‹ Œuvres historiques inédites. 2Chapitre 37 sur 44 · Leutfrid · texte numérisé non relu

Leutfrid

Le siège de Strasbourg fut rempli , après la mort de Gebehard , par Burchard 8, chanoine et archidiacre de l'église cathédrale «. Il réunissait , dans le même temps, en sa personne , les deux prévôtés des églises collégiales de Haselach 7 et de Saint-Pierre-le-Jeune 8. La famille de Burchard nous est inconnue : nous savons seulement qu'il était neveu paternel de Cunon », un de ses prédécesseurs

1 Heinricus Canonicus, nommé dans une charte de 1147, et Magister Scolarum dans une autre de 1157, devint évèque de Strasbourg en 1180.

* Il devint ensuite évèque de Strasbourg.

* Albertus Archisubdiaconus en 1154.

* Leutfrid est nommé Canior dans des chartes de 1153 et 1185.

* Cet evéque porte indifféremment dans les chartes les noms de Burchordus , Burcardus, Burkardm, Burgardus et Borcardus ; mais le premier est son véritable nom. Il le prend lui-môme dans des chartes originales, qui nous restent de lui, et on le l.t dans les diplômes autographes des empereurs Conrad III de 1143 et 1147, et Frédéric de 1153. Le sceau de Burchard, qui se trouve encore en entier à sa charte de 1158 pour l'abbaye de Baumgarten, le représente assis en ornements pontificaux, couvert d'un mitre, tenant à la main droite une crosse et de la gauche un l.vre ouvert avec cette inscription : . Burchardus Dei gratia Argenlinensis épis- « copus. »

^•Burchard est déjà nommé chanoine de la cathédrale dans deux chartes de et 1137: « Burchardus Chorepiscopus mnjoris ecclesiir » signa, en 1138, la c «rte de Begenhard et Frédéric de Châtenoi. Pièces justificatives. Voy. Wurdtw., ncv. sub. dipbm., tom. 7, pag. 103.

1 - Eo tempore fui Propositus Avellani , . dit l'évéque Burchard , dans sa charte e ma , ou .1 rappelle une donation faite , vers l'an 11 39 , sous Gebehard , son prédécesseur. On lit dans une bulle du pape Luce III de 1182, adressée aux chaînes de la collégiale de Haselach : « Beat* memori® B. quondam Argenlinensis « cpïscopus... dum preposituram ecclesie vestre in ipsa manu teneret. »

comme le remarque Zeistholf, cuslos de Saint-Pierre-le-jeune, dans une charte

« preposilus0n!mUS "'^ BUrd'ardU8 e^sco^ ^ lunc lemP"is eliai» nosler fuil •Un diplôme de l'empereur Henri IV de l'année 1102. Pièces justificatif»,

dans l'épiscopat'. Il est le premier évôque à l'égard duquel Wimphelingue * se sert du mot d'élection , quoiqu'il soit certain que , depuis le traité de Worms , passé entre Calixte II et Henri V, les chapitres d'Allemagne jouissaient incontestablement de ce droit. 11 fut élu évêque au commencement de l'année 1141. Conrad III vint alors à Strasbourg, et l'évêque Burchard signa le diplôme que ce prince y accorda, le 10 avril 1141 , en faveur de l'abbaye de Saint-Biaise 5. Burchard assista au synode provincial, que l'archevêque Henri tint à Mayence au mois de mars 1143, et y occupa la première place après le métropolitain. De retour à Strasbourg , ce prélat assembla , la même année, un synode dans son église cathédrale, où il convoqua les abbés, les prévôts, les chauoines et les autres religieux de son diocèse , pour constater l'authenticité des reliques de saint Florent. Ce saint évêque de Strasbourg , mort vers l'an 693 , fut d'abord enterré dans l'église de Saint-Thomas *; mais Bachion , un de ses successeurs, avait transféré son corps, en 810, dans'celle de Haselach, qui avait été le premier lieu de sa retraite5. Les chanoines de Haselach ne furent attaqués , dans la possession de ce sacré dépôt , qu'au commencement du douzième siècle. Ceux de Saint -Thomas firent alors courir le bruit que Rachion avait à la vérité tenté de transférer les reliques

Histoire d'Alsace, tom. n, /./. 532, pag. clxxxvi , nous apprend que Cunon, évôque de Strasbourg, avait deux frères nommés Eberhard et Werinhard, se,gne»n> dans l'Illgau. C'est peut-être de l'un de ces deux frères, que Burchard était Bis.

• Burchard, dans sa charte de 1142 fait mention de « Episcopi Cunonis patru» mei. »

• De episc. Argent pag. 51.

' Pièces just. Voy. Trouillat, Monum. de I ancien èvéchè de Baie, I. ' *

• Abrégé de la Vie de saint Florent, pag. 41. et Histoire del'Egl.se de Strasbourg, tom. 1, pag. 236.

• Ibidem, pag. 45, et tom. 1, pag. 237 et 316.

3m HISTOIRE DE L'ÉGLISE

de saint Florent à Haselach, mais que leurs prédécesseurs, informes de son dessein, les avaient cachées dans un lieu que révèque ne put découvrir». Cette prétention des chanoines de Saint-Thomas fit beaucoup de bruit et causa tant de scandale que Burchard se crut obligé, de l'avis de son chapitre, de convoquer un synode, pour éclaircir une question que le peuple de Strasbourg commençait déjà à juger en faveur de la collégiale de Saint-Thomas. Les chanoines de cette église se présentèrent à cette assemblée avec une plaque de plomb, sur laquelle étaient écrites ces paroles : In hac tumba sibi sepulturam elegit beat us Florentins. Ils en lurent l'inscription , et ils voulurent, par là , prouver qu'ils avaient conservé le corps de saint Florent. Ils prièrent l'évêque de publier, en conséquence, un décret solennel pour assurer la justice dans leurs prétentions. Les chanoines de Haselach proposèrent aussi leurs moyens de défense : ils s'appuyèrent sur l'autorité dune ancienne tradition et sur le témoignage des fidèles, qui avaient toujours été persuadés que les reliques de saint Florent étaient à Haselach : ils observèrent que de temps immémorial on célébrait, dans tout le diocèse, au 7 de novembre, la fête de sa translation : ils présentèrent plusieurs titres pour prouver la vérité de leur droit : enfin, Us supphèrent l'évêque de ne rien précipiter dans une affaire si intéressante, et, en même temps, si incertaine. Burchard suspendit son jugement jusqu'à ce qu'il eût examine le fait sur les lieux. Il fixa un jour, où il se rendrait Im-même à Haslach, en ordonnant aux chanoines de saint- Ihomas de s'y rendre. Mais ceux-ci n'attendirent Ssfi temPs ma/qué; car, malgré les ordres de l'évêque, s rent dans Strasbourg une procession solennelle, où

' Wimphelingiu», de Episc. Argent., pag. 2Î.

ils portèrent en pompe leurs prétendues reliques. Cette conduite déplût fort à Burchard , qui se rendit néanmoins à Haslach , au jour qu'il avait indiqué dans son synode. Il y avait appelé plusieurs prélats et d'autres ecclésiastiques de son diocèse. Ce fut en leur présence que ce prélat fit ouvrir, le 25 octobre H 43, le tombeau de saint Florent. Il y trouva son véritable corps avec les sandales , qui étaient presque usées par le temps. Aussitôt il fit assem- • bler le peuple dans l'église, et lui montra le précieux trésor qu'il venait de découvrir. Il fit ensuite renfermer ces reliques , en cachetant la tombe de son sceau. Le lendemain , 26 octobre , Burchard monta de nouveau à l'autel : il y fit poser le corps du saint, et en ôta toutes les enveloppes. Il était assisté de Bertold, custos de la cathédrale, et alors prévôt de Haslach , des abbés de Marmoûtier et d'Altorff, des chanoines de Haslach et d'un grand nombre d'ecclésiastiques et de religieux, au milieu d'un grand concours de peuple. Pendant que chacun était occupé à examiner les différentes parties du corps , on découvrit une lame de plomb , qui représentait l'image de saint Florent, et qui attestait la translation de ses reliques, faite au neuvième siècle par Rachion. Il ne resta plus alors aucun doute sur leur authenticité. Burchard , après avoir révéré avec tous les assistants le corps du bienheureux évêque, le remit dans sa châsse : il fit aussitôt dresser un acte public de tout ce qui s'était passé , dans lequel on inséra ce que nous venons de raconter *. Un chanoine de Haselach, qui écrivit, peu après, la vie de saint Florent*,

