‹ Œuvres historiques inédites. 2Chapitre 13 sur 44 · OTTON DE BUREN · texte numérisé non relu

OTTON DE BUREN

CINQUANTIÈME EYÊIlliE-COMTE DE STRASBOURG.

Otton \ qui remplaça en 1082 Thibaut dans le siège de Strasbourg, ne fut sacré évéque qu'en 108G 2. Sa famille tenait un rang distingué dans la Germanie, et monta en 1138 sur le trône impérial. Frédéric, père d'Otton, tirait son origine des anciens comtes de Souabe \ Il habitait le château de Buren 4 dont il prit le nom \

1 La plupart des diplômes el des historiens du temps le nommeu'. Otto. Il n'y a que la chronique d'Ebersmunster, qui l'appelle Oddo, et celle de WùrUbourg, Hotlho.

* C'est ce que prouve la charte d'Otton pour le monastère de Sainte-Foi de Schlestadt, où l'année 1095 est comptée pour la neuvième de son ordination : « Anno ordinationis Domini Ottonnis Argentinensis epUcopi nono. » Les auteurs de la Gaule chrétienne, tom 5. page. 796, allèguent cette charte pour eu inférer que Otton ne devint évéque qu'en 1085. Mais outre qu'il faut faire une différence entre l'année de l'élection cl celle de l'ordination, la Chronique d'Augsbourg nous apprend que Thibaut, son prédécesseur, était mort en 1082, et une charte de Burcard, évéque de Basle, nous fait voir que, dès l'an 1084, Otton occupait le siège de Strasbourg. Pièces just. du tome i de l'Hist. il' Al»., Ut. 512, pag, clxii.

1 Comme l'assure Ollon de Frisinguc , dr rébus gestis Friderici imptratoris , lib. I, mp. 8, apud Urstisium , pag. 412 : « Ex nobilissimis sueviœ comitibus origi- <- nom trahens. - Il ne faut pas en ce point s'en rapporter au témoignage de Crusius, Annal. Suevic, tom. t. part. 2, lib. 6, part. 200 et 203, et Ub. 7, p ili. qui dit que Otton, évéque de Strasbourg, était lils de Henri, baron de Hohcnstauffen el de Hildegardc, fille d'Ulrich, comte de llclfenstein.

* Aujourd'hui, Waschenbeuren, village situé près du monastère de Lorch. Voyez plutôt la Géographie de Busching, à l'article de la ville libre et impériale de KauflTbeuren, tom. 7, pag. 670 el 677.

* Wibald, abbé de Corbic, apud Martenne , veter. scriptorum et monument.

Frédéric épousa en 1044 Ilildegarde de Hohenlohe , veuve, a ce que l'on croit, de Conrad, Préfet de Nuremberg». Hddegarde était Aile de Herman, comte de la France oriente , qU. est mcontestablemant l'auteur de l'ancienne et dlustre maison de Hohenlohe « et d'Adélaïde comtesse

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«"le de Hohenlehe. ««, poJ. J33. si(!cfroi d(! H(,beD.

d'Alsace 1 . Frédéric de Buren eut six enfants de Hildegarde, son épouse, savoir: Frédéric de Stauffen ou de Hohenstauflen *, Otton 3, Louis *, Gauthier, Conrad et Adélaïde.

lube, (ils d'Ebcrhard, s'établit en Italie en 1081 , et y changea son nom allemand contre celui de « Cornes de AHa Flamma. » Hanselmann Tait ainsi descendre Herman, auteur de la maison de ilohenlohc, des anciens ducs de Franconie. Nous ne disputerons pas cette origine : mais nous ne pouvons pas être d'accord avec lui , quand il dit, pag. 303 et seq., que Herman était fils de Cunon ou Conrad, comte de Franconie, et frère cadet de Henri ou Hezil, duc de la Franconie. Comme il est certain que cet Herman eut pour femme Adélaïde, mariée, en premières noces, au même duc Henri, il n'est pas à supposer que ce Herman ait épousé la veuve de son oncle, dans un siècle surtout où les lois de l'Eglise étaient si sévères pour de pareilles alliances, qui étaient même défendues jusqu'au septième degré. La Gottingische Gelehrten-Zeitung , 173S, 30 Stùck, pag. 298, pense que Herman tirait son origine d'Eberhard, duc de Franconie et frère du roi Conrad I".

* Adélaïde était fille d'Ebernard IV, comte du Hordgau ou de la Basse - Alsace , et sœur d'Adelbert , duc et marquis de Lorraine. Crusius se trompe lorsqu'il dit , Annal. Suevic, tom. 1, par/. 2, lib. 6, pag. 195, que Adélaïde était ttlle de Thierri, comte d'Egisheim, nommé, par l'empereur Olhon III, premier landgrave d'Alsace. Elle épousa, en premières noces, Héiilon, duc de Franconie, et fut mère do l'empereur Conrad-le-Salique et de Mechtilde, abbessed'Andlau. Elle se maria, en secondes noces, en 1004, avec le comte Herman, et eut de lui, entr'aulres enfants, le comte Eberhard, la comtesse Hildegarde, Gebhart, évèque de Ratisbonne, mort en 1060, et Sigefroi, auteur de la branche de Uohenlohe-Weickersheim, éteinte en 1198. Adélaïde fut enterrée dans l'église d'CEhringen.

* Le château de Hoheustauffen est situé en Souabe, dans le Wurtemberg, sur une montagne, au bas de laquelle est le village de Stauffen, près de Gœppingen. Crusius. Annal. Suevic, tom. 2, part. 3, lib. 12, pag. 815 et seq., a donné la description de ce château, tel qu'il l'avait vu en 1588.

* Gnilliman, de Episc. Argentin., pag. 210; Bucelin, in Historia Agilolfingica, pag. 410; Laguille, Histoire d'Alsace, tom. 2, liv. 16, pag. 396; La Gaule chrétienne, tom. 5, pag. 796 ; le P. Barre, Histoire générale d'Allemagne, tom. 4, pag. 359, etc., se trompent lorsqu'ils donnent à l'évèque Otton pour père Conrad de Hohenslauffen.

* Hildegarde, mère du comte Louis, donna, pour le repos de son âme, â l'abbaye de Sainte-Croix de Woffenheiin , quelques biens , situés à Herlishcim , eomme le prouve l'acte de Mathildc, veuve de Hugues IV, comte d'Egisheim et du Nordgau. . Ad Hcrlischesheim quod comiUssa Hiltegardis pro anima filii sui Lodewici « comitis tradidit. . Louis fut, selon Crusius, Annal. Suevic, tom. 1, pari. 2,

"s viva.ent encore en 1094 mais la mortalité qui régnait cette année en Alsace », enleva Conrad et Adélaïde avec Hildegarde, leur mère ». Conrad mourut dans sa jeunesse, et apparut, dit-on , après son décès à l'évéque Otton, son frère, pour lui annoncer la grandeur future de la maison de Stauffen ». Louis et Gauthier n'eurent point de postérité».

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plus alors en vie. Idem , tu. 511, pu,, ctxi.

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Celle de Frédéric de Hohenstauffen , leur frère aîné , devint plus célèbre. Elle donna huit empereurs à l'Allemagne , et ne s éteignit qu'en 1268, dans la personne du malheureux Conradin. Le roi Henri IV accorda , en 1080 , sa fille Agnès en mariage au comte Frédéric , et l'investit en même temps du duché de Souabe et d'Alsace *, Il voulut par là récompenser les services et la fidélité inviolable de ce Seigneur. L'empereur ajouta un nouveau bienfait à toutes ces grâces, en accordant l'évéché de Strasbourg à Otton son frère qui avait embrassé l'état ecclésiastique.

Le nouveau prélat avait des vertus et de la religion ; mais la plupart des écrivains attachés à la cour de Rome n'ont guères cherché qu'à le noircir dans la postérité. Nous devons nous défier du jugement désavantageux qu'ils ont porté sur le caractère d'Otton. On risque de se tromper lorsqu'on s'en rapporte au témoignage d'historiens passionnés et partiaux. Tel nous paraît être celui d'Etienne, évêque de Halberstadt qui écrivit en 1089 une lettre pleine d'aigreur et d'emportement contre Henri IV *. 11 accuse 1 evêque de

qu'il mourut en 1103. Mais ils ne donnent aucune preuve de ce fait. Sattler, qui répèle la même chose dans son histoire allemande du duché de Wurtemberg, Gttthichte des Henogthums Wurtemberg, tomA, part. 5, g 16, pag. 604, cite à ce sujet un passage de la charto de fondation du monastère do Sainte-Foi. ainsi conçu : « Causa salutis animne fratris mei Ludewici palatini comitis. . Mais ces deux derniers mots ne se trouvent ni dans l'original , ni dans les exemplaires imprimés de cette charte. Bucclin, in Historia Algilolfingica, pag. 410, dit que Louis bâtit, en 1080, le château de Slaufleneck.

' Voyez ci-dessus, pag. 126.

' Cette lettre a été publiée par Goldast, pag. 853, par Slruvius, tom. 1, p. Î37 , et par Baronius, Annal, ealetiast., tom. xi, ad an. 1090, pag. 808 et teq., edit. Mogunt. Louis, comte de Thuringe, la lit écrire pour servir de réponse à l'ouvrage composé en faveur de l'empereur Henri. M. Fleuri, qui a donné un extrait de la lettre d'Etienne, dans son Histoire ecclésiastique, tom. 13 , liv. 63, pag. 5x1 et 52Î, ajoute m qu'elle roule principalement sur ce faux principe, qu'un roi criminel n'est point véritablement roi. •

Strasbourg d avoir acheté de ce prince son évéché , et de lavoir obtenu comme le prix des meurtres qu'il avait commis en sa faveur <. D'autres lui reprochent son zèle pour Tempereur, qu'il poussa, disent-ils, jusqu'à aliéner les terres de son évéché et des monastères pour aider ce prince3. Le chroniqueur d'Ebermùnster rapporte que Otton enleva à son abbaye les biens qu'elle possédait dans le village de Weisweiler dans le Brisgau, pour les partager entre les complices de ses violences \ De pareilles accusations sont tres-suspectes. Elles étaient formées par des moines irrités contre un prélat qui les avait peut-être forcés de contribuer a l'entretien de l'armée impériale. Nous verrons d'ailleurs que l'évêque Otton a enrichi plus d'églises et de menastères qu'il n'en appauvrit. Son véritable crime, aux yeux de ses ennemis, était son attachement au parti du roi, son bienfaiteur. II le suivit en 1084 à Basle, où il obtint pour Burcard, évéque de cette ville, la terre de Ribeaupierre en Alsace , que Henri accorda par son diplôme à l'Eglise de Basle *. Il signa aussi, comme témoin , l'acte de donation de ce prince, fait à Mayence au mois de janvier 1085, en laveur de l'abbaye de Neuvillers «. Ce fut pour lui plaire que Otton s'engagea dans le schisme, et qu'il se déclara pour l'anti-pape Clément. Cependant on ne fit aucune mention de lui dans le concile, qui fut tenu au mois d'avril

. L?rrnU7UlCm HCnriCUS qUPm rCgem di0Unt' ^W*1"* ^ abbatias vendit, .^cul T anK,en5tfm' Babenbe^nsem, MogunUnenscm et plurcs .lia. pro . KaU87en8em' A»e»*lenSem, Strasburgenscm pro gladio : Abbatiam

^.denscm Pro adulterio ; cnonasteriensem cpiscopatum, quod dicere et audirc nefas

«t, pro sodomihca immunditia vendidit »

] ^P^insius, de epi,c. Argent. pag. i5. Chromcon Novienlcnsc, g xxvij

DE STRASBOURG. — LIVRE NEUVIÈME. iii

1085 à Quedlinbourg en Saxe \ quoique tous les évéques ses voisins, Wécilon de Mayence, Othon de Constance, Burcard de Basle et Hutzmann 2 de Spire y furent excommuniés, comme adhérents de l'anti-pape. Mais 1 evêque de Strasbourg ne déguisa pas ses sentiments dans l'assemblée que Henri tint trois semaines après à Mayence. Cet empereur la convoqua le 4 de mai 3, pour s'opposer à celle de Quedlimbourg. L'empereur et les légats de l'anti-pape s'y . trouvèrent. Wecilon de Mayence y présida, assisté de trois autres archevêques, et de quatorze évéques 4 avec les députés de plusieurs absens. Un grand nombre de seigneurs laïcs donnèrent aussi leurs suffrages. La déposition de Grégoire VII y fut confirmée et Guibert reconnu pour pape légitime. Otton de Strasbourg et Burcard de Basle souscrivirent à tout par leurs députés 5. L'empereur Henri tint une seconde diète à Mayence le 29 d'avril de l'année suivante 1080. Il y lit reconnaître Wratislas pour roi de Bohème et de Pologne. Les envoyés des deux évéques de Strasbourg et de Basle y assistèrent également 6. Otton et Burcard ne purent se trouver à ces deux assemblées, parce

' Voyez ri-dessus, pag. 127.

* Selon Philippe Simonis, Hislorische Beschreibung aller Bischoffen »u Speyr, pag. 50 et 51. Hutzmann était le nom de famille de cet évéque de Spire, qui s'appelait personnellement Rutger (Xote du curé Metroil).

