LIVRE IUITIEME
du moins, la tradition ancienne de l'abbaye, nous apprend que Sainte-Kiehardc bâtit ÀndJau , dans le même endroit où elle découvrit un ours , qui faisait une fosse dans la terre On montre encore cette fosse dans l'ancienne chapelle souterraine, qui est au-dessous du chœur de l'église abbatiale *, et pour en conserver la mémoire, on a entretenu pendant longtemps un ours dans l'enclos de l'abbaye 3. Les boulangers, qui fréquentaient le marché d'Àndlau, étaient autrefois obligés de fournir chacun un pain par semaine pour la nourriture de cet animal 4. La figure de cet animal se trouve souvent représentée tant dans l'église
miers fondements de celle ville. Celte opinion , qui n'est peut-être pas mieux fondée que lu tradition d'Andlau , a cependant tellement prévalu , que Berne porte encore aujourd'hui un ours dans ses armoiries et en nourrit dans ses fossés. Les ducs do Lorraine, depuis René H jusqu'au milieu de noire siècle, ont aussi entretenu, à leur cour, un ours , en reconnaissance des services que le canton de Berne avait rendus à ce prince, en pressant efficacement les aulrcs cantons de la Suisse à lui donner du secours contre le duc de Bourgogne.
* De Reyr , Antiquités de la Vosge , partie 5 , liv. 1 , chap. 30, pag. 233 , et Auhertin , chap. 8, pag. 50, racontent que Sainte-Richarde apprit, par une vision céleste, qu'elle devait bâtir un monastère dans l'endroit où clic trouverait un ours avec ses petits. Se promenant dans la vallée d'Eleon , elle rencontra un de ces animaux, faisant une fosse dans la terre , sans s'étonner des personnes qui étaient à la suite de la reine.
* Cette chappelle , dédiée à Notre-Dame, sous le titre D. il. V. in rrypiâ, est assez pr-aiidc et soutenue par dix colonm s de pierre de taille : elle passe pour avoir été l'église primitive, ou du moins le premier chœur de l'abbaye. Al'RERTlK , qui écrivait en 1665, dit, lib. rit., pag Si, qu'on y votait de son temps le creux, ou la fosse que lit l'ours de la profondeur de deux coudées , et qu'en mémoire de celle merveille, on a nourri de temps en temps des ours à l'abbaye. Ce Irou subsiste encore aujourd'hui , fermé d'un couvercle de buis qu'on peut ouvrir.
' Quelques accidents, occasionnés p;ir l'ours, ont fait réformer cet animal depuis plus de deux siècles. On voyait encore en 175V , dans la cour de l'abbaye, une grande pierre, à laquelle il était autrefois allaclié.
4 On lit dans le registre des droits de l'abbaye, renouvelé vers 13V8, fol. 73 .
• Die Ebtissin sol haben eincn Bern , und cin jegelich Brotbecke , der uffe diseme
• Merkete Brol veile hat, der sol zu der Worhcn geben der Bern ein Brpt. »
HISTOIRE DE I.' EGLISE
et sur les tableaux , que dans la cour et le jardin. Deux ours forment encore aujourd'hui les supports des armes de l'abbaye.
Les annalistes ne sont pas d'accord sur l'année précise de la fondation de celte abbaye La plupart même se trompent, en la plaçant postérieurement au divorce de Richarde, avec Charles-le-Cros, son époux Son origine date de l'année 879 ou 880. La preuve s'en trouve dans la donation que fit Richarde de quelques biens , situés à Meistersheim et à Krautergersheim \ en faveur d'un particulier, nommé Huton, de Walburge, sa femme et de Wulpirge, sa fille. Elle déclara ces biens réversibles, après leur mort, à l'église du Saint-Sauveur d'Eleon. Cette donation fut confirmée par Charles-le-Gros , le 10 juillet 880 *. Ce prince se rendit l'année suivante à Rome, avec son épouse, et ils y reçurent tous deux, le 25 décembre 881 , la couronne impériale des mains du pape Jean VIII 5. L'impératrice, de concert avec son mari, et en présence de tous
1 Dom Calmet, Histoire de Lorraine, ton». 4, lit'. 45, paij. 797, la place à l'an 870 ; Koknigshoven , Elsdssische Chronicke, cap. S, pag. 286; Moreri , Dictionnaire historique, tom. 4, pag. 415, et Helyot, Histoire des ordres monastiques, tom. 6 , pag. 450, à l'année 880; Ll'Nic , Spicilegii ecclesiasl. , tom. S, cont. 4, pag. 4148 à l'an 881: Cnusius, Annal: suevk tom. 1, part. 2, lib. 5, pag. 68, et Benoit Picart , Supplément à l'histoire de la maison de Lorraine, part. 4, pag. 90 à 888, etc. Les auteurs de la Gaule chrétienne, tom. S, pag. 880, paraissent incertains entre 880 et 887. Le I». Laculle, ainsi que Schoki'KMN, Alsat. illust., tom. 4 , pag. 757 et tom. 2, pwj. ÎG2 , ne disent rien du temps de sa fondation.
