‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 25 sur 47 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

ticulièrement destinés pour exercer l'hospitalité envers les pauvres et les malades , pour les dépenses de la porte et de la chambre et pour célébrer, dix fois dans Tannée, l'anniversaire de Chailes-le-(«ros et des rois ses ancêtres *.

Le lieu d'Andlau, avec toutes ses appartenances , fut aussi une des principales donations que ce prince fit à l'abbaye, conjointement avec Richarde *. Ce lieu , partagé depuis longtemps et même dès le douzième siècle, en deux paroisses3, devint, en Ii32, une petite ville*, qui était dès lors possédée par la noble maison d'Andlau 5. Celle-

fut confirmée, on 1364 , par "le pape l'rbain V. L'abbaye d'Andlau jouissait aussi autn f. is des dîmes de Barr et de Steinbourg et y avait le patronage des cure* de ces deux emiroits. Mais elles furent depuis cédées ou vendues, les premières a la ville de Strasbourg et les secondes à l'évoque du même nom. ' Pièces justificatives, tom. S, pag. cccix.

* Ibidem, jhkj. cccvn. On lit dans le registre de 1348 , que nous avons déjà cité, fol. 173 : » Kunig Karlc und Saut Kicharl salzcnt die rehtc daz ein jegelich « Eblissin sol baben gclwing und ban xu Andclnhe. »

* Ces deux paroisses, l'une et l'autre à la collation de l'abbcsse, sont la paroisse dis saints Fabien et celle de Saint-André. Nous parlerons de cette dernière à l'article d'Etival , qui obtint ecclesiam S. Andrœ de l'impératrice Ricbarde. Sigefridi presbyte r , (c'est-à-dire, curé) sanciorum Fubianï et Sébastian! , est nommé témoin d'une cbarlo de l'abbcsse Malhildc de 1114, ainsi que Fridericus presbyler de S, FabUmo, dans une autre de Hadvide, de 1172. Ce dernier signa Fridericus plebanus S. Fabiani , les lettres de Pévèquc Henri de 1187. La cure de Saint-Fabien fut ensuite unie à une prébende canoniale, possédée par un chanoine noble de la mémo abbaye et y resta attachée jusqu'en 1408 , qu'elle fut séparée , par Pévèque Guillaume: celui-ci en unit les revenus a la mansc abbatiale et cette incorporation fut confirmée, en 1419, par le pape Martin V.

* Ce ne fut qu'en 1432, qu'Andlau fut entouré de fossés, de remparts et d'un mur garni de neuf tours, dont huit subsistent encore en entier et servent aujourd'hui en partie de prisons. Depuis cette époque, elle prit le nom de ville : elle a aussi un Taubourg assez considérable, au milieu duquel coule la rivière d'Andlau et qui est ce qu'on appelle proprement VAmllauer thaï.

1 La preuve se trouve dans les lettres de Louis, Dauphin de France, qui en 1444 prend sous sa protection et sauvegarde ses chers et bien-aimés Pierre d'An-

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ci, comme nous le dirons autre part, en jouit depuis près de quatre siècles, à titre de fief relevant de l'abbaye.

La fondatrice obtint aussi de son époux la permission d'unirau domaine de son abbaye les terres, qu'elle avaitreçues en dot, c'est-à-dire, celles qui étaient situées dans le Brisgau. Elle y mit la clause, que ni l'abbesse, ni l'avoué ne pourrait dans aucun temps vendre, aliéner ou donner en fief ces terres particulièrement destinées au service des chanoinesscs Elle accorda aussi à l'abbaye les biens patrimoniaux, qu'elle s'était réservés à Zellenweiler, à Waldschcidt et dans les montagnes des Vosges. Ces biens devaient servir pour entretenir les bâtiments et les ornements de l'église, ainsi que pour payer le cens annuel dû au Saint- Siège. Ces biens situés dans les Vosges, devaient être considérables, puisque les villages et cbàteau de Wangenbourg, ceux de Birckwald furent bâtis dans des terrains qui lui appartenaient8, ainsi que le monastère d'Obersteigen,

dlou, Jehan d'Andelou, La%erhus el Ebral d'Andelou, èseuiers , ensemble leurs maisons , ville el forteresse d'Andelou et de Falwe et toux leurs appartenances avec les matons et habitons d'icclles