J Waltramus Numburgensis , de Unilate eccletiœ conservanda , lib. 2, cap. 20, apud Struvium. tom. \, ter. Germanicar. scriplor. pag. 287. « Indicu est syno- « dus apud Mogontiam secunda hebdomada post Pasrha.... Burcardus quoque Basi- « leensis ecclesia; episcopus et Otto Strazbourgensis ecclesiœ episcopus per Legatos ■ suos consenserunt et subscripserunt, qui propter hostes suis crudeliter nimis • imminentes domnm dimissi sunt. »

* Parmi lesquelles on remarque Thierri de Verdun , Hutzman de Spire, Othon de Constance, etc.

1 Pièces justificatives. Voy. Hitt. dAls., tom. Il, lit. 499, pag. CL. 'Ibidem. Ut. 500, pag. eu.

HISTOIRE DE i/ÉGLISE

que l'Alsace était devenue le théâtre de la guerre, et que leurs terres étaient ravagées par les seigneurs partisans du pape.-

Le schisme continuait ainsi toujours avec plus de violence que jamais. On ne voyait partout que séditions et ravages , suites trop funestes et trop ordinaires des guerres de religion. Hugues V, comte d'Egisheim et du Nordgau petit-neveu du pape S. Léon IX, soutint longtemps , en Alsace, le parti des deux compétiteurs de l'empereurHenri, et celui des deux Bertholds, l'un fils et l'autre gendre du roi Rodolphe >. Ce comte déclara la guerre à Otton, évêque de Strasbourg *. Celui-ci voulut prendre le château de Uagesbourg 3. Il employa à ce siège une année entière ;

' Nous avon» fait connaître ci-dessus, pag. 69, les ancêtres du comte Hugues V,

H m 2 , V6 Mathi'de' M femm8' qUi élait n,,e de Loui*. ^ Mouson et de Mon.bé l.ard. C'est par elle que Hugues était allié avec Berthold, duc de Zehringen, dont la mère était Béatrice, sœur de Mathilde.

Bny°n' ^ H"t0ria Medimi m™*™. «3. apud Bélhomme, °LT ' \ anlC lriennîUm °d G8t 1086> obsidionem ««H (C^ibudi

ne ra nuncupao- per anni metam scdu,° ^ **«"«ziT rr prœdictus Hu*°' n,i8 quieium ♦ ^

22 ZL>T 8anguini8 p,ure8 caplivos adduxjt' *

cum plurimo dedecore oppido eliminavit. » Jr^TTT- "°m,,,é C°k"'U" P" JCa" de Baïon- Cel «"»"'. »»«f <•« B»jon en

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TC. ^17, ' " r,iCU'"rUé5''""' ~,,^,„ireiie Lorraine», memedc u Alsace. Don, Belhomme en a donne de. extra... dan, hi.lo.re de labbave de «oyenmoûUer. imprimée à S11.albo „„ „T„ '

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DE STRASBOURG. — LIVRE NEUVIÈME. i 43

mais le prélat fut obligé de le lever. Hugues le surprit dans son camp en 1086. Les troupes épiscopales , qui dormaient tranquillement dans leurs tentes, furent entièrement défaites par celles du comte. La plus grande partie se rendit prisonnière , et le reste eut peine à échapper en chemises. Otton se renferma dans Strasbourg: mais Hugues le força encore de quitter cette ville avec honte. Cependant le comte ne jouit pas longtemps des fruits de sa victoire : il fut contraint de céder aux armes du duc Frédéric de Hohenstauffen, qui vint au secours de l'évêque son frère, et qui chassa son ennemi de la Province. Dépouillé du comté de la Basse-Alsace, Hugues entreprit de le recouvrer. Il y rentra en 1088 avec une armée considérable *. L'histoire ne nous a pas conservé le détail de cette nouvelle guerre, qui dura pendant plus d'un an. Le château de Tanvillers , qu'on commençait alors à élever, paraît lui avoir donné occasion a. Enfin l'évêque et le comte firent ensemble la paix, après plusieurs combats où la victoire s'était déclarée pour l'un et pour l'autre. Ils se donnèrent mutuellement les témoignages de la plus sincère réconciliation. Elle parut si parfaite, que Hugues vint lui-môme trouver Othon à Strasbourg, et manger chez lui dans la maison de campagne que ce prélat avait dans les environs de cette ville.

«ne vente qui a été faite à Leipsick en 1864. La bibliothèque impériale possède en outre dpux exemplaires mss. de cette chronique. (Note de l'éditeur.)

' Berlholdiis Cunstantiensis, aptid L'rstisium , pag. 560 « Anno 1088, Hugo, « corne» de Egcnosheim , Alsatiam jamdudum ab inimicis occupalam invasil et sibi « recuperare tentavit. »

• Jean de Bayon, p. 264 : Nonis denique seplembribus Hugonis comitis... occisus

• nimis acer cl subitus fuit. Etenim... in exstpjctione castri , quod ad Tanvillarien-

• sem Mcdianensium dioecsis vicum factin principum erigebal, ele > Tanvillers était alors une dépendance de l'abbaye de Moy»'tiiiioûlier pour le temporel. C'est ce que signifie ici le nom de diœcesis : car pour le spirituel, cet endroit était situé dans le diocèse de Strasbourg.

HISTOmE DE L'ÉGLISE

Il poussa même la confiance jusqu'à coucher avec lui dans la même chambre et partager son lit. Cette familiarité, qui fut longtemps en usage chez nos ayeux , et qui a subsisté jusqu'au dernier siècle, était une des plus erandes preuves d estime et d'assurance réciproque, que deux amis pouvaient se donner <. Cette bonne foi devint fatale au comte, et h» coûta la vie. Dès qu'il fut au lit, les domestiques de I évêque se jetèrent sur lui et ils l'égorgèrent indignement, ainsi que quatre gentilshommes qui l'avaient accompagné1. Ceci arriva la nuit du 4 au 5 septembre 1089 ». Ce forfait déshonorerait la mémoire d'Otton, s'il e„ avait été complice. Berthold de Constance parait l'en rendre auteur; ma,s lautorité de cet écrivain, entièrement dévoué au pape, quoique estimable dans plusieurs points, est cependant suspecte lorsqu.l parle de ceux qui soutenaient la «.use de Henri. Jean de Bayon * attribue ce meurtre à Sigefroi,

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• Sigifridu, pincerna ZI ^ *°nliRci° dt>™«™ ™ i„simu, ,oc,ss,t, « olim graviter mortillcaverat hi L ^ pr{rfalU8 comes fratrem

« predùsequis intereme^nt si ' ^ q"atUOr Vel ^"1™ ™b'»

"l- hUj"8 ^iMuamquam pon,ificcm plerique inson.

échanson de l'évêque , et à un autre officier, dont le comte Hugues avait violemment offensé le père. Otton n'eut donc aucune part à la mort de Hugues , et ce furent des particuliers, qui saisirent cette occasion pour venger leur cause personnelle. Les adhérents du pape regrettèrent le comte Hugues comme un des plus zélés défenseurs du saint-siège. Les moines le pleurèrent comme leur bienfaiteur, parce qu'il fut un des principaux fondateurs de l'abbaye de S. Léon de Toul K D'un autre côté les Schismatiques regardèrent sa mort comme une grande victoire. Waltram, évéque de Naumbourg, qui publia alors un ouvrage pour la défense de l'empereur Henri, noircit impitoyablement la mémoire de Hugues. 11 dit que ce comte , puissant en Alsace, fut massacré après avoir exercé diverses cruautés contre l'Eglise et la République *. C'est ainsi que les uns ne voyaient dans lui que des vices, tandis que les autres ne lui donnaient que des vertus.

Berthold de Rheinfelden , fils du roi Rodolphe , vivait encore ; mais il était trop jeune et trop faible pour se soutenir dans le duché de Souabe et d'Alsace , occupé par Frédéric de Hohenstauffen. Il mourut au mois de mai

• tem, aliqui tamen non inexpertem fore... arbitrantur. » Nous ne connaissons pas le nom de llalleim. Il faut peut-cire lire AtUmende, nom qu'on donnait autrefois aux terres communales qui avoisinenl la ville de Strasbourg. Les guerres que l'évêque Otton eut à soutenir contre Hugues comte d'Egisheim, et la mort tragique de ce dernier, furent le sujet d'un drame historique imprimé à Basle, en 1780. Il est en prose et en cinq actes. L'auteur, nommé M. Ramon, l'a intitulé La Guerre d Alsace. Il est écrit dans le genre des drames historiques de Shakespcar, et dans celui de François II, du président Hénault.

• Hugo, in Monumenlis sucrai Antiguit. , tom. 2, pag. 296, et Benoit Picart: Histoire de Tout, preuves, pag. i xxxv. Pièces justifie, du tome 8 de l'Hist. d'Als., lit. 503 et 50 i, pag. Cl.v.

■ De unilate Ecclesiœ conservando, lib. 2, cap. 36, apud Struvium in Scriplor. rer. German., tom. 1 , tom. 309 : « Hug potentissimus cornes Alsati* post multa

• crudelia, quaj fecerat vel in ecclesia, vel in republic*, occiwis e«t. »

1090 à la fleur de son Age et sans avoir été marié. Son corps fut transporté à l'abbaye de saint-Biaise , lieu de la sépulture d'Adélaïde , sa mère ». Les seigneurs et les peuples de Souabe, toujours attachés au sang de Rodolphe, et animés par les conseils de Gebhard , évéque de Constance , lui donnèrent pour successeur , en 1092 , Berthold II de Zehringen, frère de ce prélat et beau-frère du défunt \ auquel il succéda dans ses terres d'Allemagne et de Bourgogne , parmi lesquelles quelques modernes » comptent le duché de Teck et le comté de Rheinfelden. Berthold de Zehringen disputa pendant quelque temps le duché de Souabe et d'Alsace à Frédéric, son compétiteur. Mais obligé de faire la paix, il lui abandonna ce duché en 1098 , en se réservant l'advocatie impériale de la ville et

. «I TT, ^",,an'ienSis- »■ 363 : ■ A"- "M. Berthold,,, d„x Al™*.. llH,,aa,i,r /„„, <, W ' ,en',C Kalona • ^ Historia eritiea regum

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W. 732 ; Chronicon Auirustaniim „„ ^ ^ ? P'°r' r" Vrun"™ > «• Pro Henrico IV inn.o,,, ' «P"' , w. 505; Auctor Apologie

nr.co n ,m,,e,alore, <,/,„</ eumdem, tom. 1 n™ 30q m, Bcrtholdus Constanliensis, nû0 367- F, , , 1 '

et Chronicn Augustanun, ^S^^TT ^ ^

' *™trum% tom. i, po?. 50g.

Stumpf, SchweiHer-Chronick et u. v .

^ on,c* et lM historiens de Wurtemberg

du district de Zurich, avec tout ce qu'il possédait, tant en Brisgau et dans la Forêt-Noire , que dans l'Ortenau et le Thurgau !. Le duc Frédéric vint souvent à Strasbourg , pour y voir l'évéque Otton , son frère. 11 signa avec ses trois autres frères, Conrad, Walther et Louis, la charte de ce prélat, par laquelle il accorda quelques terres , situées dans le ban de Wolksheim, à Wunhard, son vassal et aux chanoines de sa cathédrale a. L'acte de donation , daté de Strasbourg , 30 mai 1089 3, fut expédié du consentement de Henri , avoué de 1 église de Strasbourg , et des principaux dignitaires de la cathédrale. Le même évêque Otton , , souscrivit aussi le diplôme, que l'empereur Henri accorda, le 21 septembre, à l'église de Spire 4.

La comtesse Hildegarde , mère de l'évéque de Strasbourg, donna dans le même temps des marques de sa religieuse libéralité à l'Alsace , dont elle était originaire du côté des femmes, en v élevant un monument de sa dévotion. Les chrétiens , dès les premiers siècles de l'Eglise , s'étaient plu à visiter la Palestine et la Terre-Sainte , où l'Homme-Dieu avait accompli les mystères de la rédemption des hommes. Les Turcomans, destructeurs de l'empire

* Otto Frisigensis, de Gntis Friderui Imperaloris , lib. 1, cap. 8, et Guillimannus, de Rébus Helveticis , lib. 3 , cap. 5. I.a plupart des historiens modernes placent à l'an 1081 le traité passé entre les ducs Berthold et Frédéric. Mais M. Schœpftïn, HUt. Zarinyo-Badensis , tom. 1, pag. 75 eî 76, prouve que cela arriva en 1098.

* Qui sont appelés dans l'acte les frères de Ste-Marie desservant la grande église : . Fratres bcale Marie in principali monasterio servientes. •

* Pièces justificatives, Hisl. d'Ah., tom. n. lit. 501, pag. eu.

* • Ob fidèle servitium carissimi Johannis Spirensis episcopi , tum eliam ob « interventum fidelium nostrorum Ruoperti Babenbergensis episcopi , Oltonis « argentinensis episcopi , etc. » Ce sont les expressions du diplôme de ce prince, qui n'a pas encore été publié , et qui se conserve en original dans les archive» du grand-chapitre de Spire.

des califes , possédaient alors la Syrie. Les pèlerins de Jérusalem se virent exposés à toutes sortes d'outrages de la part de ces peuples féroces. Tous ceux qui revenaient de la Palestine , racontaient les dangers qu'ils avaient courus nn la visitant , faisaient une peinture touchante du misérable élat où les sacrés monuments de notre religion étaient réduits, et ne manquaient pas d'exagérer la cruauté et les mauvais traitements des Turcs. Hildegarde, voulant rammer la piété des fidèles envers les lieux saints , fit bâtir a Sélestadt, une église sur le modèle du Saint- Sepulcre, de Jérusalem.

