‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 35 sur 47 · La prébende dite thuribuluirc première cléricale · texte numérisé non relu

La prébende dite thuribuluirc première cléricale

58. La prébende dite thuribulaire seconde cléricale. Ces deux prébendes furent fondées par le grand-chapitre.

59. La prébende de l'autel de Saint-André, dans la chapelle de Sainte-Catherine, dans la cathédrale, fondée, en 1343, par Berthold , évéque de Strasbourg.

60. La prébende de l'autel de Sainte-Elisabeth, dans la chapelle de Sainte- Catherine, fondée, en 1343 , par le même évoque

61. La prébende seconde de la chapelle de Saint-Jean-Bapti»tc , dans la cathédrale, fondée, en 1364, par Reimbol Nicol, gentilhomme de Strasbourg.

62. La prébende de l'autel de Sainte-Richarde dans la cathédrale, fondée, en 1349, par Jean de Genddseck , chanoine de la cathédrale.

Et 63. La prébende de l'autel de Saint-Vincent , dans la cathédrale , fondée par un gentilhomme nommé Nicolas de Rust.

On lit dans un acte capilulaire de l'année 1405 quinquaginta quatuor Prebenttorii Chori sacerdotales Prebendas habentex , parce que les prébendes 33 , 46 , 54, 53, 54, 55 , 56, 57 et 58 n'étaient pas sacerdotales.

* Comme le prouvent l'information de 1417, et le catalogue des prébendes du grand-chœur, rédigé, en 1540, par Henri de Henncberg , chanoine et écolâtre de la cathédrale

* Outre ces soixante-trois prébendes , il y avait aussi dans la cathérale trentehuit chapelknies, ou vicariats perpétuels , dont les possesseurs ne firent jamais partie du grand-chœur. Les revenus de ces chapellenies ont été presque tons réunis à la inanse du grand-chapitre.

* Suivant un règlement, fait le 44 mai 1700 , il y a dans le nombre d«* ces vingt prébendes deux à la nomination de l'évêque , et une troisième altcrnativemen avec le grand-prévôt ; quatre à la nomination du grand-prévôt, trois a relie du grand-doyen , six k celle du grand-custos et quatre à celle du grand -chapitre.

* Sleioan , Commenter. , lib. VI.

DR STR \SROl!Rfi. LIVRE NEUVIÈME.

pays pour chercher ailleurs une retraite plus tranquille. Les prébendiers rentrèrent dans Strasbourg en vertu de Y Intérim, publié par Charles-Quint, et d'un traité passé le 27 octobre 1549 entre l'évêque et la ville. L'office divin, fut rétabli dans la cathédrale le 1 février 1550. Ils n'y restèrent que jusqu'en 1560 qu'ils furent encore obligés de quitter Strasbourg. Le Senior et les députés y restèrent : mais les chanoines Luthériens, irrités de leur attachement à la religion catholique, les chassèrent de la ville en 1588; ils enlevèrent leurs grains et leurs vins qu'ils trouvèrent dans l'hôtel du (iùrtlerhoff ; ils s'emparèrent de leurs archives et de toutes les maisons qu'ils y possédaient. Le grand-chœur recouvra la plupart de ses titres et rentra dans une partie de ses revenus en vertu de l'article cinquième . de la transaction de Haguenau, passée en 1604, où les Senior et députés ont signé et attaché leur sceau ordinaire, ainsi que l'évêque, le grand-chapitre et toutes les autres parties intéressées*. Le cardinal Charles de Lorraine, évéque de Strasbourg , transféra alors le grand-chœur dans l'église paroissiale de Molsheim. Les prébendiers se trouvaient tellement dispersés qu'on put avec peine en rassembler quinze pour y établir la nouvelle résidence, qui commença le 28 septembre 16053. La guerre des Suédois, qui sur-

* On expédia plusieurs originaux de ce fameux traité, nour servir aux personnes intéressé*'». On en remit un au grand-chœur, dans les archives duquel il est encore déposé. Il a été publié en allemand par SCBILTER , Observai. 1î ad Kônigshovii Chronicon, pag. 735, et Dumont, Corps diplomatique , lom. 5, part. 2, pag. 13, et traduit en français par Laclii.le, Histoire d'Alsace, preuves, pag. 138.

* Dans le nombre des prébendiers qui rétablirent à Molsheim le grand-chœur, se trouvaient Jérëmie Rapp , sénior des députés et recteur d'Ofifenbourg ; Mathieu Gering, prévôt de Saint-Pierrc-le-Vicux ; Jean Wagner, prévôt de Neuville»; Théodore Kirchs, prévôt de Save r ne , et Gérard Michel Venradi , curé de Molsheim, tous cinq prébendiers et députés du grand-chœur.

IIISTOI11K I>E l/fr.LISE

vint quelque temps après, acheva de ruiner le grandchœur. Gustave Horn , général du roi Gustave-Adolphe, confisqua tous ses revenus et les assigna au Margrave de de Bade - Dourlach. Les prébendiers furent dispersés de nouveau, et le service divin fut interrompu à Molsheim, depuis Tan 1032 jusqu'en 1649, après la conclusion du traité de paix de Munster. Il y fut solennellement rétabli le 10 août de la même année, jour de Saint-Laurent, patron du grand-chœur. Cependant les prébendiers étaient, en 1650, réduits au nombre de quatre, et en 1651 à celui de six. Enfin on incorpora en 1663, par autorité de l'évèque et du grand - doyen , en une seule masse tous les revenus des corps ruraux , des soixante-trois prébendes : on ^joignit les débris de ceux du réfectoire et des présences, et on en forma une masse générale, pour entretenir un certain nombre de prébendiers qui devaient tous jouir de portions égales. Le nombre fut alors réduit à vingt: mais la modicité des revenus empêcha de les remplir. Ils suffirent à peine à l'entretien de dix prébendiers qui , en 1670, se trouvaient neuf en résidence. Louis XIV lit rentrer, en 1681, le grand -chapitre et le grand -chœur à Strasbourg, lieu de leur ancienne fondation. Il établit, par arrêt du 8 juillet 1686, une commission royale, composée de M. de La Grange, intendant d'Alsace, de M. de Josten, chancelier de l'évéché , de M. le comte de Lœwenstein, chanoine de la cathédrale et de M. l'abbé de Katabon, grand-vicaire du diocèse. Cette commission confirma , en 1688, l'incorporation de 1653, et fixa pour toujours à vingt le nombre des prébendiers qui devaient composer le grandchœur !.

' La ville de Strasbourg s'étant soumis*- à Louis XIV , le 30 septembre 1681 , il fut convenu par la capitulation que l éjçlisc calhcdrale serait rendue aux eatho-

Les chanoines , qui formaient le grand-chapitre , occupaient dans le chœur de la cathédrale les places les plus honorahles et les plus distinguées. Il y avait alors, comme aujourd'hui, trois rangs de stalles, celui d'en-has nommé pavimentnm , le second, plus élevé, appelé siér/es inférieurs, et le troisième, le plus haut de tous, nommé sirijcs supérieurs*. Les enfants de chœur-, et généralement tous ceux qui n'étaient pas dans les ordres sacrés3, étaient placés dans le rang d'en-has , qui était au niveau du pavé. Les préhendiers diacres et sous-diacres, et les chanoines qui n'étaient pas encore revêtus du caractère sacerdotal, avaient leurs sièges dans les tonnes inférieures, c'est-à-dire dans celles du milieu. Les grands dignitaires et les grandschanoines-prêtres avaient leur place dans le haut rang, ou dans celui des formes supérieures. Les préhendiers-prêtres avaient aussi leurs sièges dans les stalles supérieures,

Hques. La réconciliation <le l'église s* fit If 21 octohre suivant, par l'évèque François de Fiirstemberg , ac compagné de six chanoines du grand-chapitre et de dix préhendiers du grand-chœur. La première messe y fut chantée par le sénior des derniers, qui était le sufTragarit , Gabriel Haug , évéque de Tripoli. C'est ainsi que le grand-chapitre et le grand -chœur rentrèrent dans le lieu de leur ancienne fondation.

' Comme il parait par le directoire du chœur, tituh d? Dominicis diebus , foi. 21 : • Versus responsoritim primi Norturni caiitenlur à pueris in pavimento ; versus « secundi Nocturni à personis in infrrioribus sedibtis ; versus terlii Nocturni a per- • sonis in superioribus sedibu*. Le directoire du chœur, que nous aurons lieu de citer quelquefois, fut composé en 136*, par Frédéric Klosener, prèlre-prébendier de la cathédrale, par ordre du grand-doyen. L'original île ce directoire est déposé dans les archives du grand-chœur. Ce Klosener est aussi l'auteur d'un Vocabulaire allemand dont il est lait mention dans Schilter , in Ghstario teutonko , (ont. 3, pag. xxxvi, et d'une Chronique d'Alsace, dont le manuscrit était entre les mains de Godefroi Rainmingtie , ami d'Urstisius et de Guilliman. Mais ni l'un ni l'autre n'existent plus.