1 Pièces justificatives, tom. 2, pag. ccevi cl cccix. Celle clause ne fut pas scrupuleusement observée. Les malheurs et les dettes, dont l'abbaye était obérée, nécessitèrent l'aliénation. Nous avons déjà vu ci-dessus ce que devinrent les biens d'Endingen. Quanta ceux de Sexau , on lit dans M. Schoepfmn, llist. Zatïtiyo-liadensis, tom. 1 , pag. 560 , que l'abbesse Adélaïde les vendit le 25 mai 13i4 a Henri, marquis de Hachberg, pour deux cent marcs d'argent. En la même année, suivant le livre salique de l'abbaye, fol. H et 48 , l'abbesse, que nous venons de nommer, vendit ses terres et ses cours, situées à Bergen, à Niderbergen à l'abbaye de Tcnncnbach el celles de Balingen à des bourgeois de Fribourg, en se réservant, dans le premier endroit, le droit de patronage, et dans le second celui de nommer le Scliiiltlieiss. C'était Henri, marquis de Hachberg, aminci l'abbesse Sophie de Bappoblein avait conféré, en 1335, le Schulletat de Balingen; il y fut confirmé, mais seulement à vie, par Adélaïde de Gcroldseck, qui sucréda à Sophie.

* Ces deux endroits sont encore aujourd'hui fiefs de l'abbaye. Nous verrons ciaprès qu'elle avait aussi autrefois des biens seigneuriaux cl la justice à Sleinbourg, près de Saverne. Elle possède elle-même le château et la censé de Freudencck ,

qui fut fondé en 1221 , dans le territoire propre de cette même abbaye1. C'était aussi d'elle que les comtes de Dabo, relevaient leur château de Dagsbourg, avant leur extinction *. Charles-le-Gros accorda de son côté à l'abbaye d'Àndlau quelques terres , situées à Marley. Le diplôme, par lequel il les déclara réversibles à ce monastère, après la mort d'un de ses vassaux, nommé Otpert, est daté de Colmar, 15 février 886 3. 11 faut remarquer que cette abbaye avait autrefois à Marley, outre une cour franche *, le droit de monnaie'', avec celui de nommer le Schulteiss de cet endroit et celui du village voisin d'Odratzheim 6.

L'année 887 fut remarquable par le divorce de Richarde et par la déposition de Charles-le-Gros. Comme nous avons

prés de Wangonbourg , les censés de Sparsbrod et de Schaekcneek, près de Carbourg.

♦ In territoris sancte llichardis et nostro fuit condition, dit Hcdewigc, abbesse d'Andlau, dans l'acte de fondation de 1221 , renouvelé en 123* et confirmé par l'évèque Henri, en 1248. Nous développerons avec plus de détail celte fondation, qui forme aujourd'hui la collégiale de Saverne, dans les volumes suivants de cette histoire : nous nous contenterons ici de l'indiquer.

* Caslrum de Daijesburg cum suis pertinenciis , quod olim cornes Albert us de Dayesburc et (Ma sua ab ecclesia de Andelahe tenuertmt, dit la même abbesse Hedewige dans la charte de concession, quelle en fait en 1227 à l'évèque et à l'église de Strasbourg.

' Pièces justificatives, lom. 2, nutn. 1S3, pay. cci.xxix et cccxxxi. 4 Dite Stadelhoff, dont dépendaient les forêts d'Oedenwald et plusieurs biens considérables.

■ On lit dans le livre des fiefs de l'abbaye d'Andlau, qu'Albrecht Schinat de Marley possédait en 1362 la monnaie de Marley , die Mùnte iu Marley, a titre de fief de cette même abbaye.

4 Dès l'an 1380, l'abbaye avait aliéné une partie des droits, qu'elle avait à Marley , en faveur de Rulin Barpfenning. L'abbessc Maric-Magdelcnc de Rebstock , vendit le reste en 1581 a la ville de Strasbourg, pour la somme de neuf mille florins. Elle s'était réservé le retrait; mais ce rnméié fut aboli en 1673. L'nbbayc d'Andlau n'a plus dans les bans de Marley , kirchciin et Northcim que quelques biens fonds anciennement conférés en fief, mais réunis aujourd'hui au domaine direct.

