LIVRE NEUVIÈME
naire I , surnommé le Pieux , le seul des neveux de l'évêest que Werinhaire, qui laissa des enfants, et dont le nom rappelé dans quelques diplômes de l'empereur Henri IV *, fit dédier en 1064 l'église de Mûri et lui accorda plusieurs privilèges. Il fut le premier, qui fut qualifié comte de Habsbourg *, dans un acte des cardinaux de l'église Komaine3 donné vers l'an 10941, par lequel ils confirment, en l'absence du pape , le choix que les religieux de cette abbaye avaient fait de lui et de son fils aîné pour leur avoué5. Wernaire I mourut le U novembre 1096 laissant de Régulinde sa femme, decédée six ans auparavant, le 28 juin, et enterrée à Mûri à côté de lui, deux fils Otton H et Adelbert ï, et une fille nommée Ida, mariée à Rodolphe, comte de ïhierstein. Otton II qui succéda à son père dans l'advocatie de Mûri , fut le premier comte héréditaire du Sundgau ou de la Haute-Alsace0. Il paraît même qu'il obtint ce comté du vivant de Wernaire I , puisque les titres du Monastère de Marbach, fondé en 1090, dans la Haute- Alsace , rappellent les secours que Otton , comte de Habs-
pereur Henri III confirma en 1010 « in Elsazo in villà Barthcnlieim hobam unam • à l'Abbaye d'Ensidlen. Hartmann. Annal, cit. pag. 131.
* Ce prince confirma en 1070 ob intervenlum Comiiis W'ernheri l'église de Rueggisberg à l'abbaye de CUitiv. Mut. ZaringoDad., tom. 5, nag. 22. On trouve aussi le Signum Wernheri Comiiis dans ie diplôme du môme prince pour l'abbaye de Neuwillers de l'an 1085. Pièces justificatives de Vf ksi. dAl. tom. 2, lit. 498, pég. cl.
* • Egregius Cornes Weruharius de Habspurg. »
1 Apud Hergolt, tom 1, pag. 308 , et apud Kopp , pag. 27.
* Selon Dom Kopp. et en 1099, selon Dom Heer.
1 Le même Wernaire I est aussi nommé Cornes de tlabsburg , et neveu de l'évéque Werinhaire dans le diplôme de Henri IV, de 1U4, et dans la bulle d'Innocent II, de 1139, pour l'abbaye de Mûri. Kopp, pag. 243 et 251.
•Schœpflinus, Alsat. illuslr., tom. 2, pag. 498. Avant Otton on compte dans le nombre des comtes du Sundgau Gisilbert, en 1027, Bcrenger, en 10i8, Cunon, en 1052 et Henri, en 1084, Hergott . tom. 2, pag. 108, 119, 123 et 128.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
bourg, prêta à cet établissement1. Otton fut tué le 5 novembre 1111 par le noble Hesson de Vessenberg dans son château de Butenheim , situé sur le Rhin, au-dessus d'Otmarsheim, d'où son corps fut transporté le 8 suivant à Mûri dans le tombeau de ses ancêtres *. On ignore le nom de sa femme 3, dont il eut deux enfants, Wernaire II , comte de Habsbourg 4, et Adélaïde mariée à un seigneur alsacien, nommé Wernher de Hunnebourg 5. Adelbert 1 , frère cadet d'Otton II, obtint après lui, en 1111, le comté du Sundgau et radvocatie de l'abbaye de Mûri. Rappelé dans plusieurs chartes sous le nom de comte de Habsbourg °, il mourut le 10 février 1141 sans laisser d'enfants de Judentha sa
* « Auxilio Comitis Ottonis de Habesburc , ■ dit l'empereur Rodolphe dans sou diplôme de 1275, qui détaille l'origine de ce monastère.
* Acta Murensia, apud Kopp, pag. 29.
3 Le moine Ortlieb in opusculo de fondatione Zwifaltensis Monatttri , cap. 8 , apud Hess in Scriptor. ter. Guelficarum , pag, 180, fait mention de quedam comitissa conjux Otlonis de Habechisburg , qui vivait sous l'abbé Ulric, lequel gouverna l'abbaye de Zwifalten depuis 1095 jusqu'en 1139.
4 « Cornes Otto pater Wernheri Comitis de Habspurg » dit un acte de Mûri donné vers l'an 1145 , apud Hergoti , tom. 2 , nttm. 225.
* « Otto genuit Wernherum et Adeiheidem de Huneburg , • dit le généalogiste de Mûri. Nous verrons ci-après qu'Adélaïde fut mariée à Wernher de Hunnebourg, frère de Conrad, évèque de Strasbourg.
