‹ Œuvres historiques inédites. 1Chapitre 36 sur 47 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

les intrigues d'Ernest, duc d'Alsace et de Souabe. Celui-ci, quoique fils de la reine Giselle, osa conspirer contre Conrad , son beau-père, et se liguer contre lui avec Cunon, cousin du roi, et avec Frédéric, duc de la Lorraine Mosellane. L'Alsace allait devenir le théâtre d une guerre violente : mais elle en fut garantie par l'habileté de Giselle, qui sut persuader le duc , son (ils , de venir se jeter aux pieds de son époux pour lui demander grâce. Conrad eut beaucoup de peine à se laisser fléchir *. Ernest ne profita pas longtemps de cette grâce : dès qu'il vit Conrad occupé en Italie, ce duc de Souabe et d'Alsaee se mit, en 1027, à la tête d'une nouvelle ligue contre son beau -père. S'étant laissé séduire par les gentilshommes qui lui étaient attachés, il passa le Rhin avec ses troupes et ravagea en Alsace toutes les terres des seigneurs qui étaient fidèles à Conrad. Il y mit au pillage et ruina les châteaux de Hugues IV, comte du Nordgau, qui était cousin-germain du roi *. L'empereur, de retour en Allemagne, vint à Ulm où il assembla une diète générale. Le duc Ernest, abandonné de ses partisans, fut obligé de s'y rendre pour implorer la clémence de son souverain, qui l'envoya en Saxe et le fit enfermer dans le château de Gibichenstein, près de Halle 3. Par considération pour l'impératrice, on ne lui donna pas de successeur dans le duché. Conrad, à la prière de cette princesse, lui rendit même la liberté en 1030. Mais Ernest continuant toujours ses violences, l'empereur le fit proclamer ennemi de l'empire, et lui ôta tou9

* Wippo , pag. 470.

* Wippo adannum 10J7 : « EroestusDux Sueviœ, privignu» Imperatoris Conradi, « AUatiam vastavit, et castella Hugonis Comitis , qui eral consanguineu» Impera-

. ton», désola vit. »

* Idem, pag. 474.

HISTOIRE DE L ÉGLISE

ses biens. Il fut tué, le 18 août de la même année, dans un combat singulier, de la main du comte Manegold Le duché de Souabe fut alors séparé pour quelque temps de celui d'Alsace. Le premier fut accordé à Herman, frère d'Ernest, qui, n'étant pas encore en âge de gouverner par lui-même, fut mis sous la tutèle de Warman, évéque de Constance. Il accompagna, en 1038, l'empereur Conrad en Italie, et il y mourut de la peste, le 28 juillet *. Le duché d'Alsace passa entre les mains de Conrad , duc de Franconie, fils de Conrad , duc de Carinthie , et de Mathilde, sœur de l'impératrice Giselle. Il le conserva jusqu'à sa mort, arrivée en Italie le 20 août 1039 3. Les deux duchés furent alors réunis de nouveau en la personne du roi Henri, tils de l'empereur Conrad-le-Salique S qui les conserva jusqu'en 1045.

Dans l'intervalle que les affaires de l'Église et de l'Etat laissaient à Werinhaire, ce grand prélat fit bâtir le fameux château de Habsbourg qui a donné le nom à une des plus augustes et des plus anciennes maisons de l'Europe. Si les vertus personnelles, qui rendirent Werinhaire recommandable, n'avaient pas acquis à son nom le droit d'être immortalisé dans nos annales, la seule fondation de ce château suffirait pour rendre sa mémoire précieuse à celles de l'Empire. Le comte Radeboton, frère de cet évéque, se tenait toujours sur la défensive. Ses terres confinaient d'un côté à celles du duché de Souabe, et de l'autre au royaume

' Voyez à son sujet le P. Barre , Histoire d'Allemagne , tom. 3 , pag. 637 et

' V ip^o , pag. 476 et 482.

* Voyez ScuotPFLiN , Alsal. illustrata , (ont. t, pag. 545 et 604. Le nécroloje d'Ensidkn en frit ainsi mention . « XIII kal. sept. Chuonradus Dux obiit. »

' Pfm kinokh, m V'itriario illustruto, loin, i, pag, 329, et Kœler, de fastis duaiiu* Alemanniat, pag. 13.