* Pueri.

* Clcrici Chori , qui non sunl Sacerdoles.

HISTOIRE DE LÉC.LISE

immédiatement après les grands-chanoines1. I es jours de fêtes solennelles , où les Matines se chantaient , les trois anciens chanoines, sous-diacres, lisaient les trois premières leçons ; les trois anciens chanoines-diacres se distribuaient les trois suivantes ; le grand-archidiacre lisait la septième, le grand -prévôt la huitième et l'évèque la neuvième1. Celui-ci chantait la messe les jours de grandes fêtes3: quand il était absent, il était remplacé par le plus ancien chanoine , ou par le prébendier qui possédait la prébende royale4. Les chanoines ainsi que les prébendiers étaient semainiers pour la messe, chacun selon le rang d'ancienneté qu'il tenait dans l'église5. Cet usage eut lieu jusqu'au temps du Luthéranisme, et même encore pendant Y Intérim. Ce ne fut qu'après l'époque du traité de Haguenau , que les chanoines du grand-chapitre renoncèrent à la résidence, et que le grand-chœur, transféré à Molsheim , se chargea

' Directorium Chori , fol. iO : « Pnrbendarii in majoribus ordinibus eonstituli ,

• non tamen in ordine sacerdotali , étantes in iuferioribus sedibus Pruebendarii

• Saeerdotes intitulali in superioribus sedibus. •

* bloin de Leclionibus legendis, fol. li : « Ordo ledionum in summis feslivita- « tibus. Primas très lectiones legent très subdiaconi canonici seniores ; alias 1res lec- « liones legent très Diaconi (Canonici) etiun seniores in Praebeiidà. Homiliaiii leget . Ardiidiaconus , octavam lectionem Pwpositus , nonam legtl Kpiscopus. »

' Idem «V O/ficio Epitcopi , fui. 2 : . Episcopus summam Missani celebret in

• Nativitate Domini, in Epiphanià Domini, in Purification.1 Sanda? Maria», in Domi- . nicà Palmarum, in CœnA Domini, in Sabbatho Sancto Patch» , iu die sancto

• Pasdue, in die Ascensionis Domini, in Sabbatho Penthecosles , in die sancto

• Penthecosles, iu Assumptione Sanda» Maria;, in Dedicatione Ecdesia» , iu Nati- « vitale Sauela» Maria? , in Festo Omnium Sanftorum. »

* Idem qualiler divinurn Qflivium ordiimndum ail , fol. 17 : • Dignior Sacerdos « Canonicus, vel Imperator, si Episcopus absens l'uerit , supplct vif es ejus. »

% Idem, fol. 17 : • Reliquis aimi tcmporibus scribitur hebdomadalc ufllcium in

• singnlis Sabbathis ; vidHi.it nilir iimi illi ads« rihitur, cujus ordo instat, >ivè «jt - Imperator fjui in lioc ordine priiniiin locuin tenel , si\c alii (launnici Missa

• etiàm adscribitur omnibus Purbendariis , infipiendo à majoribus videlicèt ab

• Imperatore usque ad minores. •

seul de l'office et de tout le service divin. Depuis ce temps, les prébendiers du grand-chœur remplissent toutes ces fonctions ; ils ne peuvent pasmcmese faire suppléer par d'autres que par ceux qui sont de leur corps. Tous les chanoines et ecclésiastiques étrangers en sont exclus , suivant un trèsancien statut du douzième siècle, qui ordonne que tout l'office de la messe sera célébré par les seuls frères de Sainte-Marie1.

Quelques historiens2 assurent que l'évéque Guillaume, successeur de Werinhaire, abolit, en 1031 , la vie commune dans la cathédrale de Strasbourg, et voulut que chaque chanoine eût sa maison et sa prébende particulières. D'autres' fixent ce fait à l'an 1000. f.uilliraan * prétend que cela n'arriva que sur la fin de l'onzième siècle , dans le temps des troubles qui désolèrent alors l'église et l'empire. Nous croyons cependant que les chanoines de Strasbourg se maintinrent plus longtemps dans cette manière

* Consuetudines Ecciesiastiae Argentiuensis Ecclesia* versus anuuin 1135 ordinale, fol. 109 verso: « Notanlur quique Praires online suo ad celebrationein « Missa? per singulas hel>diiiiiada$, l'resbylei i online suo ad Missam, Diaeoni ad

Evungelium , Subdiaconi ad Epistolas Nullus de exlraneis Fralrum vice Mis—

•= sam cclebrel , nisi aller allerius vice volueril. » (L'ne feuille volaille porle ce qui suil :) Les chanoines de la cathédrale ne firent plus aucune résidence, et le Livre de Vie du Grand-Chœur, écrit en 1632, remarque comme une chose mémorable, celle que faisait de temps en temps le gr.ind-doyen Ilerman-Adolp he comte de Salm : • Ncc minus memorabile quod Hermaunus Adidpbus Cornes à Salm . Decanus, prinius quoque, ad initium Quadragesima? an. 1615, in habitu canoni- . cali togie violaccaî, deindé purpurca; holoserica> personalem fecent residentiam. •

* ScHADiEUS, in Summo Argenloruteimum Ternplo, cap. 2, pag. 12 et, Spkckmn, in Colleit. /mm., fol. 23, cité par Scuii.ter , in nolis ad Chronicon Kônigshorii, pag. 519.

* Gabriel II.ug, in Chronicalibus manusvriptis, pag. 31: «An. Dom. 1069 • Canonici Cathcdralis Argentoratensis Ecclcsiai hattenùs ab inilio fundationis sua? - Canonici regulares, Aposlolica; Sedis indulto in seculares Clericos transmutali « fuerunt. »

* De Episcopis Argcntinensibus , pag. il 7.

HISTOIRE DE L ÉGLISE

de vivre, et nous avons assez de preuves qui constatent qu'elle existait encore dans la cathédrale au milieu du treizième siècle. Ils conservèrent jusqu'au seizième le nom de frères, et ils comptèrent dans le nombre des dignitaires le portier, le cellerier, l'échanson et le pannetier'. Les préhendiers du grand -chœur observèrent eux-mêmes trèslongtemps les traces de l'ancienne vie commune. Ils mangeaient encore ensemble au quinzième siècle dans certains jours de l'année, et il y avait dans le réfectoire du Brmlcr/w/r trois classes de tables, suivant le rang qu'ils tenaient dans l'église-. Tous les jours de fériés pendant le Carême, depuis le mercredi de cendres jusqu'au jeudisaint, ils se rendaient avec les enfants de chœur après tierces au réfectoire; ils y lavaient les pieds à dix pauvres"* ; ils y retournaient après la grande-messe, et après y avoir lu un chapitre de Saint-Augustin, ils se mettaient à bible, servie par les enfants de chœur. Ceux-ci avaient une soupe aux pois. Après dîner, chaque prébendier recevait son droit de présence et retournait chez lui. Ce droit de présence, nommé jus refectorii, était le moindre et bien moins eon-

' Cunrntlus Ci'Harini , Heinltnrilus l'orlnrins , IleiiiHtiuius Ikipifer, chanoines ilo Strasbourg, sont rappelés dans un acte de 1208. On trouve encore en 1592 des chanoines de la cathédrale qui possédaient les dignités de grand-portier, de grand cellerier et de grand-pannelier. Les anciens livres de cuisine les nomment Partner, Schenck und DrHehxexs. La cathédrale porte encore aujourd'hui le nom allemand de Munster, «pi signifie en français monastère. Si.hadék, pag. I, dérive ce mot du grec ou du latin mtmstrare. ; mais ce ne sont «pie «le fausses ét vmologies.

* Sept préhendiers étaient assis à la première table, seize à la seconde et vingtdeux à la troisième. Tous les possesseurs dos prébendes foixbes postérieurement au treizième siècle, n'avaient point droit au réfectoire, à moins que les fondateurs n'eussent eu le s««in do fournir à la masse du réfectoire des fonds suffisants à cet cflet. Dans le nombre des soixante-trois prébendirrs, qui formaient autrefois le grand-ch«T".ir, il n'y avait que quarante-cinq qui avaient séance au réfectoire.