' • Adelbertus Cornes de Habsburg > signa, en 1114 , le diplôme de l'empereur Henri V pour l'abbaye de Mûri. Hergolt , pag. 131, On trouve le nom à' Adelbertus Cornes à la fin de celui du même prince pour l'abbaye de Waldkirch , de 1123. Austria sacra, part. 1, tom. 2, pag. 267. Contes Adelbertus de Habecheburg signa, en 1133 , la charte de Gebehard, évèque de Strasbourg, pour l'abbaye de Baumgarten. Pièces jmti^alives. Uist. d'AL, Ht §27, pag. CCLXXXV. Albertus Cornes fut témoin aux diplômes de l'empereur Conrad pour l'abbaye de SelU , de 113» , apud Schœpflinum , Alsat. diplom., tom. 1, pag. 220 , et pour celle d'Ensidlen , de 1140 , apud Hartmann , in Annalibus Heremi Deiparœ, pag. 198. Herman , Margrave de Bade, dans une charte accordée, en 1134, au monastère de Backenang* apud Schœpfliuum, Hist, Zaringo-Badensis, tom. a, pag. 79, atteste que Huningen en Haute-Alsace était situé in Comitalu Adelberti.
femme f, qui lui survécut, et avec laquelle il avait été un des principaux bienfaiteurs de l'abbaye alsacienne de Honcourt *. Wernaire H, dont descendent en ligne directe les comtes de Habsbourg- Autriche , fils d'Othon II et neveu d'Adelbert I , succéda à son père et à son oncle dans le comté de la Haute- Alsace, ainsi que dans l'advocatie de Mûri. Nous aurons lieu d'en parler autre part, et il est temps de reprendre l'histoire de Werinhaire, évêque de Strasbourg, fondateur de cette abbaye. Nous ajouterons seulement qu'elle regarde pour son second fondateur, son trente-neuvième abbé, placide de Zurlauben, originaire d'une ancienne et noble famille , qui a produit un grand nombre de personnages distingués dans les lettres et l'état militaire 3. Cet abbé, élu en 16834, mérita ce titre tant par ses travaux, que par ses acquisitions. 11 rebâtit entièrement l'église et l'abbaye , il en augmenta les revenus et obtint de l'empereur Léopold l, pour lui et les abbés, ses successeurs, le rang et le titre de prince d'empire 8. Le diplôme
' Le négrologe de Zwifallen apud Hess in Scriptor. rer. Guelfic., pag. 237. place la mort de Judenta de Habsbourg au 16 de février.
* L'empereur Frédéric I*r confirma, en 1163, à l'abbaye de Honcourt predium upud Flersheim ab Adelberto Comité de Habsburg et uxore ejus J tint à cum Eccletid ac decimis traditum.
1 Voyez le Dictionnaire de la Noblesse de M. de La Chesnaie, tom. 12, pag. 845- 851. Le dernier rejeton mâle de cette maison est M. le baron Béat-Fidèle-Antoine de la Tour-Châtillon-Zurlauben , lieutenant-général des armées de S. M. T. C, commandeur de l'Ordre royal et militaire de S. Louis , ancien capitaine au régiment des gardes-suisses , membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris, etc., retiré aujourd'hui à Zug, sa patrie ; militaire également savant et aimable, dont nous nous rappelons avec plaisir l'intérêt qu'il a toujours pris à la perfection de notre ouvrage, et l'amitié dont il n'a cessé de nous honorer.
4 11 mourut ù Sandegg, en Turgovie, un de ses châteaux, le H septembre 1723 , dans sa 78* année , persécuté , dit-on , par les religieux , dont il avait été le bienfaiteur. Il fut enterré dans l'église abbatiale de Rhinau.
1 Qui lui fut confère avec solennité, le 26 mars 1702, par le comte de Trautmansdorff, ambassadeur de l'empereur auprès des cantons suisses.
HISTOIRE DE l'ÉGMSE
impérial, daté du 20 décembre 1701 , et scellé d'une bulle d'or 1 , rappelle les motifs de cette concession , tant pour rendre justice au mérite distingué et aux éminentes vertus de l'abbé Placide, que pour décorer d'un nouveau titre une abbaye fondée et dotée par ses ancêtres *. Mûri reconnaît depuis l'an 1431 les cantons Suisses pour ses protecteurs. Elle dépendit de tous en général jusqu'en 1712, que par le traité d'Àrau , elle passa avec le comté de Sade aux trois cantons de Zurich, de Berne et de Claris, qui en sont aujourd'hui les souverains communs.
Ce n'est pas seulement dans les afiaires de l'église , que l'empereur Conrad se servit des lumières de l'évêque de Strasbourg. Ce prince qui connaissait mieux que tout autre son habileté dans les négociations politiques , et qui voulait s'assurer de la situation présente de l'Empire d'orient, ne crut pouvoir mieux confier cette importante commission qu'à l'évêque Werinhaire. Il l'envoya en 1027 à Constantinople, sous prétexte d'ambassade, pour demander en son nom à l'empereur Constantin IX une de ses filles en mariage pour Henri son fils , roi de Germanie. Manegold de Werd fut adjoint à Werinhaire 3. Le jeune Bennon , depuis évêque d'Osnabruck , qui pouvait alors avoir vingt ans , et qui faisait ses études à Strasbourg , l'accompagna dans ce voyage *. Wippon , auteur contemporain , aumônier de
* Ce diplôme est en langue allemande. Il se trouve traduit en latin dans la Gallia Christiana , tom. 5 , inter instrum. pag. 580.
* Les successeurs de Placide de Zurlauben dans l'Abbaye-Princière de Mûri . Turent Gérold Haimb élu le 27 septembre 1783; Fridolin Ropp, auteur des Vindiciœ Actorum Murentium etc. Gérold Meyer. élu le 19 juin 1776, est aujourd'hui à la tôle de cette Abbaye , où il nous a accueilli dans le séjour que nous y avons Tait le 8 septembre 1784.