de la Bourgogne-Transjurane. Le duc Ernest, prince, comme nous l'avons vu, toujours inquiet et toujours turbulent, le fatiguait, d'une part, par ses courses: les seigneurs bourguignons , de l'autre , ne cherchaient qu'à se venger d'un évéque guerrier qui avait remporté sur eux , près de Genève, une victoire complète. Cette situation engagea Radeboton de faire bâtir, par le conseil et le secours de Werinhaire, son frère, une place forte, capable de résister aux efforts de ses dangereux voisins, fl n'avait alors aucune forteresse qui pût le mettre en sûreté. Le château d'Altenbourg , voisin de l'abbaye de Rhinau, et qui était le chef-lieu de son comté de Cleggau, situé dans une plaine, était d'un abord très -facile. Ses murailles, quoique hautes et épaisses, tombaient chaque jour de vieillesse. Windisch , dont Radeboton était seigneur ville fameuse sous les Romains par sa situation , sa forteresse et son siège épiscopal, transféré, au sixième siècle, à Constance, n'était plus ce qu'elle avait été autrefois. Elle n'offrait, ainsi qu'aujourd'hui, que quelques habitations, restes infortunés de l'ancien Vindonissa. Près de Windisch, non loin de la rivière de l'Àar, était une haute montagne, formée de rochers très-escarpés et inaccessible de tous côtés, à la réserve de celui qui regardait le nord. I /évéque Werinhaire et le comte Radeboton, son frère, choisirent le sommet de cette montagne pour y bâtir le château de Habsbourg. L'endroit fut environné d'un double fossé et par d'autres ouvrages de fortification. Il n'était

1 Landolaus , évéque de Darvie , possédait, au milieu du neuvième siècle , la seigneurie de Windisch, comme le remarque Ekkf.hard de Casibus tnonast. S. Galli. cap. 1, apud. Goldattum rer. Allemannic. tom. 1, part, i, pay. 15. On nuit qu'une sœur de cet évoque , et son hôrilière, apporta celte seigneurie en mariage au comte Luitfrid III , un des ancêtres du comte Radeboton.

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

plus question que de faire garder la place par des troupes en état de la défendre. Comme Werinhaire était très-riche par ses biens patrimoniaux et par les revenus de son évéché, il en abandonna tout ce que son frère demandait pour mettre dans ses intérêts la noblesse des environs, et se faire de nouveaux vassaux. Plusieurs gentilshommes de la Souabe , de l'Ergau et du pays de Zurich , engagés par les gratifications ou les promesses du comte, lui firent serment de fidélité, et lui jurèrent qu'au premier signal ils accourraient à son secours.

Le château de Habsbourg était en cet état, lorsque Werinhaire s'y rendit pour juger par lui-même de l'emploi de son argent. Il sortit de Strasbourg plein d'espérance de trouver un château qui , par sa force et sa beauté , ferait honneur à sa magnificence. Mais il fut très-surpris de ne rien voir dans ce château que de très-imparfait. Rien ne lui paraissait mériter son estime que la situation avantageuse. Toutes les fortifications ne consistaient qu'en quelques terasses et un tas de grosses pierres mal arrangées, qui ne présentaient rien d'agréable à la vue, et qui paraissaient peu propres à résister longtemps aux efforts d'un ennemi. Werinhaire en fit ses reproches au comte : il crut que son frère avait dissipé en folles dépenses les sommes qu'il lui avait données. « Attendez, lui répondit Radebo- « ton, demain vous jugerez mieux et de la force de cette • place et du bon emploi de vos bienfaits. » Le comte convoqua, pendant la nuit, tous les nobles et tous les vassaux qui s'étaient engagés à son service. 11 leur ordonna de prendre les armes et de se trouver au point du jour dans la plaine autour du château. Radeboton fut obéi fidèlement : l'évêque, à son lever, ayant aperçu toutes ces troupes assemblées et prêtes à combattre, craignait que ce

ne fussent des ennemis qui venaient l'assiéger dans une place sans vivres, sans munitions et presque sans défense. Le comte le tira bientôt de peine : il lui déclara que cette armée, qui 1 étonnait, n était composée que d'amis et de vassaux qu'il avait acquis avec l'argent dont il l'avait gratifié. Sur le champ, il fit ouvrir les portes du château , et toute cette noblesse vint rendre ses hommages à Werinhaire qui loua la sage politique de son frère. Cette prudente conduite lui fit redoubler ses bienfaits pour achever un ouvrage qui devait tout-à-la-fois et relever la gloire de sa maison et lui servir de rempart contre les entreprises de ses ennemis *. Telle est, selon Guilliman *, qui paraît avoir tiré ce détail de mémoires authentiques , la plus certaine et la première origine de la maison de Habsbourg 3. Werinhaire lui-même se nomme, dans son testament, fondateur de ce château. Il l'appelle Habsbourg, c'est-àdire bourg allodial ou domanial 4 : il jugea à propos de

' Félix Fabri , moine d'Ulm , Hist. Suevor , lib. 1 , cap. 13, apud Goldaslumrer. Suevic Scriptor. , pag. 42 , et apud Schilterum in Thesauro Antiquit. Teutonicar , tom. 2, pag. 41 , rapporte au sujet de cette fondation différents faits, dont nous n'oserions assurer l'authenticité. Il dit entr'autres choses que Je château de Habsbourg fut dédié en grande solennité , en présence de l'évéque Werinhaire et l'armée que Radeboton , son frère, avait rassemblée , et qu'il fut déclaré dans celte cérémonie comme le chef-lieu d'un des plus nobles comtés de la Germanie.