* Directorium C.hori, fol. 110 : « A die C.iuerum usque a«l Cœnam Dnmini , pu- . vatis diebus, post Tei liant lavant Fratres pedes deeem pauperuni. •

sidérable que celui du m/rte qu'on percevait le jeudi-saint. Celui-ci ne se touchait que par ceux qui avaient régulièrement assisté chaque jour à la cérémonie du réfectoire depuis le commencement du Carême. Elle était encore en vigueur en 1520. Les prébcndiers, dispersés pendant les troubles . du Luthéranisme, se distribuèrent en portions égales le droit du réfeetoirp. Ils le rétablirent en quelque façon quelque temps après. Chaque prébcndier était tenu tous les jours de Carême de se rendre, à huit heures du matin, au réfectoire, d'y assister à la lecture d'une épître de Saint- Augustin, de se trouver ensuite à la messe et à toutes les heures : si on manquait alors un des offices, on ne retirait aucune de ces présences qui étaient délivrées le jeudisaint. Cet usage était encore observé en 1581. Au dixseptième siècle, les prébendiers réunirent à la masse générale des revenus ceux qui portent encore de nos jours le nom de revenus du réfectoire.

Kevcnons à Werinhaire. On nous pardonnera facilement une digression qui nous paraissait nécessaire, et qui trouvait ici une place naturelle. Après que Henri eut donné à l'Alsace de si grandes marques de piété, il passa en Italie, pour y recevoir la couronne impériale. Il partit de la Saxe au mois de septembre 1013, traversa la Souabe, la Bavière et les Alpes pour se rendre en Lombardic. Werinhaire, évèque de Strasbourg, l'accompagna dans ce voyage. Il se rendit avec lui à Pavie, où le roi passa les fêtes de Noël. Ce fut dans cette ville (pie Henri, voulant reconnaître les grands services que ce prélat lui avait rendus, lui accorda, a lui et à ses successeurs, l'abbaye de Schwarzaeh , située dans son diocèse. Le diplôme de donation est daté de Pavie 17 janvier 101 V, et fut expédié aux prières de Cunégondc,

* Pièce» justificatives. Wurdtwein , tom. 6, pay. 168.

476 HISTOIRE DE ï/ÉGIJSE

épouse de Henri, deBrunon, évêquc d'Àugsbourg, son frère , de Héribert , archevêque de Cologne , de Hézelon , évêque de Wiïrtzbourg, et d'un grand nombre de seigneurs de la cour. Werinhaire fui le seul des évêques de Strasbourg qui conserva cette abbaye. Ses successeurs la perdirent bientôt, et l'empereur Conrad-le-Salique en accorda le domaine propre, en 1032, à l'église de Spire1. Henri quitta Pavie vers le commencement de février 1014, et entra dans Rome le 22 du même mois, accompagné de la reine Cunégonde et d'un grand nombre d'évêques, d'abbés et de seigneurs, tant do la (iermanie que de l'Italie, entre lesquels se trouvait Werinhaire de Strasbourg. Il était aussi entouré de douze sénateurs, dont six avaient la barbe rasée à la Romaine, et six de longues moustaches à la Française avec dos bâtons à la main2. Le pape Benoît VIII reçut le roi sur les degrés de l'église de Saint-Pierre , et après l'y avoir introduit, il le sacra et le couronna empereur avec Cunégonde, son épouse3. Henri, après son couronnement, confirma et renouvela les donations que ses prédécesseurs avaient faites au Saint-Siège, de la ville de Kome, de l'exarchat de Ravenne et de plusieurs autres domaines en Italie. Les lettres qu'il accorda à ce sujet, furent souscrites par plusieurs évêques, entre lesquels on trouve la signature de Wicelin, évêque de Strasbourg K

L'empereur revint ensuite à Pavie, où il célébra la fête de Pâques qui, en l'année 1014, tombait le 25 avril. Après avoir appaisé les troubles de la Lombardie, il reprit le

1 Voyez ci-dessus, pag. 185.

' Chronographus Saxo, apurf Leibnitiium iti accessintiibus historiris, pag. ii6.

» Voyez Flei ri, Histoire ecclésiastique , lom. \t , liv. 58, pag. 40î, et le P. Barre, Histoire d'Allemagne, tom. 3, pug. 585.

' Voir sur les transformations qu'a subies le nom de Werinhaire en passant par le* plumes des copistes et des étrangers, les pages 410-411 ci-dessus.

chemin des Alpes pour retourner en Germanie. Sa présence y devenait nécessaire pour donner un duc tant à la Souabe qua l'Alsace. Le jeune duc Hermann III était mort le 28 juillet 1(H2\ Ernest, qui avait épousé Gisèle, sa sœur, lui succéda dans le duché3. Mais ce duc, qui était fils de Luitpold, premier marquis d'Autriche, n'en jouit que pendant trois ans. Il fut tué par mégarde à la chasse, par un de ses officiers, nommé Adalhert, le 31 mai I0153. Le duché de Souabe et d'Alsace fut alors donné à Ernest II, son fils aîné, sous la tutèle de Gisèle, sa mère, ensuite sous celle de Poppon , archevêque de Trêves , son oncle paternel4. L'empereur Henri revint en Alsace en 1016. Deux diplômes du 21 juin et du 29 d'Auguste de cette année prouvent le séjour qu'il fit dans cette province à Kembs et à Damerkirch5.

Cependant Werinhaire faisait toutes ses dispositions pour faire rebâtir incessamment son église cathédrale. Tous les préparatifs nécessaires pour son rétablissement étaient déjà prêts, lorsqu'au lieu de réparation, il fallut bientôt penser

' Ditmari's , Chronici , lib. 6, apud Leibnitiium , pay. 35)5, el Necrologium S. Galli, pag. 921.

* Hermannus Contraclus apud Canisu m , loin. 3, pag. 263.

* Necrologium Fuldense et Annales Hildeshcimenses. On lit 2 kal. Junii , Ernest />u.i- obiit dans le Nécrologe de Mûri , publié par dom GERBEftî , pay. Vn6. Annales Ensidlcnscs apud Mabillonem , Vêler. Anatecl., pag. 368: An. 1015 Ernest Dux « sagilla occisus est, et lilius «jus parvulus sucessit. »

4 Ditmarus, lib. 7, pag 404. Hermannus Contracta, pag. 263, et WÏppo, in Vilâ Conrudi Snliii apud l'istorium , loin. 3, pag. 462.

* Le diplôme de ce prince du 21 juin 1016, pour l'abbaye de l.ure, apud Lunig Spicilegii eecle.siasl. cenlin. ^ , pag. 964 , et Svhcepflinum , Alsat. diplomat., tom. 1, pag. 149, est daté de Chemin* , qui est Kembs dans le Sundgau , près du Rhin. Le diplôme du 29 d'Auguste de la même année , pour l'abbaye de Richenau , apud Ikrgotl, Origin. Habsburg. , tom. 2, pag. 103, fut expédié in Villa Dananutrachirichû. C'est Damerkirch ou Dannemarie, situé en Alsace, dans le baillage de Thann.

478 HISTOIRE DE L* ÉGLISE

à la reconstruire entièrement. Le jour de Saint-Jean- Baptiste, 24 juin 1007, le feu du ciel tomba sur 1 église de Notre-Dame et sur celle de Saint-Thomas, qui furent réduites en cendres avec beaucoup de maisons voisines1. La foudre acheva ainsi de consumer ce que, peu de temps auparavant, la violence de l'incendie et la fureur du soldat avaient épargne. Il ne resta sur pied que le chœur de la cathédrale. Werinhaire fut très-sensible à ce malheur : il commença par secourir les habitants incendiés en leur partageant les quêtes et les aumônes qu'il fit faire pour le rétablissement de leurs maisons. Le clergé du diocèse se cotisa et forma un fond très- considérable pour l'érection de la nouvelle église. Cette contribution, jointe aux libéralités de Henri et à une partie des prébendes de l'abbaye de Saint-Etienne, s'augmenta tellement que les indulgences accordées par l'évéque, et les collectes faites de toutes parts donnèrent lieu d'espérer qu'on pouvait compter sur l'élévation d'un vaste et superbe édifice*. Werinhaire fit appeler, dès la même année 1007, les plus célèbres architectes de son temps pour en dresser le plan5. On employa huit ans pour ramasser les matériaux nécessaires pour cette grande entreprise. Enfin, en 1015, on commença a

« SaMUCi», in Summa Argentoralensùnn Te,nVlo, pag. 10 et 20 Ko*.cs- . „. „„„ 91 1- cl Huber Von der Landgrarschaffl Elsass,

pag. 88.