5 Pièces justificatives. V. llht. d'Als. tom. 1, Ht. 384, pag. ccxvi.
* Norbertus, in Vitd S. Bennonis Episcopi Osnabruyenxis , an. 1118 conscriptâ, cap. 8, apud Eccardum in Corpore hntorico medii atvi , tom. S, pag. 1168 .
l'empereur Conrad-le-Salique et de Henri III, son fils, nous a conservé tout le détail de cette ambassade; et comme cet historien assure lui-môme, qu'il n'a rien écrit que ce qu'il a vu ou appris de témoins fidèles , nous emprunterons de son récit la plupart des faits que nous allons raconter Werinhaire donc fut déclaré chef de l'ambassade de Constantinople : ce prélat, pour ne pas faire soupçonner le secret de l'empereur auprès des courtisans clairvoyans, prit pour le prétexte de son voyage le zèle qu'il avait de visiter les lieux saints , où le Sauveur avait opéré notre rédemption. On le crut d'autant plus facilement, que le pèlerinage de Jérusalem était dans son siècle une dévotion presque générale. Werinhaire se mit aussitôt en chemin avec une suite très-nombreuse d'amis et de domestiques , et avec un appareil qui sentait trop , dit Wippon , les délices du siècle 4. Ce n'était pourtant qu'un grand nombre
• Ben no in juvcntutis profeclus retatem multis ejusdem regionis summis et nobi-
• libus viris innotescere cepit, maximèque illius civitatis (Argentine) Episcopo ,
• cum quo etiàm illum Jerosolytnam petiisse , multaque in itinere illo pro Christo
• pericula se i m us perpessum. • Bennon devint, avant l'an 1054, EcolAtre de Hildesheim, puis Grand-Prévôt de la même église, et enfin en 1068 évôque d'Osnabruck. Il mourut en 1088 en odeur de sainteté.
' Nous tirerons aussi quelques circonstances de la lettre de Berthold , moine de Ste-Croix de Donawert, écrite vers l'an 1120 à Thierri son Abbé. Cette lettre publiée par Oelel in Scriptor. rer. Iioïcarum , lom. 1 , pag. 334 , et dont nous donnons un fragment dans les pièces justificatives du tom. 1, de l'hisl. d'Ah., til. 384, pag. ccxxvi, parle au long de l'ambassade de Werinhaire, évéque de Strasbourg et de Manegoldde Werd. Ce dernier fonda vers 1029 à son retour de Constantinople le monastère de Donavert. Mais le récit du moine Berthold est entremêlé de différentes circonstances singulières, qui nous paraissent d'autant moins anthentiques , qu'elles on1 été inconnues de l'historien Wippon.
• Wippo in Vitû Conradi Salici , apud Pistorium in Scriptor. rer. Germanie, pag. 435 : « Eodem tempore, Werinharius Episcopus ab Impcratore Legatus Con- « slantinopoliin miltitur : qui dum causa orationis Jerosolymam pergere se fingerel, «• ùt, putaviinns, judicio Dei , quem faille neino valebit, mirabiliter prohibitus
516 H1ST0IBE DE L'ÉGLISE
de cavaliers qui devaient lui servir de cortège ; il avait fait conduire avec lui une quantité considérable de bétail : cette précaution était nécessaire pour un si long voyage, puisqu'il était obligé de passer par plusieurs endroits , où il aurait eu de la peine à trouver de quoi se nourrir. Dès qu'il fut arrivé en Hongrie , le roi Etienne, qui avait alors quelques démêlés avec Conrad !, refusa à Werinhaire la permission de passer par ses Etats: ce qui l'obligea de retourner et de prendre avec toute sa suite le chemin de la Bavière. Etant entré en Italie , Werinhaire fut obligé de s'arrêter longtemps sur les confins du Veronèse, parce que l'hiver devenait peu propre à la navigation. Enfin le printemps de l'année 1028 lui permettant de mettre à la voile, il s'embarqua à Venise sur la mer Adriatique, où ayant été longtemps le jouet des tempêtes, il arriva heureusement à Constantinople après une navigation très-périlleuse *. Werinhaire y fut reçu en cérémonie et avec toutes les marques d'honneur dues à son caractère d'évéque et d'ambassadeur. L'empereur grec Constantin lui donna même part à sa confiance et l'entretint souvent avec familiarité. Quoique de pareilles grâces dussent lui faire plaisir, il souhaitait cependant avec ardeur de profiter de la proximité pour
« est. Nàm dûm magnum eomttatum hominum , majorent quoque mutorum anima- . Hum, equorum. boum, oyium, porcorum, raultasque delicias sec u lares ul tri « modum secum educeret, pervenîens in Hungariam, à Rege Stephano contradicta « est sibi via. »
' Voyer Stilting , i« Commentario prœvio de S. Stephano primo Hungarorum Rege. g. 31, in Actis SS. tom. i aeplembris, pag. 539.
