‹ Œuvres historiques inédites. 2Chapitre 31 sur 44 · Pierre · texte numérisé non relu

Pierre

L'empereur Henri ayant chassé, dans les premiers mois de l'an M 23, Cunon de son siège épiscopa), fit assembler les chanoines de la cathédrale de Strasbourg , pour lui donner un successeur, suivant le traité qu'il avait fait avec le pape, de laisser aux chapitres les élections libres. Toutes les voix tombèrent sur son vice-chancelier, Brunon de Hohenberg 1 , qui fut unanimement élu 4. L'empereur l'investit aussitôt par le sceptre du temporel de son évêché. 11 était issu des comtes de Hohenberg , famille distinguée

1 Hartgerus en 1116, ibid - , tit. fit-

* Gebeno en 1116, ibid., tit. cit.

1 Adelgot dans une charte de 1119 , ibid.r tit. 581 .

» Conradu» Cameriarus dans deux chartes de 11*9 et 1133. ib.. /. 61* «1 8M. » Eberhardu* Cellerariu* dans une charte de 1129 , ibid. , tit. cit. 'Bcrtoldus Portarius dans une charte de 11*9, ibid., tit. cit. 1 Karolm ou Carotus dans deux chartes de 1129 et 1134 , ibid. , lit. rit. ' Il devint évèque de Strasbourg en 1131.

• Bertoldu» Arthidiaconus dans une charte de 11 Si , ibid. , M. cit. 10 Eberhardu» dans une charte de 1137.

" Peints dans une charte de 1137.

• C'est le nom de famille , que Brunon porte dans Pétri . in

rn.fica, pag. »3S, et que lui donne la tradition constant, de l'abbaye .le Sainte-Marie , dont nous allons parler.

* Bruschius de Episc. Germon. , pag. 64.

dans la Souabe *, et qui y possédait , ainsi qu'en Alsace, des biens considérables a. Cette maison , qui parait avoir tiré d'Àdlaric , duc d'Alsace , une origine commune aveo les comtes de Habsbourg5, par la descendance de Hugues 1er, comte du Nordgau4, fut particulièrement illustrée par le mariage que l'empereur Rodolphe contracta, vers Tan 1257, avec Gertrude, ou Anne, fille de Burchard, comte de Hohenberg \ Elle ne s éteignit qu'après le milieu du quatorzième siècle e. Brunon avait obtenu , dès sa jeunesse, des canonicats dans les cathédrales de Strasbourg 7 et de Bamberg*. Il devint ensuite grand-prévAt dans la pre-

* Et non de la Saxe , comme le prétendent quelques auteurs cités par Guilliman de Episc. Argent. , pag. 229

* Albertus Argentinensis , apud Urstisium , pag. 106: Comités de Hohenberg, . quorum comitalus sili sunl in corde suevia? , fuerunt potentes in suevia et • Alsatia. >

1 Comme le soupçonnent M. Schœpflin , Alsat. illustr. tom. 2 , pag. 204 et 460, et M. l'abbé-princc de Saint-Biaise, codex epiitolaris Rudophi , in Auctuario diplomat., pag. 225 , nota (y h

* « Hugo Cornes Hohenberc , » vivait vers l'an 920 sous Richevin , évéque de Strasbourg , comme le porte une ancienne notice du Chapitre de Saint Thomas. Il parait être le même que Hugues I , comte du Nordgau , qui , comme nous Pavons dit autre part, mourut vers l'an 940 dans l'abbaye de Lure , où, suivant la vie de Saint Déicole , il s'était retiré quelque temps avant son décès. De ce Hugues descendirent probablement . Wernherus Cornes de Hohenberc et Rodulfus de Hohenbergh, . rappelés apud Hergotl , Géneal. Habsburg , tom. 2, part. 1 , pag. 145 et 171, dans deux diplômes, le premier de Henri Y de 1125 , et le second de Conrad III de 114».

5 Fasli Rudolphini , qui prœcedunt Codicem epistolarem Rudolphi prinii, cap. i, pag. XlHetseq.

* Voyez la suite des comtes de Hohenberg dans Dom Hergotl , tom. rit. indice tertio.

' Nous croyons aussi qu'il fut le môme que « Bruno-Honaugiensis Prepositus , » qui donna en UOi un statut touchant la vente du vin dans l'île de Honau. Pièces justimtives. Voy. m»t. d'Al*. tom n , ut. 54:1 , pag. cxcvi.

" • Bruno Babenbergcnsis ecclesim canonims, . dit l'Annaliste Saxon : ce que le P. Barre , Uintoire d'Allemagne , tom. 4 , pag. 530 , traduit mal par chanoine de Bauclearg.

mièrede ces églises, ayant succédé en cette dignité, en 1108, à Burchard de Hurmingen ». Pieux et libéral , il employa son riche patrimoine à fonder, ou à doter des églises. Le grand-chapitre de Strasbourg lui est redevable d'un corps de biens, que ce prévôt lui accorda, en 1118, dans le ban de Scherweiler *. L abbaye de Sainte-Marie 5 , située dans la Forét-Noire et le Brisgau , au diocèse de Constance , à quatre lieues de Fribourg 4 , lui doit aussi son établissement. Brunon la fonda au commencement du douzième siècle \ pour des chanoines réguliers de l'ordre de Saint- Augustin, qui y existent encore aujourd'hui 6, malgré les

' Brun ou Bruno est appel.* * Majoris ecclesie Argentinensis Prepositus * dans des charte* de l'évêque Cunon , de 1105, 1109 et 1119 , et dans des diplômes de ,'empereur Henri V, de 1119 , et 11*2. Il porte aussi le nom de . Major Prepo- . situs . ou Grand-Prévôt dans des actes de 1116 et 1118. Yoy. ces chartes dans letome* dePHist. d'Als., pièces just. lit. 573, 578, 579. 582 et 587. (S. de led.)