Sélestadt, situé sur la rive gauche de 1*111, à neuf lieues de Strasbourg , à h, dislance d'environ une lieue du fossé provmcal qui sépare la Haute-Alsace de la Basse, et le chocese de Strasbourg de celui de Basle, est fort ancien. Cet endrmt est rappelé dès l'a„ 728 dans les titres de I abbaye de Mourbach'. Mais l'époque de son origine n'en est pas plus connue. Ceux qui , se fondant sur une certaine ressemblance de noms , la font remonter à un prétendu géant, „„mmé sietton, „e racontent que des fables

~R TT YS déjà J'udici~ent remarqué le 1 ! CatUS L«henanus Cet illustre Alsacien , qui prit

3r S,adt* PrétendI ^ fut bâti - * ™nes de lancen //,,,„„,,, connu dèg ,e tefflps des

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Celtes et des Romains !. Ce sentiment, suivi par plusieurs auteurs *, se trouve même consigné dans une inscription publique, que le magistrat de Sélestadt fit poser en 1528\ Mais il n'est pas douteux qu'on doit chercher Helvetus, non dans la situation moderne de Sélestadt, mais dans le village d'EIl , qui en est éloigné de trois lieues. Nous sommes plus assurés que Sélestadt était un palais royal sous les rois de la seconde race, puisque l'empereur Charlemagne vint y célébrer les fêtes de Noël , de l'an 775 \ et que Charles-le-Gros y faisait sa résidence en 884 et 886 5. Le premier de ces princes avait même accordé à l'église de Coire, une chapelle située dans Sélestadt, et plusieurs biens en dépendant ; donation confirmée par Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Gros , ses succes-

4 Nous avons déjà fait connaître Helvetus dans le tome premier de cette histoire, pag. 61 et 62.

'Tels sont Simler, in Scholiis ad Itinerar. provinc, pag. 263; Bertius, Germon., lib. 1, pag. 199 ; Ortel , Thésaurus Geograph., voce Elcebus; Adrien de Valois, Noticio Galliarum , in voce llelellus, Cellarius, Notiliœ Orbis antiqui, tom. 1, lib. i. cap. Z,pag. 300, etc. Mathi.is Schurer, natif de Sélestadt, un des «avants imprimeurs de Strasbourg, depuis 1502 jusqu'en 1519 , se nomme Helvelensis dans quelques livres qu'il a imprimés. Wimphelingue, également de Sélestadt, prend aussi la même qualification dans ses ouvrages.

* Cette inscription a été composée par Beatus Rhenanus lui-même qui la rapporte dans son ouvrage, lib. , cit., pag. 160. « Respublica decori et ornamento sacri « Romani imperii consultura non minus quam suo, cujus Municipium et vicus « honoratior Slecestadium ob antiquitatem singularem, et Elcebi illius veteris apud

• Cl. Hlolemteum inlcr Tribocorum oppida ad nota ti celebritatem, à priscis Franco-

• rum Austrasianorumque ac Ccrmanorum regum et imperatorum temponbus esse « meruit , transgressarum olim melioribus tandem auspiciis e transrhenana Ger- « mania gentium, sub calamitosissimam illam Attila» vastationem nova colonia,

• pergulam istam fieri fecit anno mdxxviii. »

* Voyez le tome premier de celte histoire, pag. 296 et 402, et les pièces justificatives, du tom. il, n» 68, pag. cxvi,

b Tome second, pag. 222 et 224, et pièces justificatives , num. 148, pag.

seurs en 836 et 880'. Lothaire , roi de Lorraine, avait aussi accordé en 869 , à Berthe , sa cousine , des biens dans le lieu de Sélestadt , dont celle-ci , devenue abbesse de saint-Félix et de sainte-Régule, de Zurich, fit présent en 877 a son abbaye ». Othon, roi de Germanie, dans ses (rois diplômes de 952 et 953 «, confirme, tant à cette abbave , qua levéché de Coire , les possessions que Tune" et I autre avaient dans cet endroit*, qui changea bientôt après de nature, et qui, de domaine royal, devint un aflodial des comtes de la Basse-Alsace. Hildegarde, petite- «Ile du comte Eberhard IV», le porta en mariage à Frédéric de Buren , son époux, et elle le transmit à ses entants . L'évôque Otton dédia la nouvelle église de iselestadt en l'honneur de Sainte-Foi , qui avait souffert le n , sous l'empire de Dioclétien et de Maximien , et dont le corps avait été transféré, vers l'an 886,

M*. J-btoln*. mm, Ion, „ ... m, pan. corn.

TiZT,T innan P°"r r'bb"° d<!Zu™"' « octobre 951 et U févner 933 p.,ur l'élise de Coire.

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Voyez ci-dessus, paj. 13g.

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à l'abbaye de Conques, en Normandie, de l'ordre de saint- Benoit Le nom de cette sainte y devint très-célèbre*, et le bruit de ses miracles parvint jusqu'en Alsace : ce qui inspira aux peuples de cette province beaucoup de dévotion pour Sainte-Foi. Hildegarde voulut consacrer, sous son invocation, 1 église de Sélestadt, où elle établit un monastère de l'ordre de saint-Benoît. Elle voulut aussi y entretenir le culte de cette sainte martyre , avec les mêmes

1 L'abbaye de Conques ou Couches est située dan* le faubourg d'une petite ville de Normandie, avec titre de comté, et le pays d'Ouche, sur la croupe d'une montagne, à treiîe lieue* de Rouen et à quatre d'Evreux. Si ou pouvait se rapporter à la chronique de celte abbaye , sa fondation remonterait jusqu'en 37 1 , que mille moines y furent massacrés par les Goths Ariens. Elle fut rebàlie , suivant la même chronique, par Clovis, et ensuite par Pépin. Gal'ia Chris'.iana , loin. 1 , pag. 2 li et Î36. Mais on suivant pour guide un diplôme de Louis-le-Dehonnaire. daté d'Aixla-Chapelle, 8 avril 819, apud Balmium in Capital, fteg. Franc, tom. î, append . ml. U16, on trouvera que ce prince doit être regardé comme le principal fondateur de l'abbaye bénédictine de Conques , et qu'elle doit son origine à la pieté de Dadon, qui , s'étant retiré, au commencement du neuvième siècle, dans une petite solitude sur la Dordogne, y attira beaucoup de disciples. Le pape Paul III sécularisa cette abbaye en 1537, Gallia Christiana, tom. 1, pag. 3i9. Elle forme aujourd'hui une collégiale, composée de l'abbé cominendatairo , de huit dignitaires et de dixsept autre» chanoines. — Grandidier confond, comme il l'a fait déjà à la note d du titre 510, rappelé page 150, l'abbaye de Conques (Conclue) située au diocèse de Rhodcz, sous l'invocation de Sainte-Foi avec l'abbaye de Couches (Concha? in Ncustria) au diocèse d'Evreux. Tous les détails donnés se rapportent à l'abbaye de Conques et non à celle de Conches , qui n'a été fondée qu'en 1035 . qui n'a jamais été sécularisée, et qui s'est unie, en 1630, à la congrégation de Sl-Maur. [Xote de ledit.)

* On trouve dans les archives de l évéché de Strasbourg , à Sa.crne , l'original d'une charte de Rotbert, fils de Waltcr, seigneur anglai*, et .le Sibille, Sa femme, fille de Radulf de Caynet, seigneur Normand, par laquelle ces doux époux fondent, en l'honneur de Sainte-Foi, le prieuré de Uorsham. situé dans la province de Norfolk et le diocèse de Norwich, en le soumettant, avec tous ses biens et revenus, au monastère de Conques en France. Cette charte est sans date : mus comme elle fut donnée sous Henri I-, roi d'Angleterre, qui commença à régner en 1100, et sous Herbert, évèque de Norwich, qui mourut en 1 1 19, nous la pla-ons entre le» pièces justificatives, llist. d'Ah., tom. H, lit. 555, pag. cr.xu, sous l'an 1110. La fondation du prieuré de Horsham fut confirmée par le roi Henri , dont le diplôme de confirmation, écrit en angla.s, se trouve imprimé dans iionasticon Anghcanum,

honneurs qu'on lui rendait dans le diocèse de Rhodt-z Elle le soumit en conséquence à l'autorité de l'abbé du monastère de Conques, et le déclara entièrement indépendant de la juridiction de 1 evêque de Strasbourg , dans le diocèse duquel Sélestadt était situé. Il n'était pas rare alors de voir des prieurés mis sous la dépendance d'abbayes fort éloignées. Ainsi les monastères de Lièvre et de Saint-Hippolyte , en Alsace , dépendaient de celui de Saint-Denis, en France. Le prieuré de Saint-Pierre, de Colmar, était soumis à l'abbaye de Payerne , dans le pays de Vaud : plusieurs autres maisons relevaient de Cluni. Hildegarde donna au nouveau monastère de Sainte-Foi \ quelques terres situées dans le ban de Wittisheim et d'Orschweiler. L'acte de fondation est daté de l'année 1094 «, et fut souscrit par Burchard, prévôt de la cathédrale de Strasbourg, Herold, chantre et Wernhcr, camérier de la même église; par Cunon, prévôt de Saint-Thomas , Hézelin , prévôt de Samt-Pierre , et Anselme , avoué de 1 evôché. L'humble tondatnce y prend le titre de pauvre en J.-C. Ses six

pag. iU. iean Marsham, éditeur de cet ouvrage, remarque, /»., cit., pag. 1036 / 1041 , que ce prieuré resta soumis à Tabbaye de Conques jusqu'en 1144, qu'il ut »» P™« P" le parlement de Leicester, et que lorsque le roi Henri VII. réunit

Lhl 178, abbaïeS ab°lie8« la laXC annue,,c d" ™nus ^ prieuré de Horsh m montad, en 1535, à 162 .ivres sterling, 16 sou,, il deniers.

sont fort dn 8, ''"H " 6crit* Par un auleur contemporain,

Xd Suéde' PUbHé8' P°Ur 18 P"mièrC f0i'' - — - "

886 ou «87 v.i °' 5 re,,^esde Foi furent transportées, en

L Les i 3t T ^ C°nqUeS ' C°mme ,G — ,e P' ^esauier pag. \n

Tan 1020 tJr , ' Bernard' écoIâlre dangers, publia vers

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enfants, Otton, de Strasbourg , Frédéric , duc de Souabe, Louis , Gauthier , Conrad et Adélaïde , concoururent avec leur mère , à une si bonne œuvre. Hildegarde mourut la môme année 1094. L'évêque Otton voulut mettre le monastère de Sainte-Foi à l'abri de toutes recherches relatives à ses biens , et donna la somme de cinq livres , argent de Strasbourg 1 , à un certain Godefroi, qui formait des prétentions sur le bien de Wittisheim. Godefroi y renonça en jetant de sa main un fétu de paille , suivant les lois qui étaient alors en usage *. La donation d'Otton fut faite à Strasbourg, le 4 février 1095 3, en présence des seigneurs de son palais. C'est le nom qu'ils portent dans l'acte 4. Ces seigneurs étaient Burchard , grand-prévôt de la cathédrale , Cunon , vice-dôme de l'évêché , Mannon , notaire ou secrétaire, Anshelme, bourgrave de Strasbourg, Othon, grand-trésorier de l'évêque, Cunon, schultheiss de la ville , et Bernard , connétable ou grand-maréchal de la cour épiscopale 5.

La fondation de la comtesse Hildegarde fut augmentée par ses quatre fils , l'évêque Otton , le duc Frédéric , les comtes Louis et Gauthier 6. Ils cédèrent au monastère de Sainte-Foi , tous les biens qu'ils possédaient à Sélestadt , avec les serfs, terres, vignes, eaux, prés, forêts et chasses

• « Datis enim il lï quinque ex nostro sumptu argentinensis percussure libris. •

• « Stipula manu ejus juxta jus gentiura emissa. »

• Pièces justificatives, Hist, d Als., tom. u, fit. 511, pag- CIU-

• « Cutn suis palalinis primatibus. •

• « Burchardo principali preposito : Cunone Viccdomino , » c'est le premier Vicedomne de l'évêché connu, t Mannone Notario, Anshelino Urbis Pra> • fecto. » C'est le bourgrave de Strasbourg, qui, dans plusieurs actes du douzième siècle, est aussi appelé le préfet de la ville. «Ottone Thcsaurario, Cunone urbani « juris villico , . c'est-à-dire le maire ou le juge de la ville : ce qu'on nomma ensuite le schultet ou le schultheiss. * Stabuli comité Bernhardo. . Cet officier de l'évêché prit ensuite le nom de maréchal, ou « marschalcus. »

• Les deux autres enfants de Hildegarde, Conrad et Adélaïde, ne viraient plus.