1 Idem : • Indè reversus eu m omni comitalu suo, pergens per Bajoariam , Ita- • liam intravit, et multum circà fines Vérone moratus, tandem eu m raaximo labore « per Venetiam mare Adriatièum ingressus navigio calamitoso Constantinopolitn « pervenit. •
aller à Jérusalem visiter les saints lieux *. Mais chaque jour il voyait naître de nouveaux obstacles, qui arrêtaient son départ. La lièvre enfin le surprit, et il en mourut après trois jours de maladie , sans avoir eu le temps de satisfaire sa dévotion a. Il fut enterré à Gonstantinople 5. L'empereur Romain Argyre, qui succéda au mois de novembre 1028 à Constantin , informa de cette mort Conrad-le-salique par une dépèche écrite en lettres d'or, dans laquelle il lui rendait compte de ce dont Werinhaire avait traité avec son prédécesseur dans son ambassade.
C'est ainsi que Werinhaire consomma , après vingtsept ans d'épiscopat, sa vie glorieuse, qui n'avait été qu'une suite de belles actions le 28 d'octobre * de l'année
• Idem : « Cumque ab Imperatore Grœcorum honoriflcè susceptus esset, secumque *. salis familiariter conversarelur, dcsiderare cepit ut Imperatoris auxilio jeroso-
* lymam adiret. Quo désiderio, semper aliqua inlercedente , nunquàm potiri valuit. ' Sequente vero tempore obiil et sepultus est in eadem Urbe, et Episcopatutn ejus
• Wilhelmus Argenlincnsis Ganonicus suscepit. Legationis tamen causam posteà « Imperator Gnecorum aureis litteris Imperatori Chunrado rescripsit. •
1 lie moine Berthold , dans sa lettre à l'abbé Thierri , raconte que Manegold de Werd fut instruit par une visiun de la mort prochaine de Werinhaire, avec lequel il était passé à Gonstantinople. Mais celle circonstance , ainsi qu'une autre qu'il y ajoute , méritent un garant plus sincère que le témoignage d'un moine crédule et superstitieux du douzième siècle.
1 Wippon et les Actes de Mûri le disent en termes exprès : ce qui détruit le récit de Schadée pag. 12, et de Schilter in Chronico Kœnigihovii, Observ. n.pag. 563, qui disent que l'évèquc Werinhaire fut enterré dans la cathédrale de Strasbourg devant l'autel de la Sainte-Vierge
* Le Nécrologe de la cathédrale de Strasbourg fol. XII veno place le jour de sa mort au 28 d'octobre : « V Kal. Novembris, Werinharius Episcopus obiit : de Nortn husen cl Blapotcsheim et Wachenheim plénum servicium : pauperibus inaldri duo « parus, quartale unum l'gum nuui, situle quatuor cerevisie. » Le calendrier de l'Abbaye de Mûri , écrit au onz ème siècle, cité par Dom Mabillon Annal. Benedict. lom. 4, lib. 16. pag. 331, et publié par Gerbert inler Monumen ta Veteris Liturgia Alemannirœ , pari. 1, pag. 499, porte la même date. « V Kal. Novembris, Werinhen Episcopi. . G'est une erreur dans Schadée, pag. 12 et Schilter, pag. 565» lorsqu'il» placent cette mort au 27 d'octobre. On lit dans un ancien Nécrologe ma-
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
10281. Quelques-uns placent sa mort à l'année I0273, d autres à 1029 3. Cette différence de date sur une seule année paraît être un grand objet aux yeux de l'érudit: ce n'est rien pour un bel esprit, et moins que rien pour un ignorant. Nous
nuscrit de l'Abbaye de Hermelschvyl : « V Kal. Novembris , Wernherus Episcopus , « F. B. C, > C'est-à-dire Fundator nostri Convertis. Hermctschvyl est un Couvent de Bénédictines situé sur la Russ, au-dessus de Brcmgartcn, dépendant de l'Abbaye de Mûri.
• Necrologium Fuldense apud Leibnihium mtrr Scriptor. rer. Drunswic. tom. 3, pag. 767 : « An. Dom. 1028 Werinharius Episcopus. » Wolferus tn Vilà S. Godehardi Episcopi Hildtsheimtnsis apud eumdem Leibnit%ium , tom. 1, pag. 493; apud Henschenium in Aclis SS. tom. 1, Maii, cap. 4. num. 31. pag. 512 et apud Mabillonem in Actis SS. Ordinis S. Benedicti, tomo 8, sotculi 6. part. 1. num. 31. pag. 365 : « Hoc quoque anno (1028) Wernherus Slrasburgensis Pr<esul suslollitur,
• post quem Wilhelmus subrogalur. » Chronica A ugustensis apud Si ru vium, tom. 1. pag. 495 : • Anno 1028 Werenharius Argentinensis Episcopus Constantinopolitn ■ Legatus obiit : Guilhelmus successit. • Hcrmannus Contractus apud Canisium , pag. 264 : • Anno 1027, Werinharius Argentines Prresul Constantinopolim ab Im* « peratore Legatus dirigitur, ibique insequenti anno (1028) defunctus, Wilhelmwn . successorcm habuit, » Fragmentuin historicum apud Urstisium , pag. 83 : « An. «Dom. 1028, Wcrnharius Argentinensis Episcopus primus obiit, et Wilhelmus - succedit. »
* Acta fundationis Murcnsis Monastcrii apud lieryott Geneal. Habsburg. tom. 1. pag. 301 , et apud Kopp in Vindiciis tfurensibus , pag. 10 : • Wernharius Epis- « copus jussione Cuonradi Imperaloris ad Constanlinopolitanam urbeui abiit , ibi-
• demque defunctus ne sepultus est anno Domini 1027. Dominicœ lncarnatiunis,
• Indictione decimâ. * La même date de 1027 se trouve dans le Nécrologe de Mûri apud Hergott , tom. 3, pag. 838.