' Il se nomme « Ego Bruno Major Argentinensis Ecclesie Prepositus et In.pe- « ratons Heinrici Cancellarius . dans l'acte de donation. Pièces juttificahves. Hist. d'Alt. tom. il , til. 578 , pag. ccxxxi.

'Appelée aujourd'hui Mariencell , et plus communément Sant-Margtn par corruption. Elle dut ce nom à une ancienne image miraculeuse de la Sainte Vierge, qui y est fréquentée par un grand concours de pèlerins , et que la tradition por e être un présent de Brunon son fondateur. Elle est révérée dans une chapelle collatérale de la nef de l'église abbatiale. Le nécrologe du Monastère de Marbach en Alsace, nomme au 5 de juin . Herimannus Abbas Celle S. Marie » et au 25 de Mai . Cunradas Abbas Celle S. Marie. » Ce dernier viva.t en 1253^

* A une lieue de l'abbaye de Saint-Pierre, et à neuf de celle de Sa.nt-Bla.se •Pétri, in Suevia erc/eW. , pag. 233 , place celte fondation à Un 1120

mais l'abbave de Sainte-Marie existait déjà quelques années avant celte époque

puisque dèsVan 1121 on termina , par une transaction . un long dirent émto*

Uti.atio , qui s'était élevée entre les Bénédictins de l'abbaye vo.sme de

fondée en 1093 , entre . Canonicos de Colla sancte semperque

- in presentia Domni Brunoni, . La charte de transac -on se ouve dans

Schœpnin , Historia Zaringo-Bodensi* , <od. proOat., num 26 , w ,

• Et qui y suivent les constitutions des ^^^^ ^.T9^ de Samlsauveur de Latran. Le «-«^

Michel Frit,, élu en 1766 , qui nous « reçu avec

abbaye le 19 et 20 septembre 1784 , est un des Prélats des ci

HISTOIRE DE l'ÉGLISE

différentes pertes qu'ils eurent à essuyer, tant des malheurs des guerres, que des vexations de leurs avoués, qui s'arrogèrent ce titre après l'extinction des comtes de Hohenberg *. Le fondateur la bâtit dans un terrain qui lui appartenait, et lui accorda tous ses biens allodiaux *.

Brunon ne se rendit pas moins recommandable par ses libéralités, envers les églises , que par ses vertus3, sa

antérieure , et depuis l'an 1771 directeur de la faculté de théologie de l'université de Fribourg

•Henri, évèque de Constance, unit en 1370 la prévôté de la Toussaint de Fribourg , du même ordre . avec ses revenus , à l'abbaye de Sainte-Marie. Pétri, lib. cit. pag. 236. Cette prévôté avait été fondée en 1800 par un gentilhomme du pays , nommé Ives , ou Jean Waldkirch , qui y établit des chanoines-réguliers, tirés du monastère de Marbach en Alsace. Pétri , Ger mania Canonico-Augustiniana, édita a Michaele Kuen , in collection? scriplorwn hislorico-monastico eccletiasticarum , tom. 4 , pag. 118 et 119. Les malheurs des temps obligèrent l'abbé Léonard et les chanoines de Sainte-Marie de se retirer à Fribourg, en l'an 1517. dans leur prévoté de la Toussaint. Ils y restèrent jusqu'en 1720 , que l'abbé André Dilger les transféra de nouveau dans l'ancien lieu de leur fondation , où le même abbé et Pierre Klunk, qui devint son successeur en 1786 , rebâtirent l'église et les lieux claustraux abandonnés depuis deux siècles. Ils furent remplacés en 1766 par l'abbé Michel , qui gouverne aujourd'hui cette maison.

* Le pape Honorius II , par sa bulle du 27 Novembre 1125, adressée « dilectis in « Christo liliis, Otloni Abbati , ejusque fratrihus canonicam regulam professis in « ecclesia S. Marie sita in Brisacensi Comitalu , in loco, qui Nigra Silva dicîtur, • confirme les biens et privilèges de cette abbaye , soumise au Saint-Siège , • con-

• silio et instinctu Argcntinensis prepositi Brunonis egregie strenuitatis viri, qui

• ecclesiam vestram impensis suis in allodio suo construxit , et bonorum suorum « ac pessessionum collatione dotavit » Celte bulle se trouve dans la suevia ecclesiastica, p. 233, (. 2, H. a" AU., p. j., lit. 60*. cclviii L'abbé-prince deSt-Blaiw. HisL Sylva nigra, t. 1 . lib. 7, />. 477, cite une charte d'Ulric, evêque de Constance, de la même année 1125, dans laquelle est rappelé . Monastcrium S. Maria?, quod

• Bruno argentinensis prepositus in pnedio suo pro annote sua» remedio condiderat. » Nous avons vu à Sainte-Marie d'autres lettres du Cardinal Theodewin , légat «lu Saint-Siège, de 1136, où on lit: « Monasterium in Nigra Silva situm Dominu* « Bruno Cancellarius primo fundavit et Cellam S. Marie appellando canonicos

• canonice ibi preesse ordintvit. »

» « Vir sanctœ vitœ, . dit Wimphelinguc de. Episc. Argent., pag. 50. Kœnigshoven in Chronico, cap. 4 , pag. 243 , en fait son éloge, en disant : « Brune war ein selig nvm. .

sagesse \ son éloquence, ses mœurs douces et enjouées*, et par la vivacité de son génie , qui rendit son nom célèbre dans la littérature. Ses talents le firent connaître à la cour de l'empereur Henri V, qui le choisit pour son chancelier3. 11 tint les sceaux de l'Empire, depuis l'an 1114 4, jusqu'à son avènement à 1 episcopat 5. Brunon était déjà évêque de Strasbourg en juin 1123, puisqu'il fut, en cette qualité, un des témoins du diplôme, que Henri V accorda, le 27 de ce mois, à l'abbaye de Luxeuil6. Ce prince passa ensuite à Worms, où s'assemblèrent, sur la tin de la même année, les légats du pape avec huit évêques de la Germanie, pour terminer la contestation au sujet des deux évêques

' « Beat* mcmori* Domina Bruno , quondam Argentinensis Episcopus , prudens . vir , valenler litteralus , > dit Gcrhuh , prévôt de Reinchcuberg , Ub. de glona et honore filii hominis , cap. 12, apud Pwam in Thesauro anecdot. Ion, 1 , pari. 2 , pag. 220.

