Tome 1, page
' Dom Crbert a publié ^««ul. ™ti,r d. Thoolgcr, /om. J . W. 1.MM, «.pré. ,e mmcn dc Saint.Ccorgei 0. aïaa abM )e mfme o. k
l'anonime de Molck ' , de l'invention de cet art, de ses nombres et de ses proportions *. Ce traité s'attache cependant davantage à la théorie qu'à la pratique3. Théotger y recommande particulièrement la gravité dans le chant \ et paraît désapprouver ces musiques efféminées et légères, qu'on a introduites dans quelques églises sans convenance et sans respect pour le lieu qu'on ose ainsi profaner. 11 a fait précéder son traité d une courte préface \ dans laquelle il regarde Pythagore comme le premier inventeur de la musique chez les Grecs 6, et Boëce , comme un des principaux de ceux qui la firent connaître chez les Latins.
trouvait celui de Guillaume de Hirsaugo. Il l'a conféré avec deux autre» manuscrit*, l'un de l'abbaye de Tegernsée en Bavière, et l'autre de celle de Sajnt-P.erre dans la Porét-Noire. Cet ouvrage commence ainsi : • Incipit musica Theolgen. » On i à la fin du manuscrit qui se trouve dans la bibliothèque de Saint-Pierre : • qui me « scribebat , Dieterus nomen habebat. »
•De Scriptoribus ecclesiasticis cap. 109 et in Biblioiheca Fabricii. p. 157.
* L'ouvrage de Théotger traite du monocorde , de sa mesure et de ses d.visions, .lu ton, du sémi-ton, des modes, des proportions, du télracorde (qui éta.t dans la musique ancienne un ordre, un système particulier de sons, dont les cordes extrêmes sonnaient la quarte), du diatessaron (nom que les Gères donnait a 1 .nicrvalle que nous appelons quarte), du diapente ou quinte, du diapason (par lequel on exprimait la consonnance de l'octave), des tropes où modes, du ton authent.que, du ton plagal, etc. .
1 Comme l'a déjà remarqué M. l'abbé Le Bœuf, Dissertation sur l'hntcre cmle
et ecclésiastique de Paris, tom. 2, pag. 125.
* Page 186 : . Proportionalis prerogativa gravitatis coramendata est nob.s ma- - tune auctoritas gravitatis, et décor* probitas honestatis, qu* semper prehabenda « est levitati garrulitatis et lascivi* exultationis. . Et page 188 : • U et.am hoc * modo admoneamur contemnere puerilcm levitatem garrulitatis , et adamare viruem
« dignitatem gravitatis. » . „ «
• Cette préface se trouve dans dom Pc*, in Thesr. anecd., t. 4, Dm. uagog.. p. 9.
• Les Grecs font honneur de la musique à Pythagore . qui la trouva , dwoH », en entendant le son produit par les marteaux des forgerons. Il est plus raisonna ^e d'attribuer cette découverte à Jubal , qui, selon Moïse, Genesxs, cap. *, ver. . fut . paler canentium cithara et organo, . et qui devait souvent entendre le brun des marteaux, puisqu'il était frère de Tubalcain , qui fut - malleator et TaDcr
« cuncta opéra œris et ferri : »
234 niSTOIRE DE L'ÉGLISE
I heotger loue aussi , dans cette préface , la découverte heureuse de Gui d'Arezzo «. Ce dernier, qui vivait au commencement de l'onzième siècle 2, et qui était religieux bénédictin3, inventa les lignes, les portées, les clefs et ces s.gnes particuliers, qui , qualifiés aujourd'hui du nom de notes sont devenus la langue musicale et universelle de toute l'Europe.
La musique, dont on faisait assidûment des leçons dans les écoles épiscopales et monastiques , formait une partie du second cours d'études qu'on y tenait alors. Les savants de ce temps ne reconnaissaient , dans la littérature profane, que sept sortes de facultés , dont ils faisaient deux divers cours d'études. Ils donnaient à l'un le nom de Irivium, et à l'autre celui de quadrivium*. Le premier de ces cours comprenait la grammaire, la dialectique et la rhétorique; le second embrassait les quatre arts libéraux, nommés l'arithmétique, l'astronomie, la géométrie et la musique. Wibert6 remarque que Brunon fut élevé à l'école épiscopale de Toul, où l'on donnait, outre ces deux cours , des leçons de jurisprudence. C'est le premier vestige que les
• Cuido vero Monachus «Util vocum indagalor diligentiss.mus et commendalor, raditorque certissimus. »
; Ses ouvrages se trouvent insérés dans les Script, eccles. de Musica.t. 2, p. 1-61 . d'Are,™ aUteUn5, ^ Anna,GS de5Caina,d«>-. tenu 2, paç. 41. créent .,ue Gui
e r Z 7 ^ d'AVC,,ane- ,,Saj°"tent ^ dans :tT;Mba!'eaïeCCe5m»18 : • Be.t»G«ido Aretinus inventer music*. .
« Jean , c L ^ " ^ *' M' 46 « «•
M vZT l e *' 3Mah9ieU9' !' * dissertations de
«0, 80 8! *17 1™1'*"*" ******** ^ civi,e de Paris, ton, 2, paç. *., -..-,„-./. ' ' ' el ~~ La r<:'»nion du Irivium et du quadrivium conélendul n î ' dontCassiodre Boëci et Martianus Cnpel la ont traite avec
elendue. On trouve déjà le mot quadrivium dans Bocce. Urithmel., lit. i, cap. I)
Drè, dan!"" ,* Tar<,Ué CeltC -,ivisi°n des ''ludes au m°ven-àge se retrouve à peu
on^ trouve une d.scuss.on sur le quadrivium. (.Vole de ledit.) >ovez ci-dessus, pag. 52, nota S.
écoles du temps nous offrent de cette étude, à laquelle on s appliquait après le trivium. Brunon y étudia aussi la langue grecque. Il la cultiva même, lorsqu'il fut élevé à la papauté, et, sur la fin de ses jours , il lisait encore, dit Wibert, son historien, l'Ecriture sainte en cette langue, pour ne pas oublier ce qu'il en savait *. Ce détail fait voir que les écoles deToul étaient fameuses dès le commencement de l'onzième siècle. Les nobles Alsaciens y envoyaient leurs enfants *, ainsi qu'à Luxeuil 3, où la doctrine et la manière d'enseigner du moine Constance , mort vers l'an 1015, rendirent célèbres les études de cette abbaye 4. Les habitants de Strasbourg regrettèrent longtemps ce savant religieux. 11 avait transcrit, en 1004, par ordre de Milon, son abbé, la traduction latine d'Euclide, faite par Boëce, dont Werinhaire, évêque de cette ville , déposa un exemplaire dans la bibliothèque de sa cathédrale 5.
' Apud Mabillonem, in Aclis SS. Oui. S. Uenedicli, tom. 9 , sieculi 6 , part. î, pag. 55. et apud Henschenium , pag. 661 : - Ulud etiam erat in eo mirandum , . quod Ultra quinquagenarius tantu ferrebat studio, ut divinarum leetionem scnp- » turarum greco addisceret eloquio. »
1 Vojez ci-dessus, page 52.
• Mabillon, Annal. Benedict., t. 4, lit. 5, pag. «6, et dom Rivet, Hist. K««r. de la France, t. 7, p. 31.
» Selon VEloge de, hommes illustres de l'abbaye de Luxeuil, par dom H.la.re Coulon , écrit au commencement de notre siècle , dont le manuscrit est conserv dans la bibliothèque de la môme abbaye, page 330, Constance mourut vers an lOîî.-En 1014, ou à peu prfc, d'après dom Grappin, Hist. du comté de Bourgogne, p.*3i (.V. de l'èd.). Le moine Gudin, confrère et disciple de Constance, en déplorant sa perte dans une prose rimée de trente strophes, apud Mabill... veter. Analect., . . pag. 538 primœ edit. et tomo unico , pag. «18: sevundœ, edit. s'exprime ainsi . . lam ma?rorc faligata luget urbs Chrysopolis : » « Tangunt cœlum Strasburgenses questibus diutinis. •
• Chrysopolis désigne la ville de Besançon. Le plus ancien document ou elle es appelée de ce nom, serait une lettre du pape Jean VIII , écrite en 880. Consul. Cbiffl et Vesontio civ. imper. 1" part., p. 51-52, et Longperier, Monnaies ep.scopales de Strasbourg et de Constance, pag. 10. (Note de ledit J
• Ce manuscrit se trouve aujourd'hui dans la bibliothèque de Berne, sou
HISTOIRE DE I.'éGUSE
Les ouvrages de Boëce formaient, pour la géométrie et la mUS,que , les livres élémentaires de la bibliothèque de cette eghse, amsi que ceux de S. Jérôme , S. Augustin,
Orot fT ^ ?rigène P°Ur 13 théolnVe> ^e, Orose, Is,dore et Grégoire ,1e Tours, pour l'histoire ecclé^
LUS"6; î 7? Pt dC B'da' P°Ur la P"«osophie, de Lucam et de Prudence, pour la poésie. Ces livres, du moms, sont mscrits dans le catalogue des manuscrits, qui
aeTlh' "Te8" ,0,2, b,'bli0thè1ue de ,a «île de Strasbourg. Ses écoles, établies au dixième siècle par
les evôques Uthon • et Erchambaud », remises en vigueur
par Wer.nha.re 1er, dans le commencement de l'onzième,
nuTr, 7m e" aV0"S déjà Par'é P'US en détail ™ti- Temmmées Par >'h»bi'etc et la réputation des ^maîtres qu, y enseignaient. C'est de cette école de Strasbourg que sortirent deux personnages célèbres, d 1 , „T 1 d'UraCh' Ct S' Brunon' Le P™*». chanoine
e endu fdra'e' **' » H°5' SUr le d« "rendu fameux par son savoir et son éloquence ». Le
Zmtlî ÎTT e" éYé(ïUe d'Osnabrûck, devint recommandable, dans la Germanie, par ses vertus et ses
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talents !. Cette école forma aussi plusieurs sages et savants évêques de Strasbourg, entre lesquels il faut distinguer Brunon de Hohenberg , dont nous parlerons plus particulièrement dans le livre suivant de cette histoire , dont les auteurs contemporains8 vantent le génie, l'éloquence et la sagesse, et que des biographes modernes 3 placent dans le nombre des prélats, qui illustrèrent les lettres au commencement du douzième siècle.
L'école épiscopale de Strasbourg était tout à la fois un lieu d'étude et un séminaire , où les jeunes chanoines étaient instruits dans les sciences et formés aux bonnes mœurs. Plusieurs nobles y mettaient même leurs enfants dès le plus bas âge, et priaient les évêques de prendre soinde leur éducation. Ceux-ci s'en chargeaient volontiers, parce qu'ils considéraient cette jeunesse comme une pépinière qui leur fournissait des sujets propres à remplir les places vacantes du clergé de la cathédrale. Il y avait toujours un ancien chanoine qui veillait sur ces élèves, qui leur enseignait les sciences nécessaires à leur état , et qui, suivant les progrès qu'ils y faisaient, les faisait pro-
• pollens quadam acris ingenii const.mtia scientia? el cloquentia? prœrogativa , » dit de lui Heymon, auteur de la Vie de S Guillaume , abbé de Hirsauge, apud Mabillonem, in Actis SS. Ord. S. Bcnedicli sœculi 6, part. 2, tom. !), pag. 728.
' Norbertus, Abbas Iburgensis, in Vila S. Dennonis , episcopi Osnabrugensis , cap. 8, apud Eccardum in curpore historico medii œvi, tom. 2, pag. 2163: « Bennonem pue ru m in Argcntina Civitate, quae alio nomine Strasburg appellalur, « cuidam magistro litcrali, imbuendum scientia tradiderunt parentes, ubi quantum « per divinam gratiam profeccrit , quantaque cœlaneos suos velocitate discendi « prxcesseril , ingenioque et scientia transcendent , facile advertunt , qui ejus « industriam aliquanto simul conversandi expérimente» noverunt. »
' Gerlwhus, lib. de gloria et honore filii hominis , cap. 12 , apud Peiium in Thesauro Anec, t. 1 , part. 2, p. 220, et Andréas , in Vita S. Otlonis Episc. Lumberg. I. 1, c. 44, ap. Ludewig in Srrip. rer. Episcop. Barnb., t. 1, p. *35.
* Dom Clément et dom Clémencet, religieux bénédictins des Blancs-Manteaux de Pari», dans l'onzième volume de VUist. litt. de France, imprimé en 1759, p. 156.
238 HISTOIRE DE l/ÉGLISE
mouvoir aux ordres sacrés. Dès le règne de Charlemagne et sous l'an 774, l'emploi ou la dignité d'écolàtre était érigé en titre dans l'église cathédrale de Strasbourg *, et n'était pas un vain nom lucratif sans fonctions, comme il Test aujourd'hui. Ces écolàtres ou scolastiques , chefs et présidents de la grande école épiscopale , nommés et constitués par l'évêque même , avaient le droit d'instituer ou d'approuver les maîtres des autres écoles du diocèse. Nos annales fournissent peu de lumières sur les premiers écolàtres de la cathédrale de Strasbourg. Nous trouvons seulement que Hézelon , au commencement de l'onzième siècle *, et Hesson à celui du douzième 3, se trouvaient à la tête des écoles. Vers le milieu du douzième siècle vivaient Eberhard 4, Hartpert 5 et Henri de Hasenbourg \ qui furent successivement écolàtres de Strasbourg7. Ce
' Pièces justificatives, de l Hisl. de l'Eglise, tom. n, n° 65, pag. en.
* « Hezelo majoris doraus scolasticus . signa, en 1004, la charte de l'évêque Werinhaire, pour l'abbaye de S. Etienne de Strasbourg.
* « Hesso scolamm raagister . est nommé dans des chartes de 1116. 1118 et 1119. Hist. d'Als., /, n, M. 573, 578 et 582, pag. 227, 231 et 235.
En l'an 1143, comme nous l'avons fait remarquer ci-dessus, pag. 197.
• Hartbertus , ou Harpertus , scolae magister, ou scolasticus » est nommé dans des chartes de 1148, 44, 48 , 53 et 54. On lit dans le nécrologe de la cathédrale : « Kalendis Februarii, Harthprecht magister scolarum obiit. .
* Henri est nommé « Magister scolarum » dans un acte de l'évêque Burchard, de 1157. Devenu évéque, il rappelle, dans une charte de 118 5, . polestatem pro- « cuwtionis super puerum quendam ecclesia? majoris canonicum , filium Domini « Egelolfi de Urselingin, . qui lui compélait « ex dignitate scolarum , quam adhuc • in manu nostra tenebamus. . Ce chanoine enfant paraît être le même que « Heinrich puer, » nommé, en 1181, dans le nombre des chanoines de la cathédrale.
1 Doni Rivet, Histoire littéraire de France , tom.. ix, pag. 41, et table des matières, articles Conrad et Strasbourg, fait mention de Conrad, moine, ou abbé de Pains , qui avait été scolastique de Strasbourg vers le milieu du dourième siècle. Il cite en preuves les Sacrée Antiquitatis monumenta de Hu?o, tom. 2, pag. 280. Mais Hugo n'en parle pas : il rapporte seulement l'épitaphe de Conrad de Kirkel , prévôt de Spire et écolâtre de Strasbourg, mort le 1« août 1360, qui
dernier, qui eut la réputation d'un homme cloquent et également instruit dans les sciences divines et humaines , fut élu évêquc de Strasbourg en H 80 Il eut pour successeur, dans l'écolatrerie , Morand , qui vivait encore dans les premières années du treizième siècle *.
Ce furent ces écoles, tant épiscopales que monastiques, qui entretinrent les sciences, dans le cours du dixième et de l'onzième siècles , et qui garantirent les lettres d'une entière décadence. Les écoles de Saint-Thomas de Strasbourg fleurirent, lorsqu'elles eurent à leur tête, sur la fin du di xième siècle, le chanoine Adolphe, auquel on donne le titre de docteur de l'école \ Celles qui furent établies dans le cloître du chapitre de Saint-Pierre-le-Jeune de la même ville , acquirent aussi de la réputation sur la fin du douzième. Le procès -verbal d'enquête de la vie et des miracles de la bienheureuse Hildegarde *, dont les révélations firent alors tant de bruit , procès-verbal envoyé , en 1233, au pape Grégoire IX, rappelle Brunon, custos de Saint-Pierre de Strasbourg, élève de Guillaume d'Auxerre,
fui enterré à Pairis. Il est vrai qu'on y lit, au lieu de 1360, la fauwc date de 1160, ce qui a pu induire dom Rivet en erreur.
* « Àrgentinensis venerabîlis episcopus Henricus nomine , vir utique tam divi-
• narum quam secularium rerum gnarus et providus Tulliana; suadcla
• facunduc cunctorum sibi conciliavit auditum , » dit l'auteur contemporain , qui écrivit, vers l'an 1194, la relation de la croisade entreprise, en 1188, par l'empereur Frédéric, apud Canisium, Lection. antiq., tom. 3, parte 2, pag. 502.
* « Morandus scolasticus » est nommé dans des chartes de 1185 , 1190 , 1200, 1201 et 1202. . vuKal. Maii, Morandus scolasticus obiit , qui dédit Missalcm » librum sancte Marie, > dit le nécrologe de la cathédrale. —Les sept premières lignes de cette page manquent au manuscrit ; les deux notes s'y trouvent. Le texte est rétabli d'après la copie de M. Mélrot ; il est probable que cette partie du texte a été écrite par Crandidier sur une feuille volante ; c'est celle feuille qui manque au cahier 58. (Sote de l'éditeur.)
' H est nommé « Fratcr Adolphus doctor scolae , » dans l'ancienne notice de S- Thomas, écrite du vivant de l'évèque Erchambaud. " Ce procès-verbal, qui fut envoyé à Rome « per Brunonem sacerdotem, S. Pétri
qui fît connaître à Paris les écrits de cette savante abbesse4, et Arnold, écolâtre de la même église, qui, dans le temps, étudiait la théologie dans cette capitale de la France 8 : l'école de Honau produisit , au milieu de l'onzième siècle, le moine Léon , qui rassembla , en 1079 , tous les titres primitifs de son abbaye , pour en former un cartulaire 3. On doit regretter la perte de cet ouvrage; sa conservation aurait été très-précieuse, non-seulement pour constater la généalogie et la géographie de l'ancienne Alsace , mais aussi pour éclaircir l'histoire des rois de la première race, puisqu'il contenait plus de mille titres antérieurs au règne de Çharlemagne A.
Les écoles monastiques se multiplièrent , surtout en Alsace, vers l'an 1080 ou 1090, dans le temps qu'on eut soin de faire revivre la discipline dans les abbayes de
« in Argcnlina Cutosdrm , virum fldelem et bona? famae , • a été publié par le P. Stilting, in Actis SS., tom. 5, Septembris, pag. 699 et 700.