* Dans ce nombre M>nl dr> Iti Yii, par. 255\ Coeurs, in Uaguberlo rege,cap. 4, pag. 25; Aibertin , rhap. 6 et 8 , pou. 40 et 48; Stiltini;, in commenlario ad acta S. Gauilini Tullensis episcopi , inter acta S. S., tom. 5, septemhi is, pag. 146, etc. De 1U\« , dit aussi , ri la page 254, qu'elle fut fondée, en 8S7.
4 Quelques-uns lisent Ber^heim.
* Pièces justificatives, tom. 2, t,um. 146, pag. cci.xix et cccxxxi.
* Hermannus Costractls, in chronico apud Canisium , lecl. Antiq., tom. 5t pag. 253 et Lcgcnda S. Riciiardis, pièces justifie ■:. tires , num. 166, pag. CCCX.
les grands de l'empire, offrit dans le môme temps et soumit au Saint-Siège l'abbaye d'Andlau, qu'elle venait de fonder1. Le pape Jean la prit sous sa protection et lui accorda un privilège particulier pour la libre élection de l'abbesse8. Mais il exigea de cette nouvelle abbaye, à titre de reconnaissance, un cens annuel, consistant en deux amicts, deux aubes, une étole, une manipule et une ceinture 3. Ce cens destiné aux ornements pontificaux du pape, qui consistait, sur la lin du dixième siècle, en une redevance de trois aubes * , fut changé, au douzième, en celle vingt-cinq aunes de lin drap de lin 5 ; et il continua d'être payé jusque sur le fin du seizième siècle A.
* Pièces justificatives, tôt». 2, num. US et 172, putj. cctxxn et cccxix.
* Ibidem, num. 16S, pwj, or.cxiv.
' C'est le détail que l'impératrice Richarde a elle-même inséré dans ses statuts. Ibidem, num. 165, pan. cccviil. I.a plupart des abbayes, soumises immédiatement au Saint-Siège, lui payaient autrefois un cens annuel. Nous avons vu dans le tome précédent de cette histoire , que celle de Sainte-Croix , de Wufïcnheim , près de Colmar , fournissait la rose d'or , que le pape bénit le quatrième dimanche de Carême , pour l'envoyer à quelques prince ou princesse , en marque d'estime et de bienveillance. L'abbesse de Rcmiretuont, selunDomCAi.UET, Ilisl. de Lorraine t tom. .T, preuves, pag. xlyi, donnait au Saint-Siège tous les quatre ans un cheval, ou palefroi blanc, harnaché d'une housse, ou caparaçon de pourpre, equum candidum cum astulino pallia.
* Camisiales 1res , dit le pape Sylvestre, dans ses lettres de 999. On lit dans les bulles de Léon IX, de 1050 et de Victor II, son successeur, 1res panni linei, pontifical! usui apti.