• Wimphelingue , ami des chanoines de Saint-Thomas , dit à ce sujet , de Epitc. Argent., pag. 51 : . Fertur Burcardum s. Florentii reliquias in Hasela transfère « conatum esse. »

» Le chanoine anonyme de Haselach, qui écrivit cette Vie de saint-Florent, était contemporain de l'évèque Burchard. Il vivait, comme il récrit lui-même, du temps

raconte tous les prodiges que Dieu fit éclater à son tombeau dans le temps de la vérification de ses reliques «. La charte de Burchard est datée de l'année i i 43 , sous le pontificat d'Innocent II * Ce pontife était mort dès le 24 septembre : mais on ignorait encore son décès , en Alsace, le 26 octobre suivant. Célestin II, son successeur, ne tint le saint -siège que pendant cinq mois. Gérard, cardinal de Sainte-Croix , qui fut ensuite élu sous le nom de Lucius II, mourut lui-même le 25 février H45. Eugène III le remplaça deux jours après.

Burchard , qui , sous ces papes , gouvernait l'évéché de Strasbourg, exerçait en même temps la puissance législative sur sa ville épiscopale , dont l'administration civile et municipale continua , comme sous ses prédécesseurs , de dépendre de lui, et des juges qu'il constituait. Nousavons vu ci-dessus \ que le privilège accordé, en 1129, par l'empereur Lothaîre , aux habitants de Strasbourg , ne dérogea en rien à l'autorité dont l'évêque jouissait dans cette ville, et à la juridiction des principaux magistrats nommés par lui-même pour y rendre la justice , tant criminelle que civile , et pour y exercer ses droits régaliens de monnaie et de péage. L'avoué, auquel les évêques avaient commis spécialement le droit du glaive , pour y rendre, en son nom et sans appel , la justice criminelle*, était alors Henri, comte de Liitzelbourg, fils de Pierre, comte

d'Anselme de Ringelstein. Or Anselmus <!e Hin,jeUtein signa, en 1156, un diplôme de I empereur Frédéric, pour l'abbaye de Neubourg.

de la ^ ™ L0Ui8, Leb(n ^ "eUigen P. *0 et seg., et Abrégé

delà vie de saint Florent, pag. 56 et Suiv.

■ PC836TifiCative8, Voy* mrdt" no,K sub' **«•. «»»' i> m-

4 V0JM 'e l0nW 6CC0nd dc »-toire Dotation 6, Pag. 97 et «rfr.

du même nom *. 11 est rappelé, en qualité d'avoué, dans plusieurs chartes et diplômes du temps depuis Tan 1419 jusqu'en 1148. Le nécrologe de la cathédrale de Strasbourg en fait mention au 31 de mai 4. Il avait succédé , dans cette advocatie, à Sigefroi , comte de Lùtzelbourg, son oncle paternel \ qui s'en était démis, l'an 1119, en sa faveur, et qui est nommé, dès l'an 111 6, dans le nombre des avoués de cette ville. Leurs prédécesseurs, dans la même place, avaient été Rodolphe vers l'an 920 \ Hartwig, en 951 \ Adelbert, au milieu du dixième siècle °, Henri I«\ en 1061 et 1089 7, Anselme 1er, en 1094 8, Brunon, en 1102°, et Anselme II, en 1105 et 1109 ,0. L'office de

' 11 est nommé dans une notice de l'abbaye de Marmoûlier de 1143 : • Henricus « Argentinensis advocalus fraler Reginoldi comitis et filius Pétri Comitis de Lutzel- ■ burg. »

* Fol. vu. . Secundo Kal. Maii , Heinricus advocalus obiit : de Oftenheim uni- • cuique Fratrum très denarios. ■»

* On lit dans les souscriptions du diplôme de Lothaire pour la ville de Strasbourg de 1129 « Advocalus ejusdem civitatis Heinricus et patruus ejus Sifridus. »

* Pièces just., voyez Wiirdlwein, nov. sub. , dipl., tom. 3, pag. 359, note/". 4 Pièces justificatives, Histoire d'Als., M, tit. 267 pag. ccxvi.

•L'ancien nécrologe de la cathédrale place sa mort au onzième de mai. fol. vi : v Id'is Maii, Adalbert advocalus obiit : de Lebcncsheim plénum servilium. »

I Pièces justificatives, Hisl. d'Als. totn., H, lit. 501. pag. eu.

Une charte de 1070 le nomme . Heinricus principalis advocatus ecclesiœ, argen- . tinensis. • Il fit présent, au chapitre de l'église cathédrale, de quelques biens, situés à Châtenoi. Le nécrologe en parle ainsi, au 21 mars, fol. îv : . xii kal. Aprilis c Heinricus advocatus obiit, qui dédit duos agros ad Kestcnholtz in usum fratrum.»

* Pièces justificatives. Hist. dAls., tom. n, lit 510, pag- ™lx.

II donna à l'église cathédrale de Strasbourg des biens situés à Mutzig. • H kal. « Jnnii. Anshelmus advocatus obiit : de Musicha modius unus, frisginge duo ovini, « situlse du« vini, » dit le nécrologe, au 31 mai, fol. vu.

' Pièces justificatives. Voy. Wurdtwein , nov. sub., diplom.. tom. 6 , pag. 272.

10 Pièces just., llist. a" Ah., tom. n, tit. 554 pag. ccx.

Le nécrologe de la cathédrale fixe la mort d'Anselme II au 11 décembre : . m Id. . decembris, Anshelm advocatus obiit : de Westhoven uni'uique fratrum " • unus quoeumque locorum si t. »

schultheiss !, ou de juge civil, était rempli, sous l'évêque Burchard , par Walther, et celui de bourggrave ou prévôt de la ville4, par Thierri. On compte, dans le nombre des anciens schultheiss, Cunon, en 1095, Hugues, vers Tan 11123, Rodolphe, en 1123 et 1129*, Otton, en H338, Adelbert, en 1137 et 1 139e, et Waltlier, en 1143 et 1H8 7; et dans celui des anciens bourggraves, Anselme, en 1095 8, Sigefroi, en 1118 et 1129 9, et Thierri, en 1148etH5610. Le grand péager, ou le receveur général du Zollkeller", lequel percevait les droits de péage et de douane pour le vin , les grains et autres denrées , qui entraient dans la ville, était aussi un des principaux officiers de l'évéqne dans la ville. Gelfrad ,s, qui occupait cette place au com-

' Il est appelé Urbani juris villictts , entre les principaux officiers du palais de l'évêque, dans une charte de l'évêque Otton, de 1095. Les autres titres le rappellent sous le nom de Scultetus ou Causulicus.

* Les mots de Burgravius et d' Urbis prœfectus sont synonimes dans les chartes de l'onzième et du douzième siècle.

1 Hugo Cousidictts fut présent à une donation, faite vers l'an 1112 , rappelée dans un charte de l'évêque Burchard, de 1142. Pièces justificatives, Voy. Wùrdtwein. nova subs. diplom., îom. 7, pag. 120.

* Pièces justificatives, Histoire d'Alsace, t. n, (il. 591 et 613, pag. ccxivti et

CCLXXI11.

I Ibidem, tit. 627, pag. ccxxxiv.

• Voy. Wùrdtwein, nov. subs. diplom,, tom. l.pag. 105. ' Ibidem, tom. 7, pag. 124 et 1*3.

II est nommé Waltherus quondam se huile lus, dans une charte de 1156. ' Pièces justificatives. Voy. Wùrdt., nova sub. diplom , /. 6. pag. 259.

• Ibidem, tom. 7, pag. 12 et 72.

10 Ibidem, tom. 7, pag. 185.

H Le nécrologe de la cathédrale, écrit sur la fin du douzième siècle, fait mention, au 24 de mai, d'un Rodolphe, péager : mais on ignore le temps où il vivait: « ixkal. Junii, Rudolf theloneari us obiit, qui dédit in Schervilre agrum viniferum • in usus fratrum. . On peut aussi compter, dans ce nombre, Hug esaclor, qui signa, en 1118, une charte de Brunon, grand-prévdl de Strasbourg, Hist. a" AU., *om. 2, pièces justificatives, tit. 578, pag. ccxxxi.