' « Bruno , Cuslos S. Pétri in Argentina dicil quod tam libres cjus (Hilde-
' gardis) secundo m Monastcrii sui exemplaria conscripsisset , libres jam dictos <• secum Parisius detulit, cl ut securius in eis studerc posset, ab episeopo loci tune • présidente obtinuit, quod omnes in llieologîa tune Magistros convocavit legenles, " et cuilibet eorum per très qualernos ipsos libres ad cxamiDandum dédit. Quibus . examinatis episeopo restitucrunt : qui magistro Wilhelmo Autissiodorensi , pro « lempore suo magistro eos assignavit , qui et sibi eos restituit, afllrmans quod « esset magistrorum senlentia, non in eis esse verba humana, sed divina.-
* « De libris examinatis magister Arnoldus , scolasticus S. Pétri idem dicit, « quia tune Parisius sturtuil in theologia. »
1 Coccius, in Dagoberto liège, p. 133, et VHist. lit. de la France, t. 10, p.LXYli.
* Voyez dans le premier volume de cet ouvrage, pag. 406 et 407, ce que nous disons de ce cartulaire. Dom Mabillon, Annal, fienedict., tom. 2, lib. Î0, pag. 59, observe avoir reçu de dom Alliot , abbé de Moyenmoûtier, la copie de quelques titres anciens de l'abbaye de Honau, que Jean Le Laboureur, chanoine de S. Pierrele-Vieux, et avocal-gônéral du Conseil souverain d'Alsace, avait tirée de ce cartulaire. On prétend qu'il Tut envoyé, en 1692, par le chapitre de S. Pierre-lc-Vieux, son possesseur, à M. le cardinal de Fùrstcmbcrg. Ce prélat en fit, dit-on, présent à Louis XIV. Cependant, toutes les recherches que M. Bertin, ministre et secrétaire d'Elal, a bien voulu faire en notre faveur, tant dans la bibliothèque du roi, qu'au
l'ordre de Saint-Benoît. Celles du diocèse de Strasbourg, en recevant la réforme de Hirsauge, prirent, avec elle, le goût des sciences divines et humaines , qu'on cultivait particulièrement dans cette maison. On sait avec quel zèle le saint et savant abbé Guillaume , dont nous avons déjà parlé \ mort le 4 juillet 1091 *, employait ses moines à copier les ouvrages des anciens, et avec quel succès il travailla lui-même sur diverses parties de la littérature. Les écrits , qu'il composa sur la connaissance des temps , sur le comput ecclésiastique , sur les horloges , sur les erreurs introduites dans le chant de l'église et sur d'autres sujets, paraissent si profonds et si lumineux, que ses contemporains osèrent les regarder comme supérieurs à ceux de l'antiquité ". C'est de cette illustre école de Hirsauge, soutenue par les successeurs de Guillaume, que sortirent plusieurs disciples de ce bienheureux abbé, qui remplirent les monastères d'Alsace de leurs vertus et de leurs sciences. Tels , sur la fin de l'onzième siècle et au commencement du douzième, les abbés Brunon à Ettenheimmunster, Conrad à Honcourt , Conrad et Hildebert à Schwartzach, Marquard et Hugues à Gengenhach, Rupert à Seltz, Wolfram à Sainte - Valburge , Henri à Neuvillers, et Meinrad à Marmoutier, tous tirés du monastère
* Yoyer. ci-dessus, pag. 131.
« Ibidem , nota 1. — La note suivante ne fait qu'un avec le n° 2.
Ln chronique de Zwifalten, écrite par Ortlieb , apud lless, in Scrtptor. rer Guelficarum , cap. xi , pag. 183 , place sa mort au 5 du môme mou. La vie de S. Guillaume, écrite par le moine Hcymon. son disciple, a ttô publiée par dom Mabillon, in Actis SSt Ord. S. Henedicli, sctruli 6 , part. 2 , tom. 9, pag. 738, et par ta P. Pinius, in Actis SS., tom. 2, Julii, pag. 135-165.
1 Voyez l'anonyme de Molck, de Scriptor. ecclestast., cap. 108, apud Fa naum in Biblioth. eccle.ùast., pag. 157 ; Trithème, de Scriptor. ecclestast. . cap. . pag. 222, et in Chron. Hirsaugiensi , tom. I, pag- 222 , 227 et seq. ; ai on, to». 9, cit„ pag. 716, 717 et 725, et dom Gerbert, llist. Sigrœ S9leœ. tom. 1, lib. 6, pag. 273 et seq.
de Hirsauge 4. Ces différentes abbayes en adoptèrent les constitutions. L'abbé Guillaume, leur rédacteur, les avait tirées en partie des usages de Saint-Emmeran de Ratisbonne, dont il avait été prieur, et en partie des coutumes de Cluni , où il envoya exprès deux de ses moines pour les mieux connaître. Ces constitutions ont été publiées à Paris, en 1726, par dom Hergott », où ce savant religieux de Saint-Biaise marque, à la marge, ce que Guillaume avait pris des usages de Saint-Emmeran et de Cluni , et les endroits qu'il y avait ajoutés \ Ces constitutions furent aussi nommées les constitutions de Gengenbach , parce que cette abbaye fut la première des monastères des bénédictins du diocèse de Strasbourg , qui les reçut en 1094 , sous Guebhard, successeur de saint-Guillaume, dans celui de Hirsauge. Dans le même temps , on vit le nouvel institut des chanoines réguliers fleurir en Alsace. Le mérite littéraire et la science profonde du prévôt Manegold , qui l'établit à Marbach , dont les constitutions se répandirent dans toute l'Allemagne , doivent servir de préjugé en faveur de ses disciples, et de l'application qu'ils portèrent aux sciences. L'ordre de Citeaux, qui n'est qu'une réforme de celui de Saint-Benoît , et l'ordre des Prémontrés , qui n est proprement qu'une congrégation particulière de celui des chanoines réguliers, formés sous les auspices de deux grands hommes , saint-Bernard et saint-Norbert, se multiplièrent et s'étendirent en peu de temps dans l'Alsace, ainsi que dans le diocèse de Strasbourg , pendant le cours du
abbJIr fT COnnaMrC œ8 abbéS ' ,0r^U6 nous P*r,e™8 Particulièrement de» abbaye» qu'ils remplirent.
• Dan» l'ouvrage intitulé ; Ve/u, ducipHna monastie*. pag. 371 et seg.
^moTT\A" "* COn8lUulion8 "™e auS8i dan» le» annalectes de dom Mabdlon ; pag. 54, tecundœ editioni».
douzième siècle. Le mérite éminent de leurs deux instituteurs , fait également juger du mérite des écoles, établies dans les monastères de leurs ordres.
Tous ces divers établissements contribuèrent aussi à la perfection de l'architecture. Car, à l'exception des châteaux bâtis sur la hauteur de quelques rochers , on ne connaît de ces temps d'autres édifices considérables que des églises ou des abbayes. La plupart des maisons de Strasbourg et de la province n'étaient alors qu'un rez-dechaussée , surmonté d'un grenier, et couvert de chaume : elles n'étaient construites qu'en bois. L'Alsace , couverte d'immenses forêts , le fournissait facilement , tandis qu'il y avait plus de difficulté de creuser, ou trouver des carrières pour en tirer la pierre. Celle-ci fut réservée , ainsi que la brique, pendant plusieurs siècles, pour les édifices publics et les églises. La fausse et ridicule opinion , où l'on était au dixième, de la fin prochaine du monde, avait même fait négliger la réparation de ces dernières. Mais lorsqu'on vit ce siècle révolu, les esprits furent saisis d une pieuse émulation pour la reconstruction des églises. On renouvella non- seulement presque toutes celles des cathédrales et des monastères, mais encore jusqu'aux moindres chapelles des villages !. L'édifice de Notre-Dame, de Strasbourg , commencé en 1015 , par l'évêque Werinhaire , et achevé jusqu'à la toiture , dans l'espace de treize ans *, nous donne tout à la fois une idée de la manière dont on bâtissait alors , et de la célérité avec laquelle on le faisait. Il existe aujourd'hui en Alsace, peu de morceaux d'architecture des siècles que nous parcourons. Le chœur de la
' Glaber Rudolphus, Hislor., M. 3, cap. i. apud Ihrhetne. in Scriptor. //,,/. Francorum, toi». 4, pag. 27 et 28.
* Voyez ci-dessus, tome l, pag.
cathédrale, qui remonte au temps de Charlemagne, l'église abbatiale de Maurmoutier, bâtie dans le neuvième siècle , celle de saint-Etienne, de Strasbourg, qui est au moins du dixième , les églises de Lutenbach et de Neubourg , qui paraissent être du douzième , le portail d'Andlau et celui de Marbach , qui datent du même siècle, etc., sont presque les seuls monuments qui puissent nous faire juger du goût de ces temps éloignés. Les chapitaux découpés en fleurons très-historiés, les colonnes amincies, les frises et les piédestaux chargés d ornements grotesques , travaillés quelquefois avec art, mais dune ordonnance mauvaise, et encore plus mal assortie au sujet , tels sont les attributs de l'architecture gothique des édifices que nous venons de nommer. Ceux qui la distinguent particulièrement de la construction qui fut employée dans les siècles qui précédèrent le douzième , sont les arcs ou cintres terminés en pointe \ tandis que ceux des bâtiments antérieurs sont ronds. Cependant , ces mêmes églises font voir que leurs architectes, malgré la barbarie qu'on leur reproche, excellaient dans la coupe des pierres, dans l'unité et la solidité de l'ensemble , ainsi que dans la science des traits de voûtes , science qui forme la pierre de touche d'un grand maître. La méthode de bâtir, qu'on nomme gothique, commença au douzième siècle à faire disparaître , peu à peu, les restes de l'architecture romaine , et elle alla toujours en augmentant jusqu'au dernier siècle , que le goût romain primitif fut rétabli *.
1 C'est ce qu'on remarque surtout dans les vitrages , où les subdivisions des cadres de pierre, qui les supportent, sont également pointues par le haut.
• Le reproche qu'on fait aux Goths, sur leur architecture, est mal fondé. On a tort de les accuser d'avoir introduit un nouvel ordre d'architecture , qu'on nomme gollnquc. Il n'existe peut-être plus de leurs édifices; et ce qu'on appelle ainsi, tire plutôt son origine des Arabes, chez lesquels , au neuvième , au dixième siècle, et dans la suite, on puisa beaucoup pour les arts.
La sculpture ne fit pas beaucoup de progrès dans ces siècles , comme le prouvent les statues informes et les ornements ridicules qui décorent les églises alsaciennes de ce temps. La chronique d'Ebersmunster 1 fait mention d'un moine de Murbach , nommé Willon, que l'empereur, Henri III , nomma, en 1039, à l'abbaye d'Ebersmunster , pour récompenser ses talents. C'était un habile orfèvre , qui dorait si parfaitement les vases de cuivre et d'étam , que ce prince les donnait en présent , comme étant d'or, aux seigneurs de sa cour. La même chronique a remarque que la couronne que portait Rodolphe, duc d'Alsace et de Souabe , élu empereur en 1077 , avait été faite à Ebersmunster. Le trésor de l'église cathédrale de Strasbourg , suivant le catalogue qui en fut rédigé en 1181, était composé d'ornements précieux travaillés en or , de trois croix du même métal , enrichies de pierreries , de statues en bosse ou en relief, richement ornées, qui renfermaient des reliques des saints et d'un calice d'or, qui pesait quatre marcs : ce dernier était un présent de l'empereur Frédéric \ L'ancienne croix de Niedermunster, que nous avons fait connaître autre part \ qui se voit aujourd'hui sur un autel collatéral de l'église de Molsheim , où elle fut transportée en 1580 5, est un monument du douzième siècle6.
' Chronicon Novienlense. Voy. /. m, P. j. de VH. tA. § xw, /'• *«• de Arti/bu, monachis et Laids medii sEvi, ne donne pas le nom de Willon dan» .ta i liste de, artiste, du XIe siècle. C'est sans doute parce qu'il n'A connu la chronique û Kbersmunster que parle texte incomplet de Martènc. Thesauru* , t. lit, p. 1145, ofl il on ne trouve pas en effet le passage cité dans l'édition publiée par Crandidier. (N. de l ed.)
» Ibidem, g xxvi, pag. xxxiii.
* . Calix aureus , in pondère habens quatuor marcas , quem dédit Imperator
« Fridericus. »
* Tome premier de cette histoire, pag. 36Î et suiv.
* M. Silbermann l'a fait graver dans sa Beschreibung von Hohenburg pag . 53
* Cette croix est de chêne , épaisse de deux doigts, haute de huit pieds et a
de roi, large de plus de cinq et demi. Elle est enrichie de pierres précieuse ,
HISTOIRE DE i/ÉGLISE
C'est l'ouvrage de l'abbesse Edelinde, qui la fit réparer en H97, qui l'enrichit de reliques et l'orna telle qu'on la voit encore aujourd'hui
La médecine , cette partie la plus utile de la physique , sous le nom de laquelle on la comprenait alors, était particulièrement cultivée par les juifs», qui, dans tous les temps , se sont mêlés de professions lucratives. Presque tous les souverains d'Europe leur avaient confié la santé3. On ne faisait pas dans les écoles épiscopales et monastiques des leçons publiques de médecine, mais cela n'empêchait pas qu'elle fut étudiée en particulier par plusieurs ecclésiastiques et religieux, et à l'exception des juifs, qui y étaient ordinairement les plus habiles, il n'y avaient que les clercs qui la professassent *. Richer, dans sa chronique de Senones», fait mention d'un chanoine de Saint-Thomas, de Strasbourg , nommé Henri , qui exerçait sur la fin du douzième siècle , la médecine dans cette ville. On en faisait même quelque étude dans les monastères de filles. La bienheureuse Hildegarde, abbesse du mont Saint-Rupert, près de Bingen, dans le diocèse de Mayence, morte le 17 septembre Il 79 «, passe pour avoir eu une si parfaite con-
revêtue de lame, d'argent doré , relevées en bosse. Elle représente , outre le Christ placeurs tra.ls de l'Ancien et du Nouveau-Testament. ' Wimphelingius, pag. 53.
il ?bbé Le/œUf' Di$sertaiions >ur I voire ecclésiastique et civile de Paris, tom. î, pag. 197.
' L'auteur des Gestes des archevêques de Trêves, opud Achery, tom. 10, ^«legn. pog. m, parle de Brunon> archevdque Je ^ ^ ^ ^ ^
siècle" J" n0mmé J°8Ué ' QUi PaS8aU P°Ur Un des Plus habi,M médecins de 80,1 \^ "«<«Jrc littéraire te France, tom. 9, pag. 191.
^ ^j:::::^- h- apud *• * «>>
. aUurtsa„ , ^88em Ar*eQt»", etscolasfrequenlarem, .ratquidam Magister-
• vovrrr i ra,n> nomine uenrk^ ^ «««« erat. .
yer le P. SUU.ng, ,„ Actis 55., tom. 5, Septembris, pag. 576 et 677.
naissance de la médecine , quelle écrivit un recueil de remèdes pour la guérison de diverses maladies1. Ce recueil a été publié plusieurs fois , et entr'autres à Strasbourg, en 1533 ». C'est en cette ville que le moine Richer avait vu le même ouvrage au treizième siècle 3.
C'est dans ces temps, où Ton désignait un médecin par le terme de physicien, que les mots de mathématicien, de sorcier et d astrologue étaient presque regardés comme synonimes. Les savants qui s'adonnaient alors à la physique et à l'astronomie , partageaient, avec le peuple , les préjugés les plus ridicules et ses imaginations les plus absurdes. Une admiration froide et une crédulité honteuse étaient les seuls sentiments que la vue des opérations de la nature excitait chez les hommes. On ajoutait foi aux prétendus livres des sybilles , et on les consultait môme sur le succès des croisades. On croyait la terre plate ; on ignorait le cours des astres et la cause des éclipses. Pierre Lombard, qui passait pour un des hommes les plus habiles de son siècle , supposait le firmament solide , et croyait que les petits insectes étaient produits de corruption. Le soin qu'on avait de remarquer les phénomènes célestes , ne tendait pas à en rechercher les causes naturelles, mais à en tirer des présages pour l'avenir. De là vint l'attention scrupuleuse , avec laquelle les anciens annalistes les ont recueillis. On réduisit en art la connaissance des pronostics , et on en forma des amas de prédictions pour une période de temps ; ce qui donna naissance à ces almanachs astrologiques dont l'usage , qui subsiste à la honte
' Voyez le P. Stiltinp, pag. 699 et 700, et Fabriciui, Bibliot. mediœ et infim* latinitalis, lib. 8, pag. 779.
* Chez l'imprimeur Jean SchoU.
'Chronicon Senoniense, lib. 4, cap. 15, pif. 633 : « Scripsil etiam hbrum . medicinalcm ad diversas inflrmitates, quein ego Argentin» vidi. •
de notre siècle , ne sert qu'à nourrir dans le peuple une imbécile crédulité. Nous verrons ci-après l'effet que firent, sur les peuples d'Alsace, une aurore boréale , qui y parut en 1094 , et la frayeur qu'y causa la ridicule prédication d'un aventurier espagnol. Les anciens calendriers des églises alsaciennes nos vieilles chroniques sont remplies de toutes les absurdités que l'astrologie enfantait. Les pluies de sang , de crapauds , de miel , d'oiseaux dont les ailes avaient vingt pieds de long ; les filles , dont les oreilles poussaient des épis de blé ; la neige qui renversait les arbres ; les armées de serpents , de chiens , de geais, de cigognes qui vidaient leurs querelles en bataille rangée ; les grêles mêlées de corbeaux qui portaient des charbons et mettaient le feu partout * ; toutes ces mer-
' L'ancien calendrier de l'église cathédrale de Strasbourg, écrit au commencement du tremème siècle, dont l'original est conservé dans les archives du Grand-chapitre, remarque scrupuleusement les jours égyptiens, qu'on regardait comme mauvais dès le ix. siècle , comme nous l'avons déjà remarque dans le premier tome de cette histoire, /,„. », pag. S95. On lit aussi dans ce calendrier à la tète de chaque mois les vers suivants :
• Fani prima dies et septima fine timetur.
« Ast Februi quarta est, precedil tercia finem.
• Martis prima necat, cujus sub cuspide quarta est. « Aprilis décima est, undena a fine minatur,
« Tercius in Maio lupus est et septima anguis.
■ Junius in decimo quindenum a fine salutat.
• Tredccimus Julii, decimo innuit ante kalendas. - Augusti nepa prima fugat, de fine secunda.
• Tertia septembris vulpis ferit à pede denam.
« Tercius octobris gladius decimum in ordine nectit. « Quinta novembris acus vix tercia mansit in urna.
■ Dat duodena cohors sej.tem inde, decemque december.
• His caveas, ne quid de proprio sanguine demas.
« Nullum opus incipias, nisi forte ad gaudia tendas.
• Et caput et finem mensis sub corde teneto,
• Ne in mndio ima ruas, sed clara per ethera vivas.
• Vov« v ua . " CaUtU8 U neaS' ,,um scnsus suppotit horas. , °}" ' ab5é Lcbœuf' „/ée,. ion, *, pag. m et ist.
veilles, que le peuple même ne voit plus , n étaient pas rares dans ces temps de crédulité
On ne doit donc pas être étonné de voir subsister, dans les mêmes siècles , les épreuves superstitieuses du duel , du fer chaud, de l'eau froide, etc., par lesquelles nos trop crédules ancêtres semblaient menacer. Dieu même , de répandre sous ses yeux le sang innocent, s'il ne faisait un miracle pour le défendre ; cérémonies étranges , auxquelles les personnes les plus instruites , le clergé même , avaient recours pour constater la vérité des faits et l'authenticité des actes. Nous avons déjà eu occasion de parler du duel, en faisant mention de la loi d'Erchambaud , évêque de Strasbourg, qui en autorisa l'usage au dixième siècle pour décider les causes douteuses.4 Nous y ajouterons l'exemple de l'empereur Frédéric qui, dans son diplôme, accordé, en 1112, au monastère d'Etival, dépendant alors de l'abbaye d'Andlau , ordonna le combat judiciaire pour terminer les affaires litigieuses du même monastère , et en prescrivit même les règles et la forme 3. Nous nous sommes pareillement étendu dans le second volume de cette histoire , tant sur l'épreuve de l'eau bouillante 4, que sur celle du
' L'auteur alsacien et anonyme du fragment historique, publié par Irstîsius, in Seriplor. rtr. German., puy. 83, rapporte de semblables fables sous l'année 1091 : « In sequenti anno (1091) in teutonicis partibus caro cum sanguine pluit, et bufones « cum piscibus, ceciderunt, et sanguinis de panibus fluere videbatur.