■ Comme le prouve le livre des cens de l'église romaine, écrit en 1192, par le cardinal Cexsii's, apud Muratorium, in anliqutl. italici* metlii œvi, tom. S, p. 876. « In episcopatu Argentitieiisi , monasteriiim moiiialium in Andala , subtilis panni « linei annuatim XXV ulnas. »
* On conserve, dans les archives d'Andlau, la quittance originale de Jean , évéque de Worms et nonce du Saint-Siège, de l'an I3C6, qui atteste avoir reçu de Catherine de Ceroldseck , ahbessc d'Andlau , quadt iginla florenos boni auri et juf.lt ponderis . . . ratione census , in qua ipsa abbutissa et ttuum monasleriitm sancte romane ecclesie obliganlttr. Le pape Urbain V, en confirmant, en 1367, les privilèges de cette abbaye, exige pour lui et ses successeurs la redevance annuelle de
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Charles-le-Gros, de retour en Alsace, assembla à Sélestadt une diète générale de la nation. Il y accorda et soumit, en 881, les deux monastères de llonmoutier et d'Estival, à l'abbaye d'Andlau. Nous aurons lieu d'en parler plus amplement à la fin de cet article. Ce prince la dota aussi d'un grand nombre de biens, entre lesquels on peut compter les villages et les cours d'Endingen et de Kentzingen, dans le Brisgau 1 , qu'il lui accorda pour servir à l'entretien de l'église et de l'autel du Saint-Sauveur , ainsi qu'à la nourriture et à riiabillement des ebanoinesses *. Il
trois draps de lin. L'abbcsse Sophie, délivra en 1422, au collecteur de la chambre apostolique dix florins du Rhin , qu'elle devait pour cent aunes de (in drap de lin, qui formai! le cens de quatre années. Le pape Grégoire XIII nomma, en 1574 , Jean de Slanderscheidt , évèque de Strasbourg, protecteur et conservaleur de l'abbaye d'Andlau , sous la condition qu'il fou mirait au Saint-Siège, singulis annis camisialcs 1res in recogniiionem jutïs romanœ ecclesiœ. Ce cens annuel , fut délivré, en 1576 , au cardinal Jean Moron, nonce du Saint-Siège, en Allemagne, en nature de vingt-cinq aunes de drap de lin. Mais le pape Grégoire XIII . exempta pour toujours de celte redevance, en 1579 , l'évéque de Strasbourg II paraît que depuis ce temps, l'abbaye d'Andlau a également cessé de s'en acquitter; du moins nous n'en trouvons pas d'exemples plus récents.
* Pièces justificatives, foi». 2, num. 165, pag. 506. Ce sont aujourd'hui deux petites villes du Brisgau , voisines l'une de l'autre, appartenantes A la maison d'Autriche. Kcntzingen, est située sur l'Ellz , au -dessus d'Kttcnhcim. C'est le premier endroit du diocèse de Constance, depuis Hcrboltzheim, qui est de celui de Strasbourg. Un petit pont, situé sur la Bleiche, qui se trouve entre l*un et l'autre, forme la séparation des deux diocèses.
* L'abbaye d'Andlau ne possède plus rien depuis longtemps à Kentzingen et Endingcn. l'nc charte de l'abbcsse Hedcwigc , conservée dans les archives du monastère de Tennenbach, et datée d'Endingen, du 4 mai 1223, fait voir que l'abbaye d'Andlau avait alors des biens et des vassaux dans cet endroit. L'abbessc Adélaïde vendit, en 1 34 i, les cours d'Endingen et d'Altcn-KcnUingen avec la juridiction et tous les biens de huit villages voisins qui en dépendaient, au magistrat respectif de ces deux endroits, s'y réservant seulement une maison et le droit de patronage des églises paroissiales. L'abbesse Marie-Magdelene vendit, en 1575, celui de la cure d'Endingen à l'abbaye de Tenncbach, pour la somme de mille florins, On ignore le temps où le droit de patronage sur Kcntzingen fut aliéné,.
lui fit aussi don de la cour seigneuriale de Kinsheim en Alsace, à laquelle étaient attachés plusieurs droits, en tr autres le quart des dîmes. L'autre quart appartenait déjà au monastère de Lièvre 2 , et la moitié restante continua d'être possédée par les comtes du Nordgau, jusqu'en 1094, qu'elle passa à celui de Sainte-Foi, de Sélestadt 3. Le village de Kinsheim resta pour la seigneurie domaine impérial 4 jusqu'en 1338, qu'il fut accordé en propriété par l'empereur Louis, de Bavière, à la ville de Sélestadt5, qui en est encore aujourd'hui seigneur. L'abbaye d'Andlau conserva, jusqu'en 1534, le droit de nommer le Schulteiss ou le prévôt de ce lieu 0 , 'et y jouit encore aujourd'hui du quart des dîmes. Il parait que Kinsheim était autrefois considérable, puisqu'outre les cours seigneuriales que plusieurs églises y avaient, on trouve que Sainte-Richarde y accorda plusieurs biens et revenus aux
* Pièces justificatives, tom. 2, num. 165, pag. cccvin.
* Pièces justificatives, tom. 2, num. 125, pag. ccxxxvw. De là vient que le bannus S, Dionysi et le bannus S. liichardis in Kunesheim , sont rappelés dans la charte de Frédéric II , duc d'Alsace et de Suabc , pour le monastère de Sainte-Foi de Sélestadt, de 1105.