• Guillimannus, Habsburgiac. lib 4, cap. 3, pag. 137 et seq. edit. Èlediolanensis et pag. 18S et seq. edit. Ratisbonensis.

3 L'auteur anonyme qui écrivit au seizième siècle une chronique allemande de Origine et Historia Archiducum Ausirice , lib. 1 , cap. 5. rapporte la même chose de l'origine du château de Habsbourg , apud Senckenberg , Selecta juris et historiarum , tom. 4, pag. 26 et seq. Le P. Laguille , Histoire d'Alsace , part. 1 , liv. H, pag 161 édil. in fol. et tom. S, pag. 301, éàit. in 8°, et le P. Rarre Histoire d' Allemagne, tom, 3, pag. 646 , ont aussi adopté le récit de Guilliman.

* Dom Hehgott, Genealog. Habsburg. tom. 1 , lib. 1 , rap. 5 , pag. 34 et seq. d'après Fugger (Esterreichischer Ehrenspiegel, lib. 1, cap. 3 , pag. 18 et l'auteur de la chronique citée, publiée par Senckenberg, tom. 4, lib. 1, cap. S, pag. 81,

HISTOIRE DE l/fal.tSE

transmettre ce nom à la postérité de Radeboton, son frère, par préférence à celui d'Àltenbourg qui n'était plus qu'un manoir trop antique pour être habité !. Les ruines du château de Habsbourg se voient encore aujourd'hui sur la pointe d'une montagne élevée *, dans le pays d'Argau, au canton de Berne, à une lieue de la ville deBrugg et de l'ancienne abbaye de Kœnigsfelden 3. Les comtes de Habsbourg , devenus depuis archiducs d'Autriche, se sont toujours fait honneur de porter ce nom qui rappelait l'ancienneté de leur origine Cette maison , relevée par l'éclat de plusieurs couronnes réunies sur sa tête, a donné quinze empereurs au premier trône de l'Europe , cinq rois à l'Espagne, deux évêques à l'église de Strasbourg5 et vingt-

dérive le nom de Habsbourg de kabes ou haben qui désigne un domaine. Cette étymologie nous parait plus simple que celle de dom Pez in sua de étymo. nominit Habsbttrgici ad ComUem de Simendorff epistola, pag. 12 e/ neq. qui prétend que le nom de Habeiburch est un vieux mot théotisque , qui désigne un château principal et premier dans son genre, comme qui dirait eine Haupt-burg. Nous ne rapporterons pas ici les contes ridicules , que rapporte Albert de Bonstetten , religieux et doyen d'Ensidlen, dans sa chronique de la maison d'Autriche, écrite en 1491 , et imprimée dans i'Auslria sacra, part. 2, tom. 4, cap. 14 et 45, pag. 118 et 123, qui rapporte la fondation du château de Flabsbourg â un des descendants des Scipion , qui se convertit à Rome à la foi , sous l'empire de Justin , c'est-à-dire au commencement du sixième siècle , et qui eut deux fils , qui s'établirent en Allemagne, dont un devint Evéque de Strasbourg, et l'autre, nommé Albert, bâtit conjointement avec ce Prélat le château de Habsbourg.

* Nous verrons ci-après que Werinhairc , fils du comte Radeboton , et neuve» de l'Evèque , fut le premier qui se trouva qualifié comte de Habsbourg.

» Nommée Wulpesberyer-buhd.

' Telles que nous les avons découvertes de loin le 16 septembre 1784 en allant de Bade à Waldshut. Dom Hergolt a fait graver dans sa Généalogie de la Maison d.« Habsbourg, tom 1 , anlè. lib. I tabul. 3 4 5 6 et 7 , le plan de ce château, vu dans ses différents asperts

4 Voyez Hergotl , tom 1 , lib. 1 cap. 4 , pag. 28 et 29. » Léopold I et Léopold 11.

quatre landgraves à la Haute-Alsace. C'est la même que notre siècle a vue ne s'éteindre dans un prince magnanime, mais peu heureux 1 , que pour renaître avec un nouvel éclat dans sa postérité féminine, et surtout dans une grande impératrice * que l'Empire et l'Allemagne regretteront encore longtemps.