HISTOIRE DE l/ÉGLISE

qui en dépendaient, ainsi que la haute justice, les péages et droits de cabaret, qui étaient attachés à cet allodial. Ils confirmèrent la donation qui en avait été faite à l'abbaye de Conques, et le déclarèrent indépendant de la juridiction épiscopale. Le duc Frédéric , l'aîné de tous , fut choisi pour avoué de Sainte-Foi. La charte de donation fut signée par les quatre frères , souscrite par huit autres témoins , et écrite par Mannon, notaire, de Strasbourg; elle est datée du 23 juillet 1095 ». Otton s'y nomme pécheur, par la grâce de Dieu, évêjne de l'église de Strasbourg. Begon, abbé de Conches *, auquel avait été soumis le monastère de Sainte-Foi, y nomma Bertram, pour prévôt. Ses premiers religieux furent tirés de la même abbaye : mais ils n'entendaient pas la langue allemande , et n'étaient pas accoutumés aux mœurs du pays * ; ce qui fit que les fondateurs établirent, pour régir le temporel, un forestier ou maître des forêts , qui prêtait serment au prévôt , et qui était chargé de percevoir les rentes et les dîmes du monastère. Ils lui accordèrent aussi la moitié du ban de Kinsheim , avec tous les sujets et terres qu'ils avaient dans ce village voisin de Sélestadt *. L'évêque Otton fit

^ Pièces justificatives, //,„. d'Als. tom. u, M. 512. pag. oui.. On m dans l'ouvrage intitulé Le Clergé de France, par M. l'abbé Hugues du Tem. chanoine de l'église métropolitaine et primatiale de Bordeaux, et vicaire- Itérai de ce diocèse, tom. 1, pag. 137 : . Bégon III (88- abbé de Conques au

ennoi d Rh0deZ)' dU 16 V*nérab,e ' digne d'Etienne, fut maintenu,

n , ans le prieuré des Colomiors , par les évêques de Troyes et de Meaux,

LT Zl°* m0ineS dC Kebai8, ' °r' 8don Mabi,lon« A»naL Benedicl., lib. utiii, l',C!!u ParSchœ'W,in' Als «■«■■ tom. 2, pag. 880, ce prieuré avait été nTT, V ^ ^ C°nqUeS aUMi bicn 1ue ceM de Sai»1*™ de Sélestadt. Ce

ConchI k B ^ CrrCUr q°*°n dU ce dernicr -umis «« "on-»»*" dc

Conches en Normandie. (Note du curé Mélrot.)

• cognLr^V0^^" ParlibUS adVeneranl' "eC ,in*U-' ™ — «*»* ' l'aQlre m°iUé du ban dc W-heim appartenait alors à l'abbaye d Andlau.

aussi présent à Sainte-Foi du ban, de l'église et des dîmes de Grub ou Fouchy, pour exercer la haute justice dans ce lieu ». Ce prélat avait bâti et doté considérablement cette église, en 1095*. Le duc Frédéric prit sous sa protection le nouveau monastère, et statua, à la demande de l'abbé de Conques, qu'aucune personne ne pourrait en être avoué, que celle qui lui succéderait dans le duché d'Alsace et de Souabe, et qui descendrait de la maison de Stauffen. Frédéric 11, surnommé le Borgne, qui remplaça, en 1105, Frédéric, son père, dans le duché, devint, par conséquent, avoué de Sainte - Foi. Il se déclara aussi le protecteur de cette prévôté , et renouvella tous ses droits et privilèges. L'acte de ce dernier fut passé le 21 juillet 1105 3, en présence de Burchard, prévôt de la cathédrale de Strasbourg, Hérold, chantre, et Wernher, camérier; deCunon, prévôt de Saint-Thomas, et de Hézelon, prévôt de Saint-Pierre; de Bertram, prévôt de Sainte-Foi de Sélestadt, d'Albert, chapelain du duc, de Herman et d'Albert, son frère, tous deux comtes de Frobach , et de plusieurs autres témoins. Bertram est nommé prieur de Sainte - Foi , dans la bulle de Pascal H, datée de Witerbe 12 mars 1106, par laquelle ce pape confirme la fondation et l'indépendance de son monastère K Ce n'est pas ici le lieu de décrire plus au long les révolutions qu'il essuya : nous réservons ce détail pour un article particulier. Le prévô^ou prieur de Sainte-Foi, étant entré dans les droits que la comtesse Hildegarde et ses fils possédaient à Sélestadt , exerçait la haute justice dans cet endroit , tirait les revenus du péage et nommait

1 Voyez la charte de Frédéric II, duc de Souabe, de l'année 1105. Pièces justiflcatives, Hist. d'Aïs., tom. v, tit. 546, pag. cxcix. nota aa. * WiDiphelingiu», de Episc. Argent., pag. 46. 1 Pièces justificatives, Hist. dAls., tom. I», tit. 546, pag. cxcix. 4 Pièces justificatives, Hist. d'Al»., tom. u, tit. 550. pag. ccvu.

156 HISTOIRE DE l'éCLISE

ses premiers magistrats. L'empereur Frédéric II ayant nommé, vers l'an 1214, Wolfel ou Wolfelin, son préfet ou landvogt impérial dans l'Alsace, celui-ci éleva Sélestadt au titre de ville libre, l'environna de murailles et trouva moyen d'augmenter sa population '. Ce changement porta FredencII à vouloir avoir par. aux droits, qui appartenaient au monastère de Sainte-Foi Il passa, en conséquence, en U17, un contrat d'échange avec le prévôt de cette maison, par lequel celui-ci céda à l'empereur la moitié de la haute justice et celle du péage dans Sélestadt, qui portait, dèslors, le nom de ville', en convenant que l'un et l'autre nommeraient conjointement le schultheiss et le receveur de la douane. Frédéric accorda, de son côté, au couvent ae sainte -l-oi, tous les hiens et possessions qu'il avait à ^elestadt et dans les deux villages voisins de Borner et de Kinsheim. Le roi Rodolphe fit ensuite , en 1281 , deux autres traites, en vertu desquels toute la juridiction devait appartenu uniquement à l'empereur, et tous les revenus ^ péage au prévôt*. U ville de Sélestadt, devenue, quelque temps après, impériale, obtint elle-même le tiers du péage, en 1299, et acheta les deux autres tiers en 1416.

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La prévôté de Sainte-Foi perdit ainsi ses plus beaux droits. Le nombre des religieux y étant beaucoup diminué, le pape Nicolas V la donna en commende , en 1452, au cardinal Olivier Caraffa, archevêque de Naples. Pie III l'unit, en 1503, à la manse épiscopale de Strasbourg, à la demande de l'évêque Albert. Guillaume, son successeur, vendit, en 1536, une grande partie des possessions de ce monastère à la ville de Sélestadt , pour la somme de vingt-six mille florins. Léopold d'Autriche, qui occupa ensuite le siège de Strasbourg, donna le reste de ses biens avec les bâtiments, par lettres du 23 mars 1616 , aux jésuites de la province de Mayence, pour y établir un collège. Cette fondation fut confirmée par bulle du pape Urbain VIII du 15 février 1624. Enfin , le collège de Sélestadt ayant été supprimé, par lettres patentes du 5 juillet 1766 , ses revenus furent séquestrés et employés en partie à l'établissement de dix bourses ou places gratuites, remplies par dix enfants natifs de la ville de Sélestadt. Les bâtiments , qui formaient son enceinte et celle de l'ancien prieuré de Sainte-Foi , furent abandonnés et remis, par d'autres lettres patentes du 7 novembre 1767, au magistrat de la môme ville, qui y bâtit des pavillons pour loger les officiers de la garnison. On n'en conserva que l'église , dédiée encore aujourd'hui à Ste. Foi , et desservie par un prêtre séculier.

Le même motif, qui engagea Hildegarde à fonder le monastère de Sainte-Foi sur le modèle du Saint- Sépulcre de Jérusalem , donna aussi l'origine à la prédication des croisades. Un prêtre d'Amiens , solitaire de profession , nommé Pierre l'Hermite , joignant à une figure hideuse , tous les dehors de la pénitence , mais plein de feu , d adresse et d'éloquence, doué d'une énergie de sentiment qui faisait passer ses propres affections d'une manière

HISTOIRE DE l'ÉGUSE

irrésistible dans l'àme de ceux qui l'écoutaient , dont le courage , pour me servir des expressions de M. Moreau !, paraît approcher de celui qui fait les héros dans tous les genres , vit avec douleur, en visitant la Palestine , la profanation des lieux saints , et la tyranie exercée sur les chrétiens. Revenu en Europe , il échauffa tellement les esprits par les peintures qu'il fit de la barbarie musulmane, que ses prédications répandirent partout la ferveur qui Tanimait. Ses insinuations , ses instances, ses remontrances même , autorisées par sa réputation de sainteté , lui donnaient l'air et l'autorité d'un prophète. Les évêques, les abbés , les clercs , les moines , les nobles et les roturiers , vertueux , vicieux , en un mot , des chrétiens de toute profession, de toute condition, et de tout caractère, des femmes même, saisies de l'esprit de pénitence , s'énivrèrent de l'idée de ce pèlerinage guerrier. Urbain II, qui vint alors en France , saisit cette occasion favorable. II convoqua un concile, à Clermont, en Auvergne. Il s'ouvrit le 18 novembre 1095*. Douze archevêques, quatre-vingts évêques, et près de cent abbés, plusieurs princes et savants théologiens , se rendirent à cette auguste assemblée. Pierre, sous un extérieur pauvre et abject, y fixa tous les regards. Le pape , après avoir déploré les calamités auxquelles étaient abandonnés les chrétiens de la Palestine , enflamma les assistants par l'espoir des récompenses éternelles , et leur proposa la conquête des lieux saints comme un moyen d'expier tous les crimes , si communs

• Discours sur V Histoire de Fronce, lotn. 14. Voyez Baronius, Annal. Ecclesiast., tom. xi. ad an. 409S , pag. 861 et teq.; Mansi, Concilior, tom. 20, pag. 815-827; Fleuri, Histoire ecclésiastique, tom. 13, Uv. 64, pag. 607-621; Ruinart, Vita Urbani 11, papœ , dans le recueil de ses ouvrages posthumes, pag. 201 et seq., et Longueval, Histoire de t Eglise gallicane, ton. 8, Uv. Î2, pa<j. 75-84.

dans ces siècles de corruption et d'ignorance. Il recommanda surtout aux évêques d'employer tout leur zèle pour inspirer à leurs peuples le désir de participer à une si sainte entreprise. Le discours d'Urbain fut reçu avec une acclamation universelle. La plupart de ceux qui se trouvèrent à l'assemblée , s'empressèrent de s'enrôler pour cette expédition, et pour symbole de leur engagement, les pèlerins convinrent de porter une croix d'étoffe rouge , cousue sur leurs épaules : c'est ce qui a fait donner à ces guerres religieuses, le nom de croisades.

Otton , évêque de Strasbourg , se rendit aussi à Clermont : mais il n'assista pas au concile , parce qu'il était encore engagé dans le schisme ; il cherchait cependant à se reconcilier avec Urbain. C'est ce qui l'engagea à suivre le pape à Tours , où le souverain pontife tint un nouveau concile , le 16 mars 1096. Otton obtint l'absolution de son excommunication1, et fut reçu dans la communion de l'Eglise , à condition qu'il se purgerait des crimes dont ses ennemis l'accusaient 2. L evêque de Strasbourg , de retour dans son diocèse , ne crut pas pouvoir mieux mériter les faveurs du chef de l'Eglise, qu'en secondant son zèle pour la croisade. Il la fit prêcher avec tant de succès en Alsace, que les seigneurs les plus distingués de la province s'empressèrent à prendre les marques de ce saint engagement. Manegold de Lutenbach, premier prévôt de Marbach, dont nous aurons lieu de parler plus amplement 5, les avait déjà

* Bcrtholdus Constanliensis , apud Urslisium, pag. 375 : « Anno 1096 in tertia • hebdomada Quadragesim» , Dominus papa synodum celebravit in civitate Turo-

« nensi el non multo post episcopum Strasburgcnsem de excommunicatione

« resipisccntem reeepit in communioncm , ita tamcn nt de illatis criminibus se « cxpurgaret. »

■ Kuinart, in Vila beati Urbani papœ tecundi, num. 354, inter ejus opéra post mortem a l). Thuiller édita, tom. S, pag. 258 et Ï53.

* A l'article Baudouin, successeur d 'Otton.

m HISTOIRE DE L ÉGLISE

ramenés Tannée précédente , à l'obédience d'Urbain , par ses discours vifs et pathétiques1. Otton leur fit comprendre que le voyage de la Terre-Sainte tiendrait lieu de toutes les pénitences qu'ils auraient dû faire pour leurs péchés et leur attachement au schisme. Dès qu'on eut publié ces pardons et ces indulgences , l'évêque de Strasbourg se vit entouré d'une foule innombrable d'hommes de tout âge et de toute condition. Plusieurs nobles d'Alsace vendirent ou engagèrent leurs châteaux et leurs terres , afin de fournir aux dépenses de la nouvelle expédition. Ils comptaient aveuglément sur la conquête de l'Asie , pour ne pas se repentir du sacrifice qu'ils faisaient en Europe. Cet enthousiasme pieux et guerrier se communiqua sans distinction à toutes les classes des citoyens. Prélats, abbés, chanoines , moines , laboureurs , artisans , tous s'enflammèrent du désir de contribuer au recouvrement des lieux saints. Les liens du sang ne retenaient ni les pères, ni les fils , ni les époux. Enfin on n'était occupé de tous côtés que des préparatifs d'une guerre où l'on espérait cueillir le laurier des héros , ou la palme des martyrs. Mais tous ces Croisés n'étaient pas également animés par des vrais motifs de religion. Les uns s'enrôlaient dans la sainte milice , parce qu'elle leur épargnait les austérités et les humiliations d'une pénitence publique ; les autres ne passaient en Orient que par des vues d'intérêt et dans l'espérance d'y trouver une fortune plus favorable que celle dont ils jouissaient dans leur patrie. Des seigneurs inquiets et indépendants, ruinés par le libertinage, des ecclésiastiques dégoûtés d'une profession qui proscrivait la licence , des moines ennuyés d'un genre de vie qui les séparait du reste du monde , quittèrent volontiers leurs habits pour

* Bertholdus Corutaritiensis, vay. 372.

prendre celui de soldat. Des femmes même, lasses de leurs maris, suivaient leurs amants en habit d'hommes, et laissaient sur les lieux de leur passage les traces scandaleuses de leur dissolution !. Le gpût de la nouveauté , l'esprit de liberté , le dessein d'échapper aux poursuites importunes des créanciers, la misère, les attraits d'une vie licencieuse, attirèrent un grand nombre de Croisés. Tous portaient la croix sur leurs habits , plusieurs ne la portaient pas dans le cœur.