* Voyez les pièces justificatives , num. 15, et l'article particulier, qui concerne ce monastère.
* Puisque l'empereur Rodolphe engagea , en 1286, villam Kuningishtim cum hominilMs et pertinentiis universis , à Hartman et Egilolphc de Rnlhsamhausen , pour cent cinquante marcs d'argent.
* Ce qui fut confirmé, en 1347, par Charles IV, son successeur.
* L'abbessc Cunégonde de Reinach vendit, en 1536 , la cour seigneuriale de Kinsheim et la charge do Schultheiss , avec tous ses droits et appartenances, au magistrat de Sélestadt pour la somme de quinze cent llorins. Le pape, Paul III , autorisa cette aliénation par sa huile du 11 août 1536 , par laquelle il permet à cette abbesse et à son chapitre de la faire, pour libérer les dettes de l'abbaje.
HISTOniE de l'église
abbaves d'Ebersmûnster 1 , d'Eschau * et de Gengenbach 3. Charlcs-le-Gros , son époux, donna encore à celle d'Andlau plusieurs biens , situés à Stotzenheim , à Walft 4 et dans la vallée qui porte ce nom 5. Ces biens étaient par-
I On lit dans la chronique d'Ebersmûnster : Yenerabilh Ricgardis imperatrix curlim unam in Kunigeshcim cutn omni décima ipsius allodii conlradidil. Guillaume , évoque de Strasbourg, en 1031 , les papes Lucc III et Honorius III , en 1183 et 1224, confirmèrent à l'abbaye d'Ebersmûnster, curtim in Cunegesheim eu m allodio vinearum et agrorum , cum omni décima sua, quod venerabilis Richardis regina conlrudidit.
* L'ancienne notice d'Eschau et la bulle d'Alexandre 111 , de 1180 , rappellent entre ses possessions, ex dono S. Rigardis duo jugera vinearum in Cuonengesheim.
* Les papes Innocent II et Nicolas IV confirmèrent, en 1139 et 1287, au monastère de Gcngenbach, decimalionem vint ab Ricgarde quondam illusiri regina collatam in Kunegesheim.
* WalIT est depuis le quatorzième siècle un fief de l'évôché de Strasbourg, possédé par MM. les nobles d'Andlau. L'abbaye de ce nom est patronne de la cour cl décimatrice universelle du ban. Nous verrons ci-après, que le droit de patronage et les dîmes de Walff appartenaient, au dixième sièle, au monastère d'Elival. L'empereur Henri, en 1111 et Innocent 11, en 1140, confirmèrent au même monastère, eccletiam cutn decimis de Falves. Mais on trouve que peu de temps après et même dès l'an 1147 , Elival n'y possédait plus ni l'une, ni les autres. On lit dans le registre des droits dn l'abbaye d'Andlau, écrit vers 1348, fol. 74 : • Die Ebtissin « von Andelahe liât gclwing und Ban zu Valve , uud sol einen Schulteiscn «ta « setzen. » Le pape Bonifacc IX, unit et incorpora, en 1403, à l'abbaye d'Andlau, parochialem ecclesiam in Valve , que de jure patronatûs abbaliœ Andlaviensis existil, avec tous ses droits et appartenances. Les lettres de Guillaume, cvèquc de Strasbourg, de 1408 , font voir que dès lors l'abbaye d'Andlau était en possession des deux tiers des dîmes et qu'elle obtint l'autre tiers par la réunion des revenus de la cure à la manse abbatiale.
II Les villages formant la vallée d'Andlau sont, outre Andlau et son faubourg, Eichliofen, Ilersweiler, Bernardsweilcr, Bciclisfeldrn, Walff, Bliensweilcr, Nothalleu et Zcll. L'abbessn n'en possède pas la seigneurie, mais elle y est décimalrice générale des bans cl elle nomme aux cures d'Andlau, de Walff, d'Itcrsweiler et «le Blicnswciler. Berthold, évèque de Strasbourg, unit, en 1352, tant à la masse abbatiale que capitulaire, les revenus de l'église paroissiale de Blicnswciler, qui était alors attachée à une prébende canoniale de cette abbaye, possédée par un chanoine noble , dont la prébende était à la collation de celte même abbaye. Cette union
DE STRASBOURG