• Le, Ml» Pierre, .le taille. .lonl cet Milice fut construit, furent amenée» ,1e ta vallée «tuée entre Marlev et Wassclnheim , dite CrontM, par corvées de paysan,, do dou,c à vin,. Houe. A la ronde. C es. ce „ui a fait donner i la , ace ,u, os, entre ta cathédrale et le palais épiscopnl . le non, de Fronno/T. c cS.-a-d,re : place ou cour îles corvées.

ïSchm», pag. 14, dit que ce plan - trouve encore d.ns ta archive, de I* fabrique.

arracher les vieux fondements1, etàen jeter de plus solides*. Les nouvelles fondations eurent vingt-sept pieds de profondeur : elles furent posées sur des pilotis, affermis, liés et couverts d'un ciment composé de chaux vive, de briques et de charbons piles 3 , sur lesquels on posa les premières pierres de taille. Le bâtiment fût avancé avec tant d'ardeur et d'assiduité que dans treize ans , c'est-àdire en 1028 , l'ouvrage fut porté jusqu'à la toiture4. Werinhaire fit une faute aux yeux des architectes, en conservant l'ancien chœur de Charlemagne ,

* Schadée, pag. Il , écrit qu'on trouva, en creusant les fondements de la cathédrale, plusieurs corps et tombeaux des évùqucs de Strasbourg, qui furent déposés dans une chapelle, en attendant que l'édifice fût achevé.

1 Fragmenlum Hisloricuni, apttd Irstisium in Scriptor. rer. Germanie, loin. 2, pag. • 83: Anno Domini H. xv, Monasterium sandre Maria? Virginia in Argcnttnâ surgit « primo à fundatione suâ -

' C'est ce que nous assure dans un manuscrit Jean-Georges Heckler, architecte de la cathédrale, mort en 1669. Plusieurs auteurs avancent qu'on fut obligé, à cause de la quantité d'eau, de bAlir sur des pilotis de bois d'aune. On lit, au mois d'avril 1666, la descente dans le caveau, qui sert aujourd'hui de Saint-Sépulcre, et on y trouva A plus de trente pieds les fondements qui reposaient dans l'eau. On en tira de la terre glaise qui , suivant le mémo Heckler, servit à plusieurs ouvrages de poterie.

Les fondements du temple de Diane à Ephcse furent également posés sur des charbons pilés, comme le remarque Pline. Lih . 3t , cap. IV. En voici le passage cité et traduit par M. le comte de ('aylus , c'est-à-dire par main de maître, pour l'intelligence du texte relativement à la partie des arts : • Mémoire sur la Diane « d'Ephè&e: «La magniliccnce du temple de Diane mérite l'admiration. L'Asie ■ entière a été 220 ans à le bâtir. On choisit pour placer cet édifice le terrain d'un « marais, afin d'éviter le danger des tremblements de terre : et pour ne point établir • dans un terrain mouvant et glissant des fondements d'un grand poids, on les posa « sur des charbons pilés, etc. ■

4 tiOi.DMRYER , in AsgenUtralensium Templo Summo, pag. 2 et 18, entêté de l'astrologie judiciaire, a fait le théine astrologique de la fondation de la cathédrale de Strasbourg , selon lequel elle fut bftlie en 1015, un mercredi M avril, h 10

iSO HISTOIRE DE I.'eGMSE

qui n'est nullement comparable au reste de l'édifice. En voyant ce temple auguste, on est surpris de la hardiesse de l'entreprise et des dépenses énormes qu'il a dû occasionner. Mais 1 etonnement doit cesser, quand on fait attention aux fonds inépuisables que fournissait la charité des fidèles, vivement sollicitée par les indulgences, et par la relaxation des pénitences canoniques. On dit que plus de cent mille personnes furent employées à la construction pendant ces treize ans. Les mêmes moyens étaient employés dans les autres églises, aux siècles douzième et treizième. Quelque singuliers qu'ils paraissent, on ne doit pas les condamner trop sévèrement , puisqu'on leur doit ces monuments fameux qui décorent nos cités et embellissent nus villes. Lorsque la collecte était décidée dans une église, on choisissait des chanoines ou des ecclésiastiques, dont les talents, promettaient un heureux succès. On les munissait de reliques, de lettres d'indulgences, et de toutes les autres choses nécessaires à leur mission. Arrivés dans un endroit, ils y déposaient respectueusement leurs reliques, faisaient élever une chaire devant la porte de l'église, et haranguaient la multitude: celle-ci, touchée de leurs discours pathétiques, s'empressait d'obtenir par ses aumônes les indulgences qu'on leur présentait. Ces pèlerinages lucratifs durèrent longtemps en France et en Allemagne : ils ne cessèrent que par les abus qui s'y introduisirent. C'est ainsi que dégénèrent souvent les choses même les plus utiles et les plus respectables. Quoi qu'il en soit , Werinhaire, mort en 1028, n'eut pas la satisfaction d'amener son ouvrage à la perfection. Le pape Saint-Léon vint a Stras-

heures, 18 minute avant midi. Il «st certainement malheureux pour la vérité historique, que le bonhomme GoMmeycr ait oublié de marquer les secondes.

bourg en 1 année 1050; il visita les bâtiments de la cathédrale et en approuva le dessin Les indulgences qu'il accorda à ceux qui viendraient y travailler, accélérèrent la construction et firent venir beaucoup d'ouvriers des pays étrangers*. Mais soit défaut de zèle dans les pasteurs , comme le suppose Schadée 5, soit indifférence de la part des fidèles, soit disette d'ouvriers, soit plutôt les fréquents incendies, les guerres et les malheurs des temps, ce ne fut qu'au bout de deux cent soixante ans de travail, que la cathédrale fut achevée, en 1275. On commença en 1277 à jeter les fondements de cette fameuse tour4, dont la hauteur et les beautés particulières forment un ouvrage digne d'admiration, qui ne trouve pas son pareil dans l'Univers *. Nous aurons lieu de revenir ailleurs à

« Schad^us, pag. 12.

* On prétend qu'il vint de» ouvriers du fond de la Hongrie pour gagner les indulgences du pape. On ajoute mfriic que la corne recourbée, qui se voit dans la cathédrale, suspendue à un pilier près de la chapelle de Saint-Laurent, est la corne d'un bulle de Hongrie , qui amena des pierres pour l'édifice. Cette tradition populaire n'est fondée sur aucun témoignage certain ; mais elle est moins fabuleuse que celle qui en fait une serre de griffon. Cette corne a 6 pieds 4 pouces de long sur 4 pouces d'épaisseur au gros bout. Elle parait n'avoir été conservée qu'à cause de sa grandeur peu commune.

* Page 13.

* C'est ce que prouve une ancienne inscription, qui était ci-devant au-dessus de la grande porte : ■< Anno Uomini 1277 in die beati Urbani hoc gloriosum opus t incoavit Magister Erwinus de Sleinbaeh. .

6 Le célèbre £neas Sylvius , qui vint trois fois à Strasbourg en qualité de légat du concile de Basle, et qui devint pape en 1458, sous le nom de Pie II, parle de l'église cathédrale et de sa tour comme d'une des merveilles du monde, in Germaniâ, cap. 38 : « Argentine ... Ecolesia pontilicalis, cui Monasterio nomen est ,

• secto lapide magnilicè constructa, in amplissimam fabricant assure» il duabus

• ornata lurribus, quarum altéra qua* perfectaesl, mirabile opus caput inter nubila

• condit. » Jean-Galéaz-Marie-Sfortia-Visconli , duc de Milan, écrivant, en 1481, au magistrat de Strasbourg, pour lui demander un architecte capable de diriger la construction de la superbe église métropolitaine de Milan, parle avec éloge de celle de Strasbourg qu'il nomme « del famoso Templo de quella veslra cita. .

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

ce prodige d'architecture , lorsque l'enchaînement des faits historiques nous le permettra !. Continuons de rapporter les faits qui intéressent la gloire de Werinhaire.

Le crédit de ce prélat augmentait de jour en jour auprès de l'empereur Henri. Ce prince lui donna de grandes marques de sa libéralité en lui accordant, pour lui et ses successeurs, le droit forestal dans un district considérable de l'Alsace *. Le droit forestal, dit aussi Wildbahn, était droit régalien : il donnait à celui qui en jouissait, la chasse et la pêche exclusives dans toutes les forêts et eaux qui étaient renfermées dans le district 3 . Le diplôme que l'empereur accorda à ce sujet, est daté de Francfort 9 mai 1017 4 , et fut expédié à la prière de l'impératrice Cunégonde, son épouse, de Brunon, évêque d'Augsbourg , son frère , et de Poppon abbé de Laurisheim. Henri rappelle, dans cette pièce, les différents et continuels services que l'évêque Werinhaire lui avait rendus dans les affaires ecclésiastiques et civiles. Elle fait aussi voir que les forêts d'Alsace et les îles du Rhin

* Voyez notre lettre sur l'origine des Francs-Maçons , insérée dans le Journal de Nanci, de l'année 1779, num. v et vi, pag. 118-1Î4 et 139-148, où l'on trouvera plusieurs détails sur la construction de la cathédrale et de la tour de Strasbourg.