Une partie des Croisés d'Alsace fut conduite par Emichon , seigneur d'un pays voisin du Rhin *, qui paraît avoir été comte de Linange 3, et qui ramassa de toutes parts une armée de deux cent mille hommes. Ce corps, sans discipline et sans expérience , se porta aux plus grands excès. Ils crurent qu'en allant combattre les infidèles, il fallait commencer par exterminer les juifs. Ils en firent un horrible carnage le long des bords du Rhin , à Spire , à Worms , à Trêves , à Cologne , à Mayence. Une partie de la nation juive , après sa dernière dispersion , commencée sous l'empire de Vespasien , et consommée sous celui d'Adrien , se retira dans les Gaules et la Germanie , où elle a toujours fait, par ses exactions , le mal

1 Voyez le récit qu'en fait Berthold de Constance, apud Urstitium , in Scriplor. ter. German., pag. 375.

* « Emicho quidam cornes de partibus Rheni, usurpans sibi ducatum fere duodecim • millium, • dit Albéric de Trois-Fonlaines, in Chronico. pag, 149.

' Du moins c'est la tradition constante de la Maison de Linange , comme le remarque M. de Senckenbcrg , Meditationes de univerto jure et hittoria, /inc. 3 pag. 605 et 606. D'ailleurs le nom d'Emichon est très-commun parmi les comte» de Linange, dans les charte» et les diplôme* du douzième et du treizième siècles. Dès le neuvième même on trouve un Amicho faire une donation d'une de ses forêts située in linunya warca, à l'abbaye de Saint-Mazaire de Laurisheim la douzième annëe du règne du nu* Charles, comme le remarque Lamey, in Deseriplione pagt Wurmaliemii, inter acta Academiœ Mannheimentis, loin. I, pag. 250.

HISTOIRE DE l'ÉCLISE

qu'elle fait encore aujourd'hui, dans les pays, où il lui est permis de faire un peuple à part et d'exercer son culte. Ces peuples industrieux , privés de tous les avantages de la société , multipliant par les lois de la nature et de la religion, méprisés et humiliés de tous côtés, souvent persécutés , toujours insultés , toujours étrangers dans l'univers, attachés à l'usure depuis qu'ils sont connuss étaient rendus partout également nécessaires et odieux. Us avaient acquis de grandes richesses ; ce qui leur attira cette persécution autant que la haine qu'on portait à leur religion. Us Croisés allemands , conduits par Emichon , se croyaient tout permis sous l'étendard de la croix. Ils dépoudlerent les juifs de leurs biens, les massacrèrent, brûlèrent leurs maisons , et laissèrent à Cologne , ainsi

reprocha fait au» toi, de aTo,« 11 'T ' " *™ """^ "

• boucha d'un chrétien 1 T'/î , " M ""H*" *">' "

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i- pnrdrat, a„:: ^1*'' ^ - d"~ ' de leur synagogue En ent t7 gat'VCS' el ne «erait P,us ^connu membre on ne peut croire qu.iIs . , CC"e qUe ce* juifs Portugais ont en Hollande,

II» passent pour avoir des mœur! naU°n que ,C8 juifs étab,is en Allemagne.

«oraple d'un juif IwHugJ^^Î^^1"; * * P<îine PCUt"°n dteP qUe'qUe »«>nt les Suases, le, W* irn , ' Ams'erdam ou à La Haye. Les principaux 1 eroirat etc.

» «unes, les Pinto, les Prados, les Ximenès, les

qu'à Mayence , les traces sanglantes de leur cruel fanatisme Les juifs eux-mêmes augmentèrent le carnage, et ils renouvellèrent à cette occasion les tragiques exemples de Sagonte et de Capoue. On vit à Trêves , les mères devenues furieuses , poignarder leurs enfants , pour les envoyer , disaient-elles , dans le sein d'Abraham. Les maris fendirent le ventre à leurs femmes , et se jetèrent eux-mêmes dans des précipices, pour ne pas tomber entre les mains des chrétiens %. Les juifs de Strasbourg échappèrent à ces horreurs. L'évêque Otton les prit sous sa protection, en leur donnant même un asile dans son palais. Ils avaient dès lors une demeure dans cette ville : ils payaient un tribut à l'évêque , et étaient obligés de fournir le grand étendard, qui servait dans les expéditions militaires. Devenus riches par leur commerce , leur nombre devint si considérable, que Benjamin de Tudèle, juif espagnol, qui écrivait au milieu du douzième siècle, regardait dès lors la communauté des juifs de Strasbourg , comme une des plus célèbres de l'Allemagne , où se trouvaient , selon lui, non-seulement de riches particuliers, mais encore des docteurs fort renommés3. Ils avaient leur demeure dans un quartier particulier de la ville, qui porte encore aujourd'hui le nom de rue des Juifs , voisine de l'église cathédrale , quartier où ils avaient également leur synagogue. Celle-ci était située entre la rue des Faisans

1 Tritheraius, Annal. Ilirtatty., Imn. 1 , pag. 311. A Mayence, on tua mille et quatone juifs «le l'un et de l'autre sexe, thronographus saxo, in accesiionibus hhloricis Leibnitiii, pag. 27 i.

* Historia Trevirensis, apiui Achery, Spicilegii , tom. 12, pag. 236 et Gesta Trevirornm apud Leibnitiium in accesiionibus historicis, lom. 1, p. 102 et 103.

* Benjamin, natif de Tudôle dan» la Navarre espagnole, mort en 1173, parcourut presque toutes les synagogues du monde, pour connaître les mœurs et les cérémonies de chacune. La relation de ses voyages, Muitagholh Benjamin, fut traduite en latin par Benoît Arias, qui la publia en 1557 à Anvers sou« I" titre à'Itinera-

et celle des Pucelles < : la nouvelle intendance, construite vers le milieu de notre siècle, occupe aujourd'hui la place de leur ancien cimetière. Nous trouvons aussi que les juifs avaient au commencement du treizième siècle , des synagogues , tant à Ober-Ehenheim et à Rosheim , qu'à Haguenau. Un acte de l'abbaye de Saint-Léonard, de 1215, lait voir que plusieurs vases sacrés et ornements de cette église , étaient alors engagés aux juifs de ces deux premiers endroits *. Richer , auteur de la chronique de Nsiones , se plaint du grand nombre de juifs qui se trouvaient à Haguenau dans les premières années du règne de 1 empereur Frédéric II 3.

-TtvJ'ZT™ y*^'"' 61 en franîai8 en 1784 par le jeune Baratier, qui

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• »o»em ul,.,i, ,t *»* «"■«« »» Roderteim enml obliptt. pr.

•«.romeo. ^JJTrs» i™1™-

i, tom. i, p. 640 :

Dieu ne bénit point les armes de ces premiers croisés , conduits par le comte Emichon. Ces dévots assassins des juifs, affamés de sang, prirent leur route par la Franconie et la Bavière. Ils arrivèrent sur les frontières de la Hongrie, où ils trouvèrent leur châtiment et leur tombeau. Ils furent mis en déroute et taillés en pièces par les habitants de ce pays1. L'empereur Henri IV, qui vint, en 1097, célébrer à Strasbourg les fêtes de Noël *, se déclara aussi le protecteur des juifs. Il les rétablit dans les lieux , d'où ils avaient été chassés et leur fit rendre les biens qu'on leur avait enlevés3. L'évêque Otton, plus sage que le comte Emichon, joignit ses troupes à l'armée de Godefroi de Bouillon , duc de la Basse - Lorraine. Il eut à sa suite plusieurs seigneurs des provinces voisines, parmi lesquels on remarqua particulièrement Raoul ou Rodolphe, fils de Folmar III, comte de Metz et de Lunéville 4, Louis, comte de Mouson , fils de Thierri , comte de Montbéliard 5, Ber-

• In oppido, quod Hagonowia dicitur, multi Judœi habitabant eo lempore quo Frit dericus quondam imperator monarchiam obtinebal. • ' Gesta Dei pcr Franco», apud Bongars, pag. 276.

• Albertus Stadensis, in Chronico, pag. 251, et Chronographus saxo, apudùeibnitiium in accession, hisloricis , pag. 275 : « An. dom. 1097 Heinricus imperator « Natalem Domini apud Argentinam celebravit. >

' Conradus Urebergensîs ad an 1098 ; Continuator Lamberti Schaffnaburgensis ad eumdem annum , et Chronicon manuscriptum , quod citât Serrarius, tom. 1, Scriplor. rerum Moguntin,wpag. 526.

• Comme l'écrit Meurisse , Hi*t. des évéques de Met*, pag. 385.

• « Ludovicus, corne» de Montione » est nommé sous l'an 1096 par Albéric de Trois-Fontaines, in Chronico, pag. 146, dans le nombre des croisés. Albert, trésorier de l'église d'Aix , un des historiens de la première croisade, in Mit. expedit. Hierotolym. , lib. 2 , cap. 28, apud Bongars, Gesta Dei per Francos, tom. 1, l'appelle : « Ludowicus de Mouions, mirabilis in opère militari, fllius comitis Fridirici « de Montbiliart. » On lit : • Cornes lodoïcus, fllius Theodorici, comitis de Montbiliart « et comes » dans les lettres de la comtesse Mathilde, pour l'abbaye de Pierremont de l'année 1096, apud Calmet, Hisl. de Lorraine, tom. 8, pag. 87, secundœedit. De retour de la croisade, Louis fut tué, en 1102, par ses propres domestiques.

ÎeK^T Wûrterabw« ' 0«<>» « Hartman. comtes de Knchberg • qul sont tous nomm-8 dang

pmcpaux cro.sés. . Oncroyaitalors, dit labbéVellv', q„e .h* canons, qui défendaient aux ecclésiastiques de

221 !? arT' ne s'étendaient pas jusiu'aux ««•«•

samtes, e que les pasteurs, qui quittaient leur troupeau

tTeT Je8c'0Up8' aVai6nt aussi le droit d«

io * en TôÏ6 ^ S,raSb°Urg ** 6nC0re dans « diocèse en 1096, pu,SqU',ï confirma, cette année, à

HaseWh 7 VaS8al* U" flef* que Wernher' F** * Haselach lu, ava.t accordé, au nom de son chapitre, dans

1,1 P,. 7 e'm'- °M0n n'étail enc»re !el J„ e" 1097> l0rS('U'il aPP™uva' *> 13 juillet

ue lS3^,:: donation des biens d'Eichhofen-

d'An™*. « son evê<iue' avait faite à J'abt«ye

A«om . H ne ge rendit en Syrk ^ {m , ^

* Guilli t ?' 5' W 621.

Mourg Hnais 2T' ^ 813 ' Prét€nd que H^tman était comte de

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» Jérusalem . *,nt „ ' T ^ PUgnam C°ntra infideles ?ro civilate

- comte Hartmann ZT !" ''t^ dC ''^ * Wil,i„ge„. Les cxp.oi,

d'Aix, lit. i, cap sa „ ... ,trrc"ia,nlc *<>nt décrits dans la chronique d'Albert

7Î"> q»i le nomme „ divLm ^ *' W 649' 668 *

• nia». » nouuwsimum, unum de praepotentibus Aleman-

l"**?* France,,,,,, 4, „ ™<*»jusliricatiVM ,//;., ,..,„. ,

' «*» J«utaii„ ^ ^- »"'• ». '"■ ««. i-f . m».

1 Berlholdus Coiutanli™.- !"'»<™.

la""CnM!' «• : « «-Hd- Du,.. „,« o«o St^nu,

n'entrerons point dans le détail de cette première croisade : ce serait nous écarter de notre sujet , que de décrire les divers événements des ces guerres sacrées *. Six millions d'hommes , selon Foucher de Chartres *, qui s'y trouva , prirent alors la croix. L'Europe entière, disait la princesse Anne Commènes3, paraissait comme arrachée de ses fondements et prête à se précipiter de tout son poids sur l'Asie. Mathieu, moine arménien d'Edesse, qui écrivait en 1103, rapporte que les troupes, venues de l'Occident, étaient aussi nombreuses que le sable de la mer et les étoiles du firmament *. Rien ne pouvait donc résister aux premiers efforts dune armée, dont la valeur était exaltée par les principes de religion. Une partie de l'Asie mineure , la Syrie et la Palestine, furent bientôt enlevées aux infidèles. Jérusalem fut emportée le 15 de juillet 1099 5, et la bannière de la croix arborée sur la montagne de Syon.

. gensis episcopus cl cornes Hardmannus de Alemannia, el alii quamplures cum « innumerabili mullitudine jam dudum Hierosulymam tendere c*perunt. »

' Voyez Fleuri, llisl. ecclésiastique, tom. 13, hv. 64, pag. 63Î, 643, 663 et et 685, elLongueval, ffttf. de l'Eglise gallicane , tom. 8, pap. 101-U6.