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déjà détaillé ces faits, dans le livre cinquième de cet ouvrage 1 , nous prions le lecteur d'y avoir recours. Il y trouvera particulièrement notre sentiment sur la prétendue tradition, qui fait subir à Richarde l'épreuve superstitieuse du feu, pour prouver son innocence. Nous n'ignorons pas que ce sentiment n'est pas celui d'un ecclésiastique respectable, dont nous honorons les vertus et les talents, et dont l'amitié nous sera toujours précieuse, lequel paraît soutenir l'opinion contraire dans un ouvrage consacre à la prière publique4. Mais comme personne n'a encore répondu aux preuves et aux raisons, qui nous ont décidé à nier cette épreuve prétendue miraculeuse , on nous permettra d'observer simplement que le fait, dont nous parlons, rapporté par des écrivains modernes, qui sont en contradiction, se détruit encore par son in vraisemblance et par l'impossibilité de le concilier avec le récit d'autres historiens graves et contemporains. « Quand il arrive, dit un critique, qui « dans ce point ne doit paraître suspect à personne3, que « ni les auteurs contemporains, ni ceux qui les ont suivis « après un ou deux siècles, non point parlé d'un fait, et « qu'un auteur plus récent l'assure sans aucune autorité, « alors il n'y faut pas avoir égard ; autrement ce serait « ouvrir la porte à toutes sortes d'erreurs et de faussetés. » Sans répéter ici d'autres précieux témoignages que Dom Mabillon* et l'abbé Fleury5 ont rendus sur de pareils pro-

' Tome second, pag. 227%et suiv.

* Et imprimé en 1779. On y dit de Sainte-Richarde, à la page 73 et 76, édit. in-S° : « Obtulit se divino purgandam judicio. Ignis itaque circa illain accenditur : « immobilis in medio flammœ persistit Richardis, prorsùs lllœsa deo innocentiam « mirabiliter protegcnle »

3 Dom Mabillon , Etudes monastiques , p art, S, ehap. 8, pag. 235.

* Que nous avons cité , avec le témoignage de Melchior Canus , dans Je tome second de cet ouvrage , pag. 340.

* Dont le passage est cite à l'avant-propos du môme tome, pag. xi.

diges, nous transcrirons ici les textes de Robert d'Auxerrre1 et de Pierre de Celles *, qui nous ont paru de sûrs guides dans la discussion des faits miraculeux.

La religion, dit Saint-Augustin , ne consiste pas dans les rêveries des hommes ; elle nous ordonne de préférer la vérité à tout ce que l'imagination pourrait enfanter 3. Le concile de Cologne, de 1536, ordonne d'être scrupuleux dans le choix des prodiges, qu'on veut présenter à la vénénération publique4. « Les miracles rapportés par l'écri- « ture, dit un savant et pieux hagiographe5, sont des faits « révélés et l'objet de notre foi. Il n'en est pas de même « des autres miracles. . . Quand on nous en propose , il « faut examiner attentivement le fait avec toutes les cir- « constances, et s'il n'est point appuyé sur l'évidence « morale, la prudence exige que l'on diffère; ou même que « l'on refuse de le croire0. »

• In chrouico, fol. Ï8 : « Coiifiitanduui est igitur , quod sic et autoritas refellit n et ratio, arbilrandumquc est figmentuin esse falsilatis, ciiiu ibi nullum elurcal « vestigium veritalis. Quod si quis aflerat hoc ideo esse tenenduiu, quia recilari in « ccclcsia ex lunga consueludine fit indiirluni , sciai, quia, ubi ratio répugnât usui, « necesse est usutu cederc rationi. »

1 Kpisl. lib. G. Episl. 18 ad priorem cantuariensem : « Nolui certa pro incerlis « scribere : tuperflua enim sunl impendia lucerna?. ubi sol meridianus lucet in ■ virtute sua cl dénigrât ninjcsLitem verorum admixtuin modicum fermenti nicn- « dacii et falsilatis. Credo magis laborandum, ut plura demanlur miracula , quw • merà veritate fulciuntur in glorià Dci et pnefati martyris (S. Tbomœ canlua- « riensis archiepiscopi) quàm ut aliqua furtiva et cmendicata supponantur. »

3 De vera religione, cap. 18. « Religio non fuit in phanlasmalis nostris : Melius « enim est qualccumque verum, quam omne quidquid pro arbitrio fingi pôles l. u

4 Parle 6, eanotie 25. « Mirarula quoque ne impudentiis jaclentur nisi qu« « scripturis prodita , aut à non levibus scriptoribus summa cum historiœ fide Ira- « dila sunt. »

• Abbas Butler , dans ses vies des saints , traduites de l'anglais en français , par M. l'abbé Godescard , tom. 8, pay. 6S6 de la première édition.