« . Bruno quondam Arge.Uinensis Episcopus, eloquio et moribus apprime festivus, . an témoignage d'André , Abbé de Saint-Michel près de Bambcrg , dans la v.e de Saint Othon , évêque de Bamberg , lib. 1 . cap. U , apud Ludewig , m Scr, ptorib. rer. Episcop. Bamberg.. tom. i. pag. 435.

• Malinckrot de Arclncancellarrii, S. R. J. apud Wencker in Collée»* Archw , pag. 328. Bœhmer in Dissertai, de Episcopo Vtce-Cancellario Imper» , pag. 37 . et Pfeflel , Abrégé chronologique de l'Histoire d'Allemagne , pag. 215 , edtl. in-

et pag. 189 , edit. in «» de 1766.

• Dès l'an 1114 . Bruno Cancellarius recognovit . le diplôme que 1 empereur Henri V accorda, le 10 mars de la même année, à l'abbaye d'Ensidlen, apud Hartman, in Annalibus Heremi Deiparœ, Matris. pag. 178.

• Brunon est appelé . major prepositus et Régis Cancellarius . dans deux charte, du grand chapitre de Strasbourg de 1116 et 1118. Il prend lui-même cet te >quaW e dans l'acte de donation des biens de Scherwciler, que nous avons deja ra P eke. • Bruno Cancellarius, Argentinensis écoles!* prmpeùlu. . expé, l.a en 19 < deux diplômes de l'empereur Henri V. concernant l'Eglise de Strasbourg. Huioue d'Alsace, tom. 2, lit. 582 et 587, pag. ccxxxjv et ccxlii.

• Callia Christiana, tom. 5, pag. 797. Le diplôme porte B. hpt^p» Ar 9* » linensis . et la date est v cal. Jullu 1123. Ilist. dAls., Pièces jusl., /. 2. M. ,

pag. ccxlix. . ,„ inmt> *

• Les chartes de 1116 et 1118, sont rapportées dans les P.»ces ,«.«. ou tome de l'Histoire d'Alsace, lit. 573 et 578. pag. ccxxvi et ccxxx..

de Wûrzbourg, Rokker et Cebehard. La décision du concile fut favorable au dernier. Bru non de Strasbourg fut un de ceux qui y assistèrent *. II ne fut pas tranquille sur son siège dès la première année de son épiscopat. Adelbert, archevêque de Mayence, attaché aux intérêts de Cunon, qui avait été chassé, somma Brunon de comparaître devant lui, pour rendre compte de sa conduite et de son élection. Brunon, craignant l'inconstance de son peuple, se rendit, en 1124, à Mayence, où, après avoir eu plusieurs conférences avec les ecclésiastiques, députés par l'archevêque, il ne put obtenir de lui la confirmation métropolitaine. Àdalbert même, qui le regardait encore comme excommunié, ne voulut ni le voir, ni lui parler. L'évêque de Strasbourg profita cependant de son séjour à Mayence pour procurer, par ses largesses, à Henri un grand nombre de partisans. II réussit même, par son crédit, ses conseils et son activité , à affermir dans le devoir toutes les villes et tous les sujets de l'Empire , depuis Worms jusqu'à Mayence. Ces services multipliés , rendus à l'empereur, n'empêchèrent pas les ennemis de Brunon de le rendre suspect auprès de ce prince. Ce prélat fut même obligé de se justifier dans une longue lettre qu'il écrivit à Henri ». Il lui rappelle tous les sentiments , que la fidélité et la reconnaissance lui dictaient pour la gloire de son règne, ceux du vif et sincère attachement qui le portaient à faire tous ses efforts pour maintenir l'Alsace sous son obéissance. Il le prie de ne plus prêter l'oreille à des discours calomnieux, et de lui envoyer de fréquents messagers, qui pussent lui faire connaître ses volontés.

Henri était alors occupé au siège de Worms , dont les

pièces justificatives, ibidem . /„. M. pag. ,;cL. Ibidem, Hi*t. fAU., tom. «», „/. 596. pag. ccli

habitants avaient chassé levêque qu'il leur avait donne. N'ayant pu prendre cette ville d'assaut , il l'affama et l'obligea, enlin, de se rendre à discrétion. Après la pr.se de Worms, l'empereur vint tenir une diète à Strasbourg, où il célébra les fêtes de Noël. Les princes de l'Alsace et de la Lorraine , comme les nomme l'abbé d'Ursberg , se rendirent avec lui dans cette ville. Ce prince y renouvela, le 28 décembre 1124, les privilèges du monastère d'Engelberg*, et, le 8 janvier il 25, ceux de l'abbaye de Samt- Blaise Il confirma, le même jour, l'établissement de celle deLucelle, fondée en Alsace deux années auparavant . Brunon.évêque de Strasbourg, souscrivit les trois diplômes, qui furent expédiés en faveur de ces trois abbayes. Ce prélat se rendit, la même année, à l'abbaye de Sponhe.m, fondée par Etienne, comte de ce nom : il y dédia 1 autel de Sainte-Croix, le 20 aoust 1125, et passa, le même jour, à Dalen , près de ce monastère , dont il consacra 1 egl.se paroissiale en l'honneur de saint George ». H fit ces deux cérémonies, aux prières de Bernhelm preimer abbe de Sponheim et du comte Megenrad. Celu,-c. confirma lendemain 21 aoust, la fondation qu. avait été faite par Etienne, son père. Brunon de Strasbourg signa l acté, que Megenrad fit expédier à ce sujet». L'hiver de 1124 a 1125

• — — - « - «. z sTi„ri—

/»,„, l . „ 655 : • An. D,n,. .ncarao.. 1.Î5 1 " . s.mburc.,.