' Apud Rongars, inter Gesta Dei per Francos, tom. 1 , pag. 387, edit. anno

1 Alexiades, lib. 10, Byiantmœ Historiœ, tom. xi , edit. Paris, pag. 283, el Venet. page

* L'histoire de la première croisade , écrile en arménien, en 1103, par le moine Mathieu, se trouve dans un manuscrit de la bibliothèque du roi à Paris, num. 99. Elle a été traduite par les Pères Capucins de la rue Saint-Honoré , et insérée dans le Journal encyclopédique du 15 septembre 1771. On y lit entre autres choses , pag. 380 et suivantes : « Ce fut dans ce temps que les Occidentaux sortirent de « leur pays, et que les barrières de la nation latine furent ouvertes... Des troupes

• innombrables, une multitude prodigieuse de soldats se mirent en marche. Les

• officiers étaient aussi nombreux que des essaims de sauterelles, et que le sable « de la mer que l'on ne peut fixer.... Des vaillants et belliqueux capitaines se

• mirent en marche avec des troupes aussi nombreuses que les étoiles du firma-

• ment. •

1 Guillaume de Tyr, lib. 7, cap. 81.

Oodefro. de Bouillon , que sa valeur, sa sagesse et les qualités qui font un héros chrétien . avaient toujours distingue entre les seigneurs croisés, fut proclamé roi de Jérusalem et du royaume d'Israël, ou plutôt, refusant ce titre .1 se contenta de celui de défenseur du Saint- Sepulcre '.

Ce fut ainsi que s'alluma le feu de ces guerres, nommées saintes, qui rendirent aux fidèles le terrain de Jérusalem: mais, pour le conserver, il fallut l'arroser sans cesse du sang des chrétiens, pendant l'espace de deux siècles, et, après tant de travaux, il fallut l'abandonner. Les historiens se sont partagés sur l'opinion qu'on doit se former de ces expéditions d'outre-mer. Les uns les ont regardées comme dictées par l'intérêt de la religion et de la politique; les autres les ont considérées comme une source de calamites pour l'Europe et comme le comble des excès où peut précipiter le fanatisme le plus outré. On peut même dire que l'enthousiasme, qui produisit autrefois les croisades , s est tourné aujourd'hui contre elles. Pierre, '"ermite, ne les prêcha pas avec plus de chaleur, que plus.eurs écrivains modernes n'en ont mis à les décrier, ou a les faire paraître extravagantes. Nous ne prétendons

cZ' 7 ? P°,0gie de CCS «"Pétons , dont les abus causèrent plusieurs maux dans l'Eglise et dans l'Etat Ma s s, on veut les envisager sous un point de vue polit'que, surtout si „„ veut juger, non pas sur les vagues

W ^B^ÎvC^'d»,?!^0''' Ge"° M !»">"■«• • '»'»■ '• »»«, e.c. ' 'Mem •!»»•<•«; Foucher de Chartre., m.

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reproches du fanatisme , ou sur les déclamations injurieuses d'un philosophisme encore plus fanatique et plus intolérant, mais sur les faits mêmes que présente l'histoire, on ne pourra méconnaître les heureux effets que produisirent les croisades. Si l'on examinait, comme l'observe M. l'abbé Maury ', avec la même rigueur, les motifs de toutes les guerres, on en trouverait peu dans l'histoire de plus justes que les croisades. « Leur objet, dit M. le « président Hénault , était religieux et saint , et on ne « saurait assez respecter les motifs qui y donnèrent lieu. » Si les croisades devinrent fatales à la plupart des seigneurs, qui n'en rapportèrent que des armoiries \ elles servirent

■ Panégyrique de saint Louis, prononcée, le «5 août 1772, en présence de l'académie française, pag. 51.

* Abrégé de l'Histoire de France, pag. 604, èdit. m-8«> de 1752.

1 On attribue l'invention des armoiries aux seigneurs, qui passèrent la mer pour combattre les infidèles. Ils prirent chacun des marques distincUves pour se reconnaître dans les combats, et faciliter le ralliement de leurs vassaux. Comme ils étaient tout couverts de fer, et que les casques empêchaient qu'on ne les vit au visage, ils avaient besoin de quelques emblèmes qu'ils mettaient dans leurs armes. De là ce nombre de croix de toutes les sortes dans les armoiries des anciennes maisons. Les besans, les léopards, les coquilles, les merlettes, sortes d'oiseaux qui passent la mer tous les ans, les noms même d'azur et de gueules, tirés de l'arabe et du persan, qu'en trouve dans les ccussons des nobles, doivent leur naissance aux voyages du Levant. Les uns prirent la couleur, ou la matière, ou la doublure de leur manteau ; les autres choisirent certaines marques relatives à Nmrs terres ou à leurs châteaux , à leurs noms ou à leurs dignités, à leurs exploits ou à ceux de leurs ancêtres. Quelques-uns préférèrent des animaux remarquables par leur grandeur , leur beauté, leur courage, etc. Plusieurs auteurs prétendent que les armoiries durent leur institution aux tournois. Mais ces deux sentiments relatifs à leur origine s'accordent à peu de chose près quant au temps qui les vit naître , puisqu'il résulte de l'un et de l'autre, comme l'observe M. de Foncemagne, Mémoire* de l'Académie det Belles-Lettres, tom. 20, pag. 579, qu'on ne doit pas en chercher le commencement avant le milieu du omième siècle. L'usage des armoiries s'introduisit peutêtre d'abord par les tournois, mais il ne commença à être fixe et général qu'au temps des croisades. Ce ne fut même qu'alors que les armoiries devinrent héréditaires. Les fils de ceux qui avaient pris des symboles pour ces pieuses expéditions,

beaucoup aux souverains, qu elles rendirent plus puissants

par là leur autorité , en se défaisant de vassaux importuns, et leurs domaines, en réunissant plusieurs terres à la couronne Si elles aftaiblirent l'ancienne discipline ecclésiastique et monastique par les trop fréquentes et abondantes indulgences , qui furent accordées aux croisés, et par l'absence des évéques,

et des moines, qui abandonnaient leurs églises , leurs diocèses et leurs cloîtres, elles tirèrent, en même temps, l'Europe de la profonde léthargie dans laquelle elle était plongée, et elles contribuèrent à amener d'utiles changements dans les mœurs et le gouvernement. Nous leur devons les premiers rayons <|e lunnere , qui commencèrent à dissiper les ombres de 1 ignorance et de la barbarie. ElJes donnèrent une certaine existence à la littérature et aux langues , et nous verrons ci-apres que la poésie allemande lui dut une partie de ses progrès. Les monastères gagnèrent à la vérité quelques hiens par le moyen des croisades : mais elles procurèrent aussi, aux habitants des villes et des campagnes, une occasion précieuse de s'affranchir, en achetant la liberté quelesnoblesleurvendaient'.EIIeséteignirentles violences

i imprimer néanmoins.)

« inattendu des croises | i 1u« aient éclairé l'Europe, furent l'ouvrage

• au bonheur des hommes C «• t'ï conlribu* V™ Prière fois

•tes établissements et du ^ m 1>abW RaynaI dans 80,1 Hisloire

de 177. IXT^ EUr0Pé6n8 da"8 lM deu* Indc>' *»■ d -4w-

et les guerres particulières qui déchiraient le sein d'un même pays ; elles délivrèrent l'occident de guerres presque continuelles qui en troublaient le repos ; elles affermirent la propriété ; elles donnèrent une forme plus solide et plus constante à l'administration de la justice ; elles introduisirent un système plus régulier de législation et de police dans les différents royaumes; elles ouvrirent plusieurs sources nouvelles de richesses pour le commerce Celui que nous faisons aujourd'hui dans les Indes et dans l'Amérique leur doit sa première origine-. Enfin, elles ont mis le plus grand obstacle à la puissance des Mahométans : elles ont fait connaître aux souverains le prix d'une marine, et elles ont frayé le chemin aux plus grandes découvertes 3. Les croisades furent donc une entreprise sainte et respectable par leur objet, utile et salutaire par plusieurs de ses effets. Mais l'imprudence qui a présidé à l'exécution, les dissensions qui se mirent entre les princes croisés , le défaut d'ordre et de conduite , la distance des lieux, les débauches qui énervèrent l'essor de l'enthousiasme religieux , les passions humaines , toujours plus destructives dans les bonnes entreprises que dans les mauvaises, firent disparaître tout le bien que devaient procurer ces expéditions sacrées.

On a prétendu que le libertinage avait grossi la foule des

' M. le docteur Robertson , ministre anglais, détaille toutes ces raisons philosophiques et politiques en faveur des croisades dans son excellente introduction à l'Histoire du règne de l'empereur Charles-Quint, traduite de l'anglais par M. Suard, font, 1, section 1, pag. 45-55.

* C'est le sentiment de M. de Guignes, qui le développe fort au long dans un mémoire inséré parmi ceux de l'Académie des Belles-Lettres de Paris , tom. 87, p. 467-587.

* C'est la réflexion que font les écrivains anglais, auteurs de l'Histoire universelle, tom. il, pag. i,

croisés : il peut bien se faire qu'il ait arrache à leurs foyers quelques personnes perdues de dettes et de débauches:

T.!! , Mt Cfmin qU'il8 furent Pres<Iue tous englués pour et par le plaisir d'aller visiter un pays, que Dieu

ava,t autrefois destiné pour être l'héritage de son peuple. S -l est naturel à l'homme de voir, avec „n sentiment d adm.rat.on et de plaisir, des lieux renommés, pour avoir ete a résidence d'un grand personnage, ou le théâtre de quelque act.on célèbre , avec quelle ardeur ne devait-on pas désirer de parcourir ces contrées , où le Fils de Dieu avait accompli le mystère de notre Rédemption. Le séjour d'Otton en Palestine ne fut pas long : il était

?™°M ^ .? Ce 8Ur fin de rann6e 1099- " * • assemblée de Mayence, où Jean, évéque de Spire, passa

un échange avec Cunon, évéque de Worms, en présence

11 .e"r,..et de P'USieurS Princes de OtU>n souscmit a lacté passé le 8 novembre 1099'. Il signa

aussi la charte de fondation de l'abbaye de Sinzheim faL,

a Spire par le même évéque Jean, le 6 janvier H00\

noml • e8!^ Pren"ère °Ù ***** de Strasb^ nomme pnnce d'Empire. Henri IV, qui fut présent à cette

nrïÏÏ! I 7 * à rdg,i8e de SPire' Par un »~ accl 5 '• , °nat'0n dC ''abbaye d* Ho™b^". q«'l avait

danl L n K ^ 1 rapPe"e 16 n0m de révï^M, 0«on avec „i r u 6 CCUX qUÎ ,C rat,flèrent conjointement occud :? te/n"ée fut la deraiè«* <•« «a vie. Otton occupa le s.ege de Strasbourg pendant l'espace de dix-huit

; y"»****. *-. 'A,,., ,„m. „, „. CLII11,

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"■idem, ut. ,„>w <f?

ans. Il mourut le 3 d'aoust1 H 00*. Berthold de Constance le nomme schismatique : il écrit qu'on croyait de son temps qu'il n'avait pas abjuré le schisme avec sincérité. Mais nous ne pouvons douter que Otton ne soit rentré sous l'obéissance du saint-siége, puisqu'il obtint l'absolution du pape Urbain II, et qu'il fut inscrit\lans le nombre des croisés. 11 est vrai que, malgré cette absolution, Otton conserva toujours à Henri IV la foi qu'il lui avait promise. Mais plusieurs exemples de ce siècle font voir qu'on ne laissait pas d'être catholique , et regardé même pour tel par le saint - siège , en reconnaissant , pour seigneur et empereur légitime, Henri, quoique tant de fois excommunié par Grégoire VII et ses successeurs. L'évêque de Strasbourg , en abjurant le schisme , croyait que Urbain était le vrai pape : mais il jugeait avec raison qu'il ne devait pas être réputé excommunié , parce qu'il restait attaché à son légitime souverain. C'est ainsi que pensait ce sage prélat, et, avec lui, tous ceux qui, dans ces siècles d'ignorance , avaient quelques lumières , ou qui ne les sacrifiaient pas à de serviles égards pour des papes trop entreprenants.