1 Annales Hildesheimenses apud Dtichesne , tom. 3, pag. 521 , et apud Leibnitiium in Scriptor. rer. Brunswic. tom. \,pag. 725: « Anno 1029, Indictione XII « Werinherus Argentine Preesul é înundo migravit , post quem Willehelmus Re- « ginœ Archicapellanus subintravit. > Annalista Saxo apud Eccardum in Corpore historico medii œvi, tom. 1, col. 460: « Anno 1029 Werinherus Strasburgensis
• Prœsul sustollitur, post quem Willehelmus subrogatur. »» Lambertus Aschaffcnburgensis in Chronico Hersfeldensi apud Schardium in Scriptor. rer. Germanie, tom. 1, pag. 707 : « Anno 1029, Wernhcr Argentine Episcopus obiit, cui Wil- « helmus successit. • La date de 1029 a été adoptée par le Rituel de Strasbourg par Henri , Histoire ecclésiastique , tom. 12, liv. 59, pag. 518 , et par les auteurs de la Gaulç chrétienne , tom. 5, pag. 793.
avons cependant préféré l'année 1028, parce qu'elle est remarquée par la plupart des auteurs contemporains, et qu'elle est surtout conforme à un acte diplomatique Si Werinhaire rendit son nom immortel par des vertus publiques , il ne brilla pas moins dans sa vie privée. Excellent Pontife, il rechercha toujours ce qui pouvait faire le bien de son diocèse et de son peuple. Vigilant pasteur, il préserva son troupeau de la contagion de l'incontinence et de la simonie, qui régnaient dans son siècle. Prélat magnifique, il fut toujours attentif à l'embellissement des autels et à la décoration des églises : la cathédrale de Strasbourg qu'il a fait bâtir, l'abbaye de Mûri qu'il a fondée , seront toujours des monuments de sa pieuse somptuosité. Evéque savant, il favorisa et cultiva les sciences: le rang qu'il tint dans les conciles et les assemblées de l'Empire , prouvent sa capacité. Philosophe éclairé, il sut allier la politique à la religion , et il ne crut pas deshonorer le caractère de l'épiscopat par l'exercice des armes. Fidèle sujet, il soutint avec zèle le parti de ses souverains, soit en les défendant dans les guerres , soit en les assistant par ses conseils, soit en les servant dans les négociations. Sincèrement attaché à sa famille , il aima toujours tendrement ses frères , il les combla de ses biens , et entreprit en leur faveur le château de Habsbourg. Werinhaire était d'ailleurs
• Cel acte est un fragment d'une pièce datée du 11 février 1035 , que Kœnigshoven nous a conservée in Chronico Ahat. mgs. lalino fol. 136 , et que Schiller a . fait imprimer Observât. 19 ad Kœnigshovii Chronicon g 13, pag. 1067 : « Acta « autem sunt ba>c in pago Hagenowe , in Abbalià Surburg , in Ducatu Conradi , « in Comitatu Uugonis Principis Alsatim , anno à Nativitate Domini MXXXV , In- • dictione III , XIII Kal. Martii, régnante Conrado lmperatore anno XII , ejusque c filio Henrico IIX (octavo) , Wilhelmo Argentinensis Sedis anno VII etc. » L'année 1035 étant la septième année de l'épiscopat de Guillaume, celui-ci était par conséquent évêque de Strasbourg dès l'an 1028.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE
poli , affable et possédait toutes les qualités qui forment le religieux et le courtisan. Ce fut un des hommes de son siècle le plus abondamment pourvu de tous les bienfaits de la nature. Son extérieur prévenait : tout marquait dans lui le sang illustre dont il descendait et le caractère sacré dont il était revêtu. Sa figure était intéressante, et quoique un peu replète , douce et vive. On peut en juger par les médailles d'argent de l'évêque Werinhaire *, qu'on découvrit en 1736 dans les fondements d'un vieux mur de l'abbaye de Gengenbach *. Ces médailles dont nous avons vu une pareille dans le cabinet de l'abbaye de Mûri , sont des monnaies bractéates , mais d'un mérite particulier et presque unique, puisqu'elles sont frappées sur les deux côtés. On y voit la téte de l'évêque Werinhaire avec une large tonsure; quelques lettres V...nere, qui forment le
' Elles se trouvent gravées dans VAlsalia iliuslrala de M. Scha?pflin , iom. 2. pag. i58. tabul. \. numismatum inter nummos episcopales , num. 3.