' Voyez ci-dessus, tom. 1, pag. 38 et suiv.
1 . Si quis, dit cet empereur, litigantium per pacis mediatores sedari non valen- « tium ad justitiœ approbationem per duelli confliclum exarainari aller utrinque - se exposuerint, acceptis a Pnelato vestro (Stivagiensi) utrinque salvis ac d.gms « ejudem belli obsidibus, datis etiam pro more legilimi. scrutinii diebus, statuto « tandem ab eo die per manus advocatorum ad nutum ejus in stadio invicem pro • expurgatione et justitia sua pugnando agonizaturi intrabunt. Is vero, qui devictus « fuerit, nisi se et sua pro arbitrio Prœlati redemerit , corporali pense subjacebit. .
'Tome second, liv. 5, pag. 181, 182 et 183.
^ HISTOIRE r>E l/^GIJSE
fer chaud ». Nous trouvons encore une preuve de cette dernière , dans une sentence de Gebehard , évéque de Strasbourg, de Tannée 1135 *. Il y avait alors dans un village de son diocèse , nommé Hùttenheim , deux églises , l'une nommée supérieure, appartenant à l'abbaye de Payerne , et l'autre dite inférieure, dépendant du grandprévôt de la cathédrale de Strasbourg. Il survint une contestation, touchant le district de tes deux églises. Adelgod , qui était prévôt , voulut obliger les sujets de Hùttenheim, soumis au monastère de Payerne, à fréquenter l'église inférieure. Ces sujets étaient sur le point de prouver le droit paroissial de l'église supérieure, par 1 épreuve du fer chaud 3. Celui-ci était déjà prêt et béni , lorsque la partie adverse , en présence de l'abbé d'Ebersmùnster et d'un grand nombre de prêtres et de peuple qui s'étaient assemblés, pour assister à cette cérémonie, céda et reconnut la justice des prétentions des sujets de Payerne 4. L'épreuve du fer ardent était surtout employée contre les hérétiques. Le magistrat de Strasbourg s'en servit, en 12H , pour découvrir les Vaudois , contre lesquels il n'y avait pas de preuves certaines. Il fit saisir plus de quatre-vingts personnes de l'un et de l'autre sexe, qui furent toutes obligées de manier un fer chaud. Il n'est pas étonnant que la plupart eurent les mains entièrement brûlées. A cette marque, qui passait pour le jugement de Dieu , elles furent déclarées coupables et condamnées au feu 5.
J Urstisius, tome second, pag. 230, 231 et 432.
* Pièce, justificatives, Hist. d Als. Um. il, Ut. 635. pag. cote...
^ • hac incusalione candenti ferro eximerese judicialiter necesse haberent. • • umque ferro jam ignito et benedictionibus consignito isti ad portandum jui- « Mue su* examen confidenter astarent, ,11, ex adversa parte.... ex sententia sua • defecerunt. »
1 Fragmentum historien Urstisii , pag. 89 : . Haretici , qui perverse dogmate
Trithème, qui rapporte le même fait, attribue cette exécution à un dominicain, nommé Conrad de Marbourg, qui était alors inquisiteur-général , et il ajoute que cette épreuve, faite contre les canons1, fit périr un grand nombre d'innocents , qui n'y purent résister a. Le pape Innocent 111 , qui gouvernait alors l'Eglise , désapprouva hautement ces épreuves judiciaires : il adressa, le 9 janvier 1212, à l'évêque de Strasbourg, et au custos de la cathédrale , un bref3, par lequel il condamne toutes celles du duel , du fer chaud et de l'eau froide qu'on faisait subir à ceux qui étaient soupçonnés d'hérésie \
Cette dernière épreuve, moins dangereuse que les autres , était fort en usage au neuvième siècle. C'est faire injure au pape Eugène H , qui vivait au commencement
« seducunl fidèles ecclesiae, comprchensi sunl in civilalc Argentina. Producli vero,
• rura negarent haeresim, judicio ferri candcnlis ad legitimum lerrainum reservan-
• lur, quorum numerus fuit octoginla vel amplius de utroque sexu, et pauci qui-
• dem ex eis innocentes apparucrunt. Reliqui omnes coram ecclesia convicli, per
• adustionem manuum damnati sunt, et incendio perierunt. «
' ■ Ferri candentis, vel aquaî ferventis exarainatione confessionem extorqucri sacri « non ccnscnt canones, dit le pape Etienne V dans sa décrélale à Leutbert de Mayence,
• *f*d Browerun.. Annal. Trevir. lib. 59, pag. 433. - Voyez aussi la page i8t du tome 2 de l'Histoire de l'Eglise de Strasbourg. (Note de l'éditeur.)
* Trilhemius, Annal. , Hirtaug., tom. 1 , pag. 525 : . In civitate Argentinensi
• non minus quam octoginta numéro comprehcnsi sunt hœretici, quos fraler Con-
• radus de Marpurg, Ordinis S. Dominici, ab apostolica sede inquisitor deputatus, « Judicio ferri candentis examinare contra prohibitiociem canonum publiée consue-
• vit, et in quos fcrrum adussit raox ignibus tradidit. Unde, paucissimis exccptis ,
• omnes, qui coram eo seinel accusati fuissent, et perjudicium ferri candentis - examinati videbantur illum plures damnavisse innocentes , dum candens ferrum a « peccatis nullum reperiret alienum, quem exercere non posset, eUamsi haeresis
• crimine carerct. »
1 Baluiius, Epislolarum Innocenta 111, tom. 2, pag. 576.
' • Licet apud Judices seculares vulgaria exerecantur judicia , ut aquaî frigidœ ,
• vel ferri candentis, sive duelli. hujusmodi Umen judicia ecclesia non admisit,
• cum scriptum sit in lege divina : Non tentabis dominum Deum tuum, » — Voyez U»m. 2 de l'Hist. de l'Eglise de Strasbourg, note /. (Note de l'éd.)
du même siècle , de l'en croire l'auteur ». Son origine est bien plus ancienne , puisqu'elle se perd dans l'obscurité des temps. L'épreuve de l'eau froide se faisait ainsi : on dépouillait un homme entièrement , on lui liait le pied droit avec la main gauche, et le pied gauche avec la main droite , pour qu'il ne put remuer. Le tenant ensuite par une corde , on le jetait dans une rivière , et plus souvent dans une grande et profonde cuve pleine d'eau. Celle-ci même pouvait être plus petite , puisque la manière dont on le liait, le réduisait à un si petit volume, qu'un tonneau de trois ou quatre pieds de diamètre pouvait suffire pour 1 expérience. S'il allait au fond, comme y va naturellement un homme ainsi lié qui ne peut se donner aucun mouvement, il était reconnu innocent ; mais s'il surnageait , sans pouvoir enfoncer , il était censé coupable. C'était , disaiton, une preuve que l'eau le rejetait de son sein, étant trop pure pour y recevoir un criminel. Aussi avait-on la précaution de la bénir, et l'on conserve encore la messe, ainsi que les formules des prières que l'on disait avant cette épreuve 8. Le sexe n'en dispensait pas les femmes , malgré son indécence 3, puisqu'elles étaient jetées toutes
* Le P. le Brut, réfute ce sentiment injurieux pour Eugène dans l'Histoire cri- »«q« > des pratiques superstitieuses, tom. 2, pag. 247, édil. de 1750.
Baluze a «nséré dans sa collection des capitulais, tom. 2, pag. 652, une formule de jugement par l'eau froide. Dom Martenne , de Anliquis ecelevœ rUibus.
aiouL C°/>' 7 ' m' m ' a PUtHé VOrd° ad j"dkium "l"* fri9id«> en* m T J?' 465' *94 ' ^ 01 ,C8 t,rières qui s> Paient. On trouve aussi P* Jngtdam a^mm • el ^caldariam , et ad ferrum et ad vomere,, dans dom
d< Tl'abba ° AneCd°(' n°ViSSim0> l°m- 2> *• W- 63*-6*7. L'obséquial
cium de Samt"B,aise du dixièmc siècle renferme l'Orrfo ad faciendum judi-
n'esae e'nTè homine$ j,tdivio probare, vet aquœ frtguiœ vel fervent». La
j " ' re' qui 86 dlsait avant CC8 épreuves, a été mise au jour par l'abbé-prince
1m n ^ VtiUS UtUrgia M™»»™ . P°«' *• **7. 6 pag. 555. - Voyez aussi Mabillon. Vetera analecta, —
Ekkebard le jeune,
maletto, pag. 161 , secundo; editionis. (Note de f éditeur, de Casibus S. Galli , cap. 14 , gc plaint, à ce sujet , des
nues dans l'eau On voit bien que cette épreuve ne devait pas intimider les coupables , puisque la posture de celui qui la subissait , ne lui permettait pas de surnager. Elle pouvait cependant faire du tort à l'innocence , lorsqu'il arrivait à ceux qui avaient la poitrine plus large que les autres, de ne pas enfoncer s. Aussi existe-t-il des exemples de personnes qui surnageaient dans l'eau t sans pouvoir y descendre 5 : et les physiologistes 4 attribuent cette singulière propriété à celles qui sont attaquées d'affections vaporeuses. Quoiqu'il en soit , Louis-le-Débonnaire condamna l'épreuve de l'eau froide dans quatre diflérents conciles , tenus en 829 8. Les capitulaires de ce prince , qui l'interdisait , auraient dû la faire cesser entièrement. Cependant on y revint bientôt après , et on la continua pendant les dixième , onzième et douzième siècles 6. C'était même comme un droit seigneurial pour quelques églises , d'avoir une cuve ou un grand bassin de marbre destiné à cet usage. Le savant Hincmar lui-même, archemoines de S. Gai , en ces termes : « Adsciscunt sibi presbyteros , qui feminaa • nudatas immergi impudicis oculis curiosi perspiciant. »
1 On trouve la figure d'une femme, qui subit l'épreuve de l'eau froide, à la téte d'un ouvrage de Herman Neuwalds, imprimé, en 1584, sous le titre : Bericht von Erforsdmng , Prob und Erkànntniss der Zauberinnen rlurch kalte Wasser, et au commencement du tome troisième de la Bibliotheca , acta et scripla magica , publiée, en 1738, par Hauber.
" Comme les hommes n'enfoncent dans l'eau, que parce qu'ils pèsent environ huit onces plus qu'un volume d'eau égal à leur corps, il pouvait se faire qu'une personne, ayant la poitrine fort large, renfermait en lui-même assez d'air pour faire un tout un peu moins pesant qu'un égal volume d'eau, ce qui la faisait nécessairement surnager.
' M. l'abbé Ameilhon en rapporte plusieurs exemples dans les mémoires de l'Académie des Belles- Lettres, tom. 37, pag. 561 et suiv.
* Entr'autres , M. Pomme , dans son Traité des affections vaporeuses des deux sexes, imprimé en 1763.
1 Labbeus, Coneil, tom. 7, pag. 1581, et Baluzius, Capital., tom. 1, pag-
' Comme le prouve le P. Le Brun, tom. 2, cit , pag. *61 et suiv.
vêque de Reims , entreprit de la justifier, malgré le sentiment de plusieurs de ses contemporains, qui regardaient de pareilles épreuves comme des inventions de l'esprit humain, purement arbitraires, plus sujettes à tromper qu'à découvrir la vérité «. Hugue, comte d'Eguisheim, et Heilvige, comtesse de Dabo, sa femme, dont nous avons parlé ci-dessus8, n'avaient pas moins de confiance que Hincmar pour l'épreuve de l'eau froide. Wibert remarque , que ces deux époux étaient si scrupuleux à faire payer exactement la dîme de leurs terres, qu'ils faisaient faire cette épreuve pour s'assurer, si on y avait fidèlement satisfait 5. Le pape saint-Leon IX , leur fils , l'ordonna même dans les statuts de la trêve de Dieu, qui furent publiés en Alsace, en 1054 \ Les évêques l'adoptèrent aussi dans les afFaires litigieuses portées à leurs tribunaux. II s'élèva en H 22, une difficulté entre Reinhard , abbé de Marmoutier, et Bezelin de Turkestein , au sujet de la cure de Held , dépendante de la prévôté de Saint-Quirin. Etienne, évôque de Metz, n'ayant pu la terminer, ordonna l'épreuve de l'eau froide 5, et cette
1 Operum Hincmari, tom. 1, pag. 599 : « Ad inventiones sunl humani arbitrii, • in quibus sœpissime per nwledcia falsitas locum obtinet veritatis. . - Voyei aussi la page 181 du tome 2, de l'Hist. de l'Eglise de Strasbourg. Crandidier en citant le sentiment d'Hïncmar, lui oppose celui d'Agobard, archevêque de Lyon, qui écrivit avec force contre les épreuves. (Note de l'éditeur .)
1 Pag. 39 et tuiv.
' Wibertus, m Vita S. Leonit, lib. 1 , cap. 2 : « Utrum intègre reddidissent « rerum suarum decimationem, sub judicio aquaj frigide perscrutabantur. . Ruyr, qui a traduit ce passage de Wibert , Antiquité, de la Vosge , partie 3 , iiv. î, pag. 807, en ne le comprenant pas, lo rend en français très-ridiculement par ces HT dV'* aU°'ent re0herchanl curi«usement, s'ils avoient équiUblemenl satisfait « a a décime de leurs biens, voire jusques à Taulmosne d'un verre d'eau freschc. Voyez ci-dessus , p. 62. « Plebcius aulem et minoris testimonii rusticus aqiw
' Toi"0 eXPUr?el iUdlCi°' " T°me 1 dC rHi,U d'Als" M3' W c™v-
" nMlra Um crebra . àit l'abbé Reinhard dans sa charte de 1122,
épreuve fut décisive en faveur de l'abbaye de Marmoutier Celle de ISeuvillers, ayant eu, quelque temps après, quelques démêlés avec les chanoines de Saint-Adelphe , du même endroit, au sujet de la partie d'une dîme à Wahlenheim, on convint, en H47, d'y mettre fin par le jugement de leau froide 4. Enfin , ces pratiques superstitieuses cessèrent entièrement au treizième siècle , surtout lorsque le concile de I^atran , de 1215 , défendit absolument à tons les ecclésiastiques de faire aucune bénédiction , ni aucun exorcisme pour de pareilles épreuves. Durand, évêque de Mende , mort en 1296 , remarque 5 que celle de l'eau froide n'était plus en usage de son temps. Cependant, elle recommença vers l'an 1560 , dans la Westphalie , où elle fut employée pour connaître les sorciers et surtout les sorcières , d'où elle passa dans plusieurs endroits d'Allemagne et de France *. Ceux qui ont cru apercevoir dans ces personnes l'œuvre du démon , disaient, pour appuyer leur sentiment, que l'esprit des ténèbres, étant d'une substance toute spirituelle , soutenait les accusés sur la surface de l'eau et les empêchait de descendre au fond. Mais on pouvait leur répondre que le démon entendait bien mal ses intérêts , puisqu'il trahissait ainsi ses plus zélés serviteurs et ses plus chers favoris. Ce préjugé , que les
« Dotninus Slephanus Melctifis episcopus pertœsus deliberavit, ut manifeste Dei
• jutlicio hanc injurie causam disculiendam committeremus. • Voy. Hist. d'Alsace, tome il, lit. 588, pag. ccxliii.
1 • Inde factum est , ut religiosos et spîrituales homines convocanles judicium
• aquœ frigidœ Dei ordination» prosecuti sumus et Deo gratias , quia secundum « nostram justitiam declaravit indignis famulis suis misericordiœ sua? gratiam , ut « mérite cum Psalmista laudem caneremus dicentes : Justus es, Domine, et rectum « judicium luum. »
1 • Judicium aquaï frigidœ condiximus, » dit Erphon, abbé de Neuvillers, dans «a charte de 1147.
' Rationale divinorum ofïlciorum, lib. 4, cap. 4, num. 10. * Voyez Le Brun lom. 8, pag. 168 et 185.
sorciers étaient spécifiquement plus légers que les autres hommes , était autrefois si bien établi que , dans certains pays , on pesait ceux qui étaient suspects de magie Ces prétendus sorciers , qu'on soumettait à l'épreuve de l'eau froide , n'étaient souvent que des personnes attaquées de maladies nerveuses et hystériques. Aussi voyons-nous que les femmes ont toujours joué un plus grand rôle dans l'histoire de la magie que les hommes , parce que , plus sujettes qu'eux aux affections vaporeuses et spasmodiques, elles ont le genre nerveux plus délicat et plus aisé à ébranler 8. Il ne faut pas s'étonner que l'épreuve de l'eau froide ait été autrefois dans un si grand crédit, puisqu'on lit, qu'en 1696, on jeta, à Montigny-le-Roi , à trois lieues d'Auxerre , plusieurs personnes dans la rivière de Senin , pour savoir si elles étaient sorcières 3 ; et qu'en 1700 , on saisit à Mayence , des femmes soupçonnées de sortilège , qu'on trempa dans le Rhin pour le constater \
L'histoire des épreuves judiciaires , employées autrefois en Allemagne, dans le cours de l'onzième et du douzième siècles , nous a un peu écarté de notre principal objet , qui est celle de la littérature dans la même province. Ce fut dans l'intervalle de ces deux siècles que les germes précieux des lettres commencèrent à se ranimer. Leur développement porta la lumière dans quelques esprits d'une trempe plus forte qui , luttent contre les défauts de leurs contemporains , devinrent également les ornements de la littérature et les oracles de l'Eglise. On peut compter
' Voyez le Monde enchanté de Balthasar Bckker, libr. 1, capile 21.
' Ameilhon, Mémoires de l'Académie des Belles-Lettre*, tom. 37, pag. 563.
* U P. Le Brun en a conservé le procès-verbal, tom. 2, pag. 294.
* Le mAme auteur, tom. i , pag. i90 , quj écrivait en 1702 , assure qu'il n'y avait q»e deux ans que cette épreuve s'était faite à Mayence. Il ajoute que le
Ma,bra"ch« en avait vu une pareille à Séda».
dans ce nombre , Manegold ou Manegaud \ chanoine de Lutenbach et premier prévôt de Marbach. Manegold devint , pendant les cinquante dernières années de 1 onzième siècle et les premières du suivant, une source abondante de lumière et de doctrine , non-seulement pour la Germanie et l'Alsace, sa patrie, mais aussi pour la France8 et l'Espagne. Imminence de son savoir lui fit donner le titre de philosophe3, et l'intégrité de ses mœurs, avec laquelle il sut soutenir ce beau nom , y fît ajouter la qualification de chrétien par excellence \ Il passa, dès son vivant, pour le maître des docteurs de son temps8. Manegold travailla si heureusement à étendre l'empire des lettres que les écrivains, ses contemporains, l'associèrent au bienheureux Lanfranc et à Saint-Anselme , archevêque de Cantorbéry °.
• On ne s'accorde pas à écrire uniformément le nom de ce «avant Alsacien. Le» un, le nomment Manegold, Manegaud, Manegod, Manigold, Manegund, Ma.ngaud ; d'autres Meuegald et Monigald. Nous préférons les noms de Manegoldu, et de Manegaldus, qui se trouvent dans la plupart des auteurs et des char es du tem£
• Disquisitiones de ordine canonicorum regu.arium anno 1697 ed.l« . pag. *65 if S67, et Rivet, Histoire littéraire de la France, tom. 7, pag 31 .