'* « Gelfradus thelonearius. »

mencement du douzième siècle , paraît avec Rodolphe , schultheiss, et Sigefroi, bourggrave, dans deux diplômes de l'empereur Henri V, de 1123 », et dans un autre de Lothaire II, de 1129 8, où ces trois magistrats sont nommés entre les témoins. Une preuve particulière des droits de péage et de douane , dont les évéques de Strasbourg jouissaient dans leur ville épiscopale , tant sur le vin et les grains, que sur les animaux qui y entraient, se trouve dans les lettres de l'évêque Burchard pour l'abbaye de Schwartzach, datées de Tan 1143\ Ce prélat remet à l'abbé Conrad et à ses successeurs tous les droits d'entrée, qu'on avait précédemment exigés de leurs domestiques et officiers pour toutes leurs denrées , qui passaient par la ville. La charte de concession , expédiée de l'avis de Gelfrad, grand-péager, fut donnée en présence des chanoines dignitaires de l'église cathédrale , des grands - officier» de l'évêque et des principaux citoyens notables de la vdle. Wimphelingue 4 fait mention , en peu de mots , de cette exemption, qu'il place à l'an 1144. Le P. Laguille 5 ajoute que l'abbave de Schwartzach fut brûlée dans le même temps , et* que l'évêque Burchard n'épargna ni soins , m dépenses , pour réparer les pertes qu'elle avait essuyées; mais il ne cite aucun garant de ce fait et les titres ainsi que les annales de ce monastère ne font aucune mention de cet

incendie. . .

Cependant , l'empereur Conrad faisait la visite dans

' L'un pour I abbaye d'Alpirsbach, apud Crutium, annalium suevicar., part i S,u9. 331, et ïautrc pour celle de Waldkirch, apud Maria,, A uttrta sacra, part. 1.

tom. î, pag. 267. «m

• » , J jLle. HUL d'Als. t. n, lit. 590. 591 et 613, pag. cctv,. ccuu et cet».... : . dem. Voy. Wûrdtwein, nov. sub. dipl., /o«i.9. pag 345.

• Histoire d-Ahac , tom. 3, édit. •»-«•. I». >7. W- 2'"

différentes provinces de l'Allemagne : le séjour fréquent, qu'il faisait à Strasbourg , contribuait beaucoup à la peupler et à augmenter sa célébrité. Il tint, dans cette ville, au mois de juillet 4144, une diète nombreuse*, composée d'un grand nombre de princes d'Empire ». Les diplômes que Conrad accorda, pendant le séjour qu'il y fit, le 8 juillet, à l'abbaye d'Ensidlen », le 10, à celle deSeltz4, et le ii , à l'hôpital de Strasbourg 5, en font connaître les principaux. Burchard, évêque de Strasbourg, se trouve à leur tête. On y voit ensuite les évéques Sigefroi de Spire, Embricon de Wurzbourg et Ortlieb de Basle; les abbés Wibald de Stavelot , Berthold de Mourbach , Fridelon de Richenau et Walther de Seltz ; Frédéric , duc d'Alsace et de Souabe, Conrad, duc de Zehringen, Herman, marquis de Bade; les comtes Sigebert de Werd, Louis d'Œttingen, Thierri de Montbéliard, Ulric d'Egisheim, Simon de Saarbriick, Berthold de Nuwenbourg et plusieurs autres seigneurs, dont les noms sont trop étrangers à l'Alsace pour les rappeler dans cette histoire. Les signatures du dernier diplôme , que Conrad accorda alors à l'hôpital de Strasbourg, présentent aussi celle de Henri, avoué de cette ville. Burchard , son évêque , assista l'année suivante à l'assemblée de Worms , où cet empereur confirma , en H 45, les droits de l'église de Lausanne6. Les princes chrétiens reçurent, vers le même temps, des lettres prèssantés de la part du pape Eugène , qui les informait du

CuIlimann«% de Episc. Argent., pag. 239 et 240.

' • In generali prineipum conventu , . dit l'empereur dans son dipldme pour I abbaye de Selt*.

* Pièces justificative», nurn 33.

' Ibidem, num. 34.

i ^t'I'lT WUrdl ' n°V- tUb- diPl0m L 9' 347 . 3 5 ,

triste état où se trouvaient , depuis quelque temps , la Syrie et la Palestine , en les exhortant à une nouvelle expédition contre les oppresseurs du christianisme Les fruits de la première croisade s'étaient évanouis ; les possesseurs de la Terre -Sainte , énervés par leurs propres victoires , livrés à la mollesse et déchirés par leurs divisions intestines , se trouvaient trop faibles pour défendre leurs conquêtes contre les effors redoublés de la puissance musulmane. Le royaume de Jérusalem , sans défense , et presque renfermé dans les murailles de la ville, paraissait chaque jour approcher de sa ruine. Enfin , les chrétiens se voyaient sur le point d'être chassés des lieux qui leur avaient coûté tant de sang , à moins qu'ils ne reçussent d'Occident des secours prompts et puissants. Eugène III , qui avait été le disciple de saint Bernard , et qui le respectait encore comme son maître, chargea l'abbé de Clairvaux d'inviter l'empereur et le roi de France à prendre la croix, pour tirer les lieux saints des mains des infidèles*. Ce pieux solitaire, qui fut le médiateur, l'arbitre et l'oracle de l'Europe , auquel les protestants des derniers siècles3

' Baronius, Anna}. Ecclesiast.. tom. U. ad an. H45 . pag. 599 et teq., et Fleuri, Histoire ecclésiastique, tom. H, pag. 010 et C1C.

• Otto Frisingis, de Gestis Friderici, Hb. 4. cap 34, pag. 4*6*.

5 Luther et Bucer ont clé si frappés de l'éclat de la lumière et de la sainteté de saint Bernard, qu'ils en ont eux-mêmes, fait l'éloge. Le premier dans ses Tischreden dit qu'il l'emporte sur tous les docteurs de l'Eglise. Le second, lib. de Concil. art. dejuslit. le nomme un homme de Dieu. Eeolampadc le loue comme un théologien dont le jugement était plus exact que celui de tous les écrivains de son «emps. Calvin, lib. 4, Institut, g 17, cap. 10 et §20, cap. IL l'appelle un pieux et saint écrivain, par la bouche duquel la vérité elle-même semble parler. Illyncus , in Catalogo testium veritatis temporum superiorum contra papatn. p. 886, dit en

parlant de saint Bernard : - Vir «net» aulhor inlegcr. . Les Herrnute.

d'Angleterre, au rapport de M. Grcley, Londres, tom. 2, pag. f ». comptent sa.nl Bernard parmi les enfants de Dieu les plus célèbres el les plus d.sl.ngués.

ont su rendre plus de justice que plusieurs des écrivains catholiques du nôtre 1 , s'était acquis , par des vertus sublimes , des talents rares et une éloquence touchante , le plus grand pouvoir qu'un homme peut exercer sur l'esprit de ses contemporains *. 11 prêcha la croisade en France avec tant de succès , qu'il engagea le roi I^ouis VII, surnommé le Jeune , à marcher lui-môme , avec la plus grande partie de sa noblesse, au secours des chrétiens de la Palestine 3.

Saint Bernard, en annonçant, en 1145, la croisade dans la France, ne s'était acquitté que d'une partie du ministère dont le souverain pontife l'avait chargé. Il fallait la faire connaître en Allemagne , où elle trouvait plus d'obstacles. Quelques - uns môme de ceux qui la prêchaient dans l'Empire germanique, ne pouvaient entrer plus mal dans l'esprit de cette sainte expédition. Un moine , nommé Rodolphe, qui se disait disciple de saint Bernard4, homme d'une capacité très-médiocre, mais d'une vie austère, vint en homme inspiré prêcher la croisade en Alsace , et dans les provinces voisines qui touchaient le Rhin 5. Rodolphe n'avait reçu sa mission ni du pape, ni des évêques : mais

* Si on en croyait quelques écrivains modernes . nous ne verrions dans saint Bernard qu'un moine inquiet, bouillant, opiniâtre, imbu des préjugés de son siècle et de son ét..t et dont la réputation ne fut fondée que sur le délire et la superstition.