* Ce district commençait au Rhin , vis-à-vis de Weisweiler, dans le Brisgau , et s'étendait de là jusqu'au Landgraben qui sépare la Basse-Alsace de la Haute. Du Landgraben il se repliait sur Scherweiler jusqu'à Dachslein: de Dachstein au-delà de la Brusch jusqu'au ruisseau de Rohrbach qui se jette dans la Sorr, près de Matzenheim ; du Rohrbach jusqu'au-delà de la Sorr , et de là jusqu'à la Moller et Pfaffenhoven, arrosé par la Motter; de Pfaffenhoven jusqu'à Drusenheim, prés duquel la Motter se jette dans le Rhin ; de Drusenheim ce district reprenait tout le long du Rhin avec toutes les îles adjacentes jusqu'à Schœnau , vis-à-vis Weisweiler.

* Voyez sur le Wildbahn la Dissertation de Jean-Adam Ickstatt de eo, quod jure publicu unirersali et particulari Imperii RomanoGermanici cired venathnes juris est, imprimée à Wûrtzbourg, en 1737, pag. 55 et teq.

* Pièce» justificative». Voy. H»*toire d'AUace ; tom. I", îi/. 871, pag. eexi.

étaient alors remplies d'ours, de sangliers, de cerfs et de chevreuils. Werinhaire resta encore plusieurs mois à Francfort, et ce fut à sa sollicitation, que Henri y confirma, le 29 septembre 1017 , à l'abbesse Helelwige les biens et droits de l'abbaye de Niedermùnster Ce prince lui donne dans le diplôme le titre de fidèle et bien-aimé prélat. Henri se rendit, l'année suivante, à Basle pour y assister à la consécration de l'église cathédrale de cette ville, bâtie à ses dépens par les soins de l'évéque Adalbéron. Elle se fit le 11 d'octobre 1018, en présence de l'empereur, de l'impératice et de plusieurs évéques, entre lesquels se trouva Werinhaire de Strasbourg*. Benoît VIII vint lui-même en Allemagne en l'année 1019. H trouva l'empereur à Bamberg, où il se préparait à célébrer la dédicace de l'église cathédrale. Le pape passa avec lui, dans la même ville, la fête de Pâques, qui arrivait le 29 mars. Le dimanche suivant, il consacra l'église de Saint- Etienne3. Un grand nombre de prélats et de seigneurs de l'empire assistèrent à cette cérémonie : nous croyons que l'évéque Werinhaire fut du nombre. Nous trouvons du moins son nom avec ceux d'Erkanbald de Mayence, Poppon de Trêves , Héribert de Cologne , Bernward de Hildesheim, Geron de Magdebourg, Walter de Spire et

• Pièces justificatives. Yoy. HUt. d'Alsace, tom. 1«, lit. 378, pag. ccxn.

• llBSTisius, Epitome Histuritt Basileensitt, lib. 7, pag. 67, edit Bruckeri; Gi'illimannis , Habsburg, lib. 4, pag. 134, edit. Mediolanensis et pag. 181 , edit. Ratisbon. , et Sudanus, Batilea sacra, pag. 141. « Ipso Impcratore aslante et ■ combenedicentibus Reverendis Patribus et Dom. Popone Archiepiscopo Trevi- • rensi , Wernario Episcopo Argentin, etc. * dit Nicolas Gerung, surnommé Rlawenstein, secrétaire du Jean de Fleckenstein , évêque de Basle, qui écrivait vers la fin du quinzième siècle in Chronkâ Episc. Basiliensium apud Bruckerum , in Scriptor. rer. Basil, minonhus , pag. 321 .

» Vita S. Cunegundis, apud Bolland. in Actis SS., tom. 1, Martii , pag. Î7i.

HISTOIRE DE L'ÉGMSE

Burchard de Worms, à la fin d'un diplôme de l'empereur Henri, daté de Bamberg, par lequel ce prince confirma, le 27 mai 1019, à Hartman, abbé de Pfeffers, les anciens privilèges de son abbaye \

Nous avons vu jusqu'ici l'évêque Werinhaire briller par des vertus pacifiques, qui firent le bien de son église et la tranquillité de la province. Des obligations indispensables l'arrachèrent de nouveau à son diocèse. Elles l'engagèrent dans une guerre dont le succès , quoique plus propre à servir à l'éloge d'un général d'armée qu'à exalter le mérite d'un pontife, le rendit toujours plus digne de la confiance de l'empereur , de l'estime de ses contemporains et des louanges de la postérité. En voici le sujet. Henri quitta Bamberg pendant l'automne de 1019. Il se rendit à Strasbourg , où il eut une entrevue avec Rodolphe , son oncle, dont la sœur Giselle était mère de l'empereur *. Rodolphe, ou Raoul III, roi de la Bourgogne Transjurane, dont la vie molle et indolente lui avait fait donner, par les seigneurs et le peuple, le surnom de fainéant , tandis que les ecclésiastiques, qui lui étaient redevables de plusieurs bienfaits, l'honoraient du titre de pieux ou de débonnaire3 , Rodolphe, dis-je, se trouvant sans enfants, avait vu, pendant sa vie, son royaume en proie aux factions de plusieurs concurrents, qui prétendaient à sa couronne. Les seigneurs même de la Bourgogne aspiraient eux-mêmes à la puissance souve-

' Pièces justificatives. Voyer hist. d'Aïs, tom. 1", fit 873, pag. ccxiv. Hartman succéda, en 1014, dans l'abbaye Pfeffers, A Salomon, second du nom. Celui-ci, élu en 1000, était né à Strasbourg ; • de Argentinâ oriundus , » dit Bucelin, in Rhœtiâ sacra et profana, pag. 208.

* Ditmarus, lib. 7, apud Leibnitiium , pag. 407 : « Fit eorumdem ( Henrici et « Rudolpbi) in urbe Argentine conventio et mutuœ charilatis invicem larga benigni • tas , consociis arrisit utrisque. •

• Voyea Dunod, Histoire du comté de liourgoyne , tom. i, liv. 3, pu g. 118 et 11».

raine et croyaient devoir être préférés aux étrangers. Ces différentes factions , qui mettaient tout le royaume en trouble , semblaient conspirer entr'elles pour enlever le trône à Rodolphe. Ce prince, méprisé de ses sujets, ne trouva d'autre ressource que dans la protection de Henri , son neveu. Il s aboucha avec lui à Strasbourg, où il conclut un traité, par lequel il appelait ce prince à sa succession, et le rendait héritier de tous ses états. L'empereur promit à son oncle de l'aider à remettre ses sujets dans l'obéisssance : mais comme il était lui-même pressé de passer en Italie, pour s'opposer aux Grecs et aux Sarrasins , il ne crut pouvoir remettre les intérêts* de Rodolphe en de meilleures mains qu'en celles de l'évêque de Strasbourg, dont il connaissait les talents, le zèle et la fidélité. Werinhaire fut très-flatté de se voir chargé d'affermir un roi sur son trône et de pacifier ses états. A peine eut-il reçu cet ordre, qu'il sê mit en état de faire honneur à cette commission. Il rassembla ses troupes pendant l'hiver de 1019 et dès que le printemps de l'année 1020 lui donna le loisir de les mettre en campagne, il entra en Bourgogne pour attaquer les rebelles*. Il joignit son armée à celle que lui amenaient ses deux frères Radeboton et Lancelin , et il la renforça des milices auxiliaires qu'il tira de la Souabe. La guerre fut longue et pénible ; enfin après diverses expéditions, dont l'histoire ne nous a point conservé le détail, Werinhaire

' AnnalisU Saxo apud Eccardum , tom. 1, Corp. hxstor. medii œvi, pag. 451 : » Anno 1019, Werinherus Argentin» Episcopuscum Àlemannis contra Burgundione* • pugnavit et vieil. *

■ C'est une erreur dans Tmtbéme, Annal. Hirtaug., tom. 1, pag. 161, et dan» Bauscmus, de Epine. Germaniœ, pag. 62, lorsqu'ils disent que Werinhaire entreprit cette guerre pour se venger des Bourguignons, qui avaient ravagé les terres de l'évéché de Strasbourg.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

toujours victorieux 1 , s'avança jusqu'à Genève, pour livrer bataille au comte Guillaume , puissant seigneur du pays , qui, par sa mère, descendait des rois de Bourgogne, et qui s'était mis à la tôte des factieux. Le combat fut sanglant: mais Guillaume fut obligé de chercher son salut dans la fuite. La victoire se déclara entièrement pour Werinhaire. Les historiens du temps lui donnent tout l'honneur d'avoir maintenu le roi Rodolphe sur son trône, et d'avoir appris aux Bourguignons à reconnaître et à respecter la majesté de l'empire *.