•Chronicun Ricnardi picUviensis, apud Martenne, Vetcr. Scnptoru» >e m n«mMtcrum ftbferfaen». coltertio , ton,*, pag. 1169 : . H,s temponb ™re . c*pit in Theutonica terra Menegaldus phi.osophus , divin.s et «eculanbus l.ttens • ultra cosetaneos suos eruditus. »
• Trithemius, Annal. Hirsaug., tom. 1, pag- 28î- .
• L'anonyme de Mol*, qui écrivait au commencement du douane «ede. publié par dom Pcz, in Bibliothera Bencdictinn-Uauriana. pag. 485, et par ra . Bibliatheca eccletiastica, pag. 165, sous le nom à'Anonymus Mm • . Scnptor. cap. 105 , le fa.t connaître sous le nom de . Manegoldns, « Presbytcr, modernorum magister magislrorum. » r.innt,\j.
• L'aÙteur ancien et anonym, du fragment d'une Histoire de France, r PPe dUBou,ay in Bi.o, Univerxit. Parisiens tom I . *f; « » £ ^ IL
tom. 9, pag ISS. cite sou, le nom de Hugues de Sainte-Marie, m qui vivait au commencement du douzième siècle, s'exprime a,ns,
Ces trois illustres personnages sont regardés comme les auteurs de la théologie scolastique. On ne connaissait, avant eux, que deux sortes de théologie, ou pour mieux dire, deux méthodes de traiter cette science. L'une, qui était celle des premiers pères de l'Eglise , consistait à puiser immédiatement dans l'écriture sainte , la tradition et l'histoire, les preuves et les développements des divers points de la religion qu'on voulait défendre ou expliquer. L'autre, qui avait été suivie par les écrivains ecclésiastiques dès le huitième siècle, consistait à rassembler des passages recueillis et copiés dans les ouvrages des saints pères. On en formait comme une chaîne, qui constatait la doctrine enseignée par les témoins de la tradition , et qui représentait, pour ainsi dire, la marche successive de la vérité. Les commentaires des Arabes et la traduction d'Àverroès, ayant fait connaître, en Occident, les écrits d'Aristote, vers le milieu du onzième siècle, sa philosophie fut aussitôt appliquée aux matières théologiques. On commença alors à traiter la doctrine de l'écriture par la voie du raisonnement, et on soumit, aux règles de l'art syllogistique, tout ce qu'on avait tiré de ces deux sources respectables. On s'efforça non -seulement d'analyser les mystères du christianisme, et de les expliquer par les termes inintelligibles d'Aristote , mais on commença même à mettre en problème les vérités les plus essentielles de la religion1. On en fit, pour
« tam in divina, quam in humana philosophia floruerimt Linfrancus, cantuariorum • episcopus Maingaudus teutonicu». »
Otto Frisingensis , in Chronico , prolog., lib. 5, apud Urstisium , pag. 100 :
. Sapientiam in Occidentcm , id est, ad Gallias et Mspanias nuperrime diebus
■ illustrium doclorum Manigoldi et Aiishelini translatant apparat. »
Alberirus, in Chronico, inter Leibnitui aecessiones historié., tom. i, pag. 99, ad an. 1060 « Philosophia pervenit nuperrime ad Gallias in diebus illustrium « virorum Managaldi, Lanfranci, Ansolmi. .
1 Jean de Sarisber> , dit M. labbé Le Bœuf, Dissertations, tom. i, pag. U<5.
ainsi dire, des thèses de péripatétisme, et, en dépouillant le dogme de sa majestueuse simplicité , on parvint à envelopper la raison de nouvelles entraves. Cette méthode, inconnue à toute l'antiquité chrétienne , ne tarda pas à causer les plus grands maux par l'abus qu'on en fit peu de temps après1. Elle produisit les raftinnements et les erreurs d'une fausse dialectique , elle donna origine à toutes ces arguties insipides, à ces distinctions frivoles et captieuses, à ces vaines subtilités , à ces sophismes ridicules , à ces faux raisonnements, à ces questions inutiles et abstraites, dont on a surchargé la théologie , et qui ont encore lieu dans plusieurs de nos universités. Elle retarda aussi les progrès des lettres, parce que la singularité des termes et la monotonie des arguments en forme , sans éclairer l'esprit, répandent encore plus de dégoût sur le discours. Il fallut passer par le pédantisme pour arriver à la science, et le règne des mots anéantit celui des choses. C'est à cette méthode nouvelle, que Saint-Bernard regardait comme le scandale de son siècle et le danger des suivants * , que le pape Alexandre III condamna sagement, mais sans fruit, dans une assemblée de trois mille gens de lettres, tenue en 1164 c'est à cette méthode, dis-je, qu'on a donné le nom de théologie scolastique , dont on vit , suivant la
ne pouvait souffrir qu'on mil en question si Dieu existe, s'il est bon, s'il est puissant, sage, etc. Il traitait, ajoulc-t-il , ces questions d'irréligieuses, et il aurait voulu qu'on eût puni ceux qui les proposaient.
' hom Kivet expose avec force et avec vérité , dans son neuvième tome de l'Histoire littéraire de la France, pag. 21 , 22, 23, ™8, 208, 809, 210 et 211 . les abus et les désordres, que la scolastique produisit dans les sciences et surtout dans la morale et la théologie.
* • Praesenlium scandala, pericula posterorum, • dit S. Bernard, Operum, lom. 1, m- 6**.
5 • Condemnavit et omnino interdixit omnes tropos et intlisciplinalas qu.est.ones « in theologia, . dit l'auteur de la chronique de Reichersberg , apud Lwlewig in Scriptor. refum germon., tom. 2, pag. 288.
remarque d'un savant bénédictin ', dès le douzième siècle, tant de pernicieux eftets, et qui eut encore de plus fâcheuses suites dans les suivants2. Les premiers écrivains, qui l'adoptèrent, furent , comme nous l'avons déjà dit, Lanfranc, Anselme et Manegold. Cependant, ils se gardèrent bien de tomber dans les défauts qu'on a si justement reprochés aux théologiens qui sont venus après eux, et dont ceux même de notre siècle ne sont pas entièrement exempts. Sages et circonspects dans l'usage du raisonnement, ils ne l'employèrent que pour mettre plus d'ordre et de clarté dans la discussion des principes. Comme les anciens , ils puisaient leurs preuves dans l'Ecriture et la Tradition. La dialectique ne venait à leur secours, qu'afin de rendre plus justes et plus sensibles les conséquences qu'ils tiraient des textes qui servaient de base à leurs arguments. D'ailleurs, au lieu de ce style aride et décharné, qui fut, dans la suite, celui de tous les scolastiques, et qui ne forma que des ergoteurs, au lieu de bons théologiens; au lieu de ce jargon ridicule et barbare , dont les écoles ont retenti pendant plusieurs siècles; au lieu de ce langage extraordinaire d'abstractions et de distinctions , qui tient encore aujourd'hui lieu d'esprit et (h science à une infinité d'ignorants; les trois docteurs, dont nous parlons, se sont
' Dom Rivet, tom. 9, rilè, pag. Î08.
• Nous rapporterons ici le passage ,|t. jeat. O.cilcr il<- Kavsersborg, fameux prédi- <Mmv «Je la cathédrale .le Strasbourg (qui so lit dans une de ses lettres', écrite en 1505 à L'lricZ.wiu.s professeur <n droit de l'Université de Fribourg . laquelle se trouve en original dans la bibliothèque .le la mémo Université. « Quid dicam de mea ■ Rente? Multos theologos , theoph.ïos vero terra hec malcdicta produrit paudssimos, « s, tamen al.quos-, acntos vero disputalores plurimos, proximorum et Dei dilectoi» null.». Dei» umereatur noslri, qui omnem absumimus .rtatem nostram in n»gi» .HM.snbnn humanorum studiorum . 9ed et divinormn , in qnibua ulique nup- ; dum Dei scrutamur majestatem, et nostram negligimus considerare inlîr- • mitatem, ignorantias et malitias; nihil de virtutibus solliciti quemadmodum etli- « ciamurbom, casti, mansueti, humiles, modesti, tempérantes, charilat'vt, mi«e-
servi dune manière décrire également agréable et solide ; et on voit, dans leurs ouvrages, le sage emploi des figures et des tours éloquents prévaloir souvent sur le syllogisme le mieux tourné.
Manegold , l'un d eux , prit naissance en Haute-Alsace , et dans le diocèse de Strasbourg , dans un endroit appelé Lutenbach , dont il prit le surnom et où il devint ensuite chanoine Il apporta au monde un génie heureux, à l'aide duquel il fit de si grands progrès dans les lettres divines et humaines, qu'il devint aussi habile théologien que philosophe profond. On ignore à quelle école il fit ses premières études. La supposition de Du Boulay*, qui prétend que ce fut à celle de Paris , n'est appuyée d'aucune autorité. Maître Manegold (c'est sous ce titre qu'il est particulièrement connu) commença à enseigner fort jeune, puisqu'il florissait sous le pontificat de Grégoire VI 3, qui vivait en 1045 et 1046. De tous les titres d'honneur que portèrent ceux qui professaient les arts et les sciences , dans l'onzième et le douzième siècles, il n'y en avait point de plus commun que celui de Maître. On avait attaché à ce titre une idée si honorable et si brillante, que ceux qui en étaient une fois décorés, le retenaient toujours, à quelque haute dignité qu'ils fussent élevés dans la suite4. Manegold s'engagea d'abord dans les liens du mariage. Cet engagement ne troubla point ses travaux, et ne nuisit point à son
« ricordes, patientes. - - Celle lellre a été imprimée dans les Amœnitas litterariœ Friburgenses, pag. 97, du fasoicul. I. {Soie de l'éditeur.)
' Voyez le tome premier de cette histoire, liv. 4, pag. 41*.
* Histwria Univcrsitatis Parisiensis, tom. 1. pag. 347.
3 Ptolomœus Lurent», in Mstoria eeclestatica , lib. 18 , c. 28, apud Muraton , m Scriptor. rer. iialiv. . tom. xi . pag. 1060 : « Tempore autem Gregoni sexti • noruit in Iheulonia Mci.c^aldus pliilosophus , «ccularibus quidem litcris erudttus " ultra coetaneos suos. »
1 C'est la remarque de Du Boulay, Hitt. Univcrsitatis Paris. , pag. 367 et 368.
zèle pour les sciences ; car il eut le bonheur d'épouser une femme également chrétienne et instruite , dont il eut des tilles, qui devinrent savantes, surtout dans l'intelligence des saintes écritures Ces filles ouvrirent même des écoles publiques, où elles enseignèrent, avec réputation, aux personnes de l'un et de l'autre sexe , la théologie et les belles-lettres C'était la profession de leur père, qui 1 exerça d'abord en Alsace avec le plus grand succès. Manegold ignorait ces façons pédantesques, trop ordinaires dans les écoles , où les maîtres regardent leurs élèves comme autant d'esclaves. II n'employait que la douceur et la voie de la persuasion : il n'en venait à l'autorité que lorsqu'il s'agissait de la profondeur des mystères de la religion. Alors il empêchait, en maître, qu'ils disputassent sur ces matières , voulant qu'ils ne fissent usage que de leur foi pour adorer ce qu'ils ne pouvaient comprendre. Il se forma ainsi plusieurs disciples , qui se distinguèrent autant par leurs mœurs que par leurs talents. Le plus illustre, comme le plus connu, fut le bienheureuxTheotger \ évéque de Metz, fils de Folmar III, comte de la même ville, et de Spanehilde, comtesse d'Egisheim, et de Dabo dont
1 ' PtolomiM» Lucensis, in Annalibus , ton,. 25 , Hibtioihecœ palrum, pag. 95* «/./. Lugdun., an. 1677, et apud Muratori , ,n Scriptor. rer. italic, tom. x,, Pag- 1256 : . An. Dora. 1090 (I. 1050) Dorait in theutonia quidam philosopha, « eu, nomen Menegaldus, cujus usor el flli* in philosophia fucrunt permaxim*. .
' Richardu, Pictaviensi», in Chronico, apud Martenne, tom. 5, cit., pag. H69 : - t,or quoque Menegaldi philosophi cl flliœ religiono /lorentcs multam in Scriptur» « habuere not.tiam et discipulos proprios fili. ejus pr^dict* doeebant. »
iMolomée dc Lucqucs, //,„„,, e.Uesiatt., pag. ,060, répète la mémo chose , cl
vl C\UU* 'nUlt0S liabuCn,nl ,,i>d',u,os» *™ inslruxerunl tom in
viu, quant m doetnna. >
' . Jheotgeru. , sub ,na?,slcrio eujusdam Manegoldi , prsfecti scolarun, in « '-errimi rC'a' V,n non ^ «ioclmimi , sed etiam morum sinceritate iule - .««au, opUme mstitutus, . ditTnthéme, Annal. //,>,«,„,, to„, |, pag. fl».
nous avons déjà parlé ». Manegold quitta sa patrie vers l'an 1060 , et pénétra jusque dans le cœur de la France *. Il alla de là à Paris, où il ouvrit, vers l'an 1076 \ avec Anselme de Laon , une école publique de théologie et de philosophie 4. C'est là l'époque du rétablissement des lettres dans cette capitale et la première origine de son université c. Les leçons de Manegold étaient désintéressées et gratuites ,;, bien différent en ce point de Lambert , qui enseigna à Paris après le commencement de l'onzième siècle, et qui amassa des biens considérables à cette profession \ La plupart des écoles étaient alors mercenaires, et on y vendait chèrement les leçons qu'on y faisait *. Abailard , après avoir renoncé au monde , se reprochait d'avoir ouvert la sienne pour amasser du bien 9, et il avoue ingénument que l'art d'enseigner lui avait valu de grosses sommes d'argent10. Ces fonctions, si nobles en elles-mêmes, étaient devenues absolument vénales, et peut-être ne faut -il pas chercher une autre cause de cet avilissement, dont elles ne se sont point encore relevées. Manegold fut à Paris un des maîtres de Cérard de
' Pag. 72 de ce tome.
* Chronicon Alberici Monachi Triuin Fontium, pag. 99.
» Et non , comme le pense dom Rivet , tom. 8 , pag. 696 , en 108Î , année a laquelle Mangold parait déjà avoir été de retour en Alsace.
4 Du Boulay, Historia Universitatis Parisienm, tom. 1, pag. *87 et 621. et don. Clémencel, Histoire littéraire de France, tom. 10, pag, 171.
'Quoique l'école de Paris ne portât pas dès -lors le titre d'Univers.te . on y découvrait cependant, comme le prouve dom Rivet, tom. 9, pag. 80 et ttttv.. loules les conditions requises pour le mériter.
' Eccardus, Corpus Hist. medii œvi, tom. 2, pag. 368.
1 Adelmanni rylhmus de Viris illuslribus sui temporis , apud MabtUonem Analect., pag. 382, nova edii.
* Rivel, tom. 9, pag. 20 et scq.
* Operum, pag. 974.
10 Epist. 1, cap. 5, pag. 9.
Londun 1 et du fameux docteur Guillaume de Champeaux*, qui forma lui-môme tant d'autres disciples. Le premier enseigna longtemps les arts libéraux , qu*iJ avait étudiés sous Manegold , à Loudun , sa patrie , et mourut religieux de l'abbaye de Bourgueil \ Guillaume de Champeaux, une des lumières de son siècle, dont les leçons attirèrent, en 1108, à Saint-Victor, un si prodigieux concours d'étrangers, et qui enseignait avec le même désintéressement que son maître, fut élevé/en l'an 1113, sur le siège épiscopal de Chàlons-sur-Marne \ Manegold parcourut aussi différentes provinces de France , et l'on croit que ses courses littéraires s'étendirent jusque dans le Poitou *. Si l'on veut même prendre à la lettre l'expression d'Otton deFrisingen6, on peut ajouter que Manegold porta la lumière de la science et de la philosophie non-seulement dans la France, mais même en Espagne.
Quelque honorable que fût la profession qu'exerçait
1 Baudn, abbé de Bourgueil, apud Duchesne, in Scriptor. Hist. Franc., tom. 4, paj. Î60, commence ainsi ses vers en l'honneur de Gérard de Loudun, devenu «on religieux :
« t'beribus, Manegaudc, tuis laclalus abunde « Tempnrc pnsterior, pene legendo Prior, « Atque luis sinibus ahstractus venit ad Andos - Ardua Gerardus planaque dicta gerens. . 1 Vo.ci comme s'exprime un auteur anonyme, qui étudia à Paris, sous Guillaume de Champeaux , apud Ecca,dun, , in Corp. historiœ roerfu œvi , tom. î, pag. 368 : • Uns.us modo sum in scola magiMri Guillelmi, summi viri omnium sui temporis.
« quo. ego noverim, in omni génère doctrinal qui omnibus ad eum undique
" VCn,Cnl,b»s r»tis et causa Dei solummodo , more magistri Manegaudi beat* « memor.*, devotum ac benignum se pnebuit. > * Uiv. t, tom. 7, pag, 63.
l'Hil^V.r °Ui,1',,,me <le Chara^ux. "»ort en 1121 , le dixième volume de 1H »to,re I,ttera,re de France, par dom Cmentel, pag. 307-315. Rivcl, tom. 9, pag. 282.
"In Chronico, lit. 5, prœfat. pag. 100.
Manegold, et quelque avantage qu'en retirât le public, il voulut cependant, après la mort de sa femme, se consacrer à Dieu dans l'état ecclésiastique. De retour dans sa patrie, il devint chanoine dans la collégiale de Lutenbach , qui venait d'être sécularisée 1 , et , peu de temps après , il fut revêtu du sacerdoce. Manegold s'y rendit aussi célèbre sous l'aumusse de chanoine, qu'il l'avait été sous le manteau de philosophe. Ce fut dans cet intervalle que ce savant Alsacien prit la plume pour la défense du saintsiége , en faveur duquel il publia deux ou trois écrits. Le premier, qu'il composa , fut pour réfuter un clerc de Cologne, nommé Wolfelm, qui soutenait le parti de l'empereur Henri , et qui s'était ouvertement déclaré contre Grégoire VII. Cet écrit, que Muratori a publié en 1713, d'après un manuscrit de la bibliothèque de S. Ambroise de Milan *, contient vingt-quatre chapitres ; mais ce n'est proprement que dans les deux derniers que l'auteur fait l'apologie du pape s. Il y prouve la canonicité de l'élection de Grégoire VII, élection reconnue non-seulement par les églises de France , d'Allemagne , el d'Espagne , mais encore par les schismatiques eux-mêmes , lorsque l'empereur Henri, ayant pris leur avis, s'adressa à lui pour se faire absoudre de l'excommunication qu'il avait encourue. Après avoir fait l'éloge des prélats, des princes et d'autres personnes d'un mérite distingué, qui soutenaient en Allemagne le parti de Grégoire, il déclame vivement contre les archevêques et les évêques rebelles aux avis et
1 La sécularisation <Je l'abbaye de Lutenbach, faite après l'année 1079. n'est pas cependant de beaucoup postérieure à cette époque. On peut la placer dans les premières années du quatre- vingtième.
' Anecdotonim, tome i, imprime à Padoue en 1713, in-4»,pag. 16S-Î08. — Pièces jusUf. du tome î de l'Histoire d'Alsace, til. iU,pag. cxliv. (N. <h l'èd.)