■ relebravil, fréquenUnlibu, ibi runam IMntipibu. AUi . rarammic ironsrhenarara parlium optimJlibu». ■•

■ pi««s iU!tincaliv«, m. tu... io,„. ...«<• 59, w. «u,.

" Ibidem, Ut. 399, pag. cci.ui.

• Ibidem, lit. 600, pag. ccuv. 2iî et 14St

• Thtbemius, in Ckronieo Sponhei.nensi, ' P H Ouillimannus, de Episc. Argentin , png. « * '■

• Pièces ju.lificiatives <' '»'»' '"' 6°3' '"^

HISTOIRE DE i/ÉGLÏSE

fut si terrible , que non -seulement les hommes, les animaux terrestres et les oiseaux en souffrirent considérablement , mais encore les poissons périrent dans les rivières et les étangs. Les glaces détruisirent les moissons : ce qui occasionna une famine. La corruption des cadavres, morts de froid et de misère , produisit la peste , qui emporta , dans toutes les provinces de l'Empire , la troisième partie des peuples *. L'empereur Henri lui-même fut attaqué, en Alsace, d'une espèce d'abcès au bras, qui fut jugé mortel. Il alla cependant à Ltrecht, où il mourut le 23 mai H25, dans la dix-neuvième année de son règne , sans laisser d'enfants mâles , ni môme de filles légitimes , avec la réputation d'un fils dénaturé, d'un hypocrite sans religion, d'un voisin inquiet et d'un mauvais maître. Le sceptre impérial sortit ainsi de la maison des Saliques, ou ducs de Franconie, où il était depuis plus d'un siècle. L'impératrice Mathilde, épouse de Henri, se saisit d'abord de la couronne et des autres ornements impériaux , que Henri , avant sa mort, avait fait transporter en Alsace, dans le château de Trifels *. Mais Adelbert , archevêque de Mayence , trouva moyen de les tirer de ses mains pour se rendre maître de l'élection d'un nouvel empereur. 11 convoqua , en vertu d'un ancien privilège , dit Otton de Frisingen , les princes et les prélats de l'Empire , et les invita de se rendre à Mayence. La plupart paraissaient disposés à mettre sur le trône Frédéric de Hohenstauffen, duc de Souabe et d'Alsace, neveu du feu empereur, qui avait donné , dans plusieurs

• Guillimannus , de Episc, Argent., pag. 224 , et Kleinlawcl, Strasburgiicht Chronick, pag. *i.

* « In Castello Trifelss . dit la chronique de Magdebourg, apud Ueibomium. Scriptor. rer. Germ., tom. 2, pag. 325. Quelque temps auparavant le même empereur avait tenu en captivité, in Triveiis, pendant trois ans Adelbert, archevêque u> Mayence. Joanis, rer. Moguntiac, lib. 5, note 3, pag. 58S.

occasion!

as des marques de sa sagesse , de sa valeur et de

son expérience dans la guerre. Mais l'archevêque Adelfcei t ne l'aimait pas, et le pape Honorius II, successeur de Calixte , le craignait. Les dispositions peu favorables , de l'un et de l'autre, venaient de la conduite que ce duc d'Alsace avait tenue pour soutenir les droits de Henri , son oncle. D'un autre côté , Louis , roi de France , n'était pas porté pour Frédéric. Henri V s'était déclaré ouvertement contre la nation française, et il avait trop cherché son abaissement pour ne pas craindre que ses sentiments ne fussent passés de sa personne à celle de son neveu. Louis envoya à Mayence le célèbre abbé Suger, avec ordre de traverser l'élection de Frédéric, duc de Souabe, ou celle de Conrad, son frère, duc de Franconie. Ce ministre parut avec le train et le faste d'un grand seigneur ». La diète , partagée entre plusieurs prétendants, choisit dix seigneurs compromissaires pour procéder à l'élection. Ils s'assemblèrent le 30 aoust H 25, et proclamèrent roi, Lothaire, duc de Saxe. Cette proclamation , faite par l'archevêque de Mayence , réussit , malgré les oppositions des ducs de Souabe , de Franconie et de Bavière, de Brunon, évêque de Strasbourg, et des autres seigneurs de l'Alsace. Lotha.re se rendit à Aix-la-Chapelle, où Frédéric, archevêque de Cologne, le couronna, le 13 de septembre, avec Uichenze, son épouse.

Lothaire, après son couronnement, voulant se precautionner contre les ressentiments de Frédéric et contre le zèle de l'évêque Brunon , qui s'était déclaré en faveur de ce duc , commença par s'assurer de l'Alsace et des villes

• . .1 Ht montre, dit M. l'abbé d'Espagnac, dans ses réflexions sur Vabbé Suger . de ses genti.sho.me», de sa vaisseHe d'or, de son armée, de ses valet, , . crosse et de ses deux cents chevaux. •

358 HISTOIRE DE l'ÉGUSE

du Rhin. II vint d'abord à Strasbourg, comptant que, dès qu'A serait maître de cette ville, toute la province se soumettrait sans résistance à sa domination. Strasbourg, qui ne pensait pas comme son évoque, lui ouvrit ses portes, et ce prince y fit son entrée vers le milieu du mois de - décembre 1 J 25. II témoigna, à ses habitants, sa reconnaissance, et, pour les attacher de plus en plus à ses intérêts , il les prit sous sa protection , et leur accorda plusieurs grâces et immunités par son. diplôme, daté du 23 décembre ». Lothaire célébra aussi dans cette ville les fêtes de Noël2, et y confirma, dans une assemblée des princes de l'Empire, les privilèges de l'abbaye de Pfeffers, le 28 décembre s, et les droits de celle de Saint-Biaise, le 2 janvier H26 \ L'arrivée de l'empereur à Strasbourg fut signalée par la déposition de l'évêque Brunon , qui avait protesté contre son élection à la diète de Maycnce, et qu'il sacrifia à la haine de l'archevêque Adelbert, qui ne l'aimait pas5. Lothaire fit élire, a sa place, Eberhard ou Evrard,