• . Plus un fait est extraordinaire, dit le Y. Scheffmacheii, Défense de l'invo- « cation des saints, pay. 69, plus il a besoin de bons garants pour être cru. •

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Richarde, répudiée la môme année 887, trouva un asile assuré dans son abbaye d'Andlau. Elle y apprit bientôt la mort malheureuse de son faible et soupçonneux époux, arrivée au mois de janvier 888. Elle le pleura et elle passa le reste de sa vie dans les exercices de la piété. On prétend môme que, devenue veuve, elle alla faire des pèlerinages à Jérusalem et à Rome, pour y visiter le sépulcre du Seigneur et les tombeaux des apôtres 1 . Mais cette tradition, quoique consignée dans les anciens bréviaires de Strasbourg2, n'en est pas moins fabuleuse, et le P. Stilting3, un des Bollandistes , avoue, avec franchise, qu'elle lui paraît très-incertaine4. On ajoute encore que cette impératrice obtint, de l'empereur Léon VI, le corps de Saint-Lazare, le bien-aimé de Jésus-Christ5, et qu'elle

1 Voyez Dotn Aubertix, Vie de Sainte-Richarde, chap. 10, pag. 61 et 62.

* Pièces justificatives, tom. 2, mon. 166 , pag, cccxi.

* In actis sanctorum, tom. 5, septembres , 798. Le père Jean Stilting, jésuite, mourut à Anvers, le 28 février 1762, à l'âge de 60 ans. Sa vie et son éloge se trouvent à la tête du premier volume du mois d'octobre des Acla sanctorum , public en 1765.

* Saint-Boniface , archevêque de Mayence, désapprouvait fortement les pèlerinages lointains. Il dit, dans sa lettre à Cutbert de Cantorbcri , epist. 105, in bibliothecu palrum, tom. 15, pag. 114, qu'il fallait employer l'autorité royale et celle d'un concile pour défendre aux femmes les pèlerinages fréquents à Rome , parce qu'elles se servaient de ce prétexte pour couvrir leur libertinage. Tbéodulfe , éuèquc d'Orléans , dans ses poésies, Epigram., lib. 5, operum ejus apud Sirmondum, tom. 2, pag. 8Si, remarque qu'il est moins utile de faire le pèlerinage de Rome , que de bien vivre , parce que , ajoute-t-il , ce n'est pas par le lieu , qu'on honore Dieu , mais par les bonnes mœurs, comme ce ne sont pas les pieds, mais les bonnes actions qui conduisent au ciel.

* La tradition des provençaux porte qu'après la mort de J.-C., les juifs chassèrent de Jérusalem Lazare avec Marie et Marthe, ses sœurs ; qu'ils les exposèrent sur un vaisseau pourri sans gouvernail , sans voiles et sans rames ; que cette sainte troupe, sous la conduite de la Providence , arriva heureusement à Marseille , où Lazare obtint la palme du martyre , après avoir gouverné cette église en qualité d'évêque pendant cinquante ans. Mais les savants et les critiques rejettent cette tradition comme inconnue aux anciens et destituée de tous les caractères de vérité capables

déposa ses reliques dans l'église d'Andlau. Les historiens grecs 1 disent, à la vérité , que ce prince , surnommé le philosophe, ou le sage, non à cause de ses mœurs, mais à cause de son habileté dans les sciences, fit transporter le corps de Saint-Lazare de File de Chypre, où il était mort, à Constantinople, pour le placer, vers Tan 886, dans une église, bâtie en son honneur. Mais ce témoignage ne suppose pas, que Léon en fit présent à Richarde : il le dément même en quelque façon. D'ailleurs dans le grand nombre de têtes de Saint- Lazare, qu'on nous donne pour authentiques, qui pourra nous assurer que celle, qu'on honore à Andlau, est la véritable? Car, outre les reliques de ce saint, qu'on montre à Vezelai, en France, au Puy, en Vêlais , et à Plaisance , en Italie, nous ne pouvons pas oublier un second chef de Saint- Lazare, qui est particulièrement révéré à Marseille, un troisième qu'on conserve dans la cathédrale d'Autun, un quatrième qu'on trouve dans l'église du chapitre d'Avallon*, et un cinquième que nous avons vu dans le trésor de l'abbaye d'Ensidlen, en Suisse. Aussi un docte bénédictin3 observe, que si l'on

île la faire recevoir. Déjà réfutée en 1519, par le savant Jacques Lefevre d'Es- TAPLE, elle a été solidement combattue par M. le docteur Launoy, dans sa dissertation, intitulée: De commentitio Luiari, Magdalenœ , Marthœ ac Masimini m provinciam appuïsû, insérée dans le second volume de «es œuvres, publiés par M. l'abbé Gra^et , part. 1 , pag. 202-575.