1 Ibidem, pag. iOi, J08.
aux décrets canoniques du saint-siége. II les accuse de ne s'être séparés de l'Eglise , que pour éviter les peines dues à leurs crimes, de n'avoir engagé, dans leur damnation, Henri , leur roi , que pour trouver un défenseur dans leur prévarication , et enfin , d'avoir, lorsqu'on les pressait de témoigner du respect pour le chef de l'Eglise, répondu, plusieurs fois, qu'ils n'avaient d'autre pontife que l'empereur. Cet ouvrage, dont nous parlerons encore ci -après, est écrit avec force et chaleur; mais on y trouve, comme dans tous les autres écrits du temps , trop de morgue et de vivacité. Plusieurs passages y décèlent l'homme de bien, invariablement attaché à l'unité de l'Eglise; mais quelques-uns renferment des principes faux et erronés, tel qu'est celui, où il assure que l'autorité du Saint-Esprit a décidé que le souverain pontife ne pouvait être jugé de personne », principe contraire à l'écriture sainte et à la tradition des premiers siècles. Manegold dit dans cette apologie * qu'il s'était aussi engagé à répondre , au plutôt, a un écrit que Winric ou Henri , écolâtre de Trêves , et depuis évêque de Verceil , avait publié contre Grégoire, sous le nom et l'approbation de Thierri , évêque de Verdun ; ce qui fait voir que le traité de Manegold est postérieur à l'an 4078 , que Winric fut élevé sur le siège épiscopal de Verceil, en Lombardie.
En effet , ce Winric avait répandu , en divers endroits de la Germanie, un libelle contre Grégoire, où, prenant e nom de l'évêque de Verdun , il l'adressa , en forme de lettre au pape lui-même, et sous le titre d'ami, comme pour donner plus de poids aux reproches qu'il lui faisait.
summlm V'rT9' *°* '' * *a,,cli quo,«ue a««orilas, qua statutum esl
summum ponLi^m a nemine judicandum. .
Lap. 2*, pag. 207.
Cet écrit de Winric, qu'on a conservé », roule principalement sur les mœurs de Grégoire qu'on décriait, sur les règlements trop rigoureux contre les prêtres concubinaires, sur la déposition inouie de Henri , sur sa trop grande facilité à excommunier, et à le faire trop souvent pour de légers sujets, sur sa sentence d'absolution, par laquelle il prétendait délier les sujets du roi de leur serment de fidélité, enfin, sur son opposition aux investitures ecclésiastiques, accordées par le môme prince. Cette lettre , où 1 auteur, sous le voile de l'amitié et des sentiments d'un cœur pénétré de douleur, expose au pape ce que le bruit public l'accusait d'avoir dit et fait contre les lois divines et humaines, trouva un adversaire dans Manegold, qui la traita de libelle plein de mensonges et de calomnies contre le saint-siége, contre la discipline ecclésiastique et contre la religion catholique. La réponse de Manegold , ou le traité qu'il fit en conséquence, n'a pas encore vu le jour»* mais nous en avons découvert le manuscrit à Carlsruhe , dans la bibliothèque de M. le margrave de Bade. Ce traite renferme soixante-dix-huit chapitres , dont nous donnons les titres parmi les pièces justificatives de cette histoire *, avec la préface de l'auteur, adressée à Gebehard 3, que nous croyons être le même que S. Gebehard, archevêque de Saltzbourg, un des plus illustres partisans du pape Grégoire VII \
' Il est imprimé dans dom Martenne, Anecdot., tom. 1, />«</• *U-230.
* Pièces justificatives, Util. d'Ats., tom. h, lit. *95, pag. cxia.
1 « Gebehardo arcis sion speculatori vigilantissimo, nec non animahanteet rétro • oculato, Manegoldus ille vormis cl non hotno, quiquid supplex gemensque pecca- « toris devocio, etc. •
' Comme le remarquent Berthold de Constance, ad an. 1088, et B^ronius, nna . ecclesiastic, tom. 12, ad eumdcm ««««m, pag. 9»*. Ce Gebehard , qui devint archevêque de Saltzbourg en 1060, mourut le 16 juin 1088. Sa vie, écrite au ou-
La réponse de Manegold à Winric a également le mérite du zèle dans son objet, de la solidité dans les faits et de la profondeur dans les recherches; mais elle a en même temps les défauts de 1 écrit précédent, tant à cause de certaines opinions, qu'on ne saurait excuser, que par rapport à la manière de procéder, qui n'était guère propre à apaiser les troubles de l'Eglise. Car il faut avouer qu'on ne peut approuver tout ce que cet intrépide défenseur de Grégoire VII y écrit sur l'autorité des rois dépendante du saint-siége, sur la déposition des souverains et l'absolution du serment de fidélité de leurs sujets, sur le conseil qu'il donne d'éviter ceux qui sont, frappés de l'anathéme, quand môme ils le seraient injustement; sur l'approbation qu'il donne à ceux qui tuent les excommuniés et sur la défense qu'il fait de prier pour les partisans de l'empereur Henri. Le troisième écrit de Manegold, en faveur du saint-siége, est perdu, si peut-être il n'est pas le même que celui dont nous venons de parler. Du moins on ne le connaît que par quelques traits que Gerhoh, prévôt de Reichenberg, a fait entrer dans un traité adressé au pape Innocent II ». On voit par l'idée qu'il donne de cet ouvrage , que Manegold cherchait principalement à excuser la sévérité employée par ce pape contre les clercs simoniaques et concubinages qu il avait interdits du ministère de l'autel et de l'entrée de 1 église. Ce livre fut, selon Gerhoh, très-bien reçu de la part de ceux qui étaient attachés au pontife, et il ajoute que les chanoines réguliers de Reichenberg, ses confrères, regar-
iièmc siècle, trouve dans Canisius, Antiguanim ieetwnutn, tom. 2, pag. 319, t 2 r T'.227' * danS ,e 'annin« ' «» SS.. to,n. 6, Jutiii, p. 1*7. «JL r61" aaUSSir>ubl*> iM"*..pag- 157-165. Je traité que cet archevêque composa en 1 an 1081 en faveur du pape Grégoire VU.
5«i LTn ^ T''1' D°m PC2' Anec't0t- tom. i, part. *, pag. 438-
daient les écrits de Manegold comme des oracles du ciel. Ils servirent même à ramener du schisme plusieurs de ceux qui s'y étaient engagés '.
Tous ces traités furent écrits du vivant de Grégoire Vif, et par conséquent avant la retraite de Manegold dans le monastère de Marbach, qu'un gentilhomme, vassal de l'église de Strasbourg, nommé Burcard, de Guebersweiler, fonda, en 1090 *, à deux lieues de Colmar et à une lieue d'Eguisheim 8. Le clergé alsacien était, comme nous l'avons
' Tom. Anecdot., cit. pag. 491 et 492 : « Librum a claustri Raitenbuchensis
• quondam Decanu Manegoldo rouira scptimii Gregorii laceratores compositum...
• seio catholici» episcopis placuisse, qui proptcr Wigbertinum schisma expulsi (fue- " rant)... Fralres mei prohabiliores illius Maneg >l<li sunt laudatorcs, habenlque
• scripta illius , quasi resnonsa eielestis oraculi , quibu* in Wigbertino schismate » nonnnlli fuerunt ad catholicam unitatem confortati , quibus et sa?culares contra
• ecclesiam disputatores aliquantulum tune fuerunt conlutati. . Ce passage de Gerhoh fait voir que Manegold avait aussi rempli la place de doyen dans l'abbaye de Reichenberg en Bavière, d'où dom Pez, /. cit., praf. p. 29 et 30, a jugé devoir en faire une personne différente du Manegold, qui était prévôt de Marbach. Mais dom Rivet a prouvé dans l'Histoire littéraire de France, tom. 9, pag. 284 et 285, par l'identité des faits et par trois divers rescrils du pape Urbain II de l'an 1096, rapprochés les uns des autres, que le même Manegold réunissait dans le même temps en sa personne la double dignité de prévôt de Marbach et de doyen de Reichenberg. En effet, doin Pez lui-même, Anecdot., t. 5, part. 1, pag. 297 et 298, rapporte deux bulles du pape Urbain 11, dont l'une rappelle « filium nostrum Manegoldum magistrum scolarum » et dont l'autre est adressée « M. Decano Reitinbochensium. » La première est datée de Forcalquier, et revient au 9 aoust 1096, la seconde, qui n'a pas de date , lui est postérieure : ce qui prouve qu'il était déjà prévôt de Marbach , lorsqu'il fut élevé au doyenné rie Reichenberg. — Voy. sur la question de l'identité de Manegold de Marbach avec Manegold de Reichenberg, une longue note d'Ussermann, ilermanni contracti chronicon, t. 2, p. 161-162. On y réfute l'opinion qui croit à l'identité de ces doux personnages. (Sole de /' éditeur.)
* La date précise de la fondation du monastère de Marbach est marquée dans un ancien manuscrit, écrit en 1154, par une religieuse du couvent voisin de Schwartienthann , nommée Guta. On y lit : « Scriptum est hoc ipsum opusculum ab - eadem predicta Guta, ab incarnate Dci Verbo mci.iv.... Anno sexagesimo quinto • ex quo fundatum est Marbacense ernobium, » ce qui revient à l'an 1089 ou 1090.
* Fragmcntum historicum auctoris ineq^i. npud Urstisium, pag. 83. An. Domini »090 fundata est Margbach ecclesia S. Augustini a militari et illustri viro Burchardo
270 HISTOIRE DE l'ÉGLISB
déjà dit ailleurs , tombé dans un grand relâchement pendant les troubles du schisme. Plusieurs prêtres, qui n'y avaient pas pris part, ou qui rayaient abjuré , se retirèrent dans les bois et la solitude pour y mener une vie pénitente, et pour n'être point obligés de communiquer avec ceux qui tenaient pour l'empereur ». Ces prêtres trouvèrent un asile assuré dans le monastère de Marbach, surtout lorsque Manegold, animé d'un même esprit, s'y rendit lui-même après avoir quitté son canonicat de Lutenbach. Saint Yvçs, évêque de Chartres, ayant appris ce changement, écrivit à iHunegold, son ami, pour lui en témoigner sa satisfaction *. M profita du départ d'un de ses clercs , qui désirait de s'instruire auprès du nouveau solitaire, et profiter de ses leçons et de ses lumières. Cette lettre, une des premières que Yves écrivit après son épiscopat, est, par conséquent, postérieure au mois de novembre 109! qu'il fut sacré évêque de Chartres par le pape Urbain II. Ce prélat félicite d'abord Manegold, de ce que, après tant de courses, il s'était soumis au joug de Jésus-Christ, et de ce qu'ayant méprisé un monde qui lui riait, il voulait mener une vie tranquille et pénitente dans la maison du seigneur 3. « J'en ai béni, ajoute-t-il, la bonté divine qui
■ de Gebelswilre , cujus adjutor et coopcrator lldclissimus magister Manegoldus de
• Luttenbach extitit. . (V. aussi P. j. du t. î de l'H. «TA., t. 505. p. 56. .V. deiéd.) ^ Hchot, Hist. des ordres monastiques, tom. 2. pag. 105.
« U lettre de Saint-Yves commence ainsi : . Yvo Carnotensis ecclesiœ non satis
• aptus Minister fratri Manegoldo magistro. » C'est la quarantième dans l'édition des œuvres de ce saint évêque. publiée à Paris en 1647, parles soins de Jurel et de fcouchet, parte altéra, p 18, j.-B. Soud.d, ,„ Obierv., ad. dicta, Yvonis epistola*,
u n 137' C°nf0n<1 CC ManeS°,d a™ le vénérable Manegold . qui était . en
U78 abbé de Saint-George dans la Forét-Noire. Voy, Pièces just. du tom. i de I Huto.ro d'Alsace, tit. 506, pag. c.vn. {Sote de VèdUeur.)
« Quoniam posl multos circuitus levem Christi sarcinam subire , et contempto « muml, Hore in domo Dei abjecte vivo're elegisti. .
<r donne sa grâce aux humbles. Je la conjure de vous
< maintenir dans ces pieux sentiments, afin que vous « puissiez remettre le talent au centuple à celui qui vous « l'a confié. Il était juste qu'après avoir enseigné àtantdeper-
< sonnes par vos discours le chemin qui conduit à la vie , « vous y affermissiez quelques-uns par votre exemple en « y marchant vous-même. Il faut, après avoir formé tant
* de disciples de la philosophie, que vous ne cessiez d'en-
< gendrer à Jésus-Christ , des enfants remplis de l'esprit « de ses divins préceptes *. En disant cela, continue S.Yves, ' je ne prétends pas instruire un savant , dont j'aurais
* plutôt besoin de prendre des leçons : mais je le dis
< seulement pour me réjouir avec vous de vos progrès *■ dans la vie spirituelle , et pour vous montrer le désir « que j'ai de les voir encore augmentés. » L'évéque de Chartres se recommande ensuite aux prières fraternelles de Manegold, dont il avait surtout besoin dans la place éminente, mais difficile, où la Providence l'avait placé. Il le presse, sur la fin de sa lettre, de lui écrire, lorsqu'il en trouvera l'occasion, afin qu'il eut la consolation de voir en lui l'homme intérieur, comme il venait de lui découvrir le sien.
Saint Yves, avant que d'être choisi évéque de Chartres, avait été le premier abbé ou prévôt du monastère de S. Quentin de Beauvais, où il introduisit, en 1078, l'institut des chanoines réguliers*, connu depuis quelques
' • Sic cnim , ordo rationis posccb.tl , ut qui verbo ad viain vite» plu-
* rimos informaveras , aliquos aliquando conformares, et confirmares exemplo ;
* et qui de semine patris Jacob tanquam Zelpba inveterata et ancillari consuetu- " dine philosophandi lilios pepereras , jam de ejusden patris semine tanquam - speciosa Rachel ex intima» visionif libertate spiritualem sobolem multiplicare non
* désista». »
! Alberici Chronicon, page \it. Voyei Hélvot, tome cité, chap. 14, pag. 101,
années en France '. L'origine de cet institut remonte au milieu de l'onzième siècle. Les chanoines des églises cathédrales et collégiales s'étant alors relâchés , S. Pierre Damien sollicita fortement le pape, Nicolas II, de remédier, à leurs désordres, en bannissant parmi eux la propriété : c'est ce que fit le souverain pontife dans un concile , tenu à Rome en 1059, où, après avoir condamné la simonie et le concubinage, il ordonna que les clercs logeraient et vivraient ensemble, mettraient en commun ce qu'ils recevraient de l'Eglise , et s'étudieraient à pratiquer la vie apostolique8. La même chose fut ordonnée, en 1063, dans un autre concile, par le pape Alexandre H3. Les clercs, qui acceptèrent ces règlements , se soumirent à la vie commune et à la désappropriation. Ils furent de là, dit M. Fleuri 4, appelés chanoines réguliers ; et ce nom leur est resté pour les distinguer de ceux qui formaient le clergé titulaire des cathédrales et des collégiales. Ils adoptèrent, pour modèle de vie, une épître de S. Augustin, dont les clercs vivaient en commun à Hippone , dans une pauvreté volontaire5. C'est à cette épître qu'on donna ensuite le nom de règle de S. Augustin6. Ce saint évêque
Dupin, Bibliothèque dis auteur» ecclésiastiques , tom. 8, chap. 14, pag. 132, et dom Clémencet, Histoire^ 'littéraire de France, tom. 10, pag. 103 et 104.
1 Le premier qui introduisit les chanoines réguliers en France, fut Gênais, archevêque de Rheims, qui en fit observer l'Institut en 1059 , dans l'abbaye de Saint- Denis, située dans un faubourg de sa ville archiépiscopale. Marlol , Metropoli* Rementis Hisloria, tom. 2, pag. 138.
* Yoyei Mabillon, in Annal. Ord. S. Itcnedicti , loin. 4, appendicis, pag. 74S : Labbe, Conciliornm , tom. 9, pag. 1099, et Mansi , Consiliorum , tom. 19, pag.
» Labbeus, tom. 9, pag. 1175, et Mansi, tom. 19, pag. 1025.
* Histoire ecclésiastique, tom. 13, liv. 61, pag. 13fi.
* Belyol, Histoire des ordres monastiques, tom. 2, clwp. 2, pag. Il et 17.
9 Elle se trouve imprimée dans le recueil d'Eust bc Amort, intitulé Velus disciplina Catumivorum regularium et sœcularium. pa.j. 12H et seq.
d'Hippone, rassemblant les clercs supérieurs de son église, pour vivre en commun avec lui, les engagea à une entière désappropriation de leurs biens. Cet état parut accompli , parce qu'il réunissait à la vie active du clergé séculier la pauvreté évangélique , dans laquelle consiste la perfection de l'état régulier. Ceux qui l'embrassèrent furent nommés chanoines réguliers, parce qu'ils s'engageaient, par vœu, à une entière désappropriation, telle qu'elle est prescrite par les règles des ordres monastiques, différant en cela des chanoines séculiers , qui conservaient la propriété de leurs biens, quoiqu'ils vécussent dans un dortoir et un réfectoire communs, des revenus de l'église qu'ils servaient. Manegold, qui s'était retiré à Marbach, y introduisit, en 1094, des chanoines réguliers, auxquels il fit embrasser la réforme de S.Yves, son ami, et celle qui venait de s'établir à S. Ruf d'Avignon ». Manegold fut le premier prévôt de Marbach : c'est ce qui le fit regarder comme un des fondateurs de ce monastère8, d'autant plus qu'il avait été, dans cet établissement, un des principaux coopérateurs du zèle et de l'entreprise de Burchard de Gebersweiler 3. Marbach,
1 Petrus, in Oermania Canonico-Augustiniana, apud A'uen, in Collectione scrtptorumrer. hislorico-monastlco-ecclesiasticarum, tom. 5. part 1, pag. 37 et pari.. î, pag. 302, et Jean Antoine Zung, Historié de Online Canonicorum regulanum s. Augustini prodromus . tom. 2, pag. 577, disent que les premier! chanoine» réguliers de Marbach furent de la congrégation de Saint-Ruf d'Avignon. Cette opinion parait fondée sur l'ancien nécrologe de Marbach, où on lit au 14 janvier : « Commemoratio fratrum s. Rufi. »
• . Comme le dit en termes exprès Bertold de Constance, apud Vrttisium, po». 371 : , Hoc tempore (an 1091) Magi.ter Manegoldus de Lutenbach monastenum . canonicorum apud Marbach instituere cepit, seque unum corumdem canonicorum • communiter et regulariter viventium esse voluit. •
* Berler, in Chronico Rubeacensi mu. fol. 348, et Mirœus, Ca»°"ico™m "9£ larium ord. s. Augustin origines ac progressus, cap. 45, apud kuen, t . •. tom 3, pag. 42.
comme nous le verrons dans un des livres suivants de cet ouvrage, où nous le ferons connaître plus amplement, fut le berceau de la plupart des monastères du même institut, qui s'établirent , dans la suite , en Alsace et dans l'Allemagne, et qui adoptèrent ses constitutions. Celles-ci , qui renferment cent cinquante-trois articles, se trouvent dans un ancien manuscrit de Marbacb, écrit en 4154', et sont, par conséquent, antérieures à cette époque. Eusèbe Amort, chanoine régulier dePollingen, qui les a publiées, en i 747*, sur un autre manuscrit de sa maison, croit 1 qu'elles sont l'ouvrage de Manegold ou de Gerung , son disciple et son successeur dans la prévôté de Marbach l. Ces constitutions ont cela de particulier qu'elles prouvent, ainsi que celles de Hirsauge5, adoptées également en Alsace, que la communion , sous les deux espèces , y était encore en usage dans le cours du douzième siècle *, et que l'Extréme- Onction s'y conférait toujours alors avant le viatique 7. La réputation dont jouissait Manegold, et les écrits qu'il
* Folio 224-282 à la suite de la règle de Saint-Augustin, fol. 167-174, et du commentaire de Hugues de Saint-Victor, fol. 175-223.