' La Banc, //,$/. générale tV Allemagne, tom. 4, pxg 548. Une lettre de Godehard, evéque intrus de Wùrzbourg, in Codiez Idalrici, num. 335, prouve que I empereur Lothaire se trouvait à Strasbourg , sur la (In de l'année 1125, ou au commencement de 1186, où ce prince tint une assemblée de neuf évêques pour juger la cause de cet évùque. . Rex cognita causa mea Argenlinam me vocabal. •

• Annales Hildesheimenses . apud Duchesne . lom. 3, pag 538, et apud Leibnttwm m Scriptor. ver. Dmnswic, pag. 470: « Annolliô (c'est-à-dire 1125, selon I usage établi de commencer l'année au jour de Noël), novus Rex (Lotharius) •< Nalalem Domini apud Argentinam célébrât. »

* « Actum Argentine coram princibus , . dit le diplôme de ce prince , que nou* donnons parmi les pièces justificatives , <|c YHhtoirt d'Alsace, lom. h , M. 6o5 , pag. cr.i.ix.

' Les deux diplômes de Lothaire, pour I abbaye de Saint-Biaise, apud Hergoll , m Cod,cc probai, geneal. Ifabsburg, tom. 2, pag. 147 et 149, sont datés 4*».. '-e et du 2 janvier 1126. Hi,l. d Als.t tom. 2, 606, pag. ccx.

h Gui,UmanU5' d< EpiK. Argent , pag. 225.

chanoine el custos de la cathédrale qui ne fut pas tranquille sur son siège. Car, sur la lin de Tannée 1126 et au commencement de 1127, Hrunon et Ehcrhard étaient encore en contestation enlr'eux, pour savoir auquel des deux appartenait légitimement l'évêché de Strasbo urg On en trouve la preuve dans une ancienne notice de labbaje de Saint-Jean-des-Choux , près de Saverne «. Cette abbaye fut fondée, en H 20, pour des religieuses bened.c mes ,«r Pierre, comte de l.ucelbourg, qui la soum.t a celle de Saint-George, dans la Forêt-Noire ». Comme ce nouvel monastère était situé dans le diocèse de Strasbourg, et queBrunon et Ehcrhard se disputaient alors la possession de levéché , les deux compétiteurs donnèrent a Euenne évêque de MeU, la permission de dédier 1 egl.se , m» fu< consacrée, le 5 février 1127, en l'honneur de samt Jean-

BaCon, chassé de son siège, écrivit, en . .26 .an clergé

de son église, pour l'exhorter à ^'-'^rVlTme ie tnwailler pour lui faire rendre son évéche». I le «même

de la partqui. P- a sa ^<*>«^^™ fidèles, en J.-C, sachent comment d a ete liant pa

■ EorrAnrl EHUhh, c.l rappelé dan. P'»»*»" <*"'<" ' '^"«'h^ de 1,1». Lu plupart ne, historien, comptent tberhard •»»' '« J „ou, S,ra.b„u„; n.ai, co.ntne il n>- a * «ne '""^^ à leur. d,.« .Vu. P« cru dovoir lui accorder ce. honneur. >o c. ce. dan. I» pièce, jusli.ica.ivc. du .urne S de IH,.lo,rc d Alsace ' Pièces justificatives. Y.,. «I... «.«• »• 6°8' "' . Kou, donnerons au.re part le «ail de celte fonda, . ^ ^ ^ > . Cumuue in Ar„..nUn«n« cp.scopalu es». « P pcrmissionc con. . Brunonera «cilicet et Eberhardum gram d.ssen , pref,ue . veca.us est Domine. Stéphane. Mcten.i. episcopu, ^ . ecclesi*. Dedicata est aulem ho>c ccclesia anno

. ,„dic,ioue V. Sonia Fel.ru.rii. in honore beat. ta. . B.p. . ^ . . ,ocu, ipso ee.la sancti aoanni. de cetera vocar. a « • Pièces justificative. , //»' fit'»- '•«•• "'• 60 ' ' '

mêmes qu'il avait le plus comblés de bienfaits, et de quelle manière il a été chassé, sans être convaincu d'aucune foute, sans aucun jugement, mais seulement par violence. II déclare qu'il n'a cessé de conserver l'intégrité de son ordre et la plénitude de l'épiscopat par la grâce de Dieu et l'autorité du saint- siège. , Car, dit-il, depuis que j'ai « été nommé évêque, je n'ai point perdu, par un jugement « canonique, ni abdiqué volontairement, le pouvoir que « j'ai reçu de Dieu. Je n'ai jamais abandonné mon église

* de Strasbourg, de crainte qu elle ne fut occupée par un < pasteur étranger et un intrus. Dieu et ma conscience « sont témoins que je ne cherche point ma propre gloire, « mais que je crains tout pour le troupeau confié à mes

* soins. » Brunon s'adresse ensuite à ceux de son église, qui sont plus particulièrement l'ouvrage de ses mains, qu'il a créés et enfantés en J.-C, par l'imposition des mains , et qu'il enfante encore dans le Seigneur, en compatissant à leur état. Il paraît, par la suite de sa lettre, que c'est l'empereur Lothaire ou Eberhard , son compétiteur, qu'il désigne, par le joug de Pharaon, le citoyen et le prince de Babylone , qui opprimait et maltraitait ses prêtres et ses clercs. ÏI les exhorte, enfin, à avoir du zèle pour la maison de Dieu, à lui donner des marques de leur bonne volonté, à le reconnaître, à l'exemple des frères de Joseph, afin qu'après avoir souffert la faim de la parole de Dieu, ils soient rassassiés du plus pur froment. Cette lettre «le Brunon est très -bien écrite : le style en est pur, les expressions nobles , les pensées vives : les passages de