• Zonaras , tout. 5, Annal. ; Cedrene , in compendio hisloriarum. ; Ccropalates, in Historiâ. ; Siméon Logothetes ; le monologue des precs , etCi

* On peut voir dans I)om Plancher, Histoire de Bourgogne , loin. 1, pan. 158, 159 et 55i et dans l'abbé Courtëpee, Description historique du duché de Bourgogne, tom. 5, pag. 611 et suit'. , le détail du procès, que les deux chapitres d'Autun et d'Avallon curent louchant le vrai chef de Saint-Lazare, que chacun de ces deux chapitres prétendait posséder. Oom Plancher, qui remarque que l'une et l'autre église rendait un culte public à ce chef, les qualifie de prétendues reliques.

' Dom Mabillon , sous le nom d'Eusèbe romain , dans sa lettre sur le culte des

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faisait la révision des reliques avec une exactitude un peu rigoureuse, il se trouverait qu'on en a propose à la piété des fidèles un grand nombre de fausses et de supposées ; c'était même une plainte, que Saint-Augustin faisait déjà dans son siècle1. Ce sentiment, que nous osons rapporter ici , n'attaque en rien la légitimité du culte, que l'église d'Andlau rend à Saint-Lazare. « Tout peut servir, dit « M. Baillet*, à nous faire honorer Dieu dans ses saints : « il n'importe qu'un monument soit étranger, quand il est « institué pour faire sur nos sens les mêmes impressions « que produirait celui qui serait original. » Ce sentiment est, au surplus, le même que les savants continuateurs de Bollandus ont développe avec autant de vérité que de sagesse dans des occasions, où ils devaient discuter l'authenticité des mômes reliques d'un même saint, qui se trouvaient dans différents endroits3. Peut-être même l'identité du nom qui, selon la remarque du P. Henschenius4, a souvent causé de pareilles confusions, a fait confondre dans la suite les deux Lazares. Et si les reliques qu'on honore sous ce nom dans l'église abbatiale d'Andlau, forment réellement le corps, que Richarde obtint de l'em-

saints inconnus, imprimée à Paris, en 1G98 et 1705, cl insérée dans le premier tome de ses ouvrages posthumes.

• Sainl-Augustin , de opère munavlt. cup. 1R , *e plaint «le ers faux moines, qui circumeunlcs provincial , nieinbia marhjrum , si lamen marUjrum tnembra , vendilabant.

1 Vie des Saints, au f.'i d'août , putj. Ôi.ï.

s Voyez entr'autres le P. Papeuhoch, in aclis tamhrum , Umi. OJunii, pag. 2/.S. L«< P. SoLUElt , loin, à', julii , pug. 2L> ,1 le P. Cdimsr, lom. 6, juin, paij. .>/ rf ,Ï3.

* In artis S. S., tom. 1 , ntaii , pag, 57 f. • Csu , seu potins aliusti qimndam , in « defeetu antiquorum do<umenlorum fiiinl.tln , fn-ii sulrl nt a<l pra'cipiiuiu unius « nominis sanetmn referautur omnia; et tmic farlum cxistiinanius , nt passim ait « S. Alexaiidrum papam respiiiant omîtes , qui alkujus S. Alrxamlri maityris nu- «pus, aut reliquias liabcfit. >» Celte remarque s'applique ici facilement à Saint- Lazare.

pereur Léon VI, il est à présumer que c'est celui de Saint- Lazare, peintre et moine de Constantinople, qui eut beaucoup à souffrir pour les saintes images sous Théophile, qui mourut en paix vers Tan 867, dont les grecs font mention au 1 7 de novembre et les latins au 23 de février1.

Quoiqu'il en soit de cette dernière conjecture, qui nous paraît cependant la plus propre, pour sauver l'authenticité des reliques de Saint-Lazare, conservées à Andlau, il est certain que l'empereur Charles IV, dans le voyage qu'il fit en Alsace, en 1353, vint dans cette abbaye y honorer cette précieuse dépouille*. Il obtint môme, de l'abbesse Adélaïde, le bras de ce saint , qu'il emporta à Prague 3. Celles qui lui succédèrent, furent si libérales de ses reliques, envers leurs protecteurs et les seigneurs du pays, que le cardinal Raimond , nonce du Saint-Siège en Allemagne , fut obligé de défendre, par ses lettres, datées de Strasbourg, 8 mars 1 503 , sous peine d'excommunication , de transférer de l'église d' Andlau les reliques de Saint-Lazare et celles de Sainte-Richarde. Il y établit, en même temps, la fôte de ce saint et accorda des indulgences à ceux qui viendraient l'y honorer. Malgré ces défenses, Jeanne-Marie-Sabine d'Offenbourg, qui fut élue abbesse, le 17 avril 1637, accorda une partie du crâne de Saint-Lazare au cardinal Ranut, qui avait confirmé son élection. On ne voit aujourd'hui à Andlau des reliques de ce saint, que la moitié du chef, avec quelques autres ossements , qui sont conservés dans une espèce de châsse, ou statue d'argent, sous

' lltdlandus el Baillcl on parlent , sous le 23 de février.