La qualité et les prérogatives de principauté furent atta-

* Necrologium antiquum ecclesiœ cathedralis Argentinensis, fol. îx : « III Non. • Augusli, Otto episcopus obiit : de vinea ad epiacum (Êpfich) unicuique fratrum « denarius unus. >

* Berthnldus Constanticnsis , in appendice ad llermannum contractum apud Urttisium, pag. 378, Dodechinus, pag. 465, et Fragmentum historicum, pag. 84 : « Anno Domini milesimo cenlcnsimo Otto Slrasburgensis (Argentinensis) schisinaticus de Hierosolymilano itinere reversus, sed de Schismate, ut pulabatur, non •« emendatus, diem clausit extremum. » Annnlista saxo, apud Eccardum in eorpore hittorico medii tevi, tom. 1, pag. 589 : « Anno H 00 Otto Argentinensis episropns « obiit, pro quo Baldwinus constitutus est, qui vixit duos menses et mortuus est ». Chronicon Wirxiburgensc , apud Erkart in Commentants de rébus Franciœ oriental», tom. 1, pag. 816 : . An. 1100, Hotto Argentin» sedis episcopus obiit. .

m HISTOIRE DE L'ÉGLISE

chées au siège épiscopal de Strasbourg, sur la fin de l'onzième siècle. Otton fut le premier qui prit et reçut le titre de prince d'empire Ce titre s'est perpétué jusqu'à nos jours. Les empereurs Henri IV et Henri V, donnèrent à l'évêque Cunon , successeur d'Otton , le nom de prince, dans leurs diplômes de 1102, 1103 , 1111 et 1114*. L'époque des croisades , si favorable aux privilèges des villes, fut pour Strasbourg , celle de sa liberté civique, et elle commença alors à prendre le titre de cité libre 3. Cette liberté ne s'étendit pas sur l'administration civile et municipale de la ville , qui resta encore longtemps soumise à ses évêques-comtes , mais sur ses bourgeois et sur ses habitants. Ils devinrent alors hommes libres , et ils obtinrent le privilège d'être jugés par leurs propres magistrats. Mais ces magistrats étaient toujours subordonnés à l'autorité temporelle de l'évêque et à celle de ses grandsofficiers. C'est à Otton , que Strasbourg doit les premiers principes de son indépendance. Il commença d'abord par abolir, en faveur de ses bourgeois, un droit de servitude , qui leur paraissait dur et incommode. Tout le vin , qui se distribuait dans la ville, depuis le jour de Pâques, jusqu'au 8 de septembre, se vendait au profit de l'évêque, qui retirait deux mesures, ou Ômes, de chaque voiture ou chariot de vin qu'on débitait dans cet intervalle. Otton abolit le droit de ban-vin, et le réduisit à six semaines, à compter des premières vêpres de Pâques \ Se préparant ensuite au voyage de la Terre-Sainte, il fit assembler les citoyens les

• ToTi t ' 534' W6' 566* W ™™> ™™> ccxfv et cm.

sixième, naa. 94.

q» il aualill, k l • *"" "*» d«p<»ition de CértqM OtUin

plus sages et les plus distingués de la ville t pour renouveler en leur présence , les anciennes lois , qu'Erchambaud , un de ses prédécesseurs , lui avait données sur la fin du dixième siècle f, et pour en publier de nouvelles , qui posèrent le fondement de la municipalité. L'assemblée qui se tint dans son palais *, fut belle et nombreuse. Assis sur un siège élevé, Otton avait à ses côtés, les dignitaires et les chanoines de sa cathédrale 5. Derrière lui , étaient placés les grands-officiers de sa cour , et les nobles , ses vassaux. On y voyait , entr'autres , Cunon , vice-domme, Bernard, connétable ou grand-maréchal , Sigefroi, grandéchanson, avec le grand-pannetier et le grand-chambellan. Vis-à-vis le siège de l'évéque, se trouvait Anselme, avoué de la ville , qui portait la parole au nom des bourgeois. Il était accompagné de Cunon, schulteiss, d'Anselme, bourgrave, d'Otton , grand-péager, et du directeur de la monnaie. Le gouvernement de la ville résidait entre les mains de ces cinq magistrats , nommés et établis par Tévôque. Les plus notables d'entre les citoyens furent aussi admis dans l'assemblée. Mannon , notaire ou secrétaire de

• Les lois de l'évéque Erchambaud ont été publiées dans le second volume de cet ouvrage, pag. 42-93.

' Le palais de l'évéque était alors situé près de la cathédrale à l'une des extrémité* de la rue des Corroyeurs , nommée Kurdowangass ou Kurbenyass. Derrière ce palais était le verger (pomerium) de l'évéque, qui s'étendait le long des murs de de la ville. Comme les tribunaux séculiers se tenaient autrefois dans le palais episcopal, il arriva que l'hôtel de ville, qui fut dans la suite établi séparément, prit le nom de Pfali , qu'il conserve encore aujourd'hui. De palalium on a fait palan* , po/as, d'où est provenu pfali. Dès l'an 1005 Otton dont nous parlons fait mention de ses palatini primmates . Une charte de l'évûque Burcard du 14 juillet 1147 est ainsi terminée : . Burctinrdo episeopo présidente et judicante in palatio Argenti- • nensium.

Entr'autres Burchard de Hurmeningen , prévét ; Beringer, doyen ; Hérold , chantre ; Hezelin, custos ; Hesson , écolâtre ; Wernher, camérier ; Burcard , Eberhard, Wolwerard, et Rudeger, archidiacres.

l'évêque , fut chargé de rédiger les délibérations. Otton commença par ordonner qu'on choisirait chaque année tant entre les officiers de l'évêché , qu'entre les bourgeois de Strasbourg , douze personnes sages et capables, pour être les consuls ou conseillers de la ville , entre lesquels on en élirait un ou deux qui porteraient le nom de Maître1. Les uns et les autres devaient faire serment de procurer en toutes occasions l'avantage et l'honneur de l'Eglise, de l'évêque et de la ville , et de rendre la justice aux petits comme aux grands, aux pauvres comme aux riches. Il fut aussi défendu d'élire, en même temps pour conseillers, le père ou le fils ou les deux frères. Ils donneront audience tous les mardis et jeudis de chaque semaine: ils jugeront, non suivant le droit commun de la province , mais suivant la vérité et les statuts primitifs de la ville , rédigés par Ercharnbaud. Les conseillers donneront leur avis. Le Maître les recueillera et prononcera la sentence. Dans les affaires difficile» et épineuses qu'il s'agira de traiter devant le seigneur évêque , les conseillers commenceront par s'assembler et en conférer ensemble. S'ils ne peuvent en décider seuls , on appellera au conseil, les Echevins pour donner leur avis. Ces derniers devaient aussi être élus tous les ans , pour servir de témoins dans les différents cas judiciaires. Ces dispositions préliminaires précèdent les nouveaux statuts, que l'évêque Otton donna à la ville, au nombre de cinquante-sept. Il nomma quatre con sén ateurs, dont deux du nombre des conseillers, et deux de celui des Echevins , pour veiller à leur exécution. Ces statuts renferment différentes lois sages , concernant les crimes et

' Ce Maître porte dans les ancien, titres le nom -le Maghier civium ou Civitatts ZTtÏr™' ^ a,,erna"d' mtm^ de pister bury^um ou Rurger-

délits , la police extérieure et intérieure de la ville , les tumultes populaires , le port d'armes , les dettes et les amendes , les serments et les contrats ; des règlements utiles pour les corps et tribus des marchands , des bouchers , des bateliers , des cabaretiers et tonneliers ; des lois somptuaires , relatives aux repas de noces , aux présents et aux jongleurs. Ces statuts n'ont encore jamais vu le jour : ils se trouvent imprimés à la fin de cet article : le lecteur v trouvera un monument curieux de la législation et des mœurs de l'onzième siècle. Il nous saura gré de faire précéder ces statuts de quelques observations particulières, qu'ils nous engagent de faire sur la peine de la xeuppe, sur les jongleurs, et sur l'ancien étendard de la ville de Strasbourg.

La xeuppe ou cheuppe , connue autrefois dans le pays, sous le nom de xippex, et en Alsace, sous celui de schuphe a, était une punition infamante , prononcée par la justice , dans des cas qui ne méritaient ni la mort , ni la mutilation des membres \ On l'infligeait, à Strasbourg , à

• On lit dan» la chronique de doyen de Saint-Thiba-jt de Melz, apud Catmet Histoire de Lorraine , loin. 5, preuves , pag . 61 . sous l'année 1432 : « el adonq « ung appelé Venaire saillit en la xippe» pour des chiens qu'il avoit donne? au lieu « de Vy, lesquels étaient desrobey. • {Au lieu de Vy, la ville de Vie. (N. de l'éd.)

On lit îienaire au lieu de Venaire, dans le Dictionnaire roman celtique, el tudesque, par un religieux bénédictin de la congrégation de Sainl-Vannes , imprimé à Bouillon, en 1777, pag. 353. L'auteur de la chronique de Metz en vers, ibidem, t. 3, preuves, p 336, sous l'an 1550, appelle cela sauter léschappe. - Le diction, romain, celtique et tudesque, est du même dom François, cité à la p. suiv. (N. de l'éd.)

*On lit dans le Heimlichbuch , ou le Livre secret de la ville de Strasbourg, cité par M. Silbermann , Lokal-Geschichte der Stadt Strasburg, pag. 171 : . Man soll . auch cinc Schupfc han, aise man si von alter gehept hat, un sol man och schup- « fen und sol der Rat vier darùber setzen, aise eli harkommen ist... Cnd dieselb « Srhupfen soll stan an der Haupslatt. «

*M. Silbermann, lib., cit. pag. 17Î, fait mention de deux actes, de 1407 et 1427, qui font voir que l'endroit de la Schuphe, à Strasbourg, était situé près du palais .>p»cop.I. entre la terrasse et l'auberge du blaireau (Zum Dachs). Aucun

178 H1ST0IM DE l'ECLISE

ceux qui rendaient du vin à fausse mesure '. Pour faire subir le supplice de la xeuppe, on dressait au-dessus d'un egout vaste et profond . une espèce de potence garnie d une pouhe , d'où partait une corde , qui répondait audessous a une sorte de cage ou bassin. Le bourreau y faisan placer le coupable. On l'olevait ensuite à une certaine hauteur d'où on le faisait sauter dans les immondices de I egout. Le bourreau et ses valets l'y tournaient et retournaient jusqu'à ce que les magistrats, préposés pour assister à 1 exécution, la faisaient cesser ».

Les jongleurs étaient des musiciens vagabonds, qui chantaient des petites pièces , les accompagnant de gestes com.ques et du bruit de quelques instruments ; ce qui fait qu ils sont nommés dans les anciens titres farende Leut\

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P0,r" — ™«»dem 1U„M d„ Amb.chi d„

DE STRASBOURG. — LIVRE NEUVIÈME. i79

Ces instruments étaient, ou de percussion ou à vent, ou à cordes. Entre les premiers , étaient le tambour , le tambourin et les cymbales. On distinguait entre les seconds , le chalumeau , la musette , le triangle , la flûte , la trompette ' et le cor de chasse , qui cependant ne ressemblait pas à celui de nos jours. Les instruments à cordes, les plus communs , étaient la lyre , la harpe , le luth , la guitare à quatre cordes1, le rebec , qui était un violon à trois , et surtout la vielle 3. L'usage d'appeler les jongleurs aux repas des grands , remonte aux premiers temps de la monarchie. Sidoine Apollinaire en parle dans la description qu'il fait de la table de Thierri II , roi des Visigoths *. Charlemagne défendit aux évêques , aux abbés et aux

. Kunigrich varender lute. • Le même constitua, en 1434, . loder den Tnimmeter . zu einen Ptlinerkunig uber die varende lute. - Us sont aussi nommés die vareude luite, dans un acte publié par Wencker, de Uss' urgeris, p. 403. - Ce document de 1400 est imprimé dans Scheid., dissert, de jure in music. singul. Rappolsteinensi. p. 47, et celui de 1434, dansSchœpflin, Ah. dipl. t. u. p. 351. (S. de l'éd.)

« La colonne ou pilier, qui soutient la voûte de l'église cathédrale de Strasbourg, près de l'horloge, représente quatre anges, tenant de ces trompettes antiques, que les anciens nommaient titttus.

» On voit, à l'entrée du grand portail de la môme église, élevé en 1877. du côté gauche, unestalue qui tienten main une espèce de guitare allemande* quatre cordes.

' On lit dans le procès-verbal des miracles opérés , en 1S80 , dans la cathédrale de Strasbourg, par l'intercession de la Sainte-Vierge , rédigé, dix ans après, par Godcfroi d'Ensmingen , notaire de la cour épiscopale , qu'un certain jongleur, quidam joculator, délivré de la prison , vint dans cette église, . et vieillam suam - in tnemoriam hujus appendit. » M. La Borde, Estai sur la musique ancienne et

moderne, tom. 1, pag- » fait Sravcr la fi»urc d'un ioUC"r de ViellC' npréienX* dans un manuscrit du quatorzième siècle, qui se trouve à la bibliothèque du roi. Ce que nos anciens appelaient la vielle parait être notre pardessus ,1e vole . ou le violon d'aujourd'hui : C'est, suivant la remarque de M. Le Grand, Fabliaux ou Contes du ** et du 13- siècle, tom. 1 . pag- *» • ,a formfc ,'U'C,,° a da"S lM monuments du temps et dans les miniatures des mss. Elle se touchait, d'a.lleur*. avec un archet. - Consulte* Dissert, sur les instruments de musique employés au moyen-âge, par Batlic de Toulmon. [Sote de l'éditeur.)

* . Sanc intromittunlur, quanquam raro, inter c. nandum mimici sales. .

abbesses, d'en admettre chez eux '. Les grands seigneurs leur donnaient, pour salaire, des draps, des chevaux, des armes et de l'argent K Agobard, archevêque de Lyon, qui vivait au neuvième siècle , se plaint amèrement de ce que les jongleurs étaient admis dans les maisons les plus considérables et dans les festins publics , pour y amuser les convives3. Le chronographe saxon' loue l'empereur Henri III d'avoir renvoyé sans nourriture et sans présents cette foule de baladins, qui étaient venus, en 1045, à Ingelheim , assister à ses noces avec Agnès de Poitiers. Adam de Brème 5 fait l'éloge d'Adelbert , archevêque de cette ville , pour avoir chassé de sa cour, les histrions et les pantomimes qui amusaient le peuple par des farces contraires à la décence et aux bonnes mœurs. Philippe- Auguste, roi de France , bannit les jongleurs de ses Etats, des la première année de son règne «. L'Eglise , le pape trbain III à la tête , s'accorda à les regarder comme des personnes infâmes '. L. ville de Bologne , en Italie , leur défendit en 1288 , de s'arrêter dans les places publiques pour y chanter ».

Les statuts de celle de Strasbourg, publiés par l'évéque l «ton , ne leur furent guère plus favovables. Si un jongleur venait manger dans une maison , où logeaient quel-

; 0*M« Urtta. art. xv, „rui WEjM, ,„,„

4 * .*.p.,na «desi*. rer. 0pmim ,„,„ , 30 " »

• cibo r„tr m dincm * ,audi8 «•"»"« «— - -

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• qui "bll„f ^rr''^' "'' '' ^ 156' ""«• " : «

l loscoînis eorporum molilms obloctara nl,„. .„i .