écriture-Sainte y sont heureusement appliqués. Eberhard ne jouit pas longtemps de la place, que la ia\eur de 1 empereur lui avait procurée, et que la conscience n aurait pas dû lui permettre d'accepter. Il n'occupa

que deux ans le siège dans lequel il avait été intrus, et il mourut sur la fin de 4 127 L'évêché de Strasbourg vaqua, en quelque façon, pendant deux années, parce queLothaire ne voulait pas consentir au rétablissement de Brunon, qu'on sollicitait de toutes parts. Il n'était pas encore rempli au commencement de 1J29, lorsque l'empereur vint à Strasbourg, y tenir une diète générale de l'Empire. Adalbert , archevêque de Mayence , Otton , évéque de Halberstadt , Bertold , abbé de Mourbach , Godefroi et Guillaume, comtes palatins, les comtes Frédéric de Saxe, Sigebert de Were et Frédéric, son frère, Thierri de Metz, Wolmar de Hunnebourg, Wernher de Habsbourg, Herman de Salm et plusieurs autres princes et seigneurs, se trouvèrent à cette assemblée. Les habitants de Strasbourg profitèrent de la vacance du siège épiscopal, pour affermir les fondements de leur liberté. Lothaire , voulant reconnaître leur fidélité et le zèle, avec lequel ses chers et féaux, les bourgeois de Strasbourg avaient soutenu ses intérêts et ceux de l'Empire , leur accorda , de son autorité royale et du consentement des princes, le privilège de ne pouvoir être traduits devant aucun tribunal forain , ou étranger, et de ne pouvoir être jugés que par leurs propres magistrats, en les exemptant du thinch , qui formait la juridiction landgraviale des comtes de la Haute et Basse-Alsace. Le diplôme est daté de Strasbourg , 20 janvier H 29 Ce privilège, souvent confirmé par les empereurs, successeurs ae Lothaire , en assurant la liberté civique de Strasbourg , déjà posée par l'évêque Otton , ne dérogea, cependant, en

' Dodechmus, in Chronico : « Anno 1127 obiit Eberhardus Àrgentinensis epis- • copus. . Trithemius, in Annal. Hirsawjiensibus, Schalen , Annales Paderbom , part. 1, Hb. l.pag. 713. Guillimanus, de Epuc, pag. 230, etc.

1 Pièces justificative*, Hist. dAU., tome 2. n<> 613, pag. ccixxw.

rien à la juridiction temporelle de 1 évoque et aux droits régaliens dont il jouissait dans la ville. Cotait, comme nous lavons dit et prouvé autre part ievèque lui-même qui nommait les principaux magistrats pour le civil et le criminel. Le diplôme de Lothaire, souscrit par le grandprévôt Adelgot , à la téte des chanoines de la cathédrale et du clergé de Strasbourg , fut particulièrement accordé à ,1a demande de Henri , avoué , Sigefroi , bourgrave , Rodolphe, schulteiss , Adelbert , vicedomne , Gelfrad, directeur de la douane , qui étaient les mêmes juges et officiers que l'évoque avait constitués dans la ville pour y faire valoir ses droits et rendre la justice en son nom *. D'ailleurs, comme le remarque très - judicieusement M. Pfeffel a : « Les villes qui s'élancèrent, dans les siècles * suivants, jusqu'au niveau des princes, ne composaient « pas encore de corps libres sous les empereurs franco- < niens. »

Enfin Rrunon, qui avait assisté, en «129, avec Thierri, comte du Nordgau , à l'assemblée de Mommenheim , où Godefroi de Fleckenstein donna sa cour de Schœnau à l'abbaye de Sainte -Walburgc 4 , fut rétabli sur son siège après quatre ans d'exil. La reine Riehenze, touchée du tort qu'on lui avait fait, joignit ses prières à celles de plusieurs évéques, et obtint de l'empereur, son époux, le retour de

' Tome 2. Dissertât., vi, pag. 94 et suif. Les mémos Henri Avoué , Sigefroi Bourgrave et Rodolphe Schulteiss signèrent l'acte que Adelgot grand prévôt de la cathédrale , donna , en 1 129 au sujet du 1W claustral de Brochingen en présenec de Dir-zman, doven : Bcrtuld, chantre ; Conrad, camericr, Eberhard, ccllerier ; Bertol,], portier ; Charles chanoine et a .très. Pièces justificatives, Uni. <CAls., tont . „, Ut. 614, m. cclxx.v.

Abrégé chronologique de l'Histoire d'Allemagne, tom. 1 , pag 219, (dit. de

4 Pièces justificative», Htst. <f AU., ton,, n, Ut. 61ô, pag. cclmv.

Brunon Il rentra dans les bonnes grâces de Lothaire à Worms, où ce prince célébrait les fêtes de Noël de Tannée 1129*. Brunon l'accompagna à Basle et assista à la diète qu'il tint, dans cette ville, en février H30\ Il y signa, avec les autres princes, le 6 du même mois, le diplôme de Lothaire en faveur de l'église des saints Félix et Régule de Zurich \ et, le 7 suivant, la charte d'Ulric, évôque de Constance , pour le monastère de Saint-Biaise K. Brunon fut aussi un des cinq évéques qui consacrèrent, en 1130, la grande église de l'abbaye de Lorsch ou Laurisheim c. La même année H 30 , l'église cathédrale de Strasbourg éprouva un incendie , qui endommagea ses bâtiments et une partie de l'édifice7 . C'est le premier qu'elle essuya depuis son rétablissement , entrepris par Werinhaire \ Brunon, dès qu'il fut rentré en possession de son évéché, s'attacha à témoigner sa reconnaissance à Lothaire. Il se dévoua avec zèle à son service : il fit bâtir une forteresse pour la défense du pays , et il augmenta le parti de l'empereur, en faisant rentrer dans le devoir plusieurs comtes, qui tenaient encore pour les ducs Frédéric et Conrad. 11 lit part de ces succès à Lothaire , dans une lettre qu'il lui