• Ai.bkrti'S Àrgenlinensis , in vhronico apud Urslisium, parle S, pag. 160 et KfENir.sJiovEM , vnp. 2, pag. toS.

' Quelques-uns disent qu'il accorda ce bras à la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem de Colmar, en échange d'autres reliques.

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l'autel de Saint-Antoine de Padoue. On en fait aussi mémoire dans le diocèse de Strasbourg, au 17e jour de décembre1.

L'impératrice Richarde employa les loisirs de sa retraite à former ses chanoinesses d'Àndlau à la vertu et à leur prescrire, ainsi qu'à l'abbesse, des lois particulières pour le gouvernement spirituel et temporel de l'abbaye. On a conservé une partie des statuts , qu'elle leur donna vers l'an 892*. Ils caractérisent la sagesse et la piété de la sainte fondatrice. Elle leur ordonne de célébrer l'office divin jour et nuit ; elle y fait des applications heureuses des textes de l'écriture sainte ; on y découvre quelques traits tirés de la règle de Saint-Benoît et de celle des chanoinesses, que Louis-Ie-Débonnairc lit publier, en 817, à l'assemblée d'Aix-la-Chapelle3. Nous allons donner l'extrait des principaux statuts, qui pourront présenter une idée des premiers habitants d'Andlau. Ils peuvent se réduire à trois points généraux : les devoirs de l'abbesse, les oflices claustraux et la nomination de l'avoué.

L'abbesse d'Andlau était élue par toute la communauté, ou par la plus grande et la plus saine partie ; mais les chanoinesses devaient choisir une personne de la famille, ou de la parenté paternelle de Richarde , si elles en trou-

' Avec celte oraison : « Libéra nos , qusesumus , Domine , à morte porpetuA , qui « bcalum Lazarum quatriduanum à morluis vivum resuscilasti , qui vivis. m Le bréviaire de Sens, de 1726, en fait mémoire au même jour sous l'oraison suivante : « Dcus resurectio et vila , qui bcatuni Lazarum quatriiluanum suscilasti à monu- • tnento ; da, qmrsuinus , ejus intercessione , ul ablalo a nobis corde lapideo , à « morte peccati resurgamus, qui vivis. » Le bréviaire de Paris, cl plusieurs autres , qui l'ont suivi , font la l'èle de Saint-Lazare et de ses deux sœurs, sous le i il double, au second de septembre.

* Pièces justificatives , toi». S, num. 165, ]>ay. ccciv-cccx.

* LABBEi's , Concil., lotn. 7, pay. 1i07 el seq. cl Comii's , Annal, eccl. franc, lom. 7, pag. U5 et seq.

vaient une vertueuse dans leur nombre Au défaut de parents de la fondatrice, elles pouvaient élire celle, quelles jugeraient la plus digne. L'abbesse faisait vœu de chasteté et elle devait engager ses sœurs par ses discours et ses prières d'en faire autant 9. Toutes ses actions seront conformes aux lois de l'Évangile et aux règles des saints pères 3. Son gouvernement doit être doux , charitable et prudent. Elle ne suivra en rien sa propre volonté , mais elle recherchera, en toutes occasions, l'utilité générale de son abbaye *. Elle ne se distinguera des chanoinesses que par ses vertus; elle vivra en communauté avec elles et comme elles 5. Elle aura le même habillement , la même nourriture. Elle choisira sa compagnie particulière parmi celles, qui surpassent les autres en piété et en vertus6. Elle aura une pleine confiance en Dieu et elle ne prendra conseil qu'en ceux qui le craignent7. Enfin, elle sera l'exemple et le modèle de toutes les sœurs, qu'elle édifiera par ses bonnes mœurs, ses actions et sa conduite 8. L'abbesse établira dans son abbaye une clôture exacte ; elle ne sortira jamais de l'enclos et ne le permettra à aucune de ses chanoinesses u. Aucun homme , pas même un parent, ne pourra entrer dans le cloître , ou dans les lieux claustraux. Si l'abbesse veut s'entretenir avec des hommes, elle se rendra dans un parloir, ou un lieu destiné à cet

1 Voyez les di plûmes de Louis-l'Enfunt et de Charles-le-SinipIc , des années 902 el912. Tom. 2. N. 168, 172, 179, eap. U-15, pag. cccxih-cccxix-cccxxxii.