* Voyez le panégyrique de ce saint, prononcé à Paris, en 177? , par M. l'abbé Besplas Ce panégyrique est un de ces pietés éloquenl.-s , où l'on retrouve la manière des grands maîtres, et qui sait allier le respect du la religion avec le ton d'une saine philosophie.

s Voyez le P. Fontenay. Histoire de l Eglise gallicane, lom. 9, ttv. iS,paj. M- 130, et dom Clémence!, Histoire littéraire de saint Bernard, pag. 55 et suir. 4 Cuillini.miius, de Episc, Argent, pag. îit.

1 OltoFi ism^ensis, de Gestis Friderici I Imperutoris, lib. 1, cap. 37, apud Irstisium page tiS,etapudMurato. ium( in Scriptor. rer. Italie., tome 6, page 671: « Inter

- harcRuduldhus Mor.achus , vir quidem religionis habitum babens religiouisque

- severitaten. solu ler imitai»» , wd litterarum rtotitiu sobrie imbutus , eas parte.

il était moine, et il se croyait, en cette qualité, dit le l\ Fontenai», suffisamment autorisé à s'attribuer un pouvoir dont il prétondait n'être comptable qu'à Dieu. L'ardent prédicateur poursuivait son entreprise avec un zèle opiniâtre , et il réussissait. Il courait de village en village , nus pieds , tenant à la main un grand crucifix , prêchant avec enthousiasme , et versant à propos des torrents de larmes. On sait ce que peut sur le peuple un air de prophète , soutenu d'une grande austérité de vie et de mœurs. Il fit de si grandes impressions sur les peuples de Cologne, de Mayence, de Worms, de Spire, de Strasbourg, des villes et des bourgs voisins, que tous parurent embrasés du feu qu'il y avait allumé. Rodolphe engagea plusieurs milliers d'hommes à prendre la croix. Mais ce moine se rendit, en même temps, l'apôtre de l'intolérance et de la persécution. Pour disposer les peuples à porter la guerre chez les infidèles , il posa , pour un des articles de sa doctrine, qu'il fallait se défaire des juifs, comme étant les plus grands ennemis du christianisme, et commencer par égorger ceux qui étaient voisins, avant que d'en aller chercher dans les terres éloignées. Cette étrange doctrine , soutenue par l'exemple d'une vie pénitente et par 1 éloquence du fanatisme, trouva croyance auprès d'une populace avide des biens des juifs , et toujours prête à saisir, comme un arrêt du ciel, de les leur enlever avec la vie. L'Alsace vit renouveler ces tristes scènes, que la première

. Galli*, que Rhenum attingunt, ingreditur, multaque PoPulorum millia ex Affrip- . pina, Moguntia, Yormacia, Spira , Argentin., aliisquc virini.eml.lib».. opH». - seu vicis, ad accipicn lam crucem accendit, etc. » ' Tom. cit, pag. 132.

« ■ Licet perûdia Judœorum .il multiplicité improbanda, qu.a .amer «p. eo . f,de. nostra veraciter comprobatur, non sunt a f.del.bus grav.ter oppnm end. dit le pape Innocent 111 . dan, sa bulle de 1199 , apud Baluuum , eptst. înno cenhi 111, tom. 1, lib. 2, pa<j. 540.

croisade, de 1006, avait déjà enfantées'. Un grand nombre de juifs furent, dans plusieurs endroits, massacrés impitoyablement. Le mal , cependant , ne fut pas aussi grand que ce missionnaire fanatique le désirait. Une partie des juifs prit de bonne heure la fuite , et se réfugia dans les terres héréditaires de Conrad, où leur qualité de serfs du domaine impérial les garantit d'une entière destruction4.

Le saint abbé de Clairveaux eut horreur de la doctrine de Rodolphe : il écrivit de toutes parts des lettres pour détromper les peuples qui s étaient rendus trop crédules à ce que ce moine séditieux leur avait enseigné. « Le cruel

* en impose , s'écrie saint Bernard , plein d'indignation , « dans une réponse faite à Henri, archevêque de Mayence3; < un ouvrier de ce caractère n'est avoué de Dieu ni des ' hommes. Il doit savoir que la profession d'un moine « n'est pas d'enseigner, mais de pleurer ; qu'il doit regar- ' der les villes comme une prison , et la solitude comme « son paradis. La conduite de Rodolphe renverse cet ordre: « son cloître est pour lui une prison, et il fait son paradis « de se trouver dans le tumulte des villes. » Ce saint combat ensuite les maximes de ce téméraire. « Vous me ' parlez , ajoute- t-il , d'un ministre de nouvelle espèce,

* que je trouve extrêmement repréhensible sur trois

• points : la prédication qu'il usurpe , l'épiscopat qu'il « méprise, l'homicide qu'il approuve. L'Eglise lui apprend « bien autre chose : elle qui, continuellement occupée à la

• conversion des juifs, nous montre par là le seul vrai moyen

' Vojei ci-dessu», page 161 et suiv.

' OUo Frisingensis, lib. 1 cit., cap. 37 et 38, apud Urslmum, pag. M, et apud Muraiormm, pag. 671 et 672.

' EpUt. 365 alias SSS , apud Manrique , Annal. Ci,tercen>ium . lom. i ad- «• cap. 7, pag. 37, et apud Habillonem inler opéra S. Bcrnardi, tom. I, p*.

« d'en triompher ô science monstrueuse ! ô sagesse

" infernale! ô sacrilège! ô infâme hérésie! qui ne peut << être inspirée que par le père du mensonge!... Il ne faut

* persécuter les juifs, dit encore saint Bernard, dans une i autre lettre adressée à l'église de Spire 1 , il ne faut point < les massacrer, il ne faut pas même les chasser des terres « où ils se trouvent. Us sont comme des figures et des « caractères vivants qui nous rappellent la passion du

* Seigneur. Ils sont dispersés dans tous les pajs de « l'Univers, où marqués de l'opprobre dû à leur infidélité, « ils rendent un témoignage irréfragable à la vérité de

<t notre religion*. »

Ces lettres ne parurent pas suffisantes pour faire revenir de leurs égarements des peuples enchantés par l'austérité de Rodolphe. Ceux de Mayence avaient toujours une excessive vénération pour la prétendue sainteté de ce moine et continuaient de poursuivre les juifs. II était temps, pour réprimer ce désordre, que saint Bernard vint lui-même le combattre. Il entreprit, en personne, d'éclairer l'aveuglement de ce visionnaire et de détromper les Allemands sur son compte. Sa charité et son zèle eurent tout le succès possible. 11 vit Rodolphe ; il lui reprocha son égarement téméraire, et le réduisit aisément sans nul autre effort que de parler et de commander en légat du saint-siége. Touché des instructions du saint abbé, il revint de ses visions , et rentra dans son cloître pour y faire pénitence des meurtres qu'il avait causés ». Le peuple de

• Comme le dit Baronius, Annal. Eccle»ia*t , tom. M, ad an. I14«. pag. Cette lettre 363 alias 322 écrit* en 11 46 a été publiée par cloru Mab.llon, tom. 1, pag. 336.

» Manrique, tom. i, ad ann. 11 46, cap. 8, pag. 39.

• Voir, à la fin de cet article, une note que nous retrouvons sur une feu.lle volante et qui devait évidemment être incorporée dans le récit, à la suite de celte citation. {Note de l'éditeur.)

408 HISTOIRE DE i/eGI.ISE

Mayence murmura , et paraissait même peu éloigné de causer quelque émeute ; mais il ne tarda pas à se rendre souple et docile à la même autorité qui venait de renverser son idole. Strasbourg, Spire et les autres villes du Rhin, avouèrent leurs excès contre les juifs , laissèrent ce malheureux peuple en repos , et reconnurent que Bernard était un homme puissant en paroles et en œuvres.