' Dodechinus, in Appendice ad Chronicon Variant scoti, pag. 672 : • An. 1129 - Bruno Argcnlinensis cpiscopus , interventu Regina; et episcoporum , quadricnnio «exputsus, gratiam régis consequitur. ■ Voyez la lettre de Brunon , à la reine Ricf.cnze dans les pièces just. du tome 2 de IHist. d'AU., lit. 616, po.g cclxxyi. Guillimanus, de Episc Argent., pag. 227.

1 Idem, pag. 228. On lit dans le catalogue des évoques de StPasbourg. rédigé par Oodefroi d'Ensmingen : « Bruno fuit circa annum Domini 1130.

4 Pièces justificatives, llist. d'Als., Hl. 617 .pa</. cclxxvii.

' Ibidem, 07. 618, pag. cclxxmii.

' Codex diplomaticus Laureshamcnsis abbatia-, apudLamey, lom. 1, pag 233, et apud Klein, tom 1, paj. 232.

7 Kœnigshoven, in Chronico, cap. 5, pag. 275.

" Fragmenlum hbtoricum trslisii, pag. 85 : . Anno 1130, combustum est majus « monarterium Argentinense primo. «

écrivit en H301. II lui mande que, tant qu'il vivra, sa ville de Strasbourg , avec toute la province d'Alsace , lui restera fidèle, et ne cessera de combattre pour la gloire de l'Empire. II ajoute que tous ses vassaux , de concert avec Thierri, comte du Nordgau, étaient prêts de raser les châteaux , que le duc Frédéric avait fait fortifier. Brunon conseille à ce prince de terminer, par l'avis de son épouse et d'autres personnes pieuses , le schisme qui venait de s'élever dans l'Eglise. Il finit sa lettre par recommander à Lothaire sa personne et son église de Strasbourg, en le suppliant de ne point écouter les calomnies des délateurs, mais de s'en rapporter plutôt à tout ce qu'il avait fait pour lui. Cette démarche n'était pas inutile : car Brunon, comme il le remarque lui-même , dans une autre lettre adressée, vers le même temps , à la reine Richenze *, vivait au milieu de ses ennemis, toujours acharnés contre lui. Cette lettre est un monument des sentiments de ce prélat reconnaissant envers cette princesse , à laquelle il confesse devoir son rétablissement. Il la prie de vouloir bien le rappeler à sa cour, et de ne rien négliger pour rendre la paix à l'église de Rome.

L Italie était alors agitée par le nouveau schisme du cardinal Pierre de Léon, qui, après la mort d'Honorius II, arrivée le 14 février i 130, avait été choisi pape, par sa faction, sous le nom d'AnacIet. Comme il éluit très -puissant par son crédit et ses alliances, et qu'il avait, dans son parti, Conrad de Hohcnstauftèn , qui s'était fait reconnaître roi de Lombardie, Innocent 11 qui , le lendemain de la mort d'Honorius , avait été élu canoniquement , fut obligé de quitter Rome. Innocent vint chercher un asile en France,

! ^« jusUfioatives, H»l. d'Ms., /,/. 619, pag. CCLXX.X. Ibidem, M. 616, pag. cci.xxvr.

où , par le secours de saint Bernard , il fut reconnu pape par les rois de France et d'Angleterre f. Ce saint abbé de Clairvaux conduisit lui-même Innocent à Liège, où l'empereur Lothaire se rendit avec un grand nombre d evêques et de seigneurs 2. On y tint, le 29 mars 113-1, une assemblée générale de l'Empire. Adelbert , archevêque de Mayence , s'y trouva avec presque tous les évêques , ses suftragants3, dans le nombre desquels on compta celui de Strasbourg \ L'empereur et les prélats, malgré les sollicitations d'Anaclet 6 , regardèrent Innocent pour le véritable successeur de saint Pierre, et Lothaire lui promit de passer en Italie, pour l'établir dans son siège. Le pape, de son côté , le couronna avec la reine , son épouse , et prononça la sentence d'excommunication contre l'antipape, contre les ducs Frédéric et Conrad , et contre tous leurs adhérents6. De Liège, Lothaire passa à Mayence , où il convoqua une diète , que les historiens qualifient de concile, parce qu'il s'y trouva plus d'évêques que de seigneurs laïcs. Le cardinal Mathieu, évêque d'Albane, auquel Innocent avait confié la légation d'Allemagne , et Adelbert , archevêque de Mayence, qui s'était arrogé, dans l'Empire, une autorité presque souveraine, présidèrent à ce concile,

' Voyea Fleury, Histoire ecclésiastique , tom. 14, liv. 68, pag. 414-423, et Longueval, Histoire de l'Eglise gallicane, tom. 8, liv. 24, pag. 505-512.

' • Cum magno archiepiscorum et episcoporum , et Tculonici regni optimatum • collcgio, . dit Sugcr, abbé de Saint-Denis, in Yita Ludovici Grossi Régis, apud Uiithesne in Scriptor. Historiœ h'rancorum, loin, 4, pag. 318.

1 Pièce» justificatives, HUt. d'Aïs., loin, il, W. 621, pag. cci.xxxi.

4 Ibidem, lit. 621, cit.

4 Anaclet avait écrit deux lettres à l'empereur Lothaire, pour l'engager dans son parti. La seconde, écrite le 15 mai 1130, lui fut apportée de Rome par un clerc «le Strasbourg, « per Argenlinensem quemdam Clericum, » comme on le voit dan* Baronius , Annal ecclesiast., tom. 12, ad an. 1130 £ 18 et 26 , puy. iij et 243.