Quelque temps après la fondation du château de Habsbourg, Conrad-le-Salique passa en Italie. Avant que de partir, il fit élire roi de Germanie son fils Henri. Ce jeune prince, qui n'avait que huit ans, fut couronné en 1026, à Aix-la-Chapelle. La reine Giselle, plusieurs seigneurs et prélats , dans le nombre desquels se trouvait Werinhaire de Strasbourg, accompagnèrent Conrad dans son voyage. Il entra triomphant dans Rome , où il fut reçu avec les plus grands honneurs 5. Le pape Jean XIX le couronna empereur avec Giselle, son épouse, le jour de Pâques, 26 mars 1027 *, en présence des deux rois de Bourgogne et d'Angleterre, Rodolphe et Canut, et suivi d'un nombre considérable de seigneurs tant ecclésiastiques que laïques. Nous ne doutons point que Werinhaire de Strasbourg n'ait assisté à cette auguste cérémonie, puisque ce fut à ses prières que le nouvel empereur fit, à Rome, le 4 avril, une donation en faveur de Jacques , évôque de Fiésol 8. Le pape Jean XIX assembla le 6 avril suivant un concile , de concert avec Conrad , dans lequel le droit métropolitain fut confirmé à l'église d'Aquilée. Quarante-neuf évêques siégèrent à ce concile, et celui de Strasbourg, qui y est

' Charles VI, élu empereur le Î4 octobre 1711 , mort le 20 octobre 1740.

* Marie-Thérèse , fille de Charles VI.

* Voyez le P. Rarre, Histoire d'Allemagne, tom. 3, pag. 614 et suiv.

* Wippo, pag. 433.

* Pièces justificative». Voy. Hist.d'Alt. pièces juslif., du /om.î, TU. 457, poo. cvin.

Digiti;

HISTOIRE DE L'ÉGLISE

nommé Wézilin, y prit la onzième place1. L'empereur, de retour en Allemagne, convoqua la même année 1027, après le mois de juin, un concile à Francfort pour décider une contestation qu Aribon, archevêque de Mayence et Godehard, évêque de Hildesheim avaient entr'eux*. L'un et l'autre prétendaient la jurisdiction sur l'Abbaye de Gandersheim. Vingt-trois évêques se trouvèrent à ce concile. Wolfer, auteur contemporain , qui a écrit la vie de Saint- Godehard , remarque 3 que rien n'était plus beau, ni mieux réglé que l'ordre qu'on tint dans les séances. L'archevêque Aribon était placé à l'orient devant l'autel avec ses suflragans , et Werinhaire, évêque de Strasbourg, était immédiatement assis à côté de lui avant tous les autres prélats. L'empereur siégea à l'occident , ayant à sa droite l'archevêque de Cologne avec ses sunragans , et à sa gauche celui de Magdebourg avec les siens. Au midi étaient assis d'autres évêques , et au nord plusieurs abbés. Cette préséance sur les plus célèbres évêques d'Allemagne, n'est pas la seule distinction , dont Werinhaire fut honoré dans ce concile. Wolfer, que nous venons de citer, ajoute que Brunon, évêque d'Augsbourg, y rapporta la cause des deux prélats ; mais que Werinhaire de Strasbourg fit et prononça la sentence , qui fut favorable à l'évêque de Hildesheim 4. Ce témoignage fait connaître de quel poids fut l'avis de ce prélat dans cette célèbre assemblée, et la fermeté avec laquelle il osa décider contre son métropolitain. Aribon de

' Ibidem, Tit. 458.

* Pièces justificatives, voy. Hist. d'Alt. pièces just. ton. 1, tit 301, pag. ccxxu.

1 Wolferds in vità S. Godehardi Episcopi Hildetheimemis , num. 39 et 30, apud Henschenium in Actit 55. tom. 1, Maii, pag. 511 , et apud Mabillonem in Actis 55. Ord. S. Benedicti, tom. 8 , sœculi 6, part. 1, pag. 36i et 365.

' m Brunooe Auf ustensi concionante , Wernhero Argentinensi decernente. »

Mayence tint aussi à Geislete un concile de sa province , où assistèrent les évêques, ses suffragans f. Les règlements qu'on y fit, ne sont pas parvenus jusqu'à nous *.