* On y trouva deux petites urnes grises , de terre cuite , posées l'une auprès de l'autre dans un mur, qui paraissait faire partie d'un tombeau, ou d'un vieil autel. L'un de ces vases ne contenait que des charbons ; l'autre renfermait plusieurs monnaies bractéates de l'Empereur Conrad, et trois de l'évêque Werinhaire. Chaque urne avait pour couvercle un morceau de brique. Leur forme est exactement gravée dans les Mémoires de l'Académie dis Inscriptions et Belles- Lettres de Paris, tom. 23, pag. il8, d'après le dessin de M. Schfppflin , qui en évalue la capacité à la mesure près d'une pinte de liqueur. La blancheur des monnaies contenues dans le second vase fait juger qu'elles y furent renfermées au sortir des mains de l'ouvrier. Eu combinant la date de l'avènement de Conrad-le-Salique au trône avec celle de la mort de l'évêque Werinhaire , il en résulte que le dépôt qui renfermait leurs monnaies a dù se faire entre 1024 et 1028 , dans l'intervalle des années qui s'écoulèrent entre ces deux faits Ce fut , selon Hoflman Annales Bambergensis Episcopalûs , lib. 1, apud Ludewig in Scriptor. rer. Episc. Bambergensis, Iom. 1, pag. 57. le 13 janvier 1025 que le Roi Conrad confirma les droits et biens de l'Abbaye de Gengenbach. — Les pièces dont Grand ni ier donne la description sont bien peu certaines , d'après les numismates qui s'en sont occupés de nos jours. Voy, Berstelt , Versuch eine Mùnzgeschichte des Elsasses, pl. vu, n» 143, et Longpérier, Dissertation sur quelques monnaies episcopales de Strasbourg et de Constance. Revue numismatique, nouvelle série, t. n, 1857. (Note de l'éditeur.)
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nom de ce prélat s'y lisent encore : les autres n'ont jamais été bien exprimées, par la faute du coin ou du marteau. La même défectuosité se répète au revers ...xntina , où les trois premières lettres à' Argentine n'ont jamais existé. Le revers représente un édifice à quatre colonnes.
Si Werinhaire a mérité l'éloge de tous les écrivains de son siècle , sa réputation n'a pas été à couvert des atteintes d'une langue maligne , qui avait puisé son fiel dans le fond d'un cloître. Tel est le sort de tous les grands hommes , que l'envie les attaque au milieu de leurs vertus 1 : tel est l'effet de cette malignité trop naturelle aux hommes, qui pour se consoler de leur petitesse, n'ont pas honte de prêter leurs défauts aux grandes âmes , dont le mérite offusque leur vanité. Ce fut surtout dans des siècles d'ignorance que la vanité se trouva le plus en proie à des indignes profanateurs: l'étude des sciences étant alors négligée et même méprisée , les historiens, ou ceux qui s'en donnaient le titre , ramassaient sans ordre tout ce que la voix populaire leur apprenait. Dans le nombre de ceux que produisit le milieu du douzième siècle, on compte le détracteur de l'évéque Werinhaire. Un moine atrabilaire , tristement enfermé dans sa cellule , vivait alors dans une abbaye d'Alsace. Ecrivant avec assez d'élégance , il renchérit sur la crédulité de ses contemporains par les traits de la passion et de la calomnie. Il crut faire un présent agréable à la postérité, en rassemblant tous les contes de son siècle, pour transmettre tout ce que la prévention lui avait fait adopter. Il crut plaire en mêlant dans ses écrits des miracles apocryphes, des faits merveilleux, des forfaits horribles. Son ouvrage plus que suspect, lorsqu'il s'éloigne
1 Bayle dit quelque part que la devise de plusieurs grands hommes pourrait être : per convicia et lande* , à travers les éloges et les injures.
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du témoignage des autres auteurs , n'est qu un tissu de récits fabuleux et contradictoires avec les pièces originales et souvent avec eux-mêmes. L'ignorance du temps, la malignité de ses assertions ont appuyé et favorisé la témérité de cet écrivain. Mais elles n'ont pu soutenir le grand jour de la critique: si nous le citons quelquefois, c'est qu'on y trouve plusieurs vérités noyées dans un amas de faussetés ; c'est qu'il eut un continuateur, qui mérite nos éloges, et dont l'ouvrage est très-utile pour l'histoire de la fin du douzième siècle et du commencement du treizième. Il est facile de reconnaître à ce portrait l'auteur de la chronique d'Ebermùnster, qui vivait vers l'an 1168, et dont nous avons déjà souvent relevé les erreurs et les faussetés. C'est surtout à l'égard de Werinhaire que ce chroniqueur les a déployées. Deux articles méritent d'être discutés particulièrement, parce qu'ils rendent ce grand évêque méprisable aux yeux de la postérité , et odieux à tout homme sage , qui respecte encore la religion et les rois. Gomme un des premiers devoirs de l'histoire est de mettre le lecteur en état d'apprécier la conduite des hommes, il nous paraît indispensable d'effacer une tache faite également à la mémoire d'un monarque et d'un prélat: une plume dirigée par le ressentiment et la partialité est plus pernicieuse que les éloges flatteurs des panégyristes. Les louanges fondées sur le mensonge s'évanouissent promptement et ne survivent guères à ceux qui ne les ont pas méritées : une histoire maligne au contraire , conduite avec art , fait toujours impression et en impose longtemps.