* Dans le recueil que nous venons de citer, tome 1, page 384-431. Le manuscrit dont s'esl servi Amort, renferme, page 890 et 392 quatre constitutions, qui ne se trouvent pas dans le manuscrit de Marbach. Par contre la constitution xcu de ce dernier a été omise dans le manuscrit de Pollingen. Nous donnerons dans les pièces jusl. les titres de ces constitutions. Voy. Hist. d'Als., t. H, lit. 514, pag. clxv.
* Ibidem, pag. 69 et 383.
* Gerung, qui devint prévôt de Marbach au commencement du douzième siècle mourut en 1130, suivant le nécrologe de ce monastère.
' Publiées par dom Hcrgolt, Velu» disciplina monatttca, pag. 452 et 458.
* La constitution de Marbach, qui est la 55» dans le manuscrit de 1154 , et dans Amort. à la page 406, s'explique ainsi en parlant des messes solennelles : » Com- . municetautem primus sacerdos, deinde diaconus et subdiaconus, et posteosalii, . qui voluerint, flexis genibus. Sanguinem ve ro à Diacono slantes accipiant, calice « sibi tradito a sacerdote. »
' Articles 128 et 129, apud Amort, pag. 423 et 424.
avait publics en faveur de Grégoire VII, firent que l'empereur Henri IV employa tous ses efforts pour l'attirer à son parti après la mort de ce pape. Mais le nouveau prévôt de Marbach, autant attaché à Urbain II, qu'il l'avait été à son prédécesseur, fut aussi insensible aux promesses de ce prince qu'invinsible à ses menaces1. Il ne travailla même qu'avec plus d'ardeur à faire rentrer dans l'unité plusieurs de ceux qui s'étaient séparés de l'Eglise romaine. 11 profita, surtout, d'une grande peste qui régna, en J094, dans presque toute l'Allemagne , et qui enleva à l'Alsace une grande partie de ses habitants. Cette mortalité avait été précédée de quelques phénomènes moins effrayants par eux-mêmes que par les conjectures qu'on en tira. On vit, sur les bords du Rhin, une grande lueur, qui éclairait l'hémisphère». L'astronomie était alors si imparfaite, qu'on crut remarquer un signe de la vengeance de Dieu dans ces exhalaisons enflammées, qu'on a depuis nommées aurores boréales 3. Le peuple, toujours crédule et trompé
« Anonymus Mellicensis, cap. et lib. supr. cit. : * Manegoldus Presbyter... stre- . nuus «nertor veritatis fuit, a qua nec promis* . nec mini» sch.smahc. Reg» « necli poluit. Quin imo in dissensione illa, qu* inter Grcgorium septimum et Ren- - ricum quartum exorta fuit, Pro luenda juslitia laboravit usque ad v.ncula. Extat ad . eum scripla quidam exhortatoria Yvonis episcopi Carnolensis ep.stola. .
• Il est indubitable, d'après le texte de Conrad, abfae d'Ursperg tu Chromco, pag. ccxlv, que ce phénomène était une aurore boréale : « Nubes quoque sanguineas . Um aboccidente quam ab oriente surgenlessibique invieem in «eli cenlro concur- . rentes, rursumque mediis fere noctibus à septentrione igneos exurgerc .plendoi* .
» L'aurore boréale : en allemand Nordschein ou Nordlicht , est une lum.ere trèsvive et très-éclatante , qu'on aperçoit quelquefois du côté du Nord, sous la forme d'an segment de cercle , d'où sortent des jets et des rayons , deux outroBh, après le coucher du soleil. Les philosophes sont partagés sur la cause de ce bnl Uni Phénomène. Feu M. de Mairan est presque le seul physicien , qu. a.t paru . occuper sérieusement dans son Traité physique et historique de l •«""^ ' imprimé es années 1733-1754. Il l'attribue à l'atmosphère solaire qu, s^roc^ quelquefois assez près de l'atmosphère terrestre , «*t se môle avec e e par
HISTOIRE DE l' ÉGLISE
par les ridicules interprétations des astrologues, s'imagina voir, dans l'air, des armées rangées en bataille, qui combattaient les unes contres autres 1. Quiconque remarqua ce météore en raisonna à sa façon, et, selon le préjugé où l'on était, que de pareils phénomènes ne paraissent jamais sans être suivis de quelque malheur, on le regarda comm^ le précurseur de la peste qui survint peu de temps après. Manegold se saisit de ces circonstances et de la crainte qu'inspiraient ces sinistres présages, pour prêcher la pénitence dans l'Alsace, où, selon l'expression d'un auteur contemporain3, la religion était presqu'entièrement
de l'attraction. Le Père Noceti a fait sur l'aurore boréale un poème latin , où il a suivi pas à pas, mais en grand poète, les idées de M. de Mairan. Les unsen donnent pour cause les exhalaisons élevées de la terre dans l'atmosphère, qui y éprouvant une fermentation , produisent cette lumière. Les autres ont recours aux glaces et aux neiges, qui se trouvent vers les pôles, et qui réfléchissent les rayons du soleil vers les couches supérieures de l'atmosphère. M. Halley attribue la formation de l'aurore boréale à la matière magnétique , qui sortant des pâles de la terre circule autour d'elle. M. Berlholon , dans un mémoire lu au mois de décembre 1777 à l'académie des sciences de Montpellier, inséré dans le journal encyclopédique, 15 mars 1779, pag. 493 — 506, prétend qu'elle est un phénomène phosphoricc-éleetrique. M. le baron de Hupsch , dans ses Physicolische Untersuchung der naturalùehen Ursachen des Nçrdscheins , imprimées à Cologne en 1778, croit que les aurores boréales sont les effets d'une matière phosphorique produite par des exh>laisons sulfureuses très-fines. On trouve dans les Analecta transalpina imprimées i Venise en 1774 , tom. 1 , pag. 293 , un moyen facile d'imiter les aurores boréales par le secours de la chambre obscure, imaginé par M. Samuel de Trievald.
• Albertus Stadensis, in Chronico , pag. 251.
* Bertholdus Constantiensts , apud Urslisium, pag. 372 : « An. 1094 in Alsatia « Magister Hanegoldus de Lutlcnbach , mirabililer ecclcsiasticam religionem jam
■ dudum in illis partibus exlînclam , Deo miscrante, reaccendit. Nam, invalescente
• apud illos diuturna mortalilale, omnes pene majores et militares illius Provincie,
■ ad ipsum catervatim convenere , et de excommunicatione per polcstatem ipsi i « Domino Papà concessam , absoluti , et de reliquis eorum peccatis accepta peni-
• tentia per eum absolvi non cessaverunt. Hi omnes Domino Papa; Crbano deinceps
• obedire fideliter decreverunt : unde et ofllcia simoniacorum et incontinentium « Presbyterorum penitus recipere noluerunl. Hujus autem obedienUa? Dominus « Manegoldui maxima causa fuit. »
éteinte. Comme le pape Urbain lui avait accordé le pouvoir d'absoudre les personnes qui , à cause du schisme , avaient encouru l'excommunication , il déclama fortement contre tous ceux qui y persistaient. Son éloquence ardente et emphatique fit tant d'impression , que presque toute la noblesse d'Alsace et la plupart des seigneurs de la province vinrent , avec une partie du peuple , se jeter aux pieds du nouvel apôtre, pour lui demander l'absolution de leurs péchés et de l'excommunication. Ils l'obtinrent : tous promirent de s'attacher inviolablement au pape Urbain, et d'être soumis à ses bulles. Ils refusèrent môme d'assister à l'office des prêtres simoniaques et incontinents !. Le prévôt Manegold alla ensuite trouver Urbain II à Clermont, où se tint, en 1095, le fameux concile de ce nom. Il suivit de là le pape à Tours, où il le pria de ratifier l'établissement du monastère de Marbach. Urbain lui accorda , en conséquence , une bulle , dans laquelle , en confirmant les possessions de cette maison et de ceux qui y avaient embrassé la vie canonique * , il le nomme son fils et son ami particulier 3. La bulle est datée de Tours , 24 mars 1096 *.
Manegold, de retour en Alsace, toujours ferme dans la
' Le zèle de Manegold a pu être outré dans quelques points: mais il était fondé sur la persuasion où l'on était alors que le Souverain Pontife avait justement excommunié et déposé l'Empereur. Ainsi il ne méritait pas les imputations dont l'accable le P. Barre, Histoire générale d Allemagne , tom. 4 , pag. 335 , lorsqu'il dit que le missionnaire Manegold abusait de la crédulité des peuples, et que les sentiments de pénitence . qu'il leur inspirait, étaient le fruit de son faux zèle. M. l'abbé Fleury, Histoire ecclésiastique , tom. 13 , liv. 6i , pag. 588 , parle de Manegold avec plus de respect, et le loue d'avoir fait servir la mortalité à l'utilité de la religion.
1 La bulle est adressée . Dilectis flliis in Marbacensi ecclesia canonicam vitam « professis, eorumque successoribus in eadem religione permansuris. •
1 • Familiarem filium nostrum , veslrum aulem Pnrpositum ManegaUlum. •
4 Pièces justificatives. Voy. Ilist. d'Aïs., tom. il, tit. 513, pag. CLXiv.
défense du saint-siége , souffrit plutôt la captivité que de l'abandonner1. L'empereur Henri, voyant le préjudice que ce zélé missionnaire portait à ses intérêts , trouva moyen de le faire enlever, en 1098, et de le faire mettre en prison , où il le retint pendant quelque temps. Cette action , dit Berthold de Constance 2 , porta l'affliction dans toute l'Eglise catholique. Délivré de ses fers , Manegold obtint , le 2 août 1103, une bulle du pape Paschal II, qui confirmait à son monastère de Marbach celle de son prédécesseur 3. Ce fut la dernière action de ce grand homme, dont la mémoire nous ait été conservée. Il paraît qu'il mourut dans un âge avancé, puisque nous avons vu ci -dessus qu'il enseignait dès l'an 1046. On ignore Tannée de sa mort, qui est, cependant, antérieure à 1118 4. Le nécrologe de Marbach et celui de Zwifalten placent le jour de son décès au vingt -quatre de mai5. Le monastère de Marbach, pillé et brûlé, tant en 1525, par les Rustaux
* Manegoldu? Lutenbacensis est nommé par Anselme, évéque de Havelberd,/i*. de Ord. Canonic. flegular. c. 8, apud Pet. Anecd. t. 4, pari. 2, p. 81, dans le nombre des chanoines réguliers qui souffrirent la prison et les fers pour la défense de la foi.
Pag. 337 : . Manegoldus, venerabilis pnepositus canonicorum apud Marbach, - degrnuom a Henrico Rege diu in captione detentus est, co quod schismaticis « rontra ccclesiasticam auctoritatem obedire noluerit , unde et tota ecclesia longe « lalèque condoluit. »
1 Pièces justificatives, Hist. d'Ah., tom. .., Ht. 535, p. ixxxjx. Celte bulle fut donnée aux prières . Karissimi filii Manegaldi vestri preposili. .
On trouve, dés l'an 1119, une bulle du pape Calixte II, adressée à Gening, successeur de Manegold, dans la prévoté de Marbach. V. H. d'A. /. .., lit. 583, p. 236.
Le premier porte : . ix Kal., Juni , magister Manegoldus presbyte.- » Un nécrologe plus nouveau le rappelle ainsi au deux de janvi,r : c v Non. Januani, Manegoldi, • prim, pnrposui hujus domûs, olim canonici Lutenbacensis, nec non in sacrosancla
theologia doctoris eximii. . Le nécrologe de Zwifalten, apud Hess , in Scriptor. r r. Guelfic. p. m, . vu, KaI. Juniii Mancgoll magister de Iulinbafh. , Le dnmerncerologcde Ma.bach, était, il y a quelques années , au petit séminaire de r»re„e. Lpxlra„ quc nous en adonné M. Anatole de Barthélémy, diffère de celui
JJl-T "JanUariUS- -"''"onan.adm. reverendi et amplissimi domini Manegald,, le rcMe conforme. {Note del'éd.)
d'Alsace, qu'en 1632 par les troupes suédoises, ne conserve de son église aucun monument sépulcral, qui pourrait constater l'époque de sa mort. Il a également perdu tous les monuments littéraires du génie et des lumières de son premier prévôt.
Malgré les fréquentes courses de Manegold, qui donnait des leçons publiques de province en province , avant sa retraite à Marbach, et malgré les différentes affaires, qui l'occupèrent depuis qu'il en fut prévôt, ce savant et illustre Alsacien écrivit beaucoup d'ouvrages , qui justifient la réputation dont il a joui avant et après sa mort. Mais on n'a pas eu soin de transmettre à la postérité les titres de ses écrits , et nous n'en connaissons que très - peu qui existent en entier. L'anonyme de Molck, qui vivait au commencement du douzième siècle », atteste que Manegold avait fait quelques courtes notes sur le texte du prophète Isaïe , et des gloses suivies sur l'évangile de S. Mathieu , pour servir à son explication. Henri de Gand* lui attribue un commentaire des épîtres de S. Paul. Mais ces trois ouvrages paraissent perdus : on ne trouve pas, du moins, leurs titres dans cette multitude de manuscrits , dont, depuis le commencement de ce siècle, on a publie tant de catalogues. Manegold composa aussi un commentaire entier sur les psaumes de David. L'anonyme de Molck, qui l'avait lu , le trouve estimable au-dessus du topaze et de l'or le plus pur ». C'était, selon Henri deGand, un hvreou
•De scriploribusecclesiasiicis, cap. 105. lib. et pag. supra cit : . Manegoldus . premier textum Isaiœ prophet* paginalibus clausu.is dishnxU. Super Mathrcum ■ vero glosas continuas scripsit. »
• uL Henrici C^vensi., archi^i Tornace™, , * *nj o"bu, - '
" "'Irip.» w ..par P—*— • ^ *
« aurum obrUum preliosum. »
Di
l'auteur avait laissé à la postérité des preuves particulières de son génie. L'idée avantageuse, que ces deux bibliographes donnent de ce commentaire, doit en faire regretter la perte, quelque multipliées que soient aujourd'hui les explications du psautier On a été plus heureux, en conservant les gloses ou courtes notes que Manegold avait faites sur les psaumes , et qu'il tira principalement des écrits de S. Augustin. Ce petit ouvrage, précédé d'une tres-Iongue préface , se trouve dans un manuscrit de I abbaye de Saint -Allire de Clermont , en Auvergne*. Manegold y porte en tête le titre de docteur des Allemands5. La bibliothèque de l'Escurial, en Espagne, et celle du monastère d'Alcobaze , en Portugal , comptent aussi àins leurs manuscrits, sous le nom de maître Manegaud 4 , une histoire universelle du monde ». Il y aurait heu de douter que ce Manegaud soit le môme què Manegold , prévôt de Marbach , surtout en voyant un pareil ouvrage, fait par un Allemand, exister dans les bibliothèques d'Espagne et de Portugal, si Otton de Frisingen' ne nous apprenait pas que le docteur Manegold avait fait passer les sciences non-seulement dans les Gaules , mais encore en Espagne.
Nous avons déjà fait connaître les écrits que Manegold
PabrL" nllZ COnf°nd/e " C°,nmenUir€' ai™ **> !'■ fait Mo.anus, cite par
ZJàZT'T™ aUS8i ,CS duquel don, Rivet a rendu
compte dan, son Histoire littéraire de France, tom. 6, pag. 104-106. v>e manuscrit est in-4« t>t cnii* a«
• M Z a 7"' m°m>Cr»"<>""» — . -m. f. „. |M».
• Ct'éCri,: ' "°"i8a'di
* Manegaldus Magister.
„C;r " NiC<"M flirta *. t.
' I» tak, prvf.inm. 5, M. 100, ,upra
publia1 en faveur du pape Grégoire VII, entre autres celui qu'il composa contre un clerc de Cologne , nommé Wolfelm *. Nous avons , en même temps , remarqué que ce n'est que dans les deux derniers chapitres de cet ouvrage qu'il s'était proposé la justification de ce souverain pontife. Les vingt-deux premiers 3 étaient consacrés à un autre dessein, que nous allons faire connaître. Manegold, encore chanoine de Lutenbach , avait eu une conférence avec Wolfelm dans les jardins de cette collégiale , et avait trouvé ce clerc de Cologne extrêmement prévenu en faveur des philosophes du paganisme. Il s'était même aperçu que leur doctrine lavait insensiblement entraîné dans plusieurs opinions contraires à celles de l'Eglise. Manegold entreprit de lui en montrer le danger ; mais ses raisonnements ne produisirent aucun heureux effet sur Wolfelm, qui s'en irrita et en prit occasion d'accabler d'injures son adversaire. Celui-ci espéra de mieux réussir, en lui faisant lire, dans un plus grand détail, ce qu'il ne lui dit qu'en partie et de vive voix. Il composa donc l'écrit dont nous parlons , et dans lequel on peut distinguer deux principales parties. La première* est employée à développer les différentes opinions des philosophes païens, en commençant par le dogme ridicule de la métempsycose , inventé par Pythagore. Manegold discute ensuite le sentiment de Platon, qui a mieux raisonné sur l'origine des choses , mais qui est presque inintelligible lorsqu'il veut définir la nature de l'àme. Il fait aussi voir combien les systèmes de Xenocrate,
' Ci-dessus à la pag. 465.
' Ce Wolfhelm est différent du bienheureux Wolfelm , abbé du monastère de Brunwiller près de Cologne, qu'il gouverna depuis 1077 jusqu'en 1091, et dont la est écrite par Conrad , un de ses disciples. Elle se trouve dans dom Mabillon , in Aclti SS. Ord. S. Benedicti, torn. ix, pag. 675 el seq.
* Apud Muratori, Anecdot., tom. 4, pag. 167 et 168.
' Ibidem, page 171-182,
282 HISTOIRE DE l/ÉGLISE
d'Aristote et des autres philosophes sont opposés à la vérité, et combien ils se combattent mutuellement. Il les regarde môme comme pernicieux au christianisme , puisque non-seulement ils ont donné naissance à l'idolâtrie , mais qu'ils ont encore été les premiers germes des sectes de Manès et d'Arius , des erreurs d'Origène et d'autres hérétiques. Tous ces philosophes, dit-il, remplis de vanité, ne pouvaient être éclairés du Saint-Esprit, qui n'aime que les humbles : privés de la bénédiction des patriarches, ils ont été exclus de la vraie connaissance du mystère de la Trinité. Séduits par le démon, l'auteur des schismes et de l'idolâtrie, l'antiquité payenne n'a produit que des philosophes divisés en différentes sectes , ou des poètes, dont les vers ont divinisé le vice et le crime. C'est cette première partie, formée de dix chapitres, qui découvre principalement dans Manegold le philosophe chrétien, tel que nous le représentent les auteurs, ses contemporains. II permet cependant et conseille la lecture des ouvrages des Païens , pour en tirer ce qu'ils ont de vrai et d'utile , et pour former le goût et la beauté du style , de même que les Israélites emportèrent autrefois les vases précieux des Egyptiens. Mais il veut , en même temps , qu'on rejette leurs opinions erronées pour recourir à des sources plus pures et plus vraies.