Cependant Werinhaire fondait la célèbre abbaye bénédictine de Mûri , située aujourd'hui en Suisse , à cinq lieues de Bade et à quatre de Zug \ dans le district du diocèse de Constance. Comme les biens paternels de ce prélat étaient d'autant plus considérables , qu'il était l'aîné de sa famille, il en employa une grande partie pour y bâtir et doter un Monastère en l'honneur de la Sainte-Trinité , de la Sainte- Vierge , de tous les Saints , et surtout en celui de Saint- Martin , évéque de Tours. Les actes de l'abbaye de Mûri 4 donnent à Ida de Lorraine, belle-sœur de l'évêque Werinhaire, et au comte Radeboton son époux le titre de fon-

1 Annales Hildesheiinenses, apud Duchetne , tom. 3 , pag. 531 , et apud Ltibnitwum in Scriptor. rer. Brunswic. tom, 1, pag. 725 : • An. 1028, Iudictione xi, « Mogontinus Archiepiscopus Aribo in Geizlete Synodum generalem cum suis suf- • fraganeis Episcopis habuit. »

• Mansi , Conciliorum tom. xix, pag. 486.

• A une lieue du bourg de Brcmgarten , près du village de Mûri , au bord de la petite rivière de Bintz. Le nom de ce lieu est venu de ce qu'on y a trouvé de vieilles murailles , qu'on suppose avoir été des restes d'un temple payen, ou d'une ancienne forteresse romaine.

• Les actes de l'abbaye de Mûri furent d'abord publiés en 1618 par les soins de Nicolas- Claude de Peircsc : mais cette édition est fautive, ainsi qu'une seconde , qui parut à Paris en 1627, et une troisième , que Ludewig inséra dans le second volume des Scriptor. rer. Episc. Bamberg. Dom Hergott , religieux de l'abbaye princière de S. Biaise dans la Forêt-Noire, et prévôt de Crotzingen, mit au jour, en 1737, une nouvelle édition de ces Actes qu'il fit imprimer i la suite du premier tome de son Histoire généalogique de la maison de Habsbourg-Autriche, pag. 297 et uq. Mais quoique plus correcte que les précédentes, elle n'est pas encore entièrement exacte. Il faut consulter de préférence l'édition de dom Fridolin Kopp, religieux, puis abbé de Mûri , qui publia de nouveau ces Actes d'après le manuscrit original dans un livre in-4« imprimé en 1750 sous le titre de Vindicia Actorum Murenuium.

5or>

HTST01RE DE l'ÊGMSE

dateurs 1 : mais le témoignage de ces actes qui furent écrits au milieu du douzième siècle *, quelque authentiques qu'ils soient, ne doit pas prévaloir sur le testament même de Werinhaire, daté de l'année 1027 3, que nous avons vu en

' Apud HERGOTT, patj. 300 et 801 , et .ipud Koppium, pag. 8, 9 et 10. Ces Actes ajoutent : « Qui autem affirmant, quod Episcopus Wernharius conslruxerit (Muren-

• sera) Ecclesiam, penitus falluntur, quià nullus inventas est, qui dixerit se illum

• in hoc loco unquàui vidisse. » De là vient sans doute qu'on ne trouve ni dans l'église, ni dans l'abbaye de Mûri aucun monument relatif à Pévèque Werinhaire , qui en est cependant le véritable fondateur. Nous y avons vu , outre le mausolée de Radeboton et d'Ida, qui se trouve dans l'église, leurs portraits à l'antique, dans la salle à manger; mais nous avons été trés-étonné de n'y pas voir celui de Werinhaire , qu'on aurait pu peindre d'après les monnaies bractéates , qui nous restent de lui.

• L'auteur des Actes de Mûri est inconnu. 11 est certain, par un passage inséré dans ces Actes, pag. 71, édit. Koppianœ, qu'il vivait avant l'extinction de la maison des comtes de Lentzbourg, arrivée en 1172. Dom Rusten Heer, bénédictin de S. Biaise , dans son Anonymm Murensis denudatut et ad locum suttm restitutus , imprimé en 1735 à Fribourg en Brisgau , lib. 1, cap. 12, pag. 101-118, croit que son auteur fut Cunon , ou Conrad , qui de religieux de l'abbaye de S. Biaise , fut postulé Abbé de Mûri au commencement de l'an 1145, et qui gouverna jusque vers 1166, année de son abdication. Dom Jean-Baptiste Wieland , religieux de Mûri , combattit le sentiment de Dom Heer, dans un livre qui parut à Bade en Suisse en 1765, deux ans après sa mort, sous le titre de Vindiciœ Vindiciarum Koppianarum , cap. 4. pad. 89 — 109. Sans entrer dans les querelles littéraires , que ces différents ouvrages, et ceux de Dom Hergott et de Dom Kopp qui les précédèrent, ont occasionnées entre les Religieux de Saint-Biaise et de Mûri, et où ils ont mis, les uns et les autres, plus Je morgue et de vivacité qu'il ne convenait, nous ferons une remarque , qui a échappé à Dom Wieland : c'est que l'auteur des Actes de Mûri n'a pas pu être moine de Saint-Biaise , puisqu'il reproche , pag. 73 et 78 , aux Religieux de cette abbaye l'injustice qu'ils faissient à ceux de Mûri , de posséder certains districts qui appartenaient à ces derniers.