Le chroniqueur d'Ebermùnster emporté par sa mauvaise humeur, ou séduit par la pernicieuse manie de plaire par des rapports populaires, avance d'abord 1 que Werinhaire,
1 Cbronicon Novientense, g XXV. (Cette chronique est imprimée aoua le titre de
évéque de Strasbourg, se porta à de si grands excès de folie, ce sont ses propres termes », qu'il ne craignit pas de piller les biens de l'abbaye d'Ebermùnster, et de donner à Radeboton son frère un grand nombre de terres et de cours que ce monastère avait à Eguisheim , Ober-Soultz , Burgheim , Northausen et Hindisheim. Outre les raisons que nous avons de nous défier de l'autorité de la chronique, un anachronisme, fruit de l'ignorance, rend ici surtout sensible l'imposture et la témérité de son auteur, qui forge des anecdotes aussi ridicules qu'odieuses. 11 place Werinhaire , frère de Radeboton , comte d'Altenbourg, après les évêques Guillaume et Hetzelon , tous deux ses sucesseurs dans le siège de Strasbourg, et confond ainsi Werinhaire I avec Werinhaire H , autre évéque de cette ville , qui remplaça Hetzelon, et qui ne fut jamais de la famille des comtes de Habsbourg4. C'est pourtant dans cette source ténébreuse et suspecte, que plusieurs modernes ont puisé les traits dont ils peignent Werinhaire3. 11 n'est pas honorable, surtout à Guilliman, de ne s'être par méfié d'un pareil témoignage. Cet écrivain assez judicieux et même très-enthousiaste pour la gloire de la Maison d'Autriche , suit cependant très-servilement l'autorité du chroniqueur d'Ebermùnster, lorsqu'il raconte 4 , d'après lui , les mauvaises dispositions de l'Empereur Conrad à son égard. Werinhaire ,
Chronicon Ebershcimensisjnonaslerii, en tète des pièces justificative* qui devaient servir de preuves au tome II de l'Hist. d'Alsace.) Note de l'éditeur. 1 » Ad tantam insaniam devenil. »
• Voyez ci-après , Werinhaire II , ou Guarnier d'Achalm , 48« évéque , comte de Strasbourg.
» Voyez entr'autres Gérard de Roo , lib. 1, cap. 5, apud Kieffer, Dissert, polem. de Orig. llabsburg. pag. 71, et l'auteur de la chronique publiée par Senckenberg, Selecla juris et Hist. tom. 4, pag. 88 et 29.
* Babsburg. lib. 4 , pag. 185 et 198 , edit. Ratubon , pag. 186 et 141 , edit. Mediolanentis .
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dit-il , s'en étant aperçu , crut qu'il devait prendre des mesures pour conserver son évêché et empêcher la ruine de sa famille. C'est dans cette vue , ajoute-t-il , qu'il donna en fief à ses parents beaucoup de biens et d'églises de son évêché, et à Radeboton, son frère, une grosse somme d'argent destinée à fortifier le château de Habsbourg. Tout ce que nous avons dit au sujet de 1 evêque Werinhaire , fait assez connaître que les dispositions de l'empereur Conrad à l'égard de ce prélat étaient bien différentes de celles que Guilliman lui suppose. S'il a comblé de biens ses parents, c'était de son propre patrimoine, et du superflu des revenus de son évêché , et non en pillant les monastères. Il serait bien déshonorant aux archiducs d'Autriche de devoir leur origine à un château bâti des dépouilles des églises. Si Guilliman avait fait cette réflexion, il ne se serait pas avancé si hardiment.
D'ailleurs la fondation de l'abbaye de Mûri rend peu croyable l'amer reproche que la chronique d'Ebermûnster fait à l'évêque Werinhaire d'avoir ravi de grands biens à son monastère pour enrichir sa famille. Mûri démentira toujours ce qu'avance l'auteur de cette chronique. Etpourrat-on se persuader jamais, qu'un évêque, si libéral à l'égard d'un monastère , ait voulu en dépouiller un autre pour en gratifier ses proches ? Le chroniqueur cependant pose cette accusation comme un fait certain , et ne craint pas , d'ajouter (c'est la seconde fausseté qu'il s'agit de relever), que l'évêque Werinhaire était entré dans une ligue formée contre l'empereur pour lui enlever le trône. Cette noire perfidie le rendit pendant toute sa vie suspect à Conrad-le-Salique, qui chercha tous les moyens de se défaire de lui. Les plaintes de l'abbé d'Ebersmùnster aggravèrent ses torts. Le prince n'osant hautement chasser Werinhaire de son siège,
dans la crainte d'irriter une famille trop puissante, lui cacha ses intentions sous le voile de la confiance , et prit le parti de l'envoyer à Constantinople en qualité d'ambassadeur. Conrand écrivit en même temps à l'empereur des Grecs pour le prier de le délivrer d'un ennemi redoutable en l'éloignant de sa cour, et en le laissant mourir en exil , comme un traître à l'Empire. Le Grec complaisant fit plus qu'on ne lui avait demandé. Car, suivant la chronique d'Ebersmùnster, il fit conduire Werinhaire dans une île, où celui-ci mourut de poison, et finit ainsi, dit-elle, sa vie impie par une mort qu'il avait si bien méritée On rougit de voir un religieux, dont le caractère doit être celui de la vérité et de la charité , nous ne disons pas adopter, mais imaginer des faits si injurieux et si calomnieux. Werinhaire était incapable d'une pareille trahison, et on ne peut sans témérité flétrir par une imputation si odieuse la mémoire d'un prélat toujours sincèrement attaché à ses souverains , et qui avait particulièrement contribué à l'élection de Conrad et à la gloire de son Empire. Ceux qui ont raconté l'empoisonnement de Werinhaire , ont sans doute oublié que c'était déshonorer Thistoire, en attaquant la réputation d'un grand homme sur l'autorité d'un moine imposteur, incertain lui-même de ce qu'il écrivait. Tous les historiens contemporains parlent bien différemment de Werinhaire. Wippon, qui décrit l'ambassade de Constantinople en homme instruit , ne dit pas un mot qui puisse faire soupçonner l'évêque de Strasbourg d'une pareille noirceur : tous les traits de sa vie, que nous avons nous-même rassemblés avec soin, n'oflrent point au lecteur le tissu de pillages, de révoltes et d'impiétés dont une mort honteuse fût le prix. Il y
1 • Ibique toxicatut impiam vitam digna morte flnivit. »
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trouvera au contraire la justification des éloges que Werinhaire mérita pendant sa vie , et que la postérité ne doit pas se lasser de répéter. Gomme la gloire de ce grand prélat pouvait être flétrie par l'ombre môme du soupçon , nous avons cru devoir entrer dans ce détail pour détruire une imputation aussi infidèle que téméraire 4.