' Barre, Histoire d'Allemagne, tom. 4, pag. 568-567.

r%6 HISTOIRE DE L ÉGLISE

en présence de l'empereur et des évoques Herman d'Augsbourg, Ulric d'Eichstett, Otton de Bamberg, Embrichonde Wurzbourg, Sigefroi de Spire er Buccon de Worms Le clergé et le peuple de Strasbourg y accusèrent Brunon, leur évêque , de s'être intrus dans le siège de cette ville, d'avoir usé de violence pour y parvenir, et d'avoir été sacré d'une manière irrégulière. Brunon, qui étaitun homme doux et d'une vie exemplaire , se représenta les inconvénients et les chagrins qui se trouvent dans le gouvernement d'un clergé et d'un peuple soulevés et aigris contre leur pasteur. Il aima donc mieux céder, que de se maintenir dans une place où il ne pouvait plus espérer d'être de quelque utilité. Il renonça à son évêché en 1131, et remit sa dignité entre les mains du cardinal légat*. L'Empereur, ayant terminé l'assemblée de Mayence, vint passer les fêtes de Pentecôte à Strasbourg, où Brunon renouvela, le 7 juin, la cession de son évêché 3. Lothaire resta quelque temps à Strasbourg : il s'y trouvait encore au mois de juillet \ et

1 Tliritliemius, Aimai. Hirsaugiemium , tant, 1, pag. 392 ; Hoffmann, Annal. Ilambergensium , lib. 3, apud Ludewig, in Seriptor, rer. Jîrunswic., lotn. 1, pag- 114, Scirarius, Rerum, Moguntin., lib. 5, g 20, pag. 811 ; Labbeus Concil. lom. 10 , pag. 988 ; Hartzheim , Conril. Germnniv, lom. 3, pag. 320 , el Mansi, ton, 21, pag. 477.

* Dodcchinus, in Appendice ail Chranicon Mariant Senti, upud ftstoriiii», t. 1, pag. 471 : « An. 1131 , Concilium Moguntia? hnbitum , présente Lolhario Rege . - présidente Malluro Albancnsi, cum Mogunlinensi arrhiepiscopo, ubi Bruno Argen-

• tinensi? episcopus, présentions Augustense Eichtedcnse, Babenbergense, Wurtze- « burgense , Spirense , Wormatiense , episropis à Clero et populo super vioientia ,

• intrusionc et eonsecratione impetitus , in manu? archiepisropi el eardinalis Argcn- > tinensem reconsignavit episcnpalum. »

* Cbronograplius Saxo, apud Eccardum inter Scriptnres reium Germant* , toi». 1, pag. 664, et apud Leihniliium, in Accessionibus hislohvis, pag. 28S : « Ann» « 11 31 , Rex Pcntcrwlein , in ri vitale Argentina célébrât , et Bruno ej.is.lein lori

• episcopus pastoralem curam amisit, Gebhardo sihi suecedente. »

* Lothaire donna à Strasbourg; aetum Slranburg, le 24 juillet 1131, un diplône tn f»ve!ir de l'église de Basle, Hergotl, Geneal., Habsbourg. , tom. 2, pag. 156

surla fin de celui d octobre H 31 Ce prince passa aussi, une partie de la même année, en Alsace, où il assiégea et détruisit plusieurs châteaux, qui appartenaient au duc Frédéric, son adversaire2. Quant à Brunon, il se retira à Bamberg, où il avait été chanoine , auprès de 1 evêque Otton, et après la mort de ce saint prélat, arrivée en 1 139, il alla finir ses jours dans le monastère de Saint-Michel, peu éloigné de cette ville. L'amitié de saint Otton5, l'étude des sciences ecclésiastiques et la méditation des saintes écritures , consolèrent Brunon de la perte de son évêché. Il conserva cependant toujours le titre devéque, et il souscrivit en cette qualité, en M 40, un diplôme donné à Nuremberg par le roi Conrad III 4. Il eut aussi un commerce fréquent de lettres avec le célèbre Gcrhoh, fameux par sa doctrine et ses vertus, chanoine régulier de Saint- Augustin et prévôt de Ueichenberg \ Il paraît , par celle que Brunon lui écrivit vers l'an 1150°, que cet évêque goûtait beaucoup les ouvrages trop subtils de Gerhoh, son ami. Ce prévôt de Beichenberg avait écrit un traité adressé

' La Barre. Histoire d'Allemagne, lom. 4, pag. 572.

' - Et quia Fridcricus Dux , dit le même Chronographe saxon, pag. ri/., cum " illis comprovinrialibus Begi maxime conabatur rcsislere , plurima castclla in « eadem provincia ab ipso eodrm lempore (an. 1131) obsessa et confracta sunt. - Domnus Bruno episcopus assista à un placitum, ou plaid tenu, le 7 novembre 1136 , par l'impératrice fiiehenze , en laveur de l'abbaye de Nonantule. Muratori , Antiquitates Italicoz medii ari, loin. 1, pag. 613.

1 Voyez la vie de saint Otlon , évéqne de Bamberg, écrite par André, abbé de Saint-Michel, Hb. 1, cap. 4i, apud l.udfuig, in Srriptor. rer. episrop.* Bamberg , t, pag. 435.

' Ce dipidme , qui confirme un échange passé entre Erbon , abbé de Priflinç et Otton, préfet de Kalisbonnc, a été publié par MeLhior Weixcr, in Fonlilegio mrro, l>ug. 60, et Sche'id, Or g. Guelfic., lom. 2, lib. G, probal., pag. 555. Brunon y est simplement nommé Bruno episcopwt,

" Et non moine de l'ordre de Cîteaux, comme In dit dom François, dans sa bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de saint Benoît.

* Pièces justificatives, num. 27.

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