• promus cjocil. . ooiociaro vulgus soient , a suo conspeclu

ques seigneurs , le maître de l'hôtellerie était condamné à uneamende1. Il n'était permis d'avoir aux repas de noces que quatre jongleurs et non des jongleresses. Il était aussi défendu de se servir de jongleurs étrangers et de leur faire surtout des présents a. Si un jongleur ou jongleresse osait manger à la table de quelqu'un sans y être invité, le maître de la maison payait une amende : les valets des juges dépouillaient le jongleur et emportaient ses habits 2. Cette rigueur était ordonnée pour prévenir les excuses que les jongleurs apportaient pour éluder la loi. Ceux-ci se multiplièrent surtout dans l'Alsace , sur la fin du douzième siècle et au commencement du treizième, à la faveur des poésies vulgaires , que les Minnesinger, ou chanteurs amour allemands commencèrent à composer pour être chantées ou déclamées en public . Le renouvellement de la poésie fit alors éclore une foule de musiciens , dont l'unique métier était de courir avec des femmes de province en province, débiter les diverses productions de ces cantadours, accompagnant leurs chants du son de divers instruments , de gestes, de grimaces et de danses. Ils s'associèrent d'autres histrions, habiles dans l'escamotage , qui faisaient des tours de gobelets et de gibecière 4, ou qui conduisaient des animaux dressés8. Ces bandes -joyeuses allaient de bourg en bourg, de château en château, amuser le peuple

• Statut XL.

1 Statuts xlvh et xlvim.

1 Statut xlix.

* Comme on peut l'inférer d'une pièce en vers de Giraud de Calanson . troubadour de Gasgogno , qui vivait au treizième siècle , citée dans le tome second de VHintoire littéraire de$ Troubadour», de l'abbé Millot, pag. 31.

1 Un tarir, fait par saint Louis , pour régler les droits de péage , qui étaient dus à l'entrée de Paris , sous le petit Chàtelit , cité par M. de la Mare , Traité de la Police . tom. 1, liv. 3, pag. 400, porte que les jongleurs seront exempts de tout péage , en chantant un couplet de chanson devant le péager, ou en faisant gam-

^2 HISTOIRE DE i/ÉGLlSE

et la noblesse. La vie vagabonde de cette profession, la fit enfin mépriser. La crapule de ceux qui l'embrassaient , leur basse avidité, leur insolence \ la corruption de leurs mœurs, finirent par les couvrir d'opprobre ; mais ils amusaient, et en méprisant leur personne, on accueillait leurs talents. Appelés dans les fêtes et les cérémonies d'éclat , ils avaient besoin d'habits pour paraître. Les princes et les grands, leur donnaient, entr'autres récompenses, ceux qu'ils avaient portés , comme ils font encore aujourd'hui pour les comédiens *. Frédéric , évêque de Strasbourg , mort en 1 306, donna un décret portant défense aux ecclésiastiques de son diocèse , sous peine d'excommunication, de faire présent d'habits aux jongleurs ou aux histrions \ Les évôques Jean et Berthold , ses successeurs , renouvelèrent cette ordonnance , dans leurs synodes de 1310 et 1345. Us étaient exclus des sacrements de l'Eglise, et dans le temps même , que les musiciens et jongleurs d Alsace formèrent une confrérie, sous la dépendance des seigneurs de Ribeaupierre Ils obtinrent , en 1480 , par grâce spéciale du saint-siége , de pouvoir être admis à la ™™Miumon paschale , sous la condition qu'ils s'abstien-

badcr ,e„r singe. De là est venu le proverbe si connu : Payer en gambades et en monnaie de singe.

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Un troubadour provençal , mmmi Pierre „ „„,., ^ ^

Zi \ h m"° d"C°"rS ,e" °" !ir,e",c • "ui " tn"»° *»» »>""»i'» taient t m , S™*-™»" "'Unité d'homme. M»,

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■« Plaire, venait des Sam-J Z , n ' d°nt ,eS0UVragCS ^

Mahomet, qui lvait antl ' " 'e8,,,,C,S C,'C Clait fort usi^, à l'imitation de » qui ava.t autrefo.s donné son manteau au poète Caab.

• Vestes histrionibus. .

4 Dès le quatorzième siècle, comme nous le wm„. h

» une nous ie verrons dans la suite, les seigneurs

draient de leurs jeux et de leurs farces , quinze jours avant et quinze jours après

L'ancien étendard, ou Sta?idard, de la ville de Strasbourg se nommait l'étendard de Sainte-Marie *. Celui qu'on conserve encore aujourd'hui 3, et qui paraît être l'ouvrage du quinzième siècle , a quinze pieds de longueur sur onze de largeur. Il est d'une forte soie, blanche , peint des deux côtés de couleurs vives et brillantes. On y voit l'image de la Sainte-Vierge , couronnée d'un cercle d'or, enrichie de pierres précieuses, et surmontée de fleurs d'aches mal faites. Elle a les bras étendus et les mains élevées. Elle est revêtue d'une longue robe bleue, dont les manches larges et pendantes sont serrées, au-dessus du coude, par de

de Ribeaupierre tenaient à titre de nef de l'Empire . la juridiction sur tous les musiciens de la Haute et de la Basse-Alsace.

' Ces lettres furent données, en 1480, par le cardinal Julien, nonce du saint-siége en Allemagne. Il les adressa : « Dilectis in Christo flstulatoribus , tibteinis et « initnis socictatis et confraterniœ villa? Altenthann nuncupata? , atque cœteris in . instrumenlis musicalibus, lusoribus societatis et confraternité ejusdem tam in . dicta villa , quam in civitatibus et aliis diaecesis Basiliensis el Argentinensis . constitutis. » Il leur permit de communier une fois par an au temps de Pâques, . dummodo per quindecim ante hujus sacramenti perceptionem , et post illam per « totidem alios dics ab ofllciorum vestroruin et scurilium operum exercitiis absti- . neatis. » —Ce document est imprimé dans Scheid, Dissertatio de jure in musicos singulari Rappolstcinensi, pag. 48. - Les lettres de 1480 ne sont pas du cardinal Julien Cesarini , qui fut légat en Allemagne, dans les années 1431 à 1444 ; elles émanent de l'évéque de Basle, Gaspard ru Rhein, qui renouvelle les grâces accordées aux jongleurs par le cardinal Julien, à l'époque de sa légation. Consultez Bernhard, Notice sur la confrérie des joueurs d'instruments, de Than, p. 17. (JV. de l'edit.)

• Starienfahnen ou Stadlhnuptfahnen. Ceux qui ont parlé do cet étendard sont Obrecht, de Vexillo imperialù pag. 17: Limmeus, in additionibus adjutpublicum, lib. 7, rap. 3, pag. 154 ; Kulpite, in Commenlatione ad tever, de Monambano de Statu imperii Germanici, librum, cap. 2, pag. 483; Schiller, ad Kœnigthovn ckronicon, pag. 1103; Wencker, Ditquisitio de Gleven-Burgeiis , pag. 28 ; ol surtout Jacques-Frédéric Mollinger, qui en forma le sujet d'une dissertation particulière, imprimée à Strasbourg en 1736.

» On le voyait autrefois au Luxhof, dans une armoire vitrée. Il en fut transport*, en 1783, et déposé aux archives qui sont dans la maison de ville.

HISTOIRE DE l/ÉGLISE

grands bracelets. La ceinture, ainsi que la bordure de la robe, sont d'écarlate brochée en or. Elle est assise sur un trône d'or, orné de fleurons d'or, et surmonté d'un coussin, des coins duquel saillent quatre fleurs de lis d'or. L'enfant Jésus , quelle a devant elle sur son giron, porte, dans sa main gauche, une fleur de lis, ancienne et ordinaire empreinte des premières monnaies de la ville de Strasbourg '. Il élève son bras droit et présente sa main fermée, à l'exception des deux premiers doigte , qui sont jointe et étendus de la même manière que 1 ont ceux qui prêtent sermeni ». On dit que, dans une bataille 5, où les troupes strasbourgeoises défaites étaient sur le point de prendre la fuite, la Sainte- Vierge apparut a un des guerriers, qui implorait son secours, avec le même habillement qu'elle porte sur l'étendard; qu'elle lui promu la victoire, qui s'ensuivit, et qu'en reconnaissance la ville conserva la mémoire de ce fait dans ses étendards et ses monuments publics. Nous en allons présenter une origine plus simple, et plus probable. L'église cathédrale de Strasbourg a été construite par Clovis, sous l'invocation

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de la Saint- Vierge 1 : la ville a été mise sous sa protection par Louis -le -Débonnaire 8 : les habitants l'ont toujours honorée comme une puissante patronne. Rien alors de plus naturel que de voir son image peinte sur le grand étendard. Celui dont nous parlons, qui servait dans les expéditions militaires , attaché à une perche de quatorze pieds de hauteur, était porté sur un chariot à quatre roues , traîné par des chevaux, suivant la coutume d'Allemagne et d'Italie. On donnait à ces sortes d'attelage le nom de carrocium , d'où s'est formé , dans la suite , celui de carrosse \ Les abbayes de Maurmoutier, Schutteren , Ebersmùnster, Neuvillers , Schwartzach et Gengenbach , le monastère de Marbach, nouvellement fondé, étaient obligés de fournir les chevaux du carrocium , parce que tous ces couvents avaient des cours franches dans Strasbourg. Le prévôt du monastère de S. Arbogaste donnait le palefroi , qui était monté par le schulteiss 4. Les juifs étaient chargés de faire le grand étendard de Sainte - Marie. Les ennemis du Christ rendaient par là un hommage tacite et forcé à la Mère de Dieu. Les plus grands seigneurs se faisaient

' Tome premier de celle histoire, pag. 157 , et Estait historique sur l'église cathédrale de Strasbourg, liv. 1, pag. 5 et suiv.

* Tome second, pag. 132.

1 Voyez Ducange, Glossarit , pag. 856 et seq. Suivant Sigonius, in Historia regni Italiœ, lib. 8, les carroaa ne fuient connus que ver» l'an 1038 , sous le règne de l'empereur Conrad-lc-Salique. Il nous a aussi conservé la description de l'ancien carrocium de Milan, qui dut son origine, vers l'an 11*4, à l'archevêque Herbert. - Grandidier se trompe ici doublement quand il place l'origine du carroccio de Milan , vers 1 144. Ce carroccio dale de la guerre que Herbert ou Aribcrt, archevêque de Milan, soutint contre Conrad-le-Salique , au commencement de l'année 1039. Aribert, élevé à ïépiscopat, en 1019, assista, cette même année, à l'assemblée de Strasbourg, et gouverna l'église de Milan jusqu'en 1049. L'archevêqne de Milan de 1184, s'appelait tlrich. (Voy. Pabst. de Ariberto II Mediolanensi, pag. 16 et 35. (Note de l'éditeur.)

• Statut lvii et dernier des lois de l'évèque Otton.

m HIST. DE L'ÉGLISE DE STRASBOURG. — LIV. NEUVIÈME.

autrefois gloire de porter l'étendard de Strasbourg Albert, comte de Habsbourg, et Rodolphe, son fils, qui devint ensuite empereur, sont nommés entre les porteétendards de cette ville *. Cet étendard précédait ceux de toutes les villes libres, et suivait immédiatement l'étendard

privilège de suppléer au dernier dans les occasions*, ce qui arriva surtout en 1488, dans le temps que l'empereur Frédéric III faisait la guerre en Handre5. L'ancien règlement, concernant leVand étendard de la ville, termine le recueil des statuts ou lois municipales de la ville de Strasbourg, formé par l'évêque Otton, que nous allons faire connaître au public, d'après original latin et la version allemande, qui en fut faite en iZ70. INous y ajoutons la traduction française avec diflérentes notes, qui serviront à l'intelligence du texte.

' On conserve à SI, asbourç, dans unc salle do la Tour aux Pfennings , une

d-hnh , r,6'1 arSCnt '*Ui repr68C,,tC ,C P°rt«- étendard de la ville. 11 est revélu

• Dits m,I,la,reB, garnis de ,ambreiu.na d.or> termin.s j)ar grebu Je ^

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coupai!!1 da.n8,'a Chr°niqUe manuscrite d« CïodefVui d'Ensmingen , notaire ,1e la

Tant a 6 SlraSb°Urg' ^ 1294' " A,bCrlUS C0">CS in «-^1. ^ fuil . tin 1lie SUPtfri°ri8* CPat dUX mi,Mcie cl vector ™*™ civitatis Argen-

. Rudo sT6 ad tCmP°ra ^ SUC M0rtU° aut™

» Lee " 1 ,n ,OCUm Patri8Ct faclUS ™ --««ter dux mil.ieie civilati,

1298 rl„ T " Chr°niqUC' élément manuscrite, d'Ellenhard, écrite en

- er m sTTr ^ " ,lU(WfU5 *" R°n,anorUt" el A,b<"U8 »'*«• 4» nique de Tm ' Paralipomencs sur «a chro-

« Vfx;nif„. u- >mnme VcmPcr™r Rodolphe et Albert, son père,

* JuTZr T ArgenUnCn8iS' " U"e ;,"Cienne Unique, citée par Mollinger,

« StcUe *u JJZT^'1^ ' ^ 68 ' qUa,ifiC ' ,eyi,Cr U"d VenrC ' MoI''nger, pag. 38 et seq.

4 Idem, pag, 45 1 Wcm, pUg. 72 el 7i>

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