L'évêché de Strasbourg devenu vaquant par la mort de Werinhaire, arrivée à Constantinople le 28 d'octobre 1 028 , l'empereur Conrad chercha à lui donner un successeur , qui pût le remplacer dignement dans une place si éminente. Dès qu'il en fut informé par les lettres de l'empereur grec , il ne crut pouvoir mieux faire tomber son choix que sur Poppon , qui était depuis quelque temps abbé de Stavelot , dans le diocèse de Liège. Cet abbé s'était, après la mort de Henri, employé avec succès à réunir plusieurs princes en faveur de Conrad. L'empereur lui offrit l'évêché de Strasbourg. Poppon , suivant l'auteur de sa vie *, refusa cet honneur5. Il allégua pour excuse qu'il était le fils d'un
• Une note autographe de M. Larcher, conseiller au Conseil souverain d'Alsace , sur son exemplaire de Wimfeling, fait aussi ressortir, d'après le silence de Wippon, l'invraisemblance des accusations dirigées par le chroniqueur d'Ebersmiinster contre Werinhaire. M. Larcher pense que la chronique confond peut-être Wernair , comte de Ky bourg avec Werner de Strasbourg. (Note de l'éditeur.)
1 L'auteur de la vie de S. Poppon est Evraume , son disciple , abbé d'Aumonl , puis de Blandinberg à Gand.
* Everhelmus, in vita S. Popponis, abbalis stabulensis, cap. 9, num. 36, apud Bollandum in actis SS. tom. 3, Januarii, pag. 6*5, et apud Mabillionem in actis SS. ord. S. Benedicti, tom. 8, note. m. part. 1, num. 31, pag. 513 : « Argentins? « interea civitatis episcopatum Régis Conrad i jussione sibi prœscriptura tam callide « quam humiliter declinavit (Poppo) , quia occasionem declinandi Régi dictavit , « videlicet se clerici dicens fllium , canonicis que sanctionibus fleri obnoxium , si « Ponliflcis lemere prœsumpsisset officium.... sed non multo post ab Ermengarde « nobilissimi principis Godefridi filia (Rex) didicit, quoniam bealus Poppo non cle- « rici, ùt ipse regiœ majestati flnxissel, sed Laïci ingenuitate et militia egregii
clerc, et incapable, par cet empêchement canonique, d'être promu à l'épiscopat. Mais c'était une défaite qu'une humilité mal entendue lui avait suggérée aux dépens de la sincérité : car il était fils d'un noble laïc. Conrad , ayant ensuite appris la vérité, fit à Poppon des reproches de cette fiction. Il lui répondit qu'il se sentait même incapable de la charge d'abbé qu'il occupait. Poppon réforma plusieurs monastères de son ordre et mourut le 25 janvier 1048 en odeur de sainteté *. On lui rend aujourd'hui un culte public, et son nom est inséré dans le Martyrologe. Plusieurs auteurs louent l'humble refus de ce saint homme, et le regardent comme un acte héroïque de vertu : d'autres ne le regardent que comme un fait contraire à la vérité, ou du moins aux règles des saints canons. L'église de Strasbourg doit au moins regretter le bien qu'il était en état de lui procurer par ses talents et ses vertus. Elles auraient servi à édifier un peuple entier, qui se ferait, encore de nos jours, une gloire de révérer au pied des autels untelévéque; mais respectons l'obscurité dans laquelle S. Poppon a voulu vivre , et les pieux motifs qui l'y ont sans doute déterminé.
« filii» fuerit. • Oblatam dignitatem magis callido quam imitando commente deelinavii, dit Mabillon Annal. Benedicl. tom. 4, lib. 56, pag. 356 : Bucelin in Annal. Germaniœ pag . 71, se trompe en plaçant ce fait à l'année 1034.
1 Voyez la Vie de S. Poppon dans Bertholet Histoire du duché de Luxembourg , tom. 3, pag. 85 — 90 et P*9- i07 -