La puissance des prodiges devint encore un témoignage plus sensible de la mission de saint Bernard. Pressé par les instances réitérées de Herman, évéque de Constance, ce saint abbé se rendit dans cette ville au commencement du mois de décembre i\ 45. Ce fut là que commença cette longue suite de miracles, si exactement et si juridiquement constatés, qu'après les livres saints, on ne lit rien de comparable à la relation que nous en a laissée Philippe , archidiacre de Liège , tant pour le nombre et la grandeur, que pour la notoriété des prodiges «. Comme cet archidiacre dit qu'il ne rapporte que ce qu'il est certain d'avoir vu et entendu : comme les guérisons, qu'il raconte, étaient si différentes les unes des autres , si multipliées , si subitement opérées , comme celui , qui en était l'auteur, en tirait si peu de gloire pour lui-même ; ce serait tomber dans l'excès du pyrrhonisme , que d'y soupçonner de la fraude, ou de douter de la sincérité de l'historien, qui nous en a transmis le récit. Saint Bernard vint à Basle, où, en présence de tout le peuple, il rendit la parole à une femme muette et la vue à un aveugle. L'évêque Ortlieb le conduisit à Strasbourg, où le saint dit la messe le 23 décembre, quatrième dimanche de l'avent. C'est dans cette ville, dit l'archidiacre Philippe», où nous vîmes, après la celé-

; Fontenai, Histoire de VEgli* Ricane, tom. n, pag. 13». L.bro de miraculi, Bernard i , part. 1 , cap. î, uum. *98, apud Piniumtn

bration du saint sacrifice, une fille paralytique subitement guérie , et , qu'un moment avant de s'embarquer sur le Khin , il rendit le libre usage des jambes à un jeune boiteux , aux yeux d une multitude infinie de peuple , qui bénissait le Ciel et le saint. Il se rendit le lendemain à Spire , où l'empereur Conrad avait convoqué une grande diète pour les fêtes de Noël. L'empressement de voir l'homme miraculeux y attira tant de personnes de toutes les provinces, qu'il y aurait été étouffé, si l'empereur ne l'avait pas pris lui-même entre ses bras pour le retirer de la foule. Ce fut dans cette diète de Spire que fut conclue l'expédition de la Terre-Sainte ». Saint Bernard l'y prêcha avec cette éloquence foudroyante qui enflamma les esprits, et électrisa , pour ainsi dire , les cœurs». Il répandit sur une foule innombrable d'auditeurs le feu de son propre génie, et chacun s'empressa de recevoir la croix de sa main. Conrad la prit lui-même le 27 décembre. L'exemple de cet empereur, qui , jusqu'alors , s'était refusé à cette expédition , alluma une telle ferveur parmi les princes de l'Empire, que la plus grande partie se croisa avec lui , et,

AclU SS. tom. 4, Augusti, pag. 335 : « Omnes vidimus puellam , qu« Dotninic*

• qnarta Adventus, Argentin* in Ecclesia, post MUsarum celebrationero, erectaest;

* de q-ja sic exultabat Pater, sic populus acclamabat. Ipsadie, priusquam navem - ingrederemur, puer claudus erectus est, et co.am populo libère ambulabat; et . qui aderant vociferabantur cum gaudio, sicut omnes audistis. »

' Otto Frisingensis, lib. 1, cap. 39, pag. 4f9.

' Ce qui fit que l'histoire appliqua à saint Bernard, cette pensée d'un poète : ♦ Jussa sequi ta m velle mihi, quam posse necesse est. »

. Quand il parle , tout cède : il faut suivre ses lois : je ne veux , ni ne pu.s

» résister à sa voix. •

Ceofroi, secrétaire de saint Bernard et son historien nous apprend que lorsqu .1 prêchait la croisade en Allemagne, ses auditeurs étaient plus touchés en l'entendant, quoiqu'ils ne comprissent pas ta langue française, dans laquelle il leur parla.t, que lorsque les plus habiles interprètes leur expliquaient ce qu'il avait dit.

entr'autres, le jeune Frédéric, son neveu, fils de Frédéric, duc d'Alsace et de Souabe. L'histoire ne nous a pas conservé les noms de tous les princes et comtes, qui eurent part à cette sainte entreprise; mais le diplôme de Conrad, daté de Spire, 4 janvier ii 46, par lequel il accorde l'abbaye de S.Maximin à Adalbéron, archevêque de Trêves ■, nous apprend qu'on vit à la diète de Spire , outre saint Bernard , plusieurs seigneurs des provinces voisines du Rhin. Tels étaient les évêques Herman de Constance, Ortlieb de Basle, Walther de Lausanne, Burchard de Strasbourg, Buccon de Worms et Gûnther de Spire ; les abbés de Richenau et de Mourbach; les ducs Frédéric de Souabe et Conrad de Zehringen, Henri , comte palatin du Rhin ; les comtes Gerlach de Veldentz, Emichon de Linange et Simon de Saarbrûck. Frédéric, duc de Souabe et d'Alsace, tomba malade de chagrin , en voyant Frédéric , son fils , engagé dans le nombre des croisés. C'était son aîné , qu'il avait eu de Judith, fille de Henri-le-Noir, duc de Bavière ; Conrad, son autre fils, depuis comte palatin du Rhin , était encore enfant. Frédéric , au contraire , s'étant déjà beaucoup acquis de gloire dans les combats , il paraissait seul en état d'être héritier de ses grands biens et de soutenir toute la splendeur de sa maison. Ces réflexions accablèrent un père plein de tendresse. Saint Bernard , pour le consoler, alla le visiter, lui donna sa bénédiction , et promit qu'il aurait beaucoup de part à ses prières. Mais rien ne put appaiser sa douleur : Frédéric y succomba et mourut au commencement de l'année 1447 en Alsace s, et probablement à Haguenau, qu'il avait fait bâtir. Il fut enterré dans

' Pièces justificatives, num. 36.

* Otto de Blasio, cap. S, apud Untisium, tom. 1, pag. 187.

l'abbaye bénédictine de Sainte - Walburge \ qui n'en est éloignée que d'une lieue, et dont son père avait été un des fondateurs.

Frédéric, que nous verrons bientôt empereur, succéda aux Etats et aux dignités du duc , son père , et surtout dans le duché de Souabe et d'Alsace * ; mais cet opulent héritage ne put ébranler la résolution qu'il avait prise de suivre l'empereur Conrad , son oncle , qui hâtait les préparatifs pour l'expédition d'outre-mer. Conrad assembla à Francfort une diète générale au mois de février 1147. Après qu'on y eût proposé les affaires qui regardaient la croisade, il fit élire Henri, son fils, roi des Romains5. Il confirma aussi , dans cette assemblée, à Wibald, abbé de Corvey, la possession des deux monastères de Kemnade et de Visbeck, qui avaient été réunis à son abbaye. L'original du diplôme, qu'il lui accorda, est écrit en lettres d'or sur un parchemin de pourpre*. Burchard, évêque de Strasbourg , fut un des prélats qui décida le jugement de l'empereur en faveur de l'abbaye de Corvey, et il fut, dans le nombre des princes, le premier qui le signa5. Après la diète de Francfort , Conrad envoya l'abbé Wibald avec deux évêques au pape Eugène , qui se trouvait alors en

' Otto Frisingensis. in Vit*, Friderici 1, Imperaloris , lib. i , cap. M.apud Urttùium , pag. 429 : . Ipse taraen vim doloris non multis post dïebus Vivendi . Ûnem fecit, ac in monasterie quod sanctœ Walpurgis vocatur, in terminis Alsatiœ - sito, humalus est. . On lit dans le nécrologe de Zwifalten, apud Heamm, pag. . 240 : . vin Id. Aprilis, Fridericus dux de Stoufin. pator Barbarossœ. *

* Comme le dit l'empereur Frédéric lui-même dans son diplôme pour laboajc de Neubourg de 1156 : . Ego hereditario jure patri succedens. •

1 Barre, llist. générale d'Allemagne, tom. i,pag. 665.

* Comme le remarque Bertius, de Diplomai. Germ. imperat. g ». P-

clos, de Veter. SigilL, pari. 1 , cap. 4, num. 3. Martenne, Second voyage littéraire, pag. 151. et Falcke, in Codice tradilionum Corbeien$ium,pag. 907.