La guerre, qui occupait l'évêque de Strasbourg, ne lui fit pas oublier les affaires de la religion. 11 fut présent, avec l'empereur Henri et plusieurs autres prélats, à une donation, qui fut faite à Ermeneswerd, le 11 décembre 1021, à Saint-Meinwerck, évéque de Paderborn, et à son église3. Mais Werinhaire signala surtout son zèle pour le bien de l'église dans le concile que l'empereur assembla, le 12 d'Auguste 1022, à Selingestad sur le Mein, dans le territoire de Mayence. Aribon, archevêque de cette ville, y présida avec Burchard de Worms, Werinhaire de Stras-

' Hermannus Contractas apud Urstttium, pag. 320, et Canuium , pag. 264 :

• Anno 1020 Werinharius Argentine Episcopus, auxiliantibus quibusdam Suevis

• Burgundiones invasit, et conserto prsclio vicit. >

Chronicon Australe apud Slruvium , tom. 1, pag. 438 : < Anno 1020 , Werinha-

• rius Argentins; Archiepiscopus cum Alamanis contrà Burgundiones pugnavit ac

• vicit. »

Chronicon Augustanum , apud eumdem, tom A, pag. 494 : . Anno 1020 Weren- . harius Argentin» Episcopus cum Welff Comité Burgundiam vicit. .

• Voyez Guillinan de Episc. Argentinen*. , pag. 178 et 179, ef Habsburgiac., lib. 4, cap. 3, pag. 143, edit. Mediolanensis.

* Vita S. Meinwerci, cap. 12, apud Lcibnittium , ter. Brunswic. , tom. 1, pag. 551, et apud Papebrochium in Aclis SS., tom. 1 , Junii , pag, 541 : « In pra?-

• sentia Uenrici Imperatoris , Aribonis Magontini Archiepiscopi et VYuelini Episcopi

• Strazeburgensis. » (Voir sur Wizelinus les pages 410-411 ci-dessus).

bourg, Brunon d'Augsbourg, Eberhard de Bamberg et Meginhard de Wûrtzbourg,. Dix abbés se trouvèrent aussi à cette assemblée, entr autres Sizichon de Schutteren et Adelbert de Clingenmùnster*. Les canons de ce concile, au nombre de vingt, renferment des dispositions dignes d'être remarquées, puisqu'elles font connaître particulièrement la discipline ecclésiastique du diocèse de Strasbourg. Le premier canon regarde l'abstinence de la chair et du sang aux jours commandés par l'église : outre les jeûnes du Carême et des Quatre-Temps, qu'il veut être inviolablement observés, il ordonne qu'on s'abstienne de viande les quatorze jours qui précèdent Noël, et ceux qui se trouvent avant la Saint- Jean, ainsi que les veilles de plusieurs grandes fêtes. Le second canon régie les jeûnes des Quatre-Temps, et le troisième le temps de la célébration des mariages. On ne pouvait pas se marier depuis le commencement de l'Avent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie , et depuis la Septuagésime jusqu'à l'octave de Pâques , ainsi que toutes les veilles de fêtes solennelles. Le quatrième canon défend aux prêtres de dire la messe, s'ils ont bu pendant la nuit après le chant du coq, et le cinquième de célébrer plus de trois messes par jour. Comme il n'y avait pas encore alors d'horloges qui sonnassent l'heure pendant la nuit, on supposait que le chant du coq marquait minuit: plusieurs prêtres, dans ce siècle , célébraient chaque jour jusqu'à cinq ou six messes par dévotion , ou par intérêt. On se plaignait au concile de quelques ecclésiastiques insensés qui, pour éteindre les incendies, jetaient dans le

1 Pièces justificatives. Voy. tom. i de l'hist. d'Alsace, fil. 456, pag. cvii, ' Voyei Triihème, Annal. Hirsaugienêium , pag. 164; Goillimaji de Epttc. Argentin , pag. 183, et Mabillon, Annal. Benedict., tom. 4, lib. 55, pag. 291.

iX8 HISTOIRE DE L'ÉGLISE

feu un corporal ; le sixième canon interdit cet abus sous peine d'anathême. Le septième et le quatorzième regardent les personnes accusées d'adultère. Le huitième défend à toutes personnes, excepté au roi, de porter l'épée dans l'église, et le neuvième d'y tenir des discours profanes. Plusieurs laïcs, et particulièrement des femmes , faisaient dire tous les jours des messes particulières de la Trinité, ou de Saint-Michel : le concile , par son dixième canon , défend ces pratiques qui devenaient superstitieuses. L'onzième régie les degrés de consanguinité, et veut qu'on ne compte pas le frère et la sœur pour le premier, mais le neveu et la nièce. L'usage contraire a cependant prévalu. Le douzième canon ordonne d'abattre les bâtiments séculiers attenant aux églises : les prêtres seuls pouvaient loger dans le parvis. Les laïcs, par le treizième, ne peuvent confier le soin d'une église de leur dépendance à aucun prêtre sans l'examen et le consentement de l'évéque. Le quinzième canon veut qu'on observe exactement les jeûnes ordonnés publiquement sous peine pénale1 ; il permet cependant d'en racheter une partie en nourrissant le même jour un pauvre. Le seizième défend d'aller à Rome sans la permission de l'évéque ou de son vicaire. Les quatre canons suivants regardent la pénitence. Le pénitent, qui la fait, demeurera dans le lieu où il l'a reçue, afin que son propre prêtre puisse rendre témoignage de sa conduite; le prêtre ne peut partager sa pénitence en plusieurs inter-

' C'est le sens que nous croyons devoir donner au mot bannilum jejunium : il s'est encore conservé dans le diocèse de Mayence, où l'on nomme die Bannfasten les jours de jeûne qui s'y observent le lundi , mercredi et vendredi tant du second dimanche après Pâques, que du dix-neuvième après la Pentecôte, dont les inlroits commencent par Misericordiâ Dnmini et Soins populi. De là ce vers cité par Haltais , in Calendario mtdii œvi , pay. 'M :

• Post Salus et Miseri tibi erunt jejunia banni. »

valles pour la rendre moins pénible , ni faire rentrer le pénitent dans l'église sans ordre de l'évêque. Cette pénitence consistait en un jeûne de quarante jours au pain et à l'eau. Le dix-huitième canon est remarquable. « Comme plusieurs, f dit-il , sont tellement aveugles , que lorsqu'ils sont cou- « pables de quelque grand crime, ils ne veulent point rece- « voir la pénitence de leurs pasteurs, et s'en vont à Rome « dans la confiance qu'ils ont que le pape remettra tous « leurs péchés , le saint concile a jugé que cette absolution « ne peut leur servir de rien, mais qu'ils doivent commencer « par accomplir la pénitence que leurs pasteurs leur ont « imposée, et alors, s'ils veulent aller à Rome, ils deman- « deront la permission de leur évêque » C'est ainsi que les pères du concile de Selingestadt travaillaient avec succès à la réforme des abus. Leur zèle était soutenu par celui du prince, qui donnait lui-même à ses sujets l'exemple d'une exacte soumission aux lois de l'église.