Manegold fait ensuite voir, dans sa seconde partie1, que c'est dans la religion chrétienne que se trouve cette aimable vérité , inconnue aux sages de l'antiquité et incompatible avec leur fausse doctrine. Il entre, de là, dans le détail de quelques-uns de nos principaux mystères. L'unité de Dieu en trois personnes, la création et la chute de l'homme , le remède que le père y a apporté dans su
' Page 181-201.
miséricorde, la réparation du genre humain par l'incarnation de son Fils dans le sein d'une vierge, la résurrection du Sauveur, les miracles de sa divinité, l'effusion du St-Esprit sur l'Eglise, qu'il ne cesse encore d'animer et de conduire, l'institution du sacerdoce , qui est un véritable sacrement, conféré par l'imposition des mains1, l'immortalité de lame et la résurrection des corps , tels sont les objets remarquables sur lesquels il s'étend. Ce savant Alsacien s'explique clairement sur la transubstantiation du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, qui commençait alors à être attaqué par le fameux Bérenger de Tours. 11 dit que cette transubstantiation se fait par la vertu des paroles du Seigneur, que le prêtre prononce : c'est pourquoi il les appelle paroles vives et sanctifiantes. Il ajoute que, comme c'est Jésus-Christ qui baptise , c'est aussi lui qui change l'essence de la chose proposée pour l'oblation, c'est-à-dire, du pain et du vin , et que ce que nous recevons à l'autel est son corps en vérité et non en figure 8. L'opuscule de Manegold, dont nous rendons compte, est court et succinct, mais il renferme un grand fond d'érudition sacrée et profane3. Son style, quoique un peu diffus, est un des meilleurs du siècle ou il vivait. Ce qu'il dit des antipodes4 fait voir qu'on commençait , dès - lors , à avoir quelque idée
' Cap 21, pag. 198. « Hoc Paraclilo suggerentc orania et efficiente per aposto- « licam manuum impositionem sacrorum ordinum institulum eit sacramenlum.
» Cap. 18, pag. 193 : . Sicut in Baptismo médius stat de quo dicitur. Hic
« est qui baptisât... sic in mensa Christi, ejusdem non ligurativo, sed vero corpore « reficeris. Quantum fide capis visibiliter, quantum adest invisibilis illc sacerdos pro-
• posiUe crealune mulator atque assumtor, tanta effleacia sanclilkatiunis, ut sacerdole
• verbaDomini, quœ vivaelsanclificatoriasunt, proferente, altcndendum etsumendum
• »it, teste Ambrosio, non quod naturafonnavit, sed quod benedictio consecravit. »
* M. l'abbé Goujet, dans sa continuation de la bibliothèque des auteurs ecclésiastiques , hm. 3, pag. 386-392 , et dom Ceillier, Histoire générait dt» auieurt tanèi, t. 21 , p. 23 i-238 donnent une plus ample notice dec et ouvrage de Manegold.
* Cap. 4, pag. 175.
d un autre hémisphère habité. Les anciens, s'étant représenté la terre comme une superficie plate , ne pouvaient s'imaginer des antipodes. Ceux qui les supposaient, adoptaient pour principe que la terre était divisée en quatre parties habitables , dont deux étaient tellement séparées des autres , par l'interposition de la zone torride , qu'il ne pouvait y avoir de communication entre les habitants des deux premières parties et ceux des deux dernières. Il résultait de ce système une fâcheuse conséquence pour la religion, parce qu'on en concluait que tous les hommes ne tiraient pas leur origine d'Adam, et que l'Evangile n'avait pas été prêché dans tout l'univers. Voilà, selon Manegold, ce qui empêchait les chrétiens d'admettre des antipodes, découvertes , depuis le huitième siècle , par S. Virgile, évêque de Saltzbourg a. Mais on est revenu de ce système et de cette crainte, depuis le voyage de Christophe Colomb et des autres navigateurs, qui ont parcouru les Indes et l'Amérique. Dès la fin du douzième siècle, la bienheureuse Alpaïde de Cudot , au diocèse de Sens , qui mourut en 1210, eut, dans ses ravissements, une idée du globe terrestre, presque semblable à celle que nous en donnent nos derniers géographes. Elle crut voir, dans ses extases, le monde entier comme un globe d'une forme unie de toutes parts. Le soleil lui parut beaucoup plus grand que la terre, et la terre comme un œuf suspendu au milieu des airs, dans un fluide immense '. Cette représentation favorise
' Comme le raconte un auteur du même siècle, Robert, moine de Saint-Marien, d Auxerre, in Chronologia Treci, an. 1608, édita, pag. 85.
* Les anciens cosmographes enseignaient que la terre est une sphère et qu'il y a des antipode. ; ce qui le prouve, c'est que cette doctrine est combattue par Lactance et a -August.n. M. Jourdain, membre de l'institut, qui a examiné la question, cite Bede et d autres a.ns, que Herrade de Landsberg. Le pape Zacharie condamna les opinions CJ ' T* C°mmC U d0Ct"ne éUit en9ci<^e avant Virgile, on peut induire que
taouZv e^èTyanCe ^ *"* COndanméc que la manière dontclle élallPré8cnlée-
l'opinion de nos savants modernes, qui, après de longues et périlleuses observations , donnèrent à la terre la figure d'un sphéroïde, tant soit peu aplati vers les pôles. Mais le discours d'Alpaïde fut pris alors pour une vision et une rêverie de dévote. Il est bien singulier qu'il faille chercher l'origine de cette découverte dans le siècle le plus ingrat de l'astronomie, et qu'une femme, sans prétentions, mérite une gloire que tant d'hommes illustres se partagent avec autant de bonne foi que d'ostentation.
Le sexe , dans ce siècle , ainsi que dans le précédent , s'était toujours fait un mérite particulier de cultiver les lettres. On peut môme dire, en son honneur, que ce fut lui qui, dans le ctfurs du douzième siècle, rappela, en partie, dans l'Alsace , l'amour de la littérature et des sciences, qui paraissait s'y être ralenti. Dès l'onzième , plusieurs princesses et plusieurs dames de la plus haute condition, s'étaient distinguées , autant par leur savoir que par leurs vertus. Sans parler de sainte Richarde 1 et de sainte Adélaïde2, toutes deux impératrices, que nous avons déjà fait connaître , qui firent la gloire de leur sexe dans le cours du neuvième et dixième siècles, et auxquelles l'Alsace doit la fondation des abbayes d'Andlau et de Seltz, nous rappellerons sainte Cunégonde, que l'auteur de sa vie nous dépeint comme très-instruite dans les arts et les sciences 5; Agnès de Poitiers , épouse de l'empereur Henri III , qui passa pour une des princesses savantes de son temps4, Mathilde d'Angleterre et Béatrice de Bourgogne, femmes
' Voyez le second de cette histoire, p. 235 et 236 et 232 du tome 1, œuv. inéd.
« Voyez ci-dessus, pag. 372 et suiv. do tome 1, œuvres inédites.
' Apud Mabillonem . in Actis 55. Ord. S. Benedicti , tom. 8, pag. : • ™- • rarum, sicut et aliarum artium... fuit pcritissima. »
* Manillon, Annal. Benedict., lib. 58, num. 73 et 93, et lib. 61 , nu,n. e
des empereurs Henri V et Frédéric 1er, qu'on nous représente aussi recommandantes par leurs talents littéraires que par leurs autres qualités 1 ; Ileilwige , comtesse de Dagsbourg , mère de S. Léon IX, qui excellait dans la connaissance des deux langues allemande et romance8, etc. Nous avons parlé ci-dessus 5 des talents supérieurs qui distinguèrent Tépouse et les filles deManegold. C'était alors peu pour une femme de lire l'écriture sainte, les pères et les poètes : la bouche d'une jeune Française, ou d une Allemande, paraissait s'embellir, quand elle répétait des sons latins, quand elle chantait un psaume de David , ou quand elle prononçait un vers de Virgile. La poésie surtout , comme le remarque M. Thomas 4 , si chère à l'imagination et aux âmes sensibles , était embrassée avec transport par les femmes. C'était une espèce de jeu piquant et nouveau, qui pouvait flatter l'amour - propre et amuser l'esprit. Peut-être même, le vide qu'elles éprouvaient, malgré elles et sans s'en douter, dans une philosophie barbare , dans une théologie abstraite et dans une vaine étude de dialectes et de sons , leur faisait trouver plus de charmes dans un art, qui occupe, sans cesse, l'imagination par des tableaux , et l'âme par des sentiments. Le désœuvrement et le luxe , je me sers encore des termes de l'écrivain délicat, que nous venons de nommer5, n'avaient pas encore inventé l'art de rester six heures devant une glace, pour créer des modes. On faisait quelque cas du temps, et les femmes s'empressaient, autant que les hommes, à acquérir des connaissances.
' Rivet, Hisl. HU. de France, I. 9. p. m.
* Page 40 de ce tome u.
1 Pajçe 262 de ce tome u.
* Essai sur le caractère, les mœurs et l'esprit des femmes, pag. 68.
* Ibidem, pag. 69.
C'est particulièrement dans les monastères et abbayes de filles qu'on cultivait les lettres avec le plus de succès. Celles qui s'y étaient retirées excellaient, pour la plupart, dans l'art de transcrire des livres, art précieux et utile avant la découverte de l'imprimerie, et qui supposait alors beaucoup de goût , d'intelligence et de dextérité. Ces pieuses filles puisaient , dans cet exercice , des lumières qui , soutenues de leurs propres talents , les élevaient quelquefois au comble de cette renommée , dont elles n'étaient , d'abord , que les instruments et l'organe. Les clianoinesses régulières de Scbwartzenthann , monastère fondé, en M 49, préside Marbacb, et du même institut, s'occupaient particulièrement à copier d'anciens manuscrits. On voit encore , à Marbach , un très-bel écrit de ce genre fait, en H5i, par une des habitantes de Schwartzenthann, nommée Guta, et qui renferme, entr'autres, le martyrologe d'Usuard , la règle de S. Augustin , le commentaire de Hugues, de S. Victor, sur la môme règle , et les anciennes constitutions de Marbach f. On conserve aussi , dans le couvent de Ste. Madeleine de Strasbourg, de très-beaux livres d'église, que des religieuses, de la même maison, ont écrits elles-mêmes, il y a plus de quatre cents ans. D'ailleurs, comme l'observe dom Rivet, en parlant de l'état des lettres au douzième siècle *, le latin , ayant cessé d'être vulgaire depuis quelque temps , on n'admettait point de filles à la profession religieuse, qu'elles n'entendissent cette langue; maxime, ajoute-t-il, « qui dura jusqu'au quatorzième siècle , et qu'il serait à « souhaiter qu'elle fut encore en vigueur. » En effet, nous
' Ce manuscrit est un grand in-folio enluminé de peintnres, formant 282 feuillet..
* Histoire littéraire de France, tom. 9. pag. 127.
trouvons que, dès-lors, l'étude de la langue latine occupait en Allemagne le noviciat des religieuses \ et qu elle y était encore si commune parmi elles au quinzième siècle, qu'elles ne se confessaient ordinairement qu'en latin 2. Il était, pour elles, un préalable essentiel, non-seulement à l'intelligence des livres sacrés, mais aussi de l'office divin, dont il leur était recommandé de s'acquitter en accordant leur esprit avec leur voix. Ainsi , l'étude de la langue latine devenait un devoir pour toutes celles qui désiraient s'occuper intérieurement du sens des paroles qu'elles lisaient , ou qu'elles chantaient. Aussi Erasme, évôque de Strasbourg, dans ses statuts synodaux , publiés en i549.\ voulut que les religieuses de son diocèse comprissent une partie des prières qu'elles disaient dans une langue inconnue 4. Ce règlement, si sage et si utile, mériterait, plus que tout autre, d'être renouvellé de nos jours. L'abbé -prince de S. Biaise, si connu par ses ouvrages liturgiques et par son zèle pour le rétablissement de l'ancienne discipline, désire particulièrement celui de l'étude latine parmi les religieuses, ou, dans le cas qu'on trouve aujourd'hui beaucoup d'inconvénients de leur apprendre une langue savante et difficile,
• Trithemius in Chronico Hirsaug, fom, 1, pag. 184,
• Buschius, de Reformatione monasteriorum apud Leibnitùum, in Seript. m. Bruntwic. tom. î, pag. 869.
s Cap. 25 de Vita et Moribus Monialium, edit. an. 1566, fol. xcm, et apud Hartihetm, Concil. Germaniœ, t. 7, p. 514: « Etquanquam Moniales... in decantandis, psaltms, offlciisque divinis pcragendis ignota utantur lingua : tamen ea diligentia « adhibenda est , ut si non omnium, certe prœcipuarum rerum (videlicet psalmo-
• rum, epistolarum , evangeliorum, communiumque precum ac hymnorum, qui •»
* sacro celebrando proferunlur, aliisque offlciis absolvendis adhibentur) intellectum « habeant , quam ex privata et domestica leclione , facile consequentur sorores
4 Le >3mode diocésain de Cologne de 1550, apud IlarMmm, lom. cit., pag 614, ordonne aussi qu'il y ait dans chaque monastère des femmes une prefete. qui sache I* latin . et puisse expliquer les hymnes, les épltres et les évangiles aux jeune, religieuses.
qu'on leur permît, du moins, de chanter le psautier et de lire les leçons du bréviaire en langue vulgaire K Nous joignons nos vœux à ceux de ce respectable prélat , et nous gémissons avec lui de voir les religieuses de nos jours prier, psalmodier et chanter ce qu'elles n'entendent point. Leur ôter le bonheur et la consolation d'unir leurs voix à celle de l'Eglise, nous paraît un usage non-seulement contraire à la pratique des apôtres et à l'institution des ordres monastiques , mais encore à la doctrine de Jésus- Christ et à celle que saint Paul a développée dans presque un chapitre entier de son exhortation aux Corinthiens
Les lettres furent surtout accueillies au milieu du douzième siècle dans les abbayes alsaciennes d'Andlau et de Hohenbourg. Plusieurs chanoinesses d'Andlau parvinrent alors à la célébrité littéraire et chrétienne. Cependant aucune d'elles n'atteignit , dans la carrière des vertus et des sciences, Hatzigue ou Haiska, leur abbesse, qui vivait en H67\ Mais on a perdu, malheureusement, l'unique production, qui nous restait du génie de cette savante abbesse, et que ceux, qui en avaient eu connaissance, nous représentent comme un monument précieux de littérature. L'émulation littéraire fut encore plus en vigueur chez les chanoinesses, qui formaient l'abbaye de Hohenbourg, fondée au septième siècle par sainte Odile *. Elle était gouvernée, au douzième, par deux abbesses, qui culti-
' He cantu et musi.-a sacra , tom. 2, pag. 202, et Velus Lihtrgia Alemannica , port. 1. disquis 2, pag. 135. On lit dans «e dernier ouvrage : • Hodie opporlu- ' num foret (Psalterium) in lingun Germanica, alitisque vernaculis pro psallentiiim ■ monialium «su. Idem de lectionibus dioi potest , qua? sunt ad commovendos in- " "druendosque audientes.
' F.pistola prima beali Pauli ad Corinlhios, cap. H.
' « Fuit virago litterata, relicto in?enii irni^ni nionunn-nio , dit, ■ Bucclin, in Monasteriologia imperii Germanici, tom. 2, pag. 138.
' Voyez le tome premier de cette histoire, pag. 357 et 3-18.
HISTOIRE DE l'ÉGLTSE
vèrent les lettres et la poésie au sein de la vertu et de la piété la plus exemplaire. Elles se nommaient Relinde et Herrade, et on voit encore leurs figures sculptées sur une pierre du cloître des Prémontrées de Hohenbourg , posée par ordre de cette dernière Ce monument , propre à nous faire connaître le costume et la sculpture du temps, représente ces deux abbesses à genoux devant la vierge et posant un livre à ses genoux *. L'habillement et la couronne de Notre-Dame, qui tient l'enfant Jésus, est remarquable : ses cheveux , partagés en deux longues tresses, flottent sur les épaules, tandis que ceux de Relinde et de Herrade sont cachés par leur voile. Les guerres et les troubles du schisme avaient produit un grand relâchement dans les abbayes des chanoinesses d'Allemagne : la plupart étaient tombées dans un désordre scandaleux, dont Hohenbourg se ressentit également. Le concile de Rheims, de 1448, pour y obvier, ordonna qu'on les réformât, en y introduisant la règle de saint Benoît , ou celle de saint Augustin 3. Frédéric, duc d'Alsace et de Souabe, avoué de Hohenbourg, qui devint empereur en 1152, mit, en effet , en exécution les décrets de ce concile pour rétablir la discipline dans cette abbaye , où s'était introduit le relâchement des mœurs, et où le nombre des chanoinesses était considérablement diminué \ Après en avoir conféré
« Ce monument est gravé dnns VAIsalia illustrata de SchœpAin, tom. 1. ad.j>. 797 monument., francie., lab. 2, twm. 3, et dans le Beschreibung von Hohenbourg, de M. Silbcrmann, page 39. Il fut découvert, en 1 7i7, par Denys Albrecht, prieur de Sainte-Odile au revers d'une autre figure, dont nous avons déjà parlé à la page 353 de notre premier volume.
* On lit leurs noms au-dessus de leurs tètes : Relind Abbatissa... errât abati$»a.
* Apud Labbcuin , Gonril. loin. I0,pag. 1110; « Sanctimoniales et mulieres, • qu;c canonica> nominantur et irregulariter vivunt juxla beatorum Benedicti et « Augustini rationes vitara suam in melius corrigant et emendent. •
4 Crusius, Annal. Suevktt. \,part. 2, lib. H, p. 477, et Bucclinus, Germ. sucra part. î, fag. 13.
avec Burchard , évêque de Strasbourg , il fit venir, du monastère de Bergen , situé en Bavière , dans le diocèse d'Eichstett , une religieuse nommée Rilinde , qu on dit avoir été sa parente !, et qu'il établit abbesse de Hohenbourg. Cette fille, pleine d'esprit, de science et de vertu, qu'on trouve, dès l'an 1154, à la tôte de cette abbaye», travailla avec tant de zèle à la réformation , qu'en peu de temps elle lui rendit son ancien lustre et lui fit reprendre sa première ferveur3. Hilinde, qui commença à y introduire la règle et la discipline canonique de saint Augustin, y forma , en môme temps , des élèves qu'elle instruisit dans les principes de la langue latine et dans les devoirs de la philosophie sacrée 4. Elle eut à sa mort , arrivée le
' Voyez Peltre, Vie de sainte Odile , pag. 169 et 170.
1 On lil dans une charte de Marhaeh que . Vcucrabilis Abbatissa Kilindis , que « cannnice religion» ordinem in Hohenburc restituit , » conlracla en ce temps un acte de confraternité avec ce Monastère.
* Le pape Luce Ml dans sa bulle de 1185 pour le Monastère de Truttcnhausen en parle dans ces termes : « Ipse Fridericus, Romanorum Imperator.... Eoclcs.am . quœ dicilur Hohenburc, consilio spiritualium personarum restaurare elaboravit ,
- et religiosam et idoneam personam nomine, Relint eidem prefecit. Hec enim ,
■ dum regimen ecclesie féliciter suscepit , pro Dci amore destructa diligenter ree- < dtlkans, dissipata slrenue plantât», auxilio et consensu Borcardi Argenlinens»
■ Episcopi , aliorumque spiritualium ipsam ccclesiam ad honorent Dei prudenter
• et hononlke reformavit, ontnemque divine legis rcligionen. ac cat.onice discipline
• rigorcm secundum régulant beali Augustin! inibi plenilcr reforinavit. Quant studn
• normam succedens ci Abbatissa dilecta in Chrislc ftlia m.stra Ilerrat fideliter in
• omnibus bonis (est) secuta. . — Voyez sur cette bulle la page 351, note h du tome l de cette histoire [Note de l'éditeur).