* Pièces justificatives , num. 87. '

412 HISTOIRE DE î/ÉGUSE

France. Ils étaient chargés de lettres pour le saint -père, par lesquelles l'empereur lui marquait la résolution qu'il avait prise d'aller en Orient , le priant de se rendre à Strasbourg le vendredi de la semaine de Pâques , pour y conférer ensemble Nous ignorons si la conférence eut lieu : nous savons seulement que Conrad partit pour l'Orient, avec une très-nombreuse armée, le 29 mai 1147. accompagné du cardinal Theodewin, légat du saint -siège* et suivi du duc Frédéric, son neveu. Quelques écrivains comptent tussi Burchard dans le nombre des croisés*; mais , outre que Otton de Frisingen et Guillaume de Tyr ne font pas, mention de cet évéque de Strasbourg, nous voyons, par une charte que donna ce prélat en faveur de l'abbaye de Sindelsberg * , qu'il était à Strasbourg le 14 juillet, dans le temps même que l'armée de la seconde croisade traversait la Hongrie et la Thrace 5. Conrad vint à Constantinople au mois de septembre. L'alliance qui existait entre lui et son beau -frère , Manuel Commène, empereur des Grecs, faisait augurer les succès les plus flatteurs de cette expédition , et ce fut elle qui causa la

' Bcrlholet, Uin. de Luxembourg, lom. i, liv. :H, page 134. Le pape Eugène III adressa, vers l'an 1150 un rescrit aux évoques de Metz, Toul, Verdun, Strasbourg et Basle, par lequel il les avertit qu'il a mis en interdit les terres de Mathieu, duc de Lorraine, et leur ordonne de faire exécuter la sentence d'excommunication qu'il a prononcée contre ce duc, à cause des violences qu'il exerçait contre l'abbaye de Remiremont. Calmet, Histoire de Lorraine* tom. 2, pag. 41 i.

' Baronius, Annal, ecclesiast., lom. 12, ann. 1147, pag. 416, et Fleuri. HM. eccletwtique, tom. li, pag 635 et 653, le nomment improprement Theotin.

A r.aillimann.is, de Episc , Argentin., j.ag. 242.

Pièces justificatives. Voy. Wurtllwein , ,wv. sub. diplomat., tom 7. pog. 139. '

• *ecunda jherosolimorum profeclio:ie exorta, » dit Burchard lui-même, dans »a charte.

il 3

perte des croisés. Conrad joignit ses troupes à celles de l'armée française , commandée par le roi Louis VII en personne. Mais la perfidie des Grecs , dit l'abbé de Vertot, toujours jaloux et inquiets de ces grands armements, l'ignorance des chemins, l'infidélité des guides, le manque de vivres, et des troupes nombreuses et redoutables, qui s'opposèrent à leur passage , ruinèrent l'une et l'autre armée, avant qu'elles arrivassent dans la Palestine \

Ces malheurs, causés par la lâche trahison de Manuel, joints à l'intempérance des croisés, à la mauvaise discipline des troupes , au peu d'habileté de leurs chefs , et à l'indépendance des vassaux, concoururent à la ruine entière de cette seconde croisade, qui avait été formée sous de si heureux auspices. Les deux rois repassèrent en Europe, sans avoir recueilli, pour fruit d'un voyage, si long et si périlleux, ni gloire pour eux-mêmes, ni avantage pour ceux qu'ils étaient venus secourir. Les peuples, déconcertés par ces tristes événements, tournèrent leurs plaintes contre saint Bernard, qu'ils regardèrent comme l'auteur de cette expédition, et qui paraissait avoir été, de la part de Dieu, l'organe et le garant de sa réussite2. Le saint abbé ne dissimula pas la grandeur de cette plaie : il rejeta ces reproches sur les croisés eux-mêmes : il trouva sa propre justification et dans les désordres de tout genre auxquels ils s'étaient abandonnés, et dans l'horrible dépravation des chrétiens d'Orient , qui étaient plus corrompus et moins religieux que les infidèles mêmes3. Les reproches de

1 Voyez le détail de cette croisade, dans le P. Barre, tom. 4, pag. 667-693.

* Voyez Mabillon, Annui. lientdv t., loin. 6, lib. 79, pa>j. 453 et teq.

* Olton de Fiisingen, écrivain pour l'ordinaire, peu favorable à saint Bernard et qui par conséquent ne doit pas être suspect , ne fait point de difficulté de recou naître qu'il avait été inspiré pour prêcher la croisade ; mais que l'orgueil des Croisé», leur débauche, et le mépris de» avj» salutaire», étaient la cause du mauvais

saint Bernard n'étaient que trop bien fondés , et il ne semblait pas être dans Tordre de la Providence , que le Ciel bénît les entreprises de ces chrétiens si éloignés des sentiments qu'ils devraient puiser dans la morale si pure de leur religion. Conrad revint en Allemagne au commencement de Tannée 4 4 48, accablé de maladies et de chagrins. Ceux-ci furent augmentés par la mort de Henri, son fils, arrivée en 4150. La même année, la cathédrale de Strasbourg souffrit un troisième incendie *. Ces différents accidents arrêtèrent successivement les bâtiments de cette église : Tévéque Burchard n'épargna ni soins, ni dépenses, pour réparer les pertes qu'elle avait souffertes par le feu *. Bourchard assista , en 1 4 51 , avec les autres princes de l'Empire, à la diète que Conrad tint à Wurtzbourg, au milieu du mois de septembre , où fut résolu le voyage d'Italie et l'expédition contre Roger, roi de Sicile ". Ce prélat signa, dans le même temps, le diplôme que cet empereur accorda à l'abbaye de Floreffe , dans le diocèse de Namur 4. Le roi de Sicile, instruit des desseins de Conrad, le prévint, dit-on, le faisant empoisonner. Il mourut à Bamberg, le 45 de février 4152, dans la quarante-quatrième année de

succès. Sainl Bernard fit lui-même son apologie à la tète de son second livre de la Considération écrit en 1150, Operum ejus ri blabillone editorum , tom. i, Vtt9- 415 et 416 , dont on trouve un extrait d.tns Fleuri , tom. 14 , pag. 698 , et dan» dnm Clémence!, Histoire littéraire de saint Bernard, pap. 42.

1 Fragmenlum historicum Irstisii, pag. 84 : n An. Domini 1150 combuslum e*t « monasterium Argcntinense tertio. > et Schad, page 20.

* Cuillimannus, de Episc. Argent , pag. m

* Wibald, abbé de Stavelot et de Corbie, dans sa lettre écrite sur la fin de l'année 1151 à Manuel, empereur des Grecs, compte Pévêque de Strasbourg, dans te nombre des princes, qui, dans la diète de WûrUbourg, jurent l'expédition contre le roi Roger. Pièces justificatives, n» 38.

' Ibidem, n° 39.

son âge. Conrad avait épousé Gertrude, tille de Berincer, comte de Sultzbach , dont il eut deux fils. Le premier, Henri, élu roi des Romains, mourut, comme nous lavons vu, en 1150 : le second, appelé Frédéric, fut appelé duc de Rothembourg , du château de ce nom , situé en Franconie, où il faisait son séjour ordinaire.

La mort prématurée de Henri semblait frayer le chemin du trône à Frédéric de Rothembourg , son second fils : mais la jeunesse de ce prince , son inexpérience, et plus encore la nécessité de rétablir l'autorité impériale en Italie, engagèrent Conrad à jeter les yeux sur son neveu , Frédéric de Hohenstauffen , duc de Souabe et d'Alsace. Etant au lit de la mort, il lui remit la couronne, le sceptre et les autres ornements impériaux. Il le désigna son successeur, à condition que les princes de l'Empire approuveraient son choix. Ils applaudirent tous à cette disposition, et, s'étant assemblés à Francfort, dès le 4 de mars H 52, ils élurent Frédéric empereur d'une commune voix *. Peu de princes étaient plus dignes de la couronne que le duc d'Alsace \ Doux et affable, et, en même temps, sévère et réservé, il possédait l'art de manier les esprits, et le talent plus rare encore de concilier les intérêts et les caractères les plus opposés. L'élévation de son esprit et la grandeur de son âme , plus avide de gloire que de plaisirs , ne le rendirent sensible qu'à l'ambition. Il la porta loin, et c'est elle qui fit que les écrivains italiens se sont attachés à le représenter comme un prince sans foi, dur et impitoyable.