* Diplôme de Charles-lc-Simple.

5 Chapitre premier des statuts.

* Chapitre n.

* Chapitre m.

* Chapitre iv.

7 Chapitre vin.

* Chapitre vu.

* Chapitre vj.

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effet, accompagnée de trois ou quatre anciennes de bonne réputation Elle ne s'approchera jamais de la sainte table qu'après avoir promis à Dieu, à l'Évangile et à la règle de Saint-Benoit de suivre en toutes choses les traces du souverain pasteur, sans fraude et hypocrisie *. Si l'abbesse contrevient à quelques-uns de ces statuts, le chapitre assemblé pourra la déposer aussitôt, mais en présence de 1 evêque diocésain 3.

Les offices claustraux, outre la dignité de doyenne et la chantrerie *, étaient les charges de sacristaine , ou custode, de chambrière, de cellerière et de portière. Ces différents emplois s'exerçaient par des chanoinesses choisies par l'abbesse; ils étaient administrés selon les lois canoniques et régulières 5. La doyenne tenait le premier rang parmi les chanoinesses. Celle qui possédait la chantrerie , donnait le ton au chœur. La sacristaine, ou custode5, avait soin de la sacristie, du linge, des ornements et de tous les différents meubles à l'usage de l'église. On lui assignait un certain nombre de biens pour donner le meilleur vin à la messe, pour se procurer la cire des cierges qu'on brûlait

1 Chapitre v.

1 Chapitre îx.

1 Chapitre x.

* Saintc-Riclinnle ne parle point, dans ses statuts, de la dignité de doyenne et de la chantrerie. Mais elles existaient certainement à l'abbaye d'Andlau. Erchenrndis decunn signe immédiatement après l'abbesse, dans une charte de 1121. l'nc des chanoinesses , qua? devana dkebatiir, périt dans l'incendie, qui arriva au milieu du douzième siècle. Gerthrudix dtcann se trouve rappelée comme témoin à la tète de seize autres chanoinesses, dans les lettres de l'abbesse Hatvides , de 1172. Gertrude est nommée dectmissa et Adalc pmnitri.r , dans un acte do l'abbesse Mathilde, de 1214.

* Chapitre xvi des statuts.

* Nous trouvons, entre les custodes de l'abbaye d'Andlau, A va , en 1172 ; Mcthildc, en 1230 ; Sophie de lliheaupierie , qui fut élue abbesse, en 1333; Catherine de Gcroldscck, en 1348 ; Elisabeth de Grand-Gcroldscck , en 1364 , etc., etc.

aux «autels, pour entretenir des porcs gras et employer leur graisse au luminaire des lampes, pour fournir la nourriture et les habillements des personnes attachées journellement à la sacristie K La chambrière était chargée du vestiaire. On avait aussi attaché à son office des biens particuliers, dont le produit était destiné à acheter la laine et le lin nécessaires pour les habillements des chanoinesses et de tous ceux et celles , qui étaient employés dans l'abbaye *. Il y avait entr autres , à Fexemple des palais des rois de la première et seconde race , un logement particulier pour les filles et femmes, qui y travaillaient en commun à filer et à faire des toiles et des étoffes pour l'usage de l'abbaye. Le soin des greniers et des caves était commis à la cellerière 3. Elle devait veiller à ce que les uns et les autres fussent garnis. Elle devait faire tous les mois ses provisions pour les denrées des chanoinesses et les aumônes du dehors. Elle avait, dans son district, l'inspection sur le gros et le petit bétail. Elle devait aussi prendre garde, conformément à la règle de Saint-Benoît, que rien ne manquât aux infirmes et aux convalescentes, et surtout aux pauvres malades, ou enfants * . On avait établi , à la porte de l'abbaye, ainsi que le prescrivait la règle des chanoinesses, un endroit convenable pour exercer l'hospitalité 5. La portière, qui en était chargée, ne devait la refuser à personne. Elle recevait les hôtes et les étrangers avec honneur, suivant les intentions de Charles-le-Gros et de

' Chapitre xvii. Us revenus attachés à la custotlie furent réunis, en 1*03 , par le pape Boniface l\ , aux manses abbatiale et conventuelle.

