eunuJcni Hr.ss, pag. SiS. « 17 non. niait beatrix Abbatissa, soror tomi- • lis Luitoldi. »
* Pièces justificatives ; cf. Wurdtwein , nov. svbs. dipl., lom. 6 , pag. 2$3 , et tom. 10, pag. 90.