' Otlo Frisingensis, in Chronico, lib. cap. ult.et in Vita Friderici /, lib. i, mp. I, apud Urslisium, pag. 166 et **7.

f Dux Elisatii, comme s'exprime la chronique de Saint-Vannes de Verdun, apud Labbeum, in Bibliotkeca manuseriptorum, tom. 1, pag. 40*. Voyez sur l'élection de Frédéric la chronique de Gilbert, pag, 67 et 68.

La rigueur excessive avec laquelle il châtia les révoltes fréquentes et l'indocilité opiniâtre des Lombards, ses longs démêlés avec les papes , et le schisme scandaleux dont il fut l'auteur et le principal appui, ont été, sans doute, les motifs qui ont rendu , à son égard , la plume des auteurs ultramontains si sévère et même , sous certains points de vue, si injuste. Mais l'histoire, qui doit juger les rois sans partialité , comptera toujours Frédéric parmi les grands hommes , et l'Allemagne le révère encore aujourd'hui comme un de ses empereurs les plus célèbres.

Frédéric Barberousse, c'est le surnom sous lequel il est connu, vint, immédiatement après son élection, à Aix-la- Chapelle , où il fut couronné le 9 mars , et placé sur le trône de Charlemagne. II s'y démit du duché de Souabe en faveur de Frédéric de Rothembourg, son cousin \ fils du défunt empereur *. Comme ce dernier était encore en bas-âge , il fut mis sous la tutuelle de Conrad , comte palatin du Rhin , frère de l'empereur, qui gouverna sous son nom, pendant quelque temps, le duché de Souabe. Celui d'Alsace en fut alors démembré, pendant plusieurs années,

' Firdoiïc de Rothembourg obtint le duché dés le mois de marsM5î, si on s'en rapporte à Harlman, Annal. Heremi Deiparœ, pag. 209 M. Schœpflin, Alsal. illustrala , tom.2, pap. 550, croit que cela arriva plus lard, vers l'an 1153. Nous croyons môme cette nomination, par rapport au duché d'Alsace, postérieure à l'an 1156, puisqu'une charte de Burchard, évéque de Strasbourg, pour l'abbaye de Neubour/, de celle anti -c finit ainsi : . Sub II -e Fri l<?r;.-o, e>d - n duce AUacie. »

1 M. Obrejlit ;I omis Fnidéric dans le nombre des ducs de Souabe , quoiqu'il porte fréquemment ce nom dans les chartes: . Fridericus dux Sucvorum , filiu»

Conradi Régis » signa le dipiôme de l'empereur Frédéric, donné en 1157. à • Hillin . archevêque de Trêves. Bertholet , Histoire du duché de Luxembourg. Pièces justificatives, pag. xvl. Il était encore en bas-âge, lorsqu'il obtint ce duché, ' :ir il esl nommé . Fridericus puer, dux Sucvorum , filius béate inemoric Régi* « Conradi . dans un diplôme de l'année 1160 , publié par Ughelli, Italia sacra, lom. i, col. 372.

et fut gouverné par l'empereur Frédéric lui-même, qui se trouve encore qualifié duc d'Alsace dans une charte de l'évéque Burchard, de H 56. Frédéric Barberousse convoqua ensuite une diète à Mersebourg, en Saxe, qu'il tint au mois de mai 1152, et où il célébra les fêtes de Pentecôte. Frédéric y cita les trois prétendants à la couronne de Dannemarc : elle fut adjugée à Suénon , de l'avis des princes de l'Empire <. Burchard , évêque de Strasbourg, qui avait mérité également l'estime du nèveu et de l'oncle , assista à cette fameuse assemblée, comme il parait par les privilèges de cet empereur pour l'abbaye de Corvey, et où se trouve la signature de ce prélat «. Il accompagna aussi Frédéric à Wurtzbourg, où il passa avec lui les derniers jours du mois d'octobre3. L'empereur se rendit ensuite en Alsace avec Arnold, archevêque de Cologne, les évêqufcs Burchard de Strasbourg et Ortlieb de Basle , les abbés Wibald de Corbic et Egelolf de Mourbach, les ducs Henr. de Saxe et Bertold IV de Zehringen , le marquis Herman de Saxe, le comte palatin Otton de Wittelsbach ; les comtes Wernher de Bade, Emichon de Linange, Sigebert de Werd et Hugues de Dagsbourg. Les deux diplômes que Frédéric accorda, l'un le 27 janvier 1153, au monastère de Sainte-Foi de Sélestadt*, et l'autre, le 30 suivant, à l'abbave d'Altorff\ sont datées de l'abbaye de Hohenbourg, et le second de la ville de Colmar. Frédéric vint , la même année, à Worms, où Burchard de Strasbourg

' Voye* le P. Barre, llht. d'Allemagne, tom. 5, pag. 4-9-

• Pièces justificatives, num. *0. ^ ^ » • Rurrhanlus, Argentine.™ eP.*opu. . souscr.vt k .1.pl*n

de WurUbonr*. 10 octobre Mit. «.ont Vor'^ « *.««■ ,,ns .os arches

grand-chapitre «le Spire. 16o

• Pièces justifictives. Voy. WurJtwein t no,, »*. diplom., to*. 7, / a,

• Ibidem, tom. 7, pag. 162.

HISTOIRE DE l/ÉGLISE

souscrivit le diplôme qu'il y donna en faveur d'Arnold, archevêque de Cologne ». L empereur retourna de là en Alsace , accompagné de Conrad , son frère , de l'évéque Burchard , des comtes Sigebert de Werd , Werner de Habsbourg , Hugues de Dagsbourg , Bertold de Nuwenbourg , Louis de Wurtemberg et d'Anselme , avoué de Strasbourg. S étant arrêté quelques jours dans cette dernière ville», Frédéric passa à l'abbaye d'Erstein, où, en présence des princes que nous venons de nommer, il confirma, le 12 juillet, la donation de l'abbesse Widelberte, par laquelle elle cédait la terre de Besigheim * à Herman, marquis de Bade.

Quelque temps après, la France perdit l'illustre abbé de Clairvaux , saint Bernard , fondateur d'une congrégation célèbre, qui, dès son vivant, vit fleurir en Alsace sept monastère de son ordre, Lucelle \ Neubourg, Schœnensteinbach, Pairis, Kœnigsbruck et Baumgarten. L'Eglise honore sa mémoire le jour de sa mort , qui arriva le 20 aoustH53. Sans autre dignité que celle d'abbé, sans autre autorité que cette considération attachée aux grands talents et aux grandes vertus, ce saint homme devint l'oracle de l'Eglise, lame des conciles, le guide des papes, des rois

Pii-ces justificatives, nmn il.

* Laguille, Uni. d'Ah., tow. 3, pag. 4.1, el le P. Barre, tom. 5, Vmj. 12.

* Resigheim esl aujourd'hui une ville ,!,. duché de Wurtemberg, silure au «...,-

fwm rtnii p, dP NVkar< du,f lieu ,lu bajI|l}tP du m.me i]om Lp marj,|jV(,

.le Bade, a,„,> aliénations, la vendit , en 1594 , à Frédéric, due .le

Icmherg.

4 l/ahbayc de lamelle , situ.-.. p„ Alsace, dan* Jp diocès* de Basic, à l'extrémité Sundguu. est I:. première et h plu* ancienne abbave de Tordre de Citeau* en Allf.„aKne. Elle lut fond,,- p„ |1<3, ,,a, Hugues. Amédée et Richard, comtes de lontfaucon ,„ Bo,,,-^,,,.. Saint Bernard, parpnt des fondateurs, donna lui-même « < e*s.n des bâtiments , de l'église el des lieux claustraux . el vil commenceouvrage en sa prince. Epitome fasIuruM-Luvell^wo,, /.«y. ii et |3.

et des évéques, le tléau des hérétiques, le conciliateur des intérêts les plus compliqués , le mobile des plus grandes entreprises. Théologien, philosophe, orateur, négociateur habile, écrivain poli 1 , il eut à la fois tous les talents et tous les mérites ; il fut justement appelé le dernier des saints pères. Bernard fut canonisé, le 18 janvier 1174, par le pape Alexandre III. Son culte se répandit aussitôt dans l'Alsace. Le diocèse de Strasbourg, qui fut témoin de s.^s miracles, lui est particulièrement redevable, à lui ou à ses disciples, de plusieurs abbayes, dont nous aurons lieu de parler dans un livre particulier de cette histoire *.