1 Guilliman, Habsbourg, lib. 4. pag. 176. (dit. Tigur. et pag. 143 édit. Medio- Utn. dit que ce testament fut fait à Strasbourg le 5 septembre 1027; mais l'original ne porte pas la date du lieu et du mois. Il Unit simplement par ces paroles : ■ Si « quis demum huic nostrœ conscriptioni aliquâ temeritate contra ire nisus fuerit , • eum vinculo anathematis innodatum usque ad condignam satisfactionem pontifi- « cali aucloritate damnamus ; sigilli quoque nostri impressione hanc cartam, ut « quod continet, ratum permaneal, signainus. Anno ab Iucarnatione Domini MXIVU , « Indictione X , régnante Cuonrado Imperatore Augusto scripta sunt h«c. .

original dans les archives de cette abbaye *. Nous ne voulons pas dérober à Kadeboton et à Ida , ainsi qu'aux comtes Àdelbert et Verner leurs fils, la gloire d'avoir contribué à cet établissement par leurs sollicitations et leurs libéralités ; mais le titre de fondateurs de l'abbaye de Mûri est dû uniquement à l'évêque de Strasbourg*. Nous en avons une preuve certaine dans la charte authentique de ce prélat, que nous venons de citer 3, par laquelle il confirme la libre élection de l'abbé et accorde le droit d'advocatie aux descendants de Radeboton , son frère, possesseur du château de Habsbourg *. Werinhaire , qui se nomme dans ce tes-

1 La meilleure édition de ce testament est celle de Dom Kopp , insérée dans les Vindiciœ Actorum Murensium , pag. 216. Il avait déjà été publié précédemment, mais moins correctement , par Guilliman , lib. cil. pag. 176 , cdil. Tigurinœ , pag. 143, edit. Mediol. et pag. 19ï , edit. Ratisbon. , par Dominique Tschudi , Abbé de Mûri, Orig, et Geneal. Comit. de llabsburg , pag. 8, par Ludewig in Scriplor. rer. Episeop. Bamberg. , tom. 2 , pag. 457 ; Eccard , Orig. Habsburg Austriac , pag. 241 ; Laguille , Histoire d'Alsace , preuves , pag. 27 , et Hergott Geneal. Habsburg , tom. 2 , num 168 , pag. 107.

' C'est aussi le sentiment du Dom Mabillon , Annal. Benedict. tom. t , lib. 56 , pag. 831 , et Veterum Analeclorum tomo unico secundœ editionis pag. 4 , du P. Laguille , de Dom Hergott , des auteurs de la Gaule chrétienne, de Dom Calmet , et du Prince-Abbé de S. Biaise in Historia Silvœ nigra , tom. 1 , lib. 2 , pag. 246.

' Elle commence ainsi : « Ne quâ ingeniorum pervicatiâ , quœ ordinavimus per-

• vertantur, vel transeuntibus etatibus oblivioni tradanlur, presenti testamento tain c presentium quàm succedentium generationum memorie commendamus , qualiter

• ego Wernherus, etc. » Dom Herrgott lit testimonio au lieu de testamento. C'est une erreur d'autant plus remarquable qu'on trouve testamento dans la copie figurée de cette même charte, que Dom Hergott a Tait graver dans son ouvrage, tom. 1 , proleg. Z,pog. XXV, . M. Schœpflin, Alsatia illustr„ tom. 2, pag. 467, noté, forme quelques doutes sur l'authenticité de ce testament de l'évêque Werinhaire. Mais ce» doutes sont d'autant moins fondés , qu'il les appuie sur l'autorité des Actes de Mûri , autorité qui n'est pas toujours bien certaine dans plusieurs points historiques et généalogiques, comme l'a prouvé Dom Ritsten Heer ta Anonymo Murensi denudato.