* Chapitre xvill.

* Engclrade était cellerière, en 1 1 7 i ; llcdewige , en iili ; Flildegarde , en 1230 , etc., etc.

* Chapitre xix.

1 Chapitre xx.

HISTOIRE DE l'éCLISE

Richarde , qui avaient accordé à l'abbaye des biens particuliers pour cet effet *.

L'abbesse d'Andlau étant, par son sexe et sa condition, hors d'état de faire la guerre et de porter les armes , se voyait obligée de choisir un défenseur ou avoué pour conserver et maintenir ses droits, exercer la justice civile, juger les causes criminelles, protéger et soutenir l'abbaye contre toutes les violences et les oppressions dont elle pouvait être menacée. Cet avoué devait être, selon les statuts de Richarde *, un homme pieux et zélé, qui n'accepterait cette place que pour le salut de son ame et pour mériter dans le ciel une éternelle récompense. Il devait être choisi entre les trois seigneurs, les plus proches parents du comte Erchangier, père de Richarde. Ces trois seigneurs obtenaient l'advocatie successivement après la mort de chacun 3. Si la parenté paternelle de Richarde s'éteignait, ou s'il ne se trouvait personne dans la famille, qui voulût ou pût se charger de l'advocatie, la fondatrice ordonna que l'abbesse et les chanoinesses choisiraient, pour leur avoué, un autre seigneur , qui eut les qualités nécessaires : mais elle ajouta, que cette élection se ferait sous l'autorité du Saint-Siège, de trois archevêques et de leurs principaux

1 Chapitre xxi. On compte encore aujourd'hui six offices parmi les dames capitulâmes d'Andlau. La doyenne , ou Fraulein Hoffmeisterin , est la première après l'abbesse : elle commande aux domestiques de l'abbaye et a la plus grande charge relativement à l'économie. La custode, ou Fraulein Cuslerin, a soin de tout ce qui concerne l'église. La troisième , dite Fraulein Gaslmeislerin , est chargée de l'accueil des étrangers et de leur logement. La quatrième a la direction de la cuisine. La cinquième, dite Friiulein Kellermeislerin, a soin de la cave, et la sixième, nommée Fraulein Kartentncisterin , a celui des greniers. Ces six offices suivent le rang et l'ancienneté des chanoinesses ; il n'y a que la direction de la cuisine , qui change tous les ans.

* Chapitre xi.

* Chapitre xii,

suffragants i. Richarde, pour remédier aux abus que les avoués faisaient souvent de leur pouvoir, voulut aussi que celui qu'on choisirait , serait investi de la garde et de la défense de l'abbaye , en présence d'un grand nombre de témoins dignes de la foi , et qu'il jurerait de ne jamais abuser de cette place pour la rendre héréditaire dans sa famille a. L'avoué devait aussi avoir quelques fonds de terre affectés à sa charge, pour récompense de ses services 3. L'impératrice ne les détermine pas : mais Louis IV, roi de Germanie, les fixe à vingt mas, ou marnes de terre 4, avec défense d'en exiger davantage et de se mêler dans les affaires de l'abbaye, que l'abbesse et la communauté ne lui auraient pas commises 5. Ces règlements ne furent guères observés dans la suite, et l'on vit les avoués d'Andlau, comme partout ailleurs0, usurper la plupart des droits, qui ne leur avaient été confiés qu'à titre de défenseurs. Ce fut surtout depuis le temps , que l'advocatie fut réunie à l'empire.

Richarde avait, avant sa mort , de l'agrément du Saint- Siège, confié la défense et la protection de son abbaye au

* Chapitre xv.

* Chapitre xni.

3 Chapitre xiv.

* On ne doit pas entendre le mot de Mansus , d'une maison , mais d'une certaine quantité de terres déterminée par ce qui peut suffire à former un domaine habitable. C'est ce que les Bourguignons nommaient Meix , les Normands Mois , les Provençaux Mas, les Anglais Hiday et les Allemands Huobt. Suivant les anciens registres collongers , tant de la haute que do la basse Alsace , la Hube pouvait contenir vingt-quatre à trente arpents de terre , nommés Ackers.

' Pièces justificatives, tom. S, num. 168, pag. cccxv.

* Yovez la dissertation de dom Calmet , sur les seigneurs avoues des églises , insérée dans le septième tome de l'histoire de Lorraine, tdii. de 1737, patj.

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