4 Gabriel Haug, in Chronkalihus manusvriptis. pag. 35 «•/ 36 : • Imperator Fri- « dericus ad restaurationcm Allitoue.»», sive llohenburgensis camobii, eu. sanrle
• Odilie mons cognomen est, tune pene desolati anirnum advcrlit. Hu.c en.m ex-
• collegio sanclimonialiunt Bergensium accitam Ryli.tda.n Virginem lum morurn
• integritate, tum sacrarum lilterarum eruditionc célèbrent Abbalissam pratfecil ,
- quaî dum ruinas Monaslerii resarciv.t , sacro vealalium ca*tu collecto, cred.lu.n
■ lalentum multo cum fa-nore Deo reddidit. H>c dum lilterarum lat.narum essoi « doclissima, quolquot ejus disciplina' jugum Virgine» suberant , ... Grammat.ca>
niSTOIRE DE l/ÉGLISE
22 aoust 1 H 07 *, le bonheur de voir sa maison remplie de chanoinesses également savantes et édifiantes. Relinde accueillit, dans sa retraite, les arts et les sciences. L'habitude des pratiques religieuses n'éteignit jamais dans elle le génie poétique. On conserve quelques vers latins de sa composition s, dont nous citerons quatre *, qui pourraient justifier la célébrité de leur auteur, et qu'on lit encore à la porte d'entrée du couvent des Récollets de Saverne.
Herrade de Landsberg, qui succéda à Relinde, dont elle avait été l'élève, et même, selon quelques-uns *\ la coadjutrice , était issue d'une noble famille d'Alsace, qui existe encore aujourd'hui. Fondatrice , en 1 1 78 , du couvent de S. Gorgon, pour des Prémontrées d'Etival , et, en 1181, du monastère de Truttenhausen , pour des chanoines réguliers, elle ne se distingua pas moins par ces établissements , dont nous parlerons plus amplement dans le volume suivant, que par sa science et sa piété. On ignore
■< rudimentis et Philosophie sacris initiari curavit. Extant dicta1 Rylindis monu- « mcnla quœdam , ipsam luni carminé , tum soluta oratione claram extitisse indi- . cantia... Quod si ejus , vel lalibus castissimis versibus relata? puellse hactenus
• exercilatar? fuissent . hauri quaquam tôt apostatas noslra rclas (id est sœculum ivi)
• vidisset. ■»
* Nccrologium Zwifaltense , apud Hess in Scriptor. rerum Gvrlficar. pag. 246 :
• xi Kal. septembres, Rtlint Abbalissa de Hoinburg. » Necrologium mss. S. Arbogasti : . xxil Augusti , Rilint Abbatissa Hohenbtirgensis. »
* Pcltrc , pag. 172.
* Rapportés par Albrecht , Hislory von Hohenburg , pag. *7G et 277.
1 Ces vers , dans lesquels Relinde parle à ses sœurs dans la personne du Christ, sont assez bien faits pour le temps ♦ ;i Texception du dernier qui renferme une faute de quantité.
. Vos, quos includil, frangit, gravât, Mtrahit , urit
« Hic carter, tmestus , labor, exilium , dolor, aïslus ,
. Me lucfin , requiem , patriam , medioamen et umbram
« Quarile, sperale , se itete , tende, vocale. » (Alb. vexate.)
* Albredit , Hislory von liohenbury , pap. 212 et 278.
l'époque précise de sa mort que le nécrologe d'Etival 3 met au 10 juillet, et celui de Hohenbourg3 au 23 du même mois. Il est cependant certain qu'elle vivait encore en H 91 , au commencement de l'épiscopat de Conrad de Strasbourg4, et que, dès l'an 1200, Edelinde de Landsberg, sa nièce ou sa parente , l'avait remplacée dans cette abbaye 5. Nous avons même de fortes raisons pour placer entre ces deux abbesses Lucarde de Lupfen, dont il est fait mention dans le nécrologe d'Àltorflf , écrit au commencement du treizième siècle 6. Les vertus de Herrade , ses talents, ses lumières et sa naissance l'égalèrent aux plus grands personnages de son siècle. Lorsqu'elle parvint à l'abbaye, après la mort de Relinde, elle se trouva à la tète de vingt-quatre chanoinesses nobles, dont elle a conservé le nom, la ligure et l'habillement à la tête d'un poème latin, quelle leur dédia en l'an 1 1807. Leur nombre s'augmenta tellement, sous son gouvernement, qu'avant son décès on compta, à Hohenbourg , quarante- sept chanoinesses ou
' Dom Jean François, Bibliothèque générale des écrivain* de l'ordre de S. Benoit, totn. 1, pag. i80, compte sans fondement Herrade, abbessc de Hohenbourg, dans le nombre des religieuses de S. Benoit , puisqu'il est certain qu'on suivait alors dans cette abbaye la règle canonique de S. Augustin , comme nous l'avons prouvé autre part, tom, 1 , pag. 351 et suiv.
' • vi Idus Julii , commemoratio Herrat , canoniar et abbatissac in Hombourc. • * « x Kal. Augusti, illustrissime doclissima?que domintr Herradis de Landsberg,
• abbatissœ. •
'Conrad, évoque de Strasbourg, confirma vers l'an 1191 quelques anciens statuts de l'abbaye de Hohenbourg à la prière de « Herradis in Dei nominc Hohen-
• burgensis ecclesife abbatissnp. »
1 Schcepflinus , Alsat. illustrata, tom. i . pag. «63 et 709. *Ce NtVrologe, écrit en 1200, en fait ainsi mention: « VIII Idus Aprilis, obiit - Luchait , pie mernorie abbatissa de Hohcnburc. • Elle parait cire la même que
• Uchardis de Lufe » rappelée, en 1180, dans le nombre des chanoinesses de Hohenbourg.
7 On trouvera dans les pièces justificatives de cet ouvrage les noms de ces vingt-quatre chanoinesses, avec la préface par laquelle . Herradis gratia Dei Hohen-
dames de chœur, et treize sœurs converses 1 . Le poème latin, dont nous parlons, est celui quelle nomma Hortus deliciarum, ou le Jardin des délices, dont plusieurs auteurs ont parlé avec éloge *. L'original , écrit de la main même del'abbcsseHerrade3, et enluminé des peintures qui représentent les chanoinesses de cette maison en habit blanc et sans scapulaire , s'y trouvait encore en 1521 3; mais les chanoinesses ayant été dispersées, en 1546, après l'incendie de l'abbaye de Hohenbourg, ce manuscrit fut transporté à Saverne, où il existait encore en 1597*. Le P. Jean Busée, jésuite , auquel le cardinal Charles de Lorraine l'avait communiqué, en 1600, de la même bibliothèque de
. burgensis ecdesiœ abbatissa licet indigna . adresse son poème latin « dulcissirai « Christi Virginibus in cadem ecclesia, quasi in vinca domini fidelitor laborantibus. • Voici ce qu'on lit dans le Décade fubularum ,de Jean Walch, imprimé à Strasbourg, in-4», en 1609, dans lepître dédicatoirc adressée à Cunther de Landsberg
• Berradi» à Landspcrg lingua romana egregium quendam librum.... ex Veleri ac - Novo Testamcnto congessit, cui tilulum fecit Ortulus deliciarum... qui liber con-
• rinne admodum holoscrico villoso, colore tincto coccinco vestilus, anle aliquot
• non ita plures annos llohenburgo Tabcrnas translatas, etiamnum hodie illic visi-
• tur, rarum antiquilatis rnonumentum , propria Hcrradis manu scriplum... » Il dit ensuite que cette Hcrrade était sœur utérine de Cunther de Landsberg avec lequel elle fonda Truttcnhusen.
' Pellre, ehap. 17, pag. 174.
1 Enlr'auties Gabriel Haug, in Chronicalibus mss. pag. 36; Guilliman , de Epitc. Argentmen., pag. 2i9 et i-ÏO ; Hertzog, Ehass. Chronick, Ub. 3,pag.îi\ Pcltre, lib. et pag. cit., etc. Le premier s'explique ainsi : « Mortua Rilinda, Her- « radis ex ingenua Landsbergensium familia originem ducens, Rilindis discipula in
• locum ipsius sulTicitur, qua? ncr doctrina, nec cruditione magislra? sua; inferior, «nsigne volumen, cui Hortulus deliciarum inscriptio est, latine conscripsit ex
• diversis sacrarum litterarum flosculis compaginatum. * * duebwillcr, Leben S. Odilien, fol. 71.
4 Comme le remarque Jean Schutcnheimer, curé d'Oberottenrol et de S. Nabor, dans ses remarques sur la vie de sainte Odile, écrite par Gucbvillcr, pag. 74.
» Consultez sur le Hortus Deliciarum, une notice de Lcnoble dans le premier volume de la bibliothèque de l'école des Charles, et surtout Herrad von Landsberg und ihr Cercle, par Morilz Engelbardt. - Stutlgard, 1818 (Note de l'éditer.)
Saverne1, parle de ce livre comme d'un chef-d'œuvre d'onction, de précision et d'élégance. Depuis ce temps, on ignore ce qu'est devenu ce manuscrit , quoiqu'il soit sûr qu'il ne se trouve plus à Saverne, ni dans les archives, ni dans la bibliothèque de 1 evêché. Cependant, JeandeRuyr4, qui écrivait en 1625, et Hugues Peltre3, dans un ouvrage, imprimé en 1719 , en parlent d'une manière à faire croire qu'ils l'avaient eu sous les yeux. Denys Albrecht a même publié, en 1751, la plus grande partie des vers et des rimes , qui forment le manuscrit de Herrade 4 , mais sans faire connaître la source d'où il les a tirés. Nous avons appris depuis qu'il était conservé dans la bibliothèque de la Chartreuse de Molsheim : mais nous n'avons pu découvrir, en même temps , les motifs que peuvent avoir ses dépositaires de ne pas le communiquer a. Quoiqu'il en soit, le poème de Herrade , qui comprend plus de trois cents, tant vers que rimes , mérite d'être distingué des autres ouvrages du même siècle, non parle style et l'expression, qui a presque tous les défauts du douzième , non par la quantité syllabique, qui est souvent négligée, mais par un caractère de douceur et d'urbanité, qui, à l'affectation près, le rapproche assez des bons monuments de l'ancienne littérature. 11 serait trop long d'en citer ici quelques passages : mais on peut dire, en général, que tout ce poème, composé de différentes parties , forme une exhortation pathétique et touchante à la vraie dévotion , un tissu de sentiments édifiants, dictés par la plus tendre pitié-
• C'est ce qu'il atteste lui-même à la On de son édition des ouvrages de Pierre de Blois, qu'il publia, à Mayence, en 1600.
1 Antiquités de la Yosge, partie 2, liv. 4, chap. 11, page 183 et m.
* Vie de sainte Odile, pag. 170 et 174.
4 llistory von Hohenburg, pag. 182-191.
■ Depuis la révolution le précieux manuscrit du Hortus deliciarum, est couene
HISTOIRE DE i/éGLISE
L'éloquente abbesse , pour faire aimer la religion , pour inspirer le mépris du monde , détaille les avantages de la vertu et l'instabilité des choses humaines, oppose adroitement la pensée de la mort et d'un bonheur éternel aux funestes effets du vice , aux malheurs qu'entraînent avec eux le libertinage et les plaisirs de la chair. Les passages de l'écriture et des saints pères, dont elle fait un heureux emploi, y sont fondus naturellement avec les expressions qui lui sont propres. Tout y prouve que Herrade s'était nourrie de la lecture des livres sacrés, et qu'elle en avait pénétré le sens et le véritable esprit. En un mot , son poème est l'expression d'une âme vive et tendre, où la pieuse abbesse a su peindre ses propres mœurs et son propre caractère. Aussi, Jean de Ruyr ' le regarde « comme un recueil des matières les plus importantes à l'édification de l'âme dévote, tiré du Vieil et Nouveau-Testament,
« autant ageancé que docteur eust pu faire Semblable-
« ment n'a pas été moins docte, ajoute-t-il, Gerlinde, - aussi abbesse dudit monastère, car elle a fait d'excellents « anagrammes et composition en vers ou rithme. » Ce savant Lorrain du dix-septième siècle, qui fut un de mes arrière -grands oncles s, entend par Gerlinde ou Relinde,
dans ia bibliothèque publique de la ville de Strasbourg ; il en sortit momentanément, en 1794, mais , fut réinlégré peiJ dc lemps ^ {Xote Je Lia. et pag. supra cit.
nous avons
tojei le tome premier de cet ouvrage, /,*. 4, p. 347, note h, où . .emarqué que Jean de Ruyr était, en 1625 et 1633 chanoineet chantre de I insigne •«■se collègue de Saint-Dic. Il était, en 155)4, chanoine et secrétaire du même chapure, lorsqu',. fit i,nprim,r> , Tro)CS> |a Vjp ^ ^ ^ ^ ^
ea„ de Ruyr fut la première f,mme de Curirn Grandidicr, dont elle cutJean
annobl, * ulenantna,"',FPr de Bruyères, lequel Jean Crand.dicr fut
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f*re de D,d,er Crandidier, gra„d-pérc de Claude-An,!,™», W»,«,l d'Antoine
qui fut abbesse de Hohenbourg avant Herrade ou Edelinde , qui succéda à cette dernière a. Tout ce que nous venons de dire de ces savantes et illustres alsaciennes , prouve que le siècle, où elles vivaient, fournissait alors au sexe, dans de saintes retraites , des écoles autant de vertus que de sciences, et leur offrait des moyens assurés d'exceller dans les lettres; moyens que les hommes dominants ont cru devoir écarter dans des temps plus éclairés. En vain , la raison et l'expérience nous apprennent que les femmes sont autant capables que les hommes d'écrire et de composer, et qu'elles doivent surtout briller dans les ouvrages, dont le sentiment et les grâces font le principal mérite : un préjugé révoltant crie sans cesse qu'il n'est pas bon que la femme soit savante : le préjugé est écouté , et les femmes languissent , la plupart , dans une ignorance qui fait leur malheur et notre ennui.
C'est au temps de Herrade , et sur la fin du douzième siècle, qu'on peut rapporter la vie de sainte Odile, fondatrice de son abbaye , publiée par dom Mabillon 1 et par Eccard*. Cette vie existe dans plusieurs bibliothèques. Le P. Labbe en avait donné communication à Vignier sur un manuscrit de la bibliothèque du collège de Clermont a Paris. Le P. Laguille assure en avoir vu un exemplaire dans le chartrier de l'église cathédrale de Metz \ On en
trisaïeul de l'auteur de cet ouvrage. — Antoine Grandidier était frère utérin dUrsuie Bourquenot ajeulc maternelle du copiste de ce manuscrit. {Soie du cure Métrot.ï
1 In Actis sanctorum ordinis s. Benedicti, pari, 2, sœculi tertii, t. 4 . p. I*4-
4 In origin. familia? Habsburgo-Austriaca;, pag. 89.
* Voyef le tome premier de cet ouvrage, pièce» just. nwn. 28 , p. xlix e 'A la page 358 du tome de cette histoire, Crandidier ainsi que la remarque de Maurice Engelhardt, dans son ouvrage : Herrade von Landsberg und ihr Werck , confond Gerlinde, qui fut abbesse de Hohenbourg, en 1273, avec Edelinde de Landsberg, qui le fut en 1200. Ici il parait la confondre avec Rclinde, qui fut abbesseavant Herrade. (A'ole de lèdileur.)
trouve des exemplaire parmi les manuscrits du Vatican et ceux des abbayes de Mourbach* et de Jumièges3. Nous en avons nous-même entre les mains une copie tirée d'un parchemin de l'abbaye de S. Emmeran de Ratîsbonne. Cette copie est différente, en plusieurs points, de l'édition imprimée: mais les différences, qu'elle renferme, ne sont pas assez considérables pour pouvoir former une nouvelle, d'autant plus que l'ouvrage , en lui-même , n'est pas d'un mérite particulier. Cette vie a été écrite longtemps après samte Odile, et par un auteur qui ne paraît pas avoir été du pays. Quelques-uns 4 eroycnt qu'il vivait au neuvième siècle; mais tout y décèle un écrivain beaucoup éloigné des temps où mourut cette abbesse ; et quoiqu'il paraisse avoir conservé le fonds de l'histoire de sainte Odile, d'après le mémoire qui s'en était conserve 5, il n'en est pas moins certain qu'il n'a souvent suivi que des traditions vulgaires et incertaines. Aussi, nos meilleurs critiques conviennent que cette vie est défigurée par des contradictions, par des fautes chronologiques, par des fables et par un merveilleux également insipide et éloigné des saines connaissances de l'antiquité. Dom Mabillon la place à l'onzième siècle, et dom Rivet6, vers l'an 1080. Nous avons nousmême cru qu'elle était antérieure au milieu du douzième siècle : mais plusieurs raisons nous la font croire encore postérieure à ce temps. Comme plusieurs expressions, qui se trouvent dans cette vie, dénotent un écrivain français,
« Suivant le catalogue de dom Claude Etiennot, cité par dom de BtbUotheca bibliothecarum manuseriptornm, tom. 1, pag. 138.
* Montfaucon, tom. S, pag. 4176 et 1178.
* Idem, tom. 2, pag. 124 s.
^ UP. Laguille, H. i'A., I. 7. 1. 4, p. 389, et Albrccht , Htst. von Hohenb.. p. m Tome premier de cetle histoire, pag. 34S
* Histoire littéraire de France, tom. 8, pag. 81 et 69t.
ou qui parlait la langue française , nous conjecturons qu'elle est l'ouvrage d'un chanoine régulier d'Etival. Elle n'a donc été composée qu'après l'an H "78, que les Prémontrés de cette abbaye furent appelés, par l'abbesse Hertade, sur la montagne de Hohenbourg. Rupert , abbé de Tuy, mort en 1135, passe aussi pour avoir composé une vie de sainte Odile 1 ; mais , outre qu'elle paraît perdue , nous croyons que cette sainte Odile, différente de celle dont nous parlons, était une de ces vierges, compagnes de sainte Ursule , qui souffrirent le martyre à Cologne , vdle voisine du monastère de Tuy *. Le P. Peltre cite souvent , dans sa vie de sainte Odile , les actes de cette sainte , écrits en vers latins3. Comme nous n'avons pas été à portée de les examiner, nous ne pouvons en juger que par les circonstances qu'ils renferment , et celles-ci nous font croire que cette légende est encore d'un temps posterieur à celui qui nous occupe. Nous l'avons précédemment attribuée 4 à Humbert , abbé de Moyenmoûtier, qui vivait en 1044 ; mais c'est une erreur dans laquelle nous avait fait tomber un passage , mal entendu , de la chronique de Senones \ et que nous avons cru devoir relever ici avec franchise.
Au reste , les auteurs des légendes ne furent pas rares dans le cours du douzième siècle : mais la plupart , outre qu'elles sont mal écrites , sont remplies de choses incertaines et fabuleuses. Telles sont, pour l'Alsace, les vies de
' Mabillon, tom. 4, opère cit. pag, 486.
• Vojer Crombach, Ursula vindicaia, p. 209, 308 et 684.
s • Vila manuscripta s. Odilis métro édita, auctore anonyme, • en treize chapitre*. ' Tome 1, page 351.
* Ibidem, note r.