* • De meà posteritate , quœ pnefalo Castro Habesburc dominelur, qui major

• natu fuerit. *

HISTOIRE DE l/ÉGÏJSE

tament évêque de Strasbourg et fondateur du même château , y raconte en termes formels comment il avait établi et fondé en l'honneur de Saint-Martin un Monastère dans son propre patrimoine , à l'endroit dit Mûri , dans le pays d'Ergau et au comté de Rore , et comment il lui avait accordé, par les mains de Lancelin son frère, les biens et les possessions adjacentes, qui provenaient de son héritage paternel L'empereur Henri V donne aussi à l'évôque Werinhaire la qualité de seul fondateur de l'abbaye de Mûri* dans le diplôme par lequel il la prend, le 4 mars 1114, sous sa protection et sous celle de l'empire 3. Le pape

* « Ego Wernherus Strahburgensis Episcopus , et castri quod dicitur Habesbur-

• fundator, Monaslerium in patrimonio meo , in loco qui Mure dicitur , in pago

- Argoviâ, in Comitatu Rore, in honore Sanclœ et individu® Trinitatis et Sa ne te « Dei Genetricis Maria?, omniumque Sanctorum construxi, quod tilulo beali Martini

• Episcopi in perpœtuum dicavi, cuiprœdia, qua? hereditario jure mihi contigerant, « per manu m germani fratris mei Lancelini , qui utpotè militiœ cingulo praeditus ,

• defensor patrimonii mei extiterat, cum légitima possessione villarum, fami-

• lia mm , agrorum , silvarum , pratorum , montium , omniumque appenditiura

• contradidi. >

* • Monasterium , quod Mure nuneupatum est, dit ce prince, in regno meo

• si tu m , in provinciâ scillicet Burgundià, in Episcopatu Constantîensi , in pago ■ Argowe dicto, in Comitatu Rore, quod tem pore Cuonradi Impcratoris, in honore

• sancti Martini Episcopi constructum est et honorifleè Deo dicatum i Wernhario

- Strasburgensi Episcopo, parente scillicet Wernharii Comitis de Habspurg. » On doit ici entendre par le mot parent, le parent ou Tonde de Wernher, comte de Habsbourg : ce dernier était réellement neveu de l'évèque Werinhaire. Hergott, Geneal. Habsburg, tom. 1, lib. 2, cap. 7, pag. 144; Foncemagne, Journal de* Savants du mois de juin 1740; Schœpflin, Alsat. illustr., tom. 1 + pag. 467, etc.. remarquent qu'on prenait souvent les mots parens , patruus , avunculus les uns pour les autres.

* Ce diplôme a été publié par Guilliman, Habsburg , lib. 5, pag. 333, iàit. Tigur., pag. 129 , edit. Mediolan , et pag. 26*2 edit Ratisb., par Ludewig, tom. 2, pag. 415 et 473 , par Eccard , pag. 212, par le P. Benoit Studer, Murus eJ Antemurale , pag. 21, par Dom Hergott, tom. 2, num- 193, pag. 131, par la 9 Gaule chrétienne, tom. S , inttrum., pag. 513 , et par Dom Kopp. part. 2 , cap. 4 , pag, 948.

Innocent H dans sa bulle du 13 avril ii 39 1 lui fait aussi le même honneur *. Enfin le Nécrologe de Mûri 8, et les actes même de cette abbaye, qui attribuent son établissement à la comtesse Ida et à Radeboton son époux 4, ne refusent pas le titre de fondateur à l'évêque leur frère.

L'année de la mort de Radeboton et d'Ida sa femme est incertaine 5, quoiqu'on puisse la placer vers le milieu du

' Elle se trouve en original dans les archives de l'abbaye de Huri , d'où Doui Fridolin Kopp l'a insérée dans les Vindiciis Actorum Murensium , pag. 851. Elle avait déjà été imprimée dans l'ouvrage de Dom Hergott, tom. 2 , num. 216, pag. 161 , mais incorrectement et avec une omission essentielle.

1 Le Pape par cette bulle confirme à l'Abbaye de Mûri • quscumque eidem loco « i fratre nustro Werinhario Argentinensi Episcopo (et ejus nepote Wernhero comité « de Habekspurg) eorumque consanguineis collata sunt, qui nimirum idem Cœno-

• bium de suis rébus fondasse noscuntur. • Ce qui se trouve entre les deux crochets est omis dans l'édition de Dom Hergott.

' Apud Hergott, tom. 3, probat. pag. 838 : « 28 octobris 1027 fobiit) Wernherus

• Episcopus Strasburgensis , Monasterii noslri et castri Hebesburg fundator, » Ce Nécrologe sont les tables mortuaires de Mûri compilées en 1623 : Collationt» antiquorum codicum restitutœ. Car l'ancien Nécrologe de cette Abbaye . que plusieurs anciens Profès se rappelaient avoir vu , n'existe plus depuis le milieu de ce siècle , ainsi qu'une chronique de Mûri, différente de celle qui est imprimée, et qui souvent citée par Stumpff et par Guilliman.

* Quoique l'auteur des Actes de Mûri apud Kopp, pag. 10 et 13, dise formellement que l'évêque Werinhaire ne fut jamais le fondateur de l'Abbaye de Mûri , cependant la même main , qui a écrit l'original de ces Actes , a marqué à la ûn du manuscrit dans la table des chapitres : « 3. qualiter Wernharius fundator mortuus « est Conslantinopoli. »

• Un ancien Calendrier de Mûri , qui date du milieu du onzième siècle, apud Gerbertum inter monumenla veieris Lilurgiœ Alemannicœ, part, i.pag. 496, fixe la mort du comte Radeboton au 22 du mois de juin : « X Kal. Julii, Ratpoto Cornes

• obiit. » Le Néciologc de Mûri, publié par Dom Hergott, tom. 3, pag. 837 , place le décès du même comte au 28 juin 1027 , et celui d'Ida, sa femme, au 23 juillet 1026. Mais ces dates sont très-incertaines, de l'aveu même de Dominique Tschudi, Orig. Comit. de Hahsburg, pag. 54, et de Fridolin Kopp, Vindicia Actor. Murensium , pag. 235 , tous deux abbés de Mûri , qui remarquent que dans la revue de ce Nécrologe renouvellé en 1623 , il y eut beaucoup d'additions faites tant par Gilles Tschudi , que par Stumpff et Guilliman.

HISTOIRE DE LÉGIISE

l'onzième siècle. Ils furent enterrés dans l'église abbatiale de Mûri, ainsi que les deux comtes Adelbert I et Wernaire I leurs fils, et la comtesse Richenze, leur fille, mariée à Arnold, comte de Lentzbourg, décédée le 27 mai 1080 ». Adelbert mourut à Huningen en Haute- Alsace, le 12 juillet 1046, sans laisser de postérité, ainsi que son frère le comte Otton 1 , fils aîné de Radeboton , qui fut tué le 28 juin de la même année , aux environs de Strasbourg , et qui fut enterré dans l'église cathédrale de la même ville *. Wer-

On lit dans le Nécrologe de Prum , apud Wùrdtwein, Subsidia diplom. tom. 12, pag. 329 : « An. 1052 Radebodo Cornes. ■

On lit dans le Nécrologe manuscrit de l'Abbaye de Hertnctschwyl : « Secundo « Kal. Julii , cornes Radeboto. »

« Ils avaient autrefois à Mûri leurs tombeaux séparés. Mais l'église ayant été rebâtie au commencement de ce siècle, ces tombeaux furent ouverts en 1701 , et on éleva A ces deux époux un même mausolée, que nous avons vu dans la nef, i l'entrée du chœur, du côté de l'évangile , avec l'inscription suivante :

«c Diem Domini pnestolaturi in hac Basilicâ quiescunt Radeboto , prîmus cornes « deHabsburget Ita conjux, Ducissa de Lothringcn, pientissimi fundatores Murensis « Monasterii, eu m Adelberto filio , flliAque RichenzA; fllius item Wernharius et * uxor Regulindâ cum filio Otlone; Hedwig, Comitissn de Habsburg, nata de Kyburg, « Rudolphi primi Régis Romanorum mater. Rcquiescant in pace. » Cette Hedwigc, mère de l'empereur Rodolphe , fille d'l31ric , comte de Kibourg, et épouse d'Albert, comte de Habsbourg. Landgrave de la Haute-Alsace, mourut le 30 avril 1260.

' « Occisus est ah Erenliero quodain milite, sepultus in Argentina civitate , ante . altare S. Laurcntii , » disent les Actes de Mûri. Eccard et Dom Heer in Anonymo Murensi denudato , pag. 158, croyent que cet Otton est le même que Otto Corne* pagi Suntgowe nommé dans un diplôme de Conrad II pour l'Abbaye d'Ensidlen de 1025 , apud Harlman, in Annal. Heremi Oeiparœ, pag. 119. Mais outre que Otton , fils de Radebolon , aurait été alors trop jeune , et dans un très-bas Age , nous avons vu ci-dessus que cet Otton était déjà comte du Sundgau en 1003 et 1004, et que par conséquent il doit être différent de celui dont nous parlons. Othon , fils dû Radeboton , est aussi nommé comte d'Alsace dans le registre des donations de l'Abbaye d'Ensidlen , à laquelle il accorda quelques biens situés au village de Bartenheim , dans la même province. Donationes Ensidlenses . quarum mss. extat in Bibliothecâ San-Gallensis Abbatia; descriptum in Bibliothecâ D. L. B. de Zurlauben, tom. 4, Monum. Ilelvetico-Tugiensium, pag. 136: « Cornes « Otto de Alsatiâ dédit huobam in Bartlienheim biit Nonis Novembris. > L ein-

DE STKASHOURG.

Page 1