Les troubles d'Italie obligèrent Frédéric à passer les Alpes avec une armée nombreuse : il partit au commencement d'octobre 1154, et tint, le mois suivant, une diète générale des princes de l'Empire, dans la plaine de Roncalie , sur le Pô. La guerre commença par la prise et le saccagement d'Asti et de Tortone". Le siège de cette dernière ville, qui fut poussé jusqu'au mois d'avril 1155, fut fatal à un noble Alsacien de Khinau*, nommé Ulrich, qui y fut percé d'une flèche. Ce seigneur, n ayant plus que quelques heures à vivre, se fit porter dans la tente du roi Frédéric, et rédigea devant lui son testament, par lequel il léguait ses biens de Kinsheim à l'abbaye d'Ebersmunster. Ulrich mourut peu après , après avoir reçu la tonsure et

« . Bernardus et Christiane ductut . el sancte facundus et pie festivus. • dit fcia<nie, in cap. 1, Rom., pag. 2V».

< La vie .le Mint Bernard , écrite par M. Bourgoin de Villefore , ftol pubhe* -, Paris en Î7Î8. On voit à la tête son portrait, gravé d'après un ancien tableau q... le représente, et qui fut fait un an avant sa mort. On trouve aussi son porlra.1 jmdans Puricelli, Ambrotian* hlediolam Basilic* monumenla , tom. 1 , pag. «*■» • différent du précédent, ..mis que le P. Pinius, tom. 4 AuguU . pag. îîv , jm* plus vrai et conforme à l'original. Le P. Pinius, in Actis SS. t. 4, AugusU, s est beaucoup étendu sur la vie de saint Bernard.png . 101-868.

» Voyei le 1». Barre, tom. 5, pag. 16 et suiv.

HISTOIRE DE l' EGLISE

l'habit monastique des mains de Marcard, abbé de Fulde1. Tortone fut pillée et brûlée. Frédéric vint ensuite à Pavie, où il se fit reconnaître roi de Lombard ie. 11 marcha ensuite vers Rome, et il y reçut, le 18 juin, la couronne impériale du pape Adrien IV, successeur d' Anastase IV et d'Eugène III*. La campagne finit par la prise et la destruction de Spolette. L'empereur retourna alors en Allemagne , et vint célébrer, à Worms , les fêtes de Noël 5. Il passa de là à Strasbourg, où il confirma les privilèges que Henri V avait accordés, en M 22, aux officiers et aux domestiques des frères de Sainte-Marie 4 , et où , à la prière de son bien-aimé et féal, 1 evêque Burchard, il les étendit à ceux des chanoines de Saint-Thomas et de Saint-Pierre. Le diplôme est daté de Strasbourg, 25 janvier M 56 5. Il fut donné en présence de Humbert, archevêque de Besançon, des évêques Ortlieb de Basle , Herman de Constance et Etienne de Metz ; de ( iOnrad , frère de l'empereur, du prince Welphon , des ducs Bertold de Bourgogne, ou de Zehringen, et Mathieu de Lorraine , de Frédéric , comte palatin de Wittelspach , de Herman , marquis de Bade ; des comtes Hugues de Dagsbourg et Sigebert de Werd ; de Walther de Horbourg , d'Anselme, avoué de Strasbourg, et Walther, ancien schulteiss, et des chanoines dignitaires de la cathédrale; Beinhard, prévôt, Pierre, doyen, Bertold, custos, et Henri, camérier. Frédéric alla ensuite, avec toute sa cour,

' Clironicon Novientensc, § 29.

• Baronius", Annal. Eccle$iatt.% tom. 12 , ad. an. 1155 , pag. 48i . cl Fleuri . ecclesiast., tom. 15, liv. 70, pag. 8-13.

1 Le diplôme, que l'empereur Frédéric accorda en 1155 .m monastère de Herd, cM date de Trifels , 7Vm7i« en Alsace, ScIm-piUittis . Akatia illustrata . tom. i, pag. 188.

4 Voyez ci-dessus, pag. 327.

' Pièc«» justificative», Yoy. WUrdt., nov. $ub,, diplom., tom. 7, pag. 182

à Wurtzbourg , où il convoqua une diète nombreuse Burcard de Strasbourg s'y trouva avec les autres princes de l'Empire , comme on peut en juger par la souscription de ce prélat au diplôme que l'empereur y accorda, le 17 juin 1 156, a l'église de Bergarno1. La pompe de l'assemblée de Wurtzbourg fut augmentée par les solennités du mariage de Frédéric avec Béatrice, fdle et héritière de Renaud, comte de Bourgogne a. Frédéric quitta son épouse pour se rendre de nouveau en Alsace : il vint à Colmar, où i\ tint, au mois d'aoust 1156, une assemblée des évêques et des seigneurs d'Allemagne et de Lorraine. On y délibéra sur les moyens de rendre la paix à l'Eglise, et de prévenir le schisme3. L'empereur y confirma, le 17 du môme mois, le comté de Verdun à Albert , évêque de cette ville , et à ses successeurs. Plusieurs prélats , parmi lesquels Burchard de Strasbourg et Ortlieb de Basic se trouvent en tête, signèrent le diplôme de confirmation *.

Le détail, dans lequel nous venons d'entrer, montre que Frédérjc se plaisait fort en Alsace. Les voyages que cet empereur était obligé d'entreprendre au-delà des Alpes, l'empêchèrent souvent de faire , dans cette province , un séjour plus long. Mais , dès que les guerres d'Italie lui donnaient quelque repos, il venait le goûter en Alsace. Frédéric-le-Borgne y avait fait bâtir, vers Tan 1115, le bourg de Haguenau5. Son fils, devenu empereur, l'envi-

' Pièces justificatives, num. 42.

« Dodichirius , in Appencice ad Mariaoum Scotwn , apud Pittorium, tom. \ pan. 6 77.

' Meurissc , Histoire de Met* , pag. 407, et Galmet. //«/• de Lorraine , tom. *• Hv. i», pag. 416, 492 cl 5*3.

* Pièces justificative^ num. 4?.

- Comme nous l'avons rapporte ci-dessus, P-ge 316. La charle de We phon . prime de Sardine et duc de Spolclle, pour l'abbaye de Konigsbruck, de an 1153, csl datée, apud llagenvwe.

ronna de murailles, et lui donna, en 1 164, le titre de cité1, ou ville impériale *. Il rendit aussi pus vaste et plus somptueux le château, que le duc, son père, avait commencé à y construire dans une île de la Motter. Ce château, ou palais, fortifié de quatre tours3, renfermait, dans son enceinte, une église \ divisée en trois chapelles, posées l'une sur l'autre «. Frédéric voulut qu'on déposât, dans la plus haute de ces chapelles, la couronne, le sceptre et l'épée de Charlerraçne, la pomme et les autres ornements impériaux, qui y furent conservés pendant près de cinquante ans6. Le palais de Haguenau et son église furent brûlés le 10 février 1677, et ses pierres servirent à bâtir le Fort- Louis. On construisit dans son emplacement, en 1728, l'ancien collège des jésuites, dont les bâtiments furent employés, en 1768, pour former les casernes qu'occupe aujourd'hui la cavalerie. L'empereur Frédéric fonda , dans le même temps , à Haguenau , un hôpital et une chapelle paroissiale , dont il accorda , en H 89, la desserte et l'administration à des chanoines réguliers de l'ordre de Prémontre \ II établit aussi , dans

^ Frédéric, dans son diplôme de 116i, donne à Haguenau le litre de Civilali*. * Codcfroi de Cologne, in Clmmico, p. 363, l'appelle, sous Tan 1198 : - l'rbcoi • i -nperialem, qim> Haginovc dicitur. . ^ On en voit la représentation (huis les anciens sceaux de la ville de Haguenau. 4 Que l'empereur Charles IV, dans un diplôme de 1360 . apud Glafey, Anectod.

173, patj. 268 , nomme des rieichs-Capellen , c'est-à-dire la chapelle de

num.

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