Les règlements du concile de Selingestadt ne furent pas aussi bien reçus à Rome qu'ils l'avaient été en Allemagne. Le pape, Renott VIII, fut choqué du seizième et du dixhuitième canons, qui lui paraissaient contraires au respect dû au Saint-Siège. Il suspendit de ses fonctions Aribon, archevêque de Mayence, qui avait été l'âme de ce concile. Les évêques, ses suftragans, indignés de cette injustice, écrivirent au pape, au nombre de onze, pour se plaindre de cette suspension qui attaquait si ouvertement les droits de l'Église germanique. Werinhaire de Strasbourg occupa la

' Cela est assez conforme aux statuts d'Ahy Ion, évcque de Basle, qui fut, au neuvième siècle, un des principaux ornements de l'église. Il veut, cap. 18, que ceux qui vont à Rome par dévotion pour y visiter les tombeaux des apôtres , ayent à confesser leurs péchés avant leur départ, ■ quia, ajoute-t-il, à proprio Episcopo • aut Sacerdote ligandi aut exolvendi sunt , non ab extraneo. >

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

troisième place dans le nombre de ces prélats Benoît VIII eut égard à de si justes réclamations, et l'on voit qu'Aribon assembla, en 1023, un nouveau concile plus nombreux, à Mayence, où se trouva l'empereur qui y célébra les fêtes de Pentecôte. Le mariage du comte Othon avec Hermengarde y fut déclaré nul et illicite. Le comte se soumit au jugement des évêques ; mais Hermengarde fut excommuniée pour avoir méprisé leur décision *. L'empereur Henri se rendit de Mayence en Alsace, et ce fut à Brumat qu'il donna, le 2 septembre 1023, deux diplômes, l'un pour l'église de Wiirtzbourg et l'autre en faveur du monastère de Saint-Bénigne 3. Il passa le même mois à Basle : l'évêque Werinhaire l'y accompagna , et ce furent ses prières qui procurèrent, le 25 septembre, à Degenhard, abbé de Mourbach, la confirmation des droits et privilèges de son abbaye4. Henri revint en Alsace au mois d'octobre, et pendant le séjour qu'il fit à Erstein, il y accorda, le 29, au monastère de Rhinau quelques biens situés dans le Qeggau et le comté de Radeboton 5.

Ces différents voyages, joints à plusieurs infirmités et à des fatigues continuelles, épuisèrent la santé de l'empereur et achevèrent de miner son tempérament. Il célébra, en i 024 , les fêtes de Pâques à Magdebourg , et celles de la

1 Pièces justificatives. Voy. hist. d'Als. tom. 2, lit. 456, nota-B., pag. C vin .

* Wolferus, in VitA S. Godehardi , apud Ifcnschtnium , in Actis SS. , tom. 1 , Maiit pag. 510; apud Mabillonem , in Actis SS. Ont. S. Benedkti , tom. 8, sœculi 6, part. 1, num. 24, pag. 410, et Mansi , in Collecttone Conciliorum, tom. 19, 411.

* Le premier de ces diplômes a clé public par Lunic, Spicitegii etdesiattici , tom. 5, conlin. 1, pag. 750; et l'autre par Guichenon, Bibliothecœ Sebusiana, Cent. 2, num. 78, pag. 386. L'un et l'autre sont dates de Brumatœ.

* Pièces justificative». Voy. Hist. d'Als. lom. 1«', lit. 375, pag. ccxvn.

* Actum Herinstein. C'est la date que porte le diplôme accordé à ce sujet le 29 octobre 1023 , apud Hergotl , Ortg. Habsburg., tom. 2, num. 166, pag. 106.

Pentecôte à Goslar. S'étant ensuite rendu au château de Grone, près de Halberstadt, il y mourut la nuit du 13 au 14 de juillet, dans la cinquante-deuxième année de son âge et la vingt-deuxième de son règne. Ses vertus royales et politiques l'ont fait mettre au rang des héros , et ses vertus chrétiennes au nombre des saints. Son règne fut un règne de douceur et de modération : ses travaux continuels pour Tintérêt de l'Etat le firent respecter et chérir de ses sujets. Sa piété ne dérobait rien à sa valeur : il aimait la paix et savait faire la guerre ; mais le bien de l'église et celui de ses peuples étaient l'unique objet de ses exploits militaires. Il fit constamment présider la religion à ses conseils, la bonne foi à ses traités et le zèle à ses entreprises. Une sévère et rigide vertu le rendit toujours insensible aux charmes des voluptés. Non-seulement il conserva la chasteté au milieu des périls de la cour, mais il garda la continence dans le mariage. Se sentant près de sa fin , il appela les parents de Sainte-Cunégonde, son épouse, et leur dit, suivant le récit de quelques historiens, qui ont eu cependant des contradicteurs' : je vous la rends vierge,

* Nous sommes bien éloigné de vouloir infirmer ce fait attesté par plusieurs historiens presque contemporains, comme l'écrit le P. Sollier, in Actit SS.. tom. 8, Julii , pag. 727 et teq. , et constaté surtout par la bulle de canonisation de ce saint empereur. Nous ne pouvons cependant dissimuler qu'il existe quelques diplômes qui paraissent marquer le contraire. Outre les anciennes Litanies de Bamberg , citées par le même P. Sollier, pag. 729, où l'on souhaite vie et salut « Hein- • rico a Domino coronato magno et pacifico Imperatori , Chunigundœ Reginœ , « nobilissimss proli régal i. » On trouve dans Leibnitz , inScriptor. rer. Brumwic, iom. 2, pag. 156, un diplôme de Saint-Henri pour l'église de Hildesheim, daté de l'an 1013 , où il veut qu'on prie « pro conjugis prolisque regalis incolumitate. » Scheid rapporte Ori^n. Guelfic, tom. 4, pag. 433, un autre diplôme de la même année , où ce prince ordonne pareillement qu'on fasse des prières « pro nobis et . conjuge , proleque noslra. . Ces deux pièces sont peut-être falsifiées : car pourquoi , dans le grand nombre de celles qu'on a conservées de Saint-Henri , n'en

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

telle que vous me lavez donnée. Son corps fut porté à Bamberg dans leglise cathédrale. Les miracles qui s'opérèrent à son tombeau , changèrent bientôt les regrets en une vénération religieuse Henri fut canonisé, le 14 mars H45, par le pape Eugène III *. Sa mémoire fut toujours en grande vénération dans la cathédrale de Strasbourg, qu il n'avait cessé de combler de ses bienfaits. Les chanoines inscrivirent son nom dans le nécrologe au nombre des bienfaiteurs de leur église 3, et célébrèrent longtemps le jour de son anniversaire par un service plein. Leur table était alors servie comme aux fêtes solennelles : c'était le grand-prévot qui en faisait les frais sur les revenus que ce prince leur avait accordés dans le ban de Sélestadt. Le

reste-t-il que deux qui font mention des enfants de ce prince? Lui-même dans un diplôme de 1019, apud ffergott , tom. 2, pag. 105, la nomme aussi • dilectissimam « nostram conjugem Kunigundam , Imperatricem Augustam , qui in Christo sumus

• una caro. • Dans une autre, apud Schaten, Annal. Paderborn. , pag. 424 , on lit : • Dilectissimœ conjugis nostrse , qui duo sumus in carne una , Cunigund»

• videlicèt Imreratricis AugusUc. »

' On lit le nom de l'empereur Saint-Henri dans un trés-ancien Calendrier allemand , publié par Schilter, in Thesauro antiq. teuton, tom. 1, append., pag. 73. Son oflîce avec des hymnes fut imprimé à Banihcrg, en 1673 et 1723. Le célèbre Santeuil a consacré quatre beaux hymnes à la mémoire de ce grand prince, inter Hymnoi $avro$ , pag. 95-98 , parmi lesquels on lit cette strophe remarquable :

Proximité morti , pruceres vocavit :

Virginem , dixit , mihi quant dicattit Virginem reddo, cornes Ma tantùm Addita vitœ.

' BA10MCS, Annal, tcclts. , tom. 12, ad an. 1152, num. 4, pag. 470 , et Solder , tom. cit. rectiùs ad an. 1145, pag. 716.

• Necrologium Ecclesiae Argentinensis an. 1181 conscriptum : «11! Idus Julii ,

• Heinrichus Imperator obiit : de Slehhestat plénum servicium. Indè portario pre- . sentantur quatuor frigingi ovini , duodecim porcini , septem solidi , duodecim . casei , situla lactis , centum et decem ova et libra piperis. De his ipse miimlrct

• omnibus. »

grand-chapitre , par un décret capitulaire , ordonna , vers Tan 1229, que la fête de Saint-Henri serait célébrée comme les grandes-fêtes qui ont neuf leçons à Matines *. Elle se célébrait dans la cathédrale sous le rite double a, ainsi que dans le reste du diocèse 3. Mais quand l'office y était célébré par le roi du chœur, dont la prébende avait été fondée par ce prince, il se célébrait avec plus de solennité, et se faisait comme aux jours doubles de la seconde classe 4. Nos ancêtres ont été, en ce point, plus soigneux que nous d'honorer la mémoire de Saint-Henri. Au lieu de célébrer sa fête le 14 ou plutôt le 13 de juillet, jour de sa mort, on l'a transférée au jour suivant, c'est-à-dire au 15,

' Liber regulse ecclesia? Cathedralia Argentines sis, fol. 54 : « Notum sit omnibus, . quod de communi coosensu Reinhardi, prepositi, Bertoldi Decani, Friderici Cantorio, « Ulrici Scolastici, totius que capituli instituium est, communi consilio, quod « festum Heinrici Imperatoris , sicut festa novem lectionum , celebretur : mensur- « narius tamen eodie, sicut in die profesto , prebendam fratribus ministrabit , qui « à Prepositus secundum antiquam consuetudinem et justitiam de Slezestat plénum « servitium tenelur ministrare. .

1 On trouve à la fin du Missel de Strasbourg, imprimé en 1520 une prose eu l'honneur de S. Henri , qui commence ainsi :

« Laudet omnis spiritus

< Christum , qui divinitus

• Coronavit gloria

« Gloriosum Confessorem ,

• Quem Patronum et Auctorein

• Hec colit Ecclesia.

• Voici ce qu'on lit dans un ancien Bréviaire de Strasbourg , imprimé dans cette ville en 1478 : . Henricus complures Cathédrales Ecclesias copiosis rauneribus . augmentavit : specialiter tamen in Argentinensi Ecclesia Prebendam Régis hono- -rabilem, collatis pluribus praediis, dotavit. et Prebendas fratrum hodierna die . larga amministratione dari disposait. Unde sub duplici oflîcio ejus feslivitas cele- • brior in eadem Ecclesia annuatim recolitur. >

4 Comme le porte le Directoire du Grand-Chœur de l'Eglise Cathédrale , écrit en 1864 , fol. 246. On trouve aussi dans l'ancien livre des distributions manuelles du même Grand-Chœur : « Pro festo Henrici Imperatoris unam libram dat Rei « Cbori in Matuttui» et in summa Miua. •

HISTOIRE DE I.' ÉGLISE

pour donner sa place à un saint bien plus nouveau, Saint- Bonaventure. Les leçons mêmes de son office ne nous apprennent pas les vertus particulières qui doivent rendre cet empereur cher à notre province. La plus grande partie de nos ecclésiastiques ignorent encore dans leurs prières les glorieuses actions qui doivent le faire regarder comme un des principaux bienfaiteurs de l'église et du diocèse de Strasbourg. Celui de Basle, plus reconnaissant, ainsi que presque toute la Haute-Alsace, qui en dépend, célèbrent encore aujourd'hui le jour de la mort de Saint-Henri comme un jour de fête principale et solennelle f. Nous l'y trouvons même instituée dès l'an 1348, par l'évêque Jean Senn de Munsingen, qui l'établît conjointement avec le grand-chapitre et le magistrat de Basle 2.

La mort de ce grand prince produisit dans l'empire des mouvements et des brigues. Comme il n'avait point d'enfants , il proposa pour son successeur , avant que de mourir, Conrad, duc de Franconie, comme le sujet le plus propre à gouverner dans les conjonctures difficiles où l'Etat se trouvait. Conrad joignait à des rares talents une naissance illustre et ancienne. Othon, son grand-père, fut duc de Carinthie. Henri ou Hetzel, son père, qui mourut en 989, gouverna le duché de Franconie 3. Adélaïde, mère

1 Le Propre des Saints du diocèse de Basle , imprimé en 1738 , pag. 114 et seq. rapporte l'office de S. Henri sous le rit double de la première classe avec Octave. On y trouve aussi pag. 157 % sous le rit double celui de Sainte Cunégonde , son épouse , laquelle suivant Dom Mabillon, Annal. Benedict. tom. 4 , lib. 57, pag 422, mourut en l'an 1038.

• Le décret de l'établissement de cette fête, du 4 juillet 1348 se trouve dans Schœpdin , Alsat. diplom. tom. 2 , pag. 192.

* Voyez Guilliman syntagma de vera origine et stemmate Cunradi II [mpératoris Salici, imprimé à Fribourg en Brisgau en 1609, et publié de nouveau en 1735 par Senckenbcrg Selecta juris et historiarum , tom. S, pag. 223 el seq. Voyex aussi Kœler Uissertatio genealogica de familia Auyusta Franconica . tabula 2 ,

de Conrad, était fille d'Eberhard IV, comte du Nordgau ou de la Basse- Alsace, et sœur d'Adelbert, marquis de Lorraine Brunon, son oncle paternel, avait été pape en 996, sous le nom de Grégoire V. Guillaume , son autre oncle, succéda à Werinhaire dans l'évêché de Strasbourg. L'estime et la recommandation de Henri étaient un préjugé bien favorable pour le duc Conrad ; mais elles n'empêchèrent pas plusieurs seigneurs puissants de lui disputer le trône. Les évêques et les princes de l'empire, qui devaient concourir à l'élection, s'assemblèrent dans une grande plaine sur le Rhin, entre VVorms et Mayence. L'impératrice Cunégonde et ses frères , les évêques d'Augsbourg et de Strasbourg, qui avaient alors le plus de crédit, n'oublièrent rien pour ménager les esprits et disposer les seigneurs et les prélats à faire un choix digne de la majesté de l'empire. Ils réussirent à modérer la vivacité des contestations, et tous les suffrages s'étant enfin réunis en faveur du duc Conrad, il fut choisi roi de Germanie, après sept semaines d'interrègne 8. Werinhaire , évêque de Strasbourg , ne fut pas seulement du nombre des électeurs : Wippon , qui assista à l'assemblée , ajoute que c'est particulièrement à ses conseils que Conrad fut redevable du bon ordre qu'il mit d'abord dans l'empire 3. Ce prince , après l'élection , fut conduit à Mayence où il fut sacré le 8 de septembre

pag. 10 et seq. Cette dernière dissertation a été réimprimée dans la Colleclio dissertationum Hittoriam tmperii Rumano Germaniri illuslrantium , publiée à Vienne en 1777 parle conseiller Schrottcr.

* Wippo, in Vita Conradi Salici , apwl Pistorium , loin. 5 , pag. 464

* Voyez le détail de cette élection dans Dom Calmet , Histoire de Lorraine , totn. 4 , lit.' 48 , pag. 943 et suiv ; et le P. Barre, Histoire d'Allemagne, lom. S p. 629-633.

* Wippo , apud Pistorium, pag. 428: « Ad quam rem plurimum valuit inge. « nium Augustensis Episcopi Brunonis et Wernheri Eptscopi Argentinensis con- « lilium. '

HISTOIRE DE l'&GMSE

1024, par l'archevêque Aribon et par les évôques de Germanie et d'Alsace \ ses suftragants. fl se rendit ensuite à Aix-la-Chapelle où il fut placé dans la chaire de Charlemagne, et où Giselle, sa femme , tille de Herman , duc de Souabe et d'Alsace, fut couronnée reine, le30de septembre.

Conrad, dit le Salique, fut un des princes les plus sages et les plus habiles qu'on eût vu en Germanie depuis l'empereur Othon. L'innocence de ses mœurs, l'égalité de son caractère et son goût pour la piété l'avaient rendu intéressant dès sa première jeunesse. Elevé sur le trône , il se montra jaloux d'en soutenir la splendeur et la dignité avec une fermeté sans hauteur et une magnificence sans profusion *. Protecteur des lettres et des savants , il eut un soin particulier de faire fleurir les études dans le clergé. Ce prince vint en Alsace pendant le cours de l'année

1025. Il passa d'abord à Basle, où l'évêque Werinhaire vint lui faire sa cour et appuyer la demande de Degenhard, abbé de Mourbach, qui sollicitait la confirmation des privilèges de son abbaye. Le diplôme qu'il lui accorda, est daté du 23 juin 1025, et fut expédié aux prières de Giselle, son épouse, d' Aribon de Mayence et de Werinhaire de Strasbourg s. Conrad se rendit ensuite dans cette dernière ville où il confirma, le 8 juillet 1025, les biens et les privilèges de l'église de Sainte-Magdeleine de Verdun 4. Les motifs qui avaient conduit le roi dans cette ville, étaient

4 C'est l'expression <le Wippon , pag. 427.

* 11 fut , dit M. Moreau , Discours sur l' Histoire de France, totn. 14 , pag. 363 , celui des princes contemporains , qui mérita le plus la considération de l'Europe.

• Pièces justificatives. Voy. Hist. d'Alsace, tom. 1 , Tit. 378 , pag. CCXX.

4 ■ Actum Argentine , » dit le diplôme de Conrad , publié jpar Dom Calmel , Histoire de Lorraine , tom. 1 , preuves, pag. 400 de ta première édition . et tom, i, vol. CCLII de la seconde.

DE